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 L'élégance de l'innocence. [Inachevé]

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Etincelle
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MessageSujet: L'élégance de l'innocence. [Inachevé]   Mar 21 Fév 2012 - 23:22

Il aurait voulu tout contrôler, tout. De l'air expiré aux odeurs d'ozones lointaines, jusqu'à cette légère douleur au côté, et la sensation de la peau contre la sienne. Il aurait voulu contrôler le monde, le faire à l'image de ses rêves, le trouer d'éclats et le parsemer d'incarnat. D'une détente, ils s'étaient envolés, survolant les marches depuis leur nuage fantomatique, elle, aussi chaste qu'un rayon de soleil, lui échafaudant, jouissant, l'élégance cinabre. Car il pouvait. Tout. Il pouvait la prendre par la taille, l'aider à surmonter cette faille dans la roche, la tirer par le bras, resserrer sa poigne sur la fragilité de ses doigts, il pouvait laisser son regard la déshabiller, en coin, détailler le menu trait qui lui plaisait plus qu'un autre, il pouvait créer cette petite pierre qui la ferait trébucher, et il pouvait la rattraper, avec légèreté et timidité, sans faillir. Il pouvait l'aimer comme il pouvait la haïr.

Oh, il ne pouvait pas encore tout, non, loin de là, pauvre humain qu'il était. Il ne pouvait s'attacher son cœur en battant simplement des cils (quoique), il ne pouvait l'avoir pour lui, le dessin n'allait pas jusque-là, sauf artifice et fanfreluches. L'innocence était donc de mise, jusqu'au point critique de basculement, cet instant si précieux où l'âme de l'autre basculait avec candeur entre les mains du séducteur. Ce jeu, c'était celui de l'amour, un amour pervertit, manipulateur, calculé, jouissif. Sans l'être cependant tout à fait. Lev était tour à tour tourmenteur et tourmenté, ce qui inculquait à sa position autant de bonheur que de malheurs, injectant au plus profond de sa séduction froide, un amour et une passion qui avaient de quoi contenter la plus ardente de ses belles. Il lui suffisait de trouver le détail à chérir, l'éclat d'une prunelle, la douceur d'un épiderme, la courbe d'une mâchoire ou la forme d'une tempe, pour qu'il voue une tendresse flamboyante à l'objet de ses désirs. A l'inverse, et ce presque harmonieusement, le moindre écart, la moindre faute, trop subjective pour être cataloguée ainsi soit dit en passant, pouvait l'amener à des extrêmes de haine effrayant, à des actes de violence morale et physique totalement répréhensible. L'instinct jouait avec la raison, dans ce jeu tordu où son âme psychorigide se complaisait comme dans une marre de boue, mais sans compter les horreurs qu'il pouvait perpétrer, il était réellement capable d'amour envers une certaine catégorie de personne : celles qui trouvaient grâce à ses yeux.


Qu'il vacille, que l'autre s'envole, il n'était pas moins sure de tomber que si l'autre avait été le prédateur, et lui la proie. Finalement, et c’était le plus important, lui aussi aimait, profondément.

Et Attalys, de ses yeux de biches, ses jambes longues, longues à en rêver, et le velours de sa chevelure, entre ses mains, il y songeait, trop peut-être, non sans délectation – c’était effrayant de désirer à ce point-là. Mais Lev avait l’habitude de désirer. Une habitude qui n’enrayait pas, néanmoins l’éclat passion, qui n’affadissait pas l’objet, et l’emportait au contraire par-delà les mers et les océans de l’imagination, dans un monde grandit de fantasmes répétés, surenchérit, à chaque instant. Oh oui, il la chérirait, la minette, dans ses bras il creuserait un berceau de peau, une chaleur de sang, un arceau innocent. Libre à elle de s’y plaire ou de s’y morfondre – il viendrait un temps où elle ne demanderait qu’à s’allonger sur son torse, à poser sa tête délicate dans le creux de son cou. Elles le voulaient toute, et c’était là toute la beauté des femmes, toute l’essence même de ce qu’elles pouvaient tirer de tendresse au plus profond de lui. C’était une litanie des sens.

L’élégance de l’innocence.

Lorsqu’ils arrivèrent sous le porche, Lev eut l’impression qu’ils avaient franchi le portail d’un autre monde. La brume s’était levée, fraiche et poisseuse, cotonneuse, noyant son contenu en elle-même comme on gobe un œuf. Il grimaça légèrement. Il n’aimait pas vraiment la brume. Il pouvait la créer dans l’Imagination, la matérialiser en un rien de temps, mais lorsqu’elle était là, il était difficile de l’en déloger. Il est plus facile de combler le vide que de creuser le plein. Mais tant pis. La brume ferait l’affaire, et puis il y avait Attalys, à ses côtés, qui lui permettrait de ne pas penser au temps qu’il faisait, il en était persuadé.

La voilà qu’elle le regardait, de ses yeux aux cils trop longs, et il aurait voulu dessiner leur dentelle et la greffer à toute les femme qu’il croiserait. Elles verraient ainsi comme leur regard changeraient, deviendraient beau au-delà de tout Khôl ou maquillage superflu, comme la grâce vient de naissance, et ne saurait rivaliser avec autre fanfreluche d’apparat. Puis il leur retirerait et les regarderait, soit s’enterrer dans leur tristesse, soit surmonter leur apparence et devenir indépendante du jugement d’autrui. En lui-même, Lev devait bien s’avouer qu’il préférait la première option – les femmes étaient alors tellement prévisibles, tellement accro à l’image qu’elles donnaient d’elles-mêmes qu’il n’en était que plus facile de les manipuler, de les amener à douter, puis de les voir s’effondrer, entre ses bras de préférence. Mais la deuxième catégorie de femme était la plus alléchante. Une pincée d’acidité, quelque chose qui donnait du gout au noble art de la séduction. Leur cœur était clos, une fois que s’y était injecté le doux fragment de l’amant, le bout de cœur damné de celui qui les avaient fait succomber.

Par-delà lui-même, Lev s’interrogea sur ce qu’Attalys pouvait être. Elle n’avait pas accepté le contact tout de suite, s’était esquivée, joueuse plutôt que craintive, candide. Elle était séduite, déjà, ça il le voyait bien, avec cette lumière dans ses yeux, sa manière de serrer sa main, et de le regarder en coin. Mais à cela, il ne pouvait pas apporter de conjoncture. Il se savait séduisant, dans une certaine mesure, et ne pouvait juger de la facilité d’Attalys à se lier à autrui. Et cette question était très importante, pour qu’il se l’attache profondément.

Ils firent encore quelques pas, et le dessinateur ne voulait pas lâcher la main de la jeune femme. Il n’était pas vraiment à l’aise dans ce décor fantomatique et froid, où l’air se mélangeait à l’eau dans une bouillie informe qui s’insinuait jusqu’aux os. Il avait l’impression de perdre de sa réalité dans ce monde d’albâtre, et la chaleur de la paume de la dessinatrice lui permettait de ne pas perdre pieds. Il était sur la brèche et il le savait. Il savait qu’il n’était pas un séducteur pur, comme l’on pouvait en trouver de véritables, car il s’attachait trop à ses conquêtes. Mais en cela résidait la profondeur de ses yeux, dans cet amour inconditionnel qu’il vouait à toute chose, à toute personne qui pourrait lui rendre son amour, qui pourrait le rendre réel par la seule force des sentiments. L’amour et la haine. S’il se complaisait à les susciter, ce n’était pas par simple jeu. C’était parce que ces deux émotions, les plus fortes antagonistes du monde, avaient le pouvoir de le rendre réel, de combler ce gouffre béant qui hantait son esprit névrosé, d’y injecter une lumière là où l’obscurité dévorait son âme. Et c’est en ça que Lev était redoutable. Il n’aimait pas, il aimait aimer. Il n’haïssait pas, il aimait haïr. Mais il aimait encore plus qu’on l’aime ou qu’on le haïsse, et il avait très vite comprit que pour susciter ce genre d’émotion, il devait avoir quelque chose à offrir en retour, du même acabit. Il devait devenir le miroir des émotions de l’autre, son reflet.

Sur son visage se coulait un masque qui le dévorait.

Mais la passion risquait à tout moment de devenir plus forte que la raison. Et cela était complètement dû au degré d’attraction que pouvait susciter la personne qu’il avait choisi. Et Attalys était attrayante. Très, très attrayante. Mais il avait encore de la marge, il savait que tant qu’elle ne se pencherait pas trop en avant, tant qu’elle n’aurait pas l’audace de s’offrir, il pourrait résister, le temps de se l’attacher vraiment. Et le jeu devenait subtil à ce moment-là. Car si elle se donnait trop tôt, si elle était une fille dite « facile » mais qu’elle n’était pas vraiment entichée de lui, et s’il faisait une faute à cet instant, elle pourrait partir en courant sans chercher plus loin l’explication. Alors que s’il faisait attention, qu’il devenait le revers de la médaille, celui qui se recule en secouant doucement la tête, s’il faisait durer l’attente, le temps ferait office de preuve, d’acceptation, de soumission à l’autre. Son cœur s’ouvrirait, vraiment, et il passerait, petit à petit, de proie à prédateur. De soumis à maître. C’était cet instant de pure jouissance qu’il recherchait, cet instant où il prendrait une place réelle dans le cœur de l’autre, où il sentirait au plus profond de lui qu’il était quelqu’un et qu’il était réel. Mais le self-contrôle n’était pas son fort. Et la lutte était impitoyable. Mais par-dessous la douleur, ses nerfs chantaient une mélodie envoutante. Une mélodie inspirée directement d’Attalys.

Ses lèvres s’entrouvrirent et il prit conscience qu’il sifflotait une seconde après seulement. Ses doigts se resserrèrent autour de ceux de sa belle, et soudain, il eut envie de jouer.

Un sourire enfantin éclaira son visage alors qu’il se retournait vers la dessinatrice et qu’il prenait sa main dans les deux siennes. C’est à peine s’il sautillait sur place, tout à son idée de jeu. Les scénarii c’était son fort. Il pencha la tête sur le côté, et la regardait intensément, cherchant dans son visage des idées originales.


- On aurait qu’à dire qu’on est perdu.

Jusque-là, rien de bien original, donc. Mettons l’œuvre en place, rédigeons les algorithmes. La raison créait l’irraison, le rangement le chaos.

- Ce portail-là, c’est une porte vers un autre monde, et nous avons quitté le nôtre qui était plongé en plein orage.

La brume serait son alliée. Il tourna la tête, alerte, et tira Attalys à l’ombre d’une grande colonnade, l’y adossant doucement.

- Mais il y a des bêtes dans ce monde. Des bêtes qu’on ne connait pas, dont on ignore la taille, la forme, mais surtout la faim.

Un cri résonna soudain au loin. Un cri aiguë et grave en même temps, encrouté de rage et de colère, un cri de prédateur, plus violent qu’un roulement de tonnerre. Le visage de Lev se décomposa instantanément.

- C’était quoi ça ?

Une masse sombre ourla le brouillard, distordant les volutes, avant de disparaître dans un chuintement feutré. Un grognement s’éleva à leur gauche. D’un geste rassurant, Lev se saisit de la taille de sa belle, fortement sans être brutal cependant. Il l’entraina à sa suite, évoluant dans une brume de plus en plus dense, opaque jusqu’au sang. Un froufroutement vint effleurer leurs cheveux, et le jeune homme vit Attalys rentrer la tête dans les épaules de surprise. Il se rapprocha un peu plus d’elle, leurs flan se touchant au rythme de plus en plus précipité de leurs pas. Soudain, une forme jaillit de la masse d’air en suspension, juste devant eux. Juchée sur 6 pattes trapue, elle devait avoir une tête de plus qu’eaux et semblait 3 fois plus longue. Une queue interminable et touffue brassait la brume en cadence, tandis qu’un grognement de plus en plus rauque, de plus en plus grave, venait sourdre de ses entrailles. Les poils de Lev se hérissèrent d’eux-mêmes. Son souffle s’accélérant, alors que le temps s’arrêtait, alors que des effluves de danger semblaient s’élever du monstre indéfini. Soudain, alors que la bête se ramassait sur ses pattes, prête à bondir, Lev hurla, trouant le silence :

- Court, Attalys !

Il se précipita à sa suite, les chevilles foulant un amas de tentacule verdâtre qui semblaient vouloir entraver leur progression, alors qu’un souffle puissant venait les informer que le monstre s’était lancé à leur trousse. Les 6 pattes produisaient un roulement de tonnerre, une cadence effrayante, et la peur effroyable d’être dévoré par les talons. Lev les fit obliquer vers la droite, alors qu’une patte griffue, suintant de venin, s’abattait à l’endroit exact où ils se tenaient une seconde avant. Celle-ci déchira un bout de la manche du dessinateur, mais n’égratigna pas sa peau. D’une détente sauvage il se retourna alors qu’apparaissait dans sa main une robuste barre de fer, et qu’il l’assainit violement sur la patte du monstre. Un couinement de douleur fit crisser leurs oreilles. Il rejoignit Attalys qui galopait comme une gazelle et s’empara de son bras. Sur son visage était peinte la peur, une vraie peur, qui contaminait ses beaux yeux bleus. Il avisa un coin de muraille, non loin, et une petite salle de pierre, à peine assez grande pour eux deux. Il s’y faufila à la suite de la jeune femme, et s’y installa enfin, face à elle, alors que leurs deux corps se frôlaient, plus que de raison.

Le jeu tournait court lorsque, le plus naturellement du monde, il passait ses bras autour du corps menu d’Attalys, et qu’il la serrait contre lui, fort, comme s’il avait vraiment eu peur de la perdre, et qu’il murmurait au creux de son oreille, d’une basse, chargée d’émotions :


- Ne craint rien, je vais te protéger.



[Libre à toi pour la suite, fais toi plaisir =) et si quoi que ce soit te gène, j'édite ! ]


_______________
Spoiler:
 


J'aurais du sang sur les doigts
et l'éclat de tes yeux vides
comme antichambre au trépas
de mon âme impavide




Lev Mil'Sha
// Anaïel // Miaelle Campbelle



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Etincelle
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MessageSujet: Re: L'élégance de l'innocence. [Inachevé]   Sam 25 Fév 2012 - 10:15

Inspiration. Expiration. Inspiration. Expiration. Inspiration. Profonde. Expiration. Sereine. Inspiration. Expiration. Leurs deux souffles se liaient, étroitement, intenses et harmonieux. Une respiration pour deux corps. Un cœur pour deux âmes. Unique. Infini.
Attalys ferma les yeux. Elle se sentait bien ici, loin de toute agitation, de cette peur panique qui lui dévorait les entrailles, de cette sourde inquiétude inexpliquée et inexplicable.


- Cours, Attalys !

La jeune femme, ruisselante de sueur, écarquillait les yeux, dévisageant avec incompréhension le monde qui était devenu le leur. Elle n'avait jamais aimé les monstres, même dans les histoires que lui racontait sa mère, même lorsqu'ils s'avéraient gentils et généreux parce qu'il ne faut pas se fier aux apparences ; tout ce qui était bardé de crocs, de griffes, de tentacules ou de quoi que ce soit d'autre dans le même genre avait le don de la rebuter, lui fichant à la fois une frousse de tous les diables, une migraine pas possible et des cauchemars pour les mois à venir. Même quand les monstres en question étaient imaginaires. Comme ceux-ci. Quoique...
Elle se remémora l'expression du dessinateur, son regard fou, son cri. Cours, Attalys. Pouvait-elle en être sûre ? Et un dessinateur, aussi talentueux soit-il, avait le pouvoir de faire apparaître ces... choses ? Jamais elle n'avait eu autant l'impression d'évoluer entre rêve et réalité, dans un univers d'un merveilleux flou artistique peuplé de doutes et d'abstraction. Comme dans la volière, il y a quelques minutes. Ou plusieurs siècles. Cours, Attalys.

La jeune fille rouvrit brusquement les paupières, son sang tambourinant à ses tempes. Sa poitrine lui faisait mal, tout à coup, comme si elle avait la ferme intention d'exploser dans les secondes à venir. Le visage du jeune homme était penché au-dessus du sien et, durant un instant, elle se perdit dans ses yeux si bleus, si envoûtants, si charmeurs, si fascinants. Il se baissa alors lentement, se saisit d'un geste tendre et délicat de son menton entre ses doigts fins, s'approcha encore un peu...

Et le monde explosa.

Attalys fut projetée sur le côté dans un formidable coup de tonnerre – à moins que ça ne fut un grognement, un grondement ou un hurlement. Rage, crainte, douleur. Elle se releva en titubant, affolée. Perdue. Elle était seule. Lev avait disparu.
Sans qu'elle ne s'en rende compte, les larmes dévalaient son visage comme autant de perles de rosée, l'aveuglant dans un brouillard opaque de sanglots et de terreur.


- Lev !

Son cri n'avait été qu'un murmure. Doucement, elle tomba à genoux.

Elle flotte dans la brume fantomatique. Elle pleure aussi. Pourquoi ? Des sons résonnent à ses oreilles, avec tant de force et de violence que ses dents crissent. Elle aimerait se les boucher, ces oreilles, les condamner avec ses poings, à jamais. Mais les bruits ne la quittent pas ; ils enflent, au contraire, toujours plus présents, toujours plus affolants. Les paupière serrées, les lèvres pincées, elle se mord la langue, se mord la joue, se mord pour ne plus avoir à entendre les hurlements, pour ne plus écouter les chuchotements si tentateurs. Et parmi ces chuchotements, un hurlement. Cours, Attalys !

Un pas. Hésitant. Un deuxième. À peine plus assuré. Une enjambée, à présent. Puis une autre. Et encore une autre. Elle allongea sa foulée, le souffle court. Plus vite. Toujours plus vite.
Elle avait l'impression d'être une gazelle poursuivie par une horde de tigres des prairies. Une gazelle dont elle possédait malheureusement pas la vitesse. Ni l'endurance.
Au bout d'une dizaine de minutes de course effrénée, elle s'arrêta, fourbue, les mains sur les cuisses, en prise avec un énorme point de côté. Et toujours pas de Lev à l'horizon. Sans lui, qu'elle se sentait minuscule et démunie ! Comment était-ce possible de devenir à ce point dépendant de quelqu'un ?
Comme en réponse à sa question muette, un claquement de mauvais augure retentit quelque part sur sa droite, tout près d'elle. Ses poils se dressèrent sur son échine. Mais elle ne bougea pas et, de tout son pouvoir, de toute son âme, se projeta dans l'Imagination.

Au moment où une pupille gigantesque, ronde et lumineuse, se dressa devant elle, elle ne put cependant s'empêcher de marquer un infime temps d'hésitation. Pas de crocs, pas de griffes, mais juste... un œil. Aussi doré que celui de la Dame. Et presque aussi hypnotisant. Tout à sa contemplation, elle faillit ne pas remarquer les tentacules qui se glissaient vers elle, sournois, dans un chuintement feutré. Une branche épineuse à l'extrémité affutée apparue aussitôt entre ses mains tremblantes, qu'elle enfonça de toutes ses forces dans la prunelle flamboyante. Les tentacules se rétractèrent immédiatement. Et puis, un cri. Venait-il d'elle ou du monstre ? Une fraction de seconde plus tard, l'obscurité s'abattait sur elle.

Le monde est souffrance. Interminable. Intolérable. Elle saigne. Elle a mal. Elle voudrait hurler, à nouveau, mais seul un murmure étouffé parvient à se frayer un chemin à travers sa gorge sèche. De l'eau. Elle voudrait de l'eau. Le nom du monde est souffrance. Et angoisse. Et soif. Elle veut de l'eau, comme ces deux lacs fixés sur elle, ces grands lacs de saphir clairs et limpides. Ils sont beaux, ces lacs. Elle aimerait s'y noyer. Si seulement ils ne paraissaient pas si anxieux...

Attalys. À travers le brouillard, c'était l'unique mot qu'elle parvenait à discerner correctement. Attalys. Et puis un autre, Lev. Lev ? Elle ouvrit les yeux.

Main dans la main, épaule contre épaule. Lev et Attalys. Attalys et Lev. Ils marchaient, sans objectif, butant contre les pierres qui roulaient sous leurs pieds. Seuls au monde dans la pénombre.
Et tout à coup, la brume se déchira. Une lumière resplendissante se répandit autour d'eux, balayant les derniers vestiges des bêtes imaginaires. En eux, aussi. Ils se sourirent. Et le paysage changea, encore un fois.

Une jungle. Ce fut la première chose qu'ils virent lorsque, papillonnant des paupières, ils détaillèrent l'endroit dans lequel ils se trouvaient. Où était passé le portique est ? Avait-il seulement existé ?
Le silence. Deuxième élément de ce nouveau lieu de fantasmes. Non, pas le silence. Un silence. Bientôt troublé par une multitude de sifflements inquiétants. Secret et mystère. Effroi ?


- C'est toi qui fait ça ?

L'Aequor jeta un regard au jeune homme qui cheminait à ses côtés, comme perdu dans ses pensées. Il ne répondit pas. Évidemment. Où serait l'intérêt du jeu si on savait tout par avance ?
Et, soudain, il trébucha. Elle ne s'en rendit pas tout de suite compte, habituée à sa discrétion et plongée dans l'admiration de la végétation qui se déployait autour d'eux. Lorsqu'elle se retourna, il reposait toujours sur le sol, recroquevillé en position foeutale. Fronçant légèrement les sourcils, elle s'apprêtait à le rejoindre quand elle plaqua sa paume contre sa bouche, réprimant de justesse un cri d'horreur. Une ronce avançait lentement vers lui, ondulant et sifflant comme un serpent. Il essaya de se dégager mais, avant qu'il n'ait pu ébaucher le moindre mouvement, elle s'enroula autour de son genou avec vivacité, promptement, l'enserrant avec une telle force qu'il étouffa un gémissement.
La jeune femme, toute crainte abandonnée, s'approcha en trottinant. Elle n'alla pas loin. Une autre ronce s'était en effet avancée et, à son tour, emprisonnait la deuxième jambe du dessinateur. Attalys stoppa net sa route, observant avec un intérêt morbide une liane ondoyer avec grâce autour du torse de Lev.
Tout à coup, il releva la tête, fichant son regard azur dans celui de la jeune fille, dans une expression de pure terreur. Et au fond de ses iris, on pouvait lire le même message, la même supplique, encore et toujours. Cours, Attalys. Elle courut. Mais pas dans le bon sens.

Lorsqu'elle fut arrivée à sa hauteur, elle n'essaya pas de se débattre contre les plantes mais s'agenouilla aussitôt devant lui avec un sourire confiant.


- Lev...

Il se redressa légèrement pour planter son sublime regard dans ses yeux pailletés d'or. Et il s'en dégageait une telle puissance qu'il sembla à la jeune dessinatrice qu'une bulle transparente et inviolable s'était formée autour d'eux, les englobant de magie et d'éternité. L'échange d'un regard et le monde existe. Ses yeux pétillèrent.

- On a le choix, Lev. On peut rester là. On peut repartir dans notre monde si l'orage ne nous fait plus peur. Ou alors...

Elle s'interrompit une furtive seconde. Sourire fugace.

- Il y a un autre portail qui peut nous mener... ailleurs. On peut aussi le chercher. C'est un jeu, Lev. Et si nous le trouvons...

Chuchotement. Promesse.


[En espérant que tu aimes et que ça t'inspire... En tout cas, je me suis bien amusée !]


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MessageSujet: Re: L'élégance de l'innocence. [Inachevé]   Jeu 8 Mar 2012 - 19:43

Un éclat de pierre avait égratignée sa joue, y traçant une mince encoche d’où suintait une minuscule perle de sang. Et Lev, comme cette petite goutte, était suspendu, entre le rêve et la réalité, entre les spires et l’existence, entre le doute et la peur, le chaos et l’harmonie, entre l’écorce de la vie. Ils avaient roulé, boulé, tournoyé alors que tout explosait, autour d’eaux, noyant la brume dans un vortex pierreux qui s’insinuait jusqu’au fond des bronches, jusqu’au fond du cœur. Encore plus opaque, l’air se striait de fragments, et le grondement colérique brassait les volutes avec une puissance terrifiante. Attalys ne semblait pas blessée du tout. Hasard ?

Ils se mirent à courir, à nouveau, et les muscles cadençaient le sol au rythme de leurs pas, le créant sous leurs enjambées, articulant le monde autour de leurs peurs, de leurs idées, de leur présence. Soudain, Le dessinateur perdit de vue le dos d’Attalys, et c’est face à face avec lui-même qu’il se retrouva, un temps, le temps de sentir une vague de pouvoir monstrueuse lui ouvrir la poitrine, lui submerger la tête. Il tomba à genou, l’esprit écartelé entre les spires et la réalité, son âme aimantée, attirées, envoutée par la beauté de l’Imagination, et celle-ci agissait comme d’elle-même, tractant sa conscience en elle, l’aspirant avec une force gigantesque, le poussant à dissoudre ce qui lui restait de réalité dans la spirale infinie. Les paumes sur ses yeux qui roulaient, brûlants, dans ses orbites, Lev serrait les dents, en proie à des affres exquise, une douleur adorée qui le poussait à s’incliner, à s’ouvrir à toute la puissance que l’Imagination pouvait contenir. Il se figurait réceptacle, entonnoir, véritable anathème de ce monde virtuel d’avec lequel son esprit était né. Il était le fils du Dragon.

Il rouvrit les yeux. Le fils du Dragon. Cette phrase avait jaillit, brutale, dans son esprit. Il tenta de se concentrer pour remonter jusqu’à sa source, mais il ne parvint qu’à embrouiller souvenirs et rêves. Le visage tordu de frustration, il se releva en prenant appui sur ses genoux, et se redressa, le regard perdu dans le blanc cotonneux qui l’entourait. Il avait bien faillit se perdre dans son propre jeu, finalement. Quoique disent les professeurs de dessin de l’Académie, le dessinateur ne contrôlait pas totalement son pouvoir. La volonté pouvait se transmuter, la spirale pouvait aspirer, attirer, tracter la conscience, comme un soleil s’octroie les planètes à proximité. Et ce n’était qu’une histoire de volonté, si le dessinateur ne disparaissait pas, fondu dans l’Imagination, touillé jusqu’à ne faire plus qu’un avec les spires. Et Lev devait faire attention. Il se savait capable de perdre l’esprit de cette manière. Et le plaisir qu’il ressentait à ces moments-là n’arrangeait pas sa volonté de résister à l’attrait du pouvoir, bien au contraire. Il mourrait comme ça, il le savait. Un jour il ne résisterait pas et il partirait pour ne faire plus qu’un avec le dessin. Et ce jour serait le plus grandiose de sa vie. Mais pas tout de suite, pas tout de suite.

Il se remit en marche, cherchant sa compagne du regard, ses yeux trouant le brouillard comme deux faisceaux de ciel. Il sent la traction des spires, il sent son énergie quitter petit à petit son corps, comme si le dessin s’émancipait, se réalisait de lui-même. Il savait qu’il pouvait stopper l’histoire, que le jeu n’était qu’un jeu, mais il aimait trop ça, cette sensation d’être l’esclave de son pouvoir. Soudain, il entendit un gémissement. Quelque chose d’énorme se fraya un chemin non loin de lui, et il ressentit plus qu’il ne vit le monstre qui était apparu. Curieux, il s’approcha discrètement, ayant reconnu la voix d’Attalys. La pupille énorme se tourna alors vers lui, avant d’exploser en une gerbe éclatante, fumante, gluante, qui lui tâcha le tee-shirt et lui brûla le bras à l’endroit où le fluide avait atteint sa peau. Il grimaça sous la morsure de la douleur, alors qu’une peur sourde montait en lui devant l’ampleur de ce qui se passait autour de lui. Il s’approcha d’Attalys furtivement, et ouvrit grand les yeux en voyant qu’elle était blessée. Que sa peau d’apparence si douce portait les stigmates de son jeu.

Il s’agenouilla devant elle et, sans un mot, entreprit de bander son bras avec son tee-shirt qu’il avait retiré, dévoilant un torse ciselé, harmonieux et pour tout dire, très sexy. Attalys n’était pas gravement atteinte, elle avait, à peu de chose près, la même brûlure au bras que Lev, mais la sienne saignait légèrement. Il essuya les bords de la plaie, et passa doucement le tissu dessus pour enlever les corps étrangers. Le silence avait repris ses droits, et c’était un instant étonnamment hors du temps, alors que des ilots de mucus fumaient sur le sol, que la brume stagnait comme un cocon d’albâtre, et que rien ne bougeait, transformant la scène d’action en fragment d’éternité.

Attalys ouvrit les yeux au moment où il posait les siens sur son visage. Ce qu’il y lu lui plut, la désorientation, mais aussi la confiance, qui faisait scintiller ses prunelles, et rehaussait la beauté de ses yeux de biche. Elle était envoutante, et tellement attirante. Sans quitter son regard – il avait l’impression de plonger jusqu’au fond de son âme – il se pencha et posa doucement ses lèvre sur sa blessure. Il avait failli. Elle était blessée, et c’était de sa faute. Il ferma les yeux, savourant la douceur de sa peau sur la membrane si fine de ses lèvres, et l’odeur curieuse qui se dégageait de sa chemise souillée d’humeur vitrée de monstre.

Ils se relevèrent, alors, et Lev prit soin de tenir la main de la dessinatrice, pour qu’elle ne tombe pas, qu’elle ne se fasse plus mal. Il était proche d’elle, bien plus proche que précédemment, il l’enlaçait, sa belle, pour qu’elle ne s’éloigne pas, pour qu’il puisse la protéger, et lui prouver son dévouement. Mais les spires l’appelaient, de nouveau, flamboyantes. Aussi flamboyantes que la jungle qui apparut, en un clin d’œil, devant eux. Avec un sourire rêveur, il pressa la taille d’Attalys, sans parler. Ils avancèrent un temps, le temps pour Lev de se noyer, ou presque, dans l’Imagination. Imagination qui devenait de plus en plus vorace à chaque instant, menaçant et son corps et son esprit, irrésistible, avide, assoiffée d’énergie.

Un tic agita la tempe du dessinateur. Sa main se resserra un peu plus sur la taille de la dessinatrice, comme si d’un coup il savait qu’elle allait lui être arrachée. A vrai dire, c’était surtout pour lui donner un point d’ancrage dans la réalité. Mais l’attrait était trop fort. Il se laissa glisser à terre, les joues ornées de deux tâches pourpres, légèrement maladives, qui contrastaient avec la blancheur extrême, morbide de son visage fiévreux. Avant d’avoir baissé les yeux, il sentit les ronces s’enrouler autour de lui, enserrant ses jambes, lui offrant le confort douillet d’un matelas à la douce odeur de chlorophylle. Mais le matelas avait des épines. Et le matelas se resserrait. Un petit peu trop, pour tout dire. Beaucoup trop même. Les yeux de Lev s’agrandirent d’horreur alors que sa vision se flouait, et que le dos d’Attalys se dissolvait dans un kaléidoscope pastel. Il tenta de crier, mais ne pouvait à présent qu’à peine respirer. Une peur brute lui fit ouvrir la bouche, néanmoins, alors qu’il tentait de se dégager, de se défaire de ce rêve qui devenait un peu trop réel. Il n’avait plus assez de volonté pour contenir son imagination, et c’est le monde autour de lui qui l’intégrait, plutôt que l’inverse. Il voulut crier à nouveau. Mais ne put que gémir, alors qu’Attalys, à son grand désarroi, s’agenouillait à ses côtés.
Cours, Attalys, ne reste pas là, fuis, ne te retourne pas.
Il ne put que soupirer et grimacer.

Ses oreilles sifflèrent, alors qu’il perdait à moitié conscience, et sa tête dodelinait d’anoxie, que ses yeux se révulsaient, refusaient d’accommoder sa vision. Il allait se faire dévorer, bouffer, digérer par son propre pouvoir, sa propre bêtise. Mais au moment où il allait véritablement basculer dans l’inconscience, les mots de la dessinatrice, penchée sur lui, la dessinatrice aux yeux envoutants, ses mots percèrent le mur de silence qui drapait ses tympans, et s’infiltrèrent jusque dans son cœur essoufflé. Il tendit une main et s’empara des doigts graciles d’Attalys. La liane affamée se desserra légèrement sur sa poitrine. Il tendit son autre main et attrapa sa taille, la rapprochant un peu plus de lui. Ce furent dans ses jambes que ses veines se remirent à brasser de la vie. Un mouvement après l’autre, entortillé toujours dans la toile viride de ses propres peurs, il entraina Attalys à sa suite, pour finalement se retrouver allongé à côté d’elle, leurs deux corps harmonieusement imbriqués. Les lianes ne s’évaporèrent pas, mais formèrent alors une coupole, un cocon qui passa d’effrayant à protecteur, maternel, les coupant du monde extérieur dans une bulle végétale et douce. Le blanc disparu au profit du noir, et Lev serra un peu plus la jeune femme contre lui. L’obscurité devint complète. Et dura un temps qu’il ne pu, par la suite, pas déterminer.

Comme une fleur qui éclot, de lourds pétales s’écartèrent, dévoilant deux êtres entrelacés, comme deux enfants, deux jumeaux unis par la même matrice végétale, liés par les couleurs et le duveteux de la fleur qui leur donnait naissance. Lev avait posé sa tête sur la si douce poitrine d’Attalys, et il avait fermé les yeux, sa respiration régulière témoignant d’un sommeil profond, exténué mais calme, réparateur. Il fut de courte durée, cependant. Quelques sursauts vinrent troubler la douce quiétude de ce lever d’univers, ce matin éternel. Ses cils se froncèrent, alors que ses poings se resserraient sur le tissu que portait la jeune femme, comme le font les enfants lorsqu’ils dorment sur leur maman. Toujours pâle, mais l’air moins à bout de force, il murmura, à la frontière du réveil :

- Attalys…

Et se réveilla complètement. Désorienté, il fixa le visage d’Attalys, tout près de lui. Ses cils si longs ombraient ses yeux, et lui dévoraient le visage, le rendant plus beau à chaque instant. La gorge serrée d'émotion, saisit d’une impulsion aussi soudaine qu’irrépressible, il releva un peu plus la tête et posa doucement ses lèvres sur celles de la dessinatrice. Lorsqu’il se recula, il posa une main légère sur sa joue, traçant du bout du doigt l’angle de sa mâchoire, infiniment tendre. D’une voix légèrement enrouée, il murmura :

- Bonjour belle demoiselle.



[Edition à volonté, je te laisse tout loisir d'inventer l'univers, la suite des évènements ^^ excuse moi pour le retard, mais la rentrée fut rude et je n'ai pas trouvé le temps plus tôt pour poster =/ j'espère que ça te plaira cependant ! ]


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MessageSujet: Re: L'élégance de l'innocence. [Inachevé]   Dim 11 Mar 2012 - 8:05

Le silence. À peine troublé par sa propre respiration, calme et profonde. Et celle, moins posée mais tout aussi régulière, de Lev. Deux cœurs pour un même battement.
Il s'éveilla alors, indécis, plissant les paupières et crispant les poings sur la tunique froissée de la jeune femme, se relevant à-demi pour la contempler d'un regard un peu hébété où quelques infimes particules de rêve étaient encore présentes, un rêve mêlé de doute et d'espoir. D'indécision, aussi.
Et Attalys se fit la remarque qu'il ressemblait à un petit garçon perdu dans un monde trop grand pour lui et qui ne sait pas bien ce qui, de la corolle nacrée ou de la femme penchée au-dessus de lui, est le plus merveilleux.

Soudain, il se redressa et, très tendrement, appuya sa bouche contre celle de la jeune fille, dans une ébauche de baiser semblable à une caresse. Ses lèvres effleurèrent les siennes, aussi légères que le frôlement d'une plume, happant au passage la minuscule perle de sang échouée à leur commissure.
Puis il se recula, plongeant ses yeux dans ceux de sa compagne qui se trouvait à présent aussi désorientée que lui.


- Bonjour belle demoiselle.

Voix rauque, enrouée par l'émotion. Attalys ne répondit pas. Qu'aurait-elle pu dire, d'ailleurs ? Que cette simple phrase, contenant autant de questionnements que de réponses, venait d'ébranler en elle toutes ses hésitations et ses certitudes ? Trop de sentiments et pas assez de mots. Et la sensation, persistante, que parler ne sert à rien lorsque les interrogations, à la limite du réel et du réveil, mêlent avec une subtile intensité infini et éphémère.
Elle admira un instant avec une attention fascinée le voile vaporeux que formaient les cheveux du Dessinateur retombant délicatement devant son regard emprunt d'ardeur amoureuse puis esquissa un sourire qu'elle lui offrit timidement.

Au-dehors, l'orage s'était apaisé et, comme on calme un enfant capricieux, une douce caresse nuageuse enveloppait à présent le ciel taciturne. D'un commun accord, ils se levèrent lentement, lui saisissant sa main douce pour la presser contre sa joue, elle emplie d'une curieuse impression, à la fois si intense qu'elle en était presque douloureuse et aussi chimérique qu'un songe. Ils commencèrent à marcher, un pied après l'autre, et chaque pas était en même temps une victoire et une défaite. Leur cheminement, cependant, avait des allures de ballade triomphante, et Attalys se sentait portée par un formidable élan de vie et de bonheur.
Quittant le porche qui les abritait, ils se dirigèrent vers le parc, sereins et silencieux, savourant l'harmonie de cet instant si précieux. Sous leurs yeux étonnés, l'herbe encore humide parsemée de petits buissons épineux se transforma alors en une gigantesque forêt enchantée, et le sol légèrement bourbeux dans lequel ils s'enfonçaient laissa la place à un immense tapi de mousse émaillé de sépales multicolores. Les feuillages virides se mirent à pousser à une allure folle jusqu'à se rejoindre au-dessus de leur tête, formant comme un cocon de soie émeraude et scintillante ou une immense trame de jade composée de complexes ramifications alliant branchages verdoyants et ramures chargées de bourgeons à peine éclos. De loin en loin leur parvenaient les trilles mélodieux d'oiseaux invisibles tandis que des fleurs aux reflets chatoyants arrondissaient leurs pétales pastels dans un superbe et surprenant kaléidoscope arc-en-ciel. Et eux, spectateurs anonymes de ce splendide spectacle, étaient inondés de lumière.

Ils cheminaient, donc, en silence, subjugués par la féérie du paysage qui s'étendait autour d'eux. Il semblait à Attalys que la végétation croissait un peu plus à chacune de leurs enjambées, devenant de plus en plus colorée et luxuriante. Mais tout à coup...
Flash. Éclair d'argent bref et fulgurant, étrange éclat métallique aux contours d'or blanc. Les Dessinateurs se figèrent instantanément, Lev resserrant sa poigne sur les doigts de sa compagne tandis que la jeune fille écarquillait légèrement ses yeux dorés, battant des cils et fronçant un peu les sourcils, désarçonnée.
Le Kaelem reprit alors sa marche, plus pesamment, lèvres pincées en une moue insondable. Dans son regard d'absolu miroitaient des paillettes aux reflets aussi verts que la mousse reposant sur le tronc des arbres postés de part et d'autre des deux jeune gens, comme autant de sentinelles recouvertes d'écorce et de lichen.

C'est alors qu'elle la vit, surface infinie et frémissante parcourue d'une fraîche brise au parfum de miel. Attalys s'immobilisa en frissonnant malgré le bras de Lev passé derrière ses épaules, protecteur et rassurant. Stupéfaite devant tant de grandeur et de majesté.
Se tournant vers son compagnon, la jeune femme voulut parler. Ne fit qu'ouvrir la bouche et la refermer. Les yeux tournés vers l'horizon, il souriait, heureux, entouré d'un halo électrique et flamboyant. La gorge nouée par l'émotion, l'Aequor reporta son attention sur la clairière qui s'étendait devant eux, ne pouvant se résoudre à croire que cette merveille aux multiples reflets était une simple création de la nature et non pas un des splendides dessins qu'elle avait déjà eu l'occasion de contempler. Et pourtant.
Elle en était là de ses réflexions lorsque le Dessinateur posa une main sur sa hanche pour l'enrouler tendrement autour de sa taille afin de la serrer contre lui. Elle tressaillit mais ne se dégagea pas, le souffle court, ne s'offrant pas complètement non plus, à la fois candide et craintive. Joueuse, aussi. Un peu.

Ils restèrent ainsi de longues minutes, attentifs aux subtiles nuances de la verdure et au velouté de la symphonie du vent dans les branches des feuillus. Et puis, soudain, un manque, un appel, un instinct, une intuition. À la fois cri et murmure, chuchotement et hurlement. Sur une brusque inspiration, elle se fondit dans la Spirale.

Lorsqu'elle émergea péniblement de l'Imagination, l'esprit confus et le cerveau encore embrumé de la multitude de possibilités qu'elle avait entraperçues, ce n'était plus une clairière qui s'agitait paisiblement à leurs pieds mais un lac. Immensité de bleus et de violines aux délicates écumes irisées ourlant des ondes paresseuses s'écrasant avec indolence sur la berge qui leur faisait face. L'indigo et l'inca, le turquoise et le magenta. Ils avaient devant eux la copie conforme du lac Chen ou, tout du moins, du lac Chen tel qu'elle s'en souvenait. Peut-être un peu moins grand, peut-être un peu moins imposant. Moins réel, aussi, et elle savait que sa création ne résisterait pas indéfiniment. Une voix résonna tout à coup à ses oreilles.
« Fille de la Dame... »
Elle se tourna en direction du jeune homme avec un large sourire et, sans marquer la moindre hésitation, quitta ses sandales pour se glisser dans l'eau limpide. Les yeux toujours fixés sur le Kaelem, elle fit encore quelques pas sur le sable de la rive qui crissait sous ses pieds nus, puis plongea ses doigts dans le liquide cristallin pour en remplir sa paume. Mais quand elle retira sa main, délicatement, précautionneusement, celle-ci était vide.

Lev, à son tour, se débarrassa vivement de ses chaussures pour s'approcher de la jeune fille qui s'était remise à avancer, toujours plus loin, toujours plus profondément. L'eau lui arriva bientôt aux genoux, puis à la taille. Elle sentit alors un infime changement dans l'atmosphère et comprit aussitôt que son dessin était en train de lui échapper. Et en effet, le lac s'éclaircit soudain jusqu'à devenir si pâle qu'il en semblait transparent tandis que son niveau baissait à une telle vitesse que, au bout de quelques secondes, l'eau lui mordait à peine les mollets. Et puis, aussi soudainement qu'il était apparu, il s'évapora, comme s'il s'était s'agit d'un tour de magie d'un prestidigitateur qui, après avoir fait jaillir la blanche colombe d'un chapeau haut-de-forme, claque des doigts afin de la volatiliser.

Ils se tenaient à présent au centre de la clairière auquel, durant un instant, le lac avait tenté de se substituer. Elle se sentait bien, ainsi, l'herbe grasse caressant ses orteils et son nez de mille et une odeurs. Si bien... Sans qu'elle n'eut rien prémédité, elle se trouva tout à coup allongée dans la mousse, les paupières fermées et les lèvres entrouvertes pour mieux goûter la saveur du moment. Elle ne voyait ni n'entendait Lev, mais peu lui importait. Elle le savait proche, et cela suffisait à son bonheur.

Elle rêve. Mais en est-elle sûre ? Les teintes dansent autour d'elle, les tons jouent et s'amusent. Séduite, la jeune femme observe avec des yeux ronds d'étonnement et de plaisir l'incarnat mêlé à une goutte de rose pâle, le pourpre orangé, le bleu roi barbouillé d'ocre, le violet aux pépites mauve et acajou.
Le gris, aussi. Curieusement, il se trouve un peu à l'écart des autres couleurs, solitaire, uniquement composé de blanc et de noir. Elle le trouve un peu triste, ainsi, et si terne par rapport aux infinies possibilités qui s'offrent à eux ! Se mordillant nerveusement la langue, son regard passe de l'amarante à l'améthyste, de l'absinthe à l'abricot, du grenat au cyclamen.
Derrière elle, le jeune homme la contemple sans mot dire, bras croisés sur la poitrine, impassible. Regarde tout ce que le gris n'est pas.
Alors, doucement, Attalys se tourne vers lui et, avec un sourire tranquille, effleure d'un doigt tendre le cocon argenté.



[Voilà... Désolée pour le temps que j'ai mis à faire ces modif' et les quelques libertés que j'ai prises vis à vis de ton personnage, j'espère que ça te conviendra quand même. Surtout, si tu vois encore des incohérences, n'hésite pas I love you !]


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MessageSujet: Re: L'élégance de l'innocence. [Inachevé]   Dim 29 Avr 2012 - 15:21

Il était fatigué, à présent. Deux cernes mauves ourlaient ses paupières, alors que son teint, plus crayeux que jamais, devenait presque verdâtre. Le dessin avait sucé son énergie comme on ouvre une bonde, en tourbillonnant, le laissant faible et nauséeux, légèrement tremblant. Et même si la chaleur du corps d’Attalys aux côtés du sien lui faisait du bien, il ne voulait pas se relever, au risque de tomber ou de vomir. Mais lorsque ce fut elle qui prit cette initiative, il fut forcé de la suivre, main dans la sienne, après dure seconde d’hésitation. Il voulut se passer une main sur le front et entraina celle de la jeune femme dans le mouvement. Et à sa manière de le regarder, il sut qu’il avait gagné.

Il transforma son simple geste, ses yeux à lui plongés dans ses yeux à elle, en apposant sur ses phalanges un baiser plus léger que plume. Un sentiment de victoire lui éclaboussa l’esprit, alors qu’il laissait retomber leurs mains et qu’Attalys, les entrainaient à travers les fourrés. Ils étaient revenus dans leur monde, aucun doute la dessus. L’herbe gluante de rosée n’ondulait plus sous l’assaut du vent, mais une multitude de branches plus ou moins grosses attestaient de la violence de la tempête qui avait cependant épargné la plupart de l’Académie mais avait charrié les déchets brisés de la forêt à côté. Il se laissait entrainer, les yeux perdus dans le vague, caressant l’idée d’une bonne tranche de siffleur dégoulinante de graisse, possiblement accompagnée d’une bonne dose de patates douces. La salive lui emplit la bouche et son ventre gronda. Mais Attalys ne sembla pas l’entendre de cette manière. Au parc succéda la forêt, luxuriante, splendide sous l’ahurissante lumière réfractée par la moindre goutte d’eau, et c’est un panel moiré de vert qui leur fit acceuil lorsqu’ils s’engouffrèrent sous la voute viride et dégoulinante d’émeraude en fusion.

Malgré sa faim et sa fatigue, il ne pu s’empêcher d’être émerveillé par le tableau féérique qu’offrait les arbres feuillus. Les licornes eurent existées qu’il n’aurait pas été étonné d’en apercevoir l’ombre au loin, broutant l’herbe humide, cavalant entre les troncs luisants, la corne au front braquée au ciel qui se barbelait de nuages aussi blancs que gris. Le premier instant passé, il posa les yeux sur la nuque de la dessinatrice devant lui, et un sourire sombre lui traversa le visage, sourire qui se transforma en sérénité lorsqu’elle lui jeta un coup d’œil à la dérobée. Prit d’une envie soudaine, il se rapprocha d’elle, enroula son bras autour de sa hanche gracile, protecteur, mais surtout affamé. Affamé de sensations. Prédateur.

Une clairière s’ouvrit alors devant eux, trouée d’arbre au centre de laquelle luisait faiblement l’éclat jaune du soleil. Et il vit, avec un sourire amusé, le visage d’Attalys s’illuminer d’émerveillement. Elle était à croquée lorsqu’elle souriait, cette petite. A croquer. Véritablement.

Il s’immobilisa lorsqu’elle fit de même, copie conforme, copie qu’on forme, attendant sa réaction. Réaction qui tardait à venir. Il admettait l’élégance du paysage qui s’ourlait d’une aura magique, avec ses couleurs toutes de vert et d’eau, de bleu et de terre, et les fleurs qui pointaient de sous l’herbe, réfractant la rosée en une myriade de couleur. Mais bon, il se faisait tard tout de même c’était l’heure du gouter . Soudain, elle s’élança au centre de la trouée, gazelle frivole, et s’y immobilisa. Il sentit les spires s’ouvrir mais ne l’y accompagna pas, curieux de voir ce qui allait jaillir de la réalité. Il ne fut pas déçu de sa patience. Il cligna des yeux, plusieurs fois, abasourdit par l’étendu d’eau qui s’offrait à présent à lui. Oubliée la forêt à moitié noyée, le paysage coupé par la cime des arbres, s’étendait à présent devant lui la transparence du vide, la pureté des perspectives, et les vaguelettes microscopiques qui venaient lécher les pieds de sa compagne. Sa bouche en béat d’étonnement. Avant qu’il ne puisse esquisser un geste, la jeune femme s’échappa et entrepris d’enlever ses chaussures. Un frisson parcourut la nuque du dessinateur, qui ne la lâchait pas des yeux, interdit, devant le paysage magnifique qu’elle avait – qui d’autre ? – créé. Presque comme dans un rêve, sa faim momentanément oublié, il délassa ses propres chaussures et laissa ses orteils fouir l’eau étonnante du lac fantôme. Il n’avait jamais vu le Lac Chen, si ce n’est en esquisses, dans les parchemins et les livres. Mais cela lui permit tout de même de le reconnaitre, et de ressentir un élan de curiosité vis-à-vis de la jeune fille. Y avait-elle vécu, avant de se retrouver à l’Académie ? Probablement. Il se rendait compte à présent tout ce qu’il ne savait pas. Mais, au fond, cela lui importait, finalement, peu.

Pour l’instant.

La fraicheur de l’onde lui tira un mince sourire de satisfaction. Ils avaient pas mal crapahuté depuis l’Académie, et la plante de ses pieds se rappelait de ce fait à ses bons souvenirs, soulignant sa fatigue par des cernes un peu plus prononcées.

Il ne put s’empêcher, alors que la dessinatrice les entrainait un peu plus loin de la rive, à l’inversion apparente de leurs rôles, lui, les yeux fixés sur la nuque de sa compagne, et elle, joyeuse, enjouée, gamine, qui l’entrainait et créait, papillon de lumière. D’un geste délicat il traça une ligne courbe sur la nuque d’Attalys, se délectant des frissons qu’il y créait. Elle s’était magnifiquement coulée dans le moule, semblait avoir compris le jeu.

You’re the conversation. I’m the game (Cool

Mais était-ce vrai ? Attalys comprenait-elle vraiment ce que signifiait leur compagnie ? Avait-elle décelé, intuitive, toute la superficialité de leur relation, s’en jouait-elle comme Lev lui-même s’amusait de n’être qu’un masque, une armature de fer qui plie mais ne brise que pour mieux trancher, percer la peau du cœur ? Cette idée était gênante, Lev aimait contrôler, tout, tout jusqu’aux intentions et gestes. Utopique, ces rêves n’étaient jamais à la hauteur de ses espérances, mais il s’enorgueillissait de sa maitrise de ses relations, tout en sachant pertinemment que lui-même n’était pas aussi doué que d’autre pour jouir d’une manipulation stricte. Il n’était pas un manipulateur hors pair, puisqu’il s’investissait trop dans ses histoires, y trouvait un état de grâce et de bonheur incomparable. En cela, peut-être, résidait l’attrait que ses victimes éprouvaient pour lui. Il les aimait, malgré tout, il aimait ces situations entre ciel et terre, entre deux eaux. Mais il n’aimait pas l’idée d’être au centre d’une chose que lui-même avait mis en place. De prédateur à proie.

Il en était là de ses réflexions lorsque le lac, siphonné par le vide, se délita dans l’atmosphère sans même un souffle marquant sa précédente réalité. La verdure reprit ses droits, et le collier émeraude des arbres enserra de nouveau la gorge de l’horizon, étouffant la clairière d’éclat virides et mousses, sinoples d’absinthe. Attalys se laissa tomber dans l’herbe comme une nappe de papier, légère, alors que montait, incongru, dans le corps de Lev, un sentiment de claustrophobie poignant. Après plusieurs coups d’œil aux alentours, il s’approcha de quelques pas de la dessinatrice qui profitait innocement de l’instant. L’ombre sous les arbres n’étaient plus des enchevetrements de branches et de feuilles cachant le soleil, non, elle n’était qu’un trou vorace qui aspirait la lumière. Son cœurs battit plus fort dans sa poitrine, et il croisa les bras par-dessus, cherchant à moduler ce réflexe primitif qui lui enjoignait de quitter la forêt. Etait-ce la vision précédente du Lac et l’horizon vide, immense, superposé à l’étroitesse de l’enceinte d’arbres qui provoquait sa confusion ? Il n’aurait su le dire, comme il n’aurait su comprendre le pourquoi, puisqu’il n’était pas naturellement porté à la claustrophobie.

Lorsqu’Attalys se tourna vers lui, son sourire lui parut aussi faux que son impassibilité à lui. L’air se troublait aux tempes, et le vert dansait avec le rouge, aux horizons brisés. D’une poigne peut-être un peu trop rude, il s’empara du poignet d’Attalys et se retourna, l’entrainant à sa suite, tout d’abord lentement, un pas après l’autre, puis de plus en plus fiévreusement, leurs pas brisant les branches mortes tombées à terre pendant la tempête. L’air trop lourd était gluant d’humidité, et Lev soufflait, un point de côté au flan, la faim grouillant, sa bouche emplie d’acide. Les arbres se resseraient autour de lui, leurs branches accrochaient ses vêtements comme des mains osseuses et sèches, et la terre absorbait l’énergie, lui donnait l’impression de faire du sur place alors qu’il accélérait désespérément, en vain semblait-il.

Et enfin, lorsqu’il eut l’impression que ses poumons ne recelaient plus que de l’acide, et que son cœur n’était qu’un amas de clous rouillés, son sang une rivière de braises brûlantes, ils émergèrent de la lisière des arbres, et se retrouvèrent, inondés de soleil, à l’entrée du parc entourant l’Académie de Merwyn qui s’élançait, plus loin, à l’assaut des nuages gris. La poigne de Lev se desserra et la jeune femme put récupérer son poignet, légèrement marbré de rouge.

Sous le soleil de la fin d’après-midi, alors que les arbres derrière lui ne pouvaient plus l’atteindre et que le ciel prenait toute la place dans son champ de vision, Lev se trouva bête de s’être ainsi laissé emporter. Une colère froide à l’encontre de lui-même lui fit esquisser une grimace qu’il réprima en voyant le regard d’Attalys posé sur lui. Il avait probablement dut lui faire peur. Dans un soupire d’excuse feint, il s’empara de sa main, très doucement, et apposa ses lèvres sur les trace écarlates qu’il y avait appliqué.

- Pardonne moi, je ne sais pas ce qui m’a pris.

Il se rapprocha un peu plus d’elle, les yeux fichés dans les siens.


- Je ne sais pas pourquoi, mais il semble que je sois légèrement claustrophobe.

Son sourire timide démontrait le trouble qui était le sien à l’évocation de la clairière.

- Je ne voulais pas te faire mal. Mais il m’était tout impossible de rester là-bas que de t’y laisser seul. Surtout vis-à-vis de ce qui peut roder dans les forêts.

Il se força à afficher un air guilleret, manière de lui remettre en mémoire leur jeu créatif et les aventures qui en avaient découlées. Mais le trouble assombrissait toujours ses prunelles, et son estomac grondait. Méchamment.

- Allez viens, si tu le veux je t’invite à manger. Et tu me raconteras pourquoi tu as dessiné le lac Chen tout à l’heure. Bravo, au fait, c’était une magnifique création.

Il ne pouvait se permettre de la perdre maintenant, alors qu’il touchait au but, alors qu’il voyait ses yeux de biche briller pour lui, alors même qu’il lui avait fait du mal malgré sa promesse. Elle avait l’air d’être une fille bien, et Lev aimait les filles biens. Il était plus à même de les séduire et de les conserver. Et Attalys, sans conteste, avec son don merveilleux, était une conquête tout à fait exceptionnelle. Il lui tendit la main, attendant qu’elle la prenne.


[Pardon pour le retard Embarassed j'espère que ça te plaira !]



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MessageSujet: Re: L'élégance de l'innocence. [Inachevé]   Sam 30 Juin 2012 - 10:09

Gris.

Vert.

Attalys cligna des paupières. Autour d'elle, il n'y avait rien. Rien que le silence. Le silence et Lev.

Lev. Soudain, la jeune fille ne savait plus que penser. Il était là, aimable, souriant, et, l'instant d'après, se levait d'un bond pour se saisir brutalement de son poignet. Et elle ne pouvait s'empêcher de se redresser à son tour, fragile, tendre, vulnérable, et de le suivre à petits pas, les yeux écarquillés par l'incompréhension.

Tout lui faisait peur, tout à coup. Cette forêt moirée de couleurs chatoyantes, de sons mélodieux et de fragrances harmonieuses, lumineuse et sereine. La grimace qu'elle devinait sur le visage du Dessinateur, la contraction de ses épaules, de ses bras, de son dos, la raideur de ses mouvements, sa poigne abrupte et ses brusques enjambées. Et l'attirance qu'elle ressentait pour lui. L'espace d'un merveilleux moment, elle avait cru... Souvenir fugitif. Ses lèvres frôlant les siennes, sa bouche posée contre la paume de sa main, ses doigts s'attardant sur sa nuque et autour de sa taille. Elle ferma les yeux, bouleversée. Pourquoi leur relation paraissait-elle donc si superficielle ? Mais peut-être était-ce là une volonté de Lev, la règle illicite de son jeu de rôles et de faux-semblants. Et maintenant, elle se laissait entraîner, molle et sans volonté, à l'image d'une poupée de chiffon ou d'un pantin désarticulé. Elle était sa marionnette, ils le savaient tous deux. Vaincue.

Alors, il se mit à courir. Elle rouvrit ses paupières collées par la sueur, essayant de maîtriser le tremblement convulsif qui agitait ses jambes. Sa main glissa dans le sienne mais il resserra la prise de ses doigts, lui raclant la paume de ses ongles. La jeune femme accéléra à son tour, péniblement, trébuchant sur les racines qui parsemaient leur route, le regard embué par les larmes et la transpiration. Un unique mot résonnait dans son esprit, rythmé par la cadence que lui infligeait le jeune homme. Vaincue. Dans sa hâte, elle se mordit la langue, et le goût âcre du sang envahit son palais.

Lorsqu'il ralentit enfin, ils avaient quitté le couvert des arbres. Ils s'arrêtèrent aussitôt, pantelants, chancelants, ruisselants. Des points multicolores dansaient devant les yeux d'Attalys alors que Lev lui lâchait lentement le poignet, comme à regret. La Dessinatrice vacilla tout en reprenant péniblement son souffle, désolée de ne pouvoir prendre appui contre le torse du Kaelem et se laisser inonder de bien-être en sentant ses bras puissants se refermer sur son corps agité de soubresauts. Elle se tourna légèrement vers lui tandis qu'il lui étouffait une moue douloureuse, puis baissa la tête. Ses chevilles étaient marbrées de fines griffures écarlates, sans doute causées par les ronces traîtresses et les branches basses semées sur leur chemin de brouillard. Souffrance. Elle avait si froid, soudain. Toute cette brume, toute cette indécision, toute cette incertitude. Tous ces doutes. Lev percevait-il son désarroi ?

Alors, il lui saisit à nouveau le poignet, comme la dernière fois, mais plus délicatement, avec tant de douceur qu'un long frisson parcourut sa colonne vertébrale. Elle tressaillit mais ne se dégagea pas quand il l'embrassa fugacement, comme une esquisse de baiser volé. Et cependant, elle ne pouvait oublier le regard qui avait été le sien lorsqu'il l'avait entraînée hors de la clairière de cristal. Un regard de prédateur. Il soupira ; elle frémit.


- Pardonne moi, je ne sais pas ce qui m’a pris.

Elle ne répondit rien, immobile et silencieuse. Attentive. Il se rapprocha encore un peu, ses iris saphir rivés dans ses prunelles en feu. Interrogation. Lui pardonner ? Ce n'était pas une question.

- Je ne sais pas pourquoi, mais il semble que je sois légèrement claustrophobe.

Un sourire. Fugace.


- Je ne voulais pas te faire mal. Mais il
m’était tout impossible de rester là-bas que de t’y laisser seul.
Surtout vis-à-vis de ce qui peut rôder dans les forêts.


Elle ne l'écoutait plus vraiment, à présent. Son coeur battait la chamade. Il était vraiment trop près. Beaucoup trop près.

- Allez viens, si tu le veux je t’invite à manger.
Et tu me raconteras pourquoi tu as dessiné le lac Chen tout à l’heure.
Bravo, au fait, c’était une magnifique création.

Elle ébaucha une mimique hésitante. Un sourire ? Reconnaissante qu'il détende l'atmosphère, certes, mais méfiante tout de même. Le malaise grandissant qui les étouffait l'aurait fait pleurer de rage si ses pupilles dilatées n'étaient pas toujours fichées dans celles de Lev en une supplique muette.

Et puis, il lui tendit la main. Tout aurait pu être si simple. Apposer sa paume sur la sienne, lier ses doigts aux siens pour l'éternité. Si simple.
Mais elle n'y parvint pas. Pourquoi ? L'azur pétillant dans ses iris se confondit un bref instant avec le turquoise du ciel, et tout se brouilla. Elle recula précipitamment, les bras enroulés autour de sa poitrine, réprimant l'envie aussi soudaine qu'incompréhensible qu'elle avait tout à coup de partir en courant. S'enfuir le plus loin et le plus vite possible de Lev.

Baissant la tête afin de ne pas devoir observer son air blessé, Attalys respira profondément. Ce réflexe était idiot. Comment pourrait-elle avoir peur de lui ? Mais elle ne parvint pas à croiser son regard et murmura finalement, les yeux fixés sur le bout de ses chaussures boueuses maculées d'herbe et de terre :

- Je veux bien, je... je crois que je commence aussi à avoir faim.

Elle releva un peu le visage, les joues rougissantes, et ajouta en chuchotant :

- En tout cas, c'est vraiment gentil.

Gentil. C'est vraiment gentil. Et toi, es-tu également vraiment gentil ?


[Plus de deux mois de retard, c'est tout simplement impardonnable, je sais
:no: . Et je dois aussi m'excuser de ne pas avoir fait plus avancer le RP... Enfin, j'espère que cela te plaira quand même !]



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L'élégance de l'innocence. [Inachevé]
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