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 Cours de légendes : une promenade au fil des histoires [Terminé]

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MessageSujet: Re: Cours de légendes : une promenade au fil des histoires [Terminé]   Mer 15 Fév 2012 - 15:10


Elle avait à peine ébauché une réflexion à propos des Ts'liches et de Merwyn, que déjà une avalanche de réponse pleuvait sur ses pauvres oreilles. Elle avait un mal fou à suivre tout en même temps, avait l’impression étrange que ses camarades, probablement dans le même cas qu'elle, ne s’écoutaient pas et surenchérissaient de propositions sans jamais rebondir sur ce que les autres disaient. En épluchant un brun d'herbe, elle regrettait de ne pas être restée dans son dortoir ou aller s’entrainer dans la salle d’armes au lieu de tenter de recueillir des points pour Teylus. Elle n’avait jamais auparavant assister à un cours de civilisation, mais la course au points et les Kaelems qui se rapprochaient dangereusement d’eux, l’avait convaincu de participer au cours les moins susceptible de l’interresser. Elle s’était épargnée le cours de dessin, tant le souvenir du gouffre noir lui semblait terrible à affronter, tant son don lui semblait inexploitable mais avait mis un point d’honneur à assister à celui de Légende. De quoi se rendre compte qu'elle était absolument inculte à propos de la plupart des sujets abordés et t que Cerys s’était une fois de plus, remarquée. Alors qu’elle semblait prêtre à répondre à la bravache d’Ichel, Lohan , malgré sa douceur habituelle, ne put s’empecher de lui donne un coup de coude dans les cotes pour la faire taire. Autant qu'elle serve au moins de garde points, si elle n'était pas capable d'en faire gagner à sa maison.


« Retiens ta langue un peu, on manque de se faire dépasser par les Kaelems en ce moment. On a pas besoin de points en moins. »

Bien sure , elle eu l’impression désagréable de ne pas être écouté. Elle reprit le fil de la conversation quand les deux dessinateurs se mirent à raconter leurs présumés mythes Merwynniens. L’exercice aurait sans doute plu à Shawna, pensa-t-elle immédiatement, sa langue de menteuse invétérée se serait sans doute plier à l’ exercice avec délectation .

Et pourquoi pas elle, tient. Un peu de courage, c'était pour Teylus. Les talents d'orateurs de ses deux camarades la décourageait un peu , et si elle avait pu observer les illustrations merveilleuses dont Lev ponctuait son histoire elle aurait sans doute renoncer, mais ses yeux d'aveugle lui laissèrent la chanse de s'exprimer :


« Merwyn avait voyagé plus qu’aucun Alavirien de l’époque , découvert maintes cultures, mains systèmes de valeurs et avait sans-doute une compréhension supérieure de ce qu’était la famille, lu clan ou du peuple.

Son projet de création d’académie était ambitieux puisqu’à terme, il était sensé unir des hommes de mondes différents. Des roturiers et des nobles, des faëls et des Humains, des Thüls et des frontaliers, des citadins et des paysans, des guerriers et des dessinateurs, autant séparations, autant de sujet de dissensions entre ses futurs élèves . Alors se dit-il, créons des valeurs, créons des symboles, créons de factices sujets de réunions, il n’y verrons que du feu . Aussi , sa grande innovation par rapport aux séparations qui se font naturellement dans le monde fut de prendre comme référent, non pas le groupe auquel chacun appartient dès sa naissance, mais bien le caractère de chaque individu. Avant tout autre, il plaça des caractéristiques personnelles comme sujet de réunion et osa ainsi affirmer qu’un noble peut avoir des points en commun avec un roturier . Chaque élève devenant adepte de sa vision des choses quand il se rendait docilement dans son dortoir. »


Ne jamais résonner avec le cœur ;inventer de juteuses fables aux couleurs extraordinaires lui semblait indigne de l’humain qu’avait été Merwyn . Pourquoi toujours détourner la légende, lui donner des Spires, lisser son image en merveilleux ?

"Pourquoi ce nombre de quatre ? Sans doute parce que quatre est un nombre garant d’équilibre, comme le sont les quatre élements. Et Avant tout, Merwyn Ril'Avalon devait penser que son école se maintiendrait grâce à cet équilibre qu'il s'éfforcerait d'introduire. Pourquoi ces symboles? Je n'en sais absolument rien mais voilà mon explication

Merwyn était quelqu’un d'impétueux et le savait , il avait cet éclat héroïque qui rassurait les hommes, leur insufflait la volonté de se battre, cette énergie délivrée aux seuls héros. Sans doute Merwyn était-il un lion , un chef, le chat de Felixia. Seulement, son amour pour l’humanité, ses colères fréquentes, l’emportait, et manquait de le mener dans de graves impasses. Aussi, pour se préserver de lui-même s’était il entourait de deux hommes, deux conseillers. Le premier le secondait dans la tache, il comprenait les hommes de l’armée, des soldats de première lignes, jusqu'au reveurs à l'arrière, prenaient acte de leurs revendication et tenter d'y remédie. Comme un caméléon, il savait ce glisser dans la peau de tout homme. Il était loup, généreux et protecteur, celui qui rassemble la meute, qui protège chacun de ses semblables quelqu'il soit. Le second était un homme rusé, et secret . Il appris à Merwyn a parler et à se taire . A révéler assez sans en dire beaucoup, à calculer pour se maintenir en vie , quitte à sacrifier . Lui le corbeau sordide qui vivrait éternellement. Il y avait une troisième personne, Vyvian elle-même, qu’il avait arraché à l’emprise des Ts’Liches; Elle était douceur et calme, sagesse dans ses conseils, elle était celle qui le rassurait, lui ottait l'infime peur qui venait se loger quelquefois dans son ventre …Pourquoi la Loutre? Sans doute y avait il entre eux, un secret qui justifiait ce choix."


C’est ainsi que Merwyn a vaincu et a conduit son armée grâce à un groupe, et non en solitaire. Il eut la sagesse de penser qu'une école peut être peut être aussi difficile à mener qu'une armée et partagea en quatre la foule d'élève, suivant les quatre personnalités qui l'avait poussé à la victoire."


_______________

Pour t'observer,  Invité, à défaut d'yeux, j'serai Dieu o/
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MessageSujet: Re: Cours de légendes : une promenade au fil des histoires [Terminé]   Mer 15 Fév 2012 - 21:01

Armaële n'avait écouté que d'une oreille distraite les contes de ses camarades – tous plus beaux les uns que les autres selon son cerveau inattentif, bien trop occupé à trifouiller sa mémoire à la recherche d'un commencement. Il y avait d'abord l'histoire des quatre entités issues des Spires, contée par un camarade Kaelem à l'inhabituel regard bleu, puis la version d'Attalys et ses deux Vivyan moulées en une seule et enfin, la fable, un peu plus réaliste peut-être, de l'union entre les différentes classes sociales, murmurée d'une voix douce par une Teylus au regard étrange.
Quand le silence revint, la jeune femme avait finit par rassembler les fragments de ses souvenirs, mélangés à ses certitudes et son imagination. Elle écouta quelques secondes le vent dans les branches de l'immense arbre, comme le murmure d'un chant avant de finalement prononcer d'une voix claire :


- Quand Merwyn eut découvert Vivyan, magnifique créature plus belle que toutes les femmes qu'il n'avait jamais vu, mais effroyable piège crée par les Tshlich', il crut devenir fou. Fou de douleur et fou d'amour. Déchiré entre son devoir et son cœur, sa destinée et ses sentiments. Alors, il fit ce que tous les hommes auraient fait à sa place. Il fuit.

Silence. Le temps de savourer les multiples facettes de ces derniers mots. Elle reprit.

- Mais Merwyn, s'il était bel et bien humain, avait toutefois une différence – majeure – qui le différenciait des autres hommes : c'était un Dessinateur exceptionnel, à l'imagination et la créativité débridé, qui avait voyagé bien plus loin que d'autres ne le rêvent... Et surtout, il arpentait un monde que seuls les Dessinateurs peuvent arpenter : l'Imagination. Merwyn, donc, fou de souffrances et de solitude, s'enferma chez lui, interdisant l'entrée à quiconque essayerait de passer. Et il partit. Loin. Très loin... Il s'enfonça dans l'Imagination, aussi rapide qu'une étoile filante, là où personne n'est jamais allé, ignorant les multiples possibles qui s'ouvraient à lui, fonçant droit devant lui, perdu. Il monta ainsi dans les Spires, si haut, que, bientôt, il ne s'offrit plus à son regard qu'une seule possibilité. Unique. Qui l'attirait plus que tout. Un chemin, long, si long qu'il n'en voyait même pas le bout. Il s'y engagea . L'âme en peine, complètement déboussolé. Si serait-il engagé s'il n'avait pas été dans cet état ? Peu probable.
Bref. Il marcha longtemps. Très longtemps. Si longtemps qu'il perdit le décompte du temps. Il marcha, marcha, marcha... Et enfin, il arriva. Dans une espèce de passerelle entre les mondes, là où tout est bel est bien possible. Dans cet étrange ''monde'', il n'y avait rien d'autre qu'un arbre. Mais quel arbre... Ses feuilles étaient nuancées de multiples couleurs, changeantes selon l'étrange lumière grise qu'il y avait dans ce monde, son tronc était brillant, comme de l'argent pur... Merwyn, épuisé, s'assit, et, fait très étrange, il lui arriva ce qui n'était jamais encore arrivé à quelqu'un dans les Spires... il s'endormit ! La tête contre les racines.


Silence. A nouveau. Le temps de retrouver son souffle et de rassembler le fil de ses idées. Continuer...

- Merwyn fit un étrange rêve alors. Dans ce rêve, une voix lui parlait. Et voici ce qu'elle lui dit :
« Je suis l'envoyée de la Nature, représentante de toutes les espèces de cette terre, mère de tous ses habitants. Et tu te trompes, homme ! Tu te leurres ! Tu te crois indispensable là où d'autres pourraient réussir ! Tu cherches sans fin de bonnes excuses à ton mal-être, alors qu'il n'y en a qu'une seule : tu ne vis que pour les autres, Merwyn. On te dit supérieur, et cela est sans doute vrai quand on regarde ton Art, mais si l'on ne voit en toi que ta nature profonde, tu es et restes comme tous : un homme. Un homme. Simplement. Qui, comme tous les hommes, a le droit aux erreurs, à l'amour et la haine. A le droit de penser à soi avant les autres. Vis, Merwyn. Vis. Les Tshlich' ne sont qu'une menace de plus, qui sera bientôt éradiquée. Ils ne sont qu'un passage d'une histoire qui dure depuis des centaines d'années et durera sans doute encore aussi longtemps.
Mais toi, Merwyn, combien de temps dureras-tu ? Moins logtemps qu'eux, sans hésiter. Ta vie est courte. Tu n'es qu'un homme. Un homme comme tous les autres. Seulement un homme...»


Armaële ferma les yeux, pour ignorer les regards posés sur elle, sa gêne et sa honte devant tous ces yeux qui la fixaient sans un mot. Elle rougit. Dites comme cela, son histoire, si fabuleuse dans son esprit, semblait si puérile et ridicule... Mais elle devait finir. i]

Quand Merwyn rouvrit les yeux, complètement sonné, il se trouvait à nouveau dans sa chambre. Il ouvrit la porte. Le soleil se déversa et l'aveugla. Au loin, le clapotement discret d'une rivière se faisait entendre, mêlé au sifflement joyeux des oiseaux. Les vents, comme aujourd'hui, agitaient leurs branches. Il sourit. Un peu plus serein. Un peu plus tranquille. Un peu plus sage ? Et il offrit son amour à Vivyan, celle qui devait être son piège et deviendrait en fait le plus beau souvenir de sa vie.
Quand, des années plus tard il choisit de fonder une Académie, il repensa à la voix. Et en son honneur, il décida de bâtir quatre maisons, chacune en hommage à l'un des éléments de la nature : Lupus, silencieux et à la fois si profond, messager de la Terre ; Corbac, comme l'air qui passait dans les branches ce jour-là, représentant de l'Air ; Lotra, comme les sentiments qu'il l'avaient envahit peu après, l'Eau par définition ; Felixia, ou le feu de la Vie et de l'Amour, qui était revenu dans ses veines... Il fonda ces quatre maisons pour être sûr, aussi, que chacun se rappelle qu'il vienne de la Nature, noble ou non, voleur ou philosophe. Et pour que tout le monde perpétue les valeurs portées par ces quatre représentant.


[i]Armaële se tut. Laissa le mouvement des feuilles la calmer, écoutant au passage la respiration calme de se voisins. Elle rougit une nouvelle fois quand son regard croisa celui du professeur de légendes. Décidément, malgré tous ses efforts, elle n'était ni à la hauteur des autres élèves, ni la fidèle descendante du vieux mendiant...


[Euh... Lohan, je comprends pas très bien ta signature... J'ai fait une gaffe ?]


_______________
- Que devient une étoile qui meurt ?
- Un rêve qui vit.


Capter l'écho de la vie dans le poids des choses. Voir ce qui échappe à l'oeil sur les bords de la vie et ouvrir son âme à la lumière des êtres.

René Pageau
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MessageSujet: Re: Cours de légendes : une promenade au fil des histoires [Terminé]   Mer 15 Fév 2012 - 21:04

Ils allaient tous s’entretuer. C’était parti, comme ça. Comme on crée la petite étincelle qui ravagerait des immenses forêts. C’était simple. Tous, les uns comme les autres avaient cet amour de la raison. Ce coté qui nous pousse à l’excès, ce désir de vérité, de débat. Toujours chercher non pas à avoir raison, mais à la pousser à bout, cette raison, à la pousser dans ses derniers retranchement, pour la faire éclater, belle et lumineuse, évidente, en somme.
Et ça débattait. Ce n’était plus qu’une question de secondes et ils en viendraient aux mains. Mais l’enseignant veillait. Il savait, il connaissait ses élèves. Il ne ne doutait pas qu’il étaient tous francs et honnêtes. Mais il y avait des limites à tout. La vérité n’existe pas, ce sont Les vérités qui coexistent.

Puis il y eut l’arrivée de Lya avec sa bouche pleine de tarte et ses doigts qui collaient la fraise, qui leur demandait ce qu’elle avait loupé. Question bien vaine, Gwëll n’en avait aucune idée. Bien sûr, elle avait conscience de ses prises de paroles, elle savait ce qu’elle avait dit et puis ce que les autres avaient dit aussi, mais elle aurait été bien incapable de synthétiser tout cela. La synthèse, de toutes manières, ce n’était pas pour elle. Elle, elle préférait de loin réfléchir à tout et à n’importe quoi -surtout à n’importe quoi, d’ailleurs- sans jamais associer entre eux les morceaux de pensée qui lui venaient, parler pendant des heures de choses passionnantes pour les oublier immédiatement après. Mais pas synthétiser. C’était trop... barbare.

Et pendant qu’elle se disait tout cela et pensait sans relier les bouts de ses idées, le professeur distribuait les points. Pas beaucoup, cependant. Mais aucune importance, de toutes façons, elle n’était pas concernée.
Et puis, il bougea. Ça, par contre, elle était plutôt concernée. Et c’est pourquoi elle suivit, docilement, le mouvement. Un pied après l’autre. On joue aux petites soldats.
Attention, mon subconscient, une racine ! Oui, mon regard, j’évite !
Comme une sorte de dialogue interne entre elle et elle même sans même qu’elle n’y prenne part. Elle fonctionnait bizarrement, quand même, Gwëll.

Puis son subconscient fauta, manqua un arrêt, se rattrapa de justesse, alors que sa tête s’enfonçait entre les omoplates d’une quelconque personne stationnée juste devant. Une petite faute de conduite, certes sans importance mais qui la ramena à la réalité.
Elle s’excusa brièvement et contourna l’obstacle pour rejoindre Lya et Halina qu’elle avait perdues en route.
Puis elle s’assit dans l’herbe, pas trop loin du prof et pas trop près du lac (ne sait on jamais).

Les maisons, donc.
Oui, ça, Gwëll s’en souvenait bien, des anciennes maisons et, bien qu’elle ait été adoptée par Aequor et qu’Aequor l’ait adoptée, son cœur restait à jamais à Lotra. Sa bague, par ailleurs, de topaze bleue lui manquait. Bien sûr, sa nouvelle bague était bleue aussi, mais ce n’était pas le même. Et il n’était pas aussi beau.
Mais pourquoi des maisons ? Là aussi, coexistaient plusieurs vérités. Et il n’y en avait pas une qui ne soit mieux que l’autre.

Je pense que Merwyn aimait l’humanité. Merwyn aimait l’humanité et attendait en retour que l’humanité s’aime. Mais Merwyn, bien qu’utopiste, il était lucide. Il savait que c’était impossible. Mais il aimait à en rêver quand même. Rêver de l’impossible est bien plus productif que de rêver de vérité.
Donc Merwyn, qui rêvait de son monde meilleur, en vint un jour à y penser plus sérieusement. Bien sûr, il savait qu’il était incapable de garantir un monde plus beau et plus juste, mais il savait aussi qu’il pouvait, qu’il avait les capacités, je veux dire, de créer un micro-monde, comme une petite bulle dans la société, meilleur. Ne pensez pas par là qu’il voulait se couper du reste du monde pour ne plus voir que ce qui l’intéressait. Non, il souhaitait juste imaginer, dessiner cette bulle là pour pouvoir s’y reposer, y couler des jours heureux et -peut être- plus égocentriques. Parce que parfois, il faut savoir être égocentrique, je pense. Sinon, on ne pense qu’aux autres, et on finit par oublier qui on est. Et c’est bien plus triste que tout autre chose.


Là, elle reprit un instant son souffle, secoua un peu la tête pour remettre ses idées en place et revenir, un tant soit peu, les pieds sur terre.

Donc, Merwyn, qui pensait, entouré de l’humanité toute entière, s’en inspira. Car pour un rêve d’humanité, la muse n’est pas fruit du hasard. Pendant des mois, des années, tout un début de vie, il observa. La foule dense, les gens épars, les solitaires, les sociaux, les fragiles et les costauds. Tous. Si c’était une utopie, qu’il mettait en place, ce devrait être une utopie pour tous.
Alors il observa bien tout le monde. Et tout ce qu’il voyait, il le notait, dans les blanches pages de sa mémoire. Les informations, toutes, il les enregistrait bien, les mettait au propre, les classait. Puis vint un jour où il en sut assez. Il en avait vu suffisamment. Non qu’il en eut assez, il aurait pu passer sa vie à le contempler, ce monde fascinant, mais il avait des merveilles à bâtir, un monde à protéger. Alors, le grand Merwyn, qui n’était encore que ce qu’il reste aujourd’hui, un homme comme les autres, seulement, unique en son genre, s’en alla. Par monts et par vaux, il cherchait. Quoi ? Plutôt où, en fait. Il cherchait l’inspiration. L’inspiration de ce monde à venir. Et particulièrement, un lieu. Beau, magique, comme lui.


Son esprit fantasque s’envolait, tourbillonnait dans les méandres de son imagination. Elle le voyait, ce jeune Merwyn, des idées plein la tête. Rêveur, comme elle, des yeux sans cesse ébahis par le monde. Et oui, il était beau. Pas beau d’une beauté esthète, beau d’une beauté rayonnante. Il rayonnait, éclaboussant autour de lui le paysage de tâches de lumière.

Ce lieu, il finit par le trouver. Une grande plaine, au lointain, les dentelles d’une chaine opaline, au centre, un lac, comme un miroir, émouvant de clarté. Avec une cascade flamboyante. Il était arrivé. Il le sut instantanément. Alors, il posa ses deux mains sur la terre nourricière, entre les doux brins d’herbe grasse et ferma les yeux.
On dit qu’à cet endroit, à l’endroit précis où il posa les mains, un magnifique chêne émergea doucement. D’abord pousse puis arbre protecteur.


Elle se retourna doucement jusqu’à voir Vyvian de ses propres yeux.

Au pied de ce futur chêne, dans son ombre à venir, il s’assit. Alors, il ferma les yeux. Longtemps. Et il écouta. Il écouta la forêt qui bruisse et le chant du loup, le soir, déclamé à la pleine lune. Et il toucha, de ses doigts fins, la surface ondine de l’eau, calme et douce et la caresse de la loutre, habile et rapide. Et il sentit, l’odeur du feu de bois, le parfum du pelage fauve qui fuit souplement furtivement. Et puis il ouvrit les yeux et vit, de son regard translucide, le froissement des plumes noires dans l’air pur et vif. Alors, il sourit, d’un sourire béat et sombra doucement dans des rêves mérités d’un monde de vie. Quand enfin, il s’ouvrit au monde extérieur, en même temps que le jour, il savait. Comment. Où. Quoi. Et qui.
Il se mit au travail. D’une main habile, il prévit tout. Dans les moindres détails. Tout consigné sur parchemin.


La suite, il n’était pas utile de la raconter. Tout le monde savait. Ou imaginait. Après tout, il coexiste plusieurs vérités, n’est ce pas ?



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Larbin-en-Chef
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MessageSujet: Re: Cours de légendes : une promenade au fil des histoires [Terminé]   Mer 15 Fév 2012 - 22:19

Quoi? 1 points en moins? Non, mais il est pas bien l'autre. Juste parce qu'il avait dit "Merde" en plus. Mais d'ailleurs, c'était quoi cette histoire de points? Il allait avoir une moins bonne note parce qu'il avait dit un gros mot? Attends, il avait dit "pour Kaelem" et Kaelem, ça, c'était sa maison. Donc le point ne lui avait été retiré directement. Tant mieux, mais par contre, il allait devoir se renseigner sur ce système. Histoire de voir si c'était important de gagner des points ou si tout le monde s'en foutait. En tout cas, il avait compris que les profs retiraient des points quand on faisait des conneries. Et donc qu'ils en offraient si, au contraire, on jouait les lèches-bottes.

Le cours s'enchainait déjà et maintenant qu'il s'était fait repéré, il n'était plus question de repartir pour visiter l'académie. Shaokys s'installa et il sortit un de ses dés pour le faire tourner entre ses doigts histoire de passer le temps. Car oui, il se faisait bien chier. Y avait un élève avec la même bague que l'arnaqueur qui avait prit la parole. Certainement le lèche-botte en chef. Et voilà, il avait tout gagné. Voilà qu'on l'avait foutu dans une maison de gentils petits élèves. Qu'est ce qu'il avait dit déjà l'intendant sur les Kaelems? ...... Outre machin chouette. Bon oui, il se rappelait pas bien mais de toute manière, il avait pas compris le mot quand l'autre imbécile l'avait prononcé. Mais ça signifiait certainement "parfait" ou un autre synonyme. Pffff, il n'allait même pas pouvoir s'amuser en organisant des parties dans son dortoir, sinon, il allait se faire balancer par ses camarades. Il allait devoir être malin quand il ferait le mur, histoire qu'un idiot dans le genre de "monsieur-je-réponds-le-premier" ne signale pas un lit vide dans son dortoir.

Shaokys avait baillé. Ce que le partenaire de bague rouge avait dit était d'un ennui. En plus, il avait fait le malin avec son Don du dessin. Du genre "regardez, moi je suis trop fort". L'arnaqueur n'avait jamais été se faire tester. Peut-être qu'il avait lui aussi un Don du dessin mais il s'en moquait. Il en avait pas besoin pour ce qu'il comptait faire. Alors pourquoi perdre du temps à apprendre un truc parfaitement inutile? Et oui, la réponse était dans la question, ça servait à perdre son temps. Donc Shaokys avait préféré se perfectionner dans autre chose: l'arnaque, la manipulation des cartes et même un peu de magie. Non, pas la magie du genre "je te fais un sort avec ma baguette". Celle où y a un truc. "Je fais apparaître un truc alors que tu avais pas vu qu'il était dans ma manche", etc.... C'était pas pour arnaquer les gens qu'il avait appris cela, mais juste pour impressionner les filles. C'était toujours la classe quand tu faisais une fleur venue de "nulle part" ou nulle part rimait souvent avec manche.

L'arnaqueur jouait toujours avec son dé quand une seconde élève se leva pour parler. Tiens l'autre avait finit? Shaokys s'en était même pas rendu compte. Et elle alors, qu'est ce qu'elle disait? Pfff, la même chose quasiment. Et en plus, elle aussi elle se la pétait avec son Don. Ils étaient tous comme ça dans l'académie? Fallait mieux pas espérer parce que sinon, la vie entre ses murs serait d'un ennui total et Shaokys s'enfuirait rapidement pour aller voir ailleurs. Pour le moment, il restait pour faire bonne figure et, tout le temps qu'il resterait ici signifierait qu'il ne serait pas recherché par la garde impériale.

Le cours s'enchaîna avec une élève qui était bizarre. Enfin, c'était ses yeux qui étaient bizarres, parce que pour le reste du corps, Shaokys avait vu pire. On avait l'impression qu'elle regardait ailleurs, ou même qu'elle ne regardait pas du tout d'ailleurs. Le nouveau Kaelem fut tenté de se lever pour secouer la main devant elle, histoire de voir si elle avait une réaction. Il se retint tout de même. Le prof apprécierait sûrement pas et l'arnaqueur avait pas envie de s'attirer les foudres d'un professeur dès le premier jour de son arrivée. Ce que disait la fille était aussi ridicule que ce qu'avait dit les deux autres. Et d'ailleurs, c'était pas mieux pour les deux qui suivirent. Ils avaient vraiment aucune imagination dans cette académie. Bon, il était temps qu'il s'en mêle. Shaokys fit sauter son dé en l'air avant de le rattraper et de le ranger dans sa poche. Il se leva et se racla la gorge.

- Mais non, c'est pas du tout ça. Pour le partage en 4, c'est super facile. 4, c'est un beau chiffre. Il y 4 saisons, il y a 4 éléments ou alors il y a 4 symboles sur les cartes à jouer. Il est donc normal que Merwyn ait souhaité de partager son académie en quatre maisons.

Il aurait aussi pu citer le 4 du 421 ou les 4 cartes du carré, très forte probabilité de victoire au poker, mais ça n'avait pas vraiment rapport.

-
Pour les totems, c'est aussi très simple. Quand il cherchait des symboles pour ses maisons, Merwyn s'est assis sous un arbre, peut-être celui-là d'ailleurs, tout comme Isaac Gil'Newton quand il a trouvé la théorie de la gravitation avec sa pomme. Et là, il a regardé ce qui l'entourait. La première chose qu'il vit, ce fut un corbeau. Son plumage noir et son vol souple lui inspirèrent la maison Corbac, celle qui dominait les cieux. Puis, ce fut un chat qui vient se recroqueviller contre ses jambes, avant de t'entendre un bruissement et de foncer, vif comme l'éclair. Sa douceur mêlée à son tempérament de feu inspirèrent au dessinateur la maison Felixia, celle qui jouait avec les flammes. Au loin, Merwyn remarqua l'avancée d'une loutre au coeur de l'eau. Sa grâce et sa beauté lui inspirèrent la maison Lotra, celle qui vivait au coeur des flots. Enfin, alors que la nuit tombait, un hurlement de loup se fit entendre. Sa puissance et son esprit de communauté lui inspirèrent la maison Lupus, celle qui protégeait les forêts.

Il était content de son histoire. Il avait certes tout inventé mais au moins, c'était plus intéressant que tout ce que les autres avaient dit. Et au moins, il avait pas dit des trucs du genre "Merwyn prit son petit déjeuner à 8h32 très précise, c'était un mardi matin et il faisait beau". Il avait été à l'essentiel et c'est ce qui comptait. Il fallait espérer que ça plaise au prof maintenant.

- C'est comme ça qu'il eu l'idée de créé l'académie avec ses 4 totems. Il espérait secrètement que les élèves soient garants des symboles que les animaux qu'il avait choisit véhiculait. D'ailleurs, c'est grâce à eux qu'il répartissait les élèves. Il suivait les idéaux afin que les maisons soient solidaires et plus fortes.

Et au moins, c'était plus facile à se rappeler que les maisons actuelles. Talus, Accord et Kaelem. Ou un truc dans le genre.

[Edition possible]


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Marchombre
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MessageSujet: Re: Cours de légendes : une promenade au fil des histoires [Terminé]   Mer 15 Fév 2012 - 23:56

[Vive les couleurs ]

Halina n'eut que le temps de lui glisser quelques mots sur les débuts du cours qui semblait avoir principalement porté sur Merwin et Vivyan, avant que le professeur ne calme les tensions qui faisaient vibrer l'air. Lya esquissa un minuscule sourire lorsqu'il ôta, après quelques palabres, trois tout petits points à la maison ennemie. Ce n'était presque rien, mais c'était mieux que rien, justement. Cependant, son sourire disparu lorsque Sieur Cil'Eternit osa s'en prendre à Kaelem pour leur enlever un point. Celui-là, il aurait parfaitement pu s'en abstenir. La jeune femme se releva en même temps que le groupe lorsque le professeur les entraîna vers une destination encore inconnue. Elle discutait de tout et de rien avec Gwëll et Halina, jusqu'à ce qu'ils arrivent sur les rives du lac. Ils longèrent un moment la surface plane comme un miroir dont les bords étaient couvert d'une fine couche de glace avant de s'asseoir sur une petit plaine qui s'étendait entre les arbres. Le maître des Légendes reprit son cours, parlant désormais des quatre maisons qui avaient précédés celles d'aujourd'hui. Lya s'en souvenait très bien. Elle-même était à Félixia, avant. Elle n'avait gardé de la maison que la couleur rouge et quelques camarades. Même les dortoirs avaient changés. Enfin, peu importe, là n'est pas le sujet.

Et les histoires commencèrent. Il y eut d'abord celle contée par un jeune homme qui était arrivé il y a peu de temps à l'académie. Lya l'avait déjà remarqué par sa beauté peu commune qui devait en faire fondre plus d'une. Il racontait bien. Ses paroles subjuguèrent l’auditoire en moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire. Son histoire seule aurait suffit, mais il l’accompagna d'un dessin qui époustoufla la jeune marchombre, par ses formes et ses couleurs qui se mélangeaient, s'étiraient, formaient comme une musique arc-en-ciel qui emprisonnait tout ce petit monde pour ne le libérer qu'à la dernier note, juste avant de disparaître. Une inconnue pris la relève, assumant la dure tâche de passer derrière un spectacle aussi beau. Lya du admettre qu'elle s'en tira plutôt bien. Les autres histoire s'enchaînèrent, les unes derrière les autres, se confondant dans l'esprit de Lya tant elles étaient à la fois différentes et semblables. Elle écoutait chacune d'entre elles avec ravissement, sachant qu'elles étaient surement toute inventée sur l'instant, mais elles restaient belles quand même. Tout se termina avec un dernier élève que Lya n'avait absolument jamais vu et qui donnait sa version courte et simple de l'histoire. Alors la jeune femme décida que c'était son tour. Elle prit une profonde inspiration et se lança:


-Je sais pas si vos histoires sont vraies ou pas, et c'est surement pas à moi de les juger. Mais j'vais quand même raconter la mienne, même si je serais incapable de l'illustrer comme certains l'ont fait. Moi, c'est simplement un conte que ma mère me racontait parfois, les soirs d'hiver. Je pense que le plupart d'entre vous le connaissent déjà, mais je vais quand même le raconter pour les autres.

Elle fit une pause, le temps de se souvenir de la manière dont sa mère commençait toujours. Comme elle n'y parvint pas, elle raconta à sa manière:

-C'est l'histoire d'un homme dont personne ne connait le nom, mais qui selon certains, ne parlerait pas notre langue, nous arriverait à la taille et vivrait dans une forêt aux arbres immenses. Un jour, allez savoir pourquoi, cette homme décida de sortir de sa forêt partir visiter le monde. Malgré les diverses désapprobations de son entourage, le petit homme remplit son sac de nourriture et partit pour son voyage. Après plusieurs jours de marche, et sans aucun incident, il parvint sur le plus haut sommet de la chaîne de Poll et de tout la-haut, il découvrit avec émerveillement les paysages de Gwendalavir tels que nous les connaissont aujourd'hui. Mais avant qu'il ne puisse redescendre, il y eu un glissement de terrain qui rendait impraticable tous les chemins qu'il aurait pu emprunter. Désespéré, souhaitant découvrir plus que tout le nouveau monde qui s'étalait sous ses yeux, le pauvre homme cria à l'aide de toute sa voix, pendant trois jours et trois nuits. Enfin, au bout de la troisième nuit, alors que le soleil se levait, un immense corbeau noir comme la nuit se posa sur le plateau où l'homme était bloqué. Il lui demanda:

-Qui-es-tu? Pourquoi cris-tu comme ça?
-Je suis un petit homme, et je suis coincé sur cette misérable montagne alors que le monda n'attend que moi.
-Tu te trompe, petit homme, le monde n'attend personne. Mais si tu le souhaite vraiment, je veux bien te prendre sur mon dos pour t'amener en bas. Mais en échange, je veux que tu me donne tes cris. Cela fait trois jours que je t'entend, et je ne souhaite plus jamais t'entendre.

Lya modulait sa voix selon les personnage qu'elle faisait parler:

-Le petit homme accepta le marché. Il donna ses cris au grand corbeau qui le déposa en bas de la montagne. Heureux, l'homme remercia le corbeau d'un signe de la main et continua son chemin. Il traversa d'ouest en est les plaines de Shaal avant de se trouver face au Pollimage. Du haut de sa montagne, l'homme avait vu que le fleuve le mènerais jusqu'à un lac immense qu'il souhaiter visiter. Mais il n'avait aucune embarcation et aucun moyen d'en fabriquer une. Alors, fou de désespoir à l'idée que son périple s’arrête là, le petit homme pleura pendant trois jours et trois nuits au-dessus du fleuve. Au matin du quatrième jours, une immense loutre pointa sa tête hors de l'eau et demanda:

-Qui es-tu? Pourquoi pleures-tu comme ça?
-Je suis un petit homme et je suis coincé sur cette misérable rive alors que le monde n'attend que moi.
-Tu te trompe, petit homme, le monde n'attend personne. Mais si tu le souhaite vraiment, je veux bien te prendre sur mon dos pour t'amener au lac. Mais en échange, je veux que tu me donne tes larmes Cela fait trois jours que tu pleures dans mon eau, et je ne veux plus jamais que cela arrive à nouveau.

Le petit homme accepta le marché. Il donna ses larmes à la grande loutre qui l'emmena jusqu'au lac. Ravi, l'homme remercia la loutre d'un signe de main et continua son chemin. Il se dirigea vers l'ouest cette fois, car il voulait visiter la forêt qu'il avait vu du haut de la montagne. Mais la forêt était immense, noire et dense. Rapidement, le petit homme s'y perdit. Alors fou de rage il frappa aussi fort qu'il le pouvait, pendant trois jours et trois nuits, sur tous les arbres qu'il croisait. Au matin du quatrième jour, un immense loup se présenta à l'homme et demanda:

-Qui es-tu? Pourquoi frappes-tu ainsi les arbres?
-Je suis un petit homme et je me suis perdu dans cette misérable forêt alors que le monde n'attend que moi.
-Tu te trompe, petit homme, le monde n'attend personne. Mais si tu le souhaite vraiment, je veux bien te prendre sur mon dos pour sortir d'ici. Mais en échange, je veux que tu me donne tes poings. Cela fait trois jours que tu frappes ma forêt, et je ne veux plus jamais que cela arrive à nouveau.

]Le petit homme accepta le marché. Il donna ses poings au grand loup qui l'emporta hors de la forêt. Ravi, l'homme remercia le loup d'un signe de main et continua son chemin. Mais il ne savait plus ou aller. Il ne pouvait plus crier, ni pleurer, ni taper du poing. il trouvait ce monde misérable et voulait rentrer chez lui. Ne sachant comment faire, il tourna en rond pendant trois jours et trois nuits. Au matin du quatrième jour, un immense chat se présenta à lui et lui dit:

-Qui es-tu? Pourquoi tournes-tu ainsi en rond?
-Je suis un petit homme et je veux juste rentrer chez moi. Mais je ne sais pas comment faire. Je ne peux plus crier, pleurer ou taper du poing, car le corbeau, la loutre et le loup me les ont pris.
-Je veux bien te ramener chez toi. Mais en échange, promet moi de ne plus jamais revenir. Cela fait trois jours que tu tourne en rond sur mon monde, et je ne veux plus jamais que cela arrive à nouveau.

Le petit homme accepta le marché. Il promit au grand chat qui le ramena chez lui. Ravi, l'homme remercia le chat d'un signe de la main et fini seul le chemin. Arrivé chez lui, il raconta toute son histoire à son peuple, qui depuis, n'est plus jamais revenu dans le monde des quatre immenses animaux. Ce n'est qu'un conte d'enfant, mais peut-être que Merwin le connaissait-il, et peut-être s'en est-il simplement servi pour créer les quatre maisons.


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MessageSujet: Re: Cours de légendes : une promenade au fil des histoires [Terminé]   Ven 2 Mar 2012 - 23:18

Halina écouta avec attention les premières histoires. Elle était bien curieuse de savoir ce qu’était vraiment Vivyan et puis comment un Dessin pouvait être vivants. Pour elle un Dessin était un truc éphémère. Quelque chose qu’on galère à former et qui au bout d’un moment disparait. Pour elle, c’était pas possible de dessiner une âme ou un truc animé. Ce serait trop facile sinon. Le Dessinateur il a faim. Alors il crée une bestiole comestible, il la tue et il la mange. Ou même, plus simple, pourquoi ne se ferait-il pas un bon steak-frites - Comment ça, ça n’existe pas en Gwendalavir ? On s’en fout :na: – de siffleur ? Ce serait attacher le Dessinateur à une espèce de divinité supérieure et la guerrière n’aimait pas trop l’idée. Surtout si ledit être supérieur se mettait à créer une armée de guerriers issus de son Imagination. Il ne manquait plus que ce soit un tordu du ciboulot pour qu’on se retrouve avec sur les bras des trucs hyper résistants ou qui crachent du feu comme le Dragon. Déjà qu’on galérait avec les Raïs alors bon…. Du coup, elle espérait bien une réponse négative. Du genre, " nan mais t’es trop teubé, Vivyan c’était la nana la plus canon de l’Empire et Merwyn c’était un mec comme les autres et du coup il est tombé amoureux. Et puis, c’est IM-POS-SI-BLE de dessiner un être vivant. Même pour un T’slitruc. "


Malheureusement pour elle, ce ne fut pas le cas. Un Aequor rectifia le nom des créatures qui avaient créés ce que Lev confirma comme un Dessin exceptionnel et finalement, quelqu’un posa la question qui lui trottait dans la tête. Comme était-ce possible ? Avant que le professeur ne puisse répondre, Einar prit la parole pour décrire la force de Merwyn et celle de l’amour entre lui et sa compagne. Ah, l’amour ! Etait-ce vraiment possible que l’amour pousse une simple création d’un – ou plusieurs esprits – à se libérer de ses chaines et d’acquérir une conscience pleine et entière ? C’était spé’ tout ça. Et bien trop surréaliste. Une Kaelem pensa à la même chose qu’elle et l’empêcha donc de demander des précisions à ce sujet. Gwëll enchaîna ensuite, parlant de l’histoire de ces deux êtres comme si elle racontait un conte de fée. Ah bah mince ! C’était qu’ils étaient réactifs pour une fois en Civilisation ! … Habituellement, tout le monde ronflait en cours. Le prof’ avait donc trouver le bon filon. Peut-être était-ce le froid qui les ravigotait.


Mais, le fait que souvent les parents s’inspiraient de cette histoire pour endormir les enfants jouait beaucoup. On lisait peu dans la population. Tous n’avaient pas les moyens d’acheter des livres ou même d’apprendre à lire. Il était plus important que cultiver les champs ou de faire tourner une échoppe. Il lui semblait que c’était pour cela que l’on racontait beaucoup d’histoires. Des contes que les parents tenaient de leurs parents ou d’amis ou encore de marchands et qui se transmettaient. Dans les maisons, dans les tavernes ou au chaud devant un feu de camps. Des histoires qui font rêver, rire ou frissonner. Halina se souvenait d’un soir ou elle était entrée dans une taverne étrangement calme. Il y avait là un homme, debout sur une table, un pichet à la main qui racontait avec force mouvements et exclamations ce qu’il tenait du frère du voisin du cousin d’un ami à lui. Elle s’était toujours dit que ce genre d’histoires devait être déformé à force de passer d’une bouche à l’autre. Il lui semblait que certaines personnes recensaient ces contes mais elle n’en était pas sûre du tout. Elle aimait écouter les mythes et légendes mais elle n’était pas douée pour les raconter. Sa mère et son frère étaient très doués pour cela. Ils possédaient tous les deux ce talent d’orateur, qu’avaient Einar ou Ewall par exemple, alors qu’elle avait hérité du pragmatisme relatif de son père. Elle manquait d’imagination.


Ichel fut la suivante à parler, il ne fallait pas, selon elle, l’appeler de Dessin mais en tant que femme. Cependant, comment être sûre qu’elle était vraiment comme le disaient les histoires ? Personne ne pouvait le savoir puisqu’on ne l’avait jamais rencontré ? Fallait-il se fier tant que ça au livres et aux rumeurs ? Peut-être était-elle une coquille vide. Et qu’est ce qui prouvait que Merwyn n’était pas un pleutre rat de bibliothèque qui avait laissé le soin à un de ses lieutenants de détruire le Verrou ? Comment faire confiance à tant d’avis différents ? Le prof’ finit par prendre la parole, clarifiant quelques éléments de l’histoire. Donc Vivyan était aussi gentille et douce que leur amour était fort. Mais il y avait donc un grain de sable dans l’horloge bien huilée de la femme-Dessin. Elle fanait tandis que Merwyn dépérissait. Sombre histoire. L’homme avait donc connu le couple, il avait donc pu s’en faire une image impartiale, non biaisée par l’avis des autres. Il finit son exposé… Nan mais c’était quoi cette question ?!


Halina tenta par la suite de rester concentrée mais le sujet ne l’intéressait plus trop. Juger un homme n’était pas de son devoir ni de ses compétences. Elle n’aimait pas ça. Elle ne pouvait pas se faire juge et bourreau. Elle préféra écouter l’avis des autres. Halina aimait bien l’avis de la Thül qui partageait son dortoir. Toutes les histoires avait un passage où le héros quitte sa belle épouse pour une épopée dont on ne sait jamais s’il en ressortira. Son père avait rejoint sa mère dans ce voyage inconnu et son frère était parti, sans une lettre, pour combattre le mal. Elle acquiesça. Puis, ça s’enchaîna encore, si bien que la Teylus peina à suivre le rythme su flot de paroles. Elle ne comprenait que des bribes. Les avis divergeaient. Merwyn. Sauveur .T’sliches. Homme. Amour. Vacances. Bonheur. Abandonné. Amour. Devoir. Académie. Crédulité. Ingrats. Propagande. Marionnette. Enjolivées. Equation. Détruire. Amour. Pouvoir. Solidarité. Il y avait eu des nouvelles voix, des éclats et un peu de tension dans l’air. La peste avait sévit, les autres étaient en colère. Lev la soutenait. Les autres trouvait ça ridicule. Halina s’en foutait. Quel était l’intérêt de savoir qui avait gagné ou non ? Ils y avait plusieurs vérités. Lya arriva sur ces entrefaits et demanda un résumé.


-On parle de Merwyn et Vivyan, répondit-elle en chuchotant, et là en gros, il y a ceux qui pensent que les T’sliches ont gagné et ceux qui pensent que non.


Le prof les interrompit, incitant au calme. Calmant le jeu. La guerrière n’avait pas compris le but de du débat mais elle se tut. Elle suivit le mouvement jusqu’à un coin herbeux. Où elle s’assit, comme une majorité. Elle finit même par s’allonger sur le dos, histoir de profiter au mieux des rayons de soleil en cette journée frisquette. Les4 symboles des 4 maisons. Oh, des histoires ! ça c’était cool ! Ecouter et se laisser emportée, la guerrière était douée pour ça. Elle ferma les yeux. Son oreille se laissa bercée par l’histoire de Lev, puis celle d’une fille à la voix douce. Il y eut un timbre connu, des voix différentes se mêlèrent pour n’en former qu’une, la Sienne et après, ce fut le noir. ‘Fin, pas le noir complet. Son obscurité à elle. Ses cauchemars. Halina s’endormit donc sans s’en rendre compte en plein milieu du parc de l’Académie.




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"Obsessed by a fairytale, we spend our lives searching
for a magic door and a lost kingdom of peace"

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MessageSujet: Re: Cours de légendes : une promenade au fil des histoires [Terminé]   Lun 12 Mar 2012 - 23:24

[ En fin de compte, je comptabiliserai les points au fur et à mesure de l'avancée de ce Rp, ce qui fait donc que tous les points gagnés ou perdus depuis le début du Rp jusqu'à ce post inclus vont être comptabilisés ce soir. ]


Ce qu’il regrettait.
Ce qu’il regrettait de ne pas avoir une mémoire extensible, une capacité d’écoute suffisante pour apprécier à leur juste valeur chacune des histoires, pour en retenir chaque détail et les inscrire dans l’un des volumes dans lesquelles il conscrivait régulièrement ce qu’il pouvait entendre ou voir d’intéressant à l’Académie.
En sa qualité de conteur, d’orateur et d’amateur des légendes en tout jour, Duncan ne pouvait être qu’impressionné par la multitude des histoires auxquelles il eut droit ; et pour parler sincèrement, il ne s’était pas attendu à ce que ses élèves, guerriers pour la plupart, pussent développer d’aussi jolis contes en pleine improvisation et sans flancher.
Assis tranquillement sur l’herbe fraiche et entouré de ses élèves dont certains avaient même choisi, comme Halina, de s’allonger ; il ne pouvait leur en vouloir, l’air était bon malgré l’hiver et s’allonger dans l’herbe faisait partie d’un des plus grands plaisirs que l’on puisse expérimenter dans sa vie.

Les deux premières prestations placèrent la barre extrêmement haut, et son seul regret fut qu’elles ne divergèrent que très peu l’une de l’autre, ce qui en soi n’était qu’un défaut mineur tant leur oraison était plaisante à écouter. Lev s’était laissé emporter dans un récit magnifique, et qu’il agrémentait de gestes et ponctuait de dessins grâce au Don qu’il possédait - les regards mi amusés mi-las de ses camarades signifiaient au maitre de Légendes que ce n’était manifestement pas la première fois que ce jeune homme se distinguait avec un emploi abusif de son temps, et il fut amusé à cette idée. Mieux valait, quand on possédait un don si grand, l’employer à éblouir la petite foule d’élèves inoffensifs qu’ils étaient plutôt que de l’employer pour nuire à Gwendalavir.
Il était encore jeune, il aurait tout le temps du monde pour apprendre la tempérance, et n’aurait pas à regretter quand il serait plus vieux de n’avoir jamais été jeune, lui.

La deuxième intervention fut aussi étonnante par sa qualité que par l’emploi tout aussi ostentatoire du Don du dessin. L’idée d’allier les quatre éléments et de former une statue de terre à laquelle on insufflerait la vie plut tout particulièrement à Duncan, dont une des légendes préférées restait celle de Pygmalion… Il était impossible de ne pas y tisser des liens avec l’histoire de Merwyn, et le professeur avait souvent eu cette vieille légende en tête lorsqu’il avait rencontré Merwyn Ril’ Avalon.

Fort heureusement pour la patience de leurs camarades qui ne possédaient pas le Don du dessin et qui voyaient dans l’utilisation des Spires une moquerie à leur égard - et qu’il pouvait les comprendre !-, les interventions suivantes n’en firent pas l’usage, mais n’en perdirent pas en qualité.

Quelle frustation, vraiment ! A chaque nouvel élève qui prenait la parole d’un œil brillant pour raconter sa version personnelle de l’histoire et rivaliser d’imagination pour faire jouer les symboles, Duncan aurait voulu lui attribuer le maximum de points, et cette décisions changeait à l’intervention suivante. Que ne pouvaient-elles pas toutes être vraies, alors Merwyn serait tellement magnifique qu’il n’aurait plus rien d’humain, et tout du philosophe, sublime dans sa contemplation et dans son altruisme. La vérité, à vrai dire, personne ne la connaissait vraiment, et probablement qu’elle se trouvait étiolée et morcelée parmi toutes les versions que les élèves se partageaient entre eux. Peut-être même qu’elle n’avait rien d’aussi extraordinaire et que Merwyn avait tout simplement choisi ces symboles pour leur clarté et pour des raisons pratiques, ou parce que c’était ses animaux préférés et qu’il voulait leur rendre hommage.
Mais ils étaient en cours de légendes, non pas en cours de réalité !

Plusieurs autres interventions suivirent et ponctuèrent le débat et à chacune d’entre elles, comme celles qui les avaient précédé, Duncan applaudissait les orateurs chaleureusement. Plus jamais il ne dédaignerait le pouvoir de la créativité des guerriers, alors qu’on venait de lui prouver le contraire et que chaque version était unique. Peut-être que les élèves n’y étaient pas aussi sensibles que lui, et peut-être y était-il même trop sensible, mais c’est pour cela qu’il était là, après tout.

- Et bien, si nous décidions à l’instant de fonder une troupe de troubadours pour gagner notre subsistance sur les routes, nul doute que nous deviendrons plus riches que l’Empereur lui-même, et en trois fois moins de temps.

Sa remarque fut accueillie par des rires et des applaudissements qu’il nourrit lui-même avec chaleur. Les élèves étaient réunis de manière égale, et même si leurs avis et leurs légendes divergeaient, ils étaient néanmoins tous unis dans un même instant de partage. Oh bien sûr, le professeur ne se faisait pas d’illusions, certaine s’ennuyaient ou riaient sous cape de l’orgueil ou des interventions de leurs camarades, mais au moins le faisaient-ils avec discrétion, même ce nouvel élève turbulent auquel il avait déjà enlevé un point pour vulgarité. A sa grande surprise, il n’avait pas recommencé, et Duncan s’étonna lui-même de la rapidité avec laquelle il avait retenu la leçon.

- C’est à espérer que l’Académie repose vraiment sur d’aussi belles légendes, tant la réalité paraîtrait bien fade à côtés si nous la connaissions… mais fort heureusement pour nos imaginations, ce n’est pas le cas !

Il prit un instant de réflexion. Ce que tout le monde attendait véritablement, c’était la distribution des points, la vénalité capitaliste d’engendrer un maximum d’unités pour satisfaire à un besoin collectif.. Le pire étant qu’il n’arrivait pas à se décider.

- C’est bien la première fois que des élèves m’étonnent au point que je n’arrive pas à me décider.
Il fit une pause en entendant des murmures de désapprobation. Vous comprendrez sûrement que je ne voudrais pas décider en fonction des contenus, car chacun de vous a mis de ses émotions dans son récit, et même de l’énergie pour ceux d’entre vous qui nous ont fait le plaisir de partager leur don –il fit un geste en exemple vers Lev- et je ne suis pas là pour noter vos émotions avec des chiffres qui iront égréner des sabliers.

Le murmure de désapprobation s’amplifia.

- J’accorderai donc dix points à chacun d’entre vous qui avez osé braver l’art du discours pour nous faire part de votre récit personnel.

Certains se mirent à compter sur leurs doigts et à compter les élèves pour voir combien de points chaque maison engrangeait, et évidemment, cela causait du trouble aux perdants et les gagnants riaient sous barbe. S’il n’entendait pas tous les résultats possibles et imaginables, il aurait pu compter sur ses élèves pour faire le décompte à la place.

- … Mais je rajoute cinq points pour Monsieur Shaokys-qui-ne-m’a-pas-fait-l’honneur-de-me-dire-son-nom, pour sa franchise, et peut-être, un brin d’humilité dans l’histoire qui manquait dans certaines
, fit-il avec un clin d’œil.

Un sourire malicieux se peignit sur ses lèvres alors que les protestations et les éclats de rire fusèrent de la part des élèves, dont certains se mettaient déjà à refaire les résultats en comptant sur leurs doigts, dont le jeune Teylus Einar Soham, que la tâche semblait complètement absorber et dont les gouttes de sueur indiquaient que l’exercice lui semblait particulièrement difficile.

- … Dix points pour Mademoiselle Dinal, dont le conte me rappelle ceux que j’ai moi-même entendus étant enfant, et dont le jeu m’a fait beaucoup rire.

Deux Kaelem qui recevaient des points supplémentaires, cela semblait une injustice à certains, mais Duncan était pour l’impartialité, il n’allait pas attribuer les points de manière à équilibrer les maisons. Son sourire se fit grandissant à l’annonce de la dernière personne qui recevrait leurs points chéris.

- Quinze points à Mademoiselle Til' Ewin, dont l’histoire était particulièrement touchante et aussi belle que Vivyan.


Cette fois-ci, ce furent de véritables exclamations. De joie pour les Kaelem qui raflaient autant de points que les Aequor, de frustration pour les autres, et ça avait le don de profondément amuser Duncan. Sur ces entrefaites, il se releva, à la suite de ses élèves qui avaient compris qu’ils allaient passer à une prochaine étape de leur voyage. Mais Halina restait allongée par terre, la tête dans les bras, malgré les tentatives de certains élèves pour la réveiller.

- Et bien, quelqu’un a fait la fête trop tard hier soir
, murmura-t-il d’un ton compatissant tout en se penchant vers la silhouette de la jeune fille endormie. Quelqu’un sait-il si miss Nilsan a déjà eu ce genre de problèmes par le passé ?

Il savait, pour l’avoir accueillie dans ses appartements en même temps que les autres prisonniers de l’Académie, qu’elle était du lot de ceux qui avaient subi la torture et l’enfermement pendant plusieurs mois. Elle en gardait probablement des séquelles, mais rien ne disait que ça avait un rapport. Et malgré les secousses répétées contre son épaule, elle ne se réveillait pas, et le sourire de Duncan se figea quelque peu.

- Je serai gré à l’un d’entre vous de retourner à l’Académie et d’en revenir accompagné d’une infirmière ou d’une rêveuse, mieux vaut être prêt à toutes les éventualités, même si c’est une fausse alerte. Je voudrais également qu’un ou plusieurs d’entre vous se rendent dans les cuisines et en reviennent avec de quoi manger et boire, s’il s’agit d’une syncope. Et profitez-en pour demander aux cuisiniers des collations pour tout le monde, ne vous gênez pas.

Il se releva et fit deux pas sur le côté pour ne pas gêner ceux qui s’en allaient. Il n’y avait pas lieu de particulièrement s’inquiéter pour l’instant, mais il était du genre particulièrement prudent.

- Et deux autres pour la transporter à l’ombre du cèdre, là-bas, c’est peut-être le soleil, allons, tout le monde à l’ombre du cèdre je vous prie. Le cours reprendra aussitôt que vos camarades seront revenus !



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"“Je manquais de mémoire - plus encore de l'habitude d'une mémoire
qui fut prégnante, à cran et à croc, apte à extravaser dans ma gorge,
pour salive, le sang des moments vécus ensembles."


Marlyn Til' Asnil | Duncan Cil' Eternit | Einar Soham
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MessageSujet: Re: Cours de légendes : une promenade au fil des histoires [Terminé]   Dim 18 Mar 2012 - 18:51

Un trèfle à quatre feuilles. Le visage d'Attalys s'illumina d'un sourire radieux.
Elle venait de trouver un trèfle à quatre feuilles.

Elle fit le tourner un moment entre ses doigts, lentement, les yeux fixés sur l'étrangeté de ses délicates feuilles d'un vert si clair qu'il en paraissait presque turquoise et de sa tige si fine et si douche au toucher.
Toute petite, déjà, elle s'amusait à parcourir les prairies verdoyantes ou, plus fréquemment, le petit jardin fleuri avoisinant la maisonnette faisant face au majestueux lac Chen, nez baissé et sourcils froncés, dans l'espoir de découvrir une des ces fragiles plantes qui avaient la réputation de répandre la chance et le bonheur dans leur sillage odorant. Et voilà que, en plein cours de légendes, l'une d'entre elles surgissait juste devant son genoux posé à plat sur le sol encore humide de rosée !
Décidément, c'était beaucoup trop beau pour être vrai.

Elle s'était néanmoins baissée avec empressement afin d'arracher doucement le trèfle qui se pointait timidement au soleil et à la caresse du vent, le couvant d'un regard à la fois réjoui et incrédule. Et à présent qu'il reposait dans la paume de sa main entrouverte, elle ne pouvait s'empêcher de se sentir à la fois très forte et très petite.

Et puis, le professeur commença à parler, de sa voix douce et grave, de son ton paternel et chaleureux. À la fin de chacune de ses tirades, il y avait toujours quelques élèves pour rire et lancer acclamations ou cris de joie, et lui-même applaudissait avec des yeux pétillants de malice. La jeune fille n'écoutait tout cela que d'une oreille distraite, la tête emplie d'exclamations multicolores, le regard scrutant les visages aux expressions surprises ou heureuses qui l'entouraient.

Tout à coup, un silence. Le calme s'abattit sur le petit groupe d'élèves qui observaient, immobiles et comme tendus vers une cible inconnue, le corps vibrant de désapprobation, le Sieur Cil'Eternit. Tranquillement, il leva la main et esquissa un sourire discret qui ne fit que renforcer le désappointement des étudiants. Plusieurs murmures fusèrent mais personne n'osa s'opposer directement à l'enseignant.
Attalys, de son côté, était complètement perdue. Qu'est-ce qui pouvait avoir suscité une telle condamnation de la part de ceux qui l'entouraient ? Duncan reprit alors la parole :


- J’accorderai donc dix points à chacun d’entre vous qui avez osé braver l’art du discours pour nous faire part de votre récit personnel.

Les chuchotements désenflèrent aussitôt pour laisser la place à une fiévreuse agitation. Chacun comptait et recomptait les points revenant aux différentes Maisons, et la jeune femme voyait se peindre tour à tour sur les visages concentrés des grimaces de dépit ou de larges sourires.

Le prof' de lettres ouvrit à nouveau la bouche pour attribuer encore plusieurs points à des histoires bien spécifiques, cette fois, peinant parfois un peu à se faire entendre dans le brouhaha de gaieté et de protestations dont résultaient l'enthousiasme et l'excitation des élèves. Et là...


- Quinze points à Mademoiselle Til' Ewin, dont l’histoire était particulièrement touchante et aussi belle que Vivyan.

Curieusement, cela ne surprit pas outre mesure la Dessinatrice qui, le poing serré sur son son trèfle à quatre feuilles, ne pouvait plus se permettre de ressentir de l'étonnement à l'annonce de pareilles décisions. Et, si elle avait été plutôt fière de sa prestation, elle avait également conscience que bien d'autres étaient aussi belles et originales que la sienne et que Duncan n'avait pas désigné son invention comme la meilleure mais "la plus touchante", ce qui n'engageait en rien la créativité ou le talent du conteur.

L'Aequor se sentit cependant heureuse et, en entendant les véritables ovations exclamations qui suivirent ce résultat, un sourire naquit sur ses lèvres. Elle avait donc fait rapporter 25 points à sa Maison.

L'enseignant se leva souplement, aussitôt imité par les étudiants qui se hissèrent sur leurs pieds avec de longs soupirs. Mais, alors qu'ils s'apprêtaient à reprendre leur voyage, celui-ci se tourna soudain vers une forme d'aspect féminin allongée dans l'herbe, la tête aux creux des bras, pelotonnée sur elle-même. Il haussa un sourcil et, tout en se penchant sur la jeune fille endormie, souffla une question qu'Attalys ne comprit pas tant elle avait été proférée sur un ton bas et préoccupé.
Il y eut ensuite un silence pesant et angoissé qu'il rompit d'une voix blanche :


- Je serai gré à l’un d’entre vous de retourner à l’Académie et d’en revenir accompagné d’une infirmière ou d’une rêveuse, mieux vaut être prêt à toutes les éventualités, même si c’est une fausse alerte. Je voudrais également qu’un ou plusieurs d’entre vous se rendent dans les cuisines et en reviennent avec de quoi manger et boire, s’il s’agit d’une syncope. Et profitez-en pour demander aux cuisiniers des collations pour tout le monde, ne vous gênez pas.

Puis il se redressa, balayant le petit groupe de son regard insondable. Ses yeux se fichèrent un bref instant dans ceux de la jeune femme qui tressaillit imperceptiblement.

- Je... j'y vais.


Elle n'était même pas certaine que quelqu'un l'ait entendu tant sa phrase avait été faible et hésitante. Sans attendre une réponse qui ne serait sans doute jamais venue, elle tourna les talons et se rua vers l'imposant bâtiment qu'elle distinguait à travers les frondaisons, les doigts toujours crispés sur la tige froissée de son trèfle.

Arrivée à l'intérieur, elle s'arrêta brutalement. Dans sa hâte, elle n'avait pas une seule fois songé à son itinéraire et se rendait à présent compte avec une horreur croissante qu'elle ne savait absolument pas où se trouvait l'infirmerie. Paniquée, elle tourna un instant sur elle-même, puis son visage jusqu'alors affolé s'éclaira à la vue d'une femme entre deux âge, plutôt petite, arborant un chignon sévère et dont l’accoutrement ne laissait planer aucun doute quant à ses activités.
Elle se précipita vers elle au moment où elle allait s'engager dans un superbe escalier de marbre et expliqua après avoir repris péniblement son souffle :


- Excusez-moi, madame... euh... une urgence... dans le parc... cours de légende... 'vec sieur Cil'Eternit... très inquiet... cela, vous... dérangerait... de venir ?

Elle n'avait pas le sentiment d'avoir été très claire mais, par chance, l'infirmière ne l'interrogea pas davantage et, sans prononcer le moindre mot, lui emboîta le pas d'une allure raide et pressée. Lorsqu'elles arrivèrent en vue du chêne de Merwyn, Attalys s'autorisa enfin à ralentir tandis que sa compagne se dirigeait à grandes enjambées vers la Teylus, toujours étendue, brisant le cercle qui s'était formé autour d'elle.
La Dessinatrice s'approcha alors du professeur avec l'ébauche d'un sourire en essayant de ne pas montrer à quel point elle était essoufflée.


- Voilà, monsieur... J'ai fait aussi rapidement que possible...



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Etincelle
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MessageSujet: Re: Cours de légendes : une promenade au fil des histoires [Terminé]   Lun 19 Mar 2012 - 11:12

Petit à petit, le dessinateur reprenait des couleurs. Il avait donné l’exemple, et avait brisé les douves de la timidité, permettant à d’autres de s’exprimer – c’était ce qu’il se plaisait à penser. Il y eut tant de légendes, la plupart des élèves se levèrent tour à tour afin de donner leur version de l’histoire, qu’il ne put mettre des visages sur chaque mots. De plus, son esprit divaguait, suite à sa prestation, esprit qu’il laissait errer dans les spires, incapable de s’en détacher complètement après les avoir tant utilisées. Il était donc là sans réellement l’être, les yeux dans le vague, les oreilles molletonnées d’un coton de fatigue et de bien-être.

Il retint pourtant l’histoire de Lya. Sans savoir précisément pourquoi, la manière dont elle raconta la légende le toucha, le ramenant –peut-être- au sein d’un brin d’enfance qu’il n’avait jamais eu. Il laissa un sourire rêveur parcourir son visage à ses mots, et se prit à rire en imaginant les animaux comiquement énervés par le stupide humain qui venait les déranger. Un souvenir effleura sa conscience, mais celui-ci disparu avant qu’il puisse s’en saisir. Qu’importe. Il était bien, là, assis dans l’herbe, le soleil auréolant sa tête, y distillant une chaleur exquise, réchauffant cette boite crânienne qui abritait le plus merveilleux don du monde.

Enfin, les élèves semblèrent rassasiés de légendes et de mots colorés. Le silence s’installa brièvement, pendant lequel tous ou presque avaient les yeux fixés sur leur professeur, dans l’attente de sa décision. Il ne fallait pas se leurrer, les points accordés étaient une carotte trop alléchante pour seule l’envie de raconter une histoire soit la raison principale à ce déferlement de récits. Et pourtant… Lev avait bien sentit que chacun prenait part à son propre récit. Leurs mots résonnaient, dans l’air chargé, et les prunelles scintillaient, quand venaient leur tour de voir des choses que les autres ne voyaient pas. Lev, de ces gens-là, faisait partie. Il aimait se faire posséder, que ce soit par un récit ou par une personne, tout en ayant au corps la faculté de n’être que pour lui-même. Lev n’avait pas de fierté. L’orgueil, il s’en servait, étant prêt à le piétiner à chaque occasion. L’orgueil était le maître vice de la condition humaine, et de cette arrogance naissait la cascade d’immoralité qui parsemait le monde de violence et d’excès. Il n’était pas assez stupide pour se placer au-dessus de cela, bien entendu. Il se savait mauvais, notoirement, tout autant que bon, dans une certaine mesure. Mais cela n’avait rien à voir avec la jouissance qui était la sienne lorsqu’il amenait une conscience à s’effondrer, cathédrale inconstante, lorsque les bases mêmes de la personnalité venaient à être ébranlées. Lui, ne pouvait s’effondrer, puisque ses propres bases étaient celles qu’il se créait, sans être jamais immuable. Et de ce fait, il n’avait pas particulièrement l’envie ni le besoin d’être le meilleurs, d’être célèbre, aimé, jalousé, haït, par une foule qu’il ne connaissait pas. Il préférait de loin la compagnie gratifiante d’une seule personne à celle aveugle d’une masse de gens atones.

Il s’immergea donc progressivement dans une rêverie colorée, sans prêter plus d’attention que nécessaire aux propos de leur professeur, il préférait regarder les élèves, et leurs visages, leurs émotions qui le traversait comme des éclairs violets. Et à ses yeux, cette activité était aussi délectable que celle d’un voyeur ayant trouvé la cachète parfaite pour espionner ses voisins. Il nota tout de même la récompense que Duncan donna à l’histoire de Lya, et en conclut que lui aussi avait été touché par la candeur et l’innocence de son récit. Il avisa non loin une jeune femme roulée en boule, qui semblait dormir d’un sommeil profond. Lev aimait les femmes endormies. Elles perdaient dans le sommeil ce fil de maturité qui gommait la perfection de leurs courbes sous un voile de conscience irraisonnée. Et elles y gagnaient une franchise virginale, une simplicité extrêmement touchante, alliée à une faiblesse poignante dans cette langueur impuissante. Mais c’était également vrai pour les hommes, cela allait de soi ? Lev aimait tant les hommes que les femmes.

Soudain, tout le monde se leva de terre. L’herbe couchée signait les corps affalés, et à certains endroits, des touffes entières avaient été arrachées par cette majorité d’être qui aimait tirer sur les brins, encore et encore, dès qu’une mèche viride venait à tomber entre leurs doigts. A retardement, le dessinateur fit de même, grimaçant légèrement. A terre était basse.

Puis, les choses s’accélérèrent. Le professeur paru inquiet à propos de la jeune femme allongée, et demanda d’une voix anxieuse à quelqu’un de partir chercher de l’aide. Lev haussa un sourcil lorsqu’une jeune femme s’élança à l’assaut de château, mais il se détourna bien vite afin d’accéder à la deuxième demande de leur enseignant. Il s’approcha de la jeune femme endormie, touché par la pureté de cette conscience offerte aux yeux de tous. Délicatement, il s’empara du corps sans que les paupières ne battent un seul instant, et s’arrangea pour que la tête ballotante se niche aux creux de son bras. Il n’avait besoin de personne d’autre pour porter la jeune femme. Une pointe d’excitation noua son ventre, alors qu’il posait les yeux sur ce visage contre sa poitrine, ce visage offert dans ses moindres détails. Il soupira légèrement et détourna les yeux, il lui fallait être raisonnable. Les élèves s’écartèrent alors qu’il se dirigeait souplement en direction de l’arbre, attentif à ne pas marcher trop brusquement. Pas une seule fois son corps ne tressaillit, et le doute commença à s’insinuer également dans son esprit. Et si elle ne dormait pas ? Mais l’ambiguïté se leva lorsqu’il sentit les soubresauts du sommeil au creux de ses bras. Elle était certes un peu pâle mais rien ne laissait présumer d’une atteinte à sa santé. Il se baissa en pliant les jambes, soucieux de ne pas se crisper sur la jeune femme et l’adossa doucement à l’écorce rêche. Sa tête tomba sur son épaule, livrée à la pesanteur. D’un doigt léger, il la replaça dans l’axe de son corps et la calla contre l’arbre, pour pas qu’elle ait mal à la nuque en se réveillant. Il resta là quelques secondes, quelques longues secondes pendant lesquelles il lutta pour s’arracher à cette femme endormie, pour s’éloigner d’elle et ne pas attirer l’attention sur l’excitation qu’elle faisait naître en lui. Finalement il se leva avec une grimace, remportant la bataille, avec peut-être un peu trop de retard. Es yeux des élèves le fixaient, et il ne pu y déchiffrer si ce qu’il y voyait était du dégout, de la peur ou de la simple attention à ce qu’il faisait.

Attalys revint alors avec l’aide demandée, et il s’éloigna d’Halina, se fondant dans le cercle formé autour d’elle.




_______________
Spoiler:
 


J'aurais du sang sur les doigts
et l'éclat de tes yeux vides
comme antichambre au trépas
de mon âme impavide




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La Brute Marchombre
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MessageSujet: Re: Cours de légendes : une promenade au fil des histoires [Terminé]   Mer 21 Mar 2012 - 16:58

Ichel n'avait rien à dire. Pourquoi parler de quelque chose qui leur échappait ? Pourquoi parler de quelque chose dont ils ignoraient tout ? Les élèves ne pouvaient que faire de simples suppositions, de simples déductions. Recherchant dans leur mémoire, dans les tréfonds de leur passé. Ils ne pouvaient se baser sur rien, simplement sur des contes pour enfants et des légendes traditionnelles. Rien de bien sérieux. Le seul vrai soucis d'Ichel était qu'elle était bien trop petite lorsque sa mère lui avait raconté ces légendes. Elle ne s'en souvenait pas et même si elle y arrivait un jour, elle espérait ne plus penser à ces quelques années de bonheur qu'elle avait passé en compagnie de sa famille. Penser à eux lui faisait tant mal, elle ne le supportait pas.
Comment pouvait elle donner une signification à ces quatre maisons sans aucune éducation des légendes ? Elle était venue dans ce cours justement afin de combler cette lacune.
Elle ne savait pas quoi dire. Tous les élèves passaient les uns après les autres, bientôt viendrait son tour et elle ne saurait pas quoi dire. Silencieuse devant les autres, subissant leurs regards perçants et leur impatience à entendre ses paroles. Elle resterait devant eux sans bouger et muette. Pour une fois dans sa vie elle ne savait pas quoi dire. Finalement, elle arrivait tout de même à manquer de mots de temps en temps. Sa répartie n'était pas sans failles. Mais cette matinée là, elle aurait préféré éviter de perdre sa langue.
Encore quelques élèves et se serait à elle. Petit à petit que la marchombre écoutait les récits de ses amis, elle devenait folle. Comment pouvait elle passer après cela ? Le garçon aux yeux électriques avait débuté les hostilités et ne les avait pas fait à moitié. Il s'était jeté dans les spires – un dessinateur, étaient-ils tous aussi arrogants avec leur don ? – et avait crée des représentations tout au long de son conte. Les yeux brillants d'admiration, elle ne put s'empêcher de savourer chaque parcelle de ce spectacle plus qu'impressionnant. Elle ne pourrait jamais passer après cela. Elle n'en aurait pas le courage. Mais d'ailleurs, comment les autres avaient-ils trouvé ce courage ? Et le pire dans tout cela, était que les autres élèves étaient tous aussi bons conteurs les uns que les autres. Ichel avait de la répartie, mais lorsqu'il était question de raconter des légendes à des enfants, elle pouvait aller se rhabiller.

La dernière élève finissait enfin son récit. Malheureusement. Pourquoi n'avait-elle pas fait plus long ? Ichel aurait peut-être eu le temps de réfléchir à une alternative ! Mais non, elle était dans de beaux draps. La marchombre n'avait aucune envie de rester muette devant les autres et surtout devant son professeur. Lui qui espérait que ses élèves s'expriment, il allait peut-être être déçu par elle, car elle ne savait fichtre pas quoi dire. Elle détourna donc le regard, espérant que le professeur ne l'interroge pas, ne pose pas ses yeux sur elle, car si ceux-ci croisaient ses propres yeux noisettes, elle ne pourrait pas faire autrement que de se lever. Elle espérait qu'il continuerait son cours sans se rendre compte de la petite brunette muette derrière l’assistance. Mais le destin ne rata pas la jeune fille. Elle sentit soudain le regard de Cil'Eternit se poser sur elle comme pour lui proposer de prendre la parole. Génial. La seule chose qu'elle aurait espéré éviter, elle devait s'y confronter. La Dame aurait pu au moins lui éviter cela. Le regard de son professeur se fit insistant, elle ne put donc se résoudre. Une force invisible commença à la pousser vers le haut et elle sentait déjà tous les regards attirés par elle tel un aimant. Aucun moyen de fuite. Juste un cerveau cherchant en vain une histoire à conter. N'importe quoi, mais quelque chose. Peut-être pouvait-elle l'inventer ? Ce ne serait peut-être pas aussi bien qu'une véritable légende, mais c'était déjà ça. Au pire des cas, elle pouvait détourner leur attention des mots en faisant quelque chose d'autre... Comme les dessinateurs du groupe. Bon, elle ne pourrait pas faire de grands exploits, mais un peu d'animation ne faisait jamais de mal et la plupart du temps gardait l'attention des spectateurs plus sûrement que des chaînes d'acier. Elle allait se lever, mais le professeur la coupa dans son élan. La jeune fille poussa un soupir de soulagement, la Dame avait finalement entendu ses supplications.
Les premières paroles du maître des Légendes tirèrent quelques rires dans l'assemblée et plusieurs applaudissements. Il était vrai que les élèves qui avaient osés partager leurs idées étaient de très bons conteurs, mais de là à gagner sa vie grâce à cela... Ichel en sourit. Tout du long elle avait été charmée par les différents contes, mais elle n'aurait pas payé pour les entendre. Peut-être que certaines personnes l'auraient fait, mais pas elle. La marchombre avait d'autres priorités. Bon, ce n'était qu'une blague de la part du professeur, mais il existait des gens qui vivaient de cela.
Ichel ne pouvait que acquiescer aux paroles du professeur. Comment attribuer des points à des contes tous aussi géniaux les uns que les autres ? Après tout, les Légendes étaient faites de points de vues et si ceux si n'étaient pas tous aussi différents les uns des autres, les contes ne seraient jamais aussi riches. Des points. Ichel n'était pas compétitive. Elle aimait certes gagner, mais des points... Elle n'en voyait pas l’intérêt. Bien sûr, elle ne disait jamais non à l'occasion de faire enrager les Teylus qui se croyaient sans cesse meilleurs que les autres, mais généralement elle ne faisait pas exprès de remporter des points pour sa maison.
Les points tant désirés enfin répartis dans les maisons, le professeur se releva en écho à ses élèves afin de continuer le cours, mais Duncan Cil'Eternit se stoppa soudain. Quelque chose le perturbait et ils ne tardèrent pas à le savoir. Halina était allongée à terre, la tête entre ses bras, immobile. Ichel laissa échapper un petit rire, heureusement pas perçu par le professeur, en voyant son amie couchée ainsi. Depuis toujours elle avait eu des problème d'insomnie et cela n'aurait pas étonné la marchombre que son amie n'ait pas beaucoup dormit cette nuit. Il lança quelques ordres dans les airs, certains élèves exécutant certaines tâches. Cependant, personne ne semblait être décidé à mettre la jeune fille à l'abri du soleil qui, malgré la période froide qui s'annonçait, tapait fort sur les têtes des élèves. Soudain, un élève de la maison kaelem se précipita vers elle et prit seul la guerrière entre ses bras.

La marchombre entendit le battement de coeur du jeune homme et ses yeux furent irrésistiblement attirés par son regard à lui. Se qu'elle y lut la fit tressaillir. Fronçant les sourcils, elle le suivit lui et son amie. Perturbé par la jeune fille endormie, on pouvait percevoir de l'excitation dans ses yeux bleu électrique. Cette excitation était toute sauf atténuée, elle était si intense que son corps entier semblait en trembler. Et quant au rythme de son coeur... Bien trop anormal pour être ignoré. Son oreille ne la trompait jamais, elle ne pouvait avoir aucuns doutes. Elle le suivit donc vers l'arbre. L'observant avec la plus grande attention, elle prit la décision de garder un oeil sur lui. Lorsqu'il posa Halina contre l'arbre, la marchombre fut un peu plus tranquille. Elle savait qu'il ne lui aurait pas fait de mal, mais quelque chose en elle lui dictait de se méfier de lui. Oh, pas pour sa propre sécurité, mais pour celle de son amie. Une fois Halina contre l'arbre et le jeune homme éloigné dans la foule, Ichel se détendit et se dirigea vers un autre coin de l'arbre. Elle s'assit contre sa cime au même moment où l'aequor revint avec l'infirmière. Bien avant qu'elle s'approche de la Teylus endormit, son amie prit la parole.


- Elle va bien.

Assise contre l'écorce, elle observait le ciel hivernal et ses nuages défilant dans ce bleu bizarrement présent à cette période de l'année. Sans aucune attention pour les autres, elle continua sur sa lancée.

- Elle est insomniaque, il lui manque simplement quelques heures de sommeil à son actif.

L'avaient-ils entendu ? Elle s'en fichait un peu. Elle, elle savait que son amie n'avait rien.


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MessageSujet: Re: Cours de légendes : une promenade au fil des histoires [Terminé]   Jeu 22 Mar 2012 - 9:11

L’apprenti chantelame de la maison Teylus avait raté un épisode.
Ou toute une saison, au moins.

Quand Duncan leur avait donné la consigne d’inventer des histoires, il s’était tout de suite retranché dans son esprit à la recherche des histoires potentielles qui pourraient correspondre aux consignes du prof à bouc. Et puis à chaque fois que quelqu’un commençait une nouvelle histoire, il était complètement déconcentré et suivait avec tellement d’attention qu’il en oubliait de réfléchir lui-même à sa propre intervention. Quand Lev avait commencé, le Teylus s’était un peu retranché derrière la forme d’Ichel : il était plutôt peureux en matière de dessin en général, mais en plus quand c’était le gens qui lui avait envahi l’esprit et volé ses souvenirs avec ses Spires… il avait genre pas du tout confiance.
Heureusement que les autres n’utilisèrent pas tous le dessin, sinon il se serait senti un peu désavantagé, lui qui était censé, dans sa fiche de présentation, avoir un don du dessin mineur, mais qui l’avait tellement oublié qu’il ne parvenait même plus à accéder aux Spires sans l’aide d’un Lev bizarre et assassin.

Et puis quand il eut fini d’écouter toutes les histoires, et qu’elles étaient tellement bien qu’il avait des étoiles plein les yeux, il ne pensa même plus à intervenir ; il passerait uniquement pour un inculte et un très mauvais orateur, alors que Cil’ Eternit préconisait les jolis mots et les belles tournures, ce qu’il ne possédait pas. Et il allait bafouiller, il en était sûr, surtout si Lev continuait à lui lancer des œillades discrètes avec son air de fou.

Par contre, quand Duncan Cil’ Eternit répartit les points, Einar s’insurgea –intérieurement. Il aurait du participer, maintenant parce que quasi personne de Teylus avait participé…

Ils étaient passés seconds, et de très loin. Leur retard serait quasi impossible à combler maintenant, et en plus Aequor était en train de combler lentement mais sûrement son retard. C’était une catastrophe. Une vraie catastrophe. Une catastrophe encore plus catastrophique que le rendez-vous secret des Teylus.

Et puis il y eut Halina. Et l’espèce de mini-panique du prof alors qu’il y avait pas franchement matière à paniquer. Mais on pouvait pas trop lui en vouloir, il allait se faire taper sur les doigts par l’Intendant et par le Primat de Teylus s’il y avait des problèmes pendant son cours. Et puis il pouvait pas savoir qu’Halina souffrait d’insomnie régulièrement et encore plus depuis la reprise de l’Académie. Ouais nan en fait il avait raison le prof, valait mieux être trop prudent que pas assez.
Une élève avait déjà filé chercher une infirmière que Einar était même pas encore debout. Il aurait pu aider à transporter Halina aussi, mais d’un il était pas assez fort, de deux y’avait Lev dans le périmètre, et transporter avec lui le corps inanimé d’une fille n’était pas une expérience qu’il avait envie de vivre.
Restait une seule solution.

Allez chercher à manger !

Ca, il savait faire.
Sans même attendre de voir s’il était suivi, le jeune garçon partit à toutes jambes en direction des bâtiments. A l’instar de son professeur de lettres et légendes, il connaissait le chemin vers les cuisines par cœur et pourrait encore y accéder qu’on lui aurait arraché les yeux et coupé les jambes. L’estomac est le meilleur ami de l’homme.
Quand il parvint aux cuisines, le gros cuisinier était en pleine préparation d’une énorme dinde qu’il faisait tourner dans la rôtissoire en l’arrosant régulièrement dans son jus, et il était tellement occupé à cette tâche divine que c’est tout juste si Einar ne se prit pas un coup de louche dans la tête pour son compte. Il abandonna l’idée de demander directement au cuisinier et se tourna plutôt vers l’un des garçons de cuisine qui avait à peu près son âge et qui transportait une brassée de pain sous la surveillance d’une grosses matrone au rouleau à pâtisserie infernal.
Après des négociations difficiles, l’invocation de tous les Dieux et la répétition jusqu’à la nausée des ordres du professeur, ils finirent tous par lui concéder la légitimité de l’ordre professoral ; le marmiton lui confia un sac plein de petites brioches tout juste sorties du four et qui leur serviraient à attendre qu’on leur prépare une collation plus grande.
Avec la promesse que quelqu’un leur apportait leur pique-nique géant sur place, Einar repartit, son sac de petits pains sur l’épaule, dont il manquait un spécimen qu’il était en train d’engloutir sur le chemin.

- V’là M’sieur ! Le banquet arrive bientôt, le cuisinier m’a promis qu’il ferait ça le plus vite possible, et il m’a donné ça en attendant.

Il ouvrit le sac et tout le monde, prof compris, vinrent saisir leur du, petit pain, brioche, patisserie quelconque qu’on avait mis pêle-mèle dans le sac. Mais quand le prof s’enquit de savoir s’il avait pris la peine d’amener à boire pour Halina, Einar pâlit.
Il avait complètement oublié. Et de demander à ce qu’on ajoute à boire dans leur festin. Même l’infirmière au chignon plus terrifiant que sa tronche déjà terrifiante le regardait d’un air mécontent. Halina allait pas mourir de déshydratation, quand même, il avait bien le droit d’oublier, non… ?

Il espérait vraiment que quelqu’un aurait pris la peine d’aller demander aussi, parce qu’essouflé comme il était avec son poing de côté, il ne se sentait pas le courage de redescendre à nouveau la pente pour retourner aux cuisines.



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MessageSujet: Re: Cours de légendes : une promenade au fil des histoires [Terminé]   Jeu 22 Mar 2012 - 21:41

De toutes façons, tout ça, ça n’était qu’un ramassis de sottises.
Et puis, là, tous, avec les grands mots, leurs longues phrases. Et surtout, surtout, c’était ça, le principal, quand même, leur beaux sentiments. Transparents, bien sûr, pour qu’on les voie bien. Parce qu’on sentiment passé inaperçu est une défaite. Alors, on farde, on insiste,on appuie. On illustre, même.
Ça, sur le coup, ça lui avait semblé étrange. Un instant même, elle devait le confesser, à sa plus grande honte, elle avait été fasciné. Mais ce n’avait été que sur le coup. Parce que c’était facile, aussi. Des formes, des couleurs, ça attirait l’attention. Alors, irrémédiablement, on tournait le regard. Mais, bien évidemment, si il n’en avait tenu qu’à elle même, qu’à sa conscience professionnelle, elle n’aurait même pas fait mine de voir.

Nan, mais parce que de toutes manières, ça aussi, c’était débile et niais. Après tout, tout ce qui pouvait bien sortir de cette bande d’idiots ne pouvait être que niais et débile. Juste miroir de la société.
Et puis, quand il avaient tous fini, le maitre-dresseur remettait les bons points, les no-nos. Et tous, là, ils se mettaient bien en avant, pour ne pas être oubliés, pour se rappeler à la figure dominante. Et tous leurs petits regards disaient tous en cœur ‘Je suis un bon chien-chien, ne m’oublie pas’. Et le regard du prof disait ‘Zut alors, je dois choisir, que ce choix est déchirant, quelle histoire vais-je donc récompenser ? Quelle niaiserie a été la meilleure ?’
Et tous, ils attendaient, et la Terre tournait qu’ils s’en rendaient pas compte, et les mouches volaient qu’ils ne les voyaient pas. Bouche ouvert, face de poisson cuit, ils poireautaient. Pose typique de l’élève modèle, ou de l’élève lambda – après tout, l’élève lambda ne rêve t’il pas d'être un modèle ? La bêtise se vaut – ils semblaient prêts à boire les paroles du sage qui leur donnerait les points qu’ils convoitaient.
Niais de secondes en secondes.

Et la terre tourna, les mouches volèrent, la figure d’autorité abstraite – parce qu’à voir la figure de cet abruti de prof, si il avait vraiment représenté l’autorité, elle même aurait fui – parla. Les fauves s’agitèrent, un instant. Ou les volaille, c’était à voir. Parce que vu comme ça piaillait, même un troupeau de siffleurs aurait paru une pâle imitation.
Ils piaillaient tous, certains se plaignaient, d’autre se moquaient – et ceux là n’étaient pas les plus bêtes – et les derniers n’avaient pas compris, et piaillaient sans savoir même pourquoi. Tous piaillaient sauf une. Une qui défiait toute vraisemblance, qui, les yeux clos, les traits tirés, dormait à poings fermés.
Était ce qu’elle aussi, défiait l’autorité ? En ce cas, ce serait une concurrente potentielle, et elle devrait s’en méfier. Ou alors, était ce juste qu’elle avait trop veillé pour réviser comme demandé par les professeurs ? En ce cas, elle était encore plus sotte qu’elle ne semblait et même davantage que tous ses camarades.

Mais, pour le moment, il n’y avait pas moyen de savoir, puisqu’elle dormait. Le mieux était donc de la réveiller pour le lui demander.
Préparant ses menottes de gamine aux baffes qui pleuvraient, saccadées comme le tintement des cloches abbatiales, elle se rapprocha en catimini. Ce qui était bien, c’était que le piaillement continu, camouflait le bruit qu’elle aurait pu éventuellement faire et, aussi, que les voisines de la cloche aux sept Petits étaient tellement occupée à bavasser de choses plus bêtes les unes que les autres qu’elles n’avaient même pas vu qu’elle ne bavassait pas avec elles.
Elle n’était plus qu’à quelques pas de la morte vivante, moche au bois dormant, que les bruits se turent et les visages se tournèrent vers elle. M**** alors, elle avait été découverte.

Quoi que... en fait, même pas, c’était l’autre demeurée. Bah oui, elle pionçait. Bah oui, c’était pas une bonne chose. Mais non, elle n’avait certainement pas fait la fête la veille. Parce qu’à voir sa tronche, elle ne serait jamais invitée à aucune fête et certainement pas plus à un bal. À part, peut être, à un bal de célibataires rencontrés par lettres. Et encore, on pouvait en douter.
Le prof proféra ses menaces qui n’en étaient pas, puisque c’étaient des consignes pour la pauvre enfant qui avait bouffé une pomme et avalé un pépin de travers.
Des secouuuuuurs ! Du suuuuucre ! De l’eauuuuu !
Parce que c’était sûr, si elle ne bougeait plus, il lui était tombé sur le dos tous les malheurs du monde.
Une intello, à tous les coups.

Bien entendu, ses dévoués camarades se lancèrent à sa rescousse. L’un la soulevait, l’autre lui parlait gentiment – que si elle meure, au moins, elle meure gentiment – et d’autres encore étaient partis chercher des choses et d’autres. En courant, pour sûr.
Et il n’y avait qu’elle, d’indifférente à tout cela.
Certainement très populaire.
Et ça revenait, à bout de souffle, les mains sur les côtes. Des secours au trousses. Mais, dans la précipitation, ça avait oublié la moitié. Des provisions, bien sûr, parce que la moitié de l’infirmière, c’était pas facile et pourtant, la Dame seule savait à quel point elle était large.
Alors, un sourire sur les lèvres, elle se détourna à son tour, seule, trottinant énergiquement. Si elle voulait y parvenir, il fallait bien qu’elle se dépêche, quand même.


Puis, au bout d’un long couloir, la belle porte.
Elle, elle était petite, alors, c’était facile de se faufiler entre les commis et les cuistos. C’était donc facile d’attraper une outre vide et de la remplir discrètement à la réserve. Et facile aussi d’y mettre un bon tiers de vinaigre blanc. Parce qu’il était incolore comme l’eau et parce qu’une petite main est pas plus visible qu’un courant d’air.
Et on secoue bien, et ou retourne voir les autres. Et en trottinant, s’il vous plait.


Je suis votre sauveur, je suis gentille, vite, donnez lui ça à boire. Et fissa, on s’barre, parce qu’elle risque quand même de faire une drôle de tronche en se réveillant. Même si sa tronche est aussi bizarre quand elle dort.



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MessageSujet: Re: Cours de légendes : une promenade au fil des histoires [Terminé]   Sam 24 Mar 2012 - 0:08

[Post assez court, mais j'ai eu quelques problèmes d'écriture que vous pourrez retrouver dans les archives de Gi']

Elle avait été la dernière à raconter son histoire. Du coup, elle avait soif.
Le professeur reprit la parole, interrompant le temps des contes et des légendes pour laisser la place à celui qui intéressait bien plus les élèves. Le temps du compte des points. Il annonçait les chiffres, provoquant des applaudissements, des murmures de protestations ou d'approbations auxquels Lya ne se joignit pas, préférant compter dans sa tête juste assez rapidement pour pouvoir suivre au fur et à mesure du rythmes des paroles. Elle sourit lorsque le maître des Légendes donna dix points gagnés grâce à elle, fière d'avoir réussi l'exploit de faire remonter l'esprit du professeur jusqu'à la lointaine époque de son enfance. Non pas qu'elle accordait particulièrement d'importance à la course des trois maisons, mais elle souhaitait simplement éviter de s’attirer les foudres des plus compétitifs. Alors, lorsque la Kaelem sortait un peu du droit chemin, en lançant les intendants du haut des toits de l'académie par exemple, elle tentait toujours de se rattraper un peu par la suite. Et si l'un ou l'autre osait lui faire un reproche quelconque, il s'attirait ses foudres plus que les points et passait à sale quart d'heure à devoir supporter ses cris. A la fin du compte, Lya constata que Kaelem avait repris les devants avec une large avance, et qu'Aequor rattrapait lentement mais surement le retard après Teylus. Parfait, cela donnerait l'occasion à la jeune marchombre de s’éclipser par-ci par-là une nuit ou l'autre. Le temps des chiffres terminé à son tour, le groupe se leva, précédait du professeur qui les guidait vers un nouveau lieu hanté d'histoire. Lya, elle, tentait sans grande conviction de réveiller Halina qui s'était endormie à ses côtés. Le groupe revint sur ses pas, le professeur donna quelques ordres qui n'en étaient pas vraiment et chacun joua le rôle qui était le sien, sans-même s'en apercevoir.

Maître Cil'Eternit recula de quelques pas pour garder un oeil sur le petit groupe qui était sous sa responsabilité le temps de l'après-midi de cours. Lya l'aimait bien. Toujours calme, posé, imposant le respect sans même s'en rendre compte. Elle se souvint avec un sourire de sa première rencontre avec le professeur. Cela les avait traumatisé, l'un comme l'autre. Et puis, il avait cette manière que peu possédaient de s’inquiéter au moindre signe, de se rendre compte au plus petit geste que quelque chose n'allait pas. Comme là, avec Halina, où avec elle, dans ses appartements lors de la reprise de l'académie. Ce professeur avait un effet apaisant et bienveillant sur son entourage que Lya admirait.
Et puis il y avait Halina, qui jouait parfaitement le rôle de la belle au bois dormant. Il fallait admettre qu'elle avait bien raison, et particulièrement bien choisit son moment. Quoi de plus agréable, lorsque l'on est en manque de sommeil, qu'un carré d'herbe ensoleillé au centre d'un groupe qui se raconte de belles légendes, inventées ou réelles? Un souvenir émergea de l'esprit de Lya, celui de cette nuit sans sommeil pendant laquelle elle avait longuement parlé avec la Teylus à l'ombre de la vieille cabane abandonnée. Dort encore un peu, on te réveillera plus tard.
Apparemment, tous n'étaient pas de son avis. En tout cas, le jeune homme aux yeux océans qui avait accompagné son histoire d'un feu d'artifice de formes et de couleurs ne l'était pas. Lya n'aimait pas du tout la manière dont il passa à côté d'elle sans la voir, les yeux rivés sur le corps pantin d'Halina. Elle apprécia encore moins qu'il ne détache pas un instant son regard d'elle, parcourant les courbes de son corps et de son visage. Lorsqu'enfin, il la déposa à l'ombre d'un grand arbre, se détachant d'elle avec un regret évidement, Lya laissa échapper un soupir de soulagement. Elle continua cependant de dévisager ses traits fins jusqu'à ce qu'il s’éclipse dans le groupe qui se formait autour de l'arbre.
Au même instant, deux autres personnage revinrent. Ils étaient partis en même temps, prenant deux chemins différents pour aller au même endroit. Le premier était le Teylus que Lya avait déjà vu au cours de combat et d'alchimie. Il rapportait un sac plein de pâtisseries, annonçant que la suite du festin suivait. Tous les élèves se jetèrent dessus, professeur y comprit, qui abandonna son poste le temps d'un instant. Lya avait trop soif pour manger quoi que se soit. Elle resta assise dans son carré d'herbe, occupée à graver des fines lignes blanches avec son poignard sur un pierre ronde. La seconde était une Aequor, totalement inconnue. Elle ramenait avec elle une Rêveuse qui n'eut même pas le temps de s'approcher de la dormeuse que déjà, Ichel jouait son rôle de bonne amie. Elle rassura et expliqua en quelques phrases, sans pour autant donner plus de détails de peur de dire quelque chose qu'il ne fallait pas. De dévoiler un secret que peu connaissaient. Lya lui tira la langue alors qu'elle lui tournait le dos et semblait ne pas l'avoir remarqué, puérilement.

Vous l'aurez compris, tous jouaient leur rôle à la perfection. Tous, sauf une. Sauf la gamine insupportable du cours de combat. Elle avait changé de peau, Elle avait évolué et revenait de l'académie avec une outre qui se balançait au rythme de ses pas.
De l'eau, enfin
Assoiffée, Lya jeta son caillou sans regarder où il atterrissait et couru à la rencontre de la gamine.


-T'es géniale,fit-elle en lui arrachant l'outre des bras.

Lya l'ouvrit et but de grandes et longues gorgées, avant que l'information de l'acidité de la boisson ne parvienne de la boisson à ses papilles et de ses papilles à son cerveau, ce qui mit plus de temps que la normal en raison de son manque d'hydratation. Alors, elle recracha tout se qu'elle avait dans la bouche, arrosant à moitié la gamine et s'exclama:

-Mais c'est pas de l'eau, ça. Tu t'es trompée. Reste là, je retourne en chercher.

Et sans ajouter un mot, la jeune femme couru à l'académie, l'outre à la main. Et entra dans les cuisines, salua Morgan au passage, vida l'outre, la rinça et la remplit à nouveau d'eau fraîche. Elle profita d'être là pour boire à son tour et enlever le goût d'acide qui avait envahi sa bouche. Puis elle revint sur ses pas en courant toujours, le tout n'ayant pris que quelques minutes. Elle lança:

-Qui a soif? J'ramène l'eau!


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MessageSujet: Re: Cours de légendes : une promenade au fil des histoires [Terminé]   Lun 2 Avr 2012 - 21:58

Et voilà, il suffisait d'inventer une pauvre histoire pour graisser la patte du professeur et faire oublier sa prétendue vulgarité. Donc dix points pour son temps de parole plus les cinq points offerts pour sa magnifique histoire moins le point de sa vulgarité, ça faisait les tricheurs, on range les calculettes :na: 14 points de gagnés, et ça dès les premiers instants de son arrivée. C'est ces collègues à la bague rouge qui seront content.

Shaokys se mit à sourire quand il entendit le professeur l'appeler. Qui-ne-m'a-pas-fait-l'honneur-de-dire-son-nom, c'était classe quand même. On n'avait l'impression que c'était un de ses noms à rallonge que les nobles aimaient s’affubler. Bon, le seul problème, c'est pour la carte de visite car un tel nom prends de la place, mais vu que Shaokys n'en avait pas et ne comptait pas en avoir, ce n'était pas vraiment un problème. Bon, je sais que vous vous dites que Shaokys est un bel idiot de ne pas voir que Duncan lui demandait explicitement son nom de famille, mais détrompez-vous. Le jeune arnaqueur savait très bien que le professeur réclamait son nom de famille mais il n'avait pas l'intention de le donner. Après tout, Shaokys ne souhaitait pas participer à beaucoup de cours, s'il était là, c'était simplement parce qu'il avait rien de mieux à faire et qu'un cours en plein air, ça restait agréable. Et dans le cas où le maître des légendes voulait vraiment son nom, il n'aurait qu'à demander à Monsieur Béquilles-qui-aime-les-tartes-au-citron, qui ne manquerait pas de fournir un dossier sur ce délinquant qu'il accueillait dans ses locaux.

Shaokys s'apprêtait à ressortir son dé pour passer le temps quand le professeur fit une remarque à l'attention d'une élève. Le regard de l'ensemble des élèves se tourna bien évidement dans la direction de la fautive et le nouveau venu se rendit compte que la dénommée Nilsan s'était endormie. Avec un sourire narquois sur les lèvres, l'arnaqueur s'attendait à une belle engueulade..... mais en vain. Le professeur n'éleva pas la voix, il demanda même aux élèves d'aller chercher à manger et à boire pour la princesse aux bois dormant. Non, mais c'était quoi cette connerie? Pourtant, elle avait pas de particules la demoiselle. Pourquoi elle avait le droit à un traitement de faveur? C'était la fille de Monsieur Béquilles? Et les autres élèves qui s'empressaient de suivre les demandes du professeur sans protester. Pffff, bandes de lèche-bottes. Surement pour récolter des points. En fait, il servait à ça le système de points. Transformer les élèves en esclaves. Shaokys ne serrait pas étonné que le professeur demande un massage et une lessive ensuite. Même le moulin à paroles s'était empressé d'aller secourir sa pauvre camarade qui avait décidé d'utiliser le cours pour piquer un roupillon.

Vous vous doutez bien que Shaokys n'a pas bougé quand le professeur a demandé d'aider leur camarade. A la rigueur, le Kaelem aurait bien voulu donner quelques claques à la dormeuse pour la réveiller. Car c'était évident qu'elle ne faisait pas un malaise, c'était juste qu'elle avait pas assez dormit et que les belles images des imbéciles au dessin l'avaient endormie. Rien de plus, rien de moins. Par contre, Shaokys en profita pour s'éclipser du cours. Avec le mouvement général, il passa inaperçu et il se perdit dans le parc, un peu à l'écart du cours. Il s'allongea au milieu des buissons, à l'ombre, histoire d'imiter la princesse aux bois dormant.




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MessageSujet: Re: Cours de légendes : une promenade au fil des histoires [Terminé]   Lun 16 Avr 2012 - 22:43

Elle rêva. Le calme était relatif dans sa tête et elle en profitait. Elle dormait vraiment, à poings fermés et certainement le visage assez détendu. Elle était bien installée, là, étendue dans l’herbe. Avec le Soleil qui lui faisait une couverture et la terre un matelas. Allongée sur le dos, elle profitait de ce moment de répit que la nuit lui offrait peu. Il était vrai que ça allait mieux dernièrement mais elle n’avait jamais ce sommeil lourd et reposant qu’elle avait avant de rencontrer la Borgne. Et pour l’instant, le rêve en restait un et ne se transformait pas en cauchemar. Ceci était certainement dû au fait que la situation dans laquelle elle se trouvait avant de s’endormir n’était pas du tout anxiogène. Et qu’elle se sentait bien. Avec pas mal de gens qu’elle connaissait, bien installée, écoutant de belles histoires. Elle n’eut à aucun moment cette réaction de sursaut quand on entend un bruit suspect durant notre sommeil. Les voix gardaient la même intonation un peu monotone, ce qui était vraiment parfait pour elle.


Puis, elle comprit qu’après le calme, la tempête revenait toujours. Le silence de ses rêves se mua de nouveau en cris et en cette sensation d’étouffer. Sa claustrophobie n’allait pas mieux. Elle était encore et toujours dans son cachot à entendre les cris de Kirfdéin. Des voix désincarnées se mêlaient aux hurlements. Ses propres pleurs envahissaient eux aussi l’espace sombre autour d’elle. Parfois, elle se retrouvait dans un espèce de néant qui la paniquait. Parfois, elle suivait une lueur tremblotante durant ce qui lui paraissait être des heures sans qu’elle n’ait approché. Souvent, elle courrait pour fuir les cris, qui se rapprochaient plus elle fuyait. Elle rêvait qu’elle s’échappait de sa prison et qu’elle se retrouvait dans un Labyrinthe de couloirs qui se ressemblaient tous, poursuivie par les mercenaires aux dents pointues. Halina retrouvait ses cauchemars. Mais maintenant, elle ne faisait plus un bruit. Elle ne criait plus durant son sommeil.


Et lorsqu’elle se retrouva face à la Mentaï, elle se réveilla en sursaut mais n’hurla pas. La guerrière émergea en silence. Il lui fallut du temps pour se souvenir d’où elle se trouvait et pour comprendre qu’on l’avait déplacée. Elle s’était redressée en se réveillant mais plissa les yeux devant la scène bien éclairée. Elle était à l’ombre d’un arbre toujours dans le parc. Mais il y avait bien trop de monde autour d’elle, bien trop de regards fixés sur elle. Pourtant elle n’avait pas fait un bruit en se réveillant, elle n’avait dérangé personne et n’avait rien demandé. Elle avait dormi et se sentait maintenant mieux. Elle n’aimait pas ça, il y avait trop de personne, elle allait commencer à se sentir oppressée si elle ne faisait rien et elle ne voulait pas que tous ces curieux la voit dans cet état. Elle ne voulait pas que ces regards la jugent. Elle n’aimait pas se montrer en position de faiblesse. Déjà qu’elle avait dormi en plein milieu d’un cours alors si en plus elle piquait une crise de panique, elle allait se faire remarquer.


Elle nota l’air inquiet du Professeur de Légende, celui souriant et rassurant d’Ichel, celui lui un peu paniqué d’Einar, celui sarcastique de la Peste et celui amical de Lya. Plus tous les autres curieux. C’est alors qu’elle remarqua la présence de l’infirmière. Infirmière qu’elle avait croisée lors de la Reprise. Tout ce petit monde la fixait. Ils semblaient être en train de grignoter et de boire. La jeune guerrière leur avait offert l’opportunité d’une pause pique-nique. A moins que le prof’ n’ait profité de ce moment de calme pour leur faire encore raconter des histoires. Peut-être alors qu’elle ne serait pas la seule à dormir. Ou pas, semblait-il. Elle se releva et frotta ses vêtements pour en chasser l’herbe, comme si de rien était, tout en marmonnant :


-Je vais bien.


Lorsqu’elle releva les yeux, elle croisa le regard inquisiteur de l’infirmière près d’elle, celui interloqué du professeur et ceux faussement inquiets des élèves. Elle du donc ajouter quelques précisions. Genre cela les intéressait vraiment… Elle était certaine que cette histoire ferait le tour de l’Académie dès la fin du cours et qu’elle aurait droit à des tas de questions inquiètes. Il lui faudrait trouver un moyen de se défiler de leur répondre. Halina espérait que ça ne lui coûterait pas sa bonne réputation ici et qu’elle pourrait continuer à gravir les échelons. Elle soupira donc et lâcha :


-J’étais juste fatiguée, je manque un peu de sommeil ces derniers temps.


En fait, elle ne savait pas trop si elle allait rester à ce cours qui ne l’intéressait guère mais qui permettait de faire gagner des points à sa Maison ou si elle s’en allait en prétextant ne pas se sentir très bien. Oh et zut hein. Qu’est-ce qu’elle allait faire toute seule hors des cours ? Internet n’avait pas encore été inventé et n’avait aucune envie de lire ou de s’entraîner, elle risquait donc de s’ennuyer. Bon, ça ne lui coûtait rien d’assister à ce cours et de participer de temps en temps. Mais elle n’était pas du genre à inventer des histoires pour avoir des points. Qui vivra verra. Et Teylus vaincra, il suffisait juste qu’elle y contribue. Elle resta silencieuse un cours instant. Enfin, elle s’adressa à maître Cil’Eternit, son sourira habituel aux lèvres et l’air un peu contrit :


-Désolée d’avoir interrompu votre cours et de vous avoir inquiété Monsieur. Je me sens mieux maintenant.



[Désolée pour le retard aussi ! >< ]


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MessageSujet: Re: Cours de légendes : une promenade au fil des histoires [Terminé]   Dim 6 Mai 2012 - 3:47

Comme toujours, Duncan était émerveillé. On commençait à le comprendre. Bon, ce n’était pas vraiment de l’émerveillement dans cette situation précise, mais une sorte de sensation de confort, d’assurance qu’il n’arriverait rien de mal. Les élèves avaient tous réagis promptement, la jeune fille avait été posée à l’ombre d’un arbre, des élèves avaient cherché à manger et à boire – même s’il semblait qu’il y avait eu un léger petit compromis avec les boissons… Encore que ça n’avait tué personne, donc il s’en détourna, concentrant son attention sur l’infirmière qui arrivait à grand pas. Il la connaissait bien, surtout depuis cette sombre nuit qu’avait connue l’Académie où ses appartements avaient servi de refuge aux malades et aux estropiés de guerre…
En soi, elle ne semblait pas particulièrement inquiète, et cela allait de pair avec ce que venait tout juste de dire l’élève de Kaelem qui semblait manifestement connaître bien Halina. Un peu fatiguée… Il aurait pu se rassurer tout de suite pour ce qui semblait être une broutille, mais il était bien trop vieux pour être encore désinvolte.

Et il avait cruellement souffert de n’avoir pas particulièrement inquiet de la toux de son épouse, quand il était jeune.

Mais le passé était poussière, et Halina ne l’était pas encore, fort heureusement pour elle, et Duncan espérait qu’elle ne le serait pas avant de longues années. Puisque d’après l’infirmière, il n’y avait pas d’urgence et rien à faire que d’attendre qu’elle se réveille d’elle-même, alors autant utiliser ce temps savamment.
Duncan retourna auprès de ses autres élèves qui s’étaient mis à bavarder en mangeant, et prit la patisserie qui lui tendait généreusement le petit élève de Teylus Soham. Elle était tout juste cuite, un peu écrasée d’avoir séjourné au fond d’un sac de toile de jute, mais toujours mangeable. On lui tendit une gourde qui passait de mains en mains depuis un moment. Il n’y avait rien de plus délicieux que de manger dehors quand il faisait beau, et sa vie de quadragénaire se ponctuait régulièrement par ce genre de petits plaisirs de la vie.
De plus, ses élèves avaient besoin d’une pause qui permettait à ceux que le cours n’intéressait pas de trouver un moyen de fuir, à ceux que ça intéressait de trouver une excuse pour rester, à ceux qui hésitaient de ne continuer à ne rien faire ; à lui de réfléchir à la suite des opérations.

Quand Halina se réveilla, il retourna à son chevet comme son devoir et son inquiétude personnelle lui ordonnaient. Et puis mieux valait entendre les fausses alertes de la bouche même de la jeune fille plutôt que de faire aveuglement confiance à une infirmière dont la coupe de cheveux était dépassée depuis avant que Merwyn brise le Verrou dans les Spires.
En gromellant, l’infirmière prit congé et pria pour ne plus être dérangée pour des broutilles pareilles, ce à quoi Duncan lui répondit par un gromellement similaire qu’il préférait la déranger pour des broutilles plutôt que pour des cas graves, mais elle était déjà bien trop loin pour entendre.
Le professeur de légendes et de lettres tendit à la jeune insomniaque la gourde encore à moitié pleine – ou à moitié vide selon les points de vue et les signes astrologiques :

- Vous n’avez rien à vous excuser, mademoiselle Nilsan, cela arrive même aux meilleurs. Faites attention à vous tout de même, je ne saurais que trop vous prévenir contre le manque de sommeil à votre âge, surtout pour une jeune guerrière.

Elle ne prendrait sûrement pas son avertissement au sérieux – qu’en savait-il, lui le vieux professeur qui n’avait rien vécu des horreurs que les jeunes académiciens avaient subi dans leur vie antérieure, ou comme Halina dans les geôles même de l’école qui leur avait tendu les bras dans un moment de désespoir ? Non, bien sûr, elle avait même le droit de rire de sa remarque, mais il tenait autant à son âge qu’à sa conscience de la formuler.

En se redressant, il claqua deux fois dans ses mains, même si une de ses mains était encore occupée par un morceau de patisserie qu’il ne tarda pas à engloutir :

- Bien, nous reprenons le cours !

Manifestement, aucun élève n’en avait particulièrement envie, la moitié d’entre eux ronchonnait et l’autre moitié ne l’avait pas entendu. Mais il n’en avait particulièrement cure. Il ne se considérait pas comme en position d’être particulièrement exigent, et puis le cadre pique-nique improvisé lui permettait d’être beaucoup plus souple. Ils pouvaient considérer que ce n’était plus vraiment un cours, mais une grande sortie plus ou moins collective ou chacun pouvait intervenir.
Cette conception de l’enseignement lui tenait beaucoup à cœur aussi. Et les pâtisseries lui tenaient beaucoup à cœur aussi, aussi se resservit-il.

- Où en étions-nous ? Ah, oui, les légendes…

Il leur adressa un petit sourire malicieux à tous. Tous avaient rivalisé d’effort pour remporter les points si affectionnés dans cette institution, pour briller devant leurs camarades ou juste pour soumettre une part de leur âme à la critique d’autres regards. Tous si désespérément à la recherche de quelque chose. Et ce n’était pas peu dire de la part de jeunes talents venus dans l’Académie dans l’espoir d’une nouvelle vie plus brillante que celle passée. Il y en avait, des hommes illustres, dans cette petite utopie du nord de l’Empire. Merwyn Ril’ Avalon, légende parmi les légendes, Valen Til’Lleldoryn, dont le mauvais caractère n’égalait que l’invincibilité légendaire au combat, des sentinelles, des futures sentinelles, des professeurs doués de talents uniques, des élèves doués de talents uniques… Les nouvelles légendes de Gwendalavir allaient probablement toutes sortir de ces bâtiments entourés de forêt, s’ils ne faisaient pas attention.

- Nous voulons tous avoir une légende à notre nom, n’est-ce pas ? A qui n’est-il pas arrivé de rêver qu’on raconterait son histoire des centaines d’années après, comme nous parlons aujourd’hui de Merwyn Ril’ Avalon, qu’on se souviendrait de son nom… Vous avez tous ici, à l’Académie, des capacités hors du commun dans de nombreux domaines. Vous voulez tous resplendir, être des légendes. Pourquoi prendre la peine de dépenser tant d’énergie à exhiber votre Don pour un simple petit cours de légendes sinon, n’est-ce pas Monsieur Mil’ Sha ?
termina-t-il avec un petit sourire amusé vers l’intéressé.

- Qu’il est plus doux encore d’être reconnu de son vivant pour ses actions, qu’elles soient bonnes ou mauvaises d’ailleurs. Les plus grands Mentaï doivent se délecter des tremblements et des sueurs qu’occasionne même la mention de leur nom.

S’il n’avait jamais été exposé à cette sorte de milieux sombres et s’il avait toujours eu la chance de vivre à l’abri, du moins était-il aisé pour l’homme à la barbiche parsemée de fils gris d’imaginer quelle terreur pouvait inspirer les légendes les plus noires, quelle sorte de mysticisme adorateur.

- « La gloire est un doux nectar, plus doux encore que la cigüe, mais pareil à elle il vous étreint le cœur et vous noircit l’âme jusqu’à ce que vous lui succombiez ». Cette phrase est tirée d’un homme illustre que vous ne connaissez pas et qui n’est, entre nous, d’une platitude absolue ! Mais réfléchissez là-dessus.

Réfléchir était le meilleur moyen d’apprendre par soi-même.

- Que chacun me raconte la légende qu’il aimerait devenir, et qu’il aimerait que des gens comme moi racontent à leurs petits enfants. Mais racontez-moi aussi toutes les choses mauvaises qui vous accompagneraient dans votre gloire, et tous les dangers que votre âme subirait, car c’est peut-être ce que vous aurez à affronter dans votre futur d’enfants illustres.



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"“Je manquais de mémoire - plus encore de l'habitude d'une mémoire
qui fut prégnante, à cran et à croc, apte à extravaser dans ma gorge,
pour salive, le sang des moments vécus ensembles."


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MessageSujet: Re: Cours de légendes : une promenade au fil des histoires [Terminé]   Dim 6 Mai 2012 - 19:16

Astragal s’était saisi d’un énorme morceau de gâteau à la crème, suivant l’exemple de Duncan. L’idée lui vint qu’il faudrait vraiment apprendre à faire de pareilles merveilles. En avaler une bouchée, c’était comme déjà entendre tout un récit, de générations et de générations de travail, accumulés pour obenir l’équilibre parfait entre le crémeux et le croustillant ; la douceur du foyer, et le plaisir d’être, simplement vivant et présent, loin de lui. Combien de mains avaient pétri la pâte, combien s’étaient penchées sur le pétrin ?

Il lui faudrait demander s’ils n’avaient pas besoin d’aide. S’il serait possible de donner un coup de main, comme à la maison, plutôt que s’embêter dans les cours de Grand Siffleur, à prétendre devenir un guerrier. Astragal mâchait comme une bienheureuse, écoutant béatement Duncan, en songeant que, oui, en effet : il fallait rendre à César ce qui lui revenait. Faudrait demander à un autre Teylus où se trouvaient les cuisines, et demander à rencontrer le génie à l’œuvre de cet après-midi, pour lui rendre toutes les grâces possibles ! Assurément. Lui prêter son épée, s’en faire adouber, pour être sûre de toujours pouvoir rejoindre sa table, et être nourri en toutes circonstances. Rien que pour ça, l’entrainement de guerrier serait sans doute très productif !

Astragal jeta un drôle de regard à Duncan, en déglutissant. Il n’avait pas la moindre idée de ce que pouvait bien être la cigüe, mais une chose était sûre : il n’allait pas être qu’un peu dans la mouise s’il y en avait dans ce supplice à la crème. La tête baissée, tout à l’évaluation tantôt du gâteau, tantôt de son teint lactescent, son attention pour le cours, était, comme depuis la fin de la légende de Viviane, extrêmement fluctuante. Mais il avait parlé de nectar. Or, on ne buvait pas en cours. Est-ce qu’il était possible que le gâteau soit alcoolisé ? Et si son teint devenait vert, avant de devenir noir ?
Jusqu’ici en tous cas, les tâches de rousseurs conservaient leur éclat fauve :pfiuh.
S’il devenait une goûteuse de patisserie légendaire… ?

L’idée lui vint que l’obstacle principal serait son tour de taille. Oh, il ne serait pas contre arondir un peu ses trait anguleux, voir ses hanches, qui étaient réellement celles d’un jeune homme. Mais, qu’en serait-il du corset, s’il ne surveillait pas assez son poid ? L’idée d’afronter à nouveau le regard d’un marchand le terrorisait ; et d’ailleurs, avec quelles économies pourrait-il payer ? En plus, l’objet était suffisamment gênant en soi ;l’idée d’y être encore plus comprimé le fit frissonner. Si la féminité d’apparât était à ce prix ?
Le gâteau laissait sa gor sèche, il aurait aimé boire une gorgée de n’importe quoi. De la grenadine, peut-être, douce et sucrée, encore. A quelle légende pourrait-il aspirer ?
Un petit sourire étirait ses lèvres, plus par dépit qu’autre chose. Aimerait-il être considéré comme une femme à la beauté légendaire ? Pas sûr. Les corps et les désirs lui semblaient beaucoup trop aléatoire, et l’idée de séduire des hommes l’horrifiait complètement. Il aimerait devenir une grande chef de clan, mais, là encore, comment oser rêver d’un clan à diriger, quand on était incapable d’enfanter autre chose que des remarques et des regards sarcastiques ?

En toute objectivité, son intelligence n’était pas assez développée, ni sa culture, que pour pouvoir embrasser une carrière de conteur, ou de négociateur. Voyager ? Pas plus d’intérêt que ça. C’est l’intégration qui intéressait le jeune Thül, la réalisation en tant que lui-même.


-Je voudrais arriver à devenir une grande dame, répondit-il enfin, après un moment. Que les enfants parlent de moi comme d’une grand-mère attentive, qui aurait toujours eu pour eux une oreille attentive, et une attention particulière. Une présence dans le foyer, comme une protection supplémentaire. Je voudrais que, dans des siècles, on accroche des perles bleues Thül au-dessus des berceaux des nouveaux-nés, en espérant qu’ils aient la force de défendre les leurs, et de participer malgré tout à la vie, dans le foyer.
Je voudrais qu’on dise :C’était une fille comme toute les autres, qui n’avait pas tant que ça pour elle, et…


Il s’interrompit, en secouant la tête. C’était nul. Certains Kaelems affichaient déjà de larges sourires, et d’autres rongeaient leur frein en attendant de pouvoir raconter leur propre version de l’avenir. Plus éclatant, sans doute.
Mais une des demoiselles de son dortoir posa une main encourageante sur son poignet, en hochant la tête, comme pour l’encourager. Une busque bouffée de courage reprit Astragal, qui pourtant devenait aussi écarlate que ses cheveux.


-Je suppose que pour ça, je devrais prouver à quel point j’en suis une, au-delà de tout ce qui est guerrier, prouver aux miens qu’il n’y a rien d’honteux à ça ; arriver à ne pas détester les autres, et ceux qui n’en auront rien à faire. Que je devrai faire face à plus de pertes que tous les autres, au combat et ailleurs, et voir mourir beaucoup de familles avant de pouvoir les aider. J’espère ne jamais avoir à croiser de frontaliers, ne pas fléchir par amour de mon clan, ou de tiers. Ne pas me laisser ternir par ce que je rencontrerai. Et ne pas trop grossir, acheva-t-il, avant de mordre dans une autre part de gateau.

Elle me fait pas encore si peur, la cigüe. Tant qu'il y aura du sucre, je m'en satisferai.



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MessageSujet: Re: Cours de légendes : une promenade au fil des histoires [Terminé]   Ven 15 Juin 2012 - 17:13

Crounch, crounch, crounch.
Faisait la brioche, sous les dents de Gwëll. Ou un autre bruit, mais si les avis divergent, l'idée est la même.
La petite dessinatrice pensait, pensivement que les pâtisseries donnait à la vie un goût à y croquer à pleines dents. Et elle était loin de s'en plaindre. Un instant, ses yeux se croisèrent, se suivirent, son regard dansa un petit peu, puis se fixa sur les petits morceaux de sucre qui étaient gentiment posés sur le dessus bien doré de la viennoiserie.

Un, deux, trois, quatre, il tenta de les compter, puis renonça et accompagna la chaloupe jusqu'à ne plus la voir, loin à l'horizon. Ou alors trop près pour que son nez n'accepte de dévoiler.
Tant pis, quand il n'en resterait plus, ce serait plus facile à compter.
Et ça croquait, et ça pétillait, et elle souriait.

L'outre lui parvint. Elle en but quelques goulées, comme tous les autres, puis l'offrit aux mains des assoiffés qui n'attendaient que ce geste. Et elle picora, d'un même mouvement, les dernières miettes de brioches qui étaient tombées dans sa paume.
Puis la cloche sonna, et elle reporta son attention sur le digne représentant de l'ordre des professeurs de l'académie de Merwyn, qui avait la bouche complètement pleine et des miettes plein la barbe.

Il fit son habituel petit speech, comme à chaque fois qu'il changeait de sujet, sourit plusieurs fois et termina sa brioche. Maintenant, il leur fallait réfléchir. Raconter. Imaginer. Faire rêver.
C'était ce qui attirait Gwëll dans les cours de l'enseignant de légendes : les légendes.
Pendant qu'elle pensait ce qu'elle s'apprêtait à raconter, elle entendit, vaguement que quelqu'un d'autre avait pris la parole.
Une rousse, inconnue.
Elle repartit à sa rêverie imposée. Tournant à droite, puis à gauche, prenant un chemin, puis un autre, voguant au gré des courants de fonds, elle modulait son récit. Avec des mots, ses mots, elle dessinait ses phrases, créait les trames, tissait les détails, enluminait les idées. Elle voulait son histoire la plus belle possible et, cependant, elle savait que tout ce qui lui venait à l'idée, là, en cet instant, ne serait jamais dit. Elle n'avait jamais pu, se contenter de ses idées, de ses rêves, elle en rajoutait toujours, enjolivait, improvisait.
Girouette fixe à son clocher, elle naviguait les vents, mais ne changeait de toile de fond. Elle partait loin, mais restait proche. Enfant perdue dans le jardin de son esprit.


- J'aimerais devenir quelqu'un de différent. Parce que l'on ne devient que ce que l'on veut être, mais on ne peut être n'importe quoi... De différent, dans le sens de pas pareil que les autres. Quelqu'un qui aurait tant voyagé que j'aurais tout vu -mais ce n'est pas possible, n'est ce pas ? On ne peut pas, tout voir ?- qui aurait tant lu que j'aurais tout imaginé -mais ce n'est pas non plus possible, de tout imaginer, n'est ce pas ?- qui vivrait dans une grande maison, au bord d'un lac bien tranquille, avec des eau claires et chantantes comme une cascade, avec une belle forêt verte, toute autour de la maison... et puis, au fond du grand jardin, un petit verger, avec une cabane en bois et un balançoire. Et puis, des fleurs partout, et un air doux qui sente toujours bon les fleurs, ou les gâteaux. Un endroit tranquille où il y aurait toujours quelqu'un pour rire, et des framboises pour se faire des moustaches en mangeant. Ce serait très joli, et il y aurait une grande maison, pour accueillir plein de gens et une grande cheminée pour ne pas avoir froid l'hiver, quand il neige et que les poissons dorment. Et une grande bibliothèque, pour avoir de quoi lire, au coin du feu.

Elle s'imaginait bien, toutes ces fleurs, cette maison, ce jardin, elle en rêvait souvent, quand elle était morose, qu'elle n'avait plus d'espoir, qu'elle se sentait seule. Alors, le feu venait lui réchauffer doucement le cœur et elle recommençait à sourire.

-Et l'on dirait de moi que je n'étais pas la plus ambitieuse, pas la plus douée, mais peut être la plus gentille. Quand on penserait à moi, on se mettrait à sourire, on serait plus heureux. Je pourrais raconter mes voyages en Gwendalavir, mes rencontres, mes amis, comment j'ai construit ma maison et planté mes fleurs. Ce serait vraiment beau... mais je sais que ce n'est pas possible. Ce n'est qu'un rêve, tout cela. Oui, en fait, j'aimerais être un rêve, un beau rêve que l'on veut faire quand on a peur, ou qu'on ne se sent pas bien. Un rêve qu'on partage et qu'on transmet.

Un rêve que je vous donne. Ne vous moquez pas, tout le monde ne peut pas grandir. Il en faut pour rester petits.



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MessageSujet: Re: Cours de légendes : une promenade au fil des histoires [Terminé]   Sam 16 Juin 2012 - 8:05

Attalys sourit. Elle ne pouvait pas
s'en empêcher. Elle venait de terminer son gros morceau de brioche
et, confortablement installée au creux de la mousse émeraude qui
tapissait le Parc, écoutait de toutes ses oreilles et de toute son
âme les mots qui se déversaient du cœur des élèves.

En
fait, il s'agissait d'une sorte de défi. Ou d'un jeu. Voici les
règles et, à présent, racontez-moi une histoire. N'importe quoi.
Mais divertissez-moi, amusez-moi, surprenez-moi. Et c'était pour
cela qu'elle l'admirait, ce prof. Par une simple question, une simple
suggestion, il parvenait à faire réfléchir, et transformait une
activité d'apparence ludique en une réelle réflexion sur soi, sur
le monde, sur la vie. Avec lui, le vent qui soufflait dans les
branches des arbres devenait une chanson d'amour et d'espoir, et le
moindre grain de sable se transformait en poussière de rêve.

Elle
écouta, donc. Tout d'abord une jeune personne qu'elle ne connaissait
pas mais suivant apparemment l'enseignement guerrier. Et puis, il y
avait eu Gwëll, Gwëll avec son petit sourire timide et son regard
rêveur, Gwëll avec sa voix flûtée et ses phrases si douces. Elle
se laissait bercer par ses paroles, sa description de la grande
maison au bord du lac aux eaux limpides, du jardin et de la
balançoire. Et c'était la raison pour laquelle elle souriait, elle
aussi, parce que l'on ne peut pas ne pas sourire lorsque quelqu'un
décrit la paix et l'harmonie avec la confiance la plus touchante du
monde, ce bonheur tranquille auquel chacun aspire. Et lorsqu'elle se
tut sur un mince filet de voix, la jeune fille pensait simplement
qu'elle aurait bien aimé vivre avec elle dans cette spacieuse
demeure, au milieu des fleurs et des framboisiers. Et que, s'il n'y
avait pas de place pour elle, elle pouvait toujours dormir dans la
petite cabane en bois, parce que ce serait sans doute un bien
charmant spectacle de regarder à travers la fenêtre les écureuils
se poursuivre dans la belle forêt verte.

Mais ne pouvait-on
pas également rêver d'une existence plus brillante, brève et
flamboyante comme une étoile filante ? Ne pouvait-on pas espérer le
triomphe et la gloire, l'amour et la trahison, les sonneries de
trompette et les acclamations ? Qui ne s'est jamais cru destiné à
une vie aussi éclatante qu'un coucher de soleil, furtive, certes,
mais magnifique et auréolée de pouvoir ? Pourquoi ne pas exiger un
bonheur fugace mais absolu, retentissant, dans toute sa merveilleuse
splendeur ?

Soudain, Attalys ne savait plus ce qu'elle
voulait, ni qui elle était véritablement - mais peut-être était-ce
là le but recherché. À trop s'interroger, on finissait par se
perdre dans les étendues inexplorées de l'esprit, et elle
comprenait seulement maintenant la subtilité du professeur. Entre
l'éphémère jouissance et la sérénité éternelle, que choisir
?

Et plus elle réfléchissait, plus ses contours
s'estompaient, s'égarant dans une infinie de possibilités. Elle
n'était plus frontières mais choix, et elle élevait à présent
ses doutes au même niveau que ses convictions. Était-elle vraiment
libre ? Et libre de quoi, d'ailleurs ? De se décider et d'être,
mais d'être qui ? Que faire alors qu'elle ne savait que choisir ?


Alors elle se leva et prit la parole d'une voix calme et
posée.


- Si je devais devenir une légende, je ne serais ni
très riche ni trop puissante. Je serais simplement moi. J'ignore mon
avenir et j'ignore le futur qui me comblerait. Exploratrice des
Spires ou voyageuse de terres étrangères, ombre secrète ou mère
dévouée... Je ne sais si je répandrais le mal ou le bien, parce
que je suis loin d'être infaillible ; car la vie est faite de choix
et que nous ne sommes pas réellement libres. Jamais. Aurais-je le
charisme de Merwyn, la grâce de Vivyan ? Serais-je célèbre pour ma
grandeur d'âme ou mon étroitesse d'esprit ? En citant mon nom, le
visage des gens s'illuminerait-t-il ou, au contraire,
reflèterait-t-il tout l'effroi et la haine du monde ? Mon illustre
image dorée ne serait-elle pas teintée de le perfidie de la
vengeance, du désespoir de la mort, de l'amertume du sang ? Cela,
donc, je ne le sais pas, et ne le saurais certainement jamais.


Elle
s'interrompit un bref instant pour reprendre son souffle. Vraiment,
elle trouvait ce discours pompeux, prétentieux, et se sentit tout à
coup parfaitement ridicule. Pourquoi tout n'était-il pas plus simple
?


- Pourtant... Si j'ignore ce que je veux, je sais ce que
j'aime. Et j'aime l'amour et les rêves, j'aime l'espoir et la beauté
de la vie. Je souhaiterais avoir une légende emprunte de mystère et
de magie. Personne ne saurait exactement qui j'étais, ce que j'ai
fait de bien ou de mal, mais on parlerait de moi avec joie. Les avis
seraient divergents, et l'imagination de quelques uns se chargeraient
d'enjoliver les faits. On me prêterait les exploits les plus
prestigieux, les audaces les plus insensées. Tout le monde me
connaîtrait, à sa manière, en rajoutant à mon histoire à chaque
fois un peu plus de détails, de péripéties et d'aventures. Je
serais tantôt et tout à la fois jolie bergère, pirate aline,
prisonnière royale, Sentinelle talentueuse, éleveuse de siffleurs,
assassin à la solde des Mercenaires du Chaos, fille cachée d'un
dieu déchu et chercheuse respectée. J'accomplirais le tour de
l'Empire en une semaine seulement, volerais les manuscrits les plus
précieux pour les enterrer au sein d'une grotte engloutie sous les
flots depuis des milliers d'années, inventerais une confiture qui ne
tache pas, ferais valser les nuages, trouverais un trésor au cœur
d'un volcan éteint depuis une dizaine d'années dressé sur un île
déserte, éradiquerais à jamais la menace d'une dangereuse secte
de mages noirs, traverserais la Mer des Brumes à la nage, irais
délivrer une petite fille prise en otage par le prince des Raïs,
découvrirais un remède à toutes les maladies existant dans le
monde, sèmerais la terreur parmi les pauvres pêcheurs parce que je,
chaque nuit de pleine lune, je me métamorphoserais en une bête
terrifiante happant les poissons par centaines et faisant chavirer
les embarcations des marins... Mais c'est bien à cela que servent
les légendes, non ? Moi, je serais celle du temps qui passe, du
soleil qui illumine l'éther, de la chance et de la fortune, de
l'éternité qui flamboie, des couleurs éphémères, de l'harmonie
de la nature, de la danse infinie des saisons, des complots, de
l'espoir, de la réussite, de l'implacable destinée, de la vie qui
continue. Je serais la légende de l'imaginaire.



Elle se rassit lentement, délicatement,
légèrement tremblante. Autour d'elle, le silence.


[Je suis désolée pour la formation un peu... bizarre, je n'ai pas réussi à le remettre sous sa forme "normale" Embarassed ...]


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MessageSujet: Re: Cours de légendes : une promenade au fil des histoires [Terminé]   Dim 17 Juin 2012 - 16:05

Le professeur tenta de la rassurer et de la prévenir des dangers du manque de sommeil pour une guerrière. Chose dont elle avait durement conscience. Elle se rassit dans le cercle d’élève, saisit une tranche de brioche et la dévora avec appétit. Ainsi, le concert d’histoires reprit. Raconter sa légende. L’histoire glorieuse et ses zones d’ombres de la personne qu’on souhaiterait devenir. Astragal fut la première à se lancer et Halina la soutenait. Elles ne se connaissaient pas encore très bien mais il y avait ce lien entre elles. Des regards échangés, quelques phrases et surtout le même cercle d’amis. La guerrière avait compris que la vie de la jeune femme n’avait pas été toute rose et qu’elle ne leur disait pas tout. Elle lui envoya un sourire d’encouragement lorsqu’elle hésita au milieu de son histoire. Ensuite, Gwëll se lança et Halina se dit que son histoire donnait envie. Enfin, il y eu l’histoire poétique d’une autre Aequor. La guerrière démarra à sa suite, sans se lever :


-Je voudrai être une grande guerrière. Quelqu’un que l’on citerait comme digne de confiance. Qu’on respecterait. Capable de protéger mes proches et ma famille. Je ne voudrai pas finir seule et triste. Parce que je sais ce que l’on ressent quand tout va mal, je voudrai pouvoir aider les gens. Leur montrer qu’on peut se relever des épreuves que nous impose la vie…


Elle hésita un peu, le démarrage n’était pas facile. Elle n’était pas une super bonne conteuse et avait peur d’en faire trop. Oh, et puis après tout pourquoi pas ? Si on devait raconter sa propre légende, autant être sincère quant à ses désirs. Elle respira un bon coup et repris :


-Et puis, je voudrai vaincre quelques-uns de mes doutes. Pas tous, parce que c’est impossible et puis parce qu’ils permettent d’avancer. J’aimerai qu’on dise de moi que je n’agissais pas sans réfléchir. Que je n’avais jamais cessé d’apprendre. Que j’avais visité des tas de lieux et rencontrer des gens. Appris des trucs d’eux. Que quand je serai vieille et ridée, je puisse conseiller les gens, leur donner un peu de ma sagesse acquise par l’expérience et les voyages.


Sur le coup, elle trouva ça un peu prétentieux mais elle s’en fichait. Elle avait décidé d’être sincère et de ne dire que ce qu’elle pensait vraiment. Alors allons-y.


-Je raconterai à mes enfants ou mes petits-enfants des histoires au coin du feu. Je saurai aussi leur faire des gâteaux parce que combattre c’est bien mais cuisiner ça l’est encore plus.


Quelle ambition d’une guerrière, souria-t-elle. Et puis, c’était niais comme histoire. Tout était beau et gentil dans cette légende. C’était pas crédible, pas elle. Alors son histoire devint un peu plus personnelle. Elle étaya son histoire comme Cil’Eternit le lui avait demandé. Raconter les dangers pour son âme. Elle continua donc :


-Et puis, parce que les légendes ont toujours leur revers, je sais qu’on me dira comme triste parfois, comme sombre aussi, traumatisée ou folle. Que j’éviterai comme la peste les lieux clos ou étroits. Que j’aurai toujours un peur bleue des Mentaï. Que je continuerai à faire des cauchemars et à parler dans mon sommeil. Qu’on s’inquiètera toujours un peu pour moi, à mots voilés. Et je sais aussi qu’il ne m’arrivera pas que des trucs joyeux, que la voie que j’ai choisie m’amènera certainement à croiser la mort. Mais comme tous les héros, j’apprendrais à vivre avec, à aller de l’avant. Parce que la vie c’est comme ça pour n’importe qui.


Et elle se tût. Elle n’avait pas besoin de lever les yeux pour savoir qu’on la regardait. Elle espérait que les autres allaient enchaîner, pour qu’on oublie ce qu’elle venait de raconter.



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for a magic door and a lost kingdom of peace"

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MessageSujet: Re: Cours de légendes : une promenade au fil des histoires [Terminé]   Dim 24 Juin 2012 - 16:52

Le pique-nique improvisé... s'improvisa de lui-même. Maintenant que l'inquiétude du professeur envers Halina s'était dissipée, une douceur tranquille planait sur le groupe d'élèves qui profitait de cette pause pour grignoter les petits pains rapportés par Einar et faire passer l'outre d'eau de main en main tout en discutant. Un petit pain à moitié entamé dans une main, l'autre moitié dans la bouche, Lya retourna s'asseoir auprès de Gwëll, profitant de l'occasion pour étirer ses muscles endoloris par la séance qu'elle avait subi pendant la matinée, presque [Arrow] sans broncher. Elle lança à sa voisine, sans avoir préalablement avaler son pain:

-Mmmh... ch'adore che cours! Y devaient tou'ch êt' comme cha', t'es pas d'accord?

Une discussion naturelle s'engagea entre les deux amies, banale et amusante. Tout en discutant à grand renfort de gestes et de sourire, la Kaelem ne pouvait s’empêcher de jeter parfois des regards envers Ichel, juste à titre indicatif, histoire de s'assurer que la Furie n'allait pas se jeter sur elle sans prévenir et sans raison, à grand renfort de cris. Mais elle semblait aussi paisible que tous, aussi Lya finit-elle par s'en désintéresser complètement. Halina ne tarda pas à se réveiller. Lya n'eut aucun mal à voir son désarroi se cacher sous ses excuses et ses paroles rassurantes. Elle lui adressa un sourire amical, espérant ainsi lui donner un peu de sa force pour qu'elle ne craque pas face à tout ce monde. Le professeur profita de ce réveil pour continuer son cours.

Quelle Légende voulait-elle être?
Lya n'eut pas le temps de tenter d'y réfléchir que déjà, une grande fille à la chevelure aussi rousse qu'Elera et au port légèrement masculin éleva la voix pour raconter sa propre légende. Mignonne et réalisable. Sa conclusion apporta un sourire fugace sur les lèvres de tous, même de ceux qui s'en fichaient. Gwëll prit ensuite la relève, et sa Légende à elle était belle. Vraiment belle. Et alors que les mots formaient des images dans son esprit, petit à petit, une histoire y naquit en même temps, portée par les idées de son amie. Lorsqu'elle se rassit à ses côtés, La jeune marchombre lui glissa:


-Ton rêve me plaît. Il n'est pas pour moi, mais il est à vivre.

La Kaelem écouta à peine l'histoire qui suivit. Assise dans l'herbe le ventre plein, elle songeait à la légende qu'elle voulait être. Son esprit prenait plusieurs directions à la fois, revenait en arrière, repartait vers un autre chemin, mais elle ne parvenait pas à trouver d'histoire qui lui plaisait. Que dirait-on d'elle, Que deviendrait-elle? Les questions restaient sans réponses, ou alors ses réponses étaient bien trop vague pour pouvoir être exprimées. D'ailleurs, la jeune femme n'était même pas certaine de le vouloir. Se confier ainsi à tant de personnes dont elle ne connaissait la moitié que de vue, dévoiler ses désirs d'avenir et par le-même une partie de soi... c'était réservé aux amis, non?
Lya sortit de ses pensées en entendant la voix d'Halina percer les nuages. Elle connaissait son histoire et comprenait ses mots. Et sans réfléchir, peut-être par désir de rassurer Halina et de commencer ainsi sa légende, elle se lança. Le regard perdu dans les brins d'herbe à ses pieds, ses mots étaient murmures, comme par crainte de trop attirer l'attention:


- Je voudrais, évidement, être une grande marchombre, connaître leur secrets, en découvrir d'autre et en créer encore. Mais je ne pense pas vouloir que l'on se souvienne de moi comme telle. Je ne pense pas vouloir que la guilde se souvienne de moi en particulier. J'aimerais devenir un conte, un de ceux que l'on raconterais aux enfants avant qu'ils s'endorment. On y raconterait que Lya était une marchombre, parce que ça les feraient rêver, mais pas seulement. Dans ce conte, j'aurais beaucoup voyagé. Personne ne serait capable de dire où et quand exactement, mais on saurait que j'aurais été partout, dans tout Gwendalavir et encore au-delà. On saurait deux ou trois choses quand même, que l'on pourrait raconter. Par exemple, que je serais montée tout en haut du Kur N'Raïs et que j'y aurais parlé aux étoiles. Que j'aurais traversé le Lac Chen en courant et y aurais croisé la Dame et son Dragon, ou encore que j'aurais pris la place de la fille de l'empereur pendant plusieurs jours sans que personne ne s'en rende compte, juste pour me moquer de lui.

Des dizaines d'idées aussi farfelues les unes que les autres traversaient l'esprit de Lya. Des idées qui semblaient impossibles mais qu'au fond d'elle, elle souhaitait réaliser. Elle continua, parlant un peu plus fort, un peu plus sûre d'elle:

- Mais on ne raconterais pas que ça de moi. Parmi ces quelques histoires qui auraient traversé le temps, on se souviendrait surtout qu'entre chacun de mes voyages, je passais voir mes amis. Chez la plus gentille, je me reposais, au calme de sa maison un peu éloignée du reste du monde. Chez une grande guerrière, je venais manger de délicieux gâteaux avant de repartir vers le désert des Murmures. Quant on raconterais mon histoire, on se souviendrait de mes voyages étranges et de mes amis géniaux. Et pour ne pas l'oublier, lorsqu'une personne partira en voyage, sa famille dessinera chaque jour dans la poussière, devant la porte de leur maison, une longue vague avec autour, quatre ou cinq petits points. La vague sera le chemin que j'ai parcouru, et les points les amis qui m'ont suivi durant toute ma vie. Ce dessin sera symbole de chance, et dans les croyances, et devra ramener le voyageur à sa famille et ses amis.

Lya se tut. Elle adressa un sourire fugace et Halina et Gwëll qui la fixait parmi les autres, puis écouta l'histoire suivante, heureuse pour finir, de s'être confiée à tous.
D'avoir un rêve à réaliser et une vie à vivre.



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MessageSujet: Re: Cours de légendes : une promenade au fil des histoires [Terminé]   Mar 3 Juil 2012 - 2:45

Pensivement, Einar traça une longue vague avec quatre cinq petits points autour dans la crème de son chou à la crème.
C’était classe comme symbole, fallait avouer. Les gens avaient plein de bonnes idées, niveau légendes. Lui, il osait pas trop exposer la sienne, il avait peur que ça soit un rapiécage de tous les contes qu’il avait lu et entendus au cours de sa vie sans même qu’il s’en rendre compte et qu’au final, Duncan le morigène pour avoir plagié ce qui ne lui appartenait pas.
Et il pourrait jamais être une aussi grande légende que Lya, Gwëll, et même Astragal, qui avait étonné tout le monde en prenant la parole la première alors qu’elle venait juste d’arriver et qu’elle n’avait pipé mot de tout le cours.

Il pourrait peut-être dire qu’il voulait être connu dans tout Gwendalavir sous le nom de Super-Patachoux ? Ou alors le Monstre à la crème. Non, ça irait pas.
Et puis c’est pas ce qu’il voulait vraiment. Lui, ce qu’il voulait, vraiment, vraiment au fond, il savait pas trop. Enfin, si. Il voudrait bien que ses parents soient fiers de lui et qu’ils le remarquent, et qu’ils lui disent qu’il était meilleur que Sylar. Y’en avait toujours que pour Sylar à la maison. Sylar qui avait brillé à la grande Académie de dessin d’Al-Jeit alors qu’il était fils de tavernier.
Mais ça, il pouvait pas vraiment le dire devant tout le monde et encore moins le prof. Ca les regardait pas, et puis ils savaient pas qui c’était, Sylar.
Ca sonnait quand même pas mal, Super Patachoux.

Mal assuré, il se leva à son tour, sous les regards confiants de ses amis de Teylus, narquois de beaucoup d’autres, poli de son prof.

- J’voudrais être comme M’sieur Til’Lleldoryn.

Il y eut quelques rires en arrière-plan, et Einar croisa le regard intrigué d’Halina. Il savait pertinemment que M’sieur Til’Lleldoryn était pas très aimé à l’Académie, mais ils avaient pas vécu dans une grotte plusieurs mois avec lui, eux, ils connaissaient pas ses faiblesses et ses grandeurs.

- Enfin… Mieux que lui.

Il déglutit.

- J’voudrais pas être comme était vraiment M’sieur Til’Lleldoryn, même si peu de gens savaient vraiment comment il était. Mais j’voudrais avoir une légende aussi glorieuse que la sienne. Mais être encore mieux en vrai qu’en légende.

Une pause, il passa le pouce sur le pommeau luisant de Bomon pour se donner du courage, quand bien même le prof réprouvait d’un coup d’œil qu’il fasse mine de s’intéresser à la moindre arme tranchant durant son cours de légendes. Pour arriver à se donner du courage, Einar repassa dans sa tête un air militaire qu’il avait entendu une fois sur la grand-place d’Al-Far, quand le seigneur faisait sa parade.

- M’sieur Til’Lleldoryn était le plus grand combattant de tout Gwendalavir, il possédait tellement de styles de combat qu’il pouvait battre n’importe qui, avec n’importe quelle arme, j’suis persuadé. Mais il avait des faiblesses aussi, et un sens du devoir et de l’honneur tellement fort qu’il a parfois fait des erreurs ou été aveuglé, et qu’il a tué des innocents. Ou eu des pensées noires. J’voudrais faire mieux que lui.

Tifen, si tu m’entends…

- J’serai jamais le meilleur chantelame du monde, ça c’est sûr. Mais j’voudrais être le chantelame le plus juste du monde. Et qu’on puisse dire que j’étais pas aussi fort que Valen, mais que j’ai eu une meilleure vie que lui et que tous les autres combattants.

Dernière pause.

- Je voudrais arriver à être une légende sans jamais tuer personne.

Un silence l’accueillit. Dans une Académie pleine de gens rancuniers, et étant lui-même un apprenti combattant, c’était se bercer d’illusions, il le savait. Mais Duncan Cil’ Eternit avait appelé aux rêves et à la fantaisie. Et s’il oserait jamais parler de sa jalousie envers son frère, au moins, il pouvait parler de sa fierté d’appartenir à l’ordre chantelame. Ca, il était un des seuls à pouvoir le dire.
Un peu gêné, il se rassit, et se mit à tordre des brins d’herbe avec ses mains, machinalement. C’est sûr qu’on se moquerait sûrement de lui après pour n’avoir envie de tuer personne alors que tant de gens avaient connu des tragédies dans sa vie, mais c’était ce en quoi il croyait le plus fort. Il avait survécu à la prise et à la reprise de l’Académie sans rien faire d’autre qu’assommer ses adversaires.
Il voulait continuer toute sa vie.



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MessageSujet: Re: Cours de légendes : une promenade au fil des histoires [Terminé]   Mar 3 Juil 2012 - 21:43

Ichel n'avait pas bougé de l'arbre contre lequel elle s'était adossée même lorsqu'Einar revint avec un sac rempli de petits pains tout droit sortit du four. L'odeur était alléchante, mais son ventre était encore plein de son petit déjeuner. Il fallait dire qu'elle n'était pas une grande mangeuse et que son estomac était bien plus petit que la moyenne. Elle était donc restée contre l'arbre, presque somnolente. Sauf qu'elle ne voulait pas s'endormir afin d'épargner le petit coeur du professeur. S'il retrouvait une deuxième élève endormie, il allait faire une attaque. Sauf qu'elle s'ennuyait un peu et que son esprit ne tarda pas à vagabonder ailleurs que sur le brouhaha qui régnait à côté d'elle. Elle ne remarqua donc pas la carafe arriver – contaminée par un je-ne-sais-quoi de la part de Cérys, - puis la Lya qui fit sa gentille fille et alla chercher de l'eau pure – sans la trace maléfique de la petite teylus – . La marchombre ne se retourna que lorsque des chuchotements de soulagement se répercutèrent à son silence approximatif et à sa tranquillité presque absolue. Elle vit alors qu'Halina était enfin debout, qu'une carafe était là et que le sac de petits pains était vide. Elle sourit à son amie kaelem qui rassura les autres en prouvant se qu'avait avancé Ichel plusieurs minutes avant. L'infirmière partit enfin, grommelant car on l'avait appelé pour rien.
Après quelques minutes, le professeur claqua dans ses mains et annonça la suite du cours. Il recommença à parler longuement et Ichel écouta sa voix agréable à l'oreille.
Une légende.
Tout le monde espérait le devenir un jour, tout le monde avait une idée en tête de la légende qu'ils voulaient être. Mais qu'était exactement une légende ? Une personne en qui croire, une personne qui redonnerait de l'espoir à un peuple, une personne qui donnerait du courage, de la force, de la volonté à tout un Empire. Un symbole d'espoir qui dirait que rien n'est perdu, que tout est à gagner. Un symbole.

La marchombre était toujours et encore adossée à son arbre et écoutait attentivement les rêves des autres. Trois nouvelles voix s'exprimèrent en premières, puis trois autres qu'elle connaissait bien. Leurs histoires étaient toutes aussi magiques les unes que les autres, toutes aussi uniques, mais aucune ne correspondait à Ichel. Aucune ne l'intéressait. Elle ne voulait pas spécialement devenir une légende, elle ne voulait pas spécialement que l'on se souvienne d'elle. Elle n'y avait jamais réfléchit, mais elle savait que ce n'était pas son but. Et puis pourquoi se souviendrait-on d'elle ? Elle n'était pas particulièrement extraordinaire et personne n'avait réellement connaissance des marchombres.
Tout le monde avait réussit à sortir un de leur rêve dans la réalité, chacun des élèves venait de partager son rêve et elle n'arrivait même pas à trouver quelque chose à dire. Elle était assis contre son tronc et ne bougeait pas.
Et soudain, Einar finit son récit. Non, elle voulait intervenir, elle voulait parler même si elle n'avait pas grand chose à dire. Elle se leva de son tronc et les regards se tournèrent vers elle. D'ordinaire, elle n'était pas timide du tout, mais ces dizaines de regards la mis soudain mal à l'aise. Elle leva les yeux au ciel et commença à parler.


- Une légende. Je ne vois même pas ce que ce mot a de particulier. Le héros de tout un empire est une légende pour ce dernier, mais la grand-mère aux contes est une légende pour sa petite fille. Il y a toute sorte de légendes, mais moi je ne les appellerais pas comme ça. Pour moi, ce ne sont que de simples personnes de chair et de sang. Des personnes qui ont fait se qu'il ont fait. Voilà tout. Des êtres de volonté.

Elle était partie. Dès que les premières paroles franchirent le seuil de ses lèvres, le flot était lancé. Elle ne savait pas où elle allait, mais elle savait qu'elle y arriverait. Elle racontait simplement se qui lui venait à l'esprit, elle offrait des mots qui traversaient sa tête en désordre, mais qui formaient finalement des phrases compréhensibles. Elle parlait et les regards ne la gênaient plus. Qu'ils l'observent jusqu'à la nuit des temps s'ils le voulaient, elle s'en fichait totalement.

- Je ne veux pas devenir une légende, j'aimerais être un souffle dans l'esprit de chacun. Je n'aimerais pas que les gens pensent sans cesse à ce que j'ai bien pu faire dans ma vie, mais qu'ils y voient une leçon. J'aimerais montrer aux autres le pouvoir de la volonté, j'aimerais qu'ils voient en moi la liberté. Un peu comme un guide. Pas comme une légende. Je ne veux pas que les enfants rêvent de me ressembler.

Nouvelle pause. Elle ne réfléchissait même plus, tous les mots sortaient de son coeur, ils coulaient tel une cascade vive. La réflexion n'avait plus sa place dans ce cours. Ce n'était que des rêves, des pensées fugaces, des mots offerts qui se disperseraient dans le vent. Le vent...

- Non, un guide ce n'est peut-être pas le mot exact. Le vent parlerait pour moi à qui voudrait bien m'écouter. Je ne serais qu'un esprit vagabond et seul... Se serait peut-être le seul problème... Toujours seule...

Elle regarda le grand arbre mythique un instant avant que son regard ne fasse pour la première fois le tour de l'assemblée. Elle n'aimait pas réellement attirer l'attention, elle préférait rester dans l'ombre et là, tous les regards convergeaient vers elle. Le plus étonnant était qu'elle n'était pas gênée par eux.
Elle s'assit.




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MessageSujet: Re: Cours de légendes : une promenade au fil des histoires [Terminé]   Jeu 5 Juil 2012 - 0:43

Invisible, fondu, intégré. Lev avait repris sa place, une place, au sein du groupe d’élève, un sourire aux lèvres, les yeux fixés tout d’abord sur la jeune Halina, puis sur les autres, un à un, qui l’avaient dévisagé un temps, un temps trop bref. A la vérité, il aimait tenir dans ses bras le corps d’une femme endormie. Et Halina n’était pas des moins jolies. Au temps de silence emplit d’attente que précéda le retour des provisions demandées, succéda l’agitation fébrile au chevet de la belle aux bois dormant. Celle-ci finit par se réveiller, le rouge aux joues, ce qui ne déparait pas son visage de porcelaine et détournait les yeux des cernes sombres qui ornaient le dessous de ses yeux. Eveillée, elle regardait autour d’elle, papillonnant des cils, et Lev la mangeait des yeux. Parce qu’il savait que ce moment d’égarement, qui succédait au retour à la réalité, ne durait qu’un temps – un temps magique, ourlé d’étonnement, et d’éclats dans les yeux, une peur douce et l’égarement exquis du retour au monde réel, l’autre monde s’ourlant pour quelques instants encore aux coins des paupières, aux cheveux plaqués sur les tempes.

Il croisa le regard sombre d’Ichel, qui semblait le tenir à l’œil. Il lui décerna un sourire doux avant de se détourner, de trouver un arbre et de s’y adosser, jambes légèrement pliées. Il ferma les yeux, un temps, celui de compter 110 battements de cœur, le temps de laisser son esprit fatigué se reposer avant le retour au cours. Son ventre gargouilla au moment même où l’odeur de brioche lui passa sous le nez. Il s’était assoupit quelques minutes, et le repas semblait arrivé. Il tendit une main vorace au plateau de victuailles, constatant sans surprise qu’il était affamé : le dessin lui avait sucé toute son énergie, et son corps réclamait fortement le glucose perdu, pompé par les spires voraces. Comme après chaque dessin de niveau assez élevé, sa langue extrasensible lui apportait un lot déroutant de sensations, comme si c’était la première fois qu’il goutait l’aliment en question. La saveur de la brioche lui emplit la bouche, tapissa son palais d’un voile sucré, le sucre s’agglutinant petit à petit au creux de ses dents, et une pointe de rhum en arrière fond, tout près de sa glotte. Le soleil lui baignait le visage, et c’est tout naturellement qu’il se laissa aller à la douceur simple de sa condition, de l’herbe qui lui chatouillait les chevilles, des feuilles qui piquetaient d’ombre ses longues jambes étendues.

Le professeur reprit la parole, et Lev se prit à rire avec les autres, la fatigue et le sucre le rendant plus guilleret, plus… moins calculateur que d’habitude. De séducteur, manipulateur, il se voyait doucement s’éloigner de sa condition, et reposer son esprit en même temps que son corps en se laissant porter par les autres, par le groupe, par les autres, ce rassemblement d’âmes en quête d’éducation. La gourde sinuait, et comme d’autres avant lui, il y posa les lèvres, buvant à grande goulées. Rassasié, il la confia à son voisin le plus proche, reposa la nuque contre l’écorce rugueuse de l’arbre et ferma doucement les yeux.

Il n’eut pas vraiment le temps de réfléchir à la question que déjà, d’une voix timide de prime, puis de plus en plus assurée, quelqu’un laissa s’évader quelques morceaux d’âme dans ses paroles. Il ouvrit les yeux, légèrement étonné de son incertitude quant au sexe de la personne, lorsqu’il évalua la silhouette rousse qu’il n’avait jusque-là pas remarqué. Il n’eut pas besoin réfléchir longtemps, puisque la personne évoqua son envie de devenir une « grande dame ». Par habitude, un sourire moqueur s’échappa de ses lèvres, sourire qui se fana rapidement en constatant que peu de personne suivait ce qui lui semblait la mimique la plus appropriée à ce genre de réponse qui lui apparaissait comme nunuche et probablement pompée dans un bouquin de psychologie.

Peut-être était-ce le fait d’être entouré de condisciples différentes, ou simplement la fatigue qui faisait bruisser ses épaules, et sa tête, pulsant au rythme du vent qui jouait avec ses cheveux, peut-être était-ce simplement une sorte de flemme, ou d’étonnant bonheur né de la simplicité avec laquelle il se sentait bien, au milieu de tous ces gens. Peut-être était-ce le fait que, venant titiller sa mémoire, le professeur n’ai pas spécifié si des points seraient accordés à ceux qui répondraient à sa dernière question, ou peut-être le ton de la jeune femme, un quelque chose dans la voix, une sensation fugace de vrai, d’intense, de camouflé. Peut-être n’était-ce tout simplement rien. Peut-être était-ce tout simplement tout. Il se prit à tendre l’oreille, et sa tête de tourner vers la jeune femme, et sa chevelure qui luisait comme un soleil endormit. Il eut du mal, un temps, à formuler le léger trouble qui naissait en lui de ces paroles, ces paroles qui semblaient directement sorties de son cœur à elle. Il était séducteur, manipulateur, l’ombre et le masque, le costume et les frasques. L’innocence vraie, le candide et la simplicité, il ne le concevait qu’entre deux eaux, au sortir du réveil, lorsque l’esprit est dans le flou de la réalité, celle trop crue, trop violente, trop intense pour l’innocence vraie, la crédulité chimérique. Et lorsqu’il observait cette jeune femme, la peau tellement constellée de tâches de son qu’elle n’aurait pas déparée une voute étoilée de beige et de sienne rougeâtre, sa tête à lui embrumée d’ombre et de dessin, il ne pouvait s’empêcher d’être touché, quelque part, par son rêve simple qui lui sortait du fond des tripes.

Les masques coulaient.

Il y en eut d’autres, d’autres à filer la réalité d’une trame de rêves, irréalisables pour certains, complètement stéréotypés pour d’autres, il aurait voulu en rire pour ces derniers, en rire, se moquer d’eux et emmener l’auditoire à le suivre leur démontrer la stupidité de leurs paroles, déjouer les pièges de leur volonté, de leur croyance, les faire tomber, ces rêves, de leurs piédestaux dorés, inaccessibles. Il aurait voulu tout briser, écrabouiller, piétiner, ramener violement à la réalité ces consciences étiolées par le soleil et la soif de reconnaissance, de pouvoir, de bonté, de bonheur et autres mièvrerie qui le faisait vomir j’avais envie de détruire quelque chose de beau . Il l’aurait vraiment voulu, même qu’il ouvrait déjà la bouche, luttant contre ce sentiment d’incondition qui lui émanait de la gorge, contre la gène, presque de la honte, de se sentir honteux de ce qu’il allait – devait – faire. Et puis Ce fut au tour d’Einar. Le gentil Einar qui ouvrit la bouche, et cloua le bec du dessinateur, bien obligé d’écouter, les tympans qui saignent, ces mots qui lui faisaient mal au ventre, ces mots qu’il se savait incapable de prononcer, car incapable de les ressentir.

Qu’aurait-il pu dire, lui, qui avait tué sa famille adoptive de ses propres mains, lui qui dessinait comme on respire et qui n’avait pas l’envie de créer ces belles choses, cette maison et ces massifs croulants de framboise, lui qui avait la possibilité de voyager, de tout connaitre, de tout raconter, paroles et images réunies ? Il n’était rien, dans les consciences collectives, qu’un être étrange, tantôt aimé, tantôt convoiter, tantôt détesté. Il n’était rien, et en écoutant tous ces gens, il se rendait finalement compte qu’il n’avait rien. Aucune légende à laquelle se raccrocher, aucune idée du devenir de sa personne, aucun rêve à réaliser.

Un sentiment de rejet exacerbé lui noua soudain le ventre. Immobile, il fixait Einar de ses yeux trop bleus, et ses mots lui percèrent le cœur, doucement mais surement, y distillant une tristesse aussi étrange que désagréable. Lev secoua la tête, complètement perturbé à présent. Il détourna les yeux, mais ce fut pour les poser à nouveau sur Astragale, puis sur Lya, et Gwëll, et Attalys, leur professeur, Duncan, et Halina, Shaokys, à nouveau Astragale… Les visages tournoyaient, délitait dans le dessin détaillé de leurs sourires le bout d’âme qui vivait encore au creux du dessinateur. Dans un recoin caché de son cœur, il n’était qu’un être immonde, pourri jusqu’à la moelle, meurtrier, abject, puant le vice et le mensonge. Dans un recoin caché de son cœur, il n’était tout simplement pas réel, et ça, pour un psychopathe, c’est la chose la plus terrifiante qui soit. Il se prit la tête à deux mains, maintenant entre l’étau de ses doigts la réalité de sa boite crânienne, alors que son corps entier se dissolvait dans les mots, dans les rêves d’autrui. Deux larmes perlèrent à ses yeux, et roulèrent, roulèrent le long de ses phalanges crispées, roulèrent jusqu’aux poignets, jusqu’au vide, jusqu’au non-sens même de leur présence.

Et au fond, tout au fond, une lumière. Quelque chose, un éclat, qui lui fit relever la tête, le menton, d’une fierté toute fiévreuse, les yeux un peu rouge, le soleil lui brûlant la rétine alors qu’il le contemplait, bien en face, se mutilant la vision pour ne plus voir, ne plus entendre.

Marlyn était son rêve. Marlyn était sa raison de vivre. Marlyn était sa légende, celle qu’il voulait conquérir. Le pourrait-il un jour s’il reniait le sens même qu’elle conférait à son existence comme à cet instant ? Il eut honte, vraiment, honte à en crever d’avoir pensé, ne serait-ce que l’espace d’une seconde qu’il n’avait pas de rêve. Bien sûr qu’il en avait un ! Et pour cela, il était prêt à aller jusqu’au bout, à commettre les actes les plus atroces, à se renier lui-même, et son âme avec. Aucun, ici, il en était sûr, n’était apte à faire de même, n’était capable de tout sacrifier pour leur prétendue légende, pour leur prétendue destinée. Lui, il avait du sang sur les mains, un sang qu’il jugeait aussi nécessaire qu’un pied devant l’autre pour avancer. Il avait à l’esprit la somme improbable de conquête, de déception amoureuse, de souffrance qu’il avait prodiguée, mais à chaque fois, à chaque fois, il y avait une raison derrière la douleur qu’il pouvait prodiguer. Une raison très –trop – subjective, mais une raison tout de même. Sa vie était parsemée de raison, une raison qui l’ancrait dans la réalité plus surement qu’un rêve à moitié vécu. Et lui ne vivait pas à moitié, jamais. Il vivait pleinement, intensément, malgré tous les dégâts collatéraux que cela pouvait occasionner. De légende, il n’en voulait pas, il n’en avait pas besoin. Il était une légende, à ses propres yeux, et cette légende, il ne voulait la confier qu’à une seule personne. Marlyn serait le sceau de son âme damnée, comme il était la clef de leurs sangs brassés.

Ses phalanges craquèrent, unes à unes, lentement, puis ce fut au tour de ses coudes, de ses épaules, puis de ses cervicales, qui cédèrent alors qu’il tournait la tête, à droite puis à gauche. Finis l’apitoiement. Finis la honte et la gêne. Pouvait-il se moquer des autres s’il ne s’acceptait pas lui-même, si d’autres pouvaient retourner à ses dépens les zones d’ombres de sa personnalité ? Assumer, jusqu’au bout, et chavirer, tous et toutes, chavirer les réalités, les faire sienne, et s’y couler, valser, danser.

Pied de nez à ce professeur, qui ne voyait en sa prestation du dessin qu’un acte visant à l’élever au-dessus de la masse commune. En aucun cas. Sa place lui convenait, et il ne se sentait pas supérieur, jamais, en qui, quoi que ce soit. Que ce soit dit.


- Je n’ai qu’un rêve, et ce n’est pas celui de devenir une légende.

Sa voix couvrit le murmure du vent, aisément, ondulant dans l’air, aérienne. Le regard de leur professeur se tourna à présent vers lui, comme celui de la plupart de ses camarades. Lui, ne cilla pas, fort d’une conviction qu’il sentait brûler à l’intérieur de lui.

- Et malgré mon don que j’exploite à fond en toute occasion, il semblerait bien, finalement, que je possède, ici, la plus humble des légendes. Je vais vous répondre, professeur, à cette remarque, même si elle n’était probablement qu’à but rhétorique.

Il ne prit pas la peine de se lever, mais se redressa, joignant ses longues jambes en tailleur.

- Pourquoi prendre la peine de dépenser tant d’énergie à exhiber mon Don pour un simple petit cours de légendes ?

Il laissa pour quelques instant place au silence, le temps de trouver en lui les mots les plus justes, ceux qui exorciseraient une bonne fois pour toute ce sentiment aussi confus que dérangeant de sentimentalité mièvre, ceux qui lui permettrait de comprendre, d’accepter, de contrôler. Sans vraiment réfléchir à ce qu’il faisait, sans prendre non plus en compte son état de fatigue qui n’allait pas en s’arrangeant, il s’immergea dans les spires, y ondoya une seconde avant de revenir à la réalité. Dessiner l’aidait à concrétiser ce qu’il pensait réellement, comme si son cerveau, sa raison et ses sentiments s’y trouvaient, plutôt que dans la réalité de sa boite crânienne. Une boule bleutée, teinte de fumée, roula contre ses doigts, bientôt suivie d’une deuxième, un peu plus sombre celle-là. Il s’en empara d’une main, et continua, tout en les faisant tourbillonner entre ses doigts fins :

- Simplement par envie ?

Il couvrit l’assistance du regard, sans s’attarder cette fois.

- Vous semble-t-il tellement étonnant que l’on puisse s’investir à fond dans quelque chose qui nous tient à cœur, sans pour autant avoir à l’esprit la reconnaissance et le regard des autres posés sur soi ? J’ai des rêves, bien entendu, comme vous tous ici. Enfin, un rêve plus précisément. Un rêve qui s’attache et s’entortille au moindre de mes gestes. Un rêve qui me pousse à courir, à trancher, à pousser, à tailler, le chemin et les idées. Un rêve pour lequel je serais véritablement près à tout. Et pourtant, pourtant…

Il laissa ses pensées dérivées légèrement. Les petites billes tournaient de plus en plus vite.

- Pourtant, d’aussi loin que je m’en souvienne, je n’ai jamais souhaité l’admiration de qui que ce soit, inconnu ou pas. Je n’ai jamais eu besoin de m’imaginer dans une maison en fleur, je n’ai jamais eu besoin de me créer un avatar qui aurait parcouru l’ensemble du monde, qui aurait tout vu, tout entendu, tout connu. Non, je n’ai jamais eu besoin d’imaginer tout cela, car je me sais capable de le réaliser, et cette conviction me suffit au quotidien. Que me chaut l'avis de parfaits inconnus ? Et celui de mes amis, de mes amours, je le construit de mes propres mains, donc qu'importe les murmures, les légendes, les ragots ? Une fois mort, il ne restera de moi que des cendres, du terreau pour la terre ou des os pour curer les dents des tigres des plaines. Et franchement, je me fous royalement de ce que les gens penseront de moi à ce moment là. Je ne me sens pas suffisamment indispensable pour penser que mon histoire influera sur le destin ou le sourire de qui que ce soit à ce moment là.


Cela pouvait paraitre bien prétentieux, surtout venant de sa part. Et pourtant, ce n’était pas par rapport à son don du dessin qu’il disait tout cela. Il était humain, il était réel, et en tant que tel il avait le pouvoir d’influer sur la réalité qui l’entourait, de la faire sienne, de la modeler comme il le souhaitait. Lui, il voulait, il prenait, et son bonheur consistait uniquement en la satisfaction d’accomplir ses envies passagères, envies qui faisaient, sommes toutes, tout le piment de la vie. Que ses envies soient en totale inadéquations avec les normes sociales était autre chose, le concept, il le connaissait et il le maitrisait.

- La seule légende que je souhaite devenir, c’est celle qui bercera mes rêves. Qui se teintera, au gré des expériences, de toutes les joies du quotidien que je saurais saisir plutôt que songer. Et c’est de l’étoffe de cette légende que sera tissé le linceul de ma mort. Une étoffe de réalisations pleines et entières, non de rêves et d’insatisfactions refoulées. Moi, ma légende, c’est de vivre, pas de devenir.

Il ne put pas se rassoir, comme les autres, pour clore ces paroles, puisqu’il était déjà assis. Il fit donc l’inverse, et se releva, une main contre l’arbre qui lui avait servit de dossier. D'un geste élégant, il lança les billes en l'air, et celles-ci s'évanouirent dans l'air avant d'entamer leur retombée. D’une démarche souple, quoiqu’un peu chaloupée, il se dirigea vers les restes du gouter, s’empara d’une pomme appétissante, et mordit dedans comme il mordait dans la vie : à pleines dents.


_______________
Spoiler:
 


J'aurais du sang sur les doigts
et l'éclat de tes yeux vides
comme antichambre au trépas
de mon âme impavide




Lev Mil'Sha
// Anaïel // Miaelle Campbelle



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MessageSujet: Re: Cours de légendes : une promenade au fil des histoires [Terminé]   Ven 20 Juil 2012 - 1:24

- Une intervention des plus intéressantes, monsieur Lev Mil’Sha, clot Duncan lorsque le dernier élève eut fini de raconter ce qu’il avait sur le cœur, et qu’il ne resta plus personne pour prendre la parole.

Toutes les inverventions étaient des plus intéressantes, évidemment. Pouvoir toucher au plus profond des souhaits et des attentes de ses élèves comblait Duncan Cil’ Eternit de joie. Il aimait à comprendre ces jeunes âmes, à les connaître comme il les ferait d’amis.. . d’enfants, s’il en avait eu.
Et en même temps, ils se livraient aux autres. L’exercice était à double sens et l’avait été depuis le départ, et Duncan était absolument ravi que les élèves s’y soient prêtés. Il n’était pas sûr que spontanément, chacun aurait livré ses rêves les plus secrets à d’autres élèves, surtout aux élèves des autres maisons. Mais c’était ce qu’il voulait leur enseigner. Que tout le monde, en dépit des différences, des alliances, des loyautés et des affinités, ils étaient tous humains, et tous possédaient des rêves.
Des rêves qui allaient parfois en contradiction avec celui des autres, et qui pouvaient être détruits par celui des autres, c’était le plus important.

- Je vous remercie tous pour avoir fait confiance à ceux qui vous écoutaient. A moi, qui suis un professeur et à qui vous n’avez pas forcément envie de raconter votre vie, à vos camarades en qui vous placez votre confiance et une partie de vos espérances désormais, peut-être même à vos ennemis qui se trouvent sur le même talus d’herbe que vous avez les mêmes patisseries en ce moment-même.

Il embrassa son assistance du regard. Certains détournaient le regard d’un air gêné, d’autres se recluaient au plus profond d’eux-mêmes après s’être exposés… Il avait observé chacun des visages à chacune des histoires, et les réactions avaient été toutes des plus intéressantes et des plus profondément humaines. De l’intérêt, de la surprise, de la tristesse, des pleurs même pour l’un d’entre eux, et pas celui auquel il s’attendait.

- Mais également à vous-même. Mettre des mots sur ses rêves pour les suivre, choisir une formulation plutôt qu’une autre… C’est beaucoup plus difficile que l’on ne croit, même si vous ne vous en rendez sûrement pas compte à votre âge.

Pause.

- Miss Astragal, je vous accorde trente points pour avoir eu la courage de vous livrer la première, et pour une histoire aussi touchante. Il faut du courage pour exposer son cœur le premier, et espérer que les autres n’en feront pas une tourte. A tous les autres qui avez partagé vos rêves avec vos amis, vos ennemis et des gens dont vous ne connaissez peut-être même pas le nom, dix points.


Il claqua trois fois des mains pour attirer l’attention de tout le monde.

- Je tiens à vous remercier tous pour l’attention que vous avez porté à un vieux professeur aujourd’hui, par un aussi beau soleil, et j’espère que vous avez trouvé quelques réponses à certaines questions que vous ne vous posiez pas. Cependant, comme toutes choses, ce cours vient à sa fin, et je ne voudrais pas vous retenir plus longtemps alors que l’heure du diner approche, ou bien notre Intendant m’enverra dans les cachots pour kidnapping de jeunes talents, finit-il en riant.

Il regarda encore une fois tour à tour les jeunes gens qu’il avait en face de lui. Il les aimait tous, à sa façon, tous et chacun d’entre eux, et il espérait pouvoir les aider à comprendre la vie qu’ils avaient devant eux, même par petites étapes.
Posément, le professeur referma son manteau pour parer à la brise qui venait de monter, et alla se reposer confortablement sur la souche d’arbre qui lui avait servi d’estrade et de fauteuil pour l’après-midi. Par habitude, il partait toujours le dernier de sa salle, et il ne comptait pas déranger ses habitudes simplement parce qu’il n’avait pas de salle.
Par habitude, il se tenait à disposition pour tout élève qui voulait le voir après la fin des cours, eut-il une question d’ordre historique ou d’ordre plus personnel, comme il lui arrivait parfois ; consoler des amours décus, conseiller une jeune personne sur le sens de la vie ou bien tout autre chose.
Ces questions ne manquaient généralement pas.
[Merci tout le monde ! *w* ]



_______________


"“Je manquais de mémoire - plus encore de l'habitude d'une mémoire
qui fut prégnante, à cran et à croc, apte à extravaser dans ma gorge,
pour salive, le sang des moments vécus ensembles."


Marlyn Til' Asnil | Duncan Cil' Eternit | Einar Soham
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Cours de légendes : une promenade au fil des histoires [Terminé]
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