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 Cours de légendes : une promenade au fil des histoires [Terminé]

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Maître des légendes et d'animisme et primat d'Aequor
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MessageSujet: Cours de légendes : une promenade au fil des histoires [Terminé]   Dim 5 Fév 2012 - 19:17


Heureusement pour ses plans, il faisait beau.
Pas forcément très chaud, car les nuages masquaient un peu la lumière du soleil et que le vent se glissait dans leurs vêtements de manière traitre et insidieuse. Mais au moins, il n’y avait aucun risque de pluie, de neige, de grêle ou de tempête céleste pour les prochaines heures, et le frileux Duncan Cil’ Eternit en remercia la Dame.
Il avait repris la dispense de ses cours de manière un peu irrégulière depuis quelques temps, et seuls une poignée d’élèves s’étaient présentés, pour la plupart des dessinateurs ou des gens qui manifestaient une certain intérêt pour l’écriture. Dans cette Académie de barbares plein d’armes et de trucs qui coupent, il fallait dire que c’était chose rare. Mais les effectifs avaient finalement réussi à se reremplir un peu, notamment grâce au succès de la Coupe des Trois Maisons et du combat acharné que se livraient les élèves pour grappiller les points donnés pendant les cours.

Duncan marcha jusqu’à un endroit à peu près plan du parc et s’installa sur une souche d’arbre de manière à embrasser de son regard le lac, et les tours de l’Académie qui s’effilaient dans son reflet. Comme il ne savait pas pour combien de temps il resterait encore entre ces murs, il avait décidé de changer un peu la formule de ses cours, afin qu’ils soient plus intéressants et plus amusants, pour lui comme pour ses élèves. Il ne fallait pas se leurrer, il savait pertinemment n’intéresser qu’une petite partie d’entre eux, mais si ça pouvait leur procurer une heure de tranquillité dans ce monde plein de malheurs, c’était tout ce qui comptait. Il ouvrit un livre relié de cuir à la page où il s’était arrêté et reprit sa lecture, en attendant l’arrivée de ses élèves.

Le beau temps en avait amené plus que ce qu’il n’espérait. Et la rumeur selon laquelle ils allaient beaucoup marcher aujourd’hui et visiter le parc de fond en comble avait contribué à attirer les plus aventureux d’entre eux, et ceux qui aimaient particulièrement se trouver dehors. Un petit groupe se forma bientôt autour de lui, et il rangea son livre dans l’une des poches de sa redingote, tout en discutant avec les élèves les plus proches sur des sujets badins.
Quand ils furent suffisamment nombreux, il leur souhaita la bienvenue :

- Bonjour à tous, je vous remercie de vous joindre à moi pour cette petite promenade à travers l’histoire de notre Académie, alors que vous avez sûrement mieux à faire.

Certains rirent sous barbe, mais il ne s’en formalisa pas.

- Je suis convaicu que la plupart d’entre vous ignorent beaucoup de détails et d’histoire sur les lieux qui vous entourent, et ce serait dommage de ne pas rendre hommage à notre sauveur à tous, Merwyn Ril’ Avalon, en vous instruisant sur ce qu’il a mis tant de temps à bâtir.

Il désigna du doigt le plus grand arbre du Parc, qui trônait sur une colline en répandant ses branchages sur plusieurs dizaines de mètres de circonférence. Son tronc était très large et tout veiné à cause des centaines d’années qui avaient passé depuis sa naissance, et ses feuilles, mordorées, luisaient sous la lumière du soleil. C’était non seulement le plus grand arbre du Parc, mais également le plus vieux….

- Merwyn Ril’ Avalon se plaisait à dire, avant de disparaître il y a quelques années, qu’il avait décidé de bâtir l’Académie à l’emplacement de cet arbre, car il le trouvait si beau qu’il voulait que tous ceux qu’ils recueillaient puissent en profiter. Il semble qu’il lui rappelait Vivyan Ril’ Lake et que c’était en son honneur qu’il avait baptisé cet arbre Vivyane également.

Il se retourna vers son assemblée, qui fixait l’arbre de leur mirettes, certains se demandant probablement comment ils pourraient grimper dessus. Ils étaient jeunes, mais après tout, Merwyn n’avait disparu que depuis un peu plus de cinq ans, tout comme Vivyan…

- Quelqu’un pour me rappeler qui était Vivyan, exactement ? Il me semble que vous êtes presque tous arrivés trop tard pour la connaître, mais vous avez certainement entendu parler de l’histoire qui unissait Merwyn et Vivyan. Allons, quelqu’un pour nous la remettre à tous en tête ?


[20 points pour le premier arrivé, 10 pour le deuxième et 5 pour le troisième, ainsi qu'évidemment, des points à ceux qui répondent en cours ! ]



_______________


"“Je manquais de mémoire - plus encore de l'habitude d'une mémoire
qui fut prégnante, à cran et à croc, apte à extravaser dans ma gorge,
pour salive, le sang des moments vécus ensembles."


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MessageSujet: Re: Cours de légendes : une promenade au fil des histoires [Terminé]   Dim 5 Fév 2012 - 20:01

Halina quitta la salle commune avec enthousiasme, elle avait bien dormi cette nuit et tout avait été pour le mieux ce matin-là. Il y avait des viennoiseries au petit-déjeuner et, pour une fois, elle n’avait pas eu besoin de se battre avec ses amis pour avoir le dernier croissant. Elle avait bien mangé, peut-être trop pour un matin et tout semblait pour le mieux. Il y avait du soleil et ça aussi c’était très cool. En gros, la guerrière était en forme. On pouvait presque la voir dansé dans les couloirs tant elle se sentait bien. Elle transportait dans son sillage une onde de sérénité et de joie tant elle souriait. Saluant, tout le monde avec enthousiasme, elle pouvait même passer pour un peu simple d’esprit. Mais, ne vous fiez pas aux apparences. Elle en avait bien le droit non ? D’être heureuse ?


Pourtant, tout n’aurait pas dû être aussi bien. En effet, un lecteur averti saurait que son petit-ami, rencontré dans un cachot lors d’une sombre histoire d’Académie prise par des méchantspasbeaux, était partie avec la prof d’équitation et à ses heures perdues marchombres pour une épreuve trop spé’ que personne ne comprenait. Elle aurait dû être effondrée me diriez-vous. Coucher au fond de son lit, pleurant au téléphone son amour envolé, ou errant dans les couloirs comme une âme en peine. Le lecteur pourrait se dire, à ce stade, qu’elle devait avoir très peur qu’il ne lui arrive quelque chose en route, qu’il ne réussisse pas l’épreuve et qu’il se fasse tué ou alors qu’il la trompe. Mais le lecteur aurait tort. La guerrière apprenait pas à pas la confiance. Elle gagnait jour après jour en maturité. Elle comprenait que de là où elle était, elle ne pouvait pas faire grand-chose pour Kirfdéin et qu’elle ferait mieux de continuer à avancer en l’attendant. Pour lui montrer que elle aussi, elle pouvait rencontrer des succès dans sa vie.


Aujourd’hui, elle reprenait les cours de civilisation et elle en était bien contente. Elle aimait bien ce prof’, qui savait tantôt être extravagant ou sérieux ou même sans le vouloir soporifique. Il y avait une période où elle allait en Lettres juste pour pouvoir s’endormir par la suite. Il fallait avouer que ses derniers cours manquaient un peu d’originalité par rapport à ce qu’il leur avait habitué. Halina était de nature curieuse et les cours de Civilisation avaient ce côté explorateur-du-temps qui raconte ses aventures. Il y avait toujours des anecdotes, des remarques, et des débats qui s’engageaient. Elle se souvenait encore du débat qui avait eu lieu alors que l’Académie était prise et de ce que ça avait changé chez elle. Elle avait été plus ouverte. Sieur Cil’Eternit parvenait à leur faire réfléchir sur des sujets d’actualité ou des sujets du passé et comme il maîtrisait très bien son sujet, il les amenait souvent à ne pas penser comme tout le monde. Certains évènement prenait plus d’importance.


D’après l’annoce, le cours avait lieu dehors, dans les jardins ce qui était assez étonnant pour un cours. M’enfin, ne pas trop réfléchir à l’avance des étrangéités du prof’ sinon, on ne s’en sortait pas. Il semblait qu’ils visiteraient le par cet qu’ils apprendraient pleins d’anecdotes sur l’Académie. Ce qui semblait intéressant puisqu’étudiant là, elle n’avait jamais vraiment connu la véritable histoire de cet endroit. Elle rejoignit le professeur qui lisait sur une souche en même temps qu’un autre groupe d’élèves. Elle espérait qu’il y aurait des gens qu’elle connaissait. Si il y avait Einar, elle se dit qu’on rigolerait bien. Avant qu’elle n’ait pu vérifier si elle reconnaissait des gens, il commença ses explications. Halina écouta avec attention jusqu’à ce qu’il pose une question. Elle se creusa la tête un instant avant de répondre, pas très sûre d’elle mais de sa voix forte habituelle :


-J’ai jamais été vraiment sûre que cette histoire était vraie mais on m’a raconté que Vivyan était un.. une sorte de Dessin réalisé par des créatures au nom bizarre : T’sichose. Et qu’elle était sensée séduire Merwyn. Par contre, je comprend pas comment il a pu tombé amoureux d’un Dessin…


Puis elle laissa le soin à quelqu'un d'autre de lui expliquer ou de réfuter ce qu'elle venait de raconter. Parce qu'à vrai dire, elle n'y connaissait pas grand chose en Dessin et qu'elle ne savait même pas que les Dessins pouvaient être vivants. M'enfin, la personne qui lui avait raconté ça s'était peut-être juste foutu d'elle sur ce coup là.


[Et bim, Challenge accepted and done o/ ]


_______________

             
"Obsessed by a fairytale, we spend our lives searching
for a magic door and a lost kingdom of peace"

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MessageSujet: Re: Cours de légendes : une promenade au fil des histoires [Terminé]   Dim 5 Fév 2012 - 20:22

Un arbre. Un gros arbre, certes, et très beau avec ses ramures qui, malgré les premières neiges, arboraient encore d'épaisses feuilles d'un vert éclatant. Mais un arbre tout de même.
Attalys laissa courir un regard un peu dubitatif sur le parc puis se focalisa à nouveau sur le chêne majestueux. Le professeur leur ferait un cours sur un arbre ? Un peu étrange, non ?
Néanmoins, lorsque celui-ci prit la parole d'une voix posée, elle se concentra sur lui, chassant de son esprit tout ce qui pourrait nuire à son écoute. C'était son premier cours, et elle n'avait pas l'attention de le rater par manque d'attention.

Au bout de quelques minutes, la jeune fille se perdit complètement dans le discours du professeur. Elle esquissa même un pas dans sa direction, captivée par ce qu'il racontait sur un ton badin mais grave et sérieux malgré tout. Elle ne put cependant s'empêcher de sursauter à l'évocation de Vivyan. Le chêne avait donc un nom ? Elle lui jeta un coup d'oeil intrigué, résistant à l'envie de tendre la main pour effleurer son écorce rugueuse du bout des doigts.
Entre-temps, Duncan s'était arrêté de parler et scrutait l'assemblée d'élèves d'un regard pénétrant. Il y eut un moment de flottement puis une fille, sur sa droite, prit timidement la parole :


-J’ai jamais été vraiment sûre que cette histoire était vraie mais on m’a raconté que Vivyan était un.. une sorte de Dessin réalisé par des créatures au nom bizarre : T’sichose. Et qu’elle était sensée séduire Merwyn. Par contre, je comprend pas comment il a pu tombé amoureux d’un Dessin…

Mais oui, bien sûr ! Tout lui revenait à présent ! Sans réfléchir, Attalys ouvrit la bouche à son tour :

- Des T'sliches. Enfin, je veux dire...

Elle se tut une fraction de seconde, brusquement mal à l'aise devant les paires d'yeux qui la fixaient avec intensité :


- Ce sont des T'sliches, pas des T'sichoses.

[Un peu court, je sais ]


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Etincelle
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MessageSujet: Re: Cours de légendes : une promenade au fil des histoires [Terminé]   Dim 5 Fév 2012 - 20:26

Duncan Cil'Eternit. Le nom du professeur avait voltigé dans sa tête alors que, informé un peu plus tôt qu'un cours d"histoire aurait lieu l'après-midi, il se dirigeait d'un pas nonchalant dans le hall de l'Académie, en direction du parc qu'il ne connaissait qu'à peine. Il avait finalement retrouver sa morgue et sa séduction naturelle, après quelques jours étranges, résultant de sa confrontation avec le petit Einar qui lui avait, en fin de compte, démoli la mâchoire.

Une fleure bleue s'étalait le long de sa tempe, alors que son oeil au beurre noir avait finit par disparaître de lui même. Ne lui restait maintenant que cette estafilade, et une déchirure à l'âme qu'il s'était empressé de recoudre avec les moyens du bord : le sourire niais de ces filles de la roture, l'allure hautaine et insipide de celle des nobles, et les regards envieux de ses homologues. Il avait gommé l'épisode et, sans hâte mais avec tout ce qu'il avait d'efficacité, il rangeait dans son esprit le moindre moment, l'analysait, et en extirpait une vérité qui séait à son esprit névrosé.

Un temps, il avait eut peur qu'Einar ne dévoile ses secrets. Mais il avait scruté les élèves, sans obtenir la moindre information le condamnant. C'était normal, après tout. Lev avait également de quoi nuire au Teylus comme par exemple poster pour rafler des points pour Kaelem Twisted Evil , avec les souvenirs de sa famille qu'il en avait, et il était assez intelligent pour le savoir. Sinon sa réaction n'aurait jamais été aussi violente.

Il eut un petit sourire concupiscent à ce souvenir, quelque chose comme de la fierté d'être parvenu à le faire sortir de ses gonds de la sorte, de l'avoir poussé à attaquer, plutôt que de subir. Et il en avait été métamorphosé, le petit Einar. Il était devenu vraiment homme, cette fois-ci, non pas par violence, mais par l'absolution de ce qu'il réfrénait avec tant de force et de faiblesse mêlée. Il faut gouter au côté obscure de la force, pour avoir vraiment le mérite de ne pas s'en servir.

Le soleil le tira de ses rêveries en lui éclaboussant le visage, pour se cacher à nouveau derrière les nuages, le laissant éblouit. Ses cils papillonnèrent avant accommoder sur le professeur sous son arbre, s’adonnant à la lecture d'un vieux bouquin. Il regarda autours de lui, cherchant d'autre élèves et, ne cherchant pas à se faire trop remarquer, s’accouda à un arbre plus petit, avant de se joindre à un petit groupe d'élève qui arrivait. Les mains dans les poches, il décerna un sourire au professeur et le gratifia d'un "bonjour" poli.

Tout de suite, il fut captivé par le nom de "Merwyn". Dans son environnement bourgeois, il en avait bien entendu parlé, mais c'était surtout sa passion pour le dessin qui l'avait poussé à se documenter. Et puis, le professeur avait l'air d'être quelqu'un d'original, et Lev aimait beaucoup les gens originaux. Ils avaient tous cette petite part de névrose qui l'excitait. Qui les rendaient humains, gris plutôt que noir ou blanc. Peut-être était-ce un complexe, quelque chose qui lui permettait de se supporter lui-même, quoi qu'il en soit, il écouta avec attention les paroles du professeur.

Lorsque celui-ci posa une question, il attendit quelques instants puis répondit d'une voix claire, sans hausser le ton :

- De ce que j'en sait, c'est la femme de Merwyn, un dessin fantastique. Le plus grand de tous les temps.

Mais la suite, il préférait entendre ce que le professeur en savait. Il y avait beaucoup de conjecture sur Vivyan. En particulier sur sa disparition qui coïncidait avec celle de Merwyn.


[ce n'est pas du grand art, mais j'voulais embêter les Teylus ]


_______________
Spoiler:
 


J'aurais du sang sur les doigts
et l'éclat de tes yeux vides
comme antichambre au trépas
de mon âme impavide




Lev Mil'Sha
// Anaïel // Miaelle Campbelle



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MessageSujet: Re: Cours de légendes : une promenade au fil des histoires [Terminé]   Dim 5 Fév 2012 - 20:37

En consultant les cours dispensés à l'académie, Solmariën avait trouvé une liste de leçons ouvertes à tous les élèves, quelque soit leur enseignement. Parmi ceux-ci, un cours en particulier avait retenu son attention. L'intitulé de ce dernier était en effet « Cours de Légendes » dont le sujet de la leçon prochaine était indiqué comme « Histoire de l'académie à travers le temps et le parc ». Ce cours était apparemment dispensé par le professeur Duncan Cil’Eternit, ce qui ne renseigna pas vraiment la jeune fille vu sa récente inscription. L’école restait un mystère pour elle, les noms de ses profs lui passant par conséquent complètement au dessus de la tête.

La thématique lui semblant intéressante – voire pratique, qui sait? – la jeune apprentie sans maître avait donc décidé d'aller jeter un œil ou deux à ce fameux cours de légendes. En outre, la perspective d'une leçon dispensée en plein air dans les alentours de la célèbre académie n’était pas pour lui déplaire, loin de là! Une petite promenade au grand air, du vent dans ses cheveux, de belles histoires à écouter et le réveil probable de grands noms et instants du passé étaient bien plus qu'assez pour émoustiller son intérêt personnel. Elle n'avait d'ailleurs aucun cours précis à suivre en ce moment, n'ayant toujours pas de maître attitré, et avait donc tout loisir de suivre les sujets qui lui plaisaient, au gré de ses envies, organisant son planning à son avantage en fonctions de ses occupations quotidiennes et de quelques loisirs mérités (comme ses visites imprévues à la bibliothèque monumentale du bâtiment, qu'elle avait un jour découverte par hasard en se perdant dans les couloirs...).

Après une rapide vérification du temps effectuée en passant un bras nu par une fenêtre ouverte, la demoiselle s’était habillée chaudement, de manière pratique – trop peu esthétique à son goût, hélas – et, enfilant un manteau long, s’était rendue au point de rendez-vous. Elle ne regrettait pas son choix! Un vent espiègle soufflait, s'engouffrant dans les moindres recoins de vêtement pour aller chatouiller la peau des imprudents refroidis, dans tous les sens du terme... Ses longs cheveux bouclés volaient en tout sens, l’emplissant d'un sentiment d'exaltation assez satisfaisant.

Elle arriva tôt au pied de l'arbre et en profita pour discuter tranquillement avec les autres élèves et le professeur. Celui-ci attendit encore un temps appréciable que les derniers intéressés arrivent et s'installent puis débuta son cours. Introduction accrochante, Solmariën se félicita furtivement de son choix avant de redevenir attentive, Sieur Cil’Eternit ayant posé une question à l'assemblée des étudiants. Une jeune fille se jeta à l'eau, sans certitude, corrigée par une autre demoiselle, de la maison Aequor lui semblait-il... Intriguée par la puissance des « révélations » faites, elle risqua une question au professeur :


- Excusez-moi professeur, pourriez-vous m’éclairer? Je sais que certains dessinateurs de l'empire sont très puissant et personne n'a jamais égalé Merwyn mais... n'as-t-on pas dit de tout temps que les dessins représentants une forme de vie étaient impossible à réaliser à long terme?...


_______________
Chemin troublé et pourtant route claire
Des rencontres impensées
Une vie


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Apprenti Chantelame
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MessageSujet: Re: Cours de légendes : une promenade au fil des histoires [Terminé]   Dim 5 Fév 2012 - 21:08

La perspective de s’entendre raconter plein de légendes en vagabondant dans le Parc avait de quoi exciter joyeusement Einar. Ca faisait longtemps qu’il n’avait plus pris le temps de simplement se balader dans la petite forêt ou le long du lac, avec tout son entrainement chantelame, et les cours de combat, et puis tout ce qui arrivait un peu en même temps ces dernières semaines et qui l’empêchaient de se concentrer.
C’est donc avec une certaine joie qu’il se dirigea vers le Parc, surtout qu’il avait entendu Halina et d’autres filles en discuter la veille dans le Dortoir, et il savait qu’elles iraient ; il aimait beaucoup Halina, c’était vraiment une chouette fille.
En plus il aimait beaucoup aussi le prof de légendes, il avait tellement l’air d’un vieux livre fripé avec ses rides sur le front et ses cheveux qui commençaient à grisonner, et Einar était persuadé qu’il connaissait au moins mille histoires par cœur. Il faudrait qu’il lui demande s’il connaissait la geste de Bomon, un jour, il aimerait beaucoup l’entendre la raconter avec sa voix un peu rauque et feutrée d’homme de lettres, avec un thé et tout…
Mais bref, pour le moment, Einar se précipita dans le parc à la suite des autres élèves et retrouva ses camarades agglutinés autour d’une vieille souche d’arbre, derrière un énoooooooorme über chêne qu’Einar appréciait beaucoup. Il faisait super joli dans le Parc et ses feuilles avaient des couleurs pas très normales et super belles.

A la question de Duncan Cil’ Eternit, Einar manqua de lever la main en trombe, en grand amateur des légendes d’histoire d’amour tragique, mais il fut devancé par plusieurs personnes qui se mirent à parler en même temps. Une certaine fierté lui serra le cœur quand il vit qu’Halina fut la première à faire entendre sa voix, et donc à rafler les meilleurs points, mouhahahah.

Son cœur manqua de rater un battement en entendant la voix pleine de morgue de Lev Mil’Sha, qu’il n’avait pas vu jusqu’à présent. Gloups. Inconsciemment, Einar se rapprocha du groupe formé par Halina et ses amis, au cas où l’autre fou meurtrier parricide lui chercherait encore des noises. Surtout que bon, il portait encore un peu les stigmates de leur altercation et il en était pas spécialement fier..

- Bah c’est pas un peu normal qu’il soit tombé amoureux d’un dessin ? Merwyn est le plus grand dessinateur de tous les temps, il a quand même réussi à casser le Verrou Ts’lich avec l’aide de plein de gens et tout ! En plus à ce qui paraît, Vyviane était super belle et elle avait réussi à se libérer de l’emprise des Ts’liches pour aimer vraiment Merwyn aussi…

Ah, les vaudevilles tragiques entre les Capühley et les Montaygut, il adorait ce genre d’histoires. Le Héros couvert de gloire qui ne cherche qu’à trouver l’amour, un amour piège et impossible livré par ses pires ennemis, et dont il ne pourrait jamais se faire aimer… C’était presque aussi génial à lire que l’histoire de Bomon D’Ombreuse.



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Apprentie Marchombre
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MessageSujet: Re: Cours de légendes : une promenade au fil des histoires [Terminé]   Dim 5 Fév 2012 - 21:37

Merwyn... Vivyan... Ts'lich... Des mots qui sonnaient vraiment exotiques, mêlant adroitement aventure et mystère. Les yeux posés sur le professeur, guettant la moindre de ses phrases jusqu'à ce que le reste disparaisse, Armaële écoutait de toutes ces oreilles, se prenant au jeu de ce qui ressemblait étrangement à un conte de fée. Une belle dame, image même de la perfection, ensorcelant le fameux Merwyn, un des plus grand dessinateur de tous les temps. Cela avait de quoi faire rêver... Elle contemplait avec étonnement le grand chêne désigné par le professeur d'un doigt autoritaire, observant ses larges ramures, son feuillage émeraude malgré la saison avancée, et en se demandant ce que venais bien faire un arbre dans toute cette histoire.
La voix d'un élève à côté d'elle la fit soudain sursauter, la tirant d'une étrange torpeur :


- Bah c’est pas un peu normal qu’il soit tombé amoureux d’un dessin ? Merwyn est le plus grand dessinateur de tous les temps, il a quand même réussi à casser le Verrou Ts’lich avec l’aide de plein de gens et tout ! En plus à ce qui paraît, Vyviane était super belle et elle avait réussi à se libérer de l’emprise des Ts’liches pour aimer vraiment Merwyn aussi…

C'est sûr, Merwyn était extrêmement puissant, considéré comme un des meilleurs dessinateurs de tous les temps. C'est vrai, Vyvian, par amour, avait finit par se libérer du verrou affreusement crée par les Ts'lich, s'offrant toute entière à celui qui devait au départ tomber dans un piège affreux. Tout cela paraissait vrai et pourtant...
Les mots se bousculèrent hors de sa bouche avant qu'elle put les retenir :


- Cela est-il vraiment réel ? Je veux dire... ça semble si merveilleux. Un peu extraordinaire en fait. Irréalisable, en quelque sorte. L'histoire doit bien avoir un côté sombre, non ? Une part de noirceur ?...

En refermant la bouche, elle rougit en sentant le regard des autres élèves sur elle. Elle chassa une mèche de son visage d'un geste embarrassé. Quelle réflexion idiote vraiment ! Sans aucune remarque intelligente ni constructive, dénué de tout sens logique.
Elle ne se détendit que lorsque le professeur reprit son cours d'un ton paisible et semblable. La jeune femme sentit la tension de ses muscles se relâcher, écoutant avidement les informations, obsrvant avec attention l'immense arbre au feuillage dru, se laissant doucement bercer par la voix douce et tranquille de l'enseignant...



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- Que devient une étoile qui meurt ?
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René Pageau
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MessageSujet: Re: Cours de légendes : une promenade au fil des histoires [Terminé]   Dim 5 Fév 2012 - 21:37

Il faisait de plus en plus frisquet.
Le temps passait et l’hiver s’installait. Bien que les premières neiges soient encore loin, la température avait bien baissé.
Gwëll s'emmitouflait alors, pour sortir, sous plusieurs épaisseurs de laine bien chaude et douillette et cachait ses petites mains frileuses dans des gants fourrés. Il fallait dire, pour sa défense, qu’elle avait toujours vécu bien plus au sud, dans des régions où l’hiver s’annonçait tardivement et où la neige tombait rarement.

Ce fut donc vêtue de tout ce qu’elle avait de plus chaud, chaussettes fourrées, bottes de cuir bien épais, pulls de laine en excès, veste molletonnée, gants, bonnet et -accessoire ultime- un petit cache nez en laine douce. Seul le bout du nez et les yeux dépassait de tout ce confort chauffant et le vent était bien en peine de pouvoir l’atteindre.
Et les autres, ceux qui ne portait qu’un simple chandail en peau de siffleur et qui la regardaient d’un œil amusé, elle leur souriait. Gwëll n’avait pas -jamais, même- conscience d’être un tant soit peu ridicule. Non, ça lui passait bien au dessus de la tête.

Ce fut donc engoncée de la sorte que Gwëll traversa les jardins de son pas de cosmonaute -de petits pas pour Gwëll mais de grands pour le cours ?- et s’en alla retrouver ses compatriotes. Déjà, malgré l’heure matinale (cette fois ci, elle était partie bien en avance histoire de ne pas arriver en retard...), elle pouvait distinguer une troupe d’élèves amassée. Non qu’ils ne soient très nombreux, mais, en réalité, le cache nez de Gwëll la faisait -un peu- loucher, avec ses petites peluches de laine, et donc, par conséquent, elle voyait beaucoup plus d’élèves qu’il n’y en avait.

Quand elle parvint au pied du plus vieux chêne du parc, celui qui faisait beaucoup d’ombre fraiche en été et qui offrait une superbe vue sur le lac pourvu que l’on ne réussisse à y grimper, le professeur rangeait son livre et s’apprêtait à prendre la parole.
Gwëll se rangea en double file, derrière un duos d’élèves Aequors qu’elle connaissait de vue et se mit à l’écoute du noble professeur. Celui ci fit le petit speech habituel de tous les formateurs en diverses matières et enchaina sur l’explication en elle même : le plus intéressant, en somme. C’était certain qu’un tel cours, un où les profs racontent de belles histoires d’amour vraies de vraies avec des larmes d’émotion dans les yeux, c’était top. Mais rare. Mais surtout top, en fait.

Donc Gwëll écoutait. À vrai dire, elle n’en donnait pas l’impression. On eut plutôt cru qu’elle rêvait -ce qui était aussi un peu le cas- et qu’elle était complètement ailleurs. En réalité, elle était dans l’ailleurs de l’histoire du prof. Dans cette belle histoire d’amour magique et que pourtant, elle connaissait déjà par cœur.

-Oui, la belle Vyviane était un dessin Ts’lich destiné à piéger le grand Merwyn, mais ça a tellement bien fonctionné qu’en fait, Vyviane a réussi à se libérer de l’emprise de ses maitres et à pouvoir aimer librement Merwyn. Après, les récits divergent, certains disent que Vyviane n’a pas pu survivre longtemps, sans les liens de ses maitres, alors que d’autres disent que Vyviane est devenue une créature éternelle destinée à aimer Merwyn jusqu’à sa mort et punie, pour sa trahison. Elle devrait alors le pleurer jours et nuits pour remplir tous les lacs de Gwendalavir sans faiblir sinon, elle répandrait le mal dans le monde...

Les yeux de Gwëll brillaient. Petite, c’était son histoire préférée, celle qu’elle demandait, le soir, au coin du feu, quand elle allait chez la voisine, la vieille voisine qui ressemblait à une vieille fée.

[ =) ]


_______________
Minou Merveilleux Magique à votre service I love you
Si c'était une fleur, bleue, pardi.

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La Brute Marchombre
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MessageSujet: Re: Cours de légendes : une promenade au fil des histoires [Terminé]   Dim 5 Fév 2012 - 22:39

La matinée était plutôt agréable pour un matin de début d'hiver. Pas de neige, pas de vent, pas de grêle. Aucun signe d'une quelconque perturbation. Ichel s'était levée très tôt aujourd'hui, espérant pouvoir faire quelques exercices, mais la fatigue se faisait de plus en plus ressentir. On ne pouvait pas dire que la marchombre s'était couchée très tôt la veille. Décrétant qu'elle aurait tout le loisir de se reposer quand elle aurait atteint l'âge de la sagesse, elle avait décidé de faire un tour dans la ville d'Al-Poll. Certes, elle l'avait déjà tant visitée, mais elle aimait les courbes saillantes qu'elle lui offrait. Ces tours vertigineuses, ces ponts en hauteur, ces ruelles toutes aussi différentes les unes que les autres, ces toits si attirants. Elle connaissait presque toute la cité par coeur, mais elle avait toujours autant de plaisir à la parcourir de long en large. Même si la vue sur les toits des bâtiments était d'une beauté époustouflante, ce n'était pas cela qui attirait la kaelem, le sujet de sa passion était bien plus infime, bien plus ridicule pour toute personne qui ne comprenait pas la voie qu'elle avait choisi de suivre. Ce n'était pas les montagnes, les forêts, les plaines ou encore les champs alentours qui attiraient le regard de la marchombre lorsqu'elle se trouvait là-haut, sur les toits tordus d'Al-Poll, mais les interstices, les pierres froides, les tuyaux, les cheminées, les espaces entre les bâtisses, les toits. Elle appréciait le contact de ses pieds, de ses mains contre les murs des bâtiments, contre les pierres froides, elle aimait escalader ces magnifiques inventions de l'esprit alavirien.
Elle aimait depuis toujours escalader. Escalader oui, mais toujours les endroits les plus verticaux, les plus hauts, les plus dangereux. Depuis toute petite elle grimpait des arbres, des charrettes, elle s'était alors très vite accoutumée à ces petites escalades. Plus âgée, elle avait commencé à s'attaquer à plus gros. Des granges, des maisons, des bâtisses, des parois, des montagnes et encore bien d'autres endroits qu'elle pouvait effleurer de ses doigts. Elle aimait sentir l'allégresse la gagner petit à petit qu'elle s'élevait vers les cieux, et surtout, elle aimait pouvoir écouter le vent murmurer à son oreille. Petite, elle l'avait tant fait avec sa mère. Et le fait de le refaire, là, en haut de ces bâtiments, seule avec le vent, lui faisait ressentir la douce présence de sa mère. Elle pouvait la retrouver dans chacun de ses mouvements, dans chaque chuchotis de la brise. Non, elle ne montait pas pour les toits, elle montait pour sa mère. Elle ne voulait pas l'avouer, mais elle escaladait seulement pour ressentir sa présence à ses côtés.

Des bruits de pas la fit sortir du cours de ses pensées. Un groupe d'élève passa devant la salle qu'elle occupait. La salle des loisirs. Elle aurait voulu se ressourcer dans la salle de méditation, mais déjà plusieurs personnes comblaient les coins de la pièce. Et elle n'aimait pas la foule. Bon, quatre ou cinq personnes on ne pouvait pas appeler cela de la foule, mais Ichel était compliquée. Elle aimait sa solitude. Elle aurait pu aller grimper les murs d'Al-Poll comme la veille, mais elle n'avait pas assez de temps pour cela. Elle avait un cours de prévu dans la matinée qui allait d'ailleurs bientôt commencer. Elle se releva, non sans avant s'étirer langoureusement. Le cours allait se dérouler à l'extérieur dans le parc, elle jeta donc un coup d'oeil par la fenêtre pour s'assurer qu'elle n'était pas en retard. Duncan Cil'Eternit était assis sur une souche, lisant un bouquin. Aucun élève n'était encore en vue, mais ce n'était pas une raison pour qu'elle arrive en retard. Elle se précipita alors dans les escaliers, dévalent les marches quatre à quatre. Elle atteignit la grande salle où elle prit au passage un pain aux framboises et une grappe de raisin. Mangeant d'un trait le pain, elle se dirigea vers la volière, poussa un sifflement strident et des plumes s'envolèrent. Oeil-de-Tigre apparut dans le ciel avant de faire un piqué vers sa maîtresse. Lorsqu'il se ramassa enfin sur le bras d'Ichel, cette dernière lui caressa ses ailes. La grappe de raisin toujours dans ses poches, l'aigle commença à s'agiter. Il avait faim. Mais que faisait le fauconnier, on aurait dit qu'il n'avait pas mangé depuis des jours ! Elle hésitait à reprendre son oiseau et à le prendre dans les dortoirs, mais elle savait qu'il se sentirait trop à l'étroit. Elle faudrait qu'elle pense à lui apporter plus de gâteries. Elle ne voudrait pas qu'il meure de faim. Bon, elle devait l'avouer, Oeil-de-Tigre n'avait pas vraiment l'air de mourir de faim. C'était bien connu que tous les animaux avaient continuellement envie de manger. Même lorsqu'ils n'avaient pas faim. Non, elle l'avouait, la volière ne s'était jamais mieux tenue que en ce moment. Le dernier fauconnier n'était pas très performant. Bref, elle n'était pas là pour se plaindre des fauconniers. Il y en avait, c'était déjà ça.

Après s'être attaché les cheveux, la marchombre proposa son épaule au rapace qui s'y installa volontiers. Elle se dirigea enfin vers le parc où allait se dérouler le cours de légendes. Sortant la grappe de ses poches pour en donner à son oiseau et à elle occasionellement, elle se demanda qui elle allait revoir dans ce cours. Peut-être des visages connus, sûrement. Mais des visages inconnus aussi, car ces derniers temps il y avait une vague de nouveaux dans l'Académie. Bon, elle allait voir des gens, c'était la seule chose dont elle était sûre. Et puis elle s'en fichait. Elle venait simplement pour écouter. Ecouter les histoires que Sir Cil'Eternit allait généreusement leur offrir. Peu lui importait les gens qu'elle allait rencontrer, elle avait déjà assez de soucis comme ça.

Elle arriva enfin vers le lieu du rendez-vous. Il y avait pas mal d'élèves qui étaient venus assister au cours du professeur. M^me en restant vers l'arrière, elle put reconnaître les longs cheveux de Halina, la silhouette de Einar et deux élèves kaelems. Les autres, elle ne les connaissait pas. Malgré la présence de ses deux amis, elle resta en retrait, écoutant les paroles du professeur. Elle détourna le regard pour observer l'immense arbre. Imposant, presque irréel, il se dressait de toute sa stature et de toute sa sagesse. Ses instincts de grimpeuse lui dictaient de revenir pus tard et de tenter l'impossible, mais un petit son lui dictait autre chose. Elle ne voyait plus en cet arbre qu'un autre monument à escalader, mais une âme. Un être vivant empli d'une sagesse de tout âge. Cet arbre avait sans doute vu et connaissait plus de chose que quiconque en Gwendalavir. Un respect se plaça entre le conifère et elle. Un respect qui l'empêchait de gravir ses immenses branches.
Elle se reconcentra sur le cours. Plusieurs idées furent émises. Mais toutes finissaient sur la même fin. Ichel offrit un grain de raisin à Oeil-de-Tigre qui n'avait toujours pas bougé de son épaule avant de prendre à son tour la parole. Personne n'avait encore remarquer sa présence, vu qu'elle était arrivé derrière, ils tournèrent donc tous la tête dans sa direction.


- Je n'ai malheureusement jamais eu l'occasion de rencontrer ses personnages tant connus comme la plupart des personnes présentes ici, mais je devine l'immense coeur qu'il possédait. Qu'ils possédaient tous les deux. Je n'ai peut-être aucune notion dans l'art du dessin, mais je sais que les Ts'Liches avaient créé Vivyan pour qu'elle soit la plus humaine possible. Ils n'ont pas créé un dessin éternel. Ils ont créé la vie. Elle ressentait des choses pour se qui l'entourait, elle aimait. Je ne la considère pas comme un dessin. Ce nom est trop barbare pour elle, avec ce nom vous dégradez sa grandeur. Elle était comme nous, elle avait des sentiments.

Pourquoi lui donner le nom de "dessin" après l'avoir accepté dans leur communauté ?




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MessageSujet: Re: Cours de légendes : une promenade au fil des histoires [Terminé]   Dim 5 Fév 2012 - 23:42

[ Les gens, vous êtes des héros I love you ]

Pour parler franchement, Duncan était… profondément impressionné.
L’intérêt et et la promptitude de ses élèves à répondre aux questionnements qu’il avait soulevés le laissait tout simplement bouche bée. D’ordinaire, quand il dispensait ses cours, l’attention de ses élèves était quelque peu relâchée, et il ne leur en voulait pas, ils avaient pour la plupart bien d’autres préoccupations en tête. Et lui travaillait pour ceux qui souhaitaient apprendre, il avait appris dans ses longues années d’enseignement à Al-Jeit puis dans cette belle Académie qu’il ne servait à rien de combattre le manque de participation des classes.
Mais les voir tous les yeux fixés sur l’arbre, à faire part de leurs réflexions, de leurs sentiments, de leurs connaissances vis-à-vis de cette histoire profondément touchante, les voir se corriger mutuellement, rebondir sur leurs remarques et tenter de reconstituer ensemble le fil de la légende et des ouï-dires, éveillait un sentiment de profonde satisfaction chez le vieux professeur.
Il était extrêmement fier d’eux.
Fiers de ce qu’ils parvenaient à capter l’essence même de la relation unique qui liait Merwyn et Vivyan Ril’Lake, fiers qu’ils se questionnent sur la porté des dessins. Fiers qu’ils puissent, pendant un court instant, s’interroger sur les sentiments de cet homme qu’ils prenaient pour quelqu’un d’inébranlable, et qui n’était somme toute qu’un être humain, avec ses défauts et ses faiblesses.
Quand bien même son amour semblait extraordinaire par là-même qu’il était infini et irréel.

Il profita de la dernière remarque philosophique d’Ichel pour rebondir et reprendre la parole, de sorte que chacun se tut et reporta son attention sur lui :

- Difficile à imaginer, n’est-ce pas, l’amour que ces deux êtres étaient capables de ressentir ? Merwyn aimait tous les êtres humains, chacuns uniques, mais il a fini par céder à ce qui semble être le dessin ultime, tellement ultime qu’il se dénature de son identité de dessin.

L’ombre du grand chêne recouvrait sa petite assemblée posée en cercle autour de lui, tandis qu’assis sur une souche comme sur une estrade, il portait un regard doux sur chacun des élèves qui avaient fait part de leurs remarques :

- Vous avez tous raison, Vivyan était bien un dessin créé par les Ts’liches, du temps du Verrou. Ils avaient joint leurs pouvoirs pour donner vie à un dessin. Il est vrai, miss Gil’Kirtan, qu’aucun homme n’a réussi à ce jour, pas même notre Sauveur à tous, à insuffler suffisamment de complexité dans un dessin pour qu’il prenne vie. Je ne suis moi-même pas dessinateur, mais il semblerait qu’il soit impossible de recréer exactement tous les petits mécanismes anatomiques qui permettent à un corps de fonctionner… et encore moins à une volonté d’émerger.

Il laissa planer un silence, posant ses yeux nonchalamment sur les dessinateurs de son petit groupe. Peut-être que ses élèves pourraient demander de plus amples détails à Gwëll ou bien Lev, il était lui-même incapable de leur expliquer exactement ce que les Spires ne permettaient pas de faire.

- Toujours est-il que d’une manière que les historiens n’ont toujours pas réussi à percer, les Ts’liches créèrent Vivyan dans le but de tromper Merwyn. En effet, elle devait le faire tomber amoureux, et lui faire perdre de vue son objectif –libérer la race humaine- car elle chercha maintes fois à l’emmener, au nom de l’amour, dans un petit sanctuaire reculé, et qu’on dit hors-du-monde.

Cette version était peut-être un peu embellie depuis les décennies qui avaient suivi la véritable version, mais il n’en restait que c’était la version préférée de Duncan lui-même. C’était d’un touchant, d’une délicatesse, d’une splendeur tragique…

- Comme le dit si bien votre camarade Aequor, les versions divergent selon l’Imaginaire des gens, car peu de personnes étaient là au moment des faits.

Lui, il avait connu Vivyan, à son arrivée, il avait commencé d’apercevoir la déchéance dont parlaient les légendes, et la déchéance de Merwyn même. Personne ne savait évidemment ce qui était arrivé des deux héros, pas même ceux qui se trouvaient à l’Académie de Merwyn à cette époque-là.

- J’ai eu l’immense honneur de connaître Vivyan et Merwyn avant qu’ils ne s’évaporent tous les deux pour devenir des mythes. Une chose est vraie, et en cela, je ne puis qu’approuver Miss Calwin, c’est l’extraordinaire gentillesse et humanité qui rayonnaient chez Vivyan. Quand bien même elle commençait déjà à s’affaiblir.

Une certaine nostalgie vibrait dans sa voix quand il évoquait Vivyan. Comme tous les hommes, il l’avait trouvée belle à mourir, et si humaine qu’elle en devenait irréelle. Et comme tous les hommes, il avait été profondément touché par la détresse dans laquelle plongeait Merwyn petit à petit. Il se pencha un peu en avant, les mains sur ses genoux, et par réflexe, certains élèves se rapprochèrent de lui. Il baissa un peu la voix :

- Comme toutes les fleurs sont destinées à fâner, miss Assyndra, cette histoire était destinée à s’assombrir… Bien sûr je ne peux que vous faire part de mes spéculations. Les dessinateurs présents à cette époque vous le diront tous : Vivyan perdait ses forces, et au fur et à mesure qu’elle s’affaiblissait, Merwyn en perdit l’envie de vivre. C’est pourquoi il laissa la gestion de l’Académie à notre humble Intendant, car son attention était toute tournée vers Vivyan, et son chagrin également. Son pouvoir ne lui permettait pas de transformer Vivyan en être humain, pas plus qu’il ne pouvait lui permettre de continuer, car les Ts’liches s’étant presque éteints, ainsi s’en fut de leur pouvoir sur Vivyan, et de l’énergie qu’ils lui insufflaient.

Quant à la fin de l’histoire… et bien, pouvait-on dire qu’il y avait une fin ?

- Il y a quelques années, certains s’en souviendront peut-être, Merwyn s’est petit à petit retiré du monde, jusqu’à un beau jour disparaître, tout comme Vivyan. Nul ne sait vraiment ce qu’il en est advenu. C’est à nous tous, ici présents, de créer la légende et de leur permettre maintenant de vivre pour les siècles à venir.

Il se redressa et chassa tout ton mystérieux de sa voix :

- Bien ! En tout état de cause, pour reprendre sur un ton un peu plus gai, pour votre participation, j’attribue à Halina, Gwëll et Ichel cinq points chacune pour nous avoir livrés tant de détails fascinants et émouvants. Trois points à vous, Armaële et Solmariën, pour avoir osé confronter vos questions à l’avis de l’ensemble de la classe alors que vous n’êtes ici que depuis peu de temps.


Les points iraient très vite, à ce rythme, c’est pourquoi il ne récompensa pas tout le monde, car nul doute qu’ils sauraient en obtenir encore. Et s’il devait tenir l’attention de ses élèves à coup de points, et bien il en userait sans honte.

- C’est du cœur que j’aimerais entendre les réponses à ma question suivante, et non de votre tête, car c’est une histoire qui nous touche tous, et à laquelle nous sommes tous sensibles, nous qui avons été acceptés dans cette Académie crée par altruisme par Merwyn. Est-il possible qu’au final, les Ts’liches aient finalement atteint leur objectif ? Avec Vivyan, ils souhaitaient détourner Merwyn du monde, et l’entrainer dans des abysses de misère et de chagrin. Et maintenant, même si l’Empire dans lequel nous vivons n’existerait pas sans lui, Merwyn Ril’ Avalon nous a quittés, emporté par l’amour. Sommes-nous en droit de lui en vouloir ? Peut-on le haïr, parce qu’il a perdu son âme dans un amour impossible, alors que de la puissance de son don et de son engagement dépendaient le bonheur d’un peuple entier ? C’est vos sentiments et ceux de vos enfants après vous qui donneront à la légende de Merwyn Ril’ Avalon la couleur de ces feuilles d’or, ou bien la noirceur des branches qui les supportent.



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"“Je manquais de mémoire - plus encore de l'habitude d'une mémoire
qui fut prégnante, à cran et à croc, apte à extravaser dans ma gorge,
pour salive, le sang des moments vécus ensembles."


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MessageSujet: Re: Cours de légendes : une promenade au fil des histoires [Terminé]   Lun 6 Fév 2012 - 0:01

Astragal aimait ce que devenait sa vie.
Cette simple phrase semble même insuffisante pour décrire le bonheur et la paix qu'il trouvait petit à petit dans le carcan de l'Académie.
La proximité des Teylus, sa famille d'adoption, toute pleine de douceur et de curiosité, l'emplissait de joie. Pour la première fois de sa vie, il se sentait profondément accepté par les siens, pour ce qu'il était.
Aucune des demoiselles n'avait jusqu'ici percé ses secrets, même si ça représentait ses plus grandes craintes. A vrai dire, profondément fille par nature, il avait réussi à s'intégrer avec elles spontanément. On excusait volontiers sa carrure et sa machoire, dès qu'il avouait avoir des origines Thüles, quant au reste... certaines se moquaient déjà gentiment de sa coquetterie, ou de certaines de ses priorités fantasques.
De la joyeuse bande de Teylus, il était parvenu à sympatiser avec Einar, et avec Halina, même si leurs rapports étaient encore loin d'une profonde amitié.
Il avait été convié par le groupe à un cours de légende, et avait sauté sur le prétexte pour sécher le pseudo entrainement quotidien.
Comme la plupart des Thüls, il connaissait certaines histoires, les plus tribales, en quelque sorte, et devait parfois se retenir de rire devant l'ignorance de certains face à ceux que son clan reconnaissait comme « les plus grands héros ». Bien sûr, il avait entendu parler de Merwyn Ril' Avalon. Il l'imaginait facilement, très grand, très fort, avec un visage d'Apollon, et les bras sculpté. Assurément, un dessinateur aussi talentueux devait compter parmi les plus beaux hommes, les mieux taillés pour le rêve. Il lui accordait une aura dorée et brillante, et ce regard tendre et froid de statues.
Aussi, quand le professeur attira leur attention sur un arbre, il se sentit étrangement en décalage. Ses grands yeux clairs scrutèrent Duncan Cil' Eternit.
Astragal n'avait pas connu d'intellectuels, ceux qui s'en rapprochaient le plus étaient les itinérants austères qui alignaient les colonnes de chiffres et les arabesques; aussi son esprit s'était-il fait une image quasi monacale des gens de culture. Le professeur n'y collait qu'à moitié; certes, le gris délicat des tempes y était, on pouvait deviner dans sa peau une forme de mimétisme avec le papier. Peut-être avait-il rêvé, cet homme, d'être un caractère sur une légende tragique; un héros de toile sur lequel on poserait les yeux encore et encore pour rêver.
Il y avait quelque chose, dans ses yeux, dans les coins relevés de sa bouche qui le laissaient entendre. Quelque chose du rêveur. Ca aparaissait quand il parlait. Et puis, quand il était à part lui, ça s'éloignait brusquement. La flamme était partie des yeux noire.
Et comme au cercle, quelque chose de magique se produisit.

Les élèves s'enflammèrent.
Chacun avait son bout d'histoire, sa version, ses corrections à apporter. Certaines crépitaient d'envie de partager – cette demoiselle qui rougissait à l'idée de croire à un bel amour; puis plus tard une autre, qui parlait de Vivyane comme d'une vieille amie. Quelques autres, encore, laissaient leur voix s'attarder sur le pouvoir. Astragal, lui, était parti, brazier, profondément en lui-même, qu'il identifiait également dans unedeskaelemsquidevaitsansdouteêtretrèsflippanteend'autrescirconstances.
Astragal était parti au pays de ses rêves, où les Ts'lichoses fantastiques et intemporels créaient la vie et les femmes si belles que même les statues légendaires en tombaient amoureux.

Un frisson le saisissait, vertigineux, en imaginant ce que c'était, non pas pour Merwyn, mais pour Vivyan de sentir sa force et son être se disloquer.
Présomptueusement, il se sentait profondément en phase avec ce personnage créé de toute pièce, qui échappait au contrôle de ses parents.
Duncan reprit la parole, et l'attention du groupe, devenu plus compact autour de lui. Sa manière d'évoquer était celle des conteurs, mais c'est au moment où il évoqua le dessin et l'impossibilité, même pour le plus grand génie terrestre de poursuivre le miracle que sa vue se brouilla de larmes.
A la dernière question, l'adolescent laissa sa voix formuler sa pensée sans chercher à la moduler au préalable. Il savait qu'il n'avait pas énormément d'aura, et sa timidité naturelle l'empêchait de parler très haut; aussi n'espérait-il pas vraiment être entendu, ou faire rebondir le débat.

-C'est un homme; et les hommes partent. Les hommes comprendront Merwyn. Il est parti combattre, aimer; comme ils partent tous un jour, indéfiniment. Ceux qui ne sont pas des hommes mais se chargeront de l'aimer, parce qu'il est parti pour une femme, et que toutes les femmes voudraient être le départ de quelque chose. Et ceux qui rêvent noirciront ses ennemis plutôt que lui; parce qu'il préfèreraient mourir de rêver plutôt que de vieillesse. On avait tout en main pour se sauver nous même, non?


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MessageSujet: Re: Cours de légendes : une promenade au fil des histoires [Terminé]   Lun 6 Fév 2012 - 18:11

Des mots si beaux et extraordinaires, porteurs d'une aura d'harmonie et de légende... Des mots qui sonnaient vrais.
Armaële, attentive au moindre mot de ses camarades, enviant secrètement leur savoir, se sentait transportée loin, très loin... Au temps où le fabuleux Dessinateur qu'était Merwyn n'était pas encore une légende, à quelques dizaines d'années d'aujourd'hui lorsque Vivyan, dessin proche de la perfection, crée par les Ts'lich dans l'unique but d'asservir celui qui devrait être son amant, se libérait de ses chaînes pour s'offrir pleinement à un amour plus fort que tout...
Un étrange sentiment pulsait en elle. Une forme de fascination et de respect. Comment une histoire si merveilleuse pouvait s'être réellement passée ? Comment deux personnes aussi bonnes qui Vivyan et Merwyn avaient-elles pu exister ? Et surtout, comment leur amour, sentiment bien abstrait dont on chantait les louanges, avait-il put être le seul vecteur de cet exploit jamais égalé ?
Des tas de questions qui se bousculaient et esquissaient un visage dans la mémoire d'Armaële. Les traits sereins d'un vieux mendiant qui la regardait en souriant, lui montrant les étoiles de sa main ridée, penché au-dessus de son épaule pour regarder les lettres qu'elle traçait d'une main tremblante... Un instant, les traits du professeur de légende s'estompèrent, laissant place au visage bien connu de son vieil ami. Puis, presque aussi rapidement que l'étrange sensation était venue, elle s'estompa.

Un silence quasi-religieux accueillit les derniers mots du maître. Ses yeux s'attardèrent sur chacun des visages attentifs pour revenir finalement à l'immense chêne qui se balançait doucement dans le vent. Armaële suivit le regard du professeur et contempla une nouvelle fois l'arbre majestueux et se larges ramures. Un élève prit la parole à côté d'elle et ses mots résonnèrent un moment avant qu'elle n'osa à son tour prendre la parole, d'une voix un peu tremblante :


- Je pense que les Ts'lich n'ont pas atteint leur but. C'est vrai, Merwyn a bien été ensorcelé par le merveilleux dessin qui devait signer sa fin. C'est vrai, il en est tombé amoureux et a sombré peu à peu après la disparition de Vivyan. Et surtout, c'est auusi vrai que Merwyn a bel et bien disparu. Pourtant, il a tout de même réussi à détruire le verrou Ts'lich et a ramener l'ordre là où il n'y avait plus que chaos. Je ne connais rien à l'art du Dessin, mais je crois que c'est bien lui qui nous a sauvé.

Une pause. Le temps de reprendre son souffle et de continuer, en ignorant les dizaines de regard posés sur elle.

- On ne peut pas prédire ce qui ne s'est pas passé, pourtant, je ne pense pas que les hommes auraient réussir à éradiquer leurs ennemis si facilement s'il n'avait pas été là, peut-être même qu'il n'aurait pas réussi du tout. Si Merwyn est apparu à ce moment là, c'est parce qu'il le fallait. Et même s'il est tombé dans le piège tendu par les Ts'lich, même s'il a fait des erreurs, il est tout de même notre sauveur. Après tout, ce n'était qu'un homme...

Elle se tut. Cette fois pour de bon, écoutant ses camarades avec plus d'attention que jamais.




[Vraiment génial comme cours !]


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Capter l'écho de la vie dans le poids des choses. Voir ce qui échappe à l'oeil sur les bords de la vie et ouvrir son âme à la lumière des êtres.

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MessageSujet: Re: Cours de légendes : une promenade au fil des histoires [Terminé]   Lun 6 Fév 2012 - 19:03

Après sa courte intervention, Attalys s'était contentée d'écouter les autres élèves, avides des questions et commentaires dispensés. Comme tout le monde, elle connaissait le célèbre Dessinateur qui avait donné son nom à l'Académie ainsi que l'amour qui l'unissait à Vivyan, mais elle ignorait le reste, qui lui semblait à la fois fabuleux et un peu irréaliste ; mais n'était-ce pas le propre de toute légende ? Cependant, elle était surtout profondément impressionnée par l'essence même de la jeune femme mythique. L'Art du Dessin pouvait-il se révéler si puissant qu'il modifiait la nature des êtres en créant ainsi des individus qu'on aurait presque pu qualifier d’humains ? Cela lui offrait des horizons nouveaux dont elle n'aurait jamais osé rêver, et elle était heureuse de se rapprocher ainsi de son Don.

Elle avait profité de l'agitation générale pour se rapprocher discrètement du chêne et se tenait à présent adossée à son tronc rugueux, les yeux fixés sur l'enseignant qui paraissait osciller entre la joie et la surprise devant la participation et les connaissances des étudiants. Cependant, lorsqu'il leva la main d'un geste emprunt d'autorité, le silence se fit instantanément. Il laissa courir son regard sur l'assemblée, un regard grave et doux, puis prit la parole d'une voix posée. Ses mots restèrent gravés à jamais dans le coeur de la jeune fille. Des mots si beaux, si émouvants, qu'elle sentit une lumière infinie se répandre dans son âme. Combien de temps dura son discours ? Quelques minutes ou plusieurs siècles ? Quand il se tut enfin, Attalys eut la curieuse impression d'avoir vieilli de mille ans tout en ayant retrouvé le chemin débordant d'amour et d'innocence de l'enfance.
Apaisée.

Un étrange jeune homme roux dit quelque chose et, si elle n'écouta pas vraiment, tout à son extraordinaire découverte, elle ressentit qu'une formidable aura d'harmonie se dégageait de ses phrases. Elles sonnaient justes. Elles sonnaient vraies.
Puis ce fut une autre fille qui ouvrit la bouche, et la jeune femme reconnut avec stupeur la noctambule qu'elle avait rencontré sur les toits de l'Académie quelque temps plus tôt. Mais, déjà, celle-ci avait terminé son monologue, et un silence chargé d'émotion s’abattit sur les lieux. Attalys le laissa durer plusieurs secondes avant de se décoller de l'arbre. Elle n'avait pas prévu ce qu'elle allait déclarer, mais les mots qui sortirent de sa bouche lui semblèrent si naturels qu'elle ne les retint pas.


- Je ne pense pas, moi non plus, que les T'sliches aient véritablement atteint leur objectif. Si Merwyn est tombé follement amoureux de la belle Vivyan, cela s'est révélé réciproque, et je ne crois pas les T'sliches aient prévu ce sentiment de la part de leur création. Par cet amour, Merwyn a prouvé qu'il était un homme, et a ainsi rendu Vivyan humaine elle-aussi. Certes, sa disparition l'a accablé, mais je ne pense qu'elle l'ait véritablement privé de son âme. En se volatilisant à son tour, il a tout simplement fait un choix, préférant l'amour au devoir, le coeur à l'honneur. Et c'est ce choix, le rendant encore plus humain si c'était possible, qui a fait que les T'sliches n'ont pas atteint leur but. Car, en disparaissant de son plein gré, Merwyn a ôté la possibilité à ceux-ci de le retrouver et, par conséquent, de l'affaiblir davantage. Je crois, moi, qu'il est toujours quelque part, à veiller sur Gwendalavir, et je suis sûre qu'il a trouvé un moyen de vivre avec sa belle, comme je suis sûre qu'il s'assure toujours du bonheur de son peuple, où qu'il soit, quoi qu'il fasse.


Elle se tut. Une fraction de seconde.


- Nous ne sommes pas en droit de lui en vouloir parce que, en choisissant l'amour, il a simplement prouvé qu'il était un homme, comme n'importe lequel d'entre nous.

Elle reprit lentement sa respiration en défiant les élèves d'un regard chargé de la puissance des certitudes. Heureuse d'avoir pu faire valoir son opinion.



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La Brute Marchombre
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MessageSujet: Re: Cours de légendes : une promenade au fil des histoires [Terminé]   Lun 6 Fév 2012 - 19:41

Le professeur reprit la parole après l'intervention d'Ichel. Le silence s'installa peu à peu dans le parc, ou en tout cas chez les élèves. Seuls les oiseau, le vent et les arbres parlaient. Il semblait à la marchombre que eux aussi voulaient participer au débat, que eux aussi voulaient offrir leurs pensées ou, plutôt leurs souvenirs du couple et de leur histoire hors du commun. Il était vrai que qui, mieux que la nature, pouvait raconter l'histoire de Merwyn Ril'Avalon et de Vivyan Ril'Lake ? Elle était là depuis des millénaires même plus et avait observé de loin toutes les histoires qu'on lui offrait généreusement. Elle était là, silencieuse, à guetter la seule chose qu'elle pouvait faire afin de se distraire. Ecouter. Elle était la définition même de la sagesse, sinon pourquoi dirait-on des grand arbres qu'ils sont sages ? Pourquoi se donner la peine de personnifier la nature si ce n'était pas la réalité ? Peut-être qu'Ichel était restée dans son monde, peut-être qu'elle était naïve au point de croire aux pensées de la nature, à ses murmures, mais elle savait écouter le vent. Elle savait le comprendre et elle aimait les vagues murmures émits par les brises et rafales.
Le silence. Tous les élèves étaient pendus aux lèvres de Sir Cil'Eternit. Ichel se souvenait du premier cours qu'elle avait eu avec lui. Celui d'aujourd'hui n'avait rien de comparable aux autres. Le premier auquel elle avait assisté était fade comparé à celui ci. Il était sans couleurs. Elle-même s'était vite égaré dans le cours de ses pensées, elle n'avait pas réellement suivit et ne se souvenait même plus du sujet. Pourtant, elle appréciait le cours en lui même et le professeur était loin d'être mauvais. Mais en comparaison avec les autres fois, cette matinée était particulièrement calme. Personne n'osait interrompre le professeur dans ses paroles que la plupart des élèves buvaient. Elle y compris. La fatigue qu'elle avait ressentie peu avant s'était évaporée et elle n'avait plus souvenirs de l'avoir eu. Elle était captivée par la légende. Les yeux rivés sur le professeur, elle ne remarquait plus les autres élèves comme si le temps s'était brusquement stoppé.

Les autres élèves disaient vrais, chacun à leur manière, mais chaque version, chaque propos venaient renforcer se que les précédents avaient dit. Cil'Eternit acquiesça à toutes les remarques. La disparition de Merwyn et Vivyan. Comment ne pas s'en souvenir ? Cela avait ébranlé l'Académie. Ichel venait à peine d'arriver, de s'être inscrite à l'Académie que quelques mois plus tard, le grand dessinateur avait soudainement disparu. Les occupants de sa création en avaient été bouleversés. Même Ichel qui ne l'avait jamais connu. D'un autre côté, elle avait l'impression que sa présence planait au-dessus de l'Académie, qu'il continuait à veiller sur ses chers élèves et professeurs. Elle ressentait presque sa présence à côté d'elle lorsqu'elle s'entraînait, même lorsqu'elle arpentait les couloirs. Elle ne savait pas se qu'il en était pour les autre, mais elle, elle avait presque l'impression que le couple n'était pas parti, qu'ils étaient toujours là sans vraiment l'être. Qu'ils étaient dans leurs appartements à rire et à danser. Encore et toujours.

La question du professeur ramena Ichel à la réalité. Elle s'était perdue dans ses pensées et ses réflexions, mais les paroles de Sir Cil'Eternit lui semblaient ridicules. Plusieurs élèves émirent leurs idées, mais à présent c'était à Ichel. Elle ne pouvait pas rester là les bras croisés et les lèvres closes.


- Excusez-moi, mais votre question est réellement ridicule et vide de sens. Comment peut-t-on prétendre en vouloir ne serait-ce qu'un peu à Merwyn Ril'Avalon, au grand dessinateur qu'il était alors qu'il nous a sauvé de l'âge de mort ? Et puis, il n'a pas été emporté par l'amour, il a été guidé par lui. Dans toutes ses actions, lorsqu'il a sauvé l'Empire comme lorsqu'il nous a quitté.

Elle se tut un instant. Comment pouvait-on lui en vouloir. Il avait tout fait pour eux, il était leur protecteur, leur héros, leur directeur, leur ami. Il les avaient tant aidé.


- Après tout, ne pourrait-il pas lui aussi avoir ses vacances ?! Je pense qu'il les a mérité plus que nous tous réunis. Il a mérité de se reposer. Et puis... le bonheur d'un peuple entier. Qu'est-ce que cela peut bien vouloir dire... A mes yeux, rien du tout. Le bonheur on le construit nous même. Ce n'est pas Merwyn qui travail à notre place, ce sont nos mains qui font notre bonheur. Mais surtout n'oubliez pas que... qu'il ne nous a pas laissé seuls. Il nous a offert l'Académie, un lieu où l'on peut devenir se que l'on veut et ça, ce n'est pas rien.

Elle se replongea dans ses pensées croyant en avoir fini. Non. Il lui restait une dernière chose à dire. La plus importante, celle qui prouvait à l'Empire entier sa grandeur inégalable.

- Les Ts'Liches ont échoué, leur médiocre tentative aura été vaine. Merwyn n'a pas perdu son âme, il l'a offerte à son aimée.




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MessageSujet: Re: Cours de légendes : une promenade au fil des histoires [Terminé]   Lun 6 Fév 2012 - 20:11

La jeune fille avait écouté les remarques et questions de ses condisciples sans pour autant ajouter ses réflexions intérieures au débat qui allait bon train. Les réponses qu'elle souhaitait obtenir arriveraient tôt ou tard et il était inutile de bloquer l’échange intéressant en si bon chemin pour quelques interrogations sans doute futiles. Les interventions fusaient de toute part et c’était vraiment revigorant pour elle de suivre à nouveau un cours dispensé à plus d'un élève à la fois! Il est vrai qu'elle avait appris plus rapidement avec un précepteur que lorsqu'elle suivait les cours normalement, il n’empêche que discuter entre élève formait aussi à la réflexion et même enseignait subtilement l'art du débat et faisait approcher les esprits des méandres subtils souvent incompris de l'art verbal que représente l’éloquence... Et ce côté mis à part, c’était quand même plus gai de suivre le cours à plusieurs!

Le professeur Cil'Eternit prit le temps de répondre à chacun et compléta lui-même les données de tous. Il parlait de manière posée et expressive. Il fallait dire aussi que l'homme avait réellement connu les deux légendes dont il s’était fait le devoir de leur narrer la vie ce jour-ci, dans le parc. Il les avait côtoyé _ peut-être longuement, Sol' l'ignorait _ pendant ses années de professorat à l'académie, leur avait parlé sans doute quotidiennement et ils avaient dû partager de nombreux moments dans le cadre de ce projet éducatif à grande échelle qui était né un beau matin dans l'esprit du plus puissant et plus altruiste de tous les dessinateurs!... C’était d'ailleurs probablement pour ses raisons que Sir Cil'Eternit avait soudain tourné la discution vers un point de vue plus personnel et sentimental...


- C’est du cœur que j’aimerais entendre les réponses à ma question suivante, et non de votre tête, car c’est une histoire qui nous touche tous, et à laquelle nous sommes tous sensibles, nous qui avons été acceptés dans cette Académie créée par altruisme par Merwyn. Est-il possible qu’au final, les Ts’liches aient finalement atteint leur objectif ? Avec Vivyan, ils souhaitaient détourner Merwyn du monde, et l’entrainer dans des abysses de misère et de chagrin. Et maintenant, même si l’Empire dans lequel nous vivons n’existerait pas sans lui, Merwyn Ril’ Avalon nous a quittés, emporté par l’amour. Sommes-nous en droit de lui en vouloir ? Peut-on le haïr, parce qu’il a perdu son âme dans un amour impossible, alors que de la puissance de son don et de son engagement dépendaient le bonheur d’un peuple entier ? C’est vos sentiments et ceux de vos enfants après vous qui donneront à la légende de Merwyn Ril’ Avalon la couleur de ces feuilles d’or, ou bien la noirceur des branches qui les supportent.

La question, posée de la même voix douce et captivante, sur le même ton de conteur qui paraissait si naturel à l'homme de lettre, retint une fois de plus son attention. Grande question, belle et si bien posée... Divers élèves s’étaient essayés à l'exercice et avaient livré leurs pensées. Si celles-ci divergeaient sur certains points, il était une évidence pour tous visiblement que Merwyn avait été exemplaire jusqu'au tout dernier moment et que s'il s’était effectivement retiré des affaires de l'Empire, personne n’était en droit de lui en vouloir ni de lui demander des comptes. Elle se contenta d’acquiescer silencieusement aux diverses prises de parole des étudiants. Pour finir ses propres pensées se matérialisèrent dans son esprit et la demoiselle entendit curieusement une voix ressemblant à la sienne s’élever dans le silence quasi religieux qui dominait l'assistance...

- Il est possible que les Ts'liches aient vraiment atteint leur objectif initial. Mais ce qu'elles n'avaient pas dû prévoir, c'est que grâce ou à cause de la tournure qu'ont pris les événements de ces dernières décennies, ce but ne leur serait plus d'aucune utilité. Peut-être que Merwyn nous a en quelque sorte abandonné – bien que moi, je ne sois pas de cet avis – mais en cela il s'est un peu conduit comme un père aux yeux de tous les humains. Il n'est pas parti n'importe quand ni n'importe comment. Il nous a quitté quand l'empire était prêt à supporter son départ et à vivre sans son idole, son guide, son champion. Comme un père aurait encouragé ses enfants à voler de leurs propres ailes. Il est parti pour Vivyan, c'est vrai. Il a choisi l'amour plutôt que le devoir. Personnellement, j'aurais fait pareil sans hésiter! Et puis... il n'aurait pas pu faire d'autre choix. Merwyn nous a tous appris à croire en nous, en notre force personnelle à chacun de nous comme en celle encore plus forte et formidable que nous pouvons créer ensemble en nous alliant. Il nous a transmis le respect de tous et de tout les peuples. Le respect et l'amour. Comment aurait-il pu alors choisir le devoir plutôt que l'amour? Cela aurait été la plus grande des trahisons à mes yeux, car il se serait trahis lui-même, à mon sens.

Elle reprit son souffle. Waouh! Elle ne s’était pas rendue compte sur le moment qu'elle avait pris la parole et restait éberluée d'avoir autant parlé en une seule fois, devant tout le monde alors qu'elle ne connaissait encore presque personne.

- Il devait rester cohérent avec ce qui lui dictaient son âme et son cœur. Son œuvre est achevée et si Vivyan et lui manquent sans aucun doute cruellement à ses amis le monde n'avait plus réellement besoin d'eux pour avancer. Ils ont donnés leurs vies, sacrifier leur bonheur, le temps précieux qu'ils avaient à passer ensemble, tout ça pour nous. Pour l'empire, et surtout nous, la nouvelle génération. La preuve en est, sa plus belle création philosophique est sans nulle doute cette académie, même si elle n'est pas la plus jolie à regarder... Le temps était venu que nous le, que nous les laissions s'en aller. Vivre ensemble. Que ce soit sur cette terre-ci comme certaines rumeurs le laisse entendre, ou dans nos esprits pour l’éternité, comme ils auraient toujours dû vivre.
Il n'est jamais vraiment parti. Je veux dire, Merwyn n'a pas disparu, il vit en chacun de nous, qui nous souvenons de lui et de son histoire...


Elle réalisa soudain que durant tout son discours, elle avait asséné ses idées comme des évidences alors que finalement, elles ne représentaient que son avis personnel... Solmariën s'empressa alors d'ajouter cette précision :

- Enfin... ce n'est que mon interprétation et ce que j'ai pu comprendre des bribes de leur histoire que j'ai pu recueillir jusqu'aujourd'hui...

Elle rougit, soudainement terriblement troublée et gênée. Pour se donner une contenance, elle passa une main dans ses boucles folles et jeta un regard circulaire à l’assemblée. Avait-elle eut raison de participer de la sorte?... Le temps le lui dirait.


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Chemin troublé et pourtant route claire
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Une vie


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MessageSujet: Re: Cours de légendes : une promenade au fil des histoires [Terminé]   Lun 6 Fév 2012 - 21:52

Le temps était venu d’aller hanter d’autres lieux.
Un fantôme se lasse vite. Déjà, le prof de combat l’insupportait avec ses airs de grand gentil qui voulait croire en ses élèves, leur cohésion et -à voir- un futur parfais. Un niai en chef. Alors elle voletait, d’un couloir à l’autre, d’une connerie à l’autre, d’un naïf à l’autre. De toutes manières, il serait bien temps, un jour, d’y revenir. Une connerie se tente autant de fois qu’on en a les moyens et les victimes.

Le cours de civi’ c’était la prochaine étape de sa liste de bêtises à faire.
Un bon prof, gentil comme tout, un peu sur la fin, avec autant de défaut qu’il n’en faut pour être risible. La victime idéale. Manquait plus qu’il soit un traumatisé de guerre ou un grand romantique dans l’âme.
I-dé-ale, vous dis-je, i-dé-ale.

Bref, Pestouille en chef rodait dans les bas couloirs de l’académie, répandant le froid sur son passage, ouvrant en grand toutes les fenêtres qui croisaient son chemin. Rien de mieux pour bien réveiller tout les couche-tard.
Puis, ouvrant en grand les deux battants de la porte principale, elle s’aventura dans les jardins, cherchant où se cacher pour soigner son apparition au cours de civi’. Rien de bien merveilleux, certes, il y avait quelques arbres, pas trop loin, mais ça, elle avait déjà donné, et hors de question de refaire tant de fois le même tour en si peu de temps.
Donc, tant pis pour l’entrée, elle ferait comme tous les autres, cette fois.

Elle patienta, un peu à l’écart, qu’ils s’installent tous et que le professeur ne donne les explications -elle n’allait quand même pas arriver à l’heure, tout de même, un peu de logique Arrow- puis se joignit au groupe.

Vyviane et Merwyn.
Une histoire débile et à l’eau de rose, une. Et ‘‘je t’aime’’ et ‘‘moi aussi’’ ! Ralala, aucune inventivité. Que du cliché, que du cliché.
Et les élèves, pas mieux.
Les sentiments, tous les mêmes, pas une once d’originalité. Et ça se dit sentimental. Rah, j’vous jure. Toujours les mêmes, les émotions, tant lavées et relavées qu’elles en finissent délavées. Et rebattues et rebattues, tant et tant qu’on finit même par se demander si c’est la vérité ou bien seulement le même refrain que l’on passe en boucle par simple esprit grégaire.

Merwyn était bon. Merwyn était grand. Merwyn a fait le bon choix.
Beurk, beurk, beurk. Ramassis d’inepties. Niai à en vomir.


Ce que vous ne savez pas, c’est qu’en fait, les Ts’liches ont vaincu. Tous autant qu’ils sont. Vyviane était bien un dessin, un magnifique dessin, parfaitement réalisé, et qui a fonctionné comme sur des roulettes. Car Merwyn, tout à sa crédulité, s’est fait avoir, elle a bien réussi à le mener du coté obscur. Dans ce petit sanctuaire, là, dont vous avez parlé. Oui, elle l’y a bien emmené. Et elle a triomphé. Car Merwyn s’y est plus. Ce n’est pas qu’il a disparu, comme vous le pensez, bande de crédules, c’est que lui, ce grand génie, l’a trouvé bien mieux que notre vieux monde. Il y avait tellement plus ! Et puis, pas de devoirs, pour lui, il n’était pas plus pas moins que le seul à y vivre, donc personne d’ingrat à sauver...


Elle jubilait, elle adorait, casser les mythes, voir les étincelles s’éteindre dans les regards.

... oui, la belle vie. Alors, il a fait croire qu’il se mourrait, tout à sa joie de tous vous berner. Et il y retournait. Souvent. Alors que tout le beau monde le croyait à tel projet immense, à telle idée merveilleuse, lui coulait des jours paisibles, loin de vos merdes de la vie réelle. Et petit à petit, tout le monde s’y est pris. ‘Merwyn s’éteignait’. La fin était proche ? Oui, vous alliez tous crever, bande de dépendants. Sans son génie, sans son aide précieuse, vous étiez destinés à vous éteindre, un par un, tués par vous même. Alors, il a écrit, lui même, cette histoire, ce compte pour enfants, publié discrètement sous un faux nom. Insidieusement, il laissait une trace positive de son passage. De la propagande, oui. Dès la jeunesse, on vous apprend que le grand chevalier qui nous a tous sauvé est mort, tristement.
Mais il nous a trahis. Et vous croyez tous à ces balivernes. Comme les abrutis qu’il attendait que vous soyiez.


Les étincelles lyriques s’étaient éteintes. C’était sûr, ce qu’elle racontait était impossible, mais si c’était la vérité ? Si c’était juste un énorme mensonge ? Alors, on doutait, de tout, de son nom même.
Ah, tout ce beau monde si bien désabusé, quelle vision juste merveilleuse...

[si un quelconque problème, dites moi et j'édite]


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MessageSujet: Re: Cours de légendes : une promenade au fil des histoires [Terminé]   Mar 7 Fév 2012 - 18:38

Fascination. Respect. Deux mots qu'elle venait de redécouvrir. Fascination pour cette histoire étonnante, respect envers ses deux protagonistes. Un mélange de compassion, d'admiration et de compréhension.
Attalys avait toujours aimé l'histoire, cette impression de frôler la frontière entre le passé et le présent, le réel et l'imaginaire, mais jamais il ne lui avait semblé en être si proche qu'à cet instant, furtif moment d'éternité volé à une seconde d'absolue, et elle avait pleinement conscience d'assister à l'un des cours les plus captivants de tous les temps.
Elle était redevenue la fillette subjuguée par les récits que sa mère lui prodiguait d'une voix sereine, emportée dans un tourbillon de couleurs et de mots.

Oui, ce prof' avait décidément tout du conteur. Les pauses qu'il ménageait entre chaque phrase, les silences chargés d'interrogations muettes, les questionnements sous-entendus. Et les élèves, transportés dans un Empire déchiré par la guerre et le désespoir, assistaient, bouche bée, à cette formidable épopée qui contenait les ingrédients du succès : un peu d'aventure et beaucoup d'amour. Avec, à la fin, un héros qui disparaît, happé par sa passion et la force des rêves.
Ceux-ci se confiaient ensuite, tour à tour, hésitants ou convaincus, désireux de partager leurs sentiments sur cette fabuleuse légende. Sentiments qui se rejoignaient tous à peu près, comme elle avait pu le constater.

C'est alors qu'apparut cette fille. Comme jaillie de nulle part, elle déclara d'un ton narquois et nasillard que Merwyn était en fait un beau menteur et qu'il les avait tous mené en bateau. Pourquoi pas ? Il s'agissait d'une version pour le moins originale et, par la-même, tout à fait intéressante. Et puis, elle avait tout à fait le droit d'exprimer son opinion. Bien que la pilule soit plutôt délicate à avaler...
Cependant, en surprenant un sourire vaguement méprisant effleurer ses lèvres, la jeune femme fronça les sourcils. Elle jeta un bref regard au Sir Cil'Eternit puis laissa échapper, une lueur gentiment moqueuse scintillant au fond de ses yeux émeraude :


- Voici en effet un point de vue plutôt intéressant, et nettement plus original que tout ce que nous avons entendu jusqu'à présent. Vivyan une marionnette sans état d'âme et Merwyn une sorte d'hypocrite complètement centré sur lui-même. Quant aux Ts'liches, ils seraient donc beaucoup plus fins que ce nous aurions pu imaginer. Cependant, peut-on vraiment affirmer que le mythique Dessinateur nous ait abandonnés alors que ces derniers ne sont plus qu'une petite dizaine retirée au fin fond de leurs mystérieuses contrées ?

[désolée, j'ai pas pu résister... si ça embête, je peux éditer ou même supprimer^^]


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MessageSujet: Re: Cours de légendes : une promenade au fil des histoires [Terminé]   Mer 8 Fév 2012 - 20:03

La nouvelle venue, fièrement campée sur ses pieds, les toisait d'un air narquois. Un petit sourire moqueur flottait sur ses lèvres et quand elle parla, d'une voix forte et claire, ses yeux se chargèrent d'un mépris mal dissimulé. Quand elle termina sa tirade, elle redressa la tête avec suffisance en promenant un regard satisfait sur l'assemblée d'élèves qui l'écoutaient, pour la grande majorité, avec étonnement.
Ce monologue, Armaële l'avait écouté avec un étrange détachement et quand une nouvelle voix s'éleva, troublant le lourd silence qui s'était installé, elle osa enfin tourner le tête vers le professeur. Celui-ci regardait l'étrange élève qui venait de s'exprimer, un air vaguement intrigué sur le visage. Il ne reporta son regard sur l'Aequor qui parlait que lorsque la nouvelle le fixa avec défiance.


- Voici en effet un point de vue plutôt intéressant, et nettement plus original que tout ce que nous avons entendu jusqu'à présent. Vivyan une marionnette sans état d'âme et Merwyn une sorte d'hypocrite complètement centré sur lui-même. Quant aux Ts'liches, ils seraient donc beaucoup plus fins que ce nous aurions pu imaginer. Cependant, peut-on vraiment affirmer que le mythique Dessinateur nous ait abandonnés alors que ces derniers ne sont plus qu'une petite dizaine retirée au fin fond de leurs mystérieuses contrées ?

Les mots de l'élève résonnèrent étrangement en Armaële et quand le silence revint, seulement troublé par le sifflement du vent dans les feuilles du chêne, elle baissa la tête, observant distraitement les brins d'herbes piqué de fleurs pâles. Lorsqu'elle la releva, ce fut pour prendre la parole à son tour :

- Je suis d'accord avec... -bref coup d'œil en direction de l'Aequor – … Attalys. Certes, les légendes sont toujours enjolivées et il y a sans doute une part de vérité dans ce qu'a dit l'élève. Pourtant, elles se basent toujours sur un fond réel et il suffit de regarder la situation de l'empire pour s'en rendre compte aujourd'hui. Certes, tout ne va pas pour le mieux. Certes, Merwyn a disparu. Mais les Tsh'lich ont quasiment disparu et se terrent dans un endroit connu d'eux seul, les hommes ne sont plus leurs esclaves et bien que la situation soit encore fragile, elle a retrouvé un semblant d'équilibre. Je suis d'accord avec Attalys. C'est Merwyn qui a gagné.

Silence. Armaële sourit à l'Aequor qui la contemplait.



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Capter l'écho de la vie dans le poids des choses. Voir ce qui échappe à l'oeil sur les bords de la vie et ouvrir son âme à la lumière des êtres.

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MessageSujet: Re: Cours de légendes : une promenade au fil des histoires [Terminé]   Ven 10 Fév 2012 - 12:22

Le débat commençait à devenir très intéressant. Lev regardait tour à tour les élèves qui prenaient la parole, s’attardant sur leurs traits, sur cette manière particulière qu’avait chacun de s’approprier l’histoire et les mots. Puis il passait au suivant, aussi vif et aussi sérieux qu’un chat devant un canari. Pas de distinction. Tout le monde était intéressant. Peut-être Einar l’était-il un peu plus, avec sa voix un peu tremblante, et cette Gwëll qui bafouillait sur les mots, ou alors cette Teylus qui se tenait, bravache, devant tout le monde et réfutait tout en bloc pour mieux détruire le mythe. Il y avait un peu de Shawna et de Lev dans cette petite, c’était certain.

Lev se prit au jeu, finalement, et de réfléchir aux causes, conséquences et autres métaphores d’esprit concernant le but principal, secondaire, définitif de ce que les Ts’liches avaient accomplis. Son visage devint pensif alors qu’il s’attardait sur le visage d’Einar, sans vraiment le voir, cherchant en lui-même ce qu’il pensait de la situation.


- Cérys a raison, même si l’on peut s’offusquer de sa manière agaçante de présenter les choses. Bien sûr que les Ts’liches ont gagnés, puisque Merwyn est partit avec sa belle pour probablement tenter la sauver. C’est un fait, une simple équation.

Il ne répondait pas avec son cœur, comme l’avait demandé le professeur, c’était évident. Mais Lev était doté d’une certaine logique, une logique très instinctive et émotionnelle qui pouvait se révéler lors de débats comme celui-ci.

Il se tourna vers la Kaelem qui avait affirmé que la question était ridicule, et afficha un sourire tordu, légèrement condescendant, tout en s’adressant directement à elle de sa voix chaude :


- Aucune question n’est ridicule. Il me semble que dans ce contexte il y ait plusieurs avis, et aucune réponse ne semble aisée à être donnée.

Il se redressa légèrement et croisa les bras, les yeux soudainement perdus dans le vague, son corps tendu bruissant d’une tension qu’il contenait par volonté, mais aussi par soucis de sécurité. Il repensa à Marlyn, souriant légèrement, et sur son visage on pouvait lire le fantôme de l’amour infini qu’il vouait à sa sœur, sa sœur qu’il cherchait depuis tant de temps. Et s’il s’avérait qu’elle n’était qu’un dessin ? Qu’une chimère de plus qui lui déchirerait l’esprit, encore et encore ? Il ne pouvait rien à cet attachement, il faisait partie de lui, comme l’amour de Merwyn faisait partie de son univers. Il y avait des personnes, comme Vyviane ou Marlyn, qui suscitaient un amour inconditionnel et indestructible, quelque chose de plus fort que le bien et le mal, mais qui poussait insidieusement sur des sentiers que la séance n’osait effleurer.

- Bien sûr que Merwyn a le droit de « prendre des vacances ». C’est justement en cela que les Ts’liches ont gagnés, leur but n’a pas été de détruire le dessinateur, mais de le rendre fou, triste, amoureux, bref de jouer sur ses sentiments. Mais qui peut juger la force d’un amour, même si les causes de celui-ci sont plus sombres que la nuit ?

Sa voix d’orateur se teintait naturellement d’un voile rêveur, envoutant la tristesse, la sublimant en paroles.

- Les Ts’liches ont gagnés cette bataille. Mais ils n’ont pas gagnés la guerre. C'est là toute la subtilité du départ de Merwyn. Bien sur qu'il est partit, mais comme l'ont dis si bien d'autres personnes, il ne nous a pas laissé démuni. Cette guerre, c'est à nous de la faire.



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J'aurais du sang sur les doigts
et l'éclat de tes yeux vides
comme antichambre au trépas
de mon âme impavide




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MessageSujet: Re: Cours de légendes : une promenade au fil des histoires [Terminé]   Ven 10 Fév 2012 - 18:33

Shaokys venait de sortir du bureau de l'intendant. Larbin et garde? Voilà ce qui l'attendait? Bah merci bien.... Non mais franchement, il y avait de pas des domestiques et des soldats payés pour ce boulot? Enfin, le jeune arnaqueur ne s'inquiétait pas trop. L'intendant lui avait demandé de participer à des cours, il n'aurait donc aucun mal à prétendre qu'il était occupé ailleurs.

Shaokys ressortit donc en compagnie des gardes.

- Allez les bons chiens de garde, on vous attends à Al-Jeit. Retournez vite réclamer le bon sususcre à votre maître.

L'un des gardes ne manqua pas de réagir. Il esquissa un geste vers le jeune arnaqueur, le poing fermé et le bras au niveau de son visage. Il fut tout de même retenu par un de ses collègues.

- Laisse tomber, il n'en vaut pas la peine.

Shaokys éclata de rire.

- Oh le méchant chien! Regarde autour de toi au lieu de montrer les dents. Y a des témoins.

Le Kaelem offrit un magnifique sourire aux soldats quand ces derniers s'éloignèrent en direction de la sortie, l'un d'eux brandissant un poing menaçant vers le jeune homme.

Une fois que les gardes furent partis, Shaokys décida de visiter son nouveau domicile. Sifflotant, il se mit les mains dans les poches en commençant sa visite par le parc. Il remarqua rapidement que tout le monde portait la même tenue. Un uniforme. Donc Shaokys ne devrait pas tarder à entendre parler des couturières afin de prendre ses mesures et lui tailler ainsi un uniforme. Le jeune arnaqueur sortit la bague que l'intendant lui avait remise quelques instants auparavant. Un superbe bijou. S'il avait moyen de la revendre, il en tirerait un bon prix mais il avait aussi remarqué que tous les élèves portaient une bague identique, mis à part la pierre. S'il était incapable de montrer la sienne, il aurait surement des problèmes. Et autant éviter que les gardes soient rappelés, car il n'était sûr d'échapper à la prison une deuxième fois. En parlant de prison, Shaokys repensa à la dernière rencontre avec son père, quand ce dernier était en partance pour sa cellule. "On est pas prêt de se revoir. Je t'ai appris tout ce que je savais alors continue ta vie. Mais fais attention, car tu risques d'être surveillé, surtout si je décide de ne pas m'éterniser en prison." Le jeune homme l'avait alors regardé, les larmes aux yeux. Il comprenait que son père comptait s'enfuir mais qu'il n'aurait que très peu de moyens de le contacter, de peur de se faire de nouveau arrêter par les gardes. Désormais, ils feraient leur vie chacun de leur côté, priant pour qu'un jour, leurs routes se recroisent à nouveau, dans une partie clandestine par exemple.

Le nouveau Kaelem fut tiré de ses rêveries par un grand cri venant d'un groupe d'élèves non loin d'un grand arbre. Shaokys décida de s'approcher. Quand il fut assez près pour qu'on le remarque, il s'humidifia le doigt et il le tendit en l'air.

-
Petite brise, dit-il. Il s'avança encore un peu. Comment un tel moulin à paroles peut fonctionner alors qu'il n'y a pas assez de vent pour faire tourner ses ailes?

Il regarda la pipelette qui avait hurlé. Elle était toute frêle. Finalement, non, ce n'était pas un moulin. En cas de grand vent, elle risquait de s'envoler. C'était pas vraiment un bon moulin s'il se barrait à chaque fois que ça soufflait. Il n'aimait pas trop son discours car bizarrement, il avait du respect pour Merwyn, même s'il ne l'avait jamais connu.

- Les Ts'Liches ont gagnés? Merde, j'étais pas au courant. Ça voudrait donc dire qu'ils sont au pouvoir?

Shaokys fit mine de réfléchir intensément avant de reprendre la parole.

- Le souci, c'est que j'ai croisé une ou deux fois l'empereur quand j'étais à Al-Jeit et il ressemble beaucoup à un humain pour un Ts'Liche. Moi, je pense plutôt que c'est bel et bien notre camp qui a gagné, sinon on serait pas tranquillement en train de se parler près d'un arbre.

Il se tourna vers le gars qui avait parlé en dernier.

- D'ailleurs, toi, t'es pas mieux. Qui te dit que Merwyn est fou? Il se cache peut-être pour se reposer tranquille, tout en surveillant les Ts'Liches et qu'il reviendra si jamais ils pointent leur face de monstre. Parfois, c'est bien plus malin de se faire oublier que de montrer à tout le monde qu'on est encore là.

Technique souvent utilisée par Shaokys et son père. "On s'en va de cette ville pour faire nos arnaques ailleurs, le temps qu'on oublie un peu nos visages et on revient dans quelques mois". Ça marchait pas mal d'ailleurs, vu que son père n'a jamais été inquiété alors qu'il "travaille" ainsi depuis près de 20 ans.

Puis, soudain, comme se rappelant qu'il venait d'arriver à l'académie, il se tourna vers celui qui était le plus vieux, et donc qui était normalement le professeur ou alors, il redoublait depuis un bout de temps.

- Moi, c'est Shaokys. Je viens d'arriver à l'académie. D'ailleurs, je sors du bureau de l'estropié qui est tout. Il m'a donné cette bague, dit-il en montrant son rubis. Je crois que je suis membre d'une maison qui s'appelle Harlem ou Karlem ou un truc dans le genre.


Oui, il était plus doué pour se souvenir des tours de passe-passe que des noms.




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La Brute Marchombre
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MessageSujet: Re: Cours de légendes : une promenade au fil des histoires [Terminé]   Ven 10 Fév 2012 - 22:47

Ichel n'en revenait pas !! Une petite écervelée venait de débarquer, de prendre la parole avec un cri à vous hérissez les poils jusque sous les oreilles et débitait des paroles insensées. Certes, la marchombre ne refusait jamais un point de vue, mais elle avait déjà vu la fillette à l'action. Elle apparaissait toujours dans le dos des gens, leur faisait des remarques qu'elle ne respectait elle-même sans doute pas ou alors ne respectait pas les pensées des autres. Une petite gamine insupportable qui n'allait pas tarder à se ramasser une claque bien envoyée. Pour qui se prenait-elle lorsqu'elle venait insulter la mémoire d'un homme tel que Merwyn ? Ichel n'était pas de ceux qui vénèrent les "héros" de la nation, mais elle possédait assez de respect pour ne pas cracher au visage de personnages comme ces deux protagonistes. La petite en revanche n'avait aucun remords. Insupportable !! Elle n'était que cela, une gamine sans gène et sans limites. Mais où étaient donc ses parents ?? Pourquoi l'Intendant avait-il accepté une élève aussi jeune, même peut-être douée, se qui étonnerait la marchombre. Elle avait l'air plus douée pour les insultes que pour autre chose. Saleté de gosse !!
Ichel s'apprêtait à répondre à l'insolante lorsqu'une autre la devança. Une aequor, d'après son uniforme. Une autre fille ne tarda pas à surenchérir. Mais... elle la connaissait, c'était... oui, c'était Armaële !! Il faudrait qu'elle aille la saluer à la fin du cours. Les deux nouvelles avaient presque traduit les pensées de la marchombre. Elle décida que c'était son tour de remettre la gosse à sa place, mais un autre élève la devança encore une fois. Décidément, elle n'était pas vraiment en forme aujourd'hui. Elle devrait peut-être se réveiller maintenant, il serait temps. Elle regarda l'élève en question et le reconnu. C'était un kaelem, mais elle ne lui avait jamais réellement parlé. Il fallait dire qu'elle n'aimait pas vraiment parler aux gens, elle préférait laisser venir. Elle attendait les opportunités au coin de sa porte et les laissait entrer lorsqu'elles se présentaient. Elle n'était pas la seule, elle doutait que la moitié des kaelems se connaissaient. Elle-même n'en connaissait peut-être qu'une seule. Ou deux. Sur le dortoir entier, cela ne faisait pas beaucoup. Tout ça pour dire qu'elle ne le connaissait pas, mais il lui semblait qu'il s'appelait Levhe... ou un truc comme ça. En tout cas, il parlait et pas qu'un peu. Il se tourna soudain vers elle et... s'adressa à elle. Ichel haussa les sourcils. Elle attendit tout de même la fin de ses longues tirades pour lui répondre. Et puis surtout attendre son avis sur le sujet, histoire de pouvoir riposter. Mais le plus étrange était qu'il venait de répéter, d'une autre manière, se qu'elle pensait. Merwyn ne les avaient pas laissé seuls. Ca, elle en était certaine, aussi vrai que son nom était Ichel Calwin. Il avait enfin fini. La kaelem ouvrit la bouche pour enfin pouvoir s'exprimer... Aaaaaaaaaaaaah !! Encore un trouble-parole qui venait la lui couper à ras les pâquerettes !! Elle poussa un énorme soupir et se força à ne pas perdre ses moyens. Rester calme, elle devait rester calme. Un jour elle arriverait à faire entendre sa voix. Dans quelques instants. Mais si une voix lui coupait encore la parole, ça allait chauffer ! Parole de Calwin !!
Elle attendait, les bras croisés, la fin des tirades du nouveau venu. Elle l'observa plus attentivement et se rendit bien vite compte qu'elle ne l'avait jamais vu à l'Académie. Un nouvel élève ou un nouveau autre chose ? Peu importait, elle écoutait. Rien ne l'empêchait toutefois de détailler l'inconnu. Il n'était pas si mal lorsqu'on oubliait son air hautain et son allure presque trop sûr de lui. Un détail troublait cependant la marchombre. L'inconnu n'avait rien d'un élève, il n'avait rien à faire ici. Elle était presque sûre qu'il n'était pas là par hasard ou plutôt par envie. Il avait l'air désintéressé et semblait ne pas réellement savoir où il se trouvait. Ecoutant vaguement ses paroles, un mot tilta tout de même à son oreille. "Harlem ou Karlem...". Tout d'abord c'était Kaelem et ensuite... il faisait parti de sa maison ?? Ca, elle ne l'avait pas vu venir. Et pourtant, elle était bonne observatrice. Elle en oublia même la remarque de son autre compagnon de dortoir. L'inconnu ne tenait étonnement pas de propos absurdes.
Ah ! C'était son moment, il ne fallait surtout pas qu'elle le rate une quatrième fois !


- Elles sont bien belles vos remarques, mais je vous signale que Merwyn n'était qu'un simple homme. Un être humain comme vous et moi. Certes, il possédait un don extraordinaire, mais il n'est pas le seul. Combien de mythes peut-on ressencer dans toute l'histoire de Gwendalavir ? Tout de même une poignée. Et puis, même si l'on perd Merwyn au change, on a gagné quelque chose que les mercenaires ou les Ts'Liches ne possèdent pas. La solidarité. Pour la plus grande majorité d'entre nous.

Ichel ne visait personne en particulier, mais elle savait que certaines personnes dans cette Académie étaient loin d'être des exemples de vie en communauté. Elle-même était la première à ne pas se mêler aux autres. Mais il fallait bien l'avouer, l'Académie renforçait les liens et ça, les mercenaires ne le posséderaient jamais.

- De toute manière, un nouvel héros ne tardera pas à sortir de l'ombre tôt ou tard.

Elle se tourna enfin vers la petite peste.

- Et toi, tu n'étais pas encore née que des gens comme Merwyn créaient un monde dans lequel tu pourrais débiter tes sottises sans pour autant perdre ta langue à chaque parole.

Si cela ne tenait qu'à elle, se serait déjà fait depuis longtemps.



[ Edit si problème(s) !! =D ]


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Marchombre
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MessageSujet: Re: Cours de légendes : une promenade au fil des histoires [Terminé]   Dim 12 Fév 2012 - 21:11

Lya avait faim, vraiment très faim. Par intermittence, son ventre faisait entendre des gargouillis peu discrets qui attiraient les regards des rares personnes qui se trouvaient dans les couloirs de l'académie. A cette heure, tous étaient en cours, et la jeune Kaelem aurait du les imiter. Sauf qu'elle avait faim et au lieu d'être en cours de Légendes, ses pas la menaient droit aux cuisines. Ce matin, la jeune femme n'avait pas pris le temps de prendre un petit déjeuner. Elle s'était réveillée trop tard, ayant passée presque toute la nuit dehors avec Clarysse, et avait rendez-vous très tôt avec la remplaçante d'Elera. Des cernes sous les yeux et le ventre vide, Lya avait assisté à un nouveau cours qui consisté à crocheter le plus de serrures possible en moins de temps possible. Et pour ne pas perdre de temps, Clarysse l'avait fait courir entre chaque porte à ouvrir, qui, par le plus pur des hasards, se trouvaient toujours aux endroits les plus opposés de l'académie. Et cette poursuite après des panneau de bois avait duré un bonne partie de la matinée. Non contente de l'avoir fait courir dans tous les sens, Clarysse lui avait demandé, poliment mais fermement, de s'occuper de Sheïna, car selon elle, Lya n'allait pas voir assez souvent sa jument. L'apprentie marchombre s'était donc exécuté, marmonnant dans sa barbe, certaine que Clarysse n'entendait pas ses murmures mais se trompant lourdement, comme le lui fit remarquer la maître d'équitation au bout de quelques instants. Elle passa donc l'heure du repas aux écuries, à bichonner sa jument avec le sourire, malgré ses précédentes protestations et la faim qui la taraudait. Lorsqu'enfin elle fut libre de partir, Lya courut jusqu'à la Grande Salle, espérant pouvoir grappiller quelques morceaux du repas de midi, mais au moment où elle arrivait, les domestiques terminaient de nettoyer les tables. Dépitée, la jeune femme décida alors qu'elle se passerait de repas, mais qu'elle avait le temps de faire un tour à la salle d'eau avant d'aller au cours de Légendes. C'est seulement lorsqu'elle fut propre et à nouveau dans les couloirs que son ventre la rappela à l'ordre. Elle avait trop faim pour ne pas manger. Sachant qu'elle arriverait en retard à son cours, Lya courait désormais vers les cuisines.

Elle y entra en trombe, s'attirant les regards désapprobateurs des apprentis du maître cuisiniers et des domestiques qui se trouva là. La jeune femme chercha des yeux Morgan, un jeune apprentis depuis quelques semaines. La première fois qu'ils s'étaient rencontrés, Lya furetait dans les cuisines à la recherche d'un morceau de pain ou d'une galette de Niam, ignorée par tout ceux qui travaillaient activement autour d'elle à la préparation du futur repas. Lui l'avait remarqué et sans qu'elle ne lui demande rien, lui avait apporté des beignets aux pommes qui restaient du précédent repas. Depuis, chaque fois qu'elle venait, elle était sûre de trouver quelque chose de bon à grignoter, et cela lui plaisait de penser que ce traitement lui était réservé, bien que ce ne fut surement pas le cas. Parmi la foule de domestiques et d'apprentis, La trouva rapidement sa touffe de cheveux foncés jamais coiffée qui partait dans tous les sens. Elle l'appela et lui fit signe lorsqu'il se retourna. Se frayant un passage entre les marmites et ceux qui les portaient, les deux jeunes gens parvinrent à se rejoindre


-Lya, je me disais bien que tu allais venir. Cela fait au moins trois jours que je ne t'ai pas vu roder dans le coin à la recherche de quoi manger. Tu tombes bien, j'ai réussis à mettre de la tarte aux fraises de côté. Viens.
-Morgan, t'es vraiment le meilleur futur grand chef de tout Gwendalavir. Je t'adore.
-Toi, tu dis ça seulement parce que tu meurs de faim. Tiens, mais reste ici. Tu tombe en plein milieu du du coup de trombe. Faut qu'on débarrasse et qu'on nettoie rapidement si on veut pouvoir préparer le repas de ce soir tranquillement.
-Promis. De toute façons faut que je me dépêche, j'suis déjà en retard à mon cours. Et avant qu'il ne disparaisse, elle lui lança la bouche pleine: Et, merci Morgan!

Le jeune homme l'avait attiré dans un coin calme de la cuisine. Seuls quelques domestiques passaient de temps à autre, les bras chargés d'assiettes propres qu'ils allaient surement déjà remettre sur les tables de la Grande Salle. Lya se dépêcha de terminer son pseudo-repas. Ses doigts, déjà endoloris par son cours de la matinée, se retrouvèrent rapidement collant et rouge du jus de fraise qui dégoulinait de la tarte. Elle en avait probablement plein autour de la bouche, mais tant pis. Engloutissant la dernière bouchée du dessert, Lya se releva, retraversa la cuisine en louvoyant entre filles et garçons qui avaient tous les mains pleines, et se dirigea le ventre à moitié-plein vers la salle de cours. Mais c'est seulement en arrivant devant la porte qu'elle se rappela que le cours n'avait pas lieu ici, mais dans le parc. Génial, elle allait être encore plus en retard. Revenant sur ses pas et courant plus qu'elle ne marchait, Lya sortit de l'académie, traversa les jardins et déboucha sur le parc. Alors elle s’arrêta, le souffle court. Elle ne savait pas où trouver le groupe. Heureusement pour la jeune femme, celui-ci ne s'était pas encore pas trop éloigné de l'académie. Elle le repéra d'un coup d'oeil alors qu'elle n'était pas la moitié du bouleau qu'elle avait entreprit d'escalader. Alors qu'elle s'approchait en essayant de ne pas trop se faire remarquer par le maître Cil'Eternit, Lya examina le groupe fait de petits, de grands et de moyens, de filles, de garçons et d'un indéterminé, d'inconnus, de déjà vu et de connus, d'assis et de debout. La Kaelem arriva juste à temps pour entendre les paroles d'une de ses consoeur envers la gamine du cours de combat. Elle s'assit entre Gwëll et Halina et demanda discrètement, s'adressant aux deux:

-Dites, j'ai loupé quoi?


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MessageSujet: Re: Cours de légendes : une promenade au fil des histoires [Terminé]   Dim 12 Fév 2012 - 22:58

Cette manière qu’avaient les élèves de s’éveiller à ses questions le fascinerait toujours. C’était un succès pour lui, en tant que professeur, en tant qu’humaniste, et même comme homme, de pouvoir leur faire percevoir, l’espace d’un instant, les nœuds de sentiment qui nouaient l’histoire de l’humanité et la ponctuaient d’épisodes tragiques. Il écoutait chacun parler avec attention, respectait chacun des avis, même si entendre la grande majorité pardonner en leur cœur à Merwyn d’avoir quitté le présent pour entrer dans la légende avait de quoi le rassurer et le réconforter. Beaucoup d’humains vouaient à Merwyn une haine infinie de n’être plus là pour guider les alaviriens et lui attribuaient de nombreux maux, on avait mis la puissance temporaire de la Guilde du Chaos sur la disparition du grand Dessinateurs, et les mauvaises récoltes, l’agitation politique, même la mort de ses proches et la misère de ses parents.
Beaucoup avaient trouvé en Merwyn matière à idolâtrie, bien plus proche d’eux que des divinités comme la Dame et le Dragon, qu’ils n’avaient jamais vus et les terrifiaient par leur taille et leur puissance présumée. Rien de plus terrifiant à l’être humain que l’étranger et le non-contrôlable. Alors qu’un homme, même aussi puissant que Merwyn…

Et pourtant, il se trouvait toujours parmi ses nombreux élèves ceux qui n’avaient jamais éprouvé d’affection pour Merwyn et le considéraient comme un faible aussi bien qu’eux ; ceux-là, il aurait mal fait de les réprimander, car rien ne l’intéressait plus, comme intellectuel, que de pouvoir confronter des avis et des sentiments aussi discordants que ceux de son petit auditoire académicien. Pouvait-il en vouloir à ceux qui voyaient en Merwyn non la figure idyllique que beaucoup conservaient, mais rien de moins qu’un objet de contemption ?

Mais quand le débat commença de déraper et que ses élèves s’écharpaient verbalement, Duncan décida qu’il était temps de recentrer un peu les choses, d’autant que beaucoup de propos finissaient par se recouper et se répéter. Il prit alors la parole, mettant un terme à ceux qui s’envoyaient des piques dans des murmures agacés :

- Allons, un peu de répit, nous ne sommes pas là pour décider d’une vérité plus conforme qu’une autre. Chacun de vous a son opinion et ses sentiments, qu’il doit conserver précieusement, mais cela ne nous empêche pas de conserver notre calme, n’est-ce pas ?
termina-t-il en jetant un coup d’œil appuyé à cette jeune fille qu’il n’avait pas encore remarqué, aux deux adolescents dégingandés qui la flanquaient de part en part, et à Ichel, dont la dernière remarque acérée flottait encore dans les airs quelques secondes auparavant.

Il sauta à bas de sa souche et s’approcha lui-même du tronc gigantesque de Vyvian, en écartant les branches basses qui manquaient de lui fouetter le visage. Une élève s’y était adossé, ce qui lui tira un petit sourire, et plusieurs étaient venus se réfugier à l’ombre de ses branchages pour échapper à la lumière rasante du soleil d’hiver.

- Toutes vos versions pourraient être vraies, et toutes à la fois, pour autant que je sache. Qui sait si Merwyn est véritablement parti, s’il est avec Vyvian, s’il est mort, ou même s’il se soucie encore de l’humanité ? Si vous considérez au fond de vous que Merwyn, où qu’il fût, vous regarde, alors c’est qu’il le fait, et la vérité n’a rien à voir là-dedans. Mais passons sur ce sujet, voulez-vous.

Il y aurait encore des heures et des heures possibles à discuter de Merwyn, et plus encore, de ce que deviendrait l’Empire maintenant que Merwyn n’était plus là, et certains de ses élèves l’avaient compris. Il avait entendu plusieurs fois l’idée que maintenant, c’était à eux de protéger l’Empire, comme Merwyn les avait libérés des Ts’liches.

- Je sais comme vous êtes tous avides de vos points, mais vous comprendrez certainement que je n’en attribuerai pas pour vos réponses cette fois-ci, car ce sont vos opinions et il serait malvenu de ma part d’en privilégier une par rapport à une autre en fonction de la mienne propre.


Il fit un arrêt voulu et un sourire plein de malice s’imposa à ses lèvres.

- Cependant, j’enlève trois points à Teylus pour les insultes proférés par votre petite camarade. Il serait en effet dommage que de telles avanies se reproduisent dans la bouche d’une si jeune enfant, je vous fais confiance, chers Teylus, pour lui apprendre la politesse. Oh, et un point en moins pour Kaelem également, sieur Shaokys
, fit-il en accentuant la prononciation de la maison. Je n’accepterai pas de gros mots pendant mon cours, vous êtes tous capables de mieux que ceci, termina-t-il sur son sourire bienveillant qui ne le quittait que rarement.

Bien, à présent, suivez-moi tous.

Tous, et ils étaient bien plus nombreux qu’il aurait pu l’espérer un jour, lui emboitèrent le pas rapidement, tandis qu’il s’engageait sur le sentier de terre qui partait de la Vivyan. Le parc comportait de très nombreuses merveilles et anecdotes, et il pouvait passer des heures à vagabonder dans les taillis qui formaient la forêt en racontant à ses élèves les anecdotes qui parsemaient l’Académie et ses environs.

Quelques minutes passèrent pendant lesquelles ils marchèrent, les élèves discutant entre eux de la tournure des évènements ou bien de la dernière rumeur de l’Académie, il n’en avait somme tout cure. Ils redescendirent le long des rives du lac et les longèrent encore un moment jusqu’à trouver un coin herbeux plan qui lui convenait ; il stoppa et les élèves s’agencèrent autour de lui.

De là où ils étaient, ils voyaient les facades de l’Académie, séparées d’eux par l’immensité lacustre dans laquelle se reflétait le soleil. Malgré la lumière rasante, il put leur désigner différentes gargouilles qui perçaient depuis le toit. Quatre en particulier l’intéressaient, quatre tournées l’une vers l’autre, et qui semblait se combattre – ou se parler, selon les interprétations.

- Vous arborez tous avec fierté la bague emblème de l’une des trois maisons de l’Académie, à laquelle vous appartenez. Mais au départ, l’Académie de Merwyn se composait de quatre maisons : la maison Corbac, la maison Felixia, la maison Lotra, et enfin la maison Lupus. La plupart d’entre vous s’en souviendront, pour avoir été dans l’une de ces quatre maisons.

Lui-même s’en souvenait parfaitement. Et des stéréotypes et rumeurs qui couraient autour de ces quatre maisons, et du combat farouche qui les opposait, plus sanglant et moins loyal que celui qui divisait les Teylus des Aequor des Kaelem.

- A la maison Corbac appartenait l’emblème du corbeau, noir comme ses ailes et noir comme son cri funestre. Felixia se targuait d’avoir comme sigillé le chat, et comme couleur le roux de son pelage et le cinabre du pelage des souris qu’il tue. Des Lotra, on disait qu’ils avaient l’apparence des loutres et que l’eau bleue et profonde éclaboussait leur blason. Enfin, aux Lupus l’appartenance au symbole des loups, aussi vert que la forêt qui leur sert d’habitat.

Certains voyaient peut-être où il voulait en venir, mais la plupart le regardaient avec des yeux interrogateurs, soit qu’ils connaissaient parfaitement les anciennes maisons, soit qu’ils se demandaient bien pourquoi il leur racontait ça.

- De nombreux symboles et de nombreux idiomes sont attachés à ces anciennes maisons. Pourquoi croyez-vous que Merwyn a originellement choisi de scinder ses élèves en quatre maisons et de leur attribuer à chacun un animal totem et des valeurs fixes ? Quelle serait selon vous la raison derrière Corbac, Felixia, Lupus et Lotra ?
[ A votre imagination ! Quinze points à l’histoire la plus originale, la mieux racontée, ou à celle qui plaira le plus à Duncan –jury subjectif s’il en est, puis dix et cinq aux suivantes. Surprenez-moi What a Face ]


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"“Je manquais de mémoire - plus encore de l'habitude d'une mémoire
qui fut prégnante, à cran et à croc, apte à extravaser dans ma gorge,
pour salive, le sang des moments vécus ensembles."


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MessageSujet: Re: Cours de légendes : une promenade au fil des histoires [Terminé]   Lun 13 Fév 2012 - 1:53

D’un œil perçant, le dessinateur scrutait les visages, et voyait se peindre les sentiments farouches, la hauteur qui sermonnait l’humilité, les stéréotypes fracassés d’une seconde après l’autre, la flamme dans les yeux comme un bijou cinabre. Le cours commençait à devenir intéressant, quoi qu’il puisse en penser. C’est avec un léger sourire aux lèvres qu’il se leva comme les autres, et fit craquer ses articulations contre la pelouse viride et aplatie. Tranquillement, il suivit leur professeur, intégré, plus que jamais, dans le flot des élèves unis par un savoir partagé, celui que dispensait, un sourire guilleret en coin, leur noble professeur.

Lev leva la tête, et se perdit dans la gueule béante des gargouilles, s’imaginant croc, sang qui dérape, éclat et vif, les sillons qui pourpres qui tranchent plus que les lames grises sur lesquels ils coulent à flot. Les ailes de pierres s’entrechoquent, et c’est dans la guerre de granit qu’il trouvait le plus de grâce, d’élégance quant aux étincelles de haines, unies par une même communion, celle de la violence et des combats. Peut-être était-ce la part la plus sombre du cœur des hommes, que Merwyn avait voulu montrer par ces gargouilles gueules béantes, que la haine et la colère étaient les meilleures sentinelles de tous les sentiments qu’un homme pouvait avoir, lui-même comprit. Peut-être étaient-ce le revers de la médaille du dessinateur, la preuve par gargouille-A + gargouille B que Merwyn était et restait profondément humain, profondément changeant, malgré le pouvoir pharaonique qui pulsait en lui, comme un torrent divin.

Le professeur se retourna vers eux pour leur parler à nouveau, mais Lev ne détacha pas ses yeux des remparts qui flottaient, entre terre et ciel. Les ombres fuyaient, et le soleil dotait la pierre d’un éclat trop cristallin, trop fragile pour ce qui constituait la principale défense de l’Académie, mais Lev ne s’y laissa pas prendre. Pour sûr que la nuit, lorsque les ombres rampaient le long des roches, les fantômes s’éveillaient, dans un râle, en s’échappant de ces gueules hérissées de crocs, pour fondre sur l’ennemis, comme une lave bouillonnante de cauchemars de sang.

La question du professeur était tout ce qu’il lui fallait. Il ferma les yeux, un instant, et laissa son imagination s’ouvrir, noyer le présent sous une lave scintillante, et l’éclat flamboyant de ses yeux aspergea les alentours, tant le ciel s’y refletait, comme un joyau brut. Sa voix s’éleva, grave, chaude, séduisante à mourir.

- Il y avait peut-être dans le cœur de cet homme une envie de départager le monde, de catégoriser les personnes, de brouiller la foule, de dissoudre les tâches, de les ranger, par ordre alphabétique ou personnalitique. Il avait peut-être envie de règles, lui qui n’avait aucune limite, d’en poser aux autres, peut-être par complexe ou peur, ou colère, devant la folie des hommes.

Un silence qui ne fut pas rompu. Il continua :

- Mais je ne pense pas. Il est dit qu’un homme tel que lui avait du pouvoir, un pouvoir énorme, flamboyant, qui trouait les spires comme une aiguille de volonté et de créativité, c’était, m’a-t-on dit, d’une splendeur sans pareille que de le sentir évoluer dans l’imagination. Et dans une légende, perdue parmi d’autres –il y en a tellement déjà, alors même que sa mort n’est pas prouvée- qui expliquait ceci.

Lev détourna enfin les yeux des gargouilles, fouillant le regard de tous les élèves, un par un. S’attardant peut-être un tantinet sur Ichel. Un sourire doux fleurit sur ses lèvres.

- Le Dragon et sa Dame ne furent pas les seules entités à croiser le chemin du plus grand dessinateur de tous les temps.


Les réflexes de conteur de Lev se réveillaient, petit à petit, alors même qu’il sentait les regards peser sur sa mâchoire, et son esprit s’ouvrir comme une fleur aux basses spires qui lui tendaient les bras. Cette légende, il n’en avait jamais entendu parler, c’était de ses mots qu’elle se créait, de toute pièce, façonnée par sa voix de velour et le timbre bas de sa voix, qui se prêtait aux confidences. Le soleil teintait ses yeux, y brillait, intensément.

- Ces 4 entités furent peut-être de simple produits de son imagination fertile, peut-être ont-elles un jour existé, quoi qu’il en soit, l’Imagination, avec un grand I, n’est pas le royaume serein et paisible, majestueux, que la plupart pense parcourir.


Il lui fallait tenir la route, tordre mais non trancher, rester ferme et souple, recouper et retranscrire. Son évasion lors du cours de dessin lui servirait de base, de support, sur lequel s’élèverait la sculpture de ses pensées.

- Et Merwyn l’avait bien comprit. Il avait compris que dans les hautes sphères de pouvoir, il y avait des zones d’ombre, des recoins tortueux, des tentacules qui furetaient, et s’enroulaient, gluantes, opaques, venimeuses. C’était le revers de la médaille, le danger des hautes spires personnifié, non plus par la peur de perdre pied, de ne pas avoir assez d’énergie, mais bien par la réalité de masses grouillantes, d’invaginations sournoises, aussi piégeuses à l’aspect que de redoutables champignons vénéneux. C’était du temps du vérou Ts’Liche, et par déformation du pouvoir, par simple volonté peut-être, Merwyn avait toujours été capable de passer au travers. Simplement, il savait que les autres non, et voulait libérer les spires. Mais il lui fallait pour cela puiser très haut. Trop haut, sans doute, alors qu’il découvrait l’Imagination dans toute sa splendeur, dans tout ce qu’elle pouvait avoir de redoutable.

Lev se retourna vers les murailles, offrant son dos et sa nuque droite, la courbure d’une mâchoire et le flot de ses cheveux opaque à l’auditoire.

- Et Merwyn eut sans doute peur. Il était de taille à affronter la fatigue, l’Imagination qui suce la vitalité jusqu’aux os, mais il ne l’était probablement pas pour outrepasser les mailles d’un ou plusieurs monstre dont il ne connaissait que les armes les plus redoutables, effleuré qu’il avait dû l’être par l’étendue de son insignifiance à un tel degré de pouvoir. Il se mit donc en tête de se trouver des alliés. Et parce que Merwyn était Merwyn, il devait savoir, intuitivement, que le meilleur allié qu’il pourrait jamais trouver, c’était lui-même. Il avait suivi un sacré entrainement physique pour être capable de supporter le contact de la haute imagination, pour tenir le coup lorsque la sève disparaissait de son corps pour nourrir son âme en ascension, pour l’empêcher de se déliter. Mais à ce moment-là, c’est un combat mental qui s’engageait. Il y eut une période où Merwyn disparut de la surface du monde, un peu comme en ce moment. Mais cela passa inaperçu, puisque cela se passait longtemps auparavant, bien avant la rencontre avec Vyviane, bien avant qu’il ne devienne célèbre, ou juste avant. Néanmoins il est raisonnable de penser que ce qu’il fit ensuite eut un impact considérable sur la suite de sa destinée.

Lev se tu un instant, la bouche sèche. Il s’humecta les lèvres, et fit rouler la salive dans sa gorge. Les yeux écarquillés, s’immergeant profondément dans l’histoire qu’il racontait, il reprit, la voix plus rauque, déjà, du velours sur du métal.

- Merwyn s’isola donc, et médita. Intensément. Bien plus intensément que ce que nous ne pouvons imaginer. Il médita sur lui-même, sur l’Imagination, sur ce qui constitue le fluide de l’existence, sur le sens des choses, sur le mouvement et la pluie, sur l’essence d’autrui, le sens de sa vie. Il s’immergea, dans l’Imagination, et en lui, en une forme d’osmose qui lui découvrit l’univers étonnant de son âme propre, agrandie, démesurément, par la puissance des spires, par le dessin qui enveloppait le monde d’une gangue infinie. Il y avait, dans cette gangue, dans cet océan et ce ciel entremêlée, deux étoiles, la Damme et le Dragon, bien petits au regard de l’immensité flamboyante qui découlait de lui. Il avait réussi cette étape de fusion mythique, cette utopie grandiose de fusionner avec le dessin. En lui, il avait créé, ou plutôt découvert, un univers tout entier.

Lev se retourna vers l’assistance, ferma les yeux, à nouveau, et se glissa dans l’Imagination, doucement, avec grâce et délicatesse, et chercha un court moment comment modéliser ses pensées. Prit d’une subite inspiration, il barbouilla de pourpre les angles, les gomma pour finir, fluctuant de bleu, irradiant de sienne, nouant l’azur et l’ondine à cette perle de granit. Naquit entre ses mains une sphère bariolée de couleur, captivante, où tournoyait ce qui semblait le terreau de tout un monde. Le feu, la terre, le ciel et l’eau, chacun délimité, chacun entremêlé, dans une étreinte ronde, parfaite, où le mouvement en entrainait un autre, pour, semblait-il, l’éternité. D’un geste élégant, il lança le joyau d’une dizaine de cm de diamètre en l’air, le plus haut possible. La bille sembla se tordre, et trouer l’espace plutôt que de s’y glisser. Son liserai se fit d’or, de plus en plus pur, jusqu’à se fondre dans l’éclat exact de celui du soleil. A l’apogée sublime de cette parabole colorée, la sphère explosa soudain en une corole flamboyante et nuancée de couleurs trop nombreuses pour le simple nerf optique. Des strates, lentement d’abord, puis prise de frénésie, se déroulèrent à partir du point d’explosion, recouvrant le ciel, petit à petit, d’une nappe irisée comme la surface d’une bulle, néanmoins boursouflée de multitudes d’inégalité qui fleurirent, unes à unes, en fleurs, arbres minatures, plantes, en une myriade de petits œufs translucides ou surnageaient des embryons scintillants, de l’herbe et des pousses, fertiles sur le terreau de la bulle, le tout semblant tirer, sucer la vie des veines de couleurs qui courraient le long du dôme qui s’étendit jusqu’à envelopper l’auditoire.

Lev sembla partir, loin très loin, tandis que ses yeux s’ouvraient, grand à mourir, bleus à tomber. Mais de par son habilité au dessin, et l’histoire qui coulait maintenant en lui, il ne perdit pas pied, et parvint à reprendre, d’une voix chargée de concentration : Tout le monde se doutait que ce qu’il faisait naître sous leurs yeux n’étaient pas facile. Pas un son ne perça le silence.

- Il ne su pas si ce fut lui qui créa la vie dans cet univers, s’il la découvrit, où si sa présence l’y injecta, tel un météore d’insémination, mais il la vit se développer, bruisser et les sons trouèrent le silence de ce nouveau monde. Tout semblait naître d’un puits, d’un œil central, d’une pupille abyssale où tourbillonnaient les 4 éléments fondamentaux : le feu, la terre, l’air et l’eau. Et dans ce tourbillon primitif, cette soupe originelle, il vit sortit 4 animaux, représentatifs de ces 4 éléments, 4 êtres majestueux qui regardèrent le monde, chacun dos à dos avec les autres, et y injectèrent la vie par la seule force de leurs regards. Ce fut comme si le monde lui-même s’était départagé en 4 pour pouvoir créer plus vite, pour apporter une diversité qui ne pouvait naître que de l’addition de ses composants, de ce brassage des genres. 1+1=3. Du jaune, du rouge, du bleu et du marron, si l’on veut que la symétrie soit parfaite, naquirent donc toute les couleurs de cet univers, comme tous les animaux naquirent de ces 4 animaux, vous l’aurez deviner : le corbeau, noir comme la nuit, l’ombre de plume et de soie l’éclat de ses ailes comme autant d’étoiles adamantines, le renard aux yeux de feu, le pelage irisé de braises mouvantes, un soleil au levant, la loutre ondulée, toute gracieuse de légèreté, farouche d’élégance, se coulant dans ce liserai-océan où se noie l’horizon lui-même, et le loup, le solitaire aux canines argentées, le frère de la lune et son plus fidèle admirateur, le loup à la voix si belle qu’il entonna le premier les sons du monde.

Sous les yeux de la foule, les œufs translucides purent éclore, dévoilant des animaux, des êtres mouvant de vie sans vraiment de forme définie, mélange de couleurs en parfaite harmonie. Ils commencèrent à se déplacer, entre les fleurs aux coroles flamboyantes, presque aussi grosse qu’eux, entre les arbres aux feuilles bleues. C’était un monde à l’envers qu’ils pouvaient admirer, un monde concave où glissait l’eau sans jamais stagner, les reliefs façonné par l’imagination fertile du jeune dessinateur. Son visage devenait de plus en plus blanc au fil des minutes, alors que le contrecoup de son pouvoir lui prélevait le tribut nécessaire, mais il tint bon, puisant dans la formidable réserve d’énergie que lui avaient léguée ses parents et le sang fécond de plusieurs générations de dessinateurs.

- Et c’est ainsi que Merwyn rencontra le corbeau, le renard, la loutre et le loup. Et en eux, aussi incroyable que cela puisse paraître, il découvrit, comme dans un miroir, le reflet de tout ce qui pouvait habiter son âme. Toutes les nuances, tous les états d’âme, toute cette diversité de sensations, d’émotions qui sont si propre à l’Homme, il le retrouva, soigneusement rangé, dans chaque animal, comme les couleurs qui ne naissent, finalement, que de l’union des 3 principales. Il en fut ému, et je l’imagine bien, jusqu’au plus profond de lui-même. Ainsi, en lui il y avait ces présences fabuleuses et créatrices de vie, ces animaux divins qui n’étaient que le reflet de ce qu’il était, de ce que tout le monde était. Il s’était créé, ou bien étaient apparus (rappelez-vous que le doute subsiste toujours), 4 compagnons de vie, 4 élémentaires dont l’image et l’essence restèrent longtemps gravés dans son cœur, ne le quittant jamais, nouant leurs âmes originelles à la sienne. C’est un pouvoir trempé dans la plus élémentaire source de vie qu’il vit rejaillir, une fois qu’il revint à lui.

Lev laissa s’échapper un soupire, tout à la tristesse de Merwyn qu’il sentait poindre en lui, de quitter ce lieux qui finalement n’existait qu’en lui.

- Les 4 le poussèrent, qui de l’aile, qui de la nuque, qui de la patte, qui du museau, et après un dernier regard émerveillé devant cette force splendide qu’il avait, caché, au plus profond de lui, qu’il émergea de sa léthargie, sans savoir combien de temps s’était écoulé depuis son immersion. Sans attendre, il savait que c’était inutile, il se plongea avec délicatesse dans les spires, comme pour ne pas réveiller l’Imagination de son intrusion.

La coupole merveilleuse se fondit, se boursoufla, comme l’on touille un bouillon de peinture, mais les couleurs ne se mélangèrent pas, se contentèrent de former un tourbillon stroboscopique d’où pointait quelques images psychédélique, le temps pour Lev de se raccrocher à son histoire, de recréer sous leurs yeux une farandole d’aquarelle, où les lumières devenaient bruit feutré, où le son se muait en prisme de velours et d’air mouvant.

L’Imagination. Comme Lev la voyait. Des spirales s’élevèrent, des cathédrales en torsions, courbes échancrées, et la voute en arceaux, incurvée autour de cet axe indéfinis, que chacun saisit sans pouvoir l’expliqué, comme le rivet de rotation, le centre d’une galaxie. Les bras du vortex se nouaient, se câlinaient, se fondaient parfois sans vraiment fusionner complètement, traçant et retraçant sans cesse, laçant et délaçant, fixant, déliant joignant séparant, une valse aux couleurs éthérées, aux sons sourds et magiques, tambourinant contre le tympan en parvenant à être stridulés, tout n’était qu’illusion et vérité.

- Merwyn s’éleva dans les spires, fort d’être, de se savoir vivre, grandis de ces présences qu’il avait lié à son cœur. Il monta, monta encore, monta, toujours plus haut dans l’Imagination…

La coupole se liquéfia, mais doucement cette fois-ci, s’épurant d’elle-même comme une rose qu’on effeuille, ou plutôt comme une rose qui régresse dans le temps, pour revenir à cet aspect si simple et si terriblement touchant qu’est le bouton de rose perlé de rosée, comme le flocon délicat qui n’a d’harmonie que la plus extrême simplicité. La spirale se clarifia alors que les couleurs, purgées, fondaient. La lumière flamboyait maintenant de plus en plus, sans être aveuglante, mais elle était d’une pureté de plus en plus visible, assainit par une candeur aveuglante, transfixiante.

- Jusqu’à rencontrer, enfin, les entités.


Du centre du dôme, là où la sphère avait éclaté, bulla une langue brunâtre. Ce n’était pas tant l’aspect gluant, mais surtout la couleur, une couleur qui semblait faite d’un mélange de tout ce qu’il y a de plus mauvais, de plus dysharmonique dans le spectre lumineux. De longs tentacules, presque imperceptibles tout d’abord, longèrent la coupole, prenant de la substance, petit à petit, comme un lierre vénéneux qui aurait poussé le long d’un chêne, suçant sa vie. Mais ces tentacules n’étaient pas, ne semblaient pas mauvaises, en elle-même. Elles étaient juste là, se nourrissant d’être, comme des gardiennes, des êtres forteresses, comme des gargouilles.

- Elles n’étaient pas diaboliques, loin de là. Il est difficile d’Imaginer qu’en de si haute spire, où tout n’est que merveille et possibilité, autre chose que l’image d’un ange aux ailes blanches. Non, finalement, et Merwyn le comprit instantanément, elles n’étaient là qu’en filtres, en sentinelles, drainant à travers leurs ventouses les fluides de l’Imagination, et il n’est pas improbable de dire que tout ce que les dessinateurs perdent en énergie de création, revient à travers la tuyauterie interne des spires, directement au cœur de cette entité monstrueuse.

Le dôme était à présent recouvert d’un maillage complexe de tout ce que l’esprit de Lev pouvait mettre comme image de cette créature aussi terrifiante que mythique.

- Et il y eut contact. Contact qui se serait probablement finit tragiquement si Merwyn n’avait pas été épaulé par les 4 animaux, fidèles au poste. Merwyn entra en plein cœur de la créature, sans honte, sans peur, sans gêne, sans même la plus élémentaire terreur face à tant de puissance. Et parce que Merwyn était Merwyn, un homme, mais un homme bon, les tentacules l’effleurèrent sans le vider de sa substance, lui tirant quelques bouffées de pouvoir, délicatement, le sondant jusqu’au plus profond de ce qu’il était, sans pour autant le dissoudre dans l’immensité de la spirale. Et le loup hurla, doucement, devant la bête, tandis qu’à son côté l’épaulait la loutre, enjôleuse, le renard, félin, aux pattes de caresse, et le corbeau qui flouait d’ombre leurs yeux-univers. Et le monstre comprit que les humains étaient bons. Que même le plus maléfique d’entre eux contenait au moins un ingrédient de chaque animal, puisque tous descendaient de ces êtres de vie. Et l’Imagination s’ouvrit, fragilisant le maillage créé par les Ts’Liches, à ce moment-là. Et Merwyn fut libre d’arpenter l’Imagination, s’infiltra de l’autre côté de la barrière, et poussa sur la faille, brisant la volonté des Ts’liches, libérant la spirale du joug de ces bêtes hideuses.

La coupole explosa alors soudainement, passant du plein au vide, du tout au rien, en un froissement d’aile, en un clin d’œil. Lev n’aurait pas pu tenir une seconde de plus. Son visage de blanc était devenu translucide, alors que des cernes violentes cernaient ses yeux, en rehaussant encore la couleur fantastique qui flamboyait comme un brasier, c’était un regard d’enfiévré. Un regard d’enfiévré heureux.

Ses jambes flageolèrent et il s’assit, se laissa tomber dans l’herbe, en tailleur, sans vraiment perdre de son élégance masculine. Le dessinateur releva les yeux et croisa le regard de leur professeur. Un instant. Un tout petit instant teinté d’un éclat bien particulier.





_______________
Spoiler:
 


J'aurais du sang sur les doigts
et l'éclat de tes yeux vides
comme antichambre au trépas
de mon âme impavide




Lev Mil'Sha
// Anaïel // Miaelle Campbelle



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MessageSujet: Re: Cours de légendes : une promenade au fil des histoires [Terminé]   Mar 14 Fév 2012 - 8:16

Les divers élèves avaient tour à tour exprimé leurs sentiments, les opinions qui les habitaient et leurs avis quant à la victoire potentielle des Ts'liches.
Une fois sa tirade terminée et la petite peste Teylus remise à sa place, la jeune fille avait observé les autres étudiants s'exprimer avec plus ou moins d'assurance, plus ou moins de prestance, plus ou moins de charisme. Seule la flamme convaincue brillant au fond de leurs prunelles les rapprochait tout en les éloignant inextricablement.

C'était d'abord Armaële qui avait pris la parole. Un peu hésitante, elle n'avait fait qu'appuyer les dires de la jeune Aequor, leur donnant au passage une saveur nouvelle et un poids plus conséquent. Mais le sourire qu'elle avait adressé ensuite à Attalys valait tous les arguments du monde.
Après, un séduisant jeune homme d'une vingtaine d'années s'était avancé de quelques pas pour s'affirmer d'une voix grave et mélodieuse. Ses pensées étaient à peu près les mêmes que celles de la fille qui avait précédé l'Aequor mais semblaient plus mûres, plus réfléchies, et les inflexions tendres ou faussement incertaines qu'il savait donner à son ton le rendaient aussi captivant que déroutant.
Puis, un autre homme s'était approché silencieusement du petit groupe pour commencer un discours que l'on savait déjà, rien qu'au vue de son expression hautaine et méprisante, emprunt de moquerie dédaigneuse.
Une jeune femme avait alors pris la parole avec force, fièrement campée sur ses deux jambes et toisant l'assemblée d'un regard empli de défi. Attalys l'avait écoutée pendant quelques minutes, bien qu'elle commençât à sentir ses yeux la piquer avec une persévérance sournoise tandis que ses paupières papillonnaient bien malgré elle. Et, si ses bâillements étaient de moins en moins discrets, elle redoublait de concentration pour ne pas glisser dans la somnolence.

Ainsi, elle faillit ne pas remarquer que la jeune brune s'était tue et que le silence pesant venait d'être rompu pas leur professeur qui, après avoir entendu les différents commentaires des élèves présents, avait sans doute décidé de reprendre la situation en main.
La jeune fille releva brusquement la tête, toute fatigue envolée, et écouta avec une attention redoublée les précieux renseignements qu'il avait pour habitude de leur dispenser. Cependant, à sa grande surprise, elle constata qu'il n'allait pas leur donner le fin mot de l'histoire, comme elle se l'imaginait, mais qu'il changeait complètement de sujet en abordant le thème des quatre Maisons. Étant nouvelle à l'Académie, elle n'en avait encore jamais entendu parler, mais elle put rapidement se faire une idée assez précise de celles-ci grâce aux explications fournies par le prof'. Et puis, ensuite, aussi soudainement que l'éclair traverse le ciel d'orage, Merwyn. À nouveau. Toujours. Sa déception se volatilisa aussitôt et elle eut un large sourire en comprenant ce que l'homme de lettres attendait d'eux. Une histoire. Inventée par ses frais, évidement. Génial. Elle avait toujours adoré les histoires.

Ce fut le Kaelem de tout à l'heure qui se lança en premier. Durand quelques secondes, il balaya les étudiants de son fascinant regard saphir, et Attalys frémit lorsque ses iris d'un bleu glacé rencontrèrent les siens. Puis il parla. Longuement.
Son histoire était intéressante, assurément, et pleine de rebondissements inattendus. Quand il s'engouffra dans les Spires, la jeune femme le perçut une fraction de seconde avant que son Dessin ne se matérialise devant les élèves stupéfaits. Étonnement. Sensation. Il reprit son discours avec emphase, embellissant les faits et les comblant de détails croustillants. Et, lorsqu'il se tut enfin, un silence lourd et songeur s'abattit sur le Parc, tandis que les yeux de la jeune fille s'emplissaient de larmes.

Indécise, elle jeta un coup d'oeil hésitant à leur enseignant, puis ouvrit la bouche et se laissa emporter par les mots.


- Il faut à présent vous représenter l'Empire tel qu'il était il y a plusieurs années de cela. Merwyn vient d'éradiquer la menace Ts'lich, redonnant à ses terres sécurité et prospérité, et tout Gwendalavir chante ses louanges.


Une pause. Aussi légère qu'un soupir.

- Et cependant... cependant, il n'est pas heureux.

Attalys laissa planer un silence tout en réprimant un sourire devant les regards interrogateurs des élèves.

- Comme vous le savez tous, en effet, les Ts'liches avaient laissé une trace de leur passage dans le monde qu'ils avaient si longtemps dominé. Une trace qui s'appelait Vivyan. Mais pas la Vivyan telle que nous la connaissons, une femme aimante et passionnée. Non, cette Vivyan-là n'était encore qu'un vulgaire Dessin, entièrement dévouée à ses créateurs. Et si Merwyn avait réussi à la libérer de leur joug, il n'était pas parvenu à faire d'elle une humaine à part entière, une humaine capable d'éprouver des sentiments.

Elle s'interrompit et, sur une soudaine inspiration, se lança dans les Spires. Un instant plus tard, un curieux ectoplasme flottait au-dessus du groupe d'étudiants en tournant lentement sur lui-même. La jeune fille avait représenté Vivyan telle qu'elle se l'imaginait, grande et fine, à la postures altière et dont les traits harmonieux respiraient une étrange sérénité. Pourtant, son regard n'exprimait rien d'autre qu'une mélancolie sans fond et une austère indifférence.
Elle la laissa tournoyer pendant quelques minutes avant de la faire disparaître. Parmi l'assemblée, il y eut plusieurs soupirs dépités et même un grognement de désappointement.


- Ainsi, le plus célèbre Dessinateur de tous les temps restait sans remède devant la dureté de sa bien-aimée. Il la voyait, de plus en belle et hautaine de jour en jour, et sa douleur et son désespoir ne connaissaient plus de bornes. Il souffrait, de plus, d'adorer ainsi une chimère qui n'avait, il le savait à présent, rien d'humain. Comprenant finalement que, s'il ne tentait rien, il finirait pas mourir d'amour, il se retira dans un lieu secret connu de lui seul et médita. Longuement. Intensément. Mais, lorsqu'il en sortit enfin, il savait quoi faire.

Elle se tut. Plusieurs élèves, pendus à ses lèvres, parurent s'éveiller. Attalys leva la tête, posant un regard rêveur sur le chêne majestueux. Quand elle reprit la parole, d'une voix voilée, ses pupilles restèrent fixées aux branches chargées des feuilles d'or pâle.

- Un beau jour, donc, il partit en compagnie de Vivyan. Ils marchèrent longtemps avant d'atteindre une grande et belle forêt, dont la réputation était aussi mystérieuse que l'origine du monde. Une fois arrivé, il s'isola dans une clairière d'ocre pourpre et, à l'aide de l'argile présente, façonna une statue de Vivyan, si fidèle que l'on raconte que la jeune femme, à sa vue, fut prise de terreur. Il modela avec amour chaque courbe de son corps, reproduisit avec exactitude le moindre de ses cheveux d'or fin. Une fois son œuvre terminée, il se dirigea vers un petit ruisseau qui serpentait non loin. Ce fut ici que sa belle le rejoignit. Avec son eau claire et limpide, le grand Dessinateur assembla les deux Vivyan, faisant du merveilleux Dessin et de la sculpture de terre rouge une seule et même personne en chair et en os – si je puis dire. Il invoqua ensuite l'air et insuffla le souffle de la vie dans les poumons de la créature, à présent aussi réelle que lui. Enfin, il supplia le feu de lui venir en aide et déposa une flamme dans le cœur de sa bien-aimée. De simple étincelle celle-ci se transforma en brasier, et, bientôt, Merwyn connut enfin la joie d'être aimé de la plus jolie femme que Gwendalavir comptait en son sein.

Le silence se fit, chargé d'émotions. La gorge nouée, Attalys se remémora les dernières phrases qu'elle venait de prononcer. Étincelle, flamme, brasier... Sans s'en apercevoir, elle venait de faire un curieux clin d'oeil aux Dessinateurs de l'Académie, dont la progression était marquée par ces trois mots.

- Quelque temps plus tard, Merwyn et Vivyan décidèrent de créer une Académie qui regrouperait tous les individus souhaitant apprendre ou développer un don particulier. Il se rappela alors l'épisode qui avait à jamais marqué sa vie, et voulut rendre hommage aux quatre éléments qui l'avaient si généreusement secouru. C'est ainsi que naquirent les quatre Maisons.
» Il y eut tout d'abord Lupus, qu'il dédia à la Terre nourricière. Son emblème fut le loup, parce que ses hurlements expriment joie, force et solitude et qu'il tutoie la lune et joue avec le vent. Comme lui, ses représentants, dont l'union était la vraie et unique force, devaient être débrouillards et en contact intime avec la nature.
» En hommage à l'Eau, il créa ensuite Lotra. Il lui choisit comme animal emblématique la loutre intelligente et travailleuse. À son image, ses élèves étaient paisibles et studieux, bien qu'ils puissent également entrer dans des colères noires, telle la mer qui, mouvante et en perpétuel changement, caresse doucement le sable de sa main d'écume ou gronde, fière et houleuse, les jours de tempête.
» Puis apparut Corbac, qui porte le nom de son animal, le corbeau noir et rusé. Les étudiants lui appartenant, eux, se trouvaient bien souvent ambitieux et aussi insaisissables que l'Air, leur élément.
» Et, enfin, il y eut Félixia. Son blason, le chat au pelage flamboyant et aux yeux de braise, regroupait sous son effigie féline les élèves braves et aventureux ayant soif de découvertes et de succès. Et Merwyn, en la créant ainsi en dernier, offrait son ultime remerciement au Feu qui lui avait rendu à jamais accessibles le cœur et l'âme de sa bien-aimée.


Attalys se jeta alors dans l'Imagination et, sous le regard ébloui des étudiants, apparurent deux représentations miroitantes : Vivyan, à nouveau, plus belle que jamais et aussi rayonnante qu'un jour d'été ; à ses côtés se tenait Merwyn, radieux et imposant. Le Dessin tremblota, vacilla, avant de disparaître définitivement. La jeune fille ferma alors lentement les paupières, apaisée.



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