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 Ne pas s'avouer ce que l'on sait, ou s'avouer ce que l'on ne sait pas [Terminé]

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Lya Dinal

Marchombre
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MessageSujet: Ne pas s'avouer ce que l'on sait, ou s'avouer ce que l'on ne sait pas [Terminé]   Ne pas s'avouer ce que l'on sait, ou s'avouer ce que l'on ne sait pas [Terminé] Icon_minitimeJeu 25 Aoû 2011 - 23:46

Lya était dans un immense salle sombre. Si sombre qu'en observant bien le lieu, on pouvait apercevoir les silhouettes mouvantes et éphémères des fantômes de ses ancêtres, qui apportaient un peu de lumière dans cette pièce ténébreuse. La jeune femme n'était pas le moins du monde terrifiée par ces apparitions. Au contraire, elle s'amusa quelques instants à les regarder danser, puis se joignit à leur valse indolente. Vivante parmi les morts, elle dansait sans ce soucier de rien. La musique suave et voluptueuse qui résonnait doucement en arrière son s'éteignit soudainement. Instantanément, tout les fantôme disparurent, un par un, pour ne laisser rien d'autre derrière eux que l'immense pièce désormais entièrement noire. La peur envahit Lya, doucement, comme si quelqu'un la versait goutte à goutte dans son corps. Alors elle ferma les yeux, geste totalement inutile dans une salle aussi sombre. Lorsqu'elle souleva les paupières, son regard se fixa sur deux yeux vert émeraude. La peur qui pulsait avec le cœur de la jeune femme l'empêchait de détourner le regard ou de faire le moindre geste pour se soustraire à ces yeux qui la fixaient avec instance. Petit à petit, un corps prit forme autour de ce regard. Mais Lya n'avait pas besoin de ce corps pour reconnaître à qui appartenait ces yeux. Dès l'instant où elle les avait vu, elle avait su. Pourtant, le corps continuait de se dessiner, lui rappelant ce dont elle ne voulait pas se souvenir. Lorsqu'enfin il fut terminé, construit autour de ces yeux captivants, un dernier détail s'ajouta. Une large tache ornée d'éclaboussures vermeil. A cet instant, la musique reprit déchainée et impétueuse cette fois, presque infernale, et le corps devint fantôme, s'élevant dans la pièce ténébreuse avec un mutisme aussi terrifiant que ce regard qui ne quittait pas Lya. Elle put enfin hurler sa peur.

La Kaelem était assise sur son lit, au milieu de son dortoir. Son dos ruisselait de quelques gouttelettes de transpiration provoquées par son cauchemar. Cette fois, elle n'avait apparemment réveillé personne d'autre qu'elle-même. Mais ça ne pouvait plus continuer comme ça. Lya avait bien essayé d'en parler à Elera, mais celle-ci n'avait pas réagi. Ou alors à peine. Et le problème, c'était que la jeune femme savait pertinemment qu'elle ne pourrait pas oublier cette nuit qui la hantait depuis plusieurs semaines déjà. Et pour le moment, elle ne pouvait rien faire, à part bouger. Faire quelque chose, n'importe quoi. Suivant ce que lui dit son cœur, la jeune marchombre se leva au milieu des respirations endormies,  saisit son poncho bleu qui gisait à côté de son lit et quitta silencieusement le dortoir. Une fois dans le couloir, elle enfila son vêtement par dessus sa chemise de nuit ivoire  et s'éclipsa rapidement. Il fallait qu'elle sorte. Elle en avait besoin.

Lya franchit le portique ouest pour sentir avec un plaisir évident la caresse du vent sur son visage. Cet effleurement acheva de la réveiller. Au dessus d'elle, le ciel sans nuage scintillait de petites étoiles que l'on pouvait percevoir sans peine. Une discrète chauve-souris voleta quelques instant autour de la jeune femme avant de disparaître dans l'obscurité. En ce début d'automne, la lune n'était qu'un fin croissant n'amenant presque aucune lumière sur Gwendalavir. Mais Lya ne s'en formalisa pas. Si elle restait immobile,  les yeux apparaissait à nouveau dans son esprit. Alors elle se mit à marcher. La Kaelem ne craignait pas de rencontrer quelqu'un à cette heure de la nuit, bien qu'elle ignorait l'heure exacte, et le fait d'être seulement vêtue d'une fine chemise de nuit et d'un large poncho ne la gênait donc pas le moins du monde. Cependant, elle préféra s'éloigner de l'académie, juste au cas où. L'ombre opalescente qu'était la jeune femme traversa les jardins. Ce fut avec tristesse qu'elle constata que les fleurs commençaient déjà à faner et que les arbres perdaient leurs première feuilles. Mais la Kaelem ne s'y arrêta pas longtemps. Elle continua son petit bonhomme de chemin, sans penser à rien d'autre que des feuilles d'arbre rougeoyantes qui se détachaient lentement mais surement de leur paternel pour aller mourir au sol. Et plus elle y pensait, plus cela la rendait nostalgique. Au bout d'un certain temps, Lya se rendit compte que ses pieds nus foulaient une terre composée d'épine de pin et de feuilles déposée là depuis plusieurs années déjà. Elle s'était engagée dans une forêt qui bordait l'académie. La jeune femme décida donc de longer la lisière du bois, pour éviter de se perdre. Elle arrivait tout juste à une étrange maisonnette qui semblait abandonnée lorsqu'elle sentit une présence autour d'elle? Soudainement sur le qui vive, elle demande d'une voix rauque:


-Qui est là?

Et elle ajouta, plus poussée par la peur que par une réelle rage, sachant qu'elle n'était pas armée, mais qu'elle en était désormais capable:

-Montre-toi ou je te tue.



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Halina Nilsan

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MessageSujet: Re: Ne pas s'avouer ce que l'on sait, ou s'avouer ce que l'on ne sait pas [Terminé]   Ne pas s'avouer ce que l'on sait, ou s'avouer ce que l'on ne sait pas [Terminé] Icon_minitimeVen 2 Sep 2011 - 22:53

Les cauchemars étaient revenus de plus bel depuis ses retrouvailles agitées avec Lian puis celles avec Varsgorn. Elle ne dormait plus beaucoup la nuit de peur de réveiller ses camarades. Halina n’avait plus la chambre particulière qu’on lui avait allouée pour qu’elle se remette tranquillement de ses émotions et maintenant, elle devait trouver où se reposer. Elle hurlait toujours durant ses cauchemars ce qui lui avait valu de se retrouver Au coucher du soleil à errer dans les jardins en quête de sommeil. Elle arpenta donc pendant quelques heures les chemins sinueux des alentours de l’Académie. Ce château était devenu en très peu de temps sa maison où elle s’y était sentie à l’aise, à sa place. Aujourd’hui, ses murs l’effrayaient, l’oppressaient. Sa chambre n’avait même pas de fenêtre depuis qu’elle était devenue un Teylus. Et merde, pourquoi tout avait changé sans qu’elle n’ait pu donner son avis? Elle avait bien son mot à dire.


Enfin, Hal, soit réaliste, depuis quand peut-on choisir quelle personne on va croiser dans la rue, vers qui le destin va nous pousser ? Nan, elle devait s’en accommoder et se redresser. Vivre avec sa douleur qui lui paraissait pour le moment peser trop lourd pour ses seules épaules. Et elle ne savait toujours pas ce que pensait Ichel. Hestia qui n’était qu’une connaissance pour la guerrière avait réagi avec naturel et une pointe de pitié, qu’elle n’arrivait pas à avaler, et l’avait compris. La marchombre ne donnait aucun signe de vie à part des petits sourires qui se voulaient rassurant mais qui en réalité lui déchiraient le cœur. Elle ne savait pas. Halina avait l’impression qu’on lui lacérait la poitrine en permanence. La traîtrise de Lian, les menaces du « Fantôme », les doutes sur son couple, et sa propre trahison la rendaient malade.


Son errance la conduit à une cabane abandonnée alors que le soleil couchant ne teintait plus que l’horizon à l’ouest. Dans peu de temps il ferait nuit noire et elle n’aurait jamais le temps de rentrer à l’Académie sans se perdre. Elle rentra dans la cabane de bois recouverte à moitié par du lierre grimpant et découvrir qu’il s’agissait d’une maison vide. Les meubles étaient recouverts d’une couche de poussière grasse et les placards étaient vides. A l’exception d’une couverture et d’un oreiller enveloppés dans une protection et rangés sous le lit. Elle décida que ce lieu serait parfait pour dormir sans embêter personne. Halina saisit le fin matelas sur le lit et l’emporta dehors. Elle entreprit de le frapper avec une branche pour retirer le plus gros de la poussière.


Tombant de sommeil, elle s’endormit rapidement, emmitouflée dans la couverture. La guerrière, réduite à un jouet dans les mains des faiseurs de Rêves et de Cauchemars, passa une nouvelle nuit agitée. Lorsqu’elle se réveilla en hurlant, transpirante et essoufflée, elle comprit qu’elle n’arriverait plus à se rendormir. Elle n’osait pas fermer les yeux tant le souvenir l’effrayait. Elle sentit ses yeux s’embuer. Combien de temps ce calvaire allait-il durer ? Elle faisait des efforts pour ne pas ennuyer Kirfdéin avec ses problèmes mais il devait bien sentir qu’elle allait mal. Elle aurait tellement aimé pouvoir aller se réfugier dans ses bras protecteurs et s’endormi ainsi. Mais elle ne pouvait pas, elle devait être forte pour prouver à Lian qu’elle n’était pas la princesse sotte qu’il pensait. Elle avait tant de choses à prouver à trop de monde que ça en devenait très dur.


Voyant que le ciel était teinté d’un beau noir parsemé d’étoiles et sachant qu’elle ne pourrait plus dormir, Halina sortit de la cabane en se guidant avec la maigre lumière dispensée par la Lune et les astres. Elle s’assit sur une souche à deux ou trois pas de la porte et contempla quelques instant la voie Lactée guettant une Etoile Filante à qui adresser un vœu. Au lieu de ça, elle vit et entendit la silhouette arriver devant la cabane. Celle-ci la sentit aussi vite et menaça de la tuer si elle ne se montrait pas. Elle tenta de reconnaître cette voix qui lui disait quelque chose mais elle était déformée, bizarrement rauque. Elle choisit l’option prudence, se leva et s’avança vers le centre de la clairière, mains vide en évidence malgré le poignard à sa ceinture et déclara :


-Je pourrai te retourner la question et m’énerver parce que tu m'déranges mais c’est plus simple comme ça. J’suis pas d’humeur aux conflits.


Elle s’arrêta et regarda en direction de la silhouette qui semblait féminine et encore une fois connue. Halina demanda donc :


-C’est ton tour.


Lorsqu’elle vit la personne qui s’avançait, un grand sourire s’étala sur ses lèvres et s’écria, en écartant les bras sur la dernière phrase comme si elle englobait tout le lieu :


-Lya ! Ça m'rassure que ça soit toi ! J’avais pas envie de tomber sur un garde … Mais bienvenue dans ma chambre de substitution pour la nuit.


Donner le change. Encore et toujours. Faire comme si tout allait bien. Comme si elle s’épanouissait ici. Comme si les restes de larmes aux coins de ses yeux n’étaient là que pour symboliser un trop grand bonheur. Comme si ces cernes profondes ne pouvaient être du qu’à son entrainement. Faire comme si.



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Lya Dinal

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MessageSujet: Re: Ne pas s'avouer ce que l'on sait, ou s'avouer ce que l'on ne sait pas [Terminé]   Ne pas s'avouer ce que l'on sait, ou s'avouer ce que l'on ne sait pas [Terminé] Icon_minitimeDim 4 Sep 2011 - 21:20

Montre-toi ou je te tue. Pourquoi avait-il fallu qu'elle rajoute cela? En sortant du dortoir, Lya n'avait pas pris son poignard. Elle n'avait aucun moyen de savoir si la personne qu'elle venait d'entendre lui voulait du mal, ni si elle la connaissait ou si elle était capable de la combattre. Et de la battre. La jeune femme sentit les battements de son cœur s'accélérer et son souffle se fit plus rauque au fur et à mesure qu'elle prenait conscience de ce qu'elle venait de dire. Qu'elle prenait conscience de combien ce geste, commis pourtant plusieurs semaines auparavant, avait pu influencer son état mental. Le souvenir que la Kaelem en gardait s'était petit à petit développé pour prendre de plus en plus de place dans son esprit, de la même manière qu'une tumeur. Elle était devenus plus méfiante, souvent sur le qui-vive, rarement détendue, poursuivie par son souvenir dont elle ne parvenait pas à se débarrasser. Et maintenant, alors qu'une personne s'avançait dans la clairière où se trouvait Lya, lui rappelant les fantômes de son cauchemar, elle regrettait ses mots.

Une personne? Mais pas n'importe qui. Ces longs cheveux ébène, cette silhouette et ces grand yeux gris où se reflétait le fin croissant de lune. Aucun doute, c'était Halina. Lya regretta encore plus ces précédentes paroles, mais alors qu'elle s’apprêtait à s'excuser, la jeune guerrière la devança. Apparemment, elle ne l'avait pas reconnu et semblait la prendre pour un garde. Malgré son état d'esprit, une esquisse de sourire se dessina sur les lèvres de la Kaelem. Il était en effet courant que les gardes fassent leur patrouille autre part que le long des murs de l'académie, et sans armes. Au lieu de disparaître comme il le faisait habituellement, le sourire s'épanouit un peu plus lorsque la jeune Teylus la reconnut. Elle était réellement contente de la revoir. Non, pas "était". "Semblait" convenait mieux. Car Lya commençait à connaître Halina, et quelque chose clochait dans son attitude. Peut-être le ton de sa voix. Ou alors ce grand geste excessif qui semblait vouloir englober le monde, et par le même occasion le doute qui émanait de la jeune marchombre. A moins que ce ne soit tout simplement le fait que la Teylus se trouve dans ce petit bois à quelques heures de l'aube et parle d'une chambre alors qu'il n'y avait rien autour d'elle. Hésitante, Lya finit par avancer vers son amie et souffla:


-Salut Halina

C'est à cet instant qu'elle aperçut, derrière la Teylus, dissimulée entre les arbres, une forme évoquant vaguement une maison. Étonnée, Lya laissa la curiosité guider ses pas dans le sous-bois. Petit à petit, l'ombre se précisa et la jeune femme devina une petite cabane en piteux état. Elle se retourna vers Halina et lui demanda:

-T'as pas dormi ici quand même?

Face à l'absence de réponse et de réaction de la jeune guerrière, Lya grimpa les trois escaliers qui menaient à la porte, puis poussa le panneau de bois à moitié envahi par du lierre. Déjà qu'à l'extérieur, on ne voyait presque rien, c'était encore pire à l'intérieur. Il fallu attendre presque une minute pour que les yeux de l'apprentie marchombre s'habitue à l'obscurité. Elle parvint enfin à distinguer vaguement quelques meubles inutilisés depuis longtemps, un matelas posé à même le sol et une couverture roulée en boule dessus. Halina avait réellement dormi ici, sur ce matelas surement plein de moisissure, dans cette cabane envahie par la poussière, qui, si on ne la voyait pas, on la sentait. La Kaelem demanda d'une voix emplie d'incompréhension:

-Hal', pourquoi tu dors pas dans ton dortoir? Pourquoi tu viens dormir dans cette cabane complètement isolée de l'académie? T'es somnambule?

Quelque chose clochait vraiment. Quelque chose qui était en Halina. Quelque chose qui ressemblait beaucoup aux peurs et doutes de Lya. Quelque chose qui fit oublier quelques instants à la Kaelem la hantise de ses souvenirs.


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Halina Nilsan

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MessageSujet: Re: Ne pas s'avouer ce que l'on sait, ou s'avouer ce que l'on ne sait pas [Terminé]   Ne pas s'avouer ce que l'on sait, ou s'avouer ce que l'on ne sait pas [Terminé] Icon_minitimeLun 5 Sep 2011 - 22:48

Lya la salua presque timidement avant de voir la cabane délabrée derrière elle. Elle s’avança pour mieux la distinguer et Halina se dit qu’elle aurait mieux fait d’aller plus loin lorsqu’elle en était sorti. La jeune marchombre se serait peut-être moins posée de questions si elles s’étaient croisées en pleine nuit sur le sentier en pleine forêt. Ou du moins, elle ne lui aurait pas posé de questions. Elles auraient pu rigoler sur ce qui les aurait guidées là. Alors que maintenant elle se retrouvait au centre de l’attention. La guerrière n’était pas sûre d’avoir envie d’en parler à cette personne en particulier. On ne pouvait pas dire qu’elle aimait se confier aux gens, elle avait toujours préféré être la personne joyeuse et affable qui met les autres à l’aise. Elle détestait se sentir faible et inutile. C’était pour cela qu’elle ne voulait pas dormir dans son dortoir. Pour ne pas être un poids mort et gênant pour les autres. Devant Lya, elle ne pouvait pas trop garder la face, la marchombre était trop curieuse. La preuve, elle décida de rentrer dans la cabane pour vérifier sa théorie. Elle y pénétra comme la guerrière plus tôt dans la nuit et découvrit le même spectacle qu’elle, à la différence qu’elle remarqua que le lit venait d’être utilisé.


Lya la détailla et posa les questions tant redoutées. Halina réfléchit. Devait-elle nier ? Mentir ? Se faire passer pour somnambule ? Nan, elle ne le pouvait pas. Elle ne le voulait pas. Elle n’avait que très rarement mentit et la dernière fois où elle avait omis une information, elle avait presque perdu son amie. Elle ne pouvait décemment pas faire l’impasse sur une explication quant à sa nuit ici. Pouvait-elle ne pas lui expliquer pourquoi elle avait choisi ce lieu ? Non plus, ce serait lâche que de ne pas dire la vérité une amie qui s’inquiète. Ce serait se défiler, s’avouer vaincue. Sur les toits, elle s’était dit qu’elle pourrait le dire même dans la Grand Salle en plein milieu du diner. Alors le dire à une amie ne devrait pas lui coûter autant. Elle l’avait même dit à un inconnu et une connaissance. Elle commença :


-Je fais des cauchemars…. Ils… Ils sont terribles et me font hurler la nuit… Je dérange tout… le dortoir.


Elle avait balbutié. Depuis quand annoncer que l’on fait des cauchemars lui était devenu aussi dur ? Pourquoi hésitait-elle tant face à une amie ? Elle semblait si maladroite. Lya sembla comprendre qu’il y avait autre chose que les cauchemars et ne dit rien. Elle attendit que la guerrière soit prête à en parler. Contrairement à ce que pensait Halina, elle sut faire preuve de patience. La pause dura quelques instants puis la grande brune sortit de la cabane et s’assit sur une marche. Lorsque la marchombre l’eut suivi, sûrement un peu surprise, elle dit :


-Après la… libération, j’en avais déjà eu. On m’avait prêté une chambre. Ça allait mieux. Et puis depuis quelques jours ils sont de retour. Encore plus forts et violents.


Elle soupira bruyamment. C’était dur. Maintenant, il fallait qu’elle donne les éléments perturbateurs. Lya devait sûrement se dire que c’était normal avec le cachot, la torture et tout ça mais elle ne savait pas la vérité, elle ne s’en doutait sûrement même pas. Et elle Halina allait devoir lui annoncer de but en blanc qu’elle avait trahi. Elle avait trahi ses amis, ce en quoi elle croyait, ceux qui croyaient en elle, ce que ses parents lui avaient appris. Elle avait failli. Elle avait trahi. Elle n’avait pas été honnête. Elle s’en voudrait longtemps pour cela. Surtout s’il y avait à tous les coins de rue quelqu’un pour le lui rappeler. Entre le Trésorier, les regards d’Elera qui ne devait pas apprécier qu’elle mente, le silence d’Ichel et les sourires compatissants de ses camarades. Elle n’en pouvait plus. Le trop plein allait devoir sortir. Elle aurait préféré qu’il sorte devant Ichel mais bon. Et puis Lya avait elle aussi l’air d’en avoir gros sur le cœur. Quand faut y aller, faut y aller ! Elle déclara sur le ton de la confidence, pour tenter de rompre la morosité qui s’était installée :


-Tu sais, c’est une longue histoire triste et ennuyeuse. Tu veux vraiment que je finisse par pleurer sur ton épaule ?


Question inutile Halina, tu essaies de gagner du temps. Tu espères au fond de toi qu’elle te répondra non. Tu tentes une nouvelle fois de fuir. Elle se sentait nulle. C’était dur pour elle d’en parler et elle n’arrivait même à se lancer. Allait-elle détourner la conversation pour que ce soit à la marchombre de raconter ses malheurs ? Elle se tourna vers elle, faillit poser une question et se retint au dernier moment. Elle referma la bouche et observa Lya qui l’observait aussi. La guerrière attendait son accord pour continuer son histoire ou, mieux disait la petite voix, changer de sujet. La guerrière releva les yeux vers les étoiles en réalisant qu’elle n’avait plus eu autant de temps pour les observer depuis son enfermement. Sa chambre n’avait pas de fenêtre et les seule fois où elle avait été dehors, ça avait été bref ou alors elle avait fait de mauvaises rencontres. Elle se crispa.


[J'espère que ça te va I love you ]


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Lya Dinal

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MessageSujet: Re: Ne pas s'avouer ce que l'on sait, ou s'avouer ce que l'on ne sait pas [Terminé]   Ne pas s'avouer ce que l'on sait, ou s'avouer ce que l'on ne sait pas [Terminé] Icon_minitimeJeu 8 Sep 2011 - 21:15

[I love you]

Bien qu'il fasse nuit noire et qu'elle ne parvenait à peine à distinguer le visage d'Halina, Lya sentait bien que la Teylus hésitait à lui répondre. Et la jeune marchombre la comprenait sans difficultés. Des cauchemars, elle en faisait aussi. Souvent. Ils se déroulaient presque toujours dans la même pièce. Seul les figurants changeaient au fur à mesure des nuits. Parfois, Selhan en faisait parti. D'autres fois, c'était les mercenaires qui l'entouraient et engageaient une danse endiablée avec elle. Il était déjà arrivé que se soit sa famille, ou encore, comme tout à l'heure, des âmes spectrales aux formes éphémères et auréolées d'une douce lumière qui les rendaient encore plus effrayants. Et il y avait la fille. Elle était toujours présente. C'était la source de ses cauchemars et si désormais, Lya parvenait à se réveiller en retenant un cri strident, la fille lui faisait toujours aussi peur. Alors la jeune marchombre comprenait parfaitement Halina, et alors qu'elle voulait la rassurer, lui dire qu'elle n'était pas seule, elle se tut, découvrant dans l'attitude de la guerrière qu'il n'y avait pas que cela.

Lorsque Halina sortit de la cabane pour venir s'asseoir sur une des marches devant la bicoque, Lya la suivit sans dire un mot, attentive au comportement de la Teylus. S'intéresser à son amie lui faisait oublier ses propres souvenirs et les doutes qui s'ensuivaient. L'explication qui suivit permit à Lya de comprendre que les cauchemars de la guerrière provenait de la libération. Et ceux-ci devaient être particulièrement effrayants et violents pour qu'on lui ait attribuée une chambre à part. La Kaelem fouilla dans sa mémoire pour essayer de se souvenir si elle avait vu Halina ce soir là. Pendant le combats, elle avait été trop occupée avec les mercenaires pour faire attention aux personnes autour d'elle. D'ailleurs, heureusement que Selhan avait été là. Sans lui, Lya ne serait pas en train de discuter avec Halina sous la pâle lueur de la lune. Plus tard, la marchombre était parvenue à tirer le jeune homme jusqu'aux appartements de Maître Duncan. C'était là, un peu avant l'aube, qu'elle avait vu la guerrière, blessée, entrer avec un Kirfdéin famélique. Kirfdéin qui avait fait parti des otages. Lya se souvenait aussi de l'amour neuf qui brillait dans les yeux presque éteins des deux jeunes gens. Halina avait été otage elle aussi. La jeune marchombre comprenait mieux maintenant, et lorsque son regard croisa à nouveau celui de la Teylus, ce n'était pas de la pitié qu'on pouvait y lire, mais un mélange entre la curiosité et l'admiration. Elle prononça, plus comme affirmation que comme question:


-Tu faisais partie des otages.

Pourtant, il y avait encore quelque chose qui n'allait pas. Ce n'était pas le fait qu'Halina tente de détourner la conversation par un faux apitoiement sur son sort, qui dans le fond, était parfaitement vrai. Non, Lya comprenait parfaitement que la guerrière tente d'ironiser la situation. A sa place, elle aurait fait la même chose. Mais il y avait autre chose. Lorsque la Kaelem était arrivé à l'académie, sa première rencontre avait été Halina. Et à cette époque, les mercenaires avaient déjà infiltré les lieux. La question était donc: "Quand est-ce que la jeune femme avait été faite prisonnière?". Lya n'avait entendu parler d'aucun raid dans les dortoirs pour prendre des élèves comme otages. Et puis, ça aurait été su. Ne parvenant pas à retenir sa question plus longtemps, Lya fini par demander:

-Mais, à partir de quand? Lorsque l'on s'est rencontré pour la première fois, l'académie était déjà prise par les mercenaires, même si je ne le savait pas encore. Il y avait donc déjà des otages. Pourquoi tu as été faite prisonnière plus tard? Et puis, je t'ai vu dans les appartements de Duncan. T'étais blessée, d'accord, mais tu étais beaucoup moins maigre que Kirfdéin. Et puis, maintenant que j'y repense, il semble s'en être parfaitement remis. J'veux pas dire que t'es faible ou quoi que se soit, mais ils t'ont pas...

Quoi? Frappé? Torturé? Autant dire les chose telles qu'elles le sont. Reprenant sa respiration, Lya continua:

-Torturé plus que lui, si? J'veux pas te vexer. Si j'ai dis un truc de mal, j'suis désolé. Mais je comprend pas super bien. En fait, ton histoire, je veux l'entendre, aussi triste et ennuyeuse soit-elle. Tas une épaule à ta disposition pour pleurer, alors profites-en.

La voix de Lya fini enfin par s'éteindre, laissant la place au silence qui régnait en maître autour des deux jeunes femmes. Détachant ses yeux de ceux d'Halina, son regard se posa sur le bois autour d'elles, tentant en vain de percer les ombres nocturnes alors qu'un frisson parcouru son dos et qu'elle attendait que les mots de la Teylus s'ébauchent dans la nuit ombragée d'étincelles d'étoiles.


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Halina Nilsan

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MessageSujet: Re: Ne pas s'avouer ce que l'on sait, ou s'avouer ce que l'on ne sait pas [Terminé]   Ne pas s'avouer ce que l'on sait, ou s'avouer ce que l'on ne sait pas [Terminé] Icon_minitimeMer 14 Sep 2011 - 16:57

Halina attendit que ses paroles imprègnent bien Lya en contemplant ses ongles. Ils étaient rongés très court comme si elle voulait atteindre la peau tendre et planter ses dents blanches. Avoir une raison certaine d’avoir mal au lieu de souffrir pour un truc immatériel. Comment un sentiment pouvait-il faire aussi mal ? La jeune guerrière se retint un instant de tripoter les petites peaux autour de ses ongles puis n’y tint plus. Elle tira dessus avec ses dents. Elle pensait avoir perdu ces tics mais ils étaient revenus depuis le début de ses cauchemars. Pourquoi était-elle aussi nerveuse ? Elle était embarrassée, gênée. Elle ne voulait plus se confier. Elle en avait marre d’être la pauvre chose fragile que ne sait pas ce qu’elle veut. Qui veut être entourée et en même temps, ne dépendre de personne. Elle voudrait pouvoir tous les protéger mais ne parvenait même pas à se protéger elle-même des autres ou de ses propres sentiments. Elle était une loque.


Lya prononça une seule phrase. Elle rompit le silence avec une unique affirmation. Comme si ses déductions l’avaient menée là. Ces cinq mots la frappèrent de plein fouet. Et comme à chaque fois qu’elle y pensait, ou qu’on lui en parlait, des images l’envahirent. Ses cauchemars éveillés. Cette noirceur, la brume, les yeux, la peur, la douleur au genou et la honte. Quand l’imaginaire infiltre le réel, on ne peut que chercher la parade ou le moyen pour qu’il n’envahisse pas notre esprit. La Teylus acquiesça, même si la marchombre n’attendait pas de réponse à sa question qui n’en était pas une. Il y eut un nouveau silence qu’Halina ne voulait pas rompre, elle préférait laisser Lya à ses réflexions. Celle-ci finit par poser les questions tant redoutées. Elle avait deviné juste. Elle était perspicace et curieuse. Elle voyait les grandes lignes conductrices mais pas les détails. Elle avait compris la capture, l’enfermement, la possible torture puis la libération et sa visite chez les rêveurs une fois dehors. C’était à Halina de lui donner les informations, de lui expliquer et de combler les trous dans l’histoire de Lya. Cette fois-ci, elle ne pouvait pas reculer. Ou alors pour mieux plonger. La jeune fille la fixait, elle ne pouvait pas se dérober, elle ne le devait pas. Elle commença, presque à voix basse.


-Je suis entrée dans la résistance interne peu après t’avoir rencontrée. Ichel et moi avions découvert que les mercenaires nous contrôlaient et, toutes les deux plus deux garçons, on a dû effectuer une mission de reconnaissance pour trouver où les prisonniers étaient cachés. Tout se passait bien, on avait même réussi à parler avec un otage du nom de Kirfdéin, jusqu’à ce que l’on soit repéré poursuivis par des mercenaires. J’ai fait ma tête brûlée et décidé de tenter de les retenir le temps que les autres puissent fuir. J’ai cru que je pourrai mieux les défendre que si c’était un des deux marchombres qui le faisait à ma place. Sur le coup, je me sentais très courageuse et forte. J’ai vite déchanté.


L’histoire filait, elle ne pouvait plus retenir le flot qui, une fois lancé ne voulait plus être stoppé. Il semblait vouloir aller vite, vouloir que tout ça soit finit au plus vite, qu’elle n’ait plus cette boule dans la gorge à chaque fois qu’on la regarde avec pitié ou qu’Ichel ne vient pas lui parler. Elle avoua sa faiblesse, mots après mots. Elle aurait voulu qu’Ichel soit là, qu’elle entende ses explications, qu’elle comprenne à qu’elle point ça la hantait.


-Je n’étais pas de taille. Les deux fils de Raïs m’ont conduit devant leur chef une… Mentaï… Marlyn. J’étais embrumée. Finie cette belle bravade dès que je l’ai entendu parler… Et ses yeux, à glacer le sang… Je sais juste que j’ai donné leur nom. Elle marqua une pause. Trop courte à son goût. Putain, j’ai vendu des amis pour éviter la torture !


Elle avait crié la dernière phrase. Elle n’en pouvait plus. Maintenant c’était sorti. Ca faisait mal de s’avouer faible face à une amie mais elle le devait, elle devait le faire pour elle et puis pour arrêter de se mentir. Elle valait mieux que ça, se dit-elle pour se rassurer. Elle continua, vacillante :


-Je me suis retrouvée dans un cachot avec Kirfdéin, je l’ai aidé à aller mieux, à ne pas désespérer. Ma présence ici lui prouvait que l’Académie n’avait pas oublié ses otages. Puis, il n’y eut plus de lumière, plus d’espoir. Le temps s’étirait, encore et encore. On s’accrochait l’un à l’autre pour ne pas sombrer… Lui, il a enduré la torture juste pour le plaisir de cette… catin de Mentaï et j’entendais ses hurlements…


Sa voix se brisa. Elle sentait les premières larmes pointer sous ses paupières et ne les retint pas. Pas plus que ses paroles. Parler lui faisait se sentir un peu mieux, comme si une partie du poids qui avait pesé sur ses épaules depuis des semaines s’envolait. Elle n’allait pas complètement mieux. Il y a des blessures qui cicatrisent lentement. Elle termina donc, tentant de contenir les trémolos dans sa voix.


-J’ai été libérée, considérée comme une héroïne par certains et… Et je… Je ne sais plus où me mettre dans tout ça. Ça me hante tous les soirs maintenant…


Elle soupira, essuya une larme puis ce tint la tête entre les mains, coude sur ses genoux. Elle avait mal. Et puis, tout ceci n’était qu’une des causes de sa douleur. Il y avait aussi les doutes. Si lourds dans le tas des soucis qui s’accumulaient. Elle finit par enfin s’essuyer les larmes avec sa manche puis par regarder Lya. Elle ne voulait pas savoir ce que ses yeux allaient lui apprendre. Elle allait trouver ça nul. Elle allait lui en vouloir ou ne pas pouvoir digérer l’information, exactement comme Ichel. Elle attendit que la jeune femme dirige son regard vers elle ou lui réponde. Elle angoissait encore.



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MessageSujet: Re: Ne pas s'avouer ce que l'on sait, ou s'avouer ce que l'on ne sait pas [Terminé]   Ne pas s'avouer ce que l'on sait, ou s'avouer ce que l'on ne sait pas [Terminé] Icon_minitimeMer 21 Sep 2011 - 17:26

Les mots se précipitaient hors de la bouche d'Halina, retenus depuis bien trop longtemps déjà. Ces lettres posées les une à côtés des autres formaient une histoire qui prenait la forme d'image dans l'esprit de Lya. Elle revoyait leur première rencontre dans la salle commune des Félixias, puis elle suivit Halina lors de son enrôlement dans la résistance interne en compagnie d'Ichel. Ensuite, la jeune marchombre assista à leur mission de reconnaissance, à la fuite et à la décision de la guerrière. Les images se succédaient une à une, de plus en plus rapidement, donnant à Lya l'impression d'avoir assisté à chaques évènements alors qu'elle n'en avait jamais entendu parler avant cette nuit. Elle se vit accompagnant la jeune Teylus lors de son face à face avec cette Mentaï. Celle-ci n'était qu'une ombre immense qui semblait absorber la nuit, avec deux yeux rouges sang qui ne vous lâchaient pas et dont les traits du visage étaient totalement indistincts. La Kaelem ressentit la peur de son amie à cette instant. Elle la comprit, tout simplement, sans fioritures, sans arabesques et sans ornements. Elle voulut parler, mais laissa Halina se vider entièrement avant de la couper. Alors, Lya continua de la suivre dans sa prison, hésita, puis fini par y entrer derrière elle. La porte se referma, et ce fut le noir.

C'est étrange comme parfois, les mots peuvent être forts. Portée par ceux de son amie, Lya vivait un double rêve. Elle n'était plus assise sur les marches d'un cabanon, au milieu de la nuit et en compagnie d'Halina. Elle était à la fois avec l'ectoplasme de la jeune femme et de Kirfdéin dans un cachot puant, et de retour dans son cauchemar au milieu d'un cercle de fantômes. Cette vision ne dura pas longtemps, quelques seconde à peine. Mais pendant un instant, la Kaelem supporta sa propre peur et celle d'Halina. Une peur sourde. Profonde. Insupportable et pourtant présente. Lorsqu'enfin cette sensation s'estompa, Lya inspira intensément. Sans qu'elle ne s'en rende compte, sa respiration s'était bloquée dans sa poitrine. Le souffle court, la jeune femme vit la porte du cachot s'ouvrir, les deux prisonniers en sortir, et elle resta à l'intérieur. Seule dans le noir, les mots qu'elle avait voulu dire un peu plus tôt s'échappèrent d'entre ses lèvres:


-Peut-être que c'est normal... D'avoir eu peur. Je n'étais pas là, mais je crois que j'aurais réagi comme toi. Non, c'est faux, je n'aurais pas réagi comme toi. J'aurais couru avec les autres et je ne me serais pas retournée. J'aurais eu peur bien avant d'avoir une raison d'avoir peur. Toi, tu as eu peur face à cette raison, et tu as réagi aussi normalement que quelqu'un dans la même situation que toi aurais réagi. Tu n'as pas vendu tes amis, tu t'es préservée d'une torture certaine. Je pense même que tu as été plus intelligente que beaucoup d'autres. Ou en tous cas, moins bornée. Une personne bornée aurait subi cette torture, et aurait fini par dire tout ce qu'elle savait. Toi, tu as pris un raccourci, et ceux qui prennent un raccourci arrivent les premiers. Et puis, tes amis s'en sont quand même parfaitement bien sortis, non? Je comprend ce que tu ressens, mais tu as eu raison Halina. Il faut que tu l'acceptes, et je pense que tes cauchemars ne reviendront plus.

Lya était toujours enfermée dans sa prison. Mais la présence d'Halina était loin désormais. Une brise légère et tiède caressa son visage, lui donnant l'impression d'être dans deux lieux à la fois. La jeune femme se leva et annonça doucement:

-Je... je vais retourner au dortoir. Il fait nuit et...

Et rien. Aucune excuse, à part peut-être le fait de n'avoir rien d'autre à dire, de n'avoir surement pas tout compris. La porte était toujours fermée, et les pieds nus de Lya foulaient la terre humide en direction de l'académie. Pourtant, ils hésitèrent un instant. Peut-être que eux comprenaient oui, des pieds comprennent, c'est très courant, et finirent par faire demi-tour pour revenir auprès de la Teylus. Lya affronta ses yeux, essaya de parler à son tour, mais les mots restaient coincés au fond de sa gorge. Ce qu'elle s'apprêtait à raconter, elle l'avait déjà dit, mais cela n'avait pas été entendu. Et maintenant, elle avait peur que ça recommence. Et puis, elle ne parvenait pas à faire face à ce yeux qui reflétaient tant ceux de ses cauchemars. Lya contourna la jeune guerrière et s'assit, dos contre son dos. Elle prononça, d'abord dans un murmure, puis un peu plus fort:

-Moi aussi, j'ai une histoire et je fais des cauchemars. J'ai envie de te la raconter, mais il ne faudra pas que tu m'interrompes. Tu es d'accord?


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MessageSujet: Re: Ne pas s'avouer ce que l'on sait, ou s'avouer ce que l'on ne sait pas [Terminé]   Ne pas s'avouer ce que l'on sait, ou s'avouer ce que l'on ne sait pas [Terminé] Icon_minitimeLun 3 Oct 2011 - 14:53

Halina se sentait flotter. D’angoissée, elle devenait immatérielle, elle survolait la scène bien atypique. Deux filles, même pas encore des femmes, devant une cabane en ruine au milieu de la forêt. En pleine nuit. L’une en pleurs qui raconte un truc et l’autre qui écoute, attentive. Vive le mélodramatisme de la scène, quoi. Elle avait l’impression de loin d’être l’héroïne d’une série B d’un roman à l’eau de rose qui vient d’annoncer à son amie que John l’a trompée avec Brenda pendant des semaines et que maintenant celle-ci est enceinte sauf qu’on ne sait pas si le gamin va être du macho John ou du voyou ténébreux Joey et que pour se venger l’héroïne a elle-même dragué le beau plombier, qui se trouve être comme par hasard charmant, drôle et intelligent. Sauf que la situation actuelle était beaucoup moins superficielle... Du moins de son point de vue.


Elle remit pied à terre quand Lya prit enfin la parole. Elle aussi avait les mots qui se bousculaient hors de ses lèvres mais ce qu’elle disait lui faisait chaud au cœur. Elle lui disait que sa peur irraisonnée était normale. Comme Hestia quelques jours plus tôt elle lui dit qu’elle aurait fait exactement pareil qu’elle. A la différence près qu’elle n’aurait pas pu faire face. Halina se demanda alors comment elle-même avait-elle trouvé le courage de se retourner pour essayer de les retenir. Elle avait réagi au feeling sûrement. Elle réalisa qu’elle avait toujours été comme ça. L’épisode des souterrains n’était qu’un exemple parmi les autres. Elle était prompte à sauter sur ses deux pieds, laisser tout ce qu’elle faisait en plan et courir défendre la veuve et l’orphelin. Elle se souvint à quelle vitesse elle avait réagi à Al-Chen lors de l’attaque de la caravane. Elle ne réfléchissait pas dans ces moments-là, elle agissait. Sans se soucier de se prendre un coup. Elle l’avait dans le sang.


Mais dès qu’elle se retrouvait face à plus fort, plus impressionnant qu’elle, elle regrettait. Enfin, non, elle n’avait jamais regretté de ne pas avoir fui au plus vite. Lorsqu’elle se retrouvait face à une menace impalpable, non combattable, tout son courage se rétractait, fondait comme neige au Soleil. C’était à cause de ça qu’elle avait parlé. Parce qu’elle ne pouvait pas se défendre, parce qu’elle aurait été à la merci totale de quelqu’un. Elle aurait été obligée de donner des détails, d’hurler, de supplier. De cette manière, elle avait gardé un semblant de dignité, elle n’avait dit que leurs noms, ni leur Maisons, ni leurs activités, ni les liens qui les unissaient. Elle avait pu rester évasive. Lya disait qu’elle n’avait pas été bornée. Mais, être borné n’était-ce pas une bonne chose ? Elle se reprit : non être borné c’est ne jamais faire preuve d’ouverture d’esprit, croire que l’on a toujours raison face aux autres. Pouvait-elle qualifier ça d’une sorte de lâcheté ? Son raisonnement s’enchaînait dans sa tête. Elle-même pouvait être bornée quand elle le voulait. Lors de sa première rencontre avec Lya, elle n’avait pas vraiment écouté ses arguments, elle les avait balayés d’un geste négligeant de la main. Elle était restée campée sur ses opinions. Elle n’avait pas vu ses erreurs. La jeune guerrière espérait ne plus jamais se comporter ainsi.


La marchombre avait raison, ses amis allaient bien c’était le principal. L’autre point pour lequel elle avait raison, c’était qu’elle devait accepter ce qu’elle avait fait. Arrêter d’être rongée par le remord. Ne pas oublier, parce qu’elle ne le pourrait jamais, mais ranger ça dans un coin pour continuer de vivre. Mais les cauchemars s’arrêteraient-il de sitôt ? Arriverait-elle un jour à se regarder dans un miroir sans être dégoûtée de l’image qu’elle renvoyait. Arrêterait-elle un jour de faire semblant d’aller bien ? Pourrait-elle vivre normalement en sachant ce qu’elle était capable de faire dans une situation qui la dépasse ? La guerrière se dit qu’elle avait du boulot avant de redevenir la-fille-drôle-et-joviale qu’elle était à son arrivée. Elle était devenue pour les gens qui ne la connaissaient pas très bien la-fille-bizarre, un-peu-renfermée-mais-qui-n’hésite-pas-à-filer-un-coup-de main-ou-à-faire-un-sourire. Dire que son rêve était de devenir la-fille-à-pas-défier-en-duel-qui-peut-protéger-tout-le-monde-et-que-tout-le-monde-respecte.


Soudainement, Lya se releva et balbutia une excuse pour s’en aller. La Teylus réalisa alors qu’elle n’était pas la seule à en avoir gros sur le cœur et que son amie aussi avait des choses à dire. Mais bon, allait-elle en avoir le courage après ce qu’on venait de lui raconter ? Halina attendit. Elle connaissait cette sensation que la marchombre devait avoir au cœur. Elle hésitait, se dit-elle. Pourtant, avant qu’elle n’ait plus la retenir, elle tourna les talons et s’éloigna. La brunette vit sa silhouette partir et se contenta de la fixer, un peu surprise. Alors c’était tout ? Tu calmes mes angoisses par une tirade, tu me montres ta peur et hop ! tu disparais ? M’enfin, si t’as pas envie ou ne te sent pas la force d’en parler, je suis la mieux placée pour le comprendre. Mais tu ne devrais pas te charger ainsi d’un poids trop lourds pour toi : ma peur qui vient de s’ajouter à la tienne.


Il lui fallut quelques secondes pour revenir devant une Halina bouche-bée. C’était qu’elle changeait vite d’avis la demoiselle ! Bien plus vite que son amie n’aurai pu le faire. Lya la regarda un instant dans les yeux et elle vit ses lèvres commencer des phrases sans qu’un seul mot ne sorte. La guerrière n’y comprit rien du tout et se demanda si elle faisait la même tête quand elle avait essayée de parler. Elle imaginait ce qui pouvait bien passer dans la tête de son amie, les pensées folles qui pouvaient l’agiter et le tourbillon des doutes qui risquait de l’emporter. Halina s’en voulut un peu de ne pas avoir remarqué que son amie n’allait pas. Elle s’était trop concentrée sur ses petits problèmes à elle. Elle était égoïste comme fille réalisa-t-elle et cela lui mit un nouveau coup au moral. Elle était devenue très douée depuis sa rencontre avec la Mentaï et ses retrouvailles avec Lian pour détecter ses défauts et ses failles. Elle aurait aimé qu’on lui dise que c’était faux, qu’il fallait qu’elle arrête de s’imaginer des trucs mais elle ne pouvait pas se le cacher. Et puis, comme tout le monde, elle avait des défauts, il lui faudrait juste un peu plus de temps pour le réaliser.


Lya posa une seule condition à ses confidences : son silence. Pas d’interruptions, pas de questions. Juste écouter. La marchombre avait envie de le lui dire et ça s’était très important. Halina pourrait bien se taire le temps que la jeune femme lui raconte. Le silence était dans ses cordes, elle l’avait déjà tant expérimenté. La guerrière lui sourit calmement. Chacune son tour.


-Tu m’as écoutée, à moi d’en faire autant.


[ Désolée pour le retard ! J'espère que ça te va ! Jean-Théophane ]


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MessageSujet: Re: Ne pas s'avouer ce que l'on sait, ou s'avouer ce que l'on ne sait pas [Terminé]   Ne pas s'avouer ce que l'on sait, ou s'avouer ce que l'on ne sait pas [Terminé] Icon_minitimeVen 7 Oct 2011 - 21:37

Par quoi pouvait-elle donc commencer?

L'histoire était longue, compliqué, assez tordue, mais surtout, Lya n'était plus certaine de vouloir la raconter. Les images défilaient dans son esprit, une à une, formant un petit film à l'accéléré. L'histoire avait débuté depuis trop longtemps. Avant même son arrivé à l'académie, il y avait plusieurs mois de cela. Presque un an peut-être. Lya ne savait plus vraiment. Dos à dos avec Halina, elle pouvait sentir le corps de son amie se soulever au rythme régulier de sa respiration. Un rythme un peu plus calme qu'auparavant, mais ça non plus, la jeune femme n'en n'était pas sûre. En vérité, elle n'était sûre de rien, ou de pas grand chose. Peut-être était-ce la chaleur du corps contre son dos, son mouvement apaisant, ou alors ses propres doutes et décisions. A moins que ça ne soit le fait que la porte du cachot restait fermée. Toujours est-il que les premiers mots se glissèrent enfin entre les lèvres de Lya. Elle les choisit avec soin avant de les laisser passer:


-Il y a beaucoup de choses qui font que la porte ne s'est pas encore ouverte. Beaucoup de choses accumulées depuis vraiment longtemps. Tu peux les compter si tu veux, mais je ne t'y obliges pas. Ca a commencé environ trois ans avant que je n'entre à l'académie. J'avais à peu près quinze ans. J'étais vraiment en colère contre mes parents ce jour-là, et je suis partie, comme ça, sur un coup de tête... Et je sais que cette réaction était stupide, complètement nulle. Mais je suis partie et je ne les ai plus revu. Je crois que j'ai peur de ce qu'ils pourraient dire si j'y retourne un jour.

Ils lui manquaient. Terriblement. Un peu plus de jour en jour. Lya savait qu'elle regretterait de ne jamais y retourner. Mais au fond d'elle-même, la peur grondait, sourde et profonde. La peur de ce qui avait pu changer depuis tout ce temps. La peur aussi, que peut-être rien n'avait changé à part elle. La peur de ne plus être acceptée comme ce qu'elle était devenue. Après tout, elle n'était pas leur fille, ne l'avait jamais été. Alors pourquoi reviendrait-elle? Lya reprit:

-J'ai pas mal voyagé avant de venir ici. Et je suis tombée amoureuse. Enfin, je crois. Mais peu importe, retiens seulement qu'il s'appelle Tilian et qu'on se voyait peu.

Peu. Le mot convenait parfaitement. Lya passait son temps à voyager en long, en large et en travers dans tout Gwendalavir, à la recherche d'aventures et surtout d'un maître marchombre. Le jeune homme quant à lui restait la plupart du temps à Al-Jeit. Il apprenait le métier de forgeron auprès d'un maître peu renommé. Parfois lors des rares passages de la jeune voyageuse dans la capitale, ils se voyaient pendant quelques jours. Encore plus rarement, le maître de Tilian lui permettait de partir pendant une semaine ou deux, ce qui comblait Lya de joie. C'était lors de l'un de ces séjours en amoureux que le jeune homme avait offert un poignard à Lya. Un poignard qu'il avait lui-même forgé et qu'elle conservait précieusement. Cela avait beau être du passé, c'était le premier amour de la marchombre. Celui auquel on s'attache beaucoup et qu'on a du mal à quitter. Lya inspira profondément et continua d'une voix fébrile:

-Ensuite, je suis entrée à l'académie. Et... et j'ai rencontré Selhan. Tu comprends, Tilian ne donnait plus de nouvelle. Enfin, d'habitude, il n'en donnait pas non plus, mais là... c'était différent. Il aurait pu passer, et j'aurais aussi pu aller le voir... mais je crois que je n'en n'avait même pas envie. Et peut-être que lui non plus. 'Fin, je mélange tout. Je reprend à Selhan. Pendant la reprise, il m'a sauvé la vie, et j'ai sauvé la sienne. C'est surement la seule action dont je peux me vanter depuis ces trois dernières années. Et je crois que ça a beaucoup joué.

Ca n'allait pas. Lya avait l'impression de jouer les prolongation. Elle s'embrouillait dans son histoire, un gribouillis pas terminé. Elle devait faire plus simple, sinon elle n'y comprendrait plus rien, et Halina non plus.

-Bref, on est tombé amoureux. Sauf que c'est un assassin, mais j'ai décidé que... tant pis, je ferais avec. Après Elera m'a laissé trois semaine pour voyager un peu. On a décidé d'aller à Al-Jeit, lui pour découvrir les origine de sa famille et moi pour choisir Selhan plutôt que Tillian. La-bas, je l'ai vu et je lui ai expliqué. Ensuite, Selhan m'a emmené dans une sorte d'amphithéâtre. On es tombé dans une embuscade.

La voix de Lya se fit plus bégayante au fur et à mesure que ses souvenirs récents surgissaient encore une fois. L'origine de ses cauchemars.

-C'était... des mercenaires du Chaos. Ils étaient beaucoup et... il y en a deux qui ont fondu sur moi. J'ai pas compris pourquoi, mais l'un a tué l'autre... ou plutôt, l'une a tué l'autre. Et après, le combat s'est vraiment engagé entre nous deux. J'avais aucune chance. Je faisais que esquiver. Et plus ça durait, moins j'y arrivais. Et puis je l'ai tuée.

Et il y avait le sang. Ses yeux. Ses propres blessures et celle, béante, qui s'ouvrait sur sa gorge. Selhan qui combattait encore. Le sang. Le son des lames qui se fracassaient. Son corps où le cœur ne battait plus. Le sang rouge rubis, partout, même sur ses propres vêtements. Et ces yeux émeraudes. Le souffle de sa respiration arrêté. Ses yeux qui continuaient de la fixer au-delà de la mort. Leur deux corps allongés, se touchant presque. Et le sang encore. Et ces yeux surtout.

-La suite, je ne m'en souviens plus très bien. On est rentré. J'ai voulu en parler mais... on ne m'a pas écouté. Voila, j'ai quitté mes parents sans raisons valable, ensuite un garçon, puis l'autre, et cet autre sur un coup de colère... Et j'ai tué une femme.

Enfermée dans son cachot, loin dans son esprit, Lya se leva et ouvrit la porte de sa prison.
Elle n'était pas encore sortie. Elle ne sortirait pas seule. Il fallait qu'on vienne la chercher. Mais la porte était ouverte.


[Bien sur Jean-Théophane ][/color]


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Halina Nilsan

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MessageSujet: Re: Ne pas s'avouer ce que l'on sait, ou s'avouer ce que l'on ne sait pas [Terminé]   Ne pas s'avouer ce que l'on sait, ou s'avouer ce que l'on ne sait pas [Terminé] Icon_minitimeVen 14 Oct 2011 - 21:33

Dos à son amie, les yeux fixés sur la forêt qui les environnait, Halina sentit son cœur ralentir. Après la pression qu’il avait subi quelques instants auparavant, il s’apaisait enfin. La raison physique de ce calme, n’était autre que sa respiration régulière. Elle avait cessée d’angoisser autant, de sangloter et de… Bref, elle allait mieux. C’était pas le must de la forme mais ça s’améliorait ! Elle attendit patiemment, comme Lya l’avait fait pour elle un peu plus tôt. Elle était un peu curieuse de savoir ce qui pouvait mettre la marchombre aux multiples questions et aux arguments en béton dans cet état. Elle se rappela soudain d’un évènement dans les ragots Académiciens. L’un d’eux avait porté sur la marchombre… Mais que racontait-il déjà ? Il y en avait tant qu’elle n’y portait pas toujours très attention. Et puis, elle n’aimait pas vraiment ce que certains colportaient sur les autres. Surtout quand il s’agissait de ses amis. Ou d’elle. Les commères avaient beau chuchoter, la salle commune des Teylus était plutôt petit et avait une très bonne sonorité. La concernée tentait de les ignorer, ces tissus de mensonges ou de vérité qui ne la ramenait qu’à sa propre médiocrité. Elle soupira.


Au même moment, la jeune femme commença son histoire. Une histoire un peu triste aussi. Une dispute et c’est toute une famille qui s’écroule. La guerrière avait toujours été très attachée aux valeurs familiales mais il fallait avouer qu’elle avait évolué dans un cocon d’amour. Entre sa mère au petit soin, son frère qui la protégeait et son père qui faisait tout pour lui épargner les douleurs de la vie, elle avait été gâtée par la vie. Une nouvelle fois, elle réalisa que cela lui manquait. Elle avait envie de se réfugier entre les bras musclés de son frère comme quand elle était petite. Puis il la regarderait dans les yeux et dirait « Tu vas voir, tout va s’arranger. Je suis là. » Et elle de repartir dans son beau monde jouer. Son monde s’était écroulé à la mort de sa mère. Même si elle était trop jeune pour que ça lui fasse aussi mal. Elle avait connu ensuite la dureté de la vie et la mort de son père apaisé. Savoir qu’il était heureux là-haut, qu’il avait rejoint la femme de sa vie quelque part lui avait permis de faire son deuil.


Elle compris pourquoi Lya avait peur d’y retourner mais en même temps, elle imaginait l’angoisse de ses parents qui se demandaient où était leur fille, si elle était encore en vie, si elle était heureuse. Ils devaient sûrement espérer le jour où elle reviendrait. Ils pourraient s’excuser, en parler. Avant qu’il ne soit trop tard. Forte de son expérience avec la famille de Kirfdéin, elle se dit que si celle de la marchombre était ouverte d’esprit, elle ne devrait normalement pas avoir de mauvaise surprise. Elle était leur fille après tout, la chair de leur sang, celle qu’ils avaient élevé ensemble. Halina garda ses pensées, elle ne voulait pas interrompre son amie.


Celle-ci passa à la suite. Alors comme ça, elle était elle aussi une bourlingueuse, une voyageuse. Elle s’était épuisée les pattes sur les routes tantôt poussiéreuses, tantôt embourbées de l’Empire. Elle découvrit le nouveau point commun qu’elle avait avec Lya un peu surprise. Elle se reprit, elle aurait dû y penser qu’une marchombre ne le devenait pas sans raison. Qu’elle n’avait pas décidée un jour comme ça : « tiens je vais me barrer de la maison familiale pour aller direct à cette Académie super renommée et devenir marchombre ! » Elle-même ne connaissait les marchombres que de nom et de réputation colportée lorsqu’elle avait abouti ici. Elle aussi avait rencontré l’amour durant ses voyage. Un certain Tilian. Tiens, elle fit immédiatement le rapprochement avec Lian est grinça des dents. Se pourrait-il que le dragueur fourbe est encore frappé ?


Elle laissa cette hypothèse dans un coin de sa tête, si les deux étaient le même, elle aurait quelqu’un pour la soutenir dans le calvaire qu’il lui avait infligé. Halina suivit l’arrivée de son amie à l’Académie, elle se souvint de leur première rencontre, et réalisa qu’encore une fois, leurs histoires avaient leurs ressemblances. L’Académie lui avait permis à elle aussi de trouver chaussure à son pied. Lya avait donc sauvé la vie de Selhan. Elle l’avait récemment croisé pour la première fois ce garçon, sur les toits. Elle n’avait pas eu les détails de leur histoire, ils ne s’affichaient pas ou alors, ils se voyaient moins. Ils s’étaient mutuellement sauvés la vie. Un peu comme elle et Kirfdéin : elle lui avait empêché de sombrer quand il n’avait plus foi en la vie et au moment où elle avait vu sa vie passer en accéléré à cause d’une erreur de débutant, il était là avec son arc bandé. C’était romantique quand même. Malgré la peine que l’on pouvait sentir dans la voix de la jeune fille. La guerrière s’était un peu embrouiller les pieds au sujet de sa perte de vue avec Tilian mais elle s’accrochait.


L’histoire continua son déroulement, elle apprit que Selhan était en fait un assassin mais que la marchombre n’en avait pas tenu compte, qu’au moment où elle et l’Aequor partaient pour Al-Chen, les deux amoureux se rendait à Al-Jeit. Tout s’accéléra soudain, comme si la machine devenait folle et Halina eu un peu de peine à suivre. Puis, l’action s’arrêta d’un coup sur l’embuscade. La guerrière ressentit la peur de son amie, elle se battit à ses côtés, se demandant à chaque esquive quand elle allait finir embrocher sur l’épée de la mercenaire et enfin, la tua. Elle sentit sa respiration s’embrouiller et les muscles de son dos se contracter, lui indiquant que c’était cette partie du récit qui la faisait le plus souffrir. La brunette comprenait. Elle ne partageait pas cette douleur parce que la mort faisait maintenant partie de son paysage… Nan c’était faux, elle ne devait pas se mentir. Elle n’oublierait jamais ces visages. Elle ne connaissait pas leur noms ni s’ils avaient une famille qui les pleurait mais elle avait fait un choix. Comme ils avaient fait le leur : risquer leurs vies dans des actes de hors-la-loi. Ils savaient ce qu’ils encourraient. Et elle ne tuait jamais pour le plaisir. Elle sauvait sa vie ou celle des autres.


Elle écouta avec attention la conclusion succincte de son amie et se demanda comment formuler les pensées qui se bousculaient. Comment devait-elle dire ce qu’elle avait en tête de façons à ne pas faire donneuse de leçons ou celle qui n’en n’a strictement rien à faire. Elle n’était pas de ce genre. Elle voulait la rassurer. Lui faire comprendre que la vie continuait, qu’elle avait encore des tas de choses à vivre et que ça ne devait pas l’empêcher d’avancer. Mais comment convaincre quelqu’un lorsque l’on n’est soi-même pas convaincue ? Lorsque l’on est envahi par les mêmes doutes ? Elle choisit la carte de la vérité.


-C’était ta vie contre la sienne, si j’ai bien tout compris. Tu as fait un choix, tu as su réagir, défendre ton droit de vivre. Je comprends que ce soit dur, ôter une existence ne devrait jamais être une partie de plaisir. Il y a quelques temps, j’ai dû te dire que tuer ne me faisait rien. Mais je mentais, je me souviens de chacun de leurs visages et parfois je me demande s’ils avaient une famille, une femme que j’ai rendue veuve ou un enfant qui est devenu orphelin.


Elle resta silencieuse un court moment pendant que le film passait à nouveau. Certains visages avaient perdu leur netteté. Elle continua sur sa lancée :


-Un jour, on arrive à faire la part des choses… Cette femme avait choisi de devenir ce qu’elle était et toi tu as choisi de vivre. C’était le bon choix. Comme tu me l’as dit tout à l’heure : tu dois l’accepter… C’est la même chose pour tes parents, fais le choix qui te semble le plus juste, celui que ton instinct te montre.


Elle ajouta, déversant son sac encore une fois, mais cette fois-ci, plus sereinement, comme si elle racontait une histoire banale :


-Pour ce qui est de tes choix sentimentaux, je ne peux pas trop t’aider, j’ai le même type de problème. Je suis tombé follement amoureuse d’un garçon, Lian, quelques années avant mon arrivée. Puis la douloureuse séparation. Je passe à autre chose. J’aime Kirfdéin et la semaine dernière je tombe sur Lian, devenu garde ici. J’ai appris que notre histoire d’amour n’était qu’un rôle pour lui, une mise en scène où je suis le pigeon de service. Alors moi aussi je doute de mes sentiments maintenant… Elle déclara ensuite, en rigolant un peu : Nous faisons une belle paire de loques, n'est-ce pas?



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MessageSujet: Re: Ne pas s'avouer ce que l'on sait, ou s'avouer ce que l'on ne sait pas [Terminé]   Ne pas s'avouer ce que l'on sait, ou s'avouer ce que l'on ne sait pas [Terminé] Icon_minitimeDim 6 Nov 2011 - 11:32

Les sons modulés par la voix d'Halina se faufilaient un à un dans l'esprit de Lya. Ils se posaient sur ses blessures externes, puis internes, puis disparaissaient pour ne laisser derrière eux que quelques cicatrices. Un nombre vague de marques encore rosées qui menaçaient de se rouvrir au moindre contact un peu violent, mais qui étaient tout de même enfin refermées. Doucement, Lya ferma les yeux pour pouvoir, derrière le mur opaque de ses paupières, penser, repenser et tourner dans tous les sens possibles les phrases franches et apaisantes d'Halina.

Avait-elle réellement eu le choix dans cet amphithéâtre d'Al-Jeit, face à deux Mercenaires décidés à la tuer? Oui, car on a toujours le choix. C'était l'une des première choses qu'Elera lui avait apprise, mais que Lya commençait seulement à comprendre et à mettre en pratique. Alors aurait-elle été capable de décider de les laisser vivre pour mourir à leur place? Non, car on meurt pour quelqu'un qu'on aime plus que soi-même, quelqu'un pour qui on a le faux sentiment d'appartenir tant l'amour qu'on lui porte est grand. On choisi aussi de mourir pour une cause que l'on peux stupidement considérer comme supérieure aux autres causes. Ou alors, lorsqu'on a un sens du devoir que Lya savait ne jamais avoir, on choisi de mourir pour une personne ayant un rôle important à jouer dans la face du monde: un Empereur, un grand chef ou une future reine. On n'est alors rien d'autre qu'un sacrifice qui restera gravé pendant quelques décennies dans les mémoire pour son "acte courageux et glorieux". Mais la Mercenaire n'était ni une personne que Lya aimait, ni une cause supérieure aux autres, ni un roi dans un jeu d'échec. Ce que disait Halina était donc juste. Inconsciemment, poussée par sa volonté de vivre, la jeune marchombre avait fait le bon choix. Guidée par une ombre invisible, la sortie se profilaient loin devant Lya dans son labyrinthe du doute.

Sa volonté de vivre. Cela aussi avait été l'un des premiers sujets de discussion que Lya avait eu avec son maître.
"As-tu peur de la mort?".
La jeune femme ignorait même que l'on puisse répondre négativement à cette question. Elle se rappelait qu'un "oui" franc avait fusé immédiatement dans l'air froid de ce milieu d'hiver. Elera lui avait alors promis de lui apprendre pour qu'elle puisse comprendre. Depuis, la Kaelem apprenait, mais elle ne comprenait toujours pas. Ce déclic, résultat de plusieurs expériences et réflexions que la vie donne, n'avait toujours pas eu lieu de son esprit enclin à vivre. Et elle n'était pas certaine qu'il ai lieu un jour.

Un demi-sourire naquit sur les lèvres de Lya lorsqu'elle atteignit enfin la sortie, poussée par les mots d'Halina qui rangeaient, ordonnaient et lui montraient ses actes et ses pensées tels qu'ils étaient vraiment et pas tel qu'elle les voyaient. Lya retournerait voir ses parents. Un jour, pas maintenant, ni demain, mais quant elle serait prête. Depuis longtemps, elle savait qu'elle le ferait, mais il fallait que quelqu'un l'aide à le voir. Quant à Selhan et Tillian, ils étaient du passé qu'il fallait non pas oublier, mais garder dans un coin de sa mémoire comme expérience dont elle pouvait tirer quelques leçons. Une chose était sûre, c'est qu'il se dérouleraient surement longtemps avant que quiconque le revoie avec un garçon. Lya en avait plus qu'assez de culpabiliser à cause d'eux, de devoir ajouter des dièses et des bémols aux notes de sa vie pour leur bon vouloir. Le sourire découvrit ses dents à la dernière phrase de la guerrière, laissant échapper un rire qui s'éteignit rapidement, avalé par les arbres et la nuit.


-Des loques... je crois que t'aurais pas pu trouver un meilleur mot pour nous décrire.

Mais Lya comptait bien reprendre sa vie la où elle l'avait laissé. Elle irait voir son arbre, sa jument aussi, ignorer Selhan comme elle le pouvait, peut-être s'excuser auprès de l'intendant, devenir marchombre, sourire à Kirfdéin pour qui elle ne ressentait que indifférence la plus totale, parler à Hestia, Enelyë et Gwëll, jouer encore avec le vent, nager dans le lac et voir s'il l'on pouvait jouer avec l'eau comme avec l'air, chatouiller le ventre des poissons, gravir un montagne, courir, penser, s'asseoir et ne rien faire, offrir un porte clé à l'effigie de ses pantoufles à maître Cil'Eternit... juste vivre.

-Je savais pas que tu étais avec Kirfdéin. Tu sais que c'est mon compagnon d'apprentissage? On a le même maître marchombre. Mais j'le connait pas bien, on s'parle pas beaucoup

Une tentative de reprendre une conversation plus banale, pas forcément plus intéressante, mais qui ne faisait pas monter les larmes aux yeux à chaque mots prononcés. Une conversation qui les replaçaient toutes les deux sur les chemin de la vie telle que beaucoup la vivait à leurs âges. Derrière les arbres, les premières lueurs du jours se posaient sur les toits de l'académie. Lya ramena ses pieds nus et gelés contre ses cuisses dans une vaine tentative pour les réchauffer.

-Merci Hal'. Ca fait du bien de parler, de dire ce qui pèse sur nous depuis longtemps. Il y en a pas beaucoup qui savent vraiment écouter. Toi, tu sais... J'ai les pieds gelés. J'sais vraiment pas comment tu fais pour venir dormir ici, il fait trop froid. Tu pourrais retourner à ton dortoir non?

[Vala, désolé pour la longueur. I love you ]


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MessageSujet: Re: Ne pas s'avouer ce que l'on sait, ou s'avouer ce que l'on ne sait pas [Terminé]   Ne pas s'avouer ce que l'on sait, ou s'avouer ce que l'on ne sait pas [Terminé] Icon_minitimeDim 13 Nov 2011 - 22:16

Lya rit à sa pathétique tentative d’humour. C’était bien de s’entendre rire, même brièvement. Comme si tout pouvait redevenir comme avant. En fait, Halina réalisait peu à peu qu’elle avait encore sa vie devant elle, malgré cette impression d’être effacée de la terre. Avant de parler avec Lya, elle n’avait pas vraiment eu l’impression que quelqu’un s’intéressait à ses problèmes. La guerrière n’avait pas eu l’impression de rencontrer des gens près à l’écouter vraiment. Ils attendaient simplement que par on ne sait quelle opération du Saint Esprit, elle aille mieux. Comme si une plaie aussi béante pouvait se refermer seule. Elle était heureuse d’avoir pu en parler. Elle avait réussi à extérioriser ses doutes et ses peurs. Elles avaient toutes les deux réussi. Et ça c’était un grand pas en avant.


Lya lui révéla ensuite qu’elle était elle aussi l’élève d’Elera. M’enfin, ça elle le savait déjà. Kirfdéin taisait plein de choses de son enseignement, mais il lui avait dit pour Lya. Lui non plus n’avait pas l’air de lui parler beaucoup. Halina trouvait ça dommage. A deux cerveaux, on travaille mieux. On a quelqu’un à qui se confronter, se comparer. On doit sûrement progresser plus vite si on a des explications en plus d’un autre. M’enfin, peut-être que les marchombre étaient vraiment les grands solitaire associables que décrivent les rumeurs… Pourtant Halina en côtoyait quelques-uns dans l’Académie qui n’étaient pas aussi solitaires qu’elle n’aurait pu l’imaginer. Elle répondit avec un grand sourire qui tentait d’effacer les pleurs de tout à l’heure :


-Pourtant, on s’est pas cachés tous les deux. Yep’, Kirf’ me l’avait dit ! M’enfin, c’est une maladie d’être aussi discrets sur votre enseignement ?


Elle n’attendait pas vraiment de réponse et son sourire en témoignait. En réalité, elle ne parlait pas non plus beaucoup de ce que leur apprenait son Maître d’armes. La stratégie ou les explications de techniques n’avaient pas vraiment à être développées hors des cours. Les novices ne devaient pas apprendre certaines techniques. Halina était pressée de passer de Fer à Acier. Elle avait envie d’en apprendre plus, d’évoluer et de pouvoir être forte. Elle voulait être utile en quelque chose. Savoir se défendre seule. Et puis peut-être que son esprit épuisé réclamait une dernière chose qu’elle refusait d’écouter : la vengeance. Elle ne voulait pas tomber là-dedans et pourtant, elle ressentait souvent une colère sourde en pensant à celle qui les avait fait souffrir. Parfois même, c’était son visage qu’elle voyait quand elle tapait avec force sur son sac de sable ou quand elle s’en prenait au mannequin en paille. Elle tenta de chasser une nouvelle fois ces idées noires de sa tête.


Lya frissonna dans son dos, changea de position et reprit la parole. Elle la remercia de l’avoir écoutée, de savoir, contrairement à d’autres, écouter. Pourtant, c’était à Halina de le faire. Elle lui devait tellement. La jeune femme venait de lui ôter une partie du poids sur ses épaules qui était beaucoup trop lourd pour elle. C’est fou comment parler à une amie et avouer ses peurs pouvait l’apaiser. Maintenant, il ne lui restait plus qu’à en parler à Ichel. Etre courageuse et affronter son regard qui vous foudroyait. Elle déclara à son tour :


-Nan, c’est moi qui te remercie. J’pensais pas arriver à tout déballer aussi facilement, mais toi tu sais mettre les gens en confiance.


La jeune marchombre, avoua avoir froid et demanda pourquoi Hal’ ne retournerait pas dans son dortoir. Aucune chance maintenant qu’il commençait à faire jour. Elle avait une grosse journée de prévue et aucune chance qu’elle n’arrive à se rendormir après une telle discussion. Elle devenait vraiment insomniaque, c’était effrayant. Elle secoua la tête en signe de dénégation et se releva. Elle s’étira les jambes pour camoufler un peu son malaise. Elle n’avait pas envie de développer son problème de sommeil. Lya avait dû de toute façon finir par le comprendre. Halina dit donc :


-Nop’, il n’y a pas de fenêtre et je tiens à voir ce lever de soleil. J’en ai tellement vu depuis ma sortie et pourtant ça me fait toujours le même effet. Je vais plutôt aller courir. Si tu veux venir avec moi, il n’y a pas de problème. Par contre, t’as l’air frigorifiée, ajouta-t-elle en souriant, tu devrais plus te couvrir quand tu sors en pleine nuit.




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MessageSujet: Re: Ne pas s'avouer ce que l'on sait, ou s'avouer ce que l'on ne sait pas [Terminé]   Ne pas s'avouer ce que l'on sait, ou s'avouer ce que l'on ne sait pas [Terminé] Icon_minitimeDim 27 Nov 2011 - 18:12

Le soleil envoyait une nouvelle fois ses premiers rayons sur la terre de Gwendalavir, poursuivant ainsi son cercle sans fin qui ne se terminerait pas avant la nuit des temps, et ignorant par la même occasion le fourmillement des vies qui se profilaient à des kilomètres et des kilomètres de lui. Comme accompagné par cette lumière naissante, un sourire discret se dessina sur les lèvres de Lya, dû en réalité à la question d'Halina. Les marchombres étaient-ils vraiment tous considérés comme des êtres à part qui gardaient jalousement leur secrets pour eux? Oui, probablement. Il suffisait de considéré la manière dont la jeune femme avait pour la première fois entendue parler des marchombres. Les marchands qui murmuraient entre eux sur cette guilde inconnue semblaient alors plus la craindre et la respecter qu'en rire dans son dos. Mais dans ce cas, était-ce vrai que les secrets des marchombres n'étaient que pour eux? Elera ne lui avait jamais vraiment parlé de cela, mais il semblait à Lya que certaines choses n'était dévoilées qu'à des apprentis, alors que d'autres non. C'était Hestia, qui dans la bibliothèque, lors de leur première rencontre, lui avait parlé de la danse avec le vent. Lya ne se souvenait plus tout à fait des circonstances exactes, mais elle se rappelait que cela l'avait énormément surprise que la jeune guerrière sache qu'il était possible de faire du vent son ami. Peut-être que certaines choses pouvaient être dévoilées à certaines personnes et d'autres non. C'était surement cela qui maintenait un voile de mystère perpétuel sur la guilde. Lya se promit de poser la question à Elera la prochaine fois qu'elle la verrait.

-J'le savait pas. Ou p't'être que je voulait pas me l'avouer. Au moins, on aura toutes les deux appris quelque chose cette nuit: toi tu sais écouter, et moi, j'sais mettre les gens en confiance. Ca fait une qualité parmi nos multiples défauts, et j'suis sûre qu'en cherchant bien, on peut en trouver plein d'autres.

Lya se leva en prononçant ces quelques mots. Sa chemise de nuit lui arrivait jusqu'à mi-cuisse, et si son poncho protégeait le haut de son corps, ses jambes étaient gelées et ses pieds encore plus. Elle hésitait à accepter la proposition d'Halina. Courir la réchaufferait un peu, mais le faire pieds nus n'était pas forcément conseillé. La Kaelem décida de mélanger les deux options qui s'offraient à elle pour n'en faire qu'une seule:

-Je t'accompagne, mais seulement jusqu'à l'académie. J'ai besoin d'une bonne douche pour me réchauffer. Et j'veux pas arriver en retard à mon cours d'Alchimie.

Sans ajouter un mot de plus, les deux jeunes femmes dévalèrent les trois marches qui menaient à la cabane, puis elles trottinèrent, d'abord lentement pour s'échauffer, ensuite accélérant imperceptiblement l'allure jusqu'à trouver leur rythme d'entrainement. Lya ne sentait pas les épines de pin et les cailloux qui s'enfonçaient sans remord dans sa plante de pied. Elle avait les membres trop engourdis pour le sentir, et cela lui donnait l'impression de courir sur du bitume gelé. Petit à petit, la douleur se répercuta le long de ses jambes, mais les portes de l'académie se rapprochaient rapidement, et Lya ne s'arrêta pas. Au moment où elles y arrivèrent, un point de côté se fit sentir. La jeune Kaelem n'avait vraiment plus du tout l'habitude de courir. Elle se promit de s'y remettre le plus rapidement possible. Au moment d'entrer, elle lança à Halina:

-On se revoit peut-être dans la journée. Profite bien de ta course, tu verras, ça aide à évacuer.

Puis Lya poussa la lourde porte de bois et se réfugia à l'intérieur. La différence de température entre l'intérieur et l'extérieur était telle que la jeune femme avait l'impression d'avoir la peau des jambes brulées. Les élèves les plus matinaux étaient déjà debout, mais si quelques uns la dévisagèrent, la plupart ignorèrent son accoutrement un peu étrange pour une personne venant de dehors. Lya adressa un sourire à ceux qu'elle connaissait, puis se dépêcha d'aller à la salle d'eau la plus proche avant que celles-ci ne soient bondées. Elle se lava rapidement, soupirant d'aise dans l'eau chaude, puis repartit vers son dortoir au moment ou de plus en plus de monde remplissait la salle d'eau. Dans son dortoir vide, Lya s'habilla et se coiffa rapidement, puis descendit à la grande salle pour continuer sa journée, et par la même occasion, sa vie.

[Je te laisse poster pour clore le RP. Si tu veux continuer, j'édite.]



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MessageSujet: Re: Ne pas s'avouer ce que l'on sait, ou s'avouer ce que l'on ne sait pas [Terminé]   Ne pas s'avouer ce que l'on sait, ou s'avouer ce que l'on ne sait pas [Terminé] Icon_minitimeLun 5 Déc 2011 - 20:51

Lya énonça une simple vérité qui mit du temps à attendre son cerveau. Elles venaient de se trouver mutuellement des qualités, de belles qualités. En tout cas, c’était sympa de savoir que si un jour elle avait besoin de vider son sac à nouveau, elle pourrait se tourner vers la jeune marchombre et que celle-ci pourrait faire de même sans hésiter. Nouer des liens avec les gens et entretenir ses relations seraient son nouveau credo. Halina avait de nouveau une folle envie de vivre. Elle sourit alors que son amie se levait à son tour. Elle avait envie de bouger parce que dehors, ça caillait ferme. Même pour quelqu’un de bien couverte comme elle l’était. La guerrière avait maintenant envie de voir Ichel mais elle se disait que ce n’était pas à elle de faire le premier pas. Qu’elle avait déjà fait un bout de chemin dans sa direction et qui était peut-être temps pour la marchombre de la rejoindre ou de s’éloigner définitivement en coupant ses espoirs.


La brunette en chemise de nuit et poncho déclara qu’elle l’accompagnerait mais uniquement jusqu’à l’Académie pour ne pas arriver en retard en cours. Son regard tomba sur ses pieds… nus. Ah oui, en effet, Halina avait oublié ce menu détail avant de proposer cette virée à son amie. Nan mais quelle idée lui avait traversé la tête ? Sortir sans chaussures du dortoir… On était plus en été et puis il faisait nuit. Elle était marchombre non ? Attraper une paire de chaussure et un pantalon discrètement, elle pouvait le faire facilement ? La guerrière ne se rendait pas compte qu’elle s’imaginait de plus en plus des trucs sur les marchombres. M’enfin, elle en côtoyait un certain nombre donc c’était certain que son imaginaire s’emballait. Elle voyait bien ses amis suspendus sur un mur ou en train de se balancer dans les arbres. Inconsciemment, elle se demandait si un maître marchombre, comme Elera-l’adepte-de-chocolat, aurait pu se sortir seul de sa prison. Halina répondit à Lya en souriant :


-J’ai cours de combat et vu comment Messire Guidjek semble décidé à nous faire transpirer, … la douche attendra mon retour de la salle d’armes.


Les deux amies s’élancèrent sur le chemin menant à l’Académie. D’abord lentement puis, comme chacune semblait en avoir l’habitude, elles accélérèrent un peu pour atteindre leur rythme de croisière. Ceci pour lequel Halina pouvait courir des heures durant. Le trajet embla très court. Beaucoup plus qu’à l’aller. Et Lya sembla accueillir l’arrivée des portes avec un plaisir flagrant. A noter : ne pas essayer de courir pieds nus, ça avait l’air finalement douloureux. Puis la marchombre la salua et lui conseilla de bien profiter de la course et la guerrière répondit dans le même ton :


-Certainement ! Je compte bien en profiter. Courir me fait à chaque fois le même bien fou. Bonne journée à toi !


Enfin, la jeune femme se lança sur les chemins tant arpentés avec joie. Elle commença doucement, comme d’habitude, pour échauffer ses muscles. Puis elle accéléra petit à petit jusqu’à sa foulée idéale. Le vent de la course jouait avec ses cheveux et avec ses joues. Ses pieds touchaient le sol à un rythme régulier. Sa respiration se concentrait uniquement à fournir à ses muscles l’énergie nécessaire pour qu’ils la portent et était ainsi apaisée, très monotone. Elle n’avait même pas besoin de réfléchir, de combler son esprit de choses futiles. Son corps s’en chargeait à sa place, il envoyait des tas d’infos qui lui faisaient oublier tout le reste. Courir pour elle, c’était se retrouver seul avec soi-même, c’était se libérer et en même temps c’était aussi se dépasser en franchissant ses propres limites.


Elle aimait réellement cette impression que le temps c’est arrêté. Surtout quand on savait que plus tard, à un moment que l’on évitait de mentionner, la réalité reprendrait ses droits. Elle les reprenait toujours. De plus en plus tard peut-être mais elle revenait toujours, épuisante et douloureuse. La nature lui rappelait qu’elle n’était qu’humaine. Qu’elle ne pouvait pas laisser en arrière ses propres limites. Quand le point de côté arriva, elle était prête car elle savait maintenant quand il venait. Halina se redirigea donc vers les bâtiments de l’Académie. Sa plante des pieds devenait un peu plus douloureuse au fur et à mesure qu’elle fatiguait. Lorsqu’elle rentra dans le hall, elle était vidée mais heureuse. Elle s’était remplit d’énergies positives qui la tenaient éloignée de la peur et des doutes pour le moment. Elle pouvait avancer.


[ RP terminé !]


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