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 L'Instant d'une Etincelle [Terminé]

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Sentinelle
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MessageSujet: L'Instant d'une Etincelle [Terminé]   Sam 21 Mai 2011 - 22:22


Elle balaya la pièce du regard.

Toute la douceur qui lui restait caressa les bureaux de bois, les tapis, roulés dans un coin de la salle servant à la pratique, les larges vitres qui recevaient du printemps les retombées d’une glissine. Ces détails sobres mais qui éclairait les meilleurs moments de sa vie lui arrachèrent un sourire. Tout serait différent, désormais, c’était-elle dit. Elle possédait maintenant les clés de ces grands meubles de bois noir qui recelaient d’instruments et de volumes dédiés à l’étude du dessin : Scintilleurs, matériel d’analyses, quelques copies des  essais de grands dessinateurs au sujet du pas sur le coté, des entités, des Spires. Un jour elle irait se plonger dans ces lourds volumes qu’elle gratifiait d’un éternel soupir durant son enfance. Les découvertes qu’elle pourrait y faire méritaient peut être qu’on s’attarde sur ces longs développements serrés.

Tout serait différent. Ou non.

Elle était entrée dans la salle avec cette même dévorante envie d‘apprendre , de comprendre et d’analyser  que pendant ces anciens  cours, mais cette curiosité, au lieu de prendre le chemin convenu de l’étude de son propre don, se dirigeait maintenant vers ceux qu’elle devrait appeler ses élèves. L’expérience s’avérait séduisante, quoi de plus passionnant que de suivre le trajet d’un jeune don vers l‘accomplissement? Elle comptait tirer tout le bénéfice de  cette observation pour l’accomplissement de ses propres desseins, comptant tirer vers la perfection toutes les facettes du potentiel qu’elle avait à sa disposition.

Elle sentait pourtant le danger qu’il y avait dans cette relation maître élève, relation qui pouvait, trop vite à son gout, tomber dans des liens bien étroits pour être rompus. Elle s’était promis de ne pas tomber dans les pièges, maintenant trop puérils, de l’attachement. Sans se faire trop de soucis pourtant; elle n’était pas Maya,  n’avait ni cette patience bienveillante, ni la volonté de considérer ses élèves autrement que par leur classe de dessinateur, ni encore une facilité évidente pour la société.  Elle serait Ciléa Ril’Morienval, incapable d’inventer avec un nom, une autre façon d’être, une personnalité de replis.  Elle n’était pas Neela Selyann.

---

Elle jeta un regard sur la liste parcheminée des élèves de première année,  heureuse de constater qu’il n’y avait quasiment que des noms disposant des trois lettres de noblesses  dans son cours. Elle interrogeait  sa mémoire poussière  pour tenter de se rappeler de quelques familles dont elle était sensé connaître la prestance. Il ne restait plus grand-chose de ses souvenirs. Elle se promit de s’interroger plus sérieusement sur leurs nom. Plus tard. Car alors qu’elle déposait le sablier qui servirait pour l’exercice sur son bureau, il entrèrent. Elle se rendit compte brusquement de leur maigre différence d’age. Elle avait quoi? 21 ans? Ce qui lui laissait quatre années de différence avec les plus jeunes, tellement peu avec les plus âgés . Et bien , cela n’enlèverait rien à son statut
.

« Bonjour à tous, je suis Ciléa Ril’Morienval, assistante de la Dame Ril’Otrin . »

Sa voix noya les quelques bavardages qui s’étaient installé, elle hocha la tête de consentement.

« Bien. J’espère que  chacun d’entre vous sait pourquoi il est là, et je suppose qu’il est inutile de rappeler les règles fondamentales pour que votre année avec moi vous soit agréable, mais ne sait on jamais… »


Elle jeta un vague regard sur ses quelques élèves , tentant d’identifier à leur tenue et à leur attention quel seraient les fauteurs de troubles de l’année.

« Malgré le flou créatif qui entoure la légende du Dessin, cette voie vous demandera de la rigueur. Une pratique régulières des exercices, une implication assidu dans les cours et au dehors, quelques pages parcheminés à remplir. Mes cours ne sont pas obligatoire, il le sont seulement si vous souhaitez passer sans trop de problème à l’étape suivante de votre apprentissage, aussi je ne vous encourage pas à venir si vos objectifs sortent du domaines des Spires . J’ajouterais que l’envie de connaitre l’Imagination et d’avancer dans les Spires me semble essentielle, pour devenir un bon dessinateur mais je suppose que je n’ai pas mon mot à dire là-dessus. »

Elle marqua une pause, encore, songeant à la difficulté de devenir dessinateur sans l’amour des Spires. L’idée lui semblait  sacrilège mais faisait partie des rares choses qu’elle n’exigerait pas de ses élèves. L’envie ne s’ exigeait pas, de toute façon .


« Allons-y, si vous êtes prêt…»


Elle se dirigea vers les fenêtres et tira les grand rideaux sur les vitre, plongeant la salle de dessin dans l’obscurité pour les pupilles surprises de ce brusque passage de la lumière au noir total, puis retourna à l’aveugle près de son bureau . Elle entra brièvement dans  les Spires, s’y plongeant assez profondément pourtant pour que sa marque s’imprime grossièrement dans l’imagination. Prenant source dans la paume de sa main gauche, un serpent  enflammé s’enroula sur lui-même, formant une spirale de feu, qui coulait éternellement en un reflet flammèche.

« Maintenant murmura-t-elle lentement,  comme pour ne pas troubler la nuit ou la lumière tremblante. Je vous demande de tendre vers la représentation exacte du dessin que je viens de créer. Vous avez le temps du sablier . »

Elle entra une nouvelle fois dans les Spires et trouva l’objet du temps, posé sur le bureau, elle explora le squelette , s’introduit dans la matière, fit place encore une fois à la clarté et modifia les couleurs du sable, lui donnant une teneur scintillante, comme si la lumière s’était glissée  dans les morceaux de poussières. Le sable luciole s’écoulait maintenant aux yeux de tous . Ciléa se tenait droite, la main gauche immobile, maintenant le dessin, la main droite posé près du sablier. Un chat aurait pu comprendre, dans ses yeux vide, qu’elle se tenait dans les Spires, étudiant à leur insu, les signatures des élèves et leur mouvement dans la vaste toile qu’elle percevait de mieux en mieux. Elle doutait qu’un élève de première année réussisse l’exercice. Seulement, elle voulait voir comment chacun, avec un exercice d’énoncé pauvre, aborderait les Spires, et réussirait à agencer la réalité, l’imitation, et une part de ce monde encore peu connu d’eux.

Entrez dans les Spires, sentez cette joie folle de supériorité qui vous ai offert dans ses anneaux, comprenez cette communion, négociation entre ces deux mondes, avalez doucement le miel de la compréhension tacite entre cette entité et votre individualité. Ce monde peut étancher votre soif et vous pouvez entrouvrir la porte qu’il vous à offert dès votre naissance.


[ A vous Very Happy]


_______________
Spoiler:
 



{-Ciléa Ril'Morienval-} {-Lohan Gayana-} {-Ganabiön d'Illuminée-}
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Etincelle
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MessageSujet: Re: L'Instant d'une Etincelle [Terminé]   Mar 28 Juin 2011 - 16:23

Premier cours de dessin. Première véritable rencontre avec ses condisciples.

Lev n'était pas arrivé depuis assez longtemps pour s'être reposé de l'éreintant voyage qu'il avait du effectuer. Premier rappel à l'ordre, celui de l'intendant qui avait vu dans ses manières quelque chose de particulier, il n'était donc pas temps de se faire remarquer à nouveau en arrivant en retard, même si l'appel du lit se faisait plus fort que jamais. Le jeune homme s'était donc levé de bonne heure, s'évertuant à éviter le plus possible les élèves de l'Académie. Ce n'était pas leur faute, mais la plupart étaient de simples roturiers, et tout en eux, de leur discussions jusqu'à leurs manières en passant par leurs accents sauvages, incitaient le noble à ne pas se lier à une catégorie sociale que ses parents n'avaient que peu fréquenté. Oh, pas par dédain, ou peut-être un peu mais beaucoup moins que les autres familles nobles d'Al-Jeit, mais surtout parce que les centres d’intérêts n'étaient pas les mêmes, chacun vivait dans un monde inconcevable à l'autre. Aussi Lev, malgré son adaptabilité à la plupart des genres, ne prenait-il pas le risque de se faire connaître, du moins pas avant qu'il ne sache quelle attitude présenter aux gens.

Son masque mettait du temps à se former, tout simplement. Et puis de toute manière, il n'en avait pas vraiment envie.

Sa main s’attardait sur les murs poussiéreux des couloirs qu'ils traversait d'un pas léger, tout en laissant son esprit chavirer dans un autre monde aux chimères colorées. Une des premières choses qu'il avait fait en entrant dans le bâtiment avait été celle de scruter l'imagination à la recherche des traces des différents dessinateurs de l'Académie. Les plus puissant du moins, il n'avait pas assez d'expérience pour définir avec exactitude l'empreinte des dessinateurs de bas niveaux - malheureusement ceux là étaient les plus nombreux. Au moins cela lui permettait-il de situer à peu près ceux dont le potentiel était remarquable - professeurs et élèves compris.

Il souris en imaginant sa soeur traverser les mêmes couloirs que lui à cet instant, goutant à la saveur onctueuse d'une prochaine rencontre, et à la chaleur que dispensait en lui la vérité qu'il avait si atrocement soutiré à ses parents. Elle pulsait cette vérité, contre son coeur comme un médaillon de feu, et lui donnait une énergie qui le maintenait éveillé jusque tard dans la nuit. De longues cernes assombrissaient un peu plus son regard, rendant le bleu de ces yeux plus perçants, illuminés par l'obsession qui les consumait. Il sifflota un petit air joyeux alors qu'il s'approchait de la salle indiquée par l'intendant pour son premier cours de dessin. La porte était ouverte et quelques élèves déjà présents tournèrent la tête lorsqu'il entra dans la salle de classe aux trois quart vide.

Sans dévisager les élèves, il s'assit au milieu de la salle, ni trop près ni trop loin pour ne pas se faire particulièrement remarquer. Il s'assit en faisant racler sa chaise, sans croiser les yeux de personne, tout en se demandant ce qu'il serait capable de faire des épreuves qu'on lui demanderait d'effectuer. Il n'était pas bon élève, c'était un fait, il n'arrivait jamais à se concentrer suffisamment sans partir dans des rêveries alambiquées qui réduisaient sa volonté à néant. Mais il était puissant, son don le contrôlait plus que sa raison, et il était capable de prouesses involontaires comme d'échecs cuisant. Mais il avait apprit, tout de même, suite à l'enseignement intensif dont feu ses parents l'avaient gratifié. Mais il restait trop d'inconnues dans l’équation et cela le mettait mal à l'aise.

Il leva son regard vers le tableau, et ses prunelles brillèrent lorsqu'il avisa leur probable professeur. D'une allure altière, presque hautaine tant la pureté du port de tête effaçait l'humanité de la démarche, il reconnut en elle une noble, comme lui, de haute famille. Son don était probablement puissant puisque le jeune homme ne pouvait pas le sentir, elle le cachait donc bien en attendant le début du cours. Elle était belle, aussi, et cela n'était pas pour l'arranger. Déjà qu'il ne savait pas comment son don allait réagir, alors si en plus son esprit se parasitait de fantasmes incessants et chimériques... Il ramena ses mains sous la table et fit craquer ses phalanges sous le bois du pupitre, produisant un son qui couvrit un instant le bruissement des conversations des élèves. Il pencha la tête en arrière, et se força à respirer et à penser à autre chose qu'aux poignets et aux chevilles délicatement ciselées de la jeune femme, ni à la candeur de l'arc de son cou qui semblait n'appeler que les mains de Lev pour se resserrer à la autour des vertèbres de verre de la nuque. Il pencha un peu plus la sienne qui émit un nouveau craquement articulaire de protestation, tandis que le sang refluait de son esprit. Il n'ouvrit pas les yeux lorsque la professeur prit la parole, imposant le silence aux élèves.

Il écouta sans doute avec plus d'attention que n'auraient du mériter les platitudes que l'assistante leur débita, mais cela lui permis de se concentrer suffisamment. Il rouvrit les yeux à l'instant précis où la Ril'Morienval ferma les volets, heureuse coïncidence qui lui permit de ne pas être éblouit et de continuer à suivre les déplacements de la jeune femme. Les choses sérieuses commençaient, et avec elle l’intérêt croissant pour le dessin qui montait dans la poitrine de Lev.

Ses yeux ne quittèrent pas un seul geste de la femme, et lorsqu'elle pénétra dans les spires, il était près à l'y suivre. A l'instant même où elle ouvrit la porte de son pouvoir, il vit rougeoyer une empreinte qu'il avait déjà ressentit lors de ses premières explorations de l'Académie. Elle avait un pouvoir certain, il le sentait, mais il pu la suivre aisément, à la suite de son ombre éthérée. Était-ce parce qu'il était aussi puissant qu'elle ou bien parce que son ascension couvrait seulement les bases de l'imagination ? Il ne savait pas, mais il n'eut aucun mal à la voir œuvrer son serpent de feu.

Ah le feu... Lev soupira d'aise en effleurant une flammèche dans sa propre imagination. Il adorait le feu. Ces farandoles de sang qui dansaient et fusionnait à l'or incandescent, la chaleur et la brûlure, l'odeur souveraine de la douceur d'un brasier, celle plus aérienne encore de la combustion de l'air, et le reflet qui danse dans les yeux, comme une invitation malsaine et tendre... Il imaginait le brasier qui avait emporter ses parents, sa petite soeur et son ancienne identité, et il frissonna d'aise. Il était partit tellement loin dans ses rêveries qu'il faillit manquer la consigne de l'assistante.

Respirant profondément, il tâcha de se concentrer pour faire naître cette boule de puissance qui lui permettait de puiser dans le potentiel infini de son imagination. Le soucis était que cette sphère de pouvoir allait et venait comme bon lui semblait. Mais l'athmosphère était si studieuse, le dessin imprégnant chaque recoin de la salle de classe, qu'étrangement il parvint à se plonger avec délice dans les spires qui lui tendaient leurs bras voluptueux. Son pouvoir articula sa volonté en une chaine d'incandescence qui déroula ses maillons de braise autour de son bras gauche. Ce n'était pas un serpent, mais aux yeux du jeune homme, le métal en fusion était tellement beau qu'il n'avait pu s'empêcher de le faire basculer dans la réalité. Le noir se troua de lumières vives, mais petites, tandis que les maillons de la chaine, portés aux rouges, léchés par quelques flamèches or et bleu, se resserraient autour du bras de leur créateur créateur. Mais la chaine était vivante, elle crachait ses crocs, sifflait et se tortillait exactement de la même manière que le serpent de l'assistante. Il sourit devant sa création. Son pouvoir l'exaltait et ses yeux brillaient d'un éclat bleu qui trouait presque l'obscurité artificielle de la pièce.

Lorsqu'il releva les yeux, il croisa ceux de la jeune femme. Il ne pu y lire aucune des émotions qui nageaient sous la surface, alors il se contenta d'un sourire en coin et ne détourna pas le regard, vrillant ses prunelles bleues dans les émeraudes de la dessinatrice noble.



_______________
Spoiler:
 


J'aurais du sang sur les doigts
et l'éclat de tes yeux vides
comme antichambre au trépas
de mon âme impavide




Lev Mil'Sha
// Anaïel // Miaelle Campbelle




Bois
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MessageSujet: Re: L'Instant d'une Etincelle [Terminé]   Ven 15 Juil 2011 - 12:31

Peste soit de celui qui avait en premier découvert l’Imagination, avait décidé que c’était un royaume trop beau pour rester dans l’ombre, et avait commencé à en enseigner l’arpentage à ses disciples. La combattante traîna les pieds jusqu’à la salle de Dessin, déjà d’une humeur exécrable alors que la journée n’avait pas encore commencé. Elle marchait vite, sans faire attention aux autres, et marmonnait dans sa barbe, ce qui lui valut des regards peu amènes des autres utilisateurs du couloir qu’elle ne remarqua même pas. Ah, Papa, je le fais pour toi mais j’espère que tu as bien conscience que c’est de bien mauvais gré…

Elle s’était installé dans un coin, au fond de la salle. Elle changeait tout le temps, à chaque fois qu’elle changeait d’Académie. Parfois, elle s’amusait à se mettre au premier rang, faisant semblant d’être bonne élève. Parfois, elle se mettait au milieu, pour pouvoir embêter le plus de monde possible ; parfois, au fond, pour qu’on l’oublie, ce qui était toujours un échec cuisant. Parfois la salle était en cercle, et elle n’était qu’un maillon dans la ronde d’apprentis, système qu’elle avait affectionné, autant qu’elle pouvait affectionner un système, en tout cas. Là, elle se mit au fond, pas pour se faire oublier, mais surtout pour pouvoir observer les autres élèves et critiquer tout à son aise. Des nobles hautains, comme dans toutes les Académies, mais aussi quelques roturiers, au regard plus curieux, peut-être, qui avaient l’air de penser ne pas être à leurs places. Que des nouveaux. Des gens qui n’y connaissaient rien, qui avaient Dessiné, une fois, par hasard, et s’étaient retrouvés ici, puisque personne d’autres ne voulaient les aider à atteindre leur potentiel. Et puis il y avait l’enseignante ; noble, elle aussi, et Shawna ne put s’empêcher de laisser échapper un ricanement de mépris. Vas-y, fais-nous donc le discours de début d’année, ma jolie…

Elle l’avait entendu tellement de fois, ce discours, qu’elle en connaissait toutes les variantes. La chance qu’ils avaient d’être ici, la noblesse du Dessin, la beauté de l’Imagination, l’honneur de pouvoir, un jour, défendre les terres de l’Empire gagnées à la sueur du meilleur des Dessinateurs, et puis encore une tartine sur Merwyn, les guerres Ts’lichs, et elle s’endormait toujours quelque part pendant l’histoire du verrou. Certains passaient tout le premier cours à discourir. Elle fut donc agréablement étonnée lorsque Ciléa s’arrêta assez rapidement, leur apprenant même que les cours étaient facultatifs, et qu’elle n’enseignerait qu’à ceux qui le voulaient. Shawna avait l’habitude des professeurs qui ne comprenaient pas lorsqu’un apprenti ne voulait pas apprendre, et s’énervait obstinément à vouloir leurs donner envie… Elle aimait bien se moquer d’eux, leurs prouver qu’ils n’y arriveraient jamais. Et se faisait virer, bien entendu. Enfin bon.

Serpent de feu. Tiens, encore une différence. Le premier jour, les Dessinateurs avaient tendance à vouloir leurs faire allumer et éteindre des bougies avec un manque d’originalité flagrant. Shawna observa la création de la demoiselle, et haussa les sourcils. Détaillé, magnifique, avec ses yeux étincelants qui paraissait vivants. Déjà que les bougies demandaient une concentration qu’elle n’avait pas, alors créer une beauté pareille… Aucune chance. Elle mettait la barre vraiment très haut, pour un premier cours. Enfin bon ; elle était venue ici pour essayer, pour pouvoir dire à son père que oui, elle avait suivi des cours de Dessin, que ce n’était pas sa faute si elle n’y arrivait pas, alors elle allait essayer, échouer, et dire à son père que oui, elle avait suivi des cours de Dessin et que ce n’était pas sa faute si elle n’y arrivait pas.

Les premiers grains coulèrent du sablier, et Shawna ne savait absolument pas quoi faire. On lui avait expliqué mille fois comment entrer dans l’Imagination ; basculer là-bas, puis chercher sa création, la suivre de l’esprit, intérieurement et extérieurement, jusqu’à ce qu’elle soit parfaite, et revenir. Mais voilà, basculer, c’était déjà un problème. Elle l’avait déjà fait, mais elle n’arrivait pas à saisir comment, à recommencer de manière stable. On lui avait déjà dit de "suivre" les autres Dessinateurs, mais elle n'arrivait pas à sentir quand quelqu'un d'autre y entrait, non plus. C’était par instinct, qu’elle s’y était rendue, et quand elle se concentrait sur y aller, elle manquait immanquablement la porte d’entrée. Et la première création retombait déjà dans la réalité… Shawna regarda le serpent de métal coulé, et ricana à nouveau.

- Frimeur.

L’insulte avait fusé, naturelle, assez forte pour être entendu du jeune homme, mais elle ne garda pas son attention sur lui plus longtemps. La première fois qu’elle avait réussi à Dessiner, c’était la musique qui l’avait guidée, et elle avait remarqué, plusieurs fois déjà, qu’elle arrivait davantage à se concentrer avec une chanson dans la tête. Alors elle se mit à fredonner. La Ballade du Dragon, celle qu’elle préférait par-dessus tout, collait parfaitement à l’exercice proposé. Elle ignora le sablier. Ignora, aussi, les regards agacés des apprentis qui, à cause de sa voix, n’arrivaient plus à se concentrer. Ils n’avaient qu’à se boucher les oreilles, s’ils n’étaient pas contents. La Balade prit de la force dans son esprit, et les images qui lui venaient en tête, lorsque Nahemi contait son histoire, s’imposèrent à son esprit. Le Dragon, en vol, les paysages, nombreux, de Gwendalavir, et le ciel, la suie, la fumée qui s’élève, la caverne charbonneuse des narines, et le feu qui en souffle, brûlant, carbonisant…

Elle entra bruyamment dans les Spires.

Elle ne le sentit qu’à moitié, comme on se sent basculer dans un rêve, un peu ; on sait, parfois, que l’on est en train de rêver, à cause des sensations, mais sans vraiment pouvoir se le dire, et c’était pareil. Elle ne sentit pas combien elle était bruyante, par contre, mais le savait. Bruyante physiquement, alors qu’elle continuait à fredonner ; bruyante mentalement, alors qu’elle entrait comme un bolide dans l’Imagination sans en avoir conscience, sans voir les chemins qu’elle écrasait au passage. Elle le savait, parce qu’on le lui avait déjà dit mille fois. « Tu fais un vacarme fou, Shawna, essaie de diluer, de regarder où tu mets les pieds. » Vous êtes marrants, bonshommes, mais j’ai pas de pieds, dans l’Imagination. Son esprit était direct, écrasant, envahissant. Comme sa présence. Elle n’avait jamais essayé de se faire discrète dans le monde réel, ce n’était pas pour commencer dans celui-ci. Et même si elle l’avait voulu, elle ne savait de toute manière pas comment faire, incapable qu’elle était de saisir les détails ciselés et la délicatesse de ce monde qu’ils lui décrivaient. Le Dragon se posa, dans un battement de ses ailes puissantes, soulevant la poussière autour de lui, et Shawna se perdit dans les braises de ses yeux, tout comme celui qui chantait la ballade. Qu’est-ce qu’elle faisait là, déjà ? Ah, oui. Dessiner. Un serpent de feu. Crache, Dragon, donne-moi ton feu. Shawna modifia mentalement les paroles de la Ballade, et sourit en voyant les flammes. Allumer la bougie, maintenant. Ah, non, mauvais exercice… Et puis pour les bougies, il fallait beaucoup, beaucoup moins de feu. La boule grandit. Ah, non, ça ne va pas. Il est petit, le serpent, tout petit, il tient dans la main… Elle tendit la main pour attraper la flamme. Tiens, ça ne brûle pas. Mince. Basculement.

Shawna sauta en arrière lorsque le feu bascula dans la réalité, saut qui ne servit à rien, puisque la flamme avait été créée dans ses mains, et suivit le mouvement. Sa main baignait de flammes, rougeoyantes, trop hautes, trop farouches. Du feu à l’état brut, qui ne ressemblait pas le moins du monde à un serpent, ni à quoique ce soit d’autres, d’ailleurs. Bon, au moins avait-elle réussi à Dessiner, c’était déjà quelque chose. Shawna jeta un regard au sablier. Complètement écoulé. Depuis combien de temps, elle n’en avait aucune idée. Pas grave. La flamme disparut, et Shawna fit tourner sa main noire entourées de bandages plus gris que blancs devant elle. Aucune trace du Dessin préexistant.

Brr.

Ca lui foutait toujours des frissons dans le dos, ces trucs là...


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MessageSujet: Re: L'Instant d'une Etincelle [Terminé]   Mer 20 Juil 2011 - 19:28

[J'avoue m'être assez défoulée sur ce coup là. Si quelque chose ne va pas -saufs'ils'agitd'orthographe- mp =) ]
[Si quelqu'un veut nous rejoindre, il est encore temps...]

C’était fascinant . Encore plus que son observation de la bataille, puisqu’ici, entièrement en sureté, elle avait tout le loisir de contempler les babils désespérés de ses élèves pour tenter de recréer la forme enflammée. Les Spires étaient tellement révélatrices de caractères, surtout ici, utilisées avec la candeur balbutiante du débutant : Elles surpassaient les meilleurs pièges de langages, les petites danses du paraitre ou de l’aspect, s’ appuyaient sur des éléments des plus solides pour tirer des conclusions sur une personnalité. Elle s’étonna que tant de dessinateur se concentrent sur l’aspect pratique du dessin et que si peu se soient interrogés sur l’Imagination en temps qu’atout d’information.

Il y avait ceux qui tremblaient , comme englués dans la grosse pâte informe de l’incertitude qui hésitaient jusqu’au dernier moment à se jeter dans cette dimension inconnue et qui stagnaient dans les basses Spires, incapables de trancher sur le chemin à prendre, trop peu surs d’eux pour faire une tentative de dessin. Les minutieux, le don plus tranquille et moins dispersé préparaient lentement leurs dessins, s’efforçant d’ajouter le plus de détails à leur création. Ce désir notoire de perfection immobiliserait éternellement leurs objets cognitifs dans les Spires, incapables par leurs complexité de basculer dans la réalité. Les ambitieux prenaient ce contrepoint en montant rapidement dans les Spires sans prendre le temps de suivre sa consigne et en oubliant d’observer son propre dessin. Il y avait ceux qui tentaient de faire plier l’imagination, ceux qui essayaient de s’y couler, ceux qui la subissait, ceux qui l’envahissaient. Ces divergences de chemins l’enchantaient et provoquaient en même temps la constatation désolante du grain de sable devant l'immensité.

Deux élèves sur la dizaine d'oeufs avaient produit quelque chose. La plupart des autres avaient élaboré un dessin trop complexe pour réussir à le faire basculer dans le temps imparti, trop court. D’autres n’avaient même pas réussit à prendre le chemin de l’imagination. Le don du premier élève qui avait illuminé la pièce avait tout de suite attirer son attention. Il aurait fallut qu’elle soit particulièrement fatiguée pour ne pas le détecter, de toute façon :L’élève faisait un bruit terrible dans les Spires et malgré les protections de l'académie, il lui semblait probable qu’un dessinateur expérimenté, cherchant à guetter les signatures puisse le détecter à Al-Jeit tant il manquait de discrétion. Sans qu’elle puisse deviner l’agencement exacte des trois cercles, elle aurait affirmer sans hésitation la composante principal de ce don : Le pouvoir. A force d’observer les dons de ses condisciples elle avait remarqué que les dons à prédominance cercle jaune faisaient plus de bruit dans les Spires que les autres. Leurs signatures étaient plus brillantes et avaient tendance à s’étendre dans l’Imagination, à se propager partout et à se disséminer dans toute la Spirale, comme si ces dons tentaient de faire corps avec l’imagination elle-même . Le pouvoir. C’était la facette la plus inconnue des trois selon elle. La volonté se comprenait d’un point de vue humain, la créativité était plutôt explicite, mais le pouvoir ? Cet élément du don avait été source de grands nombres de traités, et on essayait toujours, sans véritable succès de lui appliquer une définition précise. Discerner un don à pouvoir aurait donner habituellement à Ciléa la satisfaction égocentrique de se reconnaitre presque savante et fine en matière de Dessin, pourtant ici la gloire était atténuée par l’éclat trop extrême de la signature dans les Spires et par une constatation amère: Pour avoir un tel retentissement, le cercle jaune de l’élève devait sans aucun doute surpasser le sien et elle ne put s’ empêcher de penser, même si l’idée lui sembla saugrenue, qu’il devait aller jusqu’à dépasser celui de Merwyn Ril‘Avalon.

Elle s‘en désintéressa au moment ou il eut fini son dessin pour observer les autres élèves. La seconde création lui parut terne en comparaison.Basculant au dernier grain de sable, elle provenait d’une dessinatrice qui se mouvait avec beaucoup de difficultés dans les Spires. Comme incapable d’avancer d’un seul bloc, son don se dispersait entre deux monde et elle perdait en énergie en se heurtant au plus basse Spires alors qu’elle semblait capable d‘avançait beaucoup plus haut dans l‘Imagination. Son don n‘était pas discret, lui non plus . Mais c‘était autre chose, c‘était même l‘inverse puisque le pouvoir, semblait-il, facilitait l‘adhérence au Spire. Shawna avançait à l‘aveuglette, heurtait les signatures sans même s‘apercevoir qu‘elle était en contact avec d‘autres dessinateurs, elle n‘avait que peu de conscience de L’Imagination et avançait d‘elle-même, sans se préoccupait de la liaison permanente à entretenir. La présence de Lev était autre, il semblait avoir une véritable union avec les Spires, seulement son don était terriblement bruyant de lui-même, terriblement envahissant…

Elle ouvrit les yeux, alertée par l’alarme qu’elle avait reliée au Sablier et qui résonna dans sa tête. Les alarmes…C’était une des dernières choses que Maya lui avait enseigné, en théorie. La pratique, elle avait du la découvrir ensuite, seule avec les grimoire qui peuplait le rayon dessin de la bibliothèque.


« L’exercice est fini. »

Elle couvrit la salle sombre du regard et s’ arreta sur la création de Shawna qui disparut avant qu’elle ai pu distinguer le visage de sa créatrice. Cela valait peut-être mieux pour la jeune fille, le noir garantissait une sorte d’égalité entre les nobles et roturiers plutôt bénéfique aux élèves du peuple. Elle ne pu qu’entendre le léger raclement de chaise dans sa direction . Ciléa revint vers l’élève au milieu de la salle. Ses yeux brillants éclairé par sa création trahissait son excitation et Ciléa cru distinguer dans le bleu de son regard ce qu’elle appelait la passion du dessin. Elle fut tenter d’hocher la tête d’approbation pour lui signifiait qu’elle partageait cette euphorie déréglé qui l’unissait aux Spire mais le petit sourire d’autosatisfaction l’en dissuada . Elle n’était pas là pour féliciter les élève ni pour établir un quelconque lien avec ceux-ci. Elle était là pour leur apprendre à se surpasser. Son rôle s’arreterait ici. Son regard patient attendit que la création de l’élève daigne disparaitre pour que Le feu de sa main s’évanouisse à son tour et laisse échapper un filet de fumée qu’elle dissipa, laissant la pauvre lumière du sablier comme seul éclairage de la salle.

Après un moment de silence, elle prit la parole.

« La plupart d’entre vous n’ont rien réussit à créer. Fit-elle plus sèchement que l’aurait été le ton d’une simple constatation. Soit que la contrainte du temps ou le bruit de certains de leur camarade leur ai fait perdre leur concentration. Je doute malheureusement qu’une atmosphère de grognement de Rais et de cri d’agonisants soient propice au dessin autant sur le plan spatiale que sur votre état d’esprit. Vous devez apprendre à dessiner dans n’importe quelle conditions et je peux vous garantir qu’une salle de dessin, même perturbée par une voix plutôt mélodieuse est un environnement très serein. A extérieur, les éléments perturbants ne manqueront pas. Dans le tumulte d’un combat, par exemple, vous auriez perdu toute votre utilité de dessinateur. »

Elle détourna son regard vers le sablier, toujours sur son bureau et son regard s’enroua dans les grain de sables qui reposaient dans la partie inferieur.

« Il y a les utopistes aussi, ceux qui rêvent beaucoup mais qui agissent peu. La question que la plupart d’entre vous soulèvent et celle de savoir si un magnifique dessin dans les Spires, éblouissant de détails et de raffinements à une valeur supérieur aux flammes dénués de forme véritable qu’à matérialiser votre camarade au fond de la classe. La réponse manque d’évidence et je pense que les deux partis peuvent être défendus, cependant j’ai un avis assez tranché sur la question surtout en ce qui concerne la valeur utilitaire du dessin.

Comme ce débat n’est pas l’objectif de notre présent cours, je ne vous avancerez pas les arguments mais vous demande de faire basculer une création coute que coute pendant vos prochains exercices.
 »

Le Sablier disparut, ponctuant sa phrase, elle releva les yeux sur la classe et continua sa tirade en allant tirer le rideau.

«Ces deux cas me semblent les plus couramment rencontrer, je ne détaillerais pas vos autres échecs plus ou moins lamentable. Sachez seulement qu’il y a de multiples façons de dessiner et que chaque façon à ses écueils et ses faiblesses qu’il faudra apprendre à combler. »


La lumière avait envahie la salle et les yeux des élèves papillonnaient. Elle entendit quelques murmure commentant ce brusque passage et profita de ce moment de flottement pour détailler Shawna et sa qualité de roturière imprimé dans son regard, sa tenue et ses foulards. Elle se figea un instant sous se regard effrontée et fut tenter de passer sur ce qu’elle avait à lui dire, de l’ignorer complétement, de la laisser à la place qu’elle avait choisi, au fond de la classe. Elle se résigna pourtant, guidée par sa condition de dessinatrice qui ici surpassait sa classe sociale.

« Malgré la grossièreté de votre ébauche, vous avez eu le mérité de faire apparaitre quelque chose . Il parrait dommage cependant de faire dépendre vos capacités d’actions d’un chant populaire et je vous demanderai de travailler votre lien avec notre dimension qui pour le moment est regrettablement instable.  »


Puis, à toute la classe.

« Pour trouver l’imagination, il faut, savoir faire abstraction de ce qui nous entoure et de notre état d’esprit du moment. Vous aurez peut-être besoin, dans les premiers temps d’un lien vers cette dimension comme votre camarade a réussi à en créer un à l’aide d’une chanson. Mais vous ne devez pas vous reposer sur cet intermédiaire. A chaque dessin, la proximité avec l’Imagination devrait grandir, et à terme, cette dimension vous sera facilement accessible. Un bon dessinateur doit réussir à entrer dans les Spires à tout moment , sans difficulté, et je vous garantie que chacun d’entre vous y arrivera à la fin de cette année. A force d‘expérience, vous apprendrez à connaitre la limite précise entre l’Imagination et notre monde, ce qui vous servira à ne pas gaspiller votre énergie en imprécision pendant le basculement, Mais cela viendra plus tard, commencez déjà à vous familiarisez avec les Spires. Je conseille à tous ceux qui rencontrent des problèmes à trouver cette autre dimension de s’entrainer régulièrement avec le dessin qui leur viendra le plus naturellement. Vous répéterez mécaniquement ce dessin, afin d’être plus concentré sur la façon dont vous aborderez l’imagination que sur la constitution du dessin. »

Elle délaissa la roturière pour se tourner vers le deuxième élève ayant réussit.

« Vous avez réussi de loin le dessin le plus abouti et le commun des mortels jaugerait même qu’il est ressemblant au modèle d’origine fit-elle d’un ton neutre je peux pourtant vous affirmer qu’un scintilleur exploserait devant la différence de nos deux dessins . »

«La différence majeure n’est pas dans la matière que vous avez utilisé et elle n’est pas non plus dans les détails de votre création, assez bien réalisé. Non. La difficulté que vous avez rencontré est celle de l’humain qui n’a pas encore compris qu’il était dessinateur avant d’être un corps. Aucun d’entre vous, d’ailleurs, n’a su observer correctement."

Elle marqua un temps pour apprécier ses paroles et continua

 Vous avez tous plus ou moins longuement détaillé ma propre Spirale pour tenter de la reproduire. Il est regrettable que vous vous limitiez à des perceptions communes et terre à terre pour reproduire un dessin unique et venant d’une autres dimension. »


« J’ai laissé une trace béante et délibérée dans les Spires. Beaucoup d’entre vous l’on vu, certains même l’on suivi de loin mais aucun d’entre vous n’a eut l’idée de l’observer véritablement, de remonter jusqu’au moment ou j’ai fait basculer mon dessin dans la réalité. Puisque l’exercice était de reproduire ma création, il aurait fallu que vous suiviez cette trace jusqu’au bout , comprendre par quels chemins j'étais passé pour aboutir à mon dessin. Le moment du basculement seul devez être le votre et si vous aviez réussi à me suivre parfaitement vous auriez crée un dessin identique. »


Elle avait pleinement conscience que la plupart des Etincelles arrivaient à peine à entrer dans l’Imagination et que ses explications devaient sembler ténébreuses et l’exercice inaccessible. Elle ne s’attendait pas à ce qu’ils saisissent l’intégralité, encore moins à ce qu’ils réussissent à reproduire quoique ce soit dans les jours qui venaient. L’exercice avait un double objectif. Décourager ceux qui n’avaient aucune motivation et qui n’avait de son avis rien à faire ici mais surtout sensibiliser ses élèves à la présences d’’autres dessinateurs dans les Spires, ce qui lui semblait primordiale. Elle savait qu’elle ouvrait cette porte beaucoup plus tôt que ne l’aurait fait un dessinateur traditionnel et elle avait à l’esprit qu’elle les engageait dans la voie qui faisait du dessin la meilleure des armes.


« Je vais maintenant vous demandez de vous exprimer chacun votre tour sur cette première expérience de dessin. Donnez moi les difficultés que vous croyez saisir ainsi que vos facilités. Éclairez moi sur votre relation avec l’Imagination, sur les impressions que vous avez en pénétrant cette autre dimension. Vous pouvez me poser des questions si vous le souhaitez, j’y répondrai à la fin. Et parlez librement. Ce qui vous parait anodin peut servir à n’importe qui d’autre dans la classe et faire l’impasse sur un élément important serait néfaste pour votre apprentissage. »

Elle alla s’assoir sur la chaise de son bureau, droite. Son cou était légèrement courbé vers la gauche et elle sentit une boucle dodeliner sur sa joue au moment ou elle adressa un bref signe du menton à Shawna .

« Eh bien, après nous avoir donnz votre nom, vous pourrez commencer. »

Ou comment demander simplement mais avec aplomb de livrer devant une foule d’inconnu la relation intime que chacun avait avec l’Imagination . Elle avait laissé volontairement à Shawna un temps minime de réflexion, petites représailles de caste couvert par la logique qui lui faisait commencer par un bout de la classe.




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Spoiler:
 



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MessageSujet: Re: L'Instant d'une Etincelle [Terminé]   Jeu 21 Juil 2011 - 22:01

[De même !]

C’était rassurant, de savoir qu’ils étaient tous aussi nuls qu’elle, même si apparemment, eux avaient échoués parce qu’ils avaient passés trop de temps à peaufiner leur création, alors qu’elle n’avait pas conscience de la manière dont elle avait créé la flamme trop erratique. Elle regardait toujours sa main, un peu nerveuse, en écoutant les paroles de leur enseignante, et eut un sourire moqueur et complice lorsqu’elle parla de la manière dont son chant avait déstabilisé les autres. Elle leva les yeux au ciel, par contre, lorsque Ril’ Morienval lui fit indirectement compliment sur sa voix ; elle ne considérait pas la sienne mélodieuse, abimée qu’elle était par ses railleries continuelles, mais surtout, elle n’appréciait pas qu’on lui passe de la pommade, comme dirait sa tante. Les compliments qu’ils croyaient subtilement glissés mais qui explosaient à la figure comme un reproche aux autres, c’était typiquement noble, ça… Mielleux, faux, insupportable. Et puis la suite… Des reproches, encore et toujours des reproches. C’était leur premier cours, certains ne savaient même pas entrer dans les Spires, et elle leurs renvoyait déjà leurs échecs en pleine face, comme s’il n’y avait qu’en les écrasant qu’elle ferait quelque chose d’eux. L’ironie vint lui percer le crâne, alors qu’une pensée le traversait, fusée cassante : peut-être avait-elle besoin de les descendre pour pouvoir s’assurer de son propre Don, se sentir supérieure, installer sa place de professeur. Peut-être ne se sentait-elle pas à l’aise, et ne s’assumait pas, doutait de sa propre force parmi eux. Toujours ce jeu de force, ce jeu de hiérarchie, ce besoin de se mettre en hauteur, et d’être dominant. Ca la faisait bien ricaner, elle, dans le fond de la classe. Elle s’en moquait bien, de leur place sociale, de la puissance de leur Don, et de leurs pathétiques bagatelles pour savoir qui aurait l’os qui traînait au milieu de l’assiette. On aurait dit des chiens, tous.

Elle plissa les yeux lorsque la lumière noya à nouveau la salle, mais ne se plaint pas et ne remonta pas son bras pour protéger son visage, se contentant de percer le contrejour, et de laisser le soleil lui brûler la rétine. Elle n’aimait décidément pas la théâtrale de la jeune femme, ni l’ambiance qu’elle instaurait dans son cours, et fronça les sourcils lorsqu’elle lui adressa personnellement la parole. Elle avait déjà envie de répliquer, c’était incroyable la vitesse à laquelle elle s’énervait. Lui dire qu’elle était bien gentille, mais que quand on ne distinguait pas les Spires, ce n’était pas facile, de travailler son lien avec. Et puis pourquoi n’aurait-elle pas le droit de chanter pour y aller, si elle voulait, et si ça fonctionnait ? Faire abstraction du reste ? Elle était bien mignonne, mais ils vivaient tous dans ce monde-ci, et ce n’était pas tous les jours qu’ils devaient l’ignorer. L’état d’esprit, encore pire… Elle était son état d’esprit, elle n’allait pas renier ce qu’elle ressentait et ce qu’elle vivait pour aller se balader sur des chemins imaginaires. Elle aimait le concret, elle, pas l’abstrait ni l’éphémère. Et pour pouvoir Dessiner plusieurs fois le même objet, encore fallait-il avoir compris comment on l’avait Dessiné la première fois pour pouvoir le recréer, ce qui n’était pas acquis non plus. Quant à distinguer d’autres Dessinateurs dans les Spires… Toujours le même problème, il fallait pouvoir reconnaître les Spires avant de reconnaître qu’il y avait des gens, dans ce pays merveilleux plein d’arc-en-ciel qu’elle semblait tant adorer. Elle, elle avait des yeux, alors elle utilisait ses yeux pour regarder. Elle n’en avait ni derrière la tête ni à l’intérieur, et il n’y avait que devant elle qu’elle avait vu le Dessin de la jeune femme, et celui du frimeur. D’ailleurs, vu la complexité du Dessin, il lui semblait évident qu’il avait fait exprès de ne pas faire une réplique exacte de celui de Ril’ Morienval… Oh, il était peut-être intéressant, en fait. Moqueur, lui aussi, un peu. Peut-être. Elle verrait ça assez rapidement.

Shawna leva à nouveau les yeux au ciel en apprenant en quoi consistait la suite du cours ; allez, c’est parti pour les grandes explications théoriques, les visions personnelles des Spires, et les récits des premiers Dessins créés, parce qu’elle était certaine que certains partiraient là-dedans. Elle n’en avait rien à faire, de la vision des autres sur les Spires, et ne voyait pas en quoi sa vision pouvait bien intéresser qui que ce soit. Elle n’avait pas de vision, d’ailleurs, et n’aimait pas les images. Et il fallait qu’elle commence, en plus ? Quoique ça, ça l’arrangeait. Elle n’aimait toujours pas la méthode de la Dessinatrice de choisir, contrôler, diriger, alors qu’elle aurait très bien pu laisser les volontaires commencer et motiver les autres, mais soit ; elle allait le regretter. Elle n’avait pas conscience des motifs de l’enseignante pour avoir choisi qu’elle parle en premier, mais elle comptait bien s’amuser. Elle était ici pour une promesse, peut-être, mais elle était aussi venue railler et s’amuser, et certainement pas pour parler de ses rapports personnels à l’Imagination. Elle allait commencer par leur professeur.

- Je m’appelle Saomi Kil’ Wen.

Et vas-y pour la déstabilisation… Elle avait évidemment été catégorisée comme roturière dès qu’elle était rentrée dans la salle, par sa manière de marcher et de s’habiller, et de se tenir sur son siège. Le nom de l’une des familles nobles d’Al Jeit, jeté avec une telle désinvolture, allait certainement la chambouler un peu. Son grand-père ne serait pas réjoui, mais il n’avait qu’à pas faire de conneries, non plus. Peut-être n’y croirait-elle pas, mais Shawna savait que sa manière de parler, quand elle mentait, ne laissait pas souvent aux autres la possibilité de douter de ses paroles, même lorsqu’elle racontait des histoires abracadabrantes. Qu’est-ce qu’elle avait fait croire à l’autre noble d’Al Poll, la dernière fois ? Ah, oui, qu’elle était une princesse faëlle recherchée et que les lettres qu’il devait traduire pour elle était d’une importance cruciale… Ca avait été marrant, ça aussi. Elle ne laissa pas à ses camarades le temps de réfléchir sur le rang qu’elle venait de s’attribuer, ni sur le pourquoi elle agissait comme s’il était tout naturel pour une Kil’ Wen d’être avachie sur son dossier – les gens trouvaient toujours une explication par eux-mêmes, de toute façon – et se lança dans l’une de ces improvisations dont elle avait le secret, après une brève hésitation. Casser la Ril’ Morienval dans les règles, en dénigrant l’Imagination à laquelle elle semblait tenir énormément ? Sortir l’une de ces dissertations bateau sur l’Imagination, lui dire exactement ce qu’elle voulait entendre ? Hors de question, en tout cas, qu’elle dise la vérité. Ce qui était bien, c’est qu’apparemment, l’enseignante ne comptait pas les couper, tenant à ce qu’ils disent vraiment ce qu’ils pensent, et avait dit ne répondre aux questions qu’à la fin ; elle pouvait donc se lâcher comme elle voulait sans crainte d’être arrêtée en plein élan.

- L’Imagination, c’est un endroit tortueux, pleine de pièges, de flammes et de calvaires perpétuels. C’est un endroit dangereux, où l’on risque de se perdre à chaque instant, et dans lequel on peut même rester bloqué toute une éternité…

Le début fut étrange sur ses lèvres, mais une fois qu’elle avait l’accroche, le reste découlerait sans plus aucun problème ; si elle ne comprenait rien à l’Imagination, elle n’avait aucun mal à utiliser l’imagination pour tordre les histoires à ses desseins, à force d’écouter les conteurs et de collectionner les légendes sur les routes et dans les tavernes. Sa voix gagna en conviction, alors qu’elle continuait, sans plus aucune hésitation.

- Certains apprennent à en déjouer les pièges, et en ressortent avec un pouvoir immense. Il y eut une époque où les gens ordinaires prirent peur de leur puissance, et commencèrent à les ruer de pierres, à les tuer, pour qu’ils disparaissent à jamais. Mais cela ne suffisait pas, les Dessinateurs étaient trop puissants, alors les hommes ont eu recours aux Ts’lichs, leurs demandant de mettre un verrou sur l’Imagination. Leur arme se retourna alors contre eux, et l’humanité tomba en esclavage. Ce fut au tour des hommes de se tourner vers les Dessinateurs pour les sauver, et ceux-ci se présentèrent comme les défenseurs, les sauveurs, contre les monstres Ts’lichs. Bientôt ils furent considérés comme des héros, et l’Imagination peinte comme un lieu idyllique, dont l’on peut faire revenir le meilleur. Ils créèrent des illusions, qui à l’œil nu paraissent des merveilles, mais qui sont en fait des pièges qui envoûtent ceux qui les regardent. Le danger est beau, et le Dessin, comme une plante d’Hulm qui attire les mouches de son odeur alléchante et de ses couleurs agréables. Des Académies furent formées, pour apprendre aux plus puissants à contrôler cette dangereuse dimension, pour qu’un jour, les Dessinateurs puissent se venger de cette race humaine inférieure qui avait failli sonner le glas de leur extinction.

Elle fit une pause, regardant la blonde droit dans les yeux, avant de continuer.

- Oh, toutes mes excuses, il était peut-être trop tôt pour dévoiler à ces jeunes esprits le véritable dessein derrière ce cours ? Quoique tu es aussi assez jeune, peut-être ne t’a-t’on pas encore mise dans la confidence. Je connais la vérité depuis ma plus tendre enfance, et j’oublie, parfois, la version officielle… Mais comme cela peut être aisément deviné, le fait que je connaisse cette… version, influe beaucoup sur ma relation à l’Imagination. Je connais les dangers qui se cachent derrière les objets anodins que l’on peut y créer, et si j’ai difficulté à y entrer, c’est aussi parce que je suis légèrement récalcitrante à me mettre ainsi en danger. J’ai pourtant hâte d’apprendre à en déjouer les pièges et à en reconnaître les impasses. Je vois l’Imagination comme un gigantesque labyrinthe, et ne sais pour le moment le traverser qu’en coupant toujours tout droit, pour savoir où je vais… Je ne puis attendre d’arriver à me frayer un chemin plus discret, et même à y suivre les autres Dessinateurs.

Cela devrait suffire. Elle sortit une balle de jonglage jaune, bleue et rouge de son sac, puis l’envoya en direction du frimeur pour qu’il la rattrape.

- A toi.

Le blanc des yeux, et la noisette en plein vol elle aussi, alors qu’elle le fixait, un rire au fond de ses pupilles, curieuse de ce qu’il allait dire, comme de ce qu’il avait pensé de ce qu’elle avait bien voulu raconter.


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MessageSujet: Re: L'Instant d'une Etincelle [Terminé]   Ven 22 Juil 2011 - 12:52

[Niahaha.]


Enelyë se promenait dans les couloirs. Son esprit était embrumé par toutes sortes de pensées et elle avait besoin d'évacuer tout ça. Après avoir pris un bon bain, joué avec son chaton gris, lu, il se trouvait que sa tête était toujours aussi envahie par ses pensées. C'est alors qu'elle eut une idée qui lui parut géniale : aller dessiner, visiter les Spires, déceler leur beauté, tout ça. Justement, elle avait entendu une Kaelem -probablement noble- parler du cours de dessin de "Dame Ril'Morienval" à une Teylus sans doute tout aussi noble. Un cours de niveau Étincelle, mais où tout les Dessinateurs pouvaient participer.
La jeune femme avait eu un sourire, légèrement méprisant, en entendant le nom de celle qui donnerait le cours. Il y aurait forcément des roturiers. Comment allait-elle réagir face à eux ? Si Enelyë n'avait pas décidé de saisir cette occasion pour approfondir sa connaissance des Spires, elle y aurait été quand même. Ne serait-ce que pour rire.

La porte encore ouverte laissait voir Ciléa qui parlait de l'enseignement, en quelques mots. Une des rares qui ne faisait pas un discours de trois mètres, sans doute parce qu'elle ne savait pas quoi dire d'autres. Qu'elle ne disserte pas sur la beauté des Spires étonna cependant légèrement Enelyë. La jeune femme s'installa à un endroit où elle pouvait voir à peu près tout le monde, dans le fond, non loin d'une jeune fille à la peau brune. Elle ne s'attarda pas sur sa voisine, préférant vérifier ce qu'elle pensait : des nobles, des nobles et encore des nobles. Elle remarqua très vite la Kaelem et la Teylus dont les yeux brillaient et qui semblaient déjà idolâtrer Ciléa. Le sourire en coin d'Enelyë indiquait tout à fait ce qu'elle pensait en ce moment : les nobles hautains attirent les nobles hautains. Elle tourna la tête en direction de sa voisine, une jeune fille à la peau brune, dans une position avachie et avec des foulards sur la tête. Le genre de personne que l'assistante ne devait pas beaucoup apprécier. Elle rit intérieurement pendant que Ciléa expliquait le principe de son cours.

Un serpent de feu dans un feu imparti. Rien que ça. Quelque chose que même Enelyë n'était pas certaine de pouvoir faire. Mais après tout, elle n'était pas là pour réaliser des exercices mais pour apprendre les Spires. Elle s'y lança à la suite des autres élèves. Elle y perçut tout d'abord un vacarme monstrueux. Cela l'étonna mais elle continua, cherchant les marques. Myra avait fait exprès de lui laisser voir sa marque, mais là, les élèves n'avaient pas besoin de faire ça. Ils étaient, pour la plupart, inexpérimentés, et leurs traces gigantesques. Enelyë n'avait aucun mal à les rencontrer, et elle observait leurs créations se faire dans les Spires.

Certains étaient minutieux et perfectionnistes, et l'apprentie savait d'avance qu'ils ne parviendrait pas à faire basculer leurs dessins dans la réalité. Une chanson s'éleva dans la salle de Dessin. Elle sortit un instant des Spires, et avisa que c'était la fille aux foulards. Elle chantait bien. Elle se replongea dans les Spires, trouva sa marque non loin d'elle et regarda le feu se créer. Puis, elle bascula à nouveau dans la réalité. La flamme que la fille tenait était réellement une flamme, qui n'avait rien de serpentin. Mais au moins, elle avait réussi à sortir quelque chose des Spires dans le temps imparti. D'autres élèves semblaient désespérés, certainement sûrs d'avoir échoué, que leur destin n'était peut-être pas de devenir la grande Sentinelle que leurs parents auraient voulu qu'ils soient. En tournant son visage, Enelyë se rendit alors vraiment compte de la présence de Ciléa. Elle avait sans doute senti sa marque dans les Spires...

Une Création attira son regard. L'assemblage de maillons de métal ressemblait à un serpent -abstraitement. Même si il semblait agir comme le serpent de feu de l'assistante, il n'en restait pas moins que ce n'était pas cela. Ciléa se posta devant le jeune homme qui avait créé cela, attendant certainement que le dessin disparaisse avant de prendre la parole. Seul le sablier continuait à fournir une faible lumière à la pièce. Puis Ciléa parla de combat. Directement. Oh, c'est vrai, le dessin est avant tout une arme. Il est fait pour le combat, puisque les hommes aiment s'entre-déchirer. Enelyë aurait voulu lui répondre, mais se retint. Elle ne tenait pas réellement à se faire renvoyer du cours, alors elle se contenta d'un rictus. La façon dont la noble parlait, les mots choisis, le ton employait, tout ça déplaisait à la jeune apprentie. Hey, tu cherches à faire fuir tes élèves en parlant ainsi ?

L'assistante partit ouvrir les rideaux, mais la brunette avait les yeux fermés, replongée dans les Spires. Ciléa avait sans doute caché sa marque, puisqu'elle ne la sentait pas. Elle savait qu'elle l'avait dévoilé lors de l'exercice, mais maintenant, même avec le sablier, elle ne la sentait pas. Un peu déçue, elle ressortit de l'Imagination. Elle écouta la noble. Trouva qu'elle était dure avec les Étincelles, pour un premier cours, trouva également que certains termes devaient encore être obscurs pour la plupart des élèves. Doucement, Ciléa... chaque chose en son temps. L'assistante retourna s'asseoir et demanda à la fille aux foulards de raconter son expérience et sa relation avec les Spires.

Enelyë eut du mal à retenir son rire.

Tout d'abord, elle s'était présenté en tant que Saomi Kil'Wen. Noble, donc. Elle avait mit tellement de conviction dans ses paroles que c'en devenait presque crédible. Enelyë était à deux doigts de la croire, mais c'était tout bonnement impossible. Intéressante, cette fille. Puis elle raconta l'Imagination. Enelyë tentait de dissimuler ses rires devant les regards effrayés des autres élèves et le regard désapprobateur de Ciléa, qui pourtant ne la coupait pas. Avait-elle cru à son histoire de noblesse ? Puis "Saomi" sortit une balle de jonglage de son sac et la lança au garçon qui avait fait le serpent de métal. Enelyë se rendit compte de l'éclat brûlant des iris glacés du jeune homme, avait perçu son air satisfait, et avait été soudain effrayée, sans trop savoir pourquoi. Elle se pencha vers la jeune femme désormais libre du regard de la noble.

- Enelyë. Et toi ?

Un sourire entendu. Même si l'assistante la croyait, il n'en serait pas de même pour elle.

- J'aime beaucoup ce que tu as raconté. Les roturiers devraient s'attaquer verbalement aux nobles plus souvent. Surtout cette Ril'Morienval... Regarde, les nobles la fixent avec de l'adoration dans les yeux. Une adoration certainement feinte, une fois qu'ils seront Dessinateurs, ils l'oublieront. En tout cas, bravo pour ton imagination. C'est vrai que les Spires sont un endroit plutôt dangereux... -léger sourire.

Finalement, elle avait bien fait de venir. Et avait eu raison de penser qu'elle allait rire.


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MessageSujet: Re: L'Instant d'une Etincelle [Terminé]   Lun 25 Juil 2011 - 22:57

- Frimeur

L’insulte avait fusé dans le noir, comme une pichenette brillante dans la voute de leur concentration obscure. Lev tourna son regard vers le fond de la salle, et croisa deux noisettes étincelantes qui brûlaient d’un mépris et d’une insolence qu’il trouva fascinant. D’un mouvement gracieux du cou il salua la roturière comme on saluerait une dame, et pour appuyer son geste il lui décocha un clin d’œil tout ce qu’il y a de plus charmeur, comme s’il eut été flatté par sa remarque insultante.

Il se désintéressa ensuite d’elle pour observer ses camarades qui pataugeaient dans les spires, preuves étant de leurs éclaboussures mentales lorsqu’ils dérapaient d’un possible à l’autre, presque au hasard, comme si l’imagination était une pente boueuse conte laquelle il était dur de remonter sans s’enliser les pensées. Absorbé dans ses divagations, il ne vit pas le temps passer, occupé qu’il était à détailler chaque source d’énergie qui faisait chanter les spires, lui procurant cette empreinte si particulière qu’il ajoutait à sa collection mentale. Il n’y en avait certes pas beaucoup de notables, notamment par la puissance, mais il y en avait quelques-uns qui pourraient devenir intéressant. Lev était jeune, il n’avait pas encore l’expérience que peuvent avoir les grands maîtres dessinateurs, mais il avait une perception propre au dessin, une connivence qui lui permettait de soulever des voiles que d’autres avant lui aurait échoué à faire simplement onduler. Le pouvoir l’habitait, bien plus que la volonté ou la créativité, et ce pouvoir lui permettait une osmose profonde avec l’imagination, et cette qualité était pour lui essentielle, bien plus importante que les deux autre composantes, parce qu’elle permettait de comprendre le dessin dans son essence plutôt que de s’attacher à de simples notions comme la vitesse ou la qualité des créations – qui relevaient de la volonté et de la créativité. Il en était d’ailleurs venu à la conclusion qu’il existait beaucoup d’autres composantes, et que les tests s’appuyaient sur des caractéristiques trop subjectives pour objectiver la qualité du don de quelqu’un. A ses yeux, le pouvoir réunissait la volonté, la créativité et toutes les autres qualités qui faisaient d’un don un don puissant, mais faisait également partie de ces qualités comme la manière qu’avait le don d’habiter une personne. Et c’était ce pouvoir qu’il traquait dans les spires pour reconnaître quelqu’un.

Soudain, il sentit l’imagination sur le point de basculer au niveau de la roturière, alors qu’elle fredonnait une musique qu’il ne trouvait d’ailleurs pas belle du tout. Elle lui rappelait les rues les plus miteuses d’Al-Jeit, et tous ces sans-le-sou qui chantaient pour ne pas entendre la vie leur crier ses insultes de naissances. Il trouvait ça pitoyable. Mais le don de la jeune fille était beau, il ne pouvait pas le nier. Il la suivit, par curiosité, dans son ascension et dans l’affinage de son œuvre, alors qu’elle brutalisait plus qu’elle n’utilisait les spires. Mais la beauté résidait surtout dans l’alliance de son don, qui ne semblait se stabiliser que sous l’influence de la voix de sa propriétaire. Cette situation pouvait sembler banale – une autre manière de se concentrer pour trouver la porte de l’imagination – mais Lev savait qu’au-delà de cette vision des choses, il y avait un pouvoir authentique qui obéissait à la créativité innée de la roturière. Et pour la deuxième fois pendant ce cours, il la trouva fascinante.

Mais soudain, la lumière lui perça les yeux et cette fois il n’était pas préparé. Ses cils papillonnèrent tandis qu’il réintégrait son corps, et des tâches lumineuses dansèrent devant son champs de vision, ce qui l’énerva un tantinet. Il se rendit alors compte que la dessinatrice qui leur servait de prof était en train de parler et qu’il n’avait absolument rien écouté. Il haussa les épaules, fataliste, lorsqu’il se rendit compte, au regard plus ou moins blasé de ses condisciples, que ce qu’elle disait ne passionnait pas grand monde. En l’écoutant, il se rendait compte qu’elle avait une vision très académique du dessin, comme s’il était une valeur universelle qui ne souffrait aucune subjectivité, alors que c’était cette subjectivité qui faisait de l’imagination un monde aussi fascinant. D’insolence, il fit craquer ses phalanges unes à unes, puis ses poignets, pour achever le concert par un craquement de nuque particulièrement répugnant. Les élèves qui l’entouraient tournèrent un regard écœuré dans sa direction, auxquels il répondit par un clin d’œil condescendant. Et il ne changea absolument pas d’attitude lorsque la professeur s’approcha de lui pour critiquer son dessin. Il garda les yeux rivés sur elle, l’écoutant avec une intensité insolente tout en jouant avec un crayon qu’il faisait tourner à toute allure dans sa main gauche.

A vue de nez, Ciléa semblait avoir approximativement le même âge que lui, peut-être un chouya plus vieille. Hors, elle se permettait d’agir comme si elle était un professeur très âgé, dont la science infuse rayonnait en et à travers lui. Elle avait cette hauteur qui sied aux noble et lui donnait cette courbe si séduisante aux vertèbres, mais la manière dont elle les gratifiait de ses discours sur le dessin laissait Lev amer d’apprendre, avide d’en entendre plus et de confronter les points de vue. De plus, croyait-elle vraiment qu’il n’avait pas vu l’autoroute qu’elle avait tracé dans l’imagination jusqu’à son dessin, alors même qu’il avait fait montre d’une création qui surpassait celle de tous les élèves de cette classe ? Il sourit, méprisant, à cette idée, alors même qu’il avait voulu lui prouver qu’il aurait été capable de faire l’exercice qu’elle demandait, tout en y mettant de sa propre créativité pour non plus égaler, mais dépasser le modèle précédent. Il ne suivait pas les règles du jeu, certes, mais s’exprimer par le dessin lui était trop essentiel, il nourrissait trop d’adoration vis-à-vis de son don, pour se laisser emballer par un exercice aussi peu confondant. Et Lev, de penser ça, n’avait absolument pas la sensation de frimer, alors même qu’il ne possédait qu’un pouvoir approximatif qu’il ne savait pas encore bien contrôler. Mais se voir dénigrer avec autant de grossièreté alors qu’il avait joué de subtilité pour se faire remarquer de la prof sans qu’elle se mette en porte à faux avec un potentiel chouchou lui laissait un goût amer en bouche, déçu qu’il était par Ciléa et par le manque de discernement et de vigilance dont elle avait fait preuve avec son don. Pour lui, à présent, Ciléa n’était pas la puissante professeur qui pouvait lui apprendre les arcanes de ce don si précieux qu’était celui du dessin. Il lui sourit donc avec une once de mépris et ne prononça pas un seul mot.

Il était résolu au silence et s’y tenait pendant que l’assistante développait son enseignement, mais lorsque Shawna prit la parole et s’affirma noble, il ne put retenir un éclat de rire qui résonna dans la salle de classe avec une inélégance crasse. Mais loin de se démonter, la fille continua sur sa lancée, déblatérant ses inventions avec un air de sincérité qui lui plut énormément. Il la regarda, fasciné, embobiner son monde en le recréant autour de sa voix et de ses idées, se coulant dans son rôle un peu à la manière de Lev, ce qui lui avait d’ailleurs permis de ne pas se faire prendre au piège par les mots de la noiraude. Il ne savait pas si la seule particule noble était invention, si son prénom était celui qu’elle avait annoncé ou pas du tout, mais il savait qu’elle n’était pas noble. Il est des attitudes, des caractères qui ne peuvent pas se cacher derrière des mots, aussi aguichants fussent-il. Mais il apprécia sa prestation et se cala confortablement pour l’écouter donner sa propre définition de l’imagination. Il ferma les yeux en imaginant ce monde ardent où les pièges se multipliaient d’eux-même pour trancher les âmes de leur vicieuse monstruosité, où les possibles se métamorphosaient en tigres aux dents tâchées de sang que seuls les élus avaient le pouvoir d’apprivoiser, un temps, celui de faire naître en eux un bébé qui serait aussi difficile à faire basculer dans la réalité qu’à arracher à sa mère porteuse aux pattes griffues et meurtrières. Le monde de Lev serait alors un énorme carcan où chaque pas ferait craquer les ossements de ses prédécesseurs morts à ses pieds, où le ciel se colorerait du bleu sanguin de ses yeux, et où le pouvoir se matérialiserait en une masse compacte et maternelle dans laquelle il noierait son âme avec une volupté pleine de feu pour écraser les dessinateurs qui violerait son territoire.

Lorsqu’il rouvrit les yeux, au moment même où la roturière lui lançait une balle qu’il rattrapa sans peine, les épaules détendues de sa rêverie surprise. Il lança un regard pétillant de malice à la jeune femme qui ne se lassait pas de l’étonner, tout en se redressant pour poser son menton dans ses mains. Il la fixa un moment du regard, intensément, comme s’il eut voulu lire en elle jusqu’à ses os, comme pour en vérifier la couleur. Il lui fit un léger clin d’œil avant de se tourner vers Ciléa qui les observait tous, attendant probablement sa réponse, un air impénétrable peint sur le visage. Nul doute qu’elle devait fulminer contre la roturière qui se permettait de polluer son cours, mais elle ne le laissait pas paraître, dans un calme plein de noblesse et de hauteur. Mais Lev était déçu, oui, très déçu par l’attitude de leur professeur. Alors il prit la parole d’une voix basse, et chaude et dit d’une voix très assurée :


- Je crois qu’il est maintenant inutile de cacher la vérité aux autres élèves, Ciléa.

Un silence scandalisé suivit ses propos. L’histoire de Shawna était délicieusement rocambolesque, et faisait même peur alors que la lumière se tamisait à travers les vitres épaisses, mais le crédit qu’apportait le noble à son histoire affirma un doute déjà bien ancré dans l’imagination des petits nouveaux qui ne connaissaient rien à l’imagination.

- Il est maintenant évident que, l’histoire ayant été rétablie, le dessin ne présente plus l’attrait merveilleux qu’il exerçait sur l’imagination des élus. Aussi, pour rétablir une certaine noblesse qu’il sied au noble don du dessin, je me dois de faire part de mes connaissances.

Il fit une petite pause, histoire de détailler son assistance, tout en continuant de jouer avec son crayon. Son regard croisa celui de Shawna. Il lui fit un sourire tordu avant de continuer : (/i]

- Certes, l’imagination est dangereuse. Certes, notre amie ici présente nous l’a délicieusement narré, il existe de nombreux pièges qui parsèment nos spires bien aimés. On peut se perdre dans ces chemins exquis où le pouvoir nous enivre à chaque instant, il y a ces excès, ces vices que l’on ne peut atteindre que par et à travers cette dimension, ces bouleversements dû à des dessinateurs sans foi ni loi, mais le danger est égal au plaisir auquel il donne naissance. Et c’est ce plaisir qui prend le cœur des hommes pour le broyer dans les implacables rouages de notre propre esprit. Pour ma part, j’aime le danger que représente la chevauchée incessante à travers l’imagination. Et je ne jugerais pas de ceux qui en sont capable ou pas.

[i] Il se tut un instant, savourant ses paroles et l’effet qu’elles avaient sur l’assistance, donnant à son allure entière le calme et la fierté d’un noble qui ne ment pas. Son ton était le même que Shawna, enjôleur et plein de vérité. Il racontait ce qui lui traversait la tête, sans vraiment réfléchir à la tournure qu’allait prendre le cours, mais il s’amusait, et c’était le principal. Il en voulait toujours à Ciléa pour ce qu’il considérait comme son incompétence.


- Et voyez comme l’imagination pervertit déjà nos esprit, voyez comme les dessinateurs de bon niveaux présents dans cette pièce, notre professeur, Saomi et moi-même, sommes déjà enclin à en dire du mal, ou du bien, sans vraiment parvenir à éteindre cette flammèche qui nous consume à chaque dessin, sans parvenir à faire taire cette passion qui nous dévore. L'imagination est une drogue, une drogue que l'on veut nous faire avaler sans nous en expliquer les risques. Je ne savais pas la moitié de ce qu’elle a raconté, mais je n’en suis pas surpris. L’histoire de l’imagination est tâchée de sang, celui des dessinateurs, mais aussi celui de ceux qui s’opposèrent justement à son joug. Heureusement, grâce à notre Empereur, aujourd’hui, les élus sont rares et se doivent de profiter au maximum de ce don si précieux, tout en essayant de contenir le pouvoir sans le laisser prendre le pas sur la raison comme il a tendance à le faire bien trop souvent.

Il se tut à nouveau, affichant un air guilleret sur son visage, tout en souriant de manière extravagante ce qui rendit son visage… Terrifiant. Ses prunelles bleues brûlaient d'une adoration et d'une passion sans borne, propre à effrayer les libres, ceux qui ne veulent se faire posséder par personne ni quoi que se soit. Lui, Lev, vivait pour et à travers le dessin et toute son attitude clamait le dévouement sans borne qui lui dictait ces mots.

- Pour ma part je veux découvrir le dessin et m’y consacrer corps et âme, même au risque de devenir un parfait psychopathe.

Sur ces bonnes paroles il partit d’un rire angoissant qui ressemblait à un aboiement de chien, ce qui devrait suffire à convaincre les récalcitrants que la folie pouvait bel et bien se transmettre par l’imagination. Il se leva avec des gestes heurtés, titubant presque, pour faire une révérence à son assemblée et plus particulièrement à Shawna qui lui donnait l’occasion de s’amuser et de prendre sa revanche sur Ciléa. Sa performance était impressionnante. Il s’était donné à fond pour le show, usant et jouant de son charisme et de sa faculté à changer de comportement, passant de l’élève doué au psychopathe de service qui ne souhaitait que devenir le maître du monde. Avant de se rassoir, il lança d’une voix railleuse :

- Je m’appelle Lev, Lev Til' Naveys.








_______________
Spoiler:
 


J'aurais du sang sur les doigts
et l'éclat de tes yeux vides
comme antichambre au trépas
de mon âme impavide




Lev Mil'Sha
// Anaïel // Miaelle Campbelle




Bois
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MessageSujet: Re: L'Instant d'une Etincelle [Terminé]   Mer 27 Juil 2011 - 1:29

Frimeur.

Elle n’avait fait qu’hausser les sourcils, méprisante, lorsqu’il avait accepté l’insulte comme on accepte un compliment. Elle l’avait ignoré, royale, quand il avait explosé de rire à sa présentation, imperturbable, enrayant sur son histoire avec un aplomb que rares pouvaient se targuer de détenir. Son rire était déstabilisant ; mais elle, elle était indéstabilisable. Et maintenant, elle lui renvoyait son regard, refusant de ciller, et par ce faire de le laisser percer un trou dans l’espace qu’elle avait réclamé comme sien. Elle riait, elle jouait, elle marquait sa position, les noisettes intenses, autour de la pupille, roulant entre les cils. C’était à qui devinerait le plus, à simplement se regarder, chacun avec son jeu de cartes dissimulées dos sur la table. Maintenant qu’il la regardait en face, et que la lumière inondait sa figure, elle le trouvait… Perturbant. Perturbant et perturbé. Quelque chose n’allait pas, dans l’agencement de ses yeux, dans la distorsion de ses lèvres, dans l’articulation de ses doigts, sur lequel il posait son menton trop marqué. Il y avait une intensité, dans ses traits, qu’elle n’arrivait pas à cerner. Le clin d’œil l’agaça ; il lui avait volé la victoire, en décidant de mettre fin au jeu, et elle aurait voulu y penser elle-même, à se retirer du jeu avec tant d’agilité. Il ne lui avait pas laissé le temps de trouver ce qu’elle cherchait, non plus, un moyen de traduire les pensées qui riaient dans le frémissement de ses narines, et elle fronça les sourcils. Mais sa voisine de table prit alors la parole, et elle décrocha son attention de lui, pour se concentrer sur elle. Encore une poupée. Une poupée, mais avec une force dans le menton que les autres n’avaient pas, un retrait dans le regard, aussi, une méfiance, un cynisme qui se traduire dès qu’elle ouvrir la bouche. Shawna tourna la tête vers elle, se penchant un peu en avant, et ses lèvres s’étirèrent, moqueuses, lorsqu’elle écouta ce qu’elle avait à dire. La réponse dansait déjà sur le bout de sa langue, mais le frimeur prit la parole, et elle n’en eut pas le temps.

Le sourire s’élargit, dévoilant ses dents, cette fois, lorsqu’il se rallia à son histoire, la suivant dans le labyrinthe délirium qu’elle avait créé de toute pièce devant leurs yeux. Dans la pièce, certains les dévisageaient d’un air blasé, d’autres regardaient ailleurs, certains semblaient les prendre sérieusement, beaucoup hésitaient, incapables de décider s’ils étaient dignes de confiance ou non, et tournaient leurs visages ignares vers leur professeur, comme pour avoir confirmation, ou négation. La noble blonde n’allait probablement pas apprécier qu’il l’appelle par son prénom, d’ailleurs. Lui aussi était noble, en apparence, mais il agissait avec une telle insolence… Un peu comme Tori, mais en pire. Tori l’avait suivi dans ses manigances, à Al Far, tournant en dérision son propre rang et celui de ses semblables, un peu sombre, désabusé, égaré, peut-être, aussi. Pince sans rire. Tori s’était fait virer, lui aussi, et il avait quitté l’Académie d’Al Far d’un simple « Bon débarras. » Il y avait quelque chose de Tori, dans l’insolence du Dessinateur de dragons de chaînes, quelque chose de sa manière de chercher à s’amuser des autres, aussi, mais c’était probablement les seuls points communs qu’ils avaient. Elle s’enfonça un peu plus dans son siège, faisant balancer la chaise d’un pied sur l’autre en se retenant au bureau de la main, écoutant d’une oreille plus ou moins distraite – elle décrocha, une ou deux fois. Une drogue. Intéressant. Elle avait vu juste, perturbé sur les bords. Elle ne comprenait pas l’attachement excessif qu’avaient certains pour le Dessin, que ce soit lui, ou même Ril’ Morienval, ou certaines personnes dans la classe, probablement… Mais le ton passionnel, les yeux toujours dans le vague, les discours enflammés, elle n’avait pu que le constater, à maintes reprises. La perte de temps, désancrée de la réalité, à ne vivre que par procuration… Elle trouvait ça pathétique, de pouvoir aimer le Dessin à ce point.

Elle n’écouta pas jusqu’à la fin, se tournant vers Enelyë alors qu’il était encore en plein milieu d’une phrase, pour lui répondre. Elle ne chuchota pas ; Shawna ne savait pas chuchoter plus de deux mots, lorsqu’on le lui demandait, avant que sa voix ne s’élève toute seule en trébuchant au mot suivant. Elle baissa la voix, mais elle n’en était pas moins audible pour autant, et elle comptait bien, en vérité, sur Ciléa pour entendre ce qu’elle avait à dire. N’importe qui qui écoutait pourrait l’entendre, mais s’ils choisissaient d’écouter Lev, à la place… Enfin, il y en avait au moins une pour qui son histoire prendrait de l’ampleur, et ça pouvait suffire. L’explication ferait vite le tour.

- Saomi Kil’ Wen, tu n’as pas entendu ? Et je ne m’attaque pas aux nobles, je dis simplement ce que je sais.

Ne jamais revenir sur un mensonge, si l’on veut qu’il tienne, elle l’avait compris il y a longtemps, déjà, et c’était souvent elle qui y mettaient fin, d’un rire, d’une pique, d’une répétition. Et elle, elle voulait s’amuser encore un petit peu… Alors autant ne pas casser tout ce qu’elle venait de raconter alors qu’elle n’avait même pas eu le droit à la réaction de la noble aux yeux émeraude. Répéter le mensonge, encore et encore, le marteler de vérité, s’y accrocher comme si ça avait toujours fait parti de son histoire. Il n’y avait que comme ça que les mythes devenaient croyances. Elle haussa les épaules, fataliste, avant d’enchaîner.

- Bien sûr, tu ne me crois pas. J’ai l’habitude. En même temps, quand un aristocrate décide de se marier à une roturière, on évite de trop en parler, même si elle gagne une particule au passage. Et quand elle décide d’élever elle-même ses enfants, plutôt que de laisser la gouvernante s’en occuper, on perd tout de suite en crédibilité… A croire que la noblesse n’est plus un titre honorant donné par l’Empereur aux familles s’étant battues pour l’Empire, mais juste une jolie particule ajoutée à de jolis vêtements. Je connais de riches marchands qui s’habillent mieux que mon père, pourtant.

Bon, il lui semblait que les Kil’ Wen avaient quand même une bonne fortune – mais imaginons un instant que son père ait été légitime, qu’il se soit quand même marié à Leyah, et qu’il ait quand même décidé de vivre comme il vivait. Et bien, elle aurait été noble, avec les conditions de vie de n’importe quelle famille qui s’en sortait. Si les nobles étaient rarement pauvres, et que s’ils l’étaient, c’était parce qu’ils avaient fait faillite après avoir lapidé les biens offerts par l’Empereur, il y avait bien des roturiers détenant des fortunes conséquentes, parfois beaucoup plus que celles des nobles. Et si certains étaient ensuite anoblis, c’était loin d’être le cas de tout le monde. Son histoire tenait la route ; il était tellement plus facile de se fonder sur des semi-vérités, pour ne pas se perdre au beau milieu de l’histoire, et s’emmêler les pinceaux. Shawna fit rouler ses omoplates, avant de lancer un nouveau regard blasé vers Enelyë, complètement plongée dans son personnage.

- Je te prierai donc de ne pas insulter la noblesse, et même si tu ne l’apprécies pas, tu pourrais au moins faire preuve de respect envers celle qui t’apprend le Dessin. Elle pourrait te sauver la vie, là-bas, un jour.

Elle parlait des Spires, bien sûr, et fit un geste vague de la main près de sa tête, pour le montrer. Elle avait parlé vite, plus vite que Lev, qui donnait de l’effet à sa voix en ralentissant, laissant son audience s’imprégner de ses mots – il s’y connaissait un peu en contes, apparemment. Mais elle n’eut pas le temps de finir, et l’on entendit sa dernière phrase un peu trop fort. Lev, en tout cas, aurait bien conscience qu’elle n’écoutait plus depuis un certain temps, alors que le « sauver la vie » se superposait à son rire. Tu vois, je peux continuer à jouer sans toi. Mais tu sais quoi ? En fait, à deux, on joue sur deux fois plus de terrain… Je ne t’écoute pas, je ne te regarde même pas, mais nous jouons avec les mêmes pièces. Laisse-moi consolider les bases de mon histoire, pendant que tu affirmes la tienne, et que tu la tisses à la mienne. Elle le nargua du regard, pendant qu’il faisait sa petite révérence, les mouvements de son corps toujours un peu cassé, en décalage, sans qu’elle puisse mettre le doigt sur ce qui le rendait si disharmonieux. Elle le nargua, le parfait psychopathe avec ses mimiques bizarres. Il n’était pas dit qu’elle serait la première à perdre pied ; elle avait parfaitement confiance en ses talents de danseuse. Et puis elle détacha son regard de lui, toujours un peu moqueuse, pour le reposer sur Ciléa, et tenter de savoir ce qu’elle pensait de… tout ça. Allait-elle vraiment attendre que tout le monde parle de son rapport à l’Imagination, avant d’intervenir ? N’avait-elle pas peur que la totalité d’entre eux seraient faussés, maintenant ? Qui irait parler des magnifiques chemins de l’Imagination, des multiples de possibles qui s’étalaient à leur esprit, la beauté de la création, le désir de monter plus haut, de voir tout ce qui pouvait naître d’un simple esprit et tout ce ramassis d’âneries, maintenant ? Ca l’amuserait assez, en fait, mais elle n’y croyait pas. Elle espérait au moins qu’elle apprécierait la pseudo-défense qu’elle venait de lui faire. Qui sait, peut-être se montrerait-elle tout de suite moins hautaine. Nouveau regard en biais vers Enelyë – elle n’était pas sûre d’avoir réussi à lui faire gober son histoire, en fait, et aimerait bien savoir comment la jeune femme allait réagir. Décider si, oui ou non, elle était digne d’intérêt…


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MessageSujet: Re: L'Instant d'une Etincelle [Terminé]   Jeu 4 Aoû 2011 - 1:00

Elle vit les lèvres de la jeune fille esquisser un sourire, bien vite masquées par la voix forte du jeune homme vers qui elles tournèrent la tête. Il continua, à sa façon, l'histoire de Saomi. Enelyë souriait, la tête posée sur le dos de sa main. Ces deux personnes avaient-elles décidé de saboter le premier cours de Ciléa ? Ou tout simplement de s'amuser ? Lorsque l'apprenti dessinateur prit la parole, il s'adressa à l'assistante en utilisant son prénom. Le sourire de la Flamme se fit alors plus intéressé. Qui étaient-ils donc ? Elle croisa ses bras sur la table et posa sa tête dessus, s'installant bien pour écouter la suite du récit. Elle ferma les yeux, pour se donner une image précise de ce que pourrait être les Spires telles qu'ils en parlaient. Loin des chemins merveilleux qu'elle entrapercevait chaque fois qu'elle s'y plongeait.

Une lande déserte, où chaque Spire était une ronce, surmontée d'une fleur ou d'un joli fruit, pour qu'on ne puisse pas voir les piquants acérés. Puis elle passa à une forêt profonde, où derrière chaque arbre se trouvait un dangereux prédateur, plus violent qu'un tigre des plaines affamé, plus dangereux qu'un brûleur enragé. Et de ces univers, il fallait ramener ce que l'on voulait. Le feu se trouvait dans la petite chapelle abandonnée tout au fond de son monde, et il fallait grimper au plus vieil arbre, celui qui était mort et qui craquait en menaçant de s'effondrer, pour obtenir le dessin épuré du serpent. Puis au fil des mots du jeune homme, ses pensées changeaient. Parlant d'un pouvoir enivrant, elle s'imagina parée de tout un tas d'arme, elle s'imagina invincible, et avançait fièrement dans la lande déserte, ramassant les fleurs sans faire attention aux ronces qui ne pouvaient pas lui faire de mal.

Elle rouvrit les yeux, sortant de sa rêverie, au moment où le dessinateur annonçait ce qu'il voulait faire de sa vie : la consacrer aux Spires. Si c'était vrai, il serait vraiment... "un parfait psychopathe". Elle l'avait pensé au moment où il l'avait dit. La jeune fille à la peau noire se pencha alors vers elle, décidant de répondre enfin. Elle s'entêta dans ce qu'Enelyë pensait encore être un mensonge. Elle ne lui donnerait jamais raison. Elle entendit vaguement le nom de Lev retentir dans la salle, mais elle était déjà captivée par la jeune fille. Elle était réellement intéressante et étonnante. La Flamme hésita un instant à lui répondre, avant de se rendre compte que les regards étaient fixés sur elle, dont celui brûlant de Ciléa. Ils attendaient sûrement qu'elle rétablisse une vérité à moitié pourrie par les vers des histoires des deux autres. Elle se leva, posant son regard sur certains élèves.

- En tant que Flamme, et non plus Étincelle comme la plupart d'entre vous... elle s'arrêta un instant. Qu'allait-elle bien pouvoir dire ? Elle voulait poursuivre leur histoire, mais néanmoins rassurer les autres... je me dois de vous dire que ce qu'ils racontent est en partie vrai. Elle adressa un vague coup d'oeil à Ciléa, avant de fixer quelques élèves au hasard. En effet, les Spires sont pleines de pièges. Cependant, il est simple de les éviter... Elle jeta ici un coup d'oeil furtif à Saomi à côté d'elle, puis s'arrêta sur Lev. Il avait quelque chose de disgracieux dans le visage, quelque chose de perturbant. Elle reposa alors son regard sur Ciléa, pour poursuivre son récit plus simplement. Les pièges sont gros comme la plus grande auberge d'Al-Jeit, mais c'est justement sur cela qu'ils résident. Ils cachent les chemins, ceux qui vous conduisent vers le haut, tout en ayant l'air normal, banal dans le paysage pour ceux qui ne sont pas initiés à l'Imagination. Ils cachent les chemins, ceux qui vous emmènent vers ce que vous cherchez. Vous ne faites absolument pas attention où vous marchez, du coup, vous tombez dans les pièges. En ouvrant les yeux, nombre de pièges sont évitables, mais vous ne voulez pas avancer plus haut. D'un autre côté, comme Lev le dit, il faut le pouvoir. Certains ne sont pas aptes à percevoir les Spires, et certains abandonnent trop vite.

Ce qu'elle racontait était tarabiscoté, mais elle parlait vite, avec un ton de sincérité, et peu de personnes devaient réussir à comprendre ce qu'elle disait. Ce n'était pas tout à fait le but d'Enelyë, mais elle devait avouer que si personne ne comprenait, cela l'arrangerait. De plus, tout le monde ferait semblant de comprendre. Elle remarqua un ou deux regards interloqués, à qui elle adressa un sourire hautain, du genre "Et oui, je suis une Flamme moi, je sais plus de choses que vous." mais c'était juste pour les effrayer un peu plus.

- L'Imagination est tout un monde. C'est comme celui-ci. Si on fait pas attention où on marche, on tombe.

Puis, elle se reposa sur sa chaise, les bras croisés sur son ventre et le dos calé contre la chaise. D'autres élèves tentèrent de dire quelques choses, mais le récit de Shawna et Lev planait encore dans l'atmosphère. Qu'une Flamme accorde une partie de ce qu'ils racontaient ne faisait qu'accroître la peur des autres. Et ceux qui pensaient avoir percé les Spires se retrouvaient totalement désemparés.

* Ciléa, Ciléa, que vas-tu leur dire ?*

Elle fixa l'assistante. Malgré ce qu'Enelyë savait, malgré le fait qu'elle ait vu ce que Ciléa avait vu, elle ne parvenait pas à l'aimer. Tout au plus un peu de compréhension et de compassion l'avait empêché de suivre totalement les deux autres. Elle se jeta dans les Spires un moment. Elle dessina une légère boule de lumière qu'elle logea au creux de ses mains. Elle lui disait, en quelque sorte : Toi aussi, crée la Lumière...

La boule lumineuse disparut et elle se pencha alors vers Saomi pour chuchoter sa réponse.

- Oh, pardonne-moi, mademoiselle la noble. Cependant, tu ne m'auras pas avec tes histoires de Spires dangereuses. Je les ai arpentés très souvent, et depuis le début même de ce cours. Je suis ici depuis plus d'un an. Si je vous ai partiellement suivi, c'est uniquement pour exprimer certaines choses, face à une certaine personne.

La jeune fille aux foulards comprendrait sûrement que la personne était Ciléa, mais Enelyë savait que ce qu'elle exprimait ne serait clair que pour l'assistante. Après tout, comment les autres pourraient-ils comprendre que Ciléa et elle étaient liées par une seule personne, maître pour elle, et bourreau pour l'autre ? Comment les autres pourraient-ils comprendre que parce que l'on aimait une personne, cela pouvait suffire pour en détester une autre, sans la connaître ? Comment pouvaient-ils comprendre un échange entre deux personnes qui ne se comprenaient pas elles-mêmes ?


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MessageSujet: Re: L'Instant d'une Etincelle [Terminé]   Ven 19 Aoû 2011 - 22:56

Un dortoir qui s’éveille, un salon encombré, un couloir étroit, un défilé d’escaliers plus abruptes les uns que les autres, un corridor embouteillé, une salle immense et noire de monde...
À chaque pas, ressemblait le précédent, à chaque marche correspondait une autre, rien ne ressemblait plus à une galerie que la suivante. Éveillé, on perçoit tous le petits détails qui font de notre monde ce qu’il est et qui nous permettent de le reconnaître entre mille. Mais lorsque nos yeux sont encore assoupis, que notre vision est recouverte du voile blanc et neigeux du sommeil et que chacun de nos sens se parent de cette langueur propre à la somnolence, nous ne sommes plus réellement maitres de nos actes, et l’automatisme prend le pas sur la conscience.
L’automate qui vivait en Gwëll s’assurait donc qu’elle arrivât entière et, dans la mesure du possible, pas trop amochée à son cours de dessin.

Tel un robot, la jeune fille marchait parmi les autres élèves de l’académie, se frayant un passage vers la salle de dessin. Monter, descendre, tourner, ralentir, s’arrêter complètement, puis repartir... ses pas s’enchainaient sans qu’elle en soit réellement consciente, perdue dans les méandres de son retard de sommeil.

Déjà, au détour d’un couloir, la porte de bois de la salle de dessin s’était profilée, lourde et sombre. Quant elle s’ouvrit enfin, Gwëll suivit les autres élèves et entra dans la grande pièce claire. Attendant que les derniers retardataires arrivent, elle réprima un bâillement qui menaçait de la submerger et s’adossa au mur.
Étrangement, il lui semblait que la lumière déclinait, peu à peu, dans la salle de classe, au point de s’évanouir totalement. Plongée dans ce noir d’encre opaque et inaltérable, sa tête dodelina quelques instants avant de s’immobiliser alors que derrières ses paupières, ses yeux tentèrent vainement, combat de quelques secondes, de résister.

Résister à quoi ? Elle l’ignorait totalement, mais de toute manière, ç’eut été superflu que de s'entêter davantage, le monde d’obscurité s’étant déjà partiellement retiré, laissant entrapercevoir une lueur rougeâtre et dansante parmi les ombres opaques. De loin, on ne discernait qu’une tache mouvante, mais si on observait plus attentivement, on pouvait distinguer un reptile de feu s’enroulant sur lui même tout en sifflant de sa longue langue fendue dans un crépitement de flammes. De ses petits yeux fauves aux paupières fendues, il semblait capturer le regard alors qu’il susurrait, dans une langue aux sonorités étranges et sifflantes, d’incompréhensibles paroles. Ce petit manège, envoutant, attirait toute l’attention de la jeune fille, frôlant même parfois l’hypnose ’Aies confiansssse, croizzz en moi...’.

Puis subitement, le magnétisme se résorba alors qu’une seconde flamme naissait, plus puissante, plus hargneuse. Désormais, les deux serpents enflammés ondoyaient dans un même élan, figeant tous deux leurs regards de braise dans celui de la jeune fille. Ce qui en devenait quasi effrayant tant la sensation de péril était omniprésente mais aussi fascinante de par le ballet des serpents de feu.

Soudain, comme sortant de la noirceur opaque de cette nuit improvisée, une vision cataclysmique d’un monde cruel et dévasté s’offrit aux yeux de la jeune fille. Murs infranchissables, forêts épineuses, partout retentissaient des hurlements sauvages. Quand aux deux reptiles aux reflets moirés, ils serpentaient au beau milieu de ce décor effrayant avec une aisance affolante, toujours sifflant de leur étrange langue fendue un flot de paroles incompréhensibles et strident. De strident, le bruit devint insupportable au point que Gwëll dut se mettre les mains sur les oreilles. Enfin, tenta de se mettre les mains sur les oreilles. Car, étrangement, elle semblait comme engoncée dans une chape de béton qui bloquait ses mouvements.
Elle suffoquait, terrorisée.
S’étouffait.
Mourrait à petit feu...

Ouvrit les yeux en poussant un cri face à une classe médusée.

Quand on a mal dormi, que l’on est mal réveillé, que l’on se force tout de même à se rendre en cours et que l’on s’endort sans s’en rendre compte, il n’est guère étonnant que les effets soient désastreux.


[Désolée du retard, désolée, désolée, désolée !]


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MessageSujet: Re: L'Instant d'une Etincelle [Terminé]   Ven 2 Sep 2011 - 19:18

Elle les écouta l’un après l’autre, sans dire mot. Ses lèvres frémirent un peu quand la particule de Saomi tenta de lui donner tort, elle faillit couper Shawna dans ses affabulations, d’ordonner à Lev de retourner à sa place, de soupirer quand Enelye poursuivait sur leur lancée. Elle n’en fit rien, se contrôlant jusque là, tentant de rester passive et observatrice, de réfléchir et de tirer des conclusions sur la façon de penser de ses élèves pour éviter de se formaliser sur leurs marques d’insolences. Elle ne put s’ empêcher pourtant de couvrir les élèves d’un regard calme et pesant, légèrement menaçant. -parlez librement, mais pas trop cependant-.

La plus immédiate des questions intérieure fut de se demander si Saomi était réellement noble, sa langue trop pendu et ses foulards de bohémienne plaidaient trop dans les sens de Ciléa et incitait interrogation. Ewall revint au milieu d’une des mimiques de l’étudiante, brusquement. Il aurait tellement pu être là, devant elle, à raconter une histoire comme le font les saltimbanques, vêtu du costume criard. Noble pourtant. Ewall donna à Shawna le bénéfice de la véracité au moins le temps d’une demi-seconde. Et même la réputation de menteuse invétéré acquise à la narration rocambolesque de l’histoire du dessin ne suffisait pas à emmètre un avis catégorique.

La dessinatrice, tenta de balayer le récit farfelus, inventé de toute pièce, qui lui écorchait les oreilles . Ciléa ne pouvait comprendre qu’on parle ainsi pour ne rien dire, seulement pour affirmer sa façon de s’exprimer ,étaler au monde son originalité et son inventivité et surtout la contredire elle-même -Elle, la grande, la merveilleuse, la seule o/- . Elle chercha à travers le fouillis de péripéties qui enjolivait le récit, le véritable message de Saomi, en espérant qu’il ne s’agisse pas là encore d’une falsification de sa vision du dessin.

Même si ce roman totalement inventé lui arracha les oreilles, même si les marques du tutoiement faillirent la faire sortir de ses gonds, ce qui résonna fut la peur narrée par Saomi. Se méfier des Spires, comment pouvait-on garder une telle prudence dans l’euphorie de cette autre dimension ? Elle tenta de s’imaginer un tâtonnement méfiant à travers les anneaux, un esprit craintif et timoré se frottant à la beauté de l’Imagination avec réticences. Elle n’y réussit pas. Elle ne pouvait comprendre, pour ne l’avoir jamais expérimenté cet état d’esprit devant l’inconnu merveilleux, tellement fascinant. Étant apprentie elle s’était jeté corps et âme dans la dimension, peut-être naïvement, mais entièrement . Elle s’était totalement laissé imprégnée par cette magie. Elle avait vécue complétement dans les Spires. Il lui semblait que l’Imagination, lui avait servi de refuge quand elle ne savait plus ou aller, ou quand la situation devenait trop insuportable . Elle y entrait et y sommeillait en repétant des exercices ou tout simplement en appréciant ce contact rassurant. C’était ici son lien avec la noblesse, son lien avec Maya . Les quelques personnes avec qui elle se sentait unie, attachée, avaient un rapport plus ou moins étroit avec l’autre dimension. Elle devait tout à cet autre monde , et en contrepartie, pour éviter l’idée désagréable de devoir quelque chose, elle s’était imaginé que l’autre ne pouvait pas vivre sans sa présence. Une sorte de symbiose parfaite. Dans ses délires, elle sentait les anneaux la reconnaitre quand elle pénétrait dans les Spires, elle imaginait l’entité vivante hurlant de joie à son arrivée, aussi puissamment que le cri liberateur qu’elle-même ressentait.

Il faudrait qu’elle compose avec l’idée que certains n’envisageait pas un tel sacrifice même s’il lui semblait inconcevable d’avoir l’orgueil de pouvoir vivre sans se nourrir d’Imagination . La prudence de Saomi, que Ciléa ressentait cruellement comme de l’indifférence méprisante devant l’adorable entité lui laissa un gout amer dans la bouche.

Elle se sentit plus proche, de la vision de Lev, bien que son insolence distante l’empêche d’apprécier la connivence. L’élève était dérangeant après examen. Sa voix grinçante et les craquement incessants de ses membres participaient surement à son étrangeté mais le plus ensorcelant était sans doute son apparence. Il tirait son charme de la brulure qui lui parcourait le corps et la voix, de cette incroyable passion et de se dévouement pour les Spires qui transpirait jusque dans ses yeux. Ce magnétisme tenait trop du Dessin pour qu’elle y soit insensible, et elle sentit malgré elle un frisson lui parcourir le dos quand il commença à parler. Les mots avait des accents en spirales, réminiscence de la dimension chérie, son ton ondulait entre le basculement et le réel.

Ciléa était trop méfiante, pourtant, pour accepter de se laisser entrainer par ces odeurs suaves de phrases bien tournées et de mots teinter d’Imagination. Elle était pleinement consciente du charisme de l’élève et refusait de se laisser porter par cette facilité du langage mielleux, cette confiance aveugle à la voix. Elle ne savait pas comment situer la réponse de l’élève, était-ce un idiot prétentieuix qui se vantait naïvement d’être fou ? Était-ce une façon d’attirer à lui l’attention? Elle se promis d’y réfléchir.

Puis Enelye. Elle s’en voulu terriblement de lui avoir imposer une part de son passé pendant le cours de Myra, il y avait des choses qui n’appartenaient qu’à elle seule et offrir une de ses plaies à l’élève de Varsgorn lui semblait manquer terriblement de bon sens. Ça avait été si impulsif, peu réfléchie, si marqué de cette impétuosité passé qu’elle tentait tant bien que mal de contrôler. Un véritable échec qui se rappellerait à elle à chaque fois qu’elle daignerait poser son regard dans les yeux d’Enelye.La façon de parler de la Kaelem contrastait avec celle de Lev. Ses phrases étaient courtes, hachés. Son ton était dénué de toute envie de finir ses phrases, de les enjolivait et semblait se résoudre à aller à l’essentiel sans le soucis de séduire. . Enelye était roturière, Lev était noble. L’évidence était douceur quand Ciléa voyait de telles différences confirmer le gouffre entre la roture et la noblesse.

Deux élèves s’exprimèrent encore , moins ardemment, moins surement, plus mesurés. L’un vanta timidement les vertus de l’imagination et révéla qu’il était parfaitement à l’aise dans la Spirale, le second, guerrier, avoua qu’il connaissait trop peu la dimension pour en avoir une analyse fine. Les autres choisirent de se taire, peut être assez atérrés par les propos de Saomi, ou suspicieux envers sa question.


« Et bien, certains d’entre vous semblent avoir réfléchi longuement au monde du Dessin, preuve qu’ils s’ intéressent un tant soit peu à la discipline, je les en félicite. «

Elle adoucit un peu le message qu’elle dédiait à Saomi après avoir entendu la phrase qui plaidait sa cause.

« Saomi, Je suis sûre que votre conte serait du plus bel effet aux pages « chroniques » de la Gazette d’Al-Poll mais veuillez éviter vos affabulations dans mes cours, la vérité sur le monde encore trop méconnu de l’Imagination est assez difficile à obtenir pour que des récits mensongers viennent interferer dans nos recherches. Il est vrai que le don du dessin est une force et que par là, votre camarade kaelem peu imaginer une population terrorisée par cette puissance inconnue. Pourtant il ne faut pas oublier que chaque Alavirien né avec le don. Plus ou moins développé certes, mais chacun à accès à l’Imagination. Cette proximité rend le don naturel et n’est pas considéré comme une différence marqué, source de clivage de conflit, comme l’a pu être par exemple la méfiance envers les Faels, un peuple au début trop différent des Alaviriens pour être compris d’eux. De plus, vous avez tendance à confondre le danger dans les Spires pour le dessinateur et le danger tel qu’il est ressentit par le commun des mortels, bien peu dessinateurs. Le lieu est véritablement idylique, pour le dessinateur, je dois suivre l’avis du commun. Peut être faut il assez de temps pour approprier son espace, pour comprendre les Spires et s’accorder avec elles. Mais une fois cette étape franchie, je me refuse à croire que le dessin peut-être autre chose qu’un plaisir. A cela, déduire qu’il ne peut rien sortir de mauvais de l’imagination c’est allez trop vite, pour sûr. Mais là encore il faut faire une différence entre les dangers de la volonté des dessinateurs, et les réels pièges intrinsèquement lié à l’imagination


Elle se tut un moment, et son regard, surplombant la classe, croisa l’élève qui s’était endormie sur son bureau. Elle eut un petit haussement de sourcils mécontents, avant d’enchainer.

L'Imagination est un monde encore trop peu exploré pour que je me livre à des affirmations ici, disons que ce ne sont que des suppositions que chacun à la possibilité de vérifier ou d’inférer. Je dirais que les Spires ne sont pas monde de réel dangers, les dangers y sont rare, et si danger il y a je ne parlerai pas de pièges mais plutôt d’obstacles. Il ne semble pas que le monde de l’Imagination ai sa volonté, cela ne s’est en tout cas jamais vérifié à ma connaissance, et les plus grands dangers viennent plus des ambitions des hommes par le dessin que du dessin lui-même. Seulement, on pourrait affirmer que ce monde à ses règles,-est-ce des rêgles aléatoires ou la preuve d’une véritable volonté ?- et qu’il peut réagir en réponse à une transgression.

Elle eut une pensée pour Myra, privée de son don pour avoir tenter de franchir un espace interdit dans l’imagination avant de continuer sa démonstration

« Ne serait-ce que quand le monde refuse son accès à un dessinateur débutant, quand un dessin échoue, ou quand il se perd en chemin. Ce n’est pas seulement à cause d’un trop faible pouvoir. J’aurai tendance à croire que le monde de l’Imagination interdit l’accès lui-même, avant que l’apprenti soit en mesure de composer dans ses règles, qu’il se protège en quelque sorte. Cela ne veut pas dire qu’il existe une seule façon de dessiner, déterminer par des règles, seulement il faut reconnaitre qu’entre toutes nos façons de dessiner il est des points commun; nous évoluons dans les même spirales, nous entrons tous dans un état second, et s’il n’y avait rien de commun je n’aurai rien à vous apprendre. Je serais d’avis à dire que le monde censure les façons de dessiner qui ne concorde pas en son harmonie, qui les cassent. »


« Cependant, je dois vous avouer qu’il ai des façons de dessiner…Bâtardes, avillisantes et en total désaccord avec les règles de cet autre monde. »


Certains êtres humains, au lieu de se plier et de se fondre dans l’Imagination on voulu, tracer et fendre le propre chemin, ignorant de la Spirale. Et contre toutes attentes…Il semble qu’ils aient réussi.

Il y avait la Mentai, l’araignée, celle qu’elle avait vu à l’œuvre pendant l’attaque de l’académie, qui gravissait l’Imagination d’un mélange ahurissant de violence et de technicité, il y avait les légendes Ts’Liches, dont l’humain n’avait jamais réussi à comprendre sa façon de dessiner, il y avait les gomeurs, ces créatures immondes qui réussissait à stopper l’accès à l’imagination .


Il est visiblement possible qu’une façon de creuser un chemin chaotique dans les Spires sans alerté la protection de la dimension existe. Certaines personnes après avoir effectué de longues études académiques semblent connaitre tellement les Spires qu’ils réussissent à contourner le mode académique pour heurter les Tabous de l’Imagination sans que la dimension puisse en rendre compte.

Elle s’avançait trop loin dans les suppositions. Elle décida de rebondir sur les propos de ses élèves.
.
A vous entendre Lev, on pourrait croire qu’on vous donne un poison, que dans votre ignorance, vous vous sentez oblige d’ingurgiter. La découverte de l’Imagination réserve les surprises de l’exploration d’un territoire inconnu, en effet. Mais n’est-ce pas le cas pour nombre d’expériences de la vie? Il y a fort à parier qu’un explorateur de la foret Ombreuse prend beaucoup plus de risques qu’un dessinateur dans les Spires, d’autant plus que le territoire n’est pas réellement inconnu, d’autres explorateurs y ont pénétrés avant vous, et on pu se frotter au climat et aux risques de la Spirale
.

Elle se sentit partir dans ses explications, comme si elle parlait pour elle plutôt que de s’adresser à ses élèves -il était clair qu’à choisir entre les deux catégories d’interlocuteur elle aurait préférer s’adresser à son égo. Seulement, personne ne l’aurait payé pour cela. Et en sa qualité temporaire d’héritière ruinée, elle avait trop besoin d’argent pour se permettre de perdre sa place d’assistante (bref, passons)-


«S’il n’est pas étrange que vous sembliez concevoir l’Imagination comme un monde puissant, peut-être dangereux, je dois cependant insister sur quelque chose qui me semble primordial à l’étude du Dessin. Vous êtes initiateur de votre Création, en aucun cas on ne peut faire passer les Spires avant votre propre volonté, il serait aberrant d’imaginer la dimension prendre…possession du dessinateur. Ce sont les entités qu’on imagine baignant dans les Spires. Vous êtes des êtres humain, et votre plus grande difficulté est d’abord celle de l’accès au Spires, non pas à l’inverse, la prise en otage…de votre raison. »


Elle secoua la tête doucement, sans regarder Lev à qui elle s’adressait principalement.

Elle ne commenta pas en particulier les propos d’Enelye -parcequ’ellevoulaitquesonpostsoitpretavantlarentrée-, parce qu’elle n’avait aucune envie d’entrer en contact avec elle malgré ce message douloureux qu’elle lui avait transmis, surtout après ce message, en fait. Elle avait sentit le regard aigu de la Kaelem qui tentait de lui transmettre quelque chose, Ciléa avait posé ses yeux sur elle, froids, sans vraiment chercher à décoder ce qu’Enelye voulait lui dire, se barricadant pour éviter une tentative de communication avec l’élève. Ah, qu’elle s’en voulait !


« Bien, je ne vous laisserai pas réagir oralement à mes propos, les longues discussions semblent avoir un effet soporifique sur certains et il me reste à peine le temps pour un nouvel exercice pratique. Je vous demanderai de me rendre pour la prochaine lune un parchemin en réaction à ce cours. Cela vous permettra de garder en tête les questions qui ont été soulevée, de contester, de poser des question et d’ouvrir les livres d’histoire poussiéreux qui vous attendent à la bibliothèque. J’ose esperer que vous savez tous lire et écrire, et si ce n’est pas le cas, il serait temps d’apprendre. Au cas ou vos oreilles de sourd aurait rater l’information, le Seigneur Cil’Eternit, à la mansuétude de dispenser des cours d’Ecriture aux ignor.. »

Le cri resonna dans la classe, et vint la couper dans son monologue. Son regard dédaigneux vint se poser sur Gwell, aux yeux tout ensommeillés.

« Mademoiselle Yil’Sleil, je ne vous ai jamais obligée à assister à mon cours, mais à l’avenir, si vous avez le projet de vous y assoupir, pensez à rester dans votre dortoir, cela vous évitera les conséquences malheureuses et désagréables qui pourraient suivre»
.

Son regard perçant s’appuya quelques seconde sur le front de l’étudiante, puis elle se tourna vers le reste de la classe.

« Bien, je vous demanderais de vous mettre en ligne, tous au dernier rang . Je vais matérialiser un panneau de métal sur le tableau. Certains d’entre vous semblent vouloir prouver leur efficacité aux jeux de balles, je vais leur en donner l’occasion. Le but est de toucher la cible avec des balles en coton que vous dessinerez. Cette partie de la classe colorera ses balles en rouges fit elle en designant la partie de Shawna et Enelye, l’autre partie, en bleu (Gwell est Lev). L’équipe qui touchera la cible le plus grand nombre de fois sera gagnante. »

Cet exercice avait trop l’allure d’un folklore roturier pour plaire réellement à Ciléa, mais on lui avait précisé maintes fois de s’adapter à son public. Que la plèbe soit heureuse, elle lui offrait gracieusement un entrainement à sa portée.

«Vous aurez les yeux bandés mais je ferai en sorte que la cible soit visible de l’Imagination. L’exercice s’ achèvera quand les bandeaux dessinés par moi-même, disparaitrons. »


[Vous n’etes pas forcé de voir ou finissent vos balles, Ciléa fera l’arbitre. Le premier à poster remportera plus de point pour son équipe, le deuxième un peu moins, le troisième moins, (etc..). Vous avez le droit de poster plusieurs fois .]








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MessageSujet: Re: L'Instant d'une Etincelle [Terminé]   Lun 26 Sep 2011 - 23:21

Elle attendait, impatiemment, la réaction de sa voisine, et fut agacée de voir sa réponse repoussée à plus tard par la nécessité de répondre au cours. Lassée, elle leva les yeux au ciel, avant de les poser à nouveau sur la brune, qui venait de capter à nouveau son attention. Elle aussi suivait son histoire ? Mais c’était que les apprentis Dessinateurs étaient beaucoup plus amusants qu’elle ne le croyait ! Elle sourit, narquoise, de son sourire trop étiré qui mettait mal à l’aise, et s’affala sur son bras qui retenait sa tête, le coude en exergue, la paume appuyant sur sa mâchoire. Elle avait l’air attentive pour la première fois depuis le début du cours. Elle s’était attendue à des élèves plus… stéréotypés ; mais la présence de roturiers dans le cours semblait désordonner quelque peu l’ordre des choses. Jamais, jamais on ne l’aurait laissée raconter son histoire, et jamais personne ne l’aurait suivie – quoique si, un ou deux turbulents – si elle avait osé se moquer si ouvertement de l’exercice du professeur, à Al Chen, Al Vor, Al Jeit ou Al Far. En tant que Flamme, Enelyë aurait pu simplement détruire son histoire, et se venger, plus ou moins, de l’attitude moqueuse qu’avait Shawna envers elle. Mais non. La roturière fixa longtemps Ciléa, à la fin de son explication, et la bohémienne fronça les sourcils. Ce n’était pas de l’insolence, dans la dureté de ses traits, mais presque. Une sorte d’opposition passive. Shawna regarda la lumière apparaître entre ses doigts, et faillit soupirer à nouveau. Elle ne comprenait pas le besoin irrépressible que toute cette bande de Dessinateurs avait à toujours mettre un pied dans les Spires, même quand ils n’en avaient pas ‘besoin.’ Lev était probablement le pire d’entre eux. Elle leva à nouveau les sourcils, lorsqu’Enelyë lui répondit enfin.

- Naaan, j’avais pas remarqué…

Ouais, donc en gros, la moitié de la classe détestait l’assistante alors que ce n’était que son premier cours. Quelle idée, aussi, de laisser une fille aussi jeune enseigner à des gens de leur âge, aussi douée qu’elle pouvait être… Elle aurait pu être à leurs côtés, dans leur rang, être l’une des meilleures apprenties ; tout le monde l’aurait détestée aussi, parce qu’elle était douée là où ils ne l’étaient pas, et parce qu’il y avait comme du mépris, dans son port de tête. Blasée, Shawna haussa les épaules. Elle se moquait qu’Enelyë la croit ou non, et tous les autres aussi, d’ailleurs ; elle voulait juste s’amuser, aux dépends des crédules, et s’il n’y en avait pas, elle n’avait pas moins apprécié de se payer la tête de celle qui la prenait de haut.

Ciléa prenait la parole – enfin. C’était vraiment un merveilleux terrain de jeu, cette salle de cours… Elle sourit, toujours moqueuse, aux premières réflexions de l’enseignante. Une manière simple de repousser tout ce qu’elle venait d’inventer, et de la rappeler à l’ordre. Elle perdit son sourire, à la suite de son récit. Elle était tellement certaine d’avoir raison, de savoir mieux que les autres, d’être supérieure… Ca la faisait sortir de ses gonds. Déjà, tout le monde ne naissait pas avec le Don, loin de là. Y en avait plein, qui n’avaient pas accès à l’Imagination. Genre toute la famille de sa mère ? Trouvait-elle si normale de vivre à moitié dans un monde qui n’existait pas qu’elle n’arrivait pas à concevoir que NON, tout le monde n’y avait pas accès ? D’ailleurs, si elle avait pu naître sans, ça lui aurait fait des vacances. Et comment ça, « le commun des mortels » ? Ce n’était pas possible, d’être aussi… pédante. Même le Maitre Dessinateur d’Al Vor n’était pas aussi méprisant. Ses poings se crispèrent, sa mâchoire aussi. Qu’elle aille donc se faire plaisir en se droguant dans les Spires, alors, elle n’était pas obligée de l’imposer au pauvre commun des mortels qui ne comprennent rien à ce qui importe vraiment et n’ont aucun sens artistique, alors. A l’entendre, on croirait que l’Imagination était une entité vivante qui invitait les Dessinateurs à utiliser son pouvoir, parce qu’ils méritaient mieux. Le crayon en bois avec lequel elle jouait se fendit brusquement en deux. Elle posa les deux morceaux sur la table, respirant profondément, et s’affubla d’un sourire hypocrite.

Les tabous, voilà qui était davantage intéressant. Elle n’en avait jamais parlé, de ça ; c’était toujours la manière académique de Dessiner, les chemins à suivre, à monter, l’image dans la tête, parfaite, voir dans tous les sens comme on ne peut le faire qu’en esprit, puis le basculement. Elle, elle n’avait jamais réussi à avoir des images claires. S’il y avait d’autres méthodes de traverser les Spires, des désaccords – la musique se superposa soudain aux Spires, dans sa tête, et elle fronça les sourcils. Ciléa aimait l’Imagination comme elle aimait la musique, se plaignait des désaccords comme Shawna se plaignait des mauvais joueurs, et elle comprit presque, un instant. Mais non ; elle ne méprisait pas ceux qui ne savaient pas jouer, se moquait de savoir si les gens chantaient bien ou mal, tant qu’ils s’amusaient à chanter. Bien sûr, il était toujours plus agréable d’écouter d’autres musiciens, mais elle n’avait jamais, jamais dit à quelqu’un de se taire. S’ils voulaient apprendre, tant mieux pour eux. Elle n’aurait sûrement pas la patience d’enseigner à qui que ce soit, mais elle ne serait jamais contre ce genre d’initiatives. Jamais pour forcer les gens qui ne veulent pas chanter à chanter, non plus. Alors que Ciléa… Non, ça n’avait rien à voir.

…Des devoirs ? Non mais elle voulait qu’ils écrivent, en plus ? Et elle ne pouvait même pas se rattraper, en tant que noble, elle se devait de savoir écrire. Il était hors de question qu’elle suive en plus les cours de Cil’ Eternit, elle n’avait pas que ça à faire. Et bien, soit elle ne le ferait pas, soit elle trouverait quelqu’un pour le faire à sa place – à voir si ça l’amusait ou non, de dire à Ciléa ce qu’elle pensait de sa manière de voir. Quoique non, en fait, elle savait déjà qu’elle n’avait aucune intention de s’expliquer. Les débats avec ce genre de personnes étaient toujours stériles, et elle préférait aller s’entraîner au combat plutôt que de théoriser inutilement.

Shawna se retourna vivement vers la gauche, et dévisagea la fille qui venait de hurler en se réveillant. Elle ne put s’empêcher de laisser un léger ricanement lui échapper ; décidément, en voilà une qui avait raté toute la rigolade. Elle ne se concentra pas plus longtemps sur elle, et grogna réellement en entendant la suite. Décidément, Ciléa avait décidé de lui rendre la vie difficile. Elle avait promis à son père qu’elle ferait un effort, elle se devait de participer. Mais comment pouvait-elle alors qu’elle ne savait pas Dessiner des balles en coton ? C’était bien gentil, de lui faire plaisir en choisissant l’exercice en fonction d’elle, mais elle n’avait jamais réussi à faire autre chose que du feu.

Et bien elle ferait du feu, voilà. Comme ça, elle honorait sa promesse. Après tout, elle n’avait rien promis à la Ril’ Morienval, alors elle n’avait pas à suivre l’exercice dans toutes ses règles exactes, juste à… essayer. Dessiner, puisqu’elle avait promis d’utiliser les Spires. Elle se mit à fredonner sans attendre le départ. De toute façon, le temps qu’elle y arrive, dans les Spires… L’apparition du bandeau la déconcentra, mais elle se remit à chanter sans commenter la désagréable manière de faire de Ciléa.

C’était étrange, ce parallèle de musique et de Dessin. La première fois – il y avait eu la musique, dans sa tête, et les images des flammes, et c’était comme si le son lui ouvrait le chemin. Cette fois, elle choisit l’une des mélodies qu’elle chantait sur la place du marché, lorsque Dwelan, le meilleur jongleur de sa famille, envoyait ses balles rouler sur le ciel, en compagnie, parfois, de Lael, Keo ou elle. Les balles s’enflammèrent, dans sa tête, comme lors de certaines de leurs soirées, sauf qu’alors c’était des torches. Dwelan et le ciel disparurent, ne laissant plus que les boules flamboyantes comme des soleils dans l’obscurité. Les indications de Ciléa lui revinrent soudain à l’esprit, et elle tenta de faire rougeoyer les flammes davantage. Grand merci, elle n’était pas dans le camp bleu, ça aurait été un peu plus compliqué. Restait qu’elle n’avait aucune idée d’où était la cible. C’est bien gentil, de la rendre visible de l’Imagination, mais elle ne sentait pas les Dessins des autres, elle.

Elle n’essaya même pas, d’ailleurs, et se contenta de chanter plus fort, de jongler plus vite, et de faire un gros plan mental sur l’une des boules de feu. Elle grandit, grandit, grandit – plus le ballon est grand, plus il a de chance de toucher la cible. Et quand il rebondit, c’est encore mieux. Les flammes, ça bondit de branche en branche, et ça broute tout… Les balles de jonglage aussi, ça peut rebondir une fois, quand on les lance bien fort. Il faut apprendre à faire avec les moyens de bord. Sa chanson prit fin, et avec elle, le Dessin, qu’elle projeta – vers l’avant. Elle l’entendit percuter un mur, à moins que ce ne soit la balle de quelqu’un d’autre, puis entendit un autre choc, suivit d’un autre encore au son différent – success ?


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MessageSujet: Re: L'Instant d'une Etincelle [Terminé]   Lun 17 Oct 2011 - 23:03

La classe bruissait d’un maelström de chuchotements, certains tout juste inaudible, mais participant à ce bruit de fond déconfit généré par l’entourloupe de quelques un, par l’illusoire dérangeant de quelques autres. Les idées avaient fusées, ensuite, une jeune fille au teint pâle, mignonne par ailleurs, avait tenté sans grande volonté, de s’affirmer autant que Naomi et lui. Par ailleurs, eut-elle été douée, elle n’aurait pu surpasser les deux Kaelem qu’en faisant montre d’un jeu corporel e et d’un phrasé hors norme. Mais Lev n’avait d’yeux, ou presque, que pour la roturière qui se faisait passer pour une noble. En la jeune femme brune, il avait trouvé une rivale aussi douée que lui, d’une finesse et d’une insolence remarquable. Façade ou raison d’être ? Le mensonge s’entortillait dans ses prunelles, trop brillantes pour le simple appui de ses dires lorsque l’autre mit en doute ses paroles. Il y avait ce goût de trop intense, quelque chose de heurté qu’elle adoucissait par ses paroles ahurissantes de véracités. Mais Lev était un manipulateur né, un instinctif des mots et des non-dits. Cependant, malgré l’acuité de son attention, il ne parvenait pas à faire la par belle aux mensonges et aux vérités. Cette fille se drapait dans le mystère avec une grâce et une désinvolture enivrante. Et qu’importe si son sourcil s’arquait au-dessus de ses prunelles noisettes, ce mépris n’était pour lui qu’un jeu, qu’une difficulté de plus, qu’un sentiment à dépasser pour atteindre le cœur, l’âme de la personne.

Par-dessous ses cils, il cherchait à lire le véritable prénom de la jeune fille, comme s’il espérait le trouver sous la ligne de sa mâchoire, inscrit de la tempe au menton en caractères corbeau.

Mais son attention fut bien vite attirée par l’attitude de la noble qui leur servait de prof. Sa nuque rigide semblait aussi froide que l’éclat des deux émeraudes qui ne déparaient pas son visage d’ange déchu. Par un certain côté, même si sa rancœur persistait à la manière dont elle l’avait traité, il ne pouvait s’empêcher d’admirer le self contrôle qu’elle exerçait sur elle-même pour ne pas remettre tous les élèves à leur place. Futée donc, malgré l’erreur qu’elle avait faite, futée de voir qu’elle était en minorité et qu’elle ne pouvait pas démentir les idées qui s’agitaient dans l’air par un simple afflux d’autorité, ce qui l’aurait, à coup sûr, discrédité aux yeux des autres élèves indécis. Rendons grâce à cette solidarité intuitive que les élèves exercent toujours à l’encontre des professeurs trop autoritaires. A cette solidarité qui forçait l’assistante dessinatrice à écouter, et qui offrait à Lev cet instant de voyeurisme totalement pervers, cet instant qu’il mettait à profis pour décortiquer son visage, alors que son attention était focalisée sur autre chose, lui laissant tout loisir de la déshabiller des yeux. Et ce qu’il voyait ne lui déplaisait absolument pas.

Lev s’amusait constamment de l’égo des personnes qu’il pouvait rencontrer. Cet égo qui faisait la part belle au ridicule, qui forgeait les réponses, les réactions, les gestes des inconnus, cet égo qui générait tant de conflits, tant d’atermoiements, tant de convenances, tant de failles dans l’amour propre des gens. L’égo avait un autre nom : l’orgueil. Et de l’orgueil naissait tous les vices de l’humanité. En cela, il offrait un terrain de jeu proprement jouissif à notre psychopathe, qui s’appuyait sur la personnalité des gens, sur cet orgueil avec lequel il jouait en permanence, manipulant l’accroc dans la trame du paraître comme on perce une armure par l’interstice qu’elle ne manque jamais d’avoir.

Et cette femme, cette Ciléa, semblait posséder un orgueil hors du commun. Sans avoir besoin de la jouer à l’instinct, il voyait à la courbe de sa mâchoire qu’elle serrait, l’intensité de l’exaspération qui pouvait l’animer. Mais, alors même qu’elle se tenait droite, fière, parmi les élèves qui n’étaient plus jeune que de quelques années voir de quelques mois, elle conservait cette dignité de nobliau qu’il avait remarqué chez la plupart des personnes de cette caste. Mais cette arrogance était tâchée, presque trouée. Les nobles restaient humains, malgré l’image qu’ils laissaient paraître d’eux à la populace basique. Et dans la voussure de ses épaules, dans le creusement de ses clavicules, il décelait la percée, la faille de l’orgueil : le soupçon de peur et de honte mêlée. Douleur et épreuves. Celles que subissent les humains, vagabonds ou de sang bleu.

La tête posée dans les mains, le front légèrement de biais, il s’emmurait dans une foule d’idée, de suppositions qui rendaient son regard rêveur, presque absent.

La voix rauque et clair de Naomi fusa jusque dans ses rêveries pour le treuiller jusqu’à cette réalité qu’il avait fui pendant quelques instants. Il tourna son regard électrique vers le sien, sans parvenir à le croiser : soit elle évitait consciemment tout contact, soit elle l’avait complètement oublié. Il doutait de la deuxième supposition – il se savait remarquable à bien des égards – mais ne pouvait être certain de la première. Cette fille, et c’est cela précisément qui la lui faisait apparaître comme une épreuve à surpasser, ne laissait pas la moindre trace d’orgueil véritable noyer, ou même effleurer ses paroles. A vue d’œil, avec les rares informations qu’il avait d’elle, elle lui apparaissait comme intouchable, invulnérable. Indestabilisable.

Mais enfin, après avoir attendu un silence tour relatif de la classe, Ciléa Ril’Morienval prit la parole de sa voix fraiche et hautaine : noble. Instantanément, il se concentra sur ses paroles, buvant leur sens comme un assoiffé étanche sa soif. Le sujet le passionnait réellement, certes, mais il aimait tellement écouter les autres, les découvrir sans qu’ils s’en aperçoivent, s’amuser en lui-même de ce qu’il découvrait, qu’il ne pouvait s’empêcher d’écouter, de scruter, d’analyser.

En revanche, il restait très dubitatif de la manière dont elle tentait d’introniser le dessin. De pouvoir déceler le don des autres, d’en ressentir la fragrance, il savait que la perception de chaque par rapport à l’imagination était plus que relative : aucune objectivité ne pouvait émaner de la science des spires, si ce n’est les sensations qu’elle parvenaient à implanter dans le conscient des dessinateurs, et ces sensations tenaient trop du domaine, justement, des sensations, pour permettre à des gens comme cette assistante présomptueuse de disserter sur le « pourquoi » des spires. De plus, ses paroles avaient cette touche trop hautaine pour plaire au kaelem. Un orgueil démesuré, il ne s’était pas trompé. Accentué encore par ses lapsus inconscient : le commun des mortels n’était qu’un tas de cafard bien loin de la perfection que les dessinateurs détenaient. Le message caché de ses paroles tira un sourire goguenard au jeune homme, qui ferma un instant les yeux pour ne pas éclater de rire. Elle disait des bêtises, ou tout du moins il savait pertinemment que ce qu’elle disait ne s’appliquait pas à son cas. Evidemment que l’imagination pouvait se substituer à la volonté : n’était-ce pas le cas lorsque les jeunes dessinateurs découvraient leur don par hasard, en dessinant sans le faire exprès ? Il n’était absolument pas improbable que cette force des spires puisse perdurer chez certaines personnes, dont lui, et permettre au don de s’intercaler entre la conscience et le vouloir qui se terrait, honteux mais puissant, dans l’âme des gens. Combien de fois n’avait-il pas dessiné par mégarde des créations qui lui auraient value de très gros ennuis si elles avaient été remarquées…

En revanche, un point sur lequel il n’avait pas d’antécédent, était celui des tabous. Il fronça les sourcils, en imaginant ce que voulait dire leur professeur. Lui n’avait jamais eu de contrainte lors de ses dessins, même si son don restait chaotique et qu’il ne pouvait pas dessiner quand il le voulait. Mais jamais il n’avait senti de restriction, de barrières de pouvoir. Mais à bien y reflechir, il n’avait jamais poussé son don au-delà de ses limites, parce qu’il avait conscience du bruit qu’il y faisait et qu’il ne voulait tout simplement pas être remarqué. Surtout pour l’instant. Il se contenta donc d’hausser les épaules, et de sursauter lorsqu’il entendit le bruit d’un crayon brisé.

Il tourna l tête vers Naomi, et faillit éclater de rire devant son visage fermé et furax. Il parvint à se contrôler et à cacher son hilarité derrière une toux très peu subtile. Les yeux brillants, il regardait ses poumons se gonfler, tendre la poitrine sous le tissu, pour tenter de voler à l’air le calme qui semblait manquer dans les noisettes de ses yeux. Ainsi il s’était trompé. Naomi, ou qui qu’elle soit, n’était pas infaillible. Le mépris et l’arrogance semblait bel et bien l’avoir fait sortir de son état d’insolence indolente qu’elle affichait depuis le début du cours. Il détourna les yeux, goguenard, juste à temps pour voir Ciléa lui adresser la parole directement, et commenter ce qu’il avait dit plus tôt. Il la dévisagea un moment, avant qu’elle ne continue ses explications, fasciné par l’éclat viride de ses yeux.

Les paroles commencèrent à devenir soporifiques. Lev bascula sa tête en arrière, émit quelques craquements vertébraux, et soupira d’aise en sentant sa nuque s’étirer le long de ses os. Nonchalament, il s’appuya sur la table derière lui et effleura sans le faire exprès le bras d’une jeune fille aux cheveux chatains qui ronflait doucement sur sa table, le visage agité de petits spasmes morphéiques. Le contact eut un effet violent, et celle-ci se réveilla en sursaut, en poussant un petit cris tout à fait terrorisé. Lev arqua un sourcil, décontenancé devant l’air perdu de la fille. Pouvait-on vraiment s’endormir aussi profondément pendant un cours ? Après un bref instant, il lança un léger « pardon » de sa voix mielleuse avant de se retourner vers le cours.

Après une brève semonce vis-à-vis de sa voisine septentrionale, elle leur proposa un dernier exercice, et Lev se leva avec le reste de la classe pour se mettre au même niveau que tout le monde. La jeune fille – Gwëll apparemment – était dans son équipe. Il ne se lança pas tout de suite dans l’exercice, préférant observer du coin de l’œil les performances des autres élèves, et surtout celle de Naomi qui avait une manière de dessiner particulière.

Mais lorsque lui tenta d’accéder aux spires, misère, il n’y parvint pas. Il était des fois ou l’accès lui était totalement interdit, et cela pouvait l’empêcher de dessiner pendant des heures. En revanche, les yeux fermés, il visualisait parfaitement les cibles de Ciléa, dont l’aura verte émeraude à l’exacte teinte de ses yeux brillait dans l’obscurité générée par leurs paupières baissées. Il grogna doucement, le visage tordu de biais affichant son mécontentement. Soudain, il sentit l’esprit de Shawna s’élever, tourbillonner pour se fondre dans la dimension des cibles. Ni une ni deux, il s’accrocha à son aura de pouvoir, se laissant guider par sa volonté pour franchir la muraille qui séparait le monde tangible de l’imagination. Et au moment où son esprit entrait en contact avec celui de la noiraude, il entendit la musique dont elle enveloppait ses dessins. Il sentit le tâtonnement de son pouvoir global, et l’imagina instantanément comme un petit chaton qui découvre la neige et cherche à en faire une boule. Pataude, elle s’appuyait sur la musique qu’elle chantonnait et qui résonnait dans sa tête pour émettre les images nécessaire sa création. Dans un sursaut il visualisa exactement ce que Naomi voyait – des couleurs chamarrées qui détonaient dans les nuances boueuses d’une rue quelconque, et les balles qui tourbillonnaient et s’entrechoquaient sans jamais tomber jusqu’au sol, toujours rattrapées par une main habile ou par un front rieur. Un nom résonna souvent : Dwelan. Un parfait inconnu. Il s’expulsa d’une secousse de l’esprit de la jeune femme, incertain de savoir si elle avait sentit l’intrusion ou pas. Mais à présent qu’il était dans les spires, il n’allait pas rater l’occasion.

L’immensité des spire et la beauté qui s’entortillait autour de son esprit lui tira un sourire de profond contentement, et c’est avec un plaisir non dissimulé qu’il se mit à la confection de sa création. Une sphère bleutée, très légèrement, s’emberlificota d’elle-même pour former un petit vortex céruléen d’une matière tout à fait unique, à mi-chemin entre la douceur de la soie et le toucher du laiton. L’odeur quant à elle était celle de l’herbe coupée mêlée à une touche de pluie et d’ozone – odeur qu’il affectionnait particulièrement. D’un geste mental élégant, il l’envoya faire une parabole en direction des cibles verdâtres. Sans prendre le temps de voir si elle avait atteint le centre de la cible, il en créa quelques autres sans difficulté, qu’il envoya dans la même direction. Après un soupir, il quitta l’imagination, conscient qu’il ne devait pas non plus trop s’afficher devant toute une classe et surtout devant une assistante douée qui avait toute autorité pour sonder son esprit si besoin était.

Lorsqu’il rouvrit les yeux, ce fut pour croiser le regard mystérieux de Naomi. Qui était fixé sur son bras duquel s’échappait une mince fumerole. Ahuri, il contemplait la brûlure superficielle mais étendue qui marquait presque tout son avant bras. Totalement en adéquation avec les spires, il n’avait aucunement sentit la brûlure du dessin de… Naomi, à en juger par son regard. Il haussa les épaules, feignant le calme, alors que la douleur enflammait son bras et lui faisait apparaitre des pointillés noirs dans le champs de vision.



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Spoiler:
 


J'aurais du sang sur les doigts
et l'éclat de tes yeux vides
comme antichambre au trépas
de mon âme impavide




Lev Mil'Sha
// Anaïel // Miaelle Campbelle



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MessageSujet: Re: L'Instant d'une Etincelle [Terminé]   Mar 25 Oct 2011 - 2:13

Saomi prit un air blasé et asséna un "Naaan, j'avais pas remarqué..." à Enelyë qui ne réagit pas. Elle posa simplement sa tête sur le bureau. A moitié parce qu'elle avait un peu honte de ce qu'elle faisait à Ciléa. Elle ne l'aimait pas, mais ce n'était pas une raison, d'autant plus que les raisons pour lesquelles la noble n'aimait pas le maître de l'apprentie dessinatrice était tout à fait recevables. A moitié pour mieux écouter et ne pas être distraite par les autres bruits de la salle et par les mimiques échangées entre les élèves, notamment entre Saomi et Lev. Elle accorda donc toute son attention à Ciléa, chose qu'elle n'aurait jamais cru possible. Néanmoins, deux élèves parlèrent avant, encore moins assurés qu'Enelyë, l'un essayant de vanter la beauté des Spires, l'autre avouant qu'il n'y connaissait rien. Et enfin, la noble parla, de son ton hautain. Cependant, l'apprentie se prit à penser qu'elle avait une jolie voix, mélodieuse. Elle resta néanmoins concentrée sur ce qu'elle dit.

Et ce qu'elle racontait n'était pas pour déplaire à Enelyë. La première phrase était évidemment une phrase de défense face aux trois Kaelems, peut-être plus à Saomi et à Lev qu'à elle-même, évidemment, mais quand même... Puis Ciléa détruisit purement et simplement l'histoire de Saomi. Et en même temps, elle fit passer totalement son message : les Spires sont des chemins merveilleux. A l'entendre, on pouvait presque voir les papillons voleter autour. Mais Enelyë comprenait ce qu'elle tentait d'expliquer : pour quiconque sait, le monde de l'Imagination était autrement aussi beau que celui où ils évoluaient en temps normal. Il y avait tant de possibilités, tant de rêves à peine effleurés, tant d'inspiration à utiliser, tant de tout à concevoir.

Puis l'assistante continua, passant du cas de Saomi à un cas plus général. Et c'était un peu là que commençait réellement le cours tel que l'entendait Enelyë. Elle fut assez d'accord avec Ciléa sur certains points : les Spires étaient certainement douées d'un système interne, qui leur permettaient de stopper certaines choses et d'en autoriser d'autres. Quant à ce qu'elle dit ensuite, elle en fut simplement horrifiée. Elle releva la tête, pas pour croiser son regard, mais simplement pour avoir un contact visuel sur la voix. Comment ça, on pouvait briser l'Harmonie de l'Imagination ? Enelyë mordilla sa lèvre. Ce ne pouvait pas être vrai.

Elle décida ensuite de commenter les propos de Lev. Disant qu'il était improbable que les Spires les prennent en otage. Et si cela se faisait ? Enelyë imagina un instant ce qu'il pouvait se passer si la dimension se mettait tout à coup à les retenir. Leur corps dans un monde et leur esprit dans l'autre. Ce serait fascinant d'étudier cela, mais aussi terrifiant. Un frisson parcourut l'apprentie en ayant cette pensée. Puis elle chercha vainement le regard de l'assistante. Il semblait évident que celle-ci voulait, elle, éviter tout contact, quelqu'il soit. Elle soupira, regarda ses mains pendant qu'elle se mettait à expliquer le principe de l'exercice.

Le cri de la fille l'étonna tout à fait. Elle eut un sursaut sur sa chaise. Comment pouvait-elle accorder si peu d'importance à un cours ? De Dessin, qui plus était. Elle regarda un instant qui avait crié, et elle reconnut Gwëll avant même que Ciléa ne prononce son nom. Enelyë sourit. Gwëll avait toujours des réactions folles, et semblait s'endormir dans n'importe quelles circonstances.

Puis l'exercice. L'apprentie se leva et alla au fond de la salle. Après tout, elle pouvait bien s'amuser un peu, même si son objectif premier avait été d'apprendre les Spires. Elle verrait cela avec Myra. Après tout, c'était elle, son professeur, pas Ciléa, même si il était toujours intéressant de confronter les différentes conceptions du Dessin. Bon, balles rouges pour elle-même et Saomi. Oh non, pourquoi était-elle dans son groupe ? Elle aurait largement préféré avoir pour partenaire Gwëll, ou même le psychopathe. Elle soupira mais ne dit rien. Le bandeau dessiné par Ciléa vint se poser sur son visage, comme sur tout les autres. Mais Enelyë était déjà dans les Spires. Elle repéra la cible en peu de temps, puis vit une boule de feu énorme filer dans l'Imagination, tout à fait à côté. Enelyë se serait donné une claque sur le front d'exaspération, si elle avait pu. Elle se contenta de créer des balles rouges -hérissées de piquants, mais ça c'était pour le fun, mais elle décida ensuite de les faire brûler comme celles de Saomi- et de viser le plus justement possible. A côté de cela, son esprit était attiré par d'autres dessins. De belles sphères bleu ciel, créées apparement sans aucune difficultés. Les dessins de Lev. Ils semblaient parfaits...

Puis elle ouvrit les yeux. Les fixa sur Lev. Se demandant à quel point il était doué.


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MessageSujet: Re: L'Instant d'une Etincelle [Terminé]   Ven 28 Oct 2011 - 19:31

Gwëll n’était pas de ceux que l’on pourrait qualifier de discrets.
Si elle n’attirait pas tous les regards, si elle ne faisait pas se retourner les gens sur son passage, si elle n’était pas repérable entre mille, elle parvenait tout de même assez bien à attirer l’attention sur elle. Involontairement, il va sans dire.
Là, elle avait réussi à s’endormir en cours. Et fatidiquement, elle s’était réveillée. Mais là où elle dénotait et attirait immanquablement l’attention, c’était qu’elle n’avait pu s’empêcher de pousser un cri aigu.

Nan mais quel boulet, j’vous jure.

Bien entendu, la prof, elle, ne dénotait pas, elle était exactement comme les autres. Elle s’énervait. Et elle menaçait.
Gwëll soupira intérieurement. À quand les profs qui ne punissaient pas et qui proposaient des cours de sieste et abolissaient de devoirs ? Certainement, était ce une utopie. Mais tout de même, on ne perd jamais rien à rêver.

Puis, dans un raclement assourdissant de chaises, la classe migra vers le fond de la salle. Toujours avec un temps de retard, la jeune fille se leva, bouscula sa chaise, la rattrapa en grimaçant, slaloma entre les pupitres et rejoint ses camarades. Et pour quoi faire au juste ? Ça, elle l’ignorait totalement -pour changer- mais, c’était certain, elle ferait tout son possible pour réussir.

Elle s’apprêtait à demander à celui qui se trouvait devant elle, une jeune homme brun à la peau pale et aux yeux bleus brillants quand elle fut lâchement attaquée par derrière par... un bandeau ? Mais pourquoi donc ?

Discrètement, la demoiselle passa les doigts dans un repli du tissu et tira. À coté d’elle, tous les élèves avaient les yeux bandés et semblaient particulièrement concentrés et, contre le mur, étaient fixées des cibles. Elle remit son bandeau et se lança dans l’imagination. Tout autour d’elle, elle ressentait les mouvements diffus des autres élèves mais sans toutefois pouvoir les distinguer réellement. Mais il y avait aussi des... d’étranges lumières fantômes qui diffusaient leur lumière composée de radiations colorées de longueurs d’ondes appartenant au domaine du visible. Inquiète, elle décida d’en rester loin et se contenta d’essayer de trouver ce qu’elle devait faire. Bien vite, elle repéra les projectiles qui volaient en tous sens dans l’étendue des spires. Des bleus, des rouges...

À son tour, elle imagina une balle d’un beau bleu pâle, le même que celui des yeux du jeune homme à son coté. Légère, petite, elle s’envolerait sans difficulté et atteindrait facilement les cibles que l’assistante avait fixées au mur.
Gwëll serra les doigts et la balle de tissu y apparut. Puis, doucement, elle tendit le bras et la lâcha. Puis elle écouta. Un bruit mat, puis un léger gémissement lui répondit. Apparemment, elle n’avait pas vraiment atteint la cible... Ou alors, c’était qu’elle était vivante... Ce qui semblait, tout de même assez peu probable. Donc, elle n’avait pas réussi.
Elle dessina alors une autre balle, plus grosse et plus leste qui serait plus aisée à lancer. Puis la magie opéra de nouveau. La balle se matérialisa entre ses main et elle tendit le bras pour la lancer. Cette fois ci, il n’y eut pas de protestation mais juste un bruit sec.

Alors elle continua et en dessina dix. Dix, précisément, car à la dixième, elle entendit de nouveau gémir et préféra cesser de martyriser celui (ou celle) qui se prenait les balles dans la tête.
Mais debout, immobile, les bras ballants, elle se sentit bien vite stupide. Et puis, pour accroitre son malaise, il n’y avait plus de bruit dans la salle, ni dans sa tête d’ailleurs. Même elle, n’arrivait plus à se parler tant le silence l’impressionnait. C’était un silence d’attente, très silencieux. Trop silencieux.

Alors elle ouvrit les yeux. Et elle vit... le bandeau. Elle mit les mains sur le tissu et s’interrogea sur ce qu’elle trouverait en l’enlevant. Qui avait été victime de ses lancers ? Pourquoi plus personne ne parlait ?
Le nœud céda, le tissu glissa.
Alea jacta est.

[les balles dans la tronche, c'est qui pour qui veut Very Happy]


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MessageSujet: Re: L'Instant d'une Etincelle [Terminé]   Lun 2 Jan 2012 - 14:01

D’abord, elle effectua cette sinueuse glissade arpentant les parcelles des Spires, à une vitesse assez lente pour lui permettre de saisir les ondulations de la spirale, qui bruissait sous l’impact des dons . Elle frôlait les signatures, leur attribuait un nom petit à petit, incorporait leur essences . Ce répit fut de courte durée .

Elle avait escompté avec cet exercice, pouvoir calmement observer chacun des élèves pour étudier précisément leur façon de se mouvoir dans l’Imagination, les éventuelles modifications de leur comportement dans l’autres dimension entre les deux entrainements. Et puis il s’agissait, moins officiellement d’une pause dans cette affluence de regard qui venaient se poser sur elle, interrogateurs, divagants, insolents, regards d‘élèves concentrés, et aussi avides qu‘une cour en quête de rumeurs. Pas que cette attention -toute naturelle, à dire vrai- soit désagréable, seulement assez inhabituelle. Elle aimait les entrées, produire l’effet, être positionnée aux centres des attentions, mais depuis qu’elle avait quitté sa vie au soleil, ou elle fréquentait, - bien malgré elle à l’époque-, les bals et les cérémonies, sous l’œil attentif de sa mère et de sa sœur ainée, son publique n’avait plus la même exigence. Plus personne évidemment, ne tenait le rôle maternelle à lui rappeler sa mise ou sa conversation mais même les regards rude de ce monde roturier n’avait plus la teneur du détail, de l’observation scrupuleuse, la connaissance des convenances et en restant dans le même domaine,, la déduction de la correction ou de incorrection . Elle-même ne s’était pas laissé allée à la négligence pour autant, et même si ses moyens s‘étaient outrageusement réduit depuis qu‘elle était arrivée ici elle avait mis un point d‘honneur à conserver sa mise, et sa distance pour préserver les vestiges de sa noblesse en ruine. Mais au milieu de la plèbe, sans fortune et dans un lieu où on affectait de ne plus trouver de sens à son nom, il était difficile de maintenir ce semblant de noblesse qu’elle martelait par son comportement. Il y a même eut des moments d’égarement, de ses instants où perdue dans la masse crasseuse s’étant réfugier dans un fanatisme tragique, dans le cocon des Spires, elle avait cesser de penser à son rang, négligeant ainsi la place qu’elle se devait de tenir vis-à-vis de la société, quel quelle soit.

-Fin de la parenthèse égo-centrée, revenons à la situation initiale-

Si les regards se turent, elle n’obtint cependant pas le repos escompté, tant ses élèves devinrent si rapidement, des dangers les uns pour les autres. La plupart, en aveugles, insufflaient un mouvement dans les Spires sans prendre garde aux conséquences qu’ils avait sur L’Imagination (e qui était sans doute légitime pour des apprentis) mais surtout, de façon plus flagrante, sur leurs camarades .L‘inconscience de la présence d’autrui portait tellement de préjudices qu’elle se promit de dire quelques mots sur le sujet. Ici, ce n’était certes qu’un entrainement, et les dommages quelques vulgaires balles de cotons, mais un jour peut-être, ses élèves auraient à assumer à leur risques et périls, les conséquences d’un dessin perdu. Pourtant, elle renonça à faire régner l’ordre dans la classe, estimant que cette expérience éviterait la même erreur à l’avenir .

Elle regarda, indifférente, Gwell envoyer une dizaine de balles dans la tête d’un de ses camarades, les balles qui volaient de toutes parts . La seule qui retint son attention fut la boule de feu de Saomi, qu’elle hésita à stopper, estimant pendant quelques secondes qu’elle était trop dangereuse pour évoluer à l’air libre, mais le hasard -ou était-ce autre chose qu’une coïncidence- fit bien les choses. Un autre élève que Lev aurait été visé qu’elle aurait probablement détourné le dessin, mais son insolence lui avait trop fortement déplu pour qu’elle ne se laisse pas tenter à cette douce vengeance. La boule de feu perdit de sa puissance avant d’aller disparaître, s’étiolant en touche rougeâtre sur le bras de l’étudiant. Elle savoura toute la fierté qu’il contint alors qu’il cherchait de son regard de mer calme qui l’avait ainsi agressé. Saomi arracha son bandeau pour dire quelque chose, et mit ainsi fin à l’exercice. Les autres l'imitèrent progressivement et leurs yeux vagues et endormis vinrent se confronter au regard aiguë de l'assistante.


"Un dessinateur, est en perpétuelle transition entre ce monde et l’autre, un bon dessinateur se reconnait à sa facilité à voyager entre les deux . L’exercice vous demandait cet effort; autant dire, que pour la plupart, vous avez, inconscients, oublié qu’il est un monde en dehors des Spires. Vous êtes maitre de votre don, je vous le rappelle, et par conséquent responsable de ses effets ; en grande partie dans l’autre dimension, complétement dans celle-ci."

"J’exigerai ici que vous n'accusiez pas les spires de vos forfaits, et ne mettiez jamais vos actes de dessinateurs sur le compte de la maladresse, c’est la meilleur façon, je crois, d’apprendre à les maitriser. Gwell, par exemple, j’ai ouïe dire que vous aviez réussi à créer un filet qui sauva la vie au Seigneur Intendant. Vous vous êtes montrer assez habile pour dessiner dans une situation extrême, preuve que dans un cas ou votre attention est focalisé sur votre dessin, votre maladresse ne compte pas. Si vous vous amusez à martelez vos camarades de balles en cotons ou à vous endormir pendant mes cours, je pourrai donc taxer votre maladresse de mauvaise volonté."


Son regard perçant alla se poser sur la jeune dessinatrice. Elle ne savait pas si elle avait bien fait de répandre la rumeur de cette nuit de déchéance pour Jehan, même si la nouvelle de l'intendant vacillant sur les tuiles était sans doute déjà connue de toute l'académie.

"Bien, le cours est fini, je vous laisse aller en espérant que vous consacriez vos heures perdues à l’entrainement . N’oubliez pas le devoir que je vous ai demander de faire, ou ne revenez pas . Elle laissa un instant silencieux, pour continuer sur cette phrase si pleine de souvenir. Et si vous avez besoin de quelque chose, n’hésitez pas à venir me me voir."
Ces derniers mots, repris textuellement de Maya donnèrent aux élèves , l’autorisation espérée pour aller récupérer leur affaires et sortir vers la liberté .Elle se pencha quelque seconde sur sa feuille, trempa sa plume dans l’encre pour commencer à écrire les noms des élèves présents et les points gagnés mais interrompit soudain au passage de Saomi devant son bureau .

" Ah, Saomi. N’oubliez pas de conduire votre camarade à infirmerie, la fierté devient un vice quand elle entraine la négligence."


Elle ne daigna pas lever les yeux sur Lev, tant la singularité et l’impression de puissance de son don l’agaçait. Lev était en même temps pleinement conscient de son pouvoir, il se savait doué, sans qu’il comprenne pourtant l’impact qu’avait son don sur les Spires, ce bruit assourdissant qui se répercutait sur les bord de la Spirales en remous sinueux . Elle avait même l’impression, était-ce une illusion , que la Spirale au lieu de résister à ce pouvoir, se pliait et se déformait pour laisser le jeune dessinateur créer à sa guise. Elle brulait de l‘interroger sur la nature de son don, avide de comprendre d’où venait cet éclat qui inondait les Spires mais lui était indocile, trop insolent pour qu’elle tente un naïf rapprochement, trop fier sans doute pour répondre à ses questions. Il y aurait d’autres cours, elle aurait d’autres occasions de l‘observer et éventuellement de récolter des informations à ce sujet Elle se replongea dans les arabesque du S de Saom alors que les derniers élèves rangeaient leurs chaises. Les deux dernières balles qui restaient, celle de Lev et d’Enelye disparurent au pieds de son bureau .

[Bonne année -ou joyeux noel, bon-Le cours est fini, mais si vous avez quelque chose à dire à Ciléa, ou simplement l'envie d'un post de sortie, libre à vous =) ]


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MessageSujet: Re: L'Instant d'une Etincelle [Terminé]   Sam 11 Fév 2012 - 17:16

Les balles avaient disparu. Quelque part dans la foule, évaporées pour les yeux encore brouillés pour cette nouvelle lumière aveuglante.
Dans la salle, tous les petits yeux clignaient, maintenant que les bandeaux étaient tombés. Chacun de leur coté, les élèves tentaient de retrouver leurs balles, de comptabiliser leurs points, ou alors de vérifier les dégâts. Car elle n’avait pas été la seule à engendrer des dégâts. Plusieurs élèves semblaient avoir été légèrement assommés par des balles de passage alors que d’autres avaient l’air fort ennuyés d’avoir touché un camarade ou un autre.

Mais dans l’ensemble, mis à part Lev, il n’y avait aucun blessé grave à déplorer.
Bien sûr, l’assistante conclut sur un petit sermon général -nécessaire à tout bon pédagogue pour motiver ses troupes- en s’attardant, toutes fois sur quelques cas particuliers. Gwëll, pour ne pas la citer.
D’un coté, il y avait de quoi, elle s’était quand même endormie sur sa table et elle avait bien du toucher quelques élèves à la place des cibles. Mais cela la chagrinait tout de même qu’on ne s’en prenne à elle. Elle qui pensait que c’était naturel, dans les premiers temps, de se tromper, d’échouer, de devoir recommencer. Certes, elle en était capable, mais ce n’était pas tout le temps. À vrai dire, c’était surtout qu’elle ne parvenait pas à gérer un tel pouvoir. Ça fluctuait, comme tout, chez Gwëll. Mais le dessin, ce n’était pas tout. Alors, si elle mettait une chaussette rouge et une chaussette bleue, c’était tant pis pour elle, mais si elle envoyait une chaussette (bleue ou rouge, ça n’a aucune importance) dans la figure-cible d’un de ses camarades, elle serait punie.

En un sens, c’était injuste. Elle n’y pouvait rien, à sa maladresse et si, quelques fois, elle lui laissait du répit, c’était juste une chance, ce n’était pas tant qu’elle l’avait voulu. Et puis, ce n’était pas comme si elle avait été méchante ? Ou même comme si elle avait réellement blessé quelqu’un, elle avait juste manqué sa chance, c’était tout. Et puis, c’était normal, aussi, elle était comme ça partout, elle était même née comme ça.

Et puis, Gwëll était aussi douce que maladroite. Donc c’était facile, de s’en prendre à elle. Elle qui ne disait jamais rien, elle qui était toujours gentille avec tout le monde.
Alors, Gwëll se tut, comme habituellement, et laissa couler. De toutes manières, c’était ce qu’elle faisait de mieux, laisser couler. Que ce soit au sens second, comme au sens premier, d’ailleurs. Gwëll laissait toujours tout couler : les insultes, les méchancetés, l’eau du robinet, les regards haineux, la pluie sur sa peau, ou même sa tasse de tisane sur ses genoux. À vrai dire, pour elle le plus ennuyeux restait la tisane étant donné que c’est rarement froid que ça se boit angel.

Et puis, la prof passa encore à autre chose. La fin du cours.
Mais Gwëll refusait de le finir ainsi. Après tout, hors de question de terminer sur un échec, ce serait déjà l’admettre. Or Gwëll n’admettait pas les échecs, elle persévérait, s’obstinait, recommençait, mais n’admettait pas. Dans le pire des cas, elle faisait preuve de mauvaise foi voire de procrastination, mais jamais plus.
Donc Gwëll se dirigea, d’un pas décidé, vers le bureau de la demoiselle Ril’Morienval et se planta face à elle -telle la plante verte qu’elle assumait être- et lui demanda de sa petite voix si elle voulait bien, si elle accepterait, par le plus grand des hasards, de l’aider, ou même, si possible, de lui donner quelques conseils ou même, encore, des cours de soutien, si elle préférait.


C’est que, en fait, voyez vous, je n’y mets pas de mauvaise volonté, c’est juste que, en fait, je crois, que quand il n’y a pas de problème, pas d’urgence, je n’y arrive pas, je veux dire, ça bloque. Parce que moi, j’aime bien, votre cours, le dessin, ça me plait beaucoup -et dieu sait si ça se voyait à son expression- et j’aimerai progresser, mais ça ne marche pas... alors, je me demandais... oui, je voudrais bien...

Quand il venait le moment de demander quelque chose, Gwëll peinait toujours, il fallait dire, elle était si timide que s’exprimer lui demandait beaucoup d’efforts. Et demander un tel service, à un professeur qui plus est, relevait du défi.

Oui... je veux dire que je pense que j’aurais bien besoin de votre soutien... Enfin, pas moral, plutôt... votre soutien par le biais de cours... des cours de soutien, en quelque sorte... ou même plutôt des conseils qui m’aideraient, si vous préférez, parce que, quand même, je ne veux pas vous déranger, vous gêner. Je sais que vous avez déjà beaucoup de travail et j’imagine que je vais vous ennuyer, je veux dire que des cours comme ceux ci ne vous seront pas profitables... mais... ce serait très gentil de votre part...

Un petit sourire terriblement timide naquit sur ses petites lèvres. Ceux qui ne la connaissaient pas se demanderaient sûrement pourquoi elle rougissait tant pour une si petite demande. Tant ne s’imaginaient pas ce que représentait un tel discours, dans la bouche de Gwëll.

[à toi de voir si tu veux l'envoyer bouler Arrow]


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MessageSujet: Re: L'Instant d'une Etincelle [Terminé]   Lun 13 Fév 2012 - 14:45

La petite voix de Gwell coupa au silence qui avait reprit sa place depuis que les derniers élèves avaient quitté la classe, les conversations dérivant, évidemment loin du cour. Ciléa resta plongée dans l’écriture de son parchemin, ce qui avait l’avantage non négligeable de la laisser réfléchir à loisir sans penser à couvrir son visage du masque adapté. Alors que sa plume trébuchait sur les lettres manuscrites, son esprit enregistrait les paroles de Gwell et en déduisait les conséquences.

Elle avait à peine réfléchi alors qu’elle avait lancé les mots de Maya dans la classe, à peine réfléchi à quoi pouvait aboutir de telles paroles. Et Gwell, dans sa timide façon de s’exprimer lui demander un rapprochement, qu’elle assimilait irrémédiablement à la relation qu’elle-même avait eut avec Maya. Après réflexion, sans doute s’égarait-elle. Il n’y avait peut-être rien dans le discours de la jeune fille qui dépassait la simple demande d’une aide pragmatique.


"Je présume que votre façon de demander aurait ému un Raï en colère, mais cela ne vous dispensera pas de perdre 20 points pour votre manque d'attention, aujourd'hui»pondit-elle, sans encore lui jeter un regard , en scarifiant le parchemin d’une signature majestueuse. Puis elle redressa la la tête, le menton haut et son regard impérieux rencontra les yeux vacillants de Gwell Yil’Sleil. Il lui sembla qu’elle rougit un peu sur le coup, et cette timidité touchante, pourtant assez étrangère aux comportement Ciléa, lui donna une impression favorable .


« Ne croyez pas que je vous considère comme une élève moins capable que les autres Gwell, à voir vos dessins, vous semblez avoir le don des excellents dessinateurs que forme l’académie. Vous avez vos faiblesses comme d’autres ont les leurs et le but de l’enseignement, à mon sens et de donner l’occasion à chacun d’en venir à bout »


Son discours lui laissait tout le loisir de dévisager la jeune fille, l’air de rien. Du premier coup d’œil, elle entreprit de recueillir tous les indices de la candeur que s’attachait à prouver sa physionomie. Sa silhouette étirée, ses longs membres encore flegmatiques d'adolescentes, ses yeux indécis contribuait à une impression générale de fragilité . En observant plus précisément on pouvait noter le contraste entre l’immensité douce de son regard et ses lèvres étroites aux couleur invisibles puis la souplesse de ses boucles qui délimitait un front pale et marquait tendrement la délicatesse de ses traits faciaux et l’emplacement de ses oreilles fragiles.

« Vous n’en n’êtes qu’aux prémices de votre découverte, Gwell, il est normal que vous ne contrôliez pas l’étendu de votre don, Je tente d’orienter mes cours pour qu’il vous pousse, non pas à pratiquer votre don dans un but utilitaire, mais à connaitre mieux l’Imagination et ainsi en apprendre plus sur votre propre manière de fonctionner."

Elle alla jusqu’à ce demander si cette innocence n’était pas le fruit d’un étude minutieuse. Pouvait-on rougir si justement, trébucher sur les mots avec tant de délicatesse et réinventer la timidité comme un atout charmant ? Ce gout d’enfance la laissait songeuse.

« Pour aujourd'hui , je vous conseille de vous entrainer grâce à l’exercice donné à Saomi. Creez un dessin simple, une balle, une flamme quelque chose qui vous est maintenant familier, que vous avez réussi à créer en cours . Mais faites le lentement, montez doucement dans les basses-Spires, laissez vous emportez par l’Imagiation qui vous environne, et ouvrez les yeux, admirez et comprenez surtout. Comprenez ce qui vous ammène jusqu’à la réalisation de votre dessin, comprenez votre propre façon de dessiner. Vous dépasserez alors l ‘instinctif auquel vous êtes habitué. C’est dans la connaissance de son don, je crois,que commence l’apprentissage. »

L’idée d’entretenir une relation privilégiée avec son élève par le biais de cours particuliers lui semblait dangereuse mais séduisante. Elle serait en première ligne pour étudier un don qui n’était pas le sien, comprendre ses mécanismes, connaitre encore un peu mieux l’Imagination. De plus, la flatterie de cette confiance que lui accordait Gwell, l’engageait à accepter sa proposition. Elle lui adress aun regard légèrement moins incisif, pour continuer.

« Je ne peux faire à votre place, ce que vous seule pouvait faire, Gwell, l'exploration de votre don ne dépends que de vous mais il est vrai que je pourrais vous ouvrir des portes.."
Un silence, le temps de lire l'indécision du regard de Gwell. Puis cette question sentencieuse .

« Si mes choix d’enseignements venaient à vous contrarier, aurais-je tout de même votre confiance ? »

Je vous donnerais ce que je sais en échange de votre dévouement, ici s’établira notre accord s’il en est.



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MessageSujet: Re: L'Instant d'une Etincelle [Terminé]   Jeu 16 Fév 2012 - 17:18

Ses petits mots résonnaient encore dans sa tête. Le plus dur avait été fait. Oser se lancer, demander.
Et puis, aussi, choisir les bons mots. Car il y avait toujours cette hésitation ce doute, et ces questions qui revenaient sans cesse. Ce que je viens dire dire signifie t’il quelque chose ? Puis je me faire comprendre ? Ai-je été claire ? Elle n’était jamais sûre. Il lui manquait encore cette aisance, cette expérience qui feraient, à terme, d’elle une bonne oratrice. Mais pour l’instant, elle était condamnée à trébucher, à chercher ses mots.

Je ne demande qu’on ne me les enlève pas, je veux juste comprendre. Comprendre pourquoi je bute ainsi comme sur les meubles que je heurte quand mon corps m’échappe. Je veux savoir pourquoi. Juste savoir pourquoi...

Elle avait à peine murmuré, comme si c’était pour elle, qu’elle parlait. Comme si ses mots refusaient de se dresser contre les autres. Elle ne voulait pas blesser, pas contredire.
Mais Ciléa n’avait elle pas dit qu’elle voulait l’aider ? Qu’elle allait l’aider ? Que tout cela était normal ? Elle e doutait. Pas de ce qu’elle avait dit, bien sûr, mais plutôt du fait que tout le monde ait autant de défauts, de faiblesses. Les autres étaient forts. Il y arrivaient, eux, à dessiner ce qu’on leur demandait, à parvenir là où on les attendait. Et pas elle. Elle, elle essayait, elle s’accrochait, mais il n’y avait pas moyen. Elle finissait toujours par échouer.

Et puis, comme pour la conforter dans cette idée, elle ne contrôlait pas l’étendue de son don. C’était certain. Déjà, elle était loin de l’imaginer, son don. Aucune limite discernable -d’ailleurs, à quoi auraient elles pu ressembler, ces limites ? Rien de discernable, en fait. Quand elle montait dans les spires, ce n’était pas un monde qui s’ouvrait sous ses yeux. Ses yeux étaient fermés, elle ne voyait rien. Et quand bien même elle eut pu entr'apercevoir quoi que ce soit, ce ne fut qu’un sol immaculé d’un blanc floconneux de nuage.
Ni plus ni moins que sa manière de fonctionner. Comment fonctionnait elle, d’ailleurs ? Elle l’ignorait. Au mieux, c’était du hasard, de la chance. Ou juste le strict minimum. Comme un kit de survie. Savoir s’en servir sans rien savoir pourtant. Juste du bon sens. Si tu voies une bande, c’est pour enrouler, si tu veux une chaise, faut l’imaginer. Certainement, c’était ça. Un réflexe, ni plus ni moins.

Et puis, un conseil. S’entrainer. Ce n’était pas facile. Pas facile, parce qu’elle n’avait pas d’imagination. Ou plutôt, non, elle en avait trop. Elle ne savait jamais que faire. Devait elle dessiner une flamme comme en cours ? Devait elle s’exercer au lancer les yeux fermés ? Elle ne parvenait jamais à faire son choix. Et généralement, le temps qu’elle ne se décide, il était trop tard. Et puis, comprendre... Comprendre, c’était le plus dur. Car, quand elle se promenait dans les spires, il lui semblait qu’elle n’était qu’un nouveau né. Encore un peu aveugle. Et donc elle ne voyait pas. Et comment comprendre ce qu’on ne voit même pas ? Ce qu’on ne conçoit même pas ?

Il était vrai qu’elle était la seule à pouvoir le faire. À pouvoir exercer son don. Sauf si on lui ouvrait les portes. Mais ne serait ce pas tricher ? Aller au devant des choses ?
Alors, il y avait eu ce ‘je crois’ ces deux petits mots qui l’avaient fait douter. Et si ce n’était pas ça ? Si elle se trompait ? Si jamais elle ne progressait pas ?
Un doute, mais un espoir, aussi. Si... le doute est une force.
Elle ne devait pas en douter, si on le lui disait, ce devait être vrai. Certainement.

Sa confiance. Elle l’accordait facilement. Toujours. Sans hésitation. Après tout, elle en avait tant et tant à offrir. Et puis, jamais on ne lui avait donné l’occasion de le regretter.

Je... Ma confiance ? Bien sûr.

Elle ne voyait pas que dire de plus. Elle était prête à accorder sa confiance en Ciléa comme en n’importe qui.



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MessageSujet: Re: L'Instant d'une Etincelle [Terminé]   Lun 30 Avr 2012 - 16:23

Déjà quelques mots vacillants qui la projetait bien loin de la fonction officielle qu’on lui avait assignée, paroles envolées vers d’autres objectifs, frémissantes d’hésitation. Elle ne pouvait pas s’y trompait , la réalité quémandée n’était pas de simples cours de dessin. Tu me demandes quelque chose qui n’appartiens qu’à toi, tu me demandes quelque chose sur laquelle je ne peux sans doute rien. Ta confiance est flatteuse mais quelle déception si tu découvres que je ne pourrais peut-être pas t'offrir ce que tu désires.

Désirs embrumé par le doute, qu'attends-tu de moi, au juste ?

Elle lui sourit tout de même, ponctuant la phrase d’un léger mouvement de menton, encourageant la jeune fille à poursuivre et à terminer . Elle se tu, sachant qu’elle avait beaucoup parler et que Gwell ne demandait qu’à être écoutée maintenant. ne rebondit pas sur cette affirmation, ne la coupa pas dans l’idée qu’elle pourrait lui venir en aide sur d’autres points que celui de l’apprentissage du dessin.

Que savait-elle, de Gwell en dehors de son statut de dessinatrice Sa légendaire maladresse avait bien sur fait parler d'elle mais qu'en était il de ses amis, de son entourage, de son origine ? Son nom ne lui disait rien, elle ne devait pas venir d'Al-Jeit, ni même d'Al-poll dont elle commençait à connaitre les grandes familles. Petite noblesse alors, dont la fortune empêchait d'accéder aux académies onéreuses d'Al-Jeit ou d'Al-Far ? Engagement idéologique, peut être, qui justifier cette proximité avec les roturiers du cours et de la maison ? Car Gwell semblait, en dépit de sa maladresse pratique, facilement sociable. Son aventure sur les toits lui avait apporté de vrais amis, à ce qu'elle avait entendu . Mais elle en savait bien peu sur le sujet, elle devrait se renseigner un peu mieux pour connaitre cette nouvelle élève.

Elle fut légerement déçue de ne pas sentir la tension escomptée dans un aveux comme celui-ci, jusqu’au soupçon même d’insincérité dans cette réponse, dénué de toute réticence à offrir ainsi une précieuse passerelle vers soi. Mais cette phrase, charmante d'instinctuelle et d’une pointe de dévotion était trop séduisante , pour qu’elle y cherche la marque de la fausseté. Tout de même, Gwell avait-elle saisit ce qu’elle lui offrait, à travers ces quelques mots ? Certes il ne s’agissait que de mots et c’est-ce qui l’inquiétait au fond. Que pouvait on espérer d’une parole désinvolte, si peu engagé sitot que la réalité irait s’y confronter ? Gwell était une rêveuse, et l'image de la réalité pour les reveurs était bien souvent en décallage avec la vérité du réel. Peu pragmatique, la jeune Aequor l'était certainement, mais sans parole ? Elle verrait .

« Dans ce cas Je pense oui …Je pense alors, que je pourrais vous aider. »

Elle resta un moment songeuse, cherchant quel genre d’exercice elle pourrait mettre en place, imaginant quelle pourrait être cette vie, s’immergeant sans trop oser s’y plonger dans la possibilité d'entreprendre une relation proche de celle entre elle et Maya . Savoir rester sur le fil d'un enseignement traditionnel sans basculer dans l'affectivité qui avait fait tombé son maître. Perspectives nouvelles mais qui la replongeait malgré elle dans de vieux souvenirs . Il faudrait éviter l'écueil du passé pour se construire un avenir .

" Nous aurons l’occasion de nous revoir avant un premier cours et je vous ferais bientôt savoir la date et le lieu mais je ne vous retiens pas plus longtemps, le Seigneur Cil'Eternit risque de m'en vouloir si je m'acharne à séquestrer ses élèves"


L'ironie soudaine devait sonner étrangement dans sa bouche, une bouche d'habitude si peu complaisante et qui usait d'humour seulement pour appuyer sur les blessures . Ciléa savait pourtant que cette attitude ne pourrait tenir éternellement, elle commençait à comprendre les mécanismes de ces jeux de pouvoir : Elle avait besoin d'alliés plus que d’ennemis.

Elle dédia un sourire à l'élève avant de se lever puis rassemblant ses affaires, elle plia soigneusement le parchemin en quatre et rangea les plumes et son encrier dans une petite malette en bois d'ébène.



[Désolée pour le temps de réponse . A toi de voir si tu veux finir ici ou continuer =) ]


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