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 Pour ceux qu'enchaîne la défaite sans avenir [Terminé]

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La Borgne
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MessageSujet: Pour ceux qu'enchaîne la défaite sans avenir [Terminé]   Lun 9 Mai 2011 - 2:24

Elle avait mal à l’épaule.
De manière extrêmement lascive, depuis qu’elle était recousue, enrayée, gourde. Et si c’était un pur produit de l’esprit, des connexions chimiques qu’elle ne connaissait pas en détails et des chimères psychologiques qui la raccrochaient au passé, ça n’en restait pas moins dérangeant. C’était un handicap limité, parce qu’il s’agissait de son bras droit et qu’elle n’utilisait de toute manière presque plus d’armes blanches et palpables ; mais c’était le symbole d’un échec cuisant.
D’une trahison. Inattendue, imprévue. Et qu’elle ne laisserait pas filer sans retourner confronter Ambre. Marlyn ne chercherait pas à la tuer, ni même à la blesser, elle ne l’attaquerait peut-être même pas, mais le besoin viscéral de confrontation l’habitait, et grandissait en elle, en particulier depuis qu’elle avait un temps libre illimité à tuer, lui aussi.
Elle se trouvait dans le domaine Zil’Urain d’Al-Chen depuis quelques temps déjà, plusieurs semaines peut-être, et elle commençait à prendre ses marques. L’environnement était extrêmement différent de celui de la ville côtière d’Al-Vor, plus calme, plus sédentaire. Elle avait pris le risque de déambuler dans les rues de la ville, par défi. Ennui, peut-être aussi. La Mentaï était impressionnée, fascinée par le regard des gens, quand ils en avaient vraiment un. Al-Chen était une ville sans problèmes, et les citadins les évitaient plus qu’ailleurs, parce qu’ils vivaient dans une sorte de routine utopique. Et si elle était dévisagée, c’était par des regards intrigués, par la contradiction que son corps présentait. Le visage éclaté – mais le ventre légèrement arrondi. Catégorisée inoffensive par ses hanches qui accueillaient un enfant. C’était fascinant.
Et quand bien même elle serait observée et surveillée – par qui, sinon les rares chasseurs de sorcières, et les lunatiques ?- elle était en sécurité, autant dans la foule paisible que retranchée derrière les murailles du manoir de ville. Parce qu’elle portait un enfant, et que rares étaient ceux que ça ne contrariait pas dans leurs plans.

Il fallait qu’elle retrouve Ambre. Celle-là même qui lui avait déchiré la clavicule d’une étoile de jet traitre, alors qu’elles étaient supposées alliées. Même si pour ça, elle devait se rapprocher des environs d’Al-Poll. Non, il était hors de question qu’elle mette le pied sur les terrains de cette Académie. Plus jamais, c’était une volition tellement violente qu’elle avait mal au cœur à la simple pensée de l’établissement. En revanche, la ville du nord n’avait rien d’hostile pour les étrangers, distraite qu’elle était par les petits conflits de la pègre intestine. Elle attendrait qu’Ambre Naeëlios sorte.
Et après, quoi ? elle lui dirait quoi ? Avaient-elles seulement quelque chose à se dire ? Et pourquoi parler, alors que l’envie de violence lui grésillait au bout des poings.

Marlyn avait interrogé les Spires, et cherché la moindre présence d’un esprit qu’elle pensait appartenir à la fourbe. Mais rien n’était ressorti des Chemins, qui lui parlaient tellement d’ordinaire, et elle dut se résoudre à aller physiquement à Al-Poll. Et pour ça, elle avait attendu une semaine encore, car Dolohov avait dû retourner à Al-Jeit et ne serait pas là de quelques temps ; elle ne serait pas là non plus. Trouver la marchombre-mercenaire pouvait prendre du temps, et la Mentaï voulait être sûre d’avoir toutes les chances de s’en sortir sans prendre de risques.

Installée dans une auberge plutôt salubre d’Al-Poll qu’elle avait rejoint grâce à la magie de ses Spires, la jeune femme avait commencé à chercher. Elle savait que des caravanes marchandes seraient fréquentes à cette saison de l’année, et qu’Ambre était de cette caste-là. Restait à savoir si la recrudescence de convois en partance ou en arrivée suffirait à la faire sortir des contreforts de cette Académie qu’elle pouvait apercevoir depuis la fenêtre de sa chambre. Elle ne logeait pas au Dragon Vert –le souvenir d’y avoir recroisé Yaemgo la faisait sourire-, que sa réputation rendait trop facile à cibler. Il n’y avait pas qu’une seule auberge à Al-Poll, et Le Saule d’Etain était relativement peu connu, et bien mieux famé que les tavernes pourries comme l’Auberge du Siffleur.
Et sa fenêtre, qui donnait au loin sur le bâtiment édifié par ce grand et inexistant Merwyn, donnait surtout sur la place marchande, là où se regroupaient les convois récents pour échanger des denrées, et du personnel. Elle y verrait forcément cette silhouette qui hantait le lancement douloureux de son épaule. Ambre ne pouvait pas échapper à ce rassemblement bisannuel. N’est-ce pas ?

Elle la vit. Ne descendit pas ce jour-là. Suivit du regard les allers-retours, les discussions avec des inconnus. La Mentaï ne vit pas de poignée de main, ni de signes que quelque chose s’était réglé. Elle reviendrait le lendemain, logiquement…
Ce jour-là, Marlyn songea à toutes ses précautions. Elle avait dégagé avant de partir une salle inutilisée du manoir d’AL-Chen, débarrassé la plupart des meubles pour qu’il ne reste presque rien à devoir dessiner, et mémorisé le reste avec minutie. Ca donnait un pas sur le côté facile à réaliser, dans une pièce quasi-nue, et qui donc lui permettrait de fuir plus facilement si tout devait mal tourner. Elle ne prendrait plus de risques inutiles. De même, même si elle n’y connaissait rien à l’enfantement, et ce qui se tramait dans le corps pendant la gestation, elle redoutait par-dessus tout qu’un coup dans le ventre pût lui être plus dangereux que le reste. Aussi, c’était tant pour dissimuler au maximum la courbe de son ventre que pour protéger qu’elle enroula serré autour de son torse plusieurs tours de bandages, qu’il ne reste aucun indice que cet endroit de son corps était le plus vulnérable.
Et un foulard noué autour du cou pour dissimuler cette brûlure qui retraçait l’endroit où sa carotide s’était déchirée. Ambre, j’arrive.

C’était presque poétique. De l’observer à travers plusieurs groupes de badauds, d’érudits ou d’idiots. De voir les silhouettes se flouter et la couper de son champ de vision, la faire réapparaître. Elle prit son temps. Si Ambre savait qu’elle était épiée, elle s’en moquait complètement. C’était la confrontation qu’elle cherchait, pas la discrétion. Elle la regarda pendant un long moment alors que l’Académicienne parlait à un Itinérant. S’amusa à penser qu’elle était elle-même épiée par toutes les silhouettes sans visages qui passaient près d’elle, par torsion de l’esprit. Ses Spires étaient prêtes, comme des serpents dardés, si quoique ce soit devait interférer.
Ambre s’éloigna, et Marlyn fendit la foule pour la rattraper, tournant les épaules chaque fois qu’il fallait éviter un quidam. Quand elle fut à sa hauteur, la Mentaï la bouscula en lui poussant l’épaule – la même que celle que la traître avait blessée au point qu’elle devait laisser son bras d’une manière faussement nonchalante dans sa poche.

- On vient voir s’il reste des places pour jouer les bouffons dans les convois, Naeëlios ?

Regarde-moi si tu veux, c’est pas comme si je pouvais te rendre ton regard. Ni comme si quelqu’un d’autre allait faire attention aux nouvelles déchirures qui s’entrecroisaient sur mes traits.
Dans la foule de monstruosités diverses dues au climat et à l’environnement rude d’Al-Poll, on passe relativement inaperçus. Qui regarde un visage découvert, quand il y a tant de capuches rabattus et mystérieuses qui inquiétaient plus facilement l’alavirien moyen ?
Et toi, ta monstruosité ne se lit pas sur ton visage, Ambre.
Tu la caches bien.



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Marchombre
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MessageSujet: Re: Pour ceux qu'enchaîne la défaite sans avenir [Terminé]   Mer 11 Mai 2011 - 18:22

Ambre souriait à son interlocuteur, d'un sourire fermé qu'ils semblaient partager tous deux. Elle était certaine qu'intérieurement, il s'en étonnait. Mais elle tenait bon. C'était un couard doublé d'un faible, ça lui déplaisait. Mais au-delà de ces aspects simplement déplaisants, son interlocuteur, le chef d'un convoi visiblement peu expérimenté, était un imbécile.
Leur négoce portait sur le fait qu'Ambre cherchait du travail. Les convois qui partaient vers le sud, par delà Al-Vor payaient moins que ceux qui devaient longer la frontière du pays Raï, elle le savait. Les routes étaient pourtant d'une sécurité toute relative pour les marchands. Elle n'ignorait pas non plus que rares étaient les clans qui, comme le sien propre, refusaient toute aide extérieure dans le cas de la défense. De plus en plus de personnes, parmi les itinérants, refusaient de partir sans la présence d'un ou deux guerriers, au plus trapus, au mieux.
La logique voulait qu'elle approuve cette protection qu'ils demandaient comme étant logique: voyager avec femmes et enfants, et risquer à tout moment de les faire tuer était aberrant. Mais elle-même, enfant, n'avait été défendue que par ses parents plus ou moins proches, et en gardait un sentiment d'appartenance et de fierté plus forte. Sa famille avait le sang de la route: le sang qui coule, le sang qui gicle, le sang qui brûle: elle en était extrêmement fière.
Elle ne conclut pas plus de marché avec lui qu'avec les autres. Sa manière de sous-entendre qu'elle pouvait avoir d'autres talents l'avait profondément offensée. Il y avait eu un convoit trop peu nanti, un autre qui partait dans un sens contraire à celui qu'elle imaginait comme itinéraire. Elle prit congé de celui qui lui faisait face, lui adressant une formule de politesse éculée, qui sonna pourtant aux oreilles de l'intéressé comme une offense. Peut-être n'était-il pas si décérébré qu'elle voulait le croire.
*

La ville s'offrait sous ses yeux; et elle souriait aux brumes qui planaient entre les bâtiments, étrangement apaisée. La vie continuait, hors de l'Académie. Elle entendait des gens brailler, croisait des sans-visage depuis l'aube, et cédant aux pulsions qui l'habitaient depuis qu'elle avait quitté l'Académie, elle se laissait errer, de sa longue foulée élégante, qui signifiait, plus que sa guilde, son appartenance aux nomades. Ses pas rythmaient les heures qui passaient par les chocs feutrés du cuir sur les pavés. Le vent se rabattait entre les façades, brise fadasse et secouée de parfums, souvent lourds et répugnants. Odeurs d'hommes trop près les uns des autres: mais quel plaisir de retrouver des odeurs de chairs, plutot que d'encens.
Elle avait eu l'espoir de voir sa propre caravane dans les rues d'Al-Poll, mais vite ravalé déchanté. Les siens étaient farouches, à leur manière. Ils prétendaient que ce genre de circonstance attirait plus de voleurs que d'acheteurs, et qu'à part si une fille ou un fils cherchait parti, mieux valait ne pas trop fréquenter- comprendre que fréquenter les autres itinérants était envisageable, mais pas sans desseins.
Sa nuit, elle la passa à l'extérieur, tout à son ivresse de retrouvailles avec le vrai monde; d'abord en foule, puis, suivant ses plus profondes inclinaisons, sur les toits, à chercher des étoiles que les lueurs trop vives de la ville rendait invisible. Elle dormit si peu qu'elle estima que cela ne comptait pas.

La journée s'annonçait aussi rude que la précédente. Les corps plus nombreux s'amassaient dans les rues, sinuaient au gré des échoppes, trop bruyamment. La noblesse, partout, faisait chatoyer ses robes, exhibait ses longues crinières impeccables et domptées, ses dentelles et ses perles. Un médiocre voleur voulut la dépouiller de la petite bourse qu'elle avait emporté, elle le laissa faire, ainsi que le pas suivant, puis lui fit elle-même les poches; prélevant sur lui une quantité d'argent qui lui serait sans doute précieuse, quand elle se représenterait devant Silind Frandrich pour l'arme qu'elle désirait. Marcha, parlementa, chiffra, sans rien conclure, un peu au hasard- comme il se doit.
Vers les midi, elle croisa le regard d'un homme que le temps tassait sur lui-même. Il était derrière un étalage, qu'une vingtaine de dames en longs jupons froufroutant rendait invisible; aussi s'approcha-t-elle, jusqu'à être sûr. Elle l'aborda, sans hésiter, et il lui rendit son salut par une forme trop polie, sans doute.
Elle embrassa alors la seconde phalange de ses propres doigts, les rabattit sur son front en bénédiction du Dragon, puis les ouvrit vers son interlocuteur, comme pour l'étendre entre eux; salut respectueux de marchands, alors les yeux du vieil homme s'ouvrirent un peu plus grand, et il la reconnut en s'exclamant, grâce au regard violacé, et surtout au bijou.
Gord Egon était le chef d'un des plus grands clans de bijouterie selon le père d'Ambre, clan rival et respecté pour la qualité de son travail, et sans doute pour la sagesse de son dirigeant. Il s'étonnait qu'elle fut seule, à son regard, elle comprit également que sa tenue, son air et son apparence entière l'étonnaient. Elle haussa les épaules, affirmant que chacun suivait son chemin sur les routes; il hocha la tête, un grand sourire aux lèvres, sourire du marchand qui se méfie. Elle demanda succinctement si elle pourrait s'entretenir d'affaires avec lui plus tard, pour ne pas gêner son commerce, il accepta d'un battement de cil, lui indiqua rapidement où sa famille s'éjournait, et se retourna.

Elle sut qu'elle aurait plus de chance dans ses négoces avec lui qu'avec n'importe quel autre, car il partageait les vues rigoristes de ses parents: parce que, jusqu'alors, elle en était convaincue, il n'avait jamais accepté l'aide de personne. Parce qu'il lui portait respect, pour son nom, pour l'honneur de son père et de sa mère, et pour la suivie, jusqu'ici parfaitement rigoureuse, de la bienséance de leur caste.
Elle sentit sur elle son regard, en s'éloignant, et le prit comme un signe que le Dragon souriait à son projet lorsqu'elle se retrouva face à une échoppe d'ébénistes. Elle ne connaissait rien à leur art, mais elle sut, juste en y posant les yeux, qu'ils possédaient ce qu'elle cherchait. Quelques dizaines de minutes plus tard, elle repartait avec un bâton de marche, en rougeoyeur; dont la douceur la ravissait. Il serait parfait, tout simplement parfait!

Ambre s'éloigna des allées trop peuplées, affamée, en songeant à une astuce pour économiser un maximum sur le plat qu'elle devrait prendre: pas question d'arriver chez un hôte et de lui dévorer la nourriture qu'il réservait à sa famille... La jeune femme n'eut pas réellement le temps d'y songer plus qu'une seconde, quelqu'un la poussa, la faisant trébucher. Elle se tourna vers le coupable, en même temps qu'elle parla: et sa voix lui fit l'effet d'un coup de masse.
Tout se paye un jour, disait l'expression de ce visage.
Disaient les cicatrices et tatouages qui le barraient, plus sûrement que des colonnes de dettes.
Rappelaient les épaules, la stature équivoque, l'entité que représentait la mentaï, devant elle.

Ambre lissa ses traits, que la colère initiale avait accentué, en rictus d'agacement; retour à la normale. Les passants, encore nombreux, avançaient sans se préoccuper d'elles. Tant mieux. C'était la première fois qu'elle avait le loisir d'observer la mentaï dont elle se rappelait simplement la voix, et le pouvoir, lors de la bataille.
Quand elle avait senti son pouvoir, aussi fort que la mer, et les torsions des spires, pas mêmes imaginables. Ne pas la lancer sur ce terrain-là était une évidence.

- Tu es bien placée, sans doute, pour affirmer à quel point c'est plus amusant d'être un bouffon qu'on voit. , répondit-elle sur le même ton, en affaire, il faut toujours s'accorder sur le premier qui parle.
Donne les termes du marché, je négocierais chèrement. Ma vie plus que mon temps.


[Pour ne pas bloquer surtout.. u_u
PS: Fucking rainbooooooooooow *w* ]


_______________
°oO°Charognes verticales, saccageurs de vie et autres intégristes du ratage, abrutis par la sempiternelle prière de leurs "A quoi bon!"°Oo°

Spoiler:
 

De l’irascibilité de l'être
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Marchombre
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MessageSujet: Re: Pour ceux qu'enchaîne la défaite sans avenir [Terminé]   Sam 25 Juin 2011 - 23:28

Yaemgo traquait depuis plusieurs jours.
Même si la filature était une part importante de l'enseignement marchombre, le jeune homme n'avait pas tout à fait suivi cet enseignement du débat à la fin, ayant passé de longues années en exil, en haut de sa montagne. A vrai dire, il lui fallait bien s'avouer que se trouver au milieu d'une foule l'épuisait à peu près autant que de surveiller Marlyn jour et nuit ; ayant vécu si longtemps en ermite, côtoyer des humains lui était à la fois difficile et fatigant. Trop de sensations sonores et olfactives : les cris des marchands, des enfants, le tintement des pièces, les instruments de musiques, les chars qui passaient... Ah, vraiment, il avait bien choisi son jour, en pleine foire populaire. Les gens avaient-ils vraiment besoin de cette mascarade organisée pour décompresser de leur vie morne ? Se rassembler comme cela, autant de gens comprimés... Yaemgo avait du mal à comprendre qu'on puisse venir ici de son plein gré.

En ce qui le concernait, il n'avait pas vraiment le choix : il devait surveiller Marlyn. Une décision qu'il avait prise, à moitié sous impulsion des hautes sphères de l'Académie ; la jeune fille semblait être un rouage important de l'organisation du Chaos, et même si celle-ci avait été démantelée, le marchombre avait la certitude que Lindörm était toujours en vie, même s'il était peut-être affaibli. Et si celui-ci venait à réapparaître, les troupes affaiblies de l'Empire auraient certainement du mal à contenir un nouvel assaut du mal.
Retrouver Marlyn avait été une gageure. Il ne l'avait pas vue depuis cinq ans, à l'exception d'une courte entrevue quelques semaines plus tôt, à l'Auberge du Dragon Vert. Une simple coïncidence ? Peut-être pas ; Yaemgo ne croyait pas au destin, mais... Enfin, toujours était-il qu'il avait mis un bon moment avant de retrouver sa trace. En toute logique, il avait cherché à l'endroit où il l'avait rencontrée, c'est-à-dire Al-Poll. De là, il avait su trouver les bons interlocuteurs à qui s'adresser, et les bons arguments pour les faire parler, qui consistaient généralement à exposer sa dextérité avec 17 centimètres d'acier. Toujours était-il qu'au bout de quelques jours, il avait fini par retrouver la silhouette encapuchonnée qui lui avait rapidement été familière. Cette cible étant particulièrement redoutable et initiée aux mystères de la filature, il convenait de rester à une distance plus respectable que pour une proie normale.

Marlyn avait été blessée à l'épaule. De loin, c'était ce qu'il avait remarquée en premier. Et cette blessure semblait la faire souffrir ; était-ce de la fierté ou d'autres raisons plus obscures qui la poussaient à ne pas aller se faire soigner ? Dans le premeir cas, c'eut été de la bêtise, et il savait la jeune femme suffisamment intelligente pour cela. Ce serait un point à éclaircir... Cependant, cette observation n'était pas la plus importante qu'il fît durant son observation : à quelques instants où il se trouva suffisamment près de Marlyn pour l'observer plus en détail, il put distinguer quelques "détails" qui valaient le coup d'être notés. Premièrement, même s'il savait déjà que la Mentaï précoce était borgne, elle semblait de plus avoir été défigurée. Décidément, celui ou celle qui lui avait massacré l'épaule n'avait pas fait le travail à moitié. Deuxièmement, soit elle avait délaissé son entraînement et mangeait plus que de raison, soit elle était enceinte. La seconde hypothèse lui semblait plus probable : ce n'était pas vraiment les habitudes de Marlyn que de se laisser aller, si ses souvenirs étaient bons, quand bien même elle créchait dans un manoir. Car oui, madame habitait un manoir de ville.
Donc, un bébé. Il ne put s'empêcher de se demander qui était le père. Il ne connaissait pas suffisamment la jeune femme pour avoir ne serait-ce qu'une seule idée de son identité. Le propriétaire du manoir ? Un autre Mentaï ? Mais enfin, ce n'était pas le plus important pour l'heure. Pour tout dire, la condition de Marlyn arrangeait plutôt Yaemgo, la rendant à la fois moins attentive et facilitant donc son travail, et affaiblissant ses capacités en cas d'affrontement direct. De plus, même s'il n'avait que peu d'expérience des moeurs, il osait s'imaginer qu'on ne reformait pas un ordre chaotique tout en élevant un enfant, ou alors toute sa conception de la maternité était à revoir. Marlyn était donc peu probablement une menace, et le jeune homme projetait de la surveiller encore quelques jours avant de rentrer à l'Académie et peut-être faire un rapport.

Ce jour de foire était donc le dernier jour de l'observation de Yaemgo. Il était relativement pressé que tout cela soit terminé, attendu que ces dernières journées avaient été passablement ennuyantes. Pour l'heure, toute son attention était requise, puisque Marlyn avait eu l'excellente idée d'aller se mêler à la foule déguisée. Son capuchon était de plus en plus difficile à suivre, et Yaemgo devait concilier rapprochement et hauteur par rapport à elle. Positionné au niveau d'une caravane d'Itinérant, ne la quittant pas de ses yeux calmes, il la voyait s'enfoncer dans la foule. Soudain, semblant avoir repéré une cible, tel un prédateur fondant sur son gibier, elle louvoya entre les quidams et vint percuter de son épaule valide une jeune fille entre tous. Elle était bien trop habile pour s'être cognée par hasard, et de plus elle adressa quelques mots inaudibles à la-dite jeune fille. Yaemgo s'approcha, interloqué. La jeune fille bousculée semblait avoir répondu, et les traits des deux opposantes semblèrent se durcir, comme si l'assaut était imminent.
Le jeune homme fila rapidement dans la foule, contourna en quelques secondes les deux femmes et, agrippant le col de chacune par une main, les tira deux mètres sur le côté dans une petite ruelle presque invisible aux yeux des profanes. Les deux bâtiments de part et d'autres étaient si hauts, et la ruelle si étroite qu'il avait préalablement fermé à moitié ses paupières afin de s'acclimater à la faible lumière. Les deux jeunes femmes étaient des combattantes chevronnés et leurs réflexes étaient rapides, aussi il se prépara à essuyer un assaut. Celui-ci ne vint pas : peut-être étaient-elles trop étonnées de ce brusque changement de situation.

Toujours prêt à réagir, Yaemgo se détendit pourtant en apparence, laissant nonchalamment sa main gauche au côté de sa jambe. Son regard en apparence éthéré saisit cependant rapidement le visage de l'inconnue qu'avait bousculée Marlyn : une ancienne académicienne qu'il avait connue autrefois, comment s'appelait-elle...? Il se souvenait de son prénom, Ambre, mais son nom ne lui revenait pas encore. Que faisait-elle ici, et que lui voulait Marlyn ? Etrange. Un demi-sourire aérien flotta sur ses lèvres. Il se frotta l'oeil droit, puis passa la main dans ses cheveux, dans un mouvement naïvement félin. Il avait suffisamment foi en ses compétences pour ne pas être plus angoissé que cela devant deux combattantes de cette envergure... Tant qu'elles restaient assez loin des Spires.

-
Désolé d'interrompre vos retrouvailles que j'imagine très émouvantes, mais l'exil m'a rendu profondément pacifique, et je serais somme toute assez triste que vous vous défiguriez davantage, lâcha-t-il d'un ton calme, presque amusé. Alors, qu'est-ce qu'on fait maintenant ?



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La Borgne
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MessageSujet: Re: Pour ceux qu'enchaîne la défaite sans avenir [Terminé]   Mar 5 Juil 2011 - 1:29

Son cœur cognait dans sa poitrine, de l’effort qu’elle devait faire pour retenir la colère qui l’animait, qui faisait frémir ses masséters et l’empêchait de penser clairement. Cette colère qui pulsait avec les Spires et qui l’avait détruite pendant des années ; il fallait absolument qu’elle parvienne à la maitriser aujourd’hui. Si elle se laissait aller à empoigner Ambre par le col, ou à la provoquer encore plus, elle savait comment ça finirait : elle perdrait. Et peut-être que cette fois, elle n’en réchapperait pas, elle serait trop blessée pour dessiner, trop assommée pour se sauver, trop trop trop.
Elle n’avait pas besoin de ça.

Et pourtant, l’envie de déformer ce visage neutre et ces yeux aux paupières lourdes, de déséquilibrer l’échange.. Marlyn s’obligea à redresser les épaules, à respirer ; on la jouera civilisé, quand bien même mon Imagination veut ta mort. Les gens autour d’elles ne leur accordaient plus aucun regard maintenant qu’ils ne risquaient plus d’être bousculés ou d’entendre des propos qui dérangeraient leur passivité quotidienne. Son regard évalua le danger que représentait le bâton qu’Ambre tenait entre les mains, et qu’elle n’avait pas remarqué jusqu’alors. Si elle savait le manier, ça représentait une arme contre laquelle elle n’avait pas l’habitude de se défendre. Pouvait-on fendre un crâne avec un bâton envoyé suffisamment fort ? Elle voulut reprendre la parole après quelques secondes de surprise, les lèvres entrouvertes à la recherche de mots pour exprimer quatre mois de rancœur d’avoir été trahie, mais une soudaine tension de son écharpe fit exploser la douleur dans son cou, et elle ne vit plus rien pendant quelques secondes.
Les ténèbres s’abattirent tout autour. Elle cligna de l’œil, incapable de se repérer dans cet environnement noir comme la suie, et desserra l’écharpe de soie rouge qui s’était soudainement refermée sur son cou à cause d’une traction inconnue. Où était Ambre ? Qu’est-ce qui venait de se passer ? Marlyn se raidit, et perçut les contours d’une tierce personne alors que son regard s’acclimatait au brusque changement de lumière. Instinctivement, elle passa la main gauche le long de sa ceinture ; et se rappela qu’elle n’avait sur elle aucune arme blanche, car elle faisait désormais plus confiance à ses Spires qu’à ses muscles blessés pour la protéger. Son dos rencontra un mur quand elle recula, et elle choisit d’y rester adossée, pour n’avoir à craindre aucune attaque imprévue par derrière. Simples réflexes. Son œil avait repéré dans la pénombre les contours du visage d’Ambre, et l’éclat typique de ses yeux. Il restait…

Elle entendit Yaemgo avant de le voir. Plus que tout, cette révélation la laissa pantoise ; que faisait le jeune homme ici ? Comment était-il parvenu à la retrouver ? Etait-ce un pur hasard s’il avait croisé leur route à Al-Poll ce jour-là, ou avait-elle été négligente au point de croire qu’elle n’avait rien à craindre ? Marlyn savait à quel point le jeune homme était devenu puissant pendant son exil, et déjà du temps où ils se tapaient dessus entre les murs de l’Académie, elle n’avait jamais réussi à le vaincre. La Mentaï se jeta dans les Spires, prête à dessiner les contours de la pièce nue du retour à Al-Chen pour échapper à ce qu’elle pensait être un guet-apens ; mais les mots du marchombre aux cheveux d’argent la firent se détendre un peu.
Elle expira.
Son regard très peu adapté à la pénombre passa du violet des yeux d’Ambre à celui, tout aussi étrange, de ceux de Yaemgo. Tous deux marchombres. Tous deux anciens Académiciens. Tous deux impliqués plus ou moins dans les anciennes intrigues qui avaient secoué l’établissement. Tous deux des menaces, à l’instar du monde entier. De sa main gantée, elle réajusta l’écharpe qui lui ceignait la nuque pour qu’elle recouvre entièrement cette blessure que l’intervention de Yaemgo avait découverte. Nul besoin d’exposer ses points faibles en pleine lumière, de surcroît ?

- Et si tu allais t’exiler ailleurs, l’ermite ? Je doute que tu nous aies suivies par pure bonté d’âme pour le joli minois de Naeëlios. A moins que tu ne veuilles partager les cicatrices, peut-être ?

Est-ce que tu sauras percevoir que ces menaces, je n’ai plus la force de les mettre à exécution, alors que je ne me serais pas embarrassée de paroles il y a cinq ans ? Ca me plairait, tout comme ça m’effraierait. Le tonnerre dans les Spires s’atténua avec l’urgence de se défendre, et la jeune femme décolla les épaules du mur auquel elle s’était adossée. Elle avait toujours le bras droit nonchalamment dans la poche, mais doutait de pouvoir s’en servir, avec la gêne qui sourdait des vieilles plaies. Vieille carcasse, tu ne sers à rien contre deux marchombres aguerris. Son regard océan croisa celui si particulier de Yaemgo, comme un coucher de soleil sur le Lac Chen.

- Qu’est-ce que tu veux ? Tu cherches la lueur d’espoir qui pourra sauver mon âme damnée ?
fit-elle, la voix chargée de sarcasme.

Est-ce que la ruelle menait à une autre avenue, ou bien était-ce un cul de sac ? L’obscurité était trop dense pour son regard borgne. Pourrait-elle encore escalader les façades, prendre appui sur les fenêtres pour s’échapper par les toits ? Arriverait-elle à se déplacer suffisamment pour que les deux Académiciens ne soient plus entre la rue marchande et elle ? Les murs étaient en pierre, et ne prendraient pas feu. Il lui faudrait exactement treize secondes pour créer le pas sur le côté. Si un combat se déclenchait, tiendrait-elle aussi longtemps ? Yaemgo possédait encore très probablement ses deux dagues fétiches, et la Dame savait ce dont Ambre disposait en dehors du baton noueux qui luisait avec les rayons de soleil qui crevaient la venelle.

- Tu n’as rien trouvé de mieux qu’un ancien Académicien pacifique pour courir à ton secours, hein, Ambre ? Il n’aura même pas envie d’envoyer de projectiles dans les épaules des gens ou de faire couler la moindre goutte de sang pour te sauver.


Elle ne lui ferait pas cette honneur de la toucher à nouveau, ça, c’était une certitude. Pas plus que Yaemgo. Tout risquer pour la confrontation, c’était fini.



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Marlyn Til' Asnil | Duncan Cil' Eternit | Einar Soham | Shannon Seng

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MessageSujet: Re: Pour ceux qu'enchaîne la défaite sans avenir [Terminé]   Dim 17 Juil 2011 - 20:29

Jauger la mentaï, que tout désignait comme Marlyn Til' Asnil, triste légende vivante. Le nombre de ses blessures, aussi improbable que la présence de la jeune femme dans les ruelles commerçantes d'Al-Vor semblaient la désigner comme.. faible. D'une faiblesse relative. Ou d'une impulsivité sans faille, desservie par des réflexes peu affutés. Panache de dessinateurs, sans doute. Mais l'itinérante possédait aussi le dessin, et avait ressenti le pouvoir de la mentaï jusqu'au malaise, et à la perte de contrôle. Cette personne possédait en elle de quoi faire sauter la ville, et surement davantage. Mais elle cherchait les petites rixes, sans doute. C'est pour ça qu'elle était là, et que son visage fusillait. Mais pourquoi attendre? Si tu voulais être sûre de triompher, tu aurais dû frapper avant que je ne me mette en garde. Ou as-tu si peu d'estime pour mes capacités?

Un tiers les saisit, le temps d'une seconde, et elle se retrouva dans l'obscurité d'une nuit adjacente. Mourir comme un rat, entre deux façades minable? Avant même d'avoir commencé le voyage, en manquant à son honneur, en ne retrouvant pas le maître bijoutier Egon. A peine son col lâché, elle se dégagea d'une pirouette, en croyant s'éloigner d'assaillants potentiels, et probables. C'était sans doute pour ça que Marlyn avait pris soin de la prévenir: parce que seule face aux sbires du chaos et aux spires de la mentaï, elle n'aurait aucune chance, mais que la voir se débattre serait plus drôle. Néanmoins, ses yeux, après un battement de cils ne découvrirent rien d'autre qu'un grand maigre. Et l'autre, dos au mur, qui les regardait.

Elle reconnut Yaemgo, l'adolescent revêche fréquenté autre fois, au hasard lointain des cours et des couloirs. On le disait maudit, à l'époque, peut-être était-ce pour ça qu'il avait rompu la promesse faite au Maître Marchombre, et disparu, un jour. Instinctivement, elle le catégorisait comme parjure, au même titre qu'ils l'étaient tous. -Du moins, au sens très large du terme. Sa voix mielleuse appelait la colère- s'il voulait l'attirer, il devait pouvoir se défendre. Elle même était prête à l'attaque, sans savoir d'où elle viendrait.
La réponse de Marlyn fusa, et à sa manière d'évoquer l' ermite, Ambre se sentit prise en traitre et en faute. Jusqu'où cette femme avait-elle pu remonter? Que savait-elle du pirate et pour ramener son spectre dans leur improbable rencontre?
Et si elle était messagère, contre sa volonté, chargée de transmettre un message à la marchombre?

Ses yeux se fixèrent sur Marlyn, quasi avides. L'Académie s'interposait partout. Il n'y avait pas de place dans leurs vies pour de la sérénité. Même les maudits revenaient un jour de leur exil. Et à l'aube du voyage qui devait lui assurer paix et liberté, elle se rendit compte que, pour quelques mots à peine de son bourreau personnel... ces quelques mots auraient suffit à la faire rester.
Et la colère prenait plus sûrement d'emprise en observant la mercenaire. Son oeil luisait dans l'ombre comme celui d'un fauve. Et ses nippes sombres se fondaient dans les murs pour atténuer les galbes improbables de sa chair.
Et si c'était l'Ermite, derrière toutes ses mascarades? L'ermite qui lui aurait préféré des yeux plus bleus, et une moralité plus flexible, si elle en croyait...

Elle devint blême, ses doigts serrés sur le bâton récemment acquis, qui chauffait subtilement sous ses paumes. Elle dût se contraindre à obliquer des yeux vers la troisième roue de leur carrosse. Elle était prête à l'assommer avant de pouvoir poursuivre son règlement de comptes avec la mentaï, car elle n'était pas sans ignorer quel danger il représentait pour sa réputation. La mentaï sous-entendait de plus en plus clairement sa position trouble dans le désordre des derniers mois, ce qu'aucun n'avait fait jusqu'alors, devant un tiers. Etranger. Neutre- probablement mauvais.


-Ou peut-être qu'il s'est dit, avec ta dégaine, que tu étais le genre de fille qu'on attire dans les coins sombres pour se distraire, Marlyn. C'est le genre de comportement qu'ont ceux qui ne tiennent aucun serment.

Sa colère, qu'elle espérait transformer en acidité faussait son jugement, et comme lors de la bataille, elle se sentait prête à combattre pour elle et contre tous, séance tenante, quitte à perdre vie. Ambre estimait qu'aucun des deux ne pouvait représenter d'alliés, ni elle, l'être pour eux.
Elle s'attendait presque à ce que Yaemgo se permette de proposer de rompre le pain autour d'une table, et de continuer cette conversation fascinante, délicieuse de venin.
Après tout, son sans gêne et l'absurdité même de ses propos précédents pouvaient le laisser croire. Etait-ce l'évocation de l'ermite? Elle ressentait pour le jeune homme une aversion excessive, et lui trouvait tout ce qui caractérisait les grands manipulateurs. La facétie ridicule en plus.


-Dégagez de mon chemin ou venez-en aux faits.




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MessageSujet: Re: Pour ceux qu'enchaîne la défaite sans avenir [Terminé]   Dim 13 Nov 2011 - 20:11

Les cils de Marlyn se froncèrent.
Les trois ennemis se regardaient en chiens de faïence, attendant le moment où l’un d’eux perdrait son sang froid, ou le moment où un quelconque évènement extérieur viendrait rompre le silence de plomb qui s’installait entre chaque parole craché par l’un des protagonistes.
Les paroles d’Ambre la blessèrent plus qu’elle n’osa se l’admettre et plus, évidemment, que ce qui transparaissait dans ses traits figés. Sa mauvaise humeur s’accrut proportionnellement. La situation stagnait. Et Yaemgo s’obstinait à maintenir le silence qu’elle prenait comme narquois, qui était très surement songeur, bref, qui maintenait cette tension entre eux qui n’avait rien que de négatif. La Mentaï lança de nouveau un regard venimeux à Ambre, laquelle lui rendait de manière appuyée.
Trop appuyée ?
Elle connaissait la fourberie d’Ambre. Elle savait que tout pouvait se jouer sur un regard, une légère inclinaison d’épaules. Quant à en déchiffrer le sens… Ca pouvait être un piège. Son épaule se rappelait avec amertume des pièges d’Ambre et de ses faux-semblants. Rien n’était simple, avec elle.
Fuir ? Se battre contre les deux, en désespoir de cause ? Se fier à Ambre ? Tricher d’un dessin et d’un subterfuge – elle avait bien une poudre fumigène dans une de ses sacoches de ceinture ? Elle ne pourrait pas gagner à la loyale de toute manière. La jeune femme lança de nouveau une œillade à Ambre entre deux regards songeurs à Yaemgo, profitant de ce que son visage disparaissait de moitié dans l’ombre projetée par la ruelle étroite. L’Académicienne avait décalé son pied gauche, légèrement pivoté des hanches.

Des spires effleurèrent les siennes. Un contact ténu, qui se voulait volontairement anonyme et insaisissable. Juste un avertissement, un regard cette fois invisible, qui changeait complètement le sens des paroles que l’Itinérante aux yeux étranges. Instinctivement, l’esprit de Marlyn grimpa dans les Spires à la recherche d’une idée, guidée et aidée par cette présence inconnue qu’elle soupçonnait appartenir à Ambre, qui l’esquivait et se rapprochait mentalement sans s’investir, comme le remora s’accroche au requin. Les contours du dessin simpliste de la Mentaï s’affinèrent, se précisèrent, et ne demandèrent bientôt plus qu’à basculer dans l’univers réel. Elle le retint comme on retiendrait son souffle, hésitant toujours à accorder sa confiance en la personne qu’elle était justement venue chasser. La raideur lancinante de son bras droit lui rappelait avec ironie l’instant pernicieux où elle avait cru se trouver dans le même camp que cette académicienne.
Trop de doutes. Les Spires de Marlyn s’estompèrent, le dessin perdit en intégrité et se dissolut bientôt dans les limbes abstraites des Chemins, sans avoir eu l’occasion de basculer dans la réalité comme c’était prévu au départ.

La Mentaï porta son poing à ses lèvres, et toussa plusieurs fois, ce qu’elle ne simulait qu’à moitié puisque la fatigue commençait à lui ronger les poumons, l’hiver approchant. Un nuage de fumée explosa dans la ruelle lorsqu’elle ouvrit les doigts. La densité de la fumée était telle que les silhouettes furent bientôt dissimulées dans la nuée, et la jeune femme dut entièrement se fier à son ouïe, qui s’était heureusement développée depuis qu’elle était borgne, pour suivre l’action. Un bruit mat lui indiqua qu’un coup venait d’être porté, sans qu’elle sache lequel des deux harmonieux avait blessé l’autre. Etait-ce le bruit d’un corps qui tombe à terre qu’elle entendit ensuite ? Elle s’écarta du lieu du forfait, à la périphérie du nuage de fumée artificielle, toussant à cause des particules qui flottaient en l’air. Son rôle dans leur cabale était en grande partie terminé. Elle espérait sincèrement qu’Ambre avait tenu la sienne.
Ce qui se confirma quand elle vit l’extrémité d’un bâton brandi percer le brouillard qui commençait à se déliter, extrémité qu’elle saisit brutalement pour amener à elle l’Académicienne à qui elle rêvait toujours de rendre des comptes. Les deux jeunes femmes ne demandèrent pas leur reste et partirent de concert à l’extrémité ouverte de la ruelle, afin de rejoindre la lumière – laissant derrière elle, Marlyn l’espérait, un Yaemgo assommé et neutralisé, tout du moins averti que son intervention dans leur affaire était moins que bienvenue, en particulier s’il n’avait pas prévu de plan quant à la suite des évènements.

Quelques minutes plus tard les avaient amenées, de manière moins que concertée, dans une autre venelle piétonne reliant dans l’ombre deux grandes avenues, et que la Mentaï soupçonnait d’être inconnue de la plupart des habitants, même si elle était propre et aérée, engoncée dans du lierre qui recouvrait la majorité des murs mitoyens. Elles auraient très bien pu se séparer dans la foule, mais Sareyn avait collé à Ambre comme la gale à un chien. La toux qui ne l’avait plus quittée ponctuait encore ses respirations, et c’est avec un grognement qu’elle serra le poing autour du bâton d’Ambre, pour l’empêcher toute traitrise dont elle la savait parfaitement capable. De l’autre main, elle sortit d’une sacoche l’étoile de jet qu’elle avait conservée les mois durant, et la montra ostensiblement.

- Tu as oublié quelque chose sur moi la dernière fois que nous nous sommes vues, tu te rappelles ? Tu préfères que je te la rende comment ? Tu n’as besoin ni de ton œil ni de tes doigts, il me semble.

L’humeur qui coulait dans ses veines était en train se muer en cruauté, une cruauté froide qu’elle savait être le prélude à des crises sanguines de violence, et qu’elle tentait de maitriser, par précaution.
Un coup de genou dans les côtes l’empêcha de continuer dans ses menaces, et coupa net son fil de pensées alors que l’air quitta ses poumons subitement.



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MessageSujet: Re: Pour ceux qu'enchaîne la défaite sans avenir [Terminé]   Dim 27 Nov 2011 - 0:33

Ambre calculait, tentait d'ordonner le chaos de son esprit, comme les deux autres, peut-être. Elle avait un temps imparti avant de devoir aller retrouver l'itinérant qui devait lui permettre de voyager avec Tifen. L'ermite la parasitait, certes, mais l'impérieux besoin de partir était plus fort que tout autre chose. Même l'ermite n'était pas parvenu à lui faire oublier qu'elle était une fille des routes. Ni lui ni personne ne pourrait.
Il fallait déclencher. Elle seule le ferait. Marlyn lui était tombée dessus, mais contre deux adversaires, marchombres, dans son état..? Combien de chance aurait-elle de tuer les deux à la fois. A fortiori, elle savait Ambre pourvue du Don; elle devait s'en méfier forcément. Yaemgo l'ignorait, devait continuer de l'ignorer.
Elle n'avait de comptes qu'avec Marlyn, réalisait-elle, et Marlyn, toute ennemie qu'elle était, faisait partie du chaos. Plus marchombre que Yaemgo? Ils n'étaient pas à l'Académie s'obligeait à penser Ambre. Ils n'étaient pas en train de tous se battre, ils étaient dans une venelle sombre, sans raison autre que leurs regards scrutateurs. Elle n'avait pas à choisir un camp, rien à prouver à personne. De cette bataille-ci, il ne ressortirait aucun honneur: elle se savait incapable de livrer la Dessinatrice à la justice. Elle en savait bien trop. Elle pouvait l'incriminer, et ne s'en priverait pas; qu'elle le fasse en public, et ce serait la fin de l'itinérante.

Voyager serait possible, seulement si on la laissait faire, si elle semblait avoir assez d'honneur que pour être engagée/lâchée dans la nature. On disait des choses sur les geôles de l'Académie. Et être jugée par Nel' Atan et sa clique lui paraissait autrement plus insupportable que... de s'allier aux traitres?
Et qui choisir, cette fois? Le maudit, dont elle ignorait tout? Il pourrait l'incriminer, peut-être, le cas échéant, la lier au chaos. Mais qui l'écouterait, possédé qu'il était? Sans savoir sa force et ses faiblesse? Seule contre eux? Elle n'aurait qu'à se préparer à un autre type de voyage. Et certainement pas un en direction de la Gloire... de la paix, peut-être, toute fois.
Mais Ambre n'était pas prête pour cela. Il fallait choisir, maintenant. Avant qu'ils ne le fassent pour eux. Comme sa dernière réplique leur en laissait la possibilité, qu'ils n'avaient pas prise.

Ce qui la décida pour Marlyn était aussi honteux que tétanisant. Peut-être portait-elle le fils de l'ermite ou pouvait-elle en dire quelque chose. Yaemgo ne pourrait jamais rivaliser avec ça. Et tant pis pour les rumeurs, elle avait pris le risque, pendant la bataille, et peut-être Anaïel prendrait-elle son parti. La croirait vouée à l'Harmonie, ce qu'elle était, à bien des égards.

Droit dans les yeux, une fraction de seconde. Tu vas comprendre, n'est-ce pas? Vois, Mer, je viens à toi.
Mais dégoutée elle-même par le contact d'esprit à esprit, elle ne pouvait prétendre aller plus avant, voir, toucher... ça. C'était un autre monde, saoûlant, sonore, terrible, qui lui évoquait trop de désillusions et de fantômes. La dimension responsable de tous ses échecs et de toutes ses fautes. Ce qui avait convaincu l'autre de la choisir elle, et personne d'autre. N'est-ce pas? Elle sondait le profil de Yaemgo, se faisait menaçante, mais lui aussi se rassemblait sur lui même, quand Marlyn ne semblait que « rêvasser » toute à sa contemplation.
La possibilité de leur alliance à eux était envisageable. Les doutes s'inssuflèrent, autant que la peur de mourir. Qu'on partage comme le reste; semble-t-il.

Ambre ferma les yeux, esquissa un pas, le fait de mettre sa quasi menace à exécution.
Puis tout alla très vite -comme prévu, voulut croire l'esprit d'Ambre.
Tout se jouait toujours en quelques secondes, dans un duel. Combien de coups d'avance sur l'adversaire? Il fallait qu'il n'ait rien prévu. Ce n'était pas le cas, bien sûr, des deux qui lui faisaient face.

Le baton vola dans ses doigts comme les fils de ceux de Yaemgo. Greffé, se rendit-elle compte, comme la fumée rendait visible les nouvelles attaches plus que l'assaillant lui-même. Marionettiste.
Et là, sa rage explosa, en bouquet de nerfs: il payerait pour tous les autres qui croyaient se jouer d'elle. Dans la foulée de son mouvement, elle s'arc-bouta sous le baton, jouant sur la résistance des fils et l'effet de surprise de voir l'adversaire reculer; elle se servit de l'arme comme d'une barre fixe, et décocha un coup de pied directement dans le sternum du jeune homme.
Les fils ramenèrent le baton à vive allure, directement sur le cou d'Ambre, mais un mouvement de son épaule gauche parvint à lui éviter un cou du lapin... la douleur fut néanmoins fulgurante.

Où est l'autre? Demandait l'esprit, quand elle sentit sous son dos les pavés dégueulasses, et les pleurs de boue. Si elle est avec lui, je suis perdue. Si elle est contre moi, sans être avec lui, je suis perdue.

Mais pas de temps pour l'incertitude. Elle roula. Rebondit en avant, comme son adversaire le faisait également, il visait le bas, mais elle aussi, le but était de ... oui!
Le contact du rougeoyeur dans sa paume la rendit extatique, ou était-ce l'adrénaline du combat? Sa propre vitesse l'épanouissait, quant, tournant le bâton vers Yaemgo, en un grand arc de cercle large, elle parvint à bloquer le mouvement de son poignard.

Mourir ou tricher? Si l'orgueil, dans ces moments là, l'emportaient sur l'instinct, Ambre serait belle et bien décédée. Mais lui aussi trichait, avec sa greffe -elle sentit les fils métaliques qui s'attachaient à sa nuque, menaçaient de la trancher comme une boule de suif sale.
C'était sans doute mieux de ne pas le voir.
3 billes d'acier partirent à tout allure, directement de son esprit à son adversaire. Où, elle n'aurait su le dire, mais là où elle avait pensé la main, l'abdomen et la tête.
Il y eut une traction brutale des fils, en même temps qu'un gargouillis bizarre, puis ils disparurent.
Mort? Assomé? Blessé?
Ambre ne savait même exactement quelle échele avaient les boules de métal.
Elle s'éloigna en titubant, le bâton au point, l'épaule en feu et la cheville étrangement sensible, alors qu'elle ne se souvenait pas d'avoir reçu le moindre coup à cet endroit. Quelques pas: course.
S'il était mort...? Et quoi. « Le silence est de morts ».

L'air enfin. Les yeux d'Ambre brûlaient de douleurs interne autant qu'irrités par la fumée, et l'autre devant, d'abord.. L'esprit calculait toujours: combien de chance que l'épaule soit démise? D'une main ferme, Ambre serra ls muscles remonta, pressa, en mordant ses joues. Un affreux craquement s'en suivit, et elle dut s'appuyer à une façade, sur le point de s'évanouir.
C'était son principal point faible, elle le savait: efficace au combat, mais inconsciente par la suite. Marlyn apparut derrière elle, ensuite, la talonnant comme une ombre. Bien. Nous n'en avons pas fini, alors? La défaite manque à l'une de nous?

Elles arrivèrent, Ambre ne put dire comment, dans cette vénelle proprette; mais Marlyn toussait toujours. Deux macchabées sur les pavés, ce soir? Ambre ne la considérait pas comme une alliée, loin s'en fallait: elle n'était pas intervenue ni pour ni contre l'itinérante. Elle l'avait simplement attaquée, plus tôt dans la soirée.

La plus Dessinatrice des deux attrapa fermement l'extrémité de son bâton, parodie de ce que Yaemgo avait tenté avant elle. Attendre. Pour savoir le marché, attendre les propositions. Une étoile de jet noir en ferait office.
Menaces.
L'adrénaline effaçait la douleur, et Ambre aux aguets tenait à ses doigts plus qu'à ses yeux. C'était étrangement grisant, « se battre pour soi » sans idéologie derrière laquelle voiler les monceaux de cadavres.
Combien de cadavres vaudraient qu'elle perde la vie? Combien de coupures, de cicatrices, d'os à remettre en place sommairement? Combien de secrets, de sueurs froides, de poison valait un voyage? Quel prix en sang fallait-il payer pour renouer avec les racines, pour aller noyer son âme dans la mer des possibles, combien de fois parjurer, pour être fidèle à soi? Y avait-il un moment où le dégoût de soi vous faisait rendre les armes? Ou l'âme entière, blême, usée appelait à l'inaction: que ça s'arrête, enfin! Rien de bon n'en sortirait. Rien que des humeurs, et du sang rouge de roture. De foutue reitre qu'elle était.
Un de plus, au moins.

Sans même ciller, elle décocha un coup aussi haut que possible. L'Orgueil refusait qu'elle batte le ventre de la jeune femme, qu'elle attaque en elle la mère plus que l'adversaire.

-Garde la monnaie, si tu veux. J'suis pas à ça près, ironisa-t-elle.

Mais on ne peut vaincre à chaque fois. En matière de dessin, comme d'instinct, Marlyn devait la surpasser, et de loin. Le lierre, animé Ambre ignorait comment venait de la désarmer et lier en même temps, dos au mur, repassant sur les entrelas bleus légèrement ensanglantés que lui avait causé Yaemgo plus tôt dans la soirée.
Elle avala une énorme goulée d'air, incapable d'autre chose. L'Imagination était face à la mentaï une arme plus handicapante qu'autre chose, et les autres qu'Ambre possédaient étaient inutilisable.

Marlyn se redressa, de toute sa hauteur, avec ce qui ressemblait à un feulement animal-rire de gorge le plus terrible du monde. Ses iris scintillaient, bleus de promesses; puis sa main s'abattit, encore et encore sur ses joues, l'angle de sa pommette, non pas comme l'aurait fait un homme, à coups de poings destinés à abattre, mais en gifles, trainées de feus, coups d'ongles. La seule chose à faire était de fermer les yeux. Elle tenta un mouvement, le lierre la plia dans une cambrure inconfortable.
Une molaire du fond se déchaussa, emplissant la bouche de la jeune femme d'un goût âcre de coupure abondante.

Elle la cracha dans sa direction-le bout d'ivoire toucha le visage, mais la main s'immobilisa, en même temps qu'une colère plus noire encore naissait dans l'oeil vivant. Le filet de sang dégoutait des lèvres d'Ambre, et sur une partie de la tenue du mentaï, au niveau du coeur. Celle-ci y frappa, aussi fort qu'elle put. Heureusement qu'elle était affaiblie, sans quoi, elle se serait retrouvée le poumon percé.
Le souffle coupé, elle aussi.


-Et quoi? Qu'est-ce qui importait, Mentaï, interrogea-t-elle, la voix comme le souffle, quasi inexistante. Que ma couverture tombe, ou ta peau de chagrin? .. Pas à une boutonière près. Tu n'es pas morte, et j'étais sauve, Elera à terre et Anaïel... Je le servais. Qu'est-ce qui importe,davantage, maintenant?

] Ambre mourrait de peur, en réalité. C'est simplement l'orgueil qui prenait la relève du reste. Tant que se peut, se disait-elle. Quitte à mourir, mourir bravache. La respiration profonde, et pourtant entravée par les branches du lierre. Mourir immobile. Elle aurait pu en pleurer. Mourir parjure, elle ne pourrait aller à l'itinérant pour un contrat, tenir sa promesse faite à Tifen, crever Ena ni Elera.


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MessageSujet: Re: Pour ceux qu'enchaîne la défaite sans avenir [Terminé]   Jeu 1 Déc 2011 - 11:43

Le sang rugissait dans ses oreilles et battait dans ses tempes ; te deum. La douleur diffuse se répandait dans ses côtes et même minime, elle vampirisait son énergie, cloisonnait son regard, débridait sa fureur. Son esprit se jeta dans les Spires et projeta ses excroissances dans l’environnement ; des fantômes de lierre s’entremêlèrent aux véritables végétaux et vinrent saisir les poignets et les chevilles de l’ennemie, la plaquèrent contre le mur. Sans parvenir à fixer son regard sur le corps à sa merci d’Ambre Naeëlios, la Mentaï se laissait complètement aller à la fureur, atrophiée et mutilée par la maladie, la fatigue, les coups, les Spires, la vie. Tuer l’académicienne lui semblait bien loin maintenant, bien futile ; n’importait que ce bruit de chair que l’on meurtrit, et les respirations qui se heurtent.
Elle ne lui faisait probablement rien, rien qui fasse jaillir des rigoles pourpres sur sa peau teinte, rien qui ne l’abrutisse ou la mutile, rien que le temps ne délaverait pas avec les jours et les soins. Peu importait ce qu’elle frappait ; importait qu’elle touchait, qu’elle feulait sa rage, qu’elle expectorait sa propre abysse et sa propre inanité en frappant ce mannequin entravé de feuilles. Peu importaient les raisons ; elles ne pourraient plus justicier cet accès sanguin de violence déraisonnée.
Plus de Chaos et d’Harmonie, d’allégeance, de valeurs, d’honneur, d’orgueil. Je t’ai menacée, tu m’as frappée, je te frappe. Simplicité animale. On s’arrêtera quand il ne restera plus assez d’envie ou d’énergie pour se combattre, que les insultes paraîtront vaines et les menaces creuses, qu’on pourra se regarder dans les yeux sans se déchirer la gorge.

Le goût âcre du sang lui emplit sans prévenir les narines, et des points éclaboussèrent ses lèvres, sa peau, imprégna ses vêtements ; l’avait-on frappée ? Elle sentait les dessins faiblir par manque de concentration et de force, mais ils étaient toujours là, à enserrer la gorge d’Ambre et ses membres. Arrêt sur image. L’eau qu’on projette à la gueule d’un fauve pour anéantir sa rage. Elle vit du sang couler des lèvres injurieuses de l’Académicienne, et goutter sur son thorax, des galaxies bleuies fleurir au niveau de ses joues, ses tempes. Elle vit son regard couler d’insolence, et le vent glisser le long de leurs vêtements, dans cette venelle engoncée entre les bâtiments marchands. Le silence augmentait les tensions.
L’œil du cyclone permit aux chimères de revenir en cavalcade sur le devant de la scène, et piétiner toute intégrité mentale. Ambre, victime écartelée, les dents rougies par l’orgueil et la violence, les yeux pleins de poison et de morgue, des bleus qui parsemaient sa peau et les vêtements froissés par ses chaînes ; et toujours aussi insolente, et la vanité de leurs actions, de leurs paroles, de leur confrontation.

Les fantômes des geôles de l’Académie ne seraient-ils donc jamais de la hanter ?

Elle voulut briser cette image d’un coup de poing au cœur, sans plus aucune conviction, mentalement ployée par la fatigue, et le désarroi. Et la tempête passa définitivement, et laissa les deux mercenaires comme des morceaux de bois flotté après la tempête, brisées de meurtrissures. Reculée de plusieurs pas, ses doigts essuyant machinalement le sang qui s’était étalé sur sa tunique, la Mentaï écoutait les mots crachés par Ambre, comme une sentence, une synthèse de leurs vanités. Des vérités, énoncées sans le souffle que Marlyn venait de lui prendre, des vérités que la Mentaï avait refusées de considérer pendant des semaines, chargée de rancœur et de colère. Et maintenant que les coups avaient plu et que sa colère était morte sous la lassitude, elle ne parvenait plus à rejeter la vérité, et la logique de survie d’Ambre Naeëlios.

- Rien. Plus rien n’a vraiment d’importance.

Ses dessins disparurent dans une inspiration de soulagement – poids de moins dans les tensions. Le corps d’Ambre Naeëlios tomba au sol comme une poupée de chiffon ; mais quelques secondes, avant que le masque de la jeune femme ne se recompose, et qu’elle ne se relève, pour la toiser, la mettre au défi de l’épingler de nouveau contre le mur.
Je ne te ferai pas la concession de m’appuyer contre le lierre, même si j’en meurs de besoin. Ma respiration retrouvera son calme ; je ne tousserai plus. Status quo. Je ne chercherai plus à te combattre pour cette raison-là ; laissons-nous le temps d’en trouver d’autres. Marlyn se braqua presque en l’attente d’un mouvement en traître de la part d’Ambre, auquel elle n’aurait plus répondu que par la fuite, et non la violence – la fatigue et l’enfant le lui interdisaient. Mais les coups de bâton. Elles se contemplaient mutuellement comme deux chiens de faïence, plus chiennes que faïence ; porcelaine fêlée.
Dépouillée de buts et de colère, dans ce désarroi émotionnel quasi bipolaire, Marlyn était laissée à la contemplation de son adversaire : qu’en savait-elle vraiment ? Qu’apparaissait derrière « le » servir ? Elle avait souvenir d’une ombre vue seulement une fois, d’un nom prononcé des années auparavant, et auquel elle ne parvenait plus à s’accrocher. Existait-il vraiment ? Les Mentaïs, tous influents qu’ils fussent, avaient été singulièrement silencieux et passifs lors de la reprise de l’Académie et dans les mois de dégénérescence chaotique qui s’en était suivi. Et si elle montait une affabulation ? Elle n’avait plus la force de lui faire cracher sa vérité comme elle crachait ses dents.

- Et quoi ? On sert toutes les deux des maîtres absents – ou inexistants. T’a-t-il seulement dit quoi faire, tenir tes allégeances à l’Ordre ou sauver ta couverture, à tous prix ?

La Mentaï réprima un soupir, une expectoration toussotante qui aurait pu être prise pour un acte de faiblesse ; ce qu’elle était. Elle contempla avec une certaine fascination le sang qui perlait encore entre les dents dégainées d’Ambre –rappel mortuaire des dents qui s’étaient accrochées à son cou pour le déchirer- se rendit compte qu’elle avait lâché l’étoile de jet, sans savoir la retrouver.

- On est quittes, je présume.

Dent pour dent, littéralement, pensa-t-elle en posant l’œil sur le morceau d’ivoire arraché à coup de gifles et de coups de sangs, qui gisait sur le pavé, oublié. Elle aurait pu cracher un « Casse-toi » final, ou tordre l’Imagination pour faire réapparaître le manoir d’Al-Chen, disparaître dans l’ombre profilée de la venelle, laisser Ambre pour vaincue,ou lâche, mais.
La curiosité morbide la retenait. Le bois reste figé au sable dans lequel la tempête l’a enfoui. Elle ne connaissait rien d’Ambre Naeëlios, sinon les angles de ses pommettes, et ce maître fantôme, cette évocation d’une attache nébuleuse, d’une allégeance fumeuse. Peut-être, si jamais, avorter l’ennemie, sinon construire l’alliée ? Elles étaient terriblement semblables, jusque dans les bleus, l’orgueil, le sang.

- C’est toi la marchande. Quand toutes les dettes ont été payées, tout accord est possible. Faut-il nécessairement que nous restions ennemies ?

Et qu’elle parte, par crainte ou veulerie, qu’elle parte sans regarder derrière elle, sans répondre, si l’envie l’en chantait. Peu importait, que les veines éclatées à ses tempes, et le sang entre ses dents.

[Mh. Edition à volonté]



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Marlyn Til' Asnil | Duncan Cil' Eternit | Einar Soham | Shannon Seng

Marchombre
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MessageSujet: Re: Pour ceux qu'enchaîne la défaite sans avenir [Terminé]   Ven 2 Déc 2011 - 22:18

Chaque souffle plus difficile à prendre. Le sel de son propre sang, visqueux, qui dégoutait sur sa langue. L'asphyxie, et les relents de billes, contre-coups.
C'est une fin de noyée, songea-t-elle.
Mais dans une ruelle de ville quelconque. Comme une voleuse après un règlement de comptes. Pour garder la face, des mois de plus, dans cette bâtisse vide de sens qui l'avait vu devenir adulte. Pour que les statues projettent sur son dos leur ombre imposante.
Pour partir. Avec Tifen. A l'aventure, enfin. Pour l'honneur.
C'était pour elle-même, pour elle-même seulement qu'elle avait blessé Marlyn, pour survivre. Et lui survivre.

Il aurait fallu tuer Elera. Se débarrasser d'Anaïel, que tout le monde passait son temps à tenter d'assassiner. Faut dire qu'avec ses prunelles rouges, elle vous évoquait le sang qui monte, et la sève de ces arbres qui vieillissent en silence; immobiles témoins. A quoi contempler?
Ambre voulut croire qu'ici il n'y aurait personne. Personne pour la voir, la retrouver, personne pour exiger vengeance, ou réparation.
Elle se souvenait, Tifen avait un embryon de Don; celui qui lui permettait de parler avec Khan, et les personnes particulièrement réceptives. Mais contre un monstre comme celui qui l'assassinait?
Finis-moi vite, Til' Asnil, s'il faut. Et regarde-moi dans les yeux quand tu m'ouvriras, dans la gorge, un sourire de loup. Je croirai encore quelques secondes que j'ai vu et affronté la mer...
Elle voulut articuler l'affreux « Fais qu'on ne me reconnaisse pas » qui lui rongeait l'âme, acide.

Que personne ne me venge.
Que personne ne m'identifie.
Qu'on me croie partie, finalement, en quête de ce Rentaï qui me donne toujours froid à l'âme et aux yeux. Qu'ils m'imaginent crevée sur l'a-pic, ou greffée de va savoir quoi- comme si j'avais besoin de ça? Mourir dans l'honneur, je te l'aurais accordé, moi. En pleine bataille. Tu aurais fini sous la statue, avec les autres. Ils auraient prié pour ton nom sans même le savoir, qui le fera pour moi?

Puis une vague d'air lui assaillit la gorge, féroce...
Reliquat de ce vent qui lui chatouillait les joues, en permanence, et qu'elle coloriait d'ombres narquoises, adolescente. Il fut seulement un soulagement pur, feu terrible dans sa gorge- à croire que son âme était déjà froide.
Elle s'effondra au sol; dépourvue de toute résistance. D'abord à genou, puis visage contre les dalles, dans une lenteur quasi absurde. Un sursaut la secoua entièrement, sa peau elle-même se contracta, en chair de poule. Elle se redressa, tellement vite que la tête lui tourna; c'est sans doute ce qui l'empêcha de tenter autre chose. Vertige, quelques secondes, mais ses pieds tinrent le corps dans une parodie de droiture; puis le regard se fixa, acerbe et hautain tout à la fois. C'était déjà une faveur énorme que de mourir debout...?

Le sang dégouta, sur la tenue qu'elle avait voulu propre, pour signer le contrat. Elle le sentait ruisseler, s'évader des rangs serrés qu'Ambre contractait encore.
Et quoi...?
Un autre frisson la saisit, elle tâcha de le camoufler moins mal que l'autre sa toux. Sans certitude, en avait-on jamais?
« Il n'a pas eu besoin » voulut-elle dire, mais, tout au souvenir de son sourire statique, de ses prunelles de sève, elle garda le silence. Leur arme à tout deux. Il n'avait jamais eu besoin de lui intimer d'ordre. Le chaos était à l'opposé des ordres; le maître ouvrait la voie de la Liberté.
Même son absence était une ouverture, un partage. Et elle n'était plus apprentie, de rien et de personne. Faite marchombre, enfin. Il devait le savoir, quand il l'avait vu. Même ses silences avaient été accentués, comme s'il cherchait ses mots. Ses mots que depuis l'itinérante cherchait partout, autant par affection que par angoisse. Les mots définissent trop, trop souvent.
Et quoi?
La question la hantait, maintenant, ébétée de vie qu'elle était. Elle avait noté le pluriel. La croyait-elle au solde de Nel' Atan? Ou n'était-elle pas du même chaos, finalement?
L'ermite aurait-il pu, lui qui aimait la neutralité, et la discrétion, s'attacher à cette apparition? A ses coutures, qui lui rappelaient le sombre manteau qu'il avait arboré, parfois.
Se pourrait-il qu'il te porte contre sa peau, parfois? , mandaient les yeux violets, une pointe de défi les faisant scintiller. Qu'il fasse. N'en ai cure.

Une autre goutte cinabre, au sol.
Ne pas la quitter des yeux. Elle prit son temps, le temps de râcler sa gorge, de voir au sol s'éclater d'autres fleurs de sang. Et l'adversaire faisait face.
Debout, aussi droite que son état le permettait, défensive et statique tout à la fois. Les yeux francs, la bouche en grimace retenue, la main métaphoriquement tendue- peut-être pour un autre étranglement.
C'est moi la marchande. Le pouvoir est mien, et ce soir, il fallait de toutes façons vivre, et négocier son contrat. C'était la thèse initiale.
Mesurer. Le tour de ventre, les chances qu'elle y survive. Et si c'était le cas? Se retrouver à nouveau contre elle?
La chair de poule, sur ses bras.

Mais elle ne devait pas être loin de penser la même chose. Ou n'avait déjà que trop d'ennemis. Trop en communs pour ne pas y songer.


-Dans une certaine mesure qu'il nous faudrait sans doute des nuits et des nuits à déterminer, non, bien sûr. Mais tu n'es pas marchande, toi.

Ces mots signifiaient trois types de choses. Premièrement, son appartenance aux autres. Noblesse du nom. Noblesse du don. Deux choses qui viscéralement te rendent haïssable. Tu n'est pas itinérante, indéniablement, tu ne sais pas le prix des choses des êtres. Et sans doute ce deuxième point était-il complètement présomptueux, compte tenu des évènements et cicatrices qui avaient jalonné l'existence de la jeune femme.
Troisièmement, Ambre le réalisait, elle revenait en position de force.
Un non, et elle pourrait mourir. Mais le choisir, cette fois. Comme elle avait choisi de laisser peut-être un cadavre aux yeux violets ce soir dans une vénelle, plutôt que d'assassiner une foutue dessinatrice.
Ca ne l'empêchait guère de lui rendre morgue pour morgue le regard. Sans esquisser le moindre mouvement. En laissant à la jeune femme le temps de retrouver un rythme de respiration régulé.
Une alliance, réalisait Ambre, c'était aussi s'autoriser de passer maître, cette fois. Mentaï, elle aussi.
Quelle amitié peuvent se permettre les gens comme toi et moi? Il n'est pas question de ces affections destructrices, je le conçois.


-Tu sais où me trouver, pour encore quelques mois. Après, j'irai au Sud... Mais ça ne durera pas tout une vie. Tu auras à faire, toi aussi, prochainement. Je ne suis, ni ne serai ton inférieure. Tu ne le seras pas non plus. Qu'apporterait-ce, sinon ce silence, qu'on conserve depuis si longtemps?

Ils n'en sauront rien, n'est-ce pas? Songea Ambre. Ils n'en sauront rien, et ce sera un possible de plus. Un possible ou tu as la force, et moi la discrétion, ou tu as la hiérarchie, quand j'ai la vitesse, et la hardiesse de croire à mon indépendance bec et ongles.

-Je combattrai avec toi, tant que ça ne me nuit pas déraisonnablement, et réciproquement. Un prêté pour un rendu, toujours, ça m'irait.

Elle retint un sourire, à demi. Un sourire rouge de sang. Un rire un peu ivre, qui lui semblait sonner autrement. Elle crut surprendre dans les prunelles de l'autre une étrange lueur.

« Et quoi? » T'avoir comme ennemie serait un somptueux prestige. Je ne pense pas te valoir, sur ce terrain là, sans quoi ce serait avec grande joie, crois-moi.


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°oO°Charognes verticales, saccageurs de vie et autres intégristes du ratage, abrutis par la sempiternelle prière de leurs "A quoi bon!"°Oo°

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De l’irascibilité de l'être
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La Borgne
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MessageSujet: Re: Pour ceux qu'enchaîne la défaite sans avenir [Terminé]   Ven 13 Jan 2012 - 3:03

Et les muscles de ses bras de se détendre, et les tensions de s’apaiser dans son dos ; elle décrispa des dents. Accalmie, voulait-elle croire. Trève, armistice.
Pas de paix, disait le sourire sanglant qui lui faisait face, et le regard intrigué des quelques passants dont le regard atteignait le fond de leur ruelle. Pas de paix, mais qui a besoin de paix quand il a un status quo ? Quel meilleur status quo pouvait-on obtenir que celui paraphé en lettres de sang et regards venimeux ?
La Mentaï s’autorisa une respiration profonde, de quoi se donner l’illusion qu’elle contrôlait encore la situation, et son corps. Les syllabes s’égrenaient, rouges, des lèvres de sa vis-à-vis et définissaient exactement les termes de la trève dans laquelle elles allaient vivre.

Le Sud. Définitivement, le meilleur mot pour remplacer évasion. Le Sud, c’était Al-Vor, et les marchés chamarrés, c’était aussi les mystères des îles Alines, des ports aux forêts de voiles et de mats, et beaucoup, beaucoup de bruit. C’était aussi les mystères des forêts vierges à l’Est comme à l’ouest. Baraïl, aussi. Où se trouvait l’ancre de Marlyn, lointaine dans ses souvenirs, une masure dans quelque clairière et des cheveux gris pour veiller sur elle. Se pouvait-il, par quelque hasard heureux, qu’elles fussent originaires de la même portion de Gwendalavir ? Elle en aurait ri, tellement le parallèle la repoussait.
Et toujours ce point de convergence autour de l’Académie de Merwyn, toujours. Mais Marlyn se prit l’orgueil de décider que si jamais elle devait à nouveau entrer en contact avec Ambre Naeëlios, elle le ferait dans l’Empire, dans le monde, et non pas dans ce cul-de-basse-fosse pétri de bonnes intentions qui élevait son profil dans l’horizon, un peu à l’est.

Le silence lui allait. Qu’elles s’estiment alliées, et que personne d’autre ne le soupçonne. Ca lui allait. Qui sait, quel service elles pourraient se rendre, toutes deux opposées dans leurs principes et dans leur manière d’être ? L’équilibre, voilà ce que recherchait l’Itinérante, un équilibre facilement destructible d’une pichenette ou d’un brasier, mais un équilibre quand même.

Qui pouvait se targuer de se faire un allié de l’ennemi d’hier, au visage ravagé par nos rivalités ?

Ca avait quelque chose de prodigieusement vertigineux. Il semblait à Marlyn qu’elles réalisaient toutes deux ce que leur demi-sourire de loup symbolisait : une prise d’indépendance et de responsabilités, de chaque côté. Pas de hiérarchie pour entraver ce qu’elles pourraient potentiellement construire –ou ne pas- au fil du temps. Pour l’Itinérante, c’était probablement l’occasion d’avoir « quelqu’un » à l’extérieur des œillères d’Al-Poll.
Pour la Mentaï, c’était une transgression, le début de beaucoup d’autres. Pas la première ; elle avait déjà pris un apprenti – elle sourit à l’idée qu’Ambre le connaissait sûrement-. Elle venait de se faire une alliée, ou tout du moins, de détruire une ennemie.
Transgression d’envers le réseau infiniment organisé du Chaos, ou même de l’aristocrate Zil’Urain à qui, malgré tout, elle restait profondément assujettie.
C’était vertigineusement grisant.

Du moins, si elle survivait jusque là. Ce qui restait, malgré tout, très hypothétique, lui rappela son corps d’une manière qu’elle détestait particulièrement : la migraine. Il était plus que définitivement le temps pour elle de mettre les voiles, d’écourter leur.. « conversation », de retourner se réfugier dans ce manoir qui pourrait bien être son tombeau si elle ne faisait pas attention. Elle devait puer la maladie et la faiblesse, et Ambre ne serait pas dupe.
Et tout cet honneur d’Itinérant et de tient-parole ne ferait sans doute pas long feu si l’Académicienne percevait une occasion inouïe de débarrasser l’Empire d’une renégate de longue date.

- T’avoir comme alliée est une gloire infiniment supérieure, si j’en crois les quelques quolibets qui flottaient, à une autre époque, sur ton.. « caractère ».

Qu’elle y voit seulement un rappel que la parole d’un Itinérant, ou d’un voulait-être-itinérante, était très précieuse aux regards de tous, comparé à la parole d’une Mentaï sans foi ni loi. Qu’elle transgresse leur trêve, et le monde aurait bien plus de mal à s’en remettre que si la jeune femme borgne la réduisait à néant.

Mais nous sommes toutes deux de la race des gens d’honneur, juste de manière différente, crois-le ou non.

Elle partit à pas lents vers l’embouchure de la ruelle, où le soleil perçait et répandait ses limbes sur le lierre mural ; toujours tournée en direction d’Ambre Naeëlios, face à elle, mais le dos droit et les mains dépourvues d’armes.

- J’attends avec une certaine impatience le jour où nous serons toutes les deux réduites à faire appel à l’autre.

La foule commençait déjà de l’engloutir, elle en profita pour rabattre son écharpe sur son cou, et rabattre un pan de tissu pour dissimuler les tâches de sang que l’itinérante avait joyeusement fait goutter sur sa tunique.
Ses lèvres s’esquissèrent une dernière fois en parodie de sourire, si bien que sans qu’un mot ne s’échappât de sa gorge, elle formula silencieusement un narquois :

« Bon voyage, Naeëlios »

[Du mal pour ce post, décidément, j'espère que ça t'ira quand même comme post de fin ><]


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