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 La vérité sort de la bouche des enfants [Terminé]

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Marchombre
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MessageSujet: La vérité sort de la bouche des enfants [Terminé]   Mar 15 Fév 2011 - 20:45

Elera s’enivrait de soleil, et du parfum de la végétation ; celui des pétales vifs qui redoublaient d’efforts pour attirer l’attention, celui des fougères discrètes qui frémissaient sous la faible brise, celui de la résine des pins et des fruits attirants des feuillus. La chaleur était écrasante, languissante, paresseuse, aussi, et pesait sur leurs épaules comme une énorme main de vent chaud. Elle entrapercevait des coins de ciel d’un bleu limpide, là haut, à travers les feuilles qui vrombissaient, et la symphonie des cigales envahissait l’air ambiant. Elle n’avait probablement jamais eu aussi chaud de sa vie. Son corps n’avait jamais été aussi poisseux, souillé, enveloppé. Le dos de sa main vint écarter une mèche collée à son front brillant de suée, puis son bras nu retomba le long de son corps, et elle fit un nouveau pas sous le faîte des arbres, un nouveau pas qui se glissa avec joie parmi les brins d’herbe pour atteindre la terre meuble, un nouveau pas où frémissait la curiosité, et le bonheur de vivre.

Il y avait bien longtemps qu’elle n’avait plus pu vagabonder à la recherche de nouveaux paysages. Un an, qu’elle n’avait plus vu la forêt de Baraïl. L’Académie l’avait cantonnée aux panoramiques rêches d’Al Poll, aux pics glacés, aux sommets enneigés, aux montagnes imposantes qui bouchaient l’horizon, et à la plaine vide de tout relief qui se perdait ensuite dans le vide d’un regard lointain, où elle y embrassait les plateaux d’Astariul ; le vent y glissait librement, sans aucun obstacle pour l’arrêter, avant de se faufiler dans les couloirs de pierre pour atteindre le royaume des Raïs. Ici, tout était différent. Jamais il n’avait fait aussi chaud dans le nord, là où les étés, s’ils étaient beaux, étaient tout de même emplis de douceur, et de ce vent qui hurlait continuellement, de nuit, de jour, hiver comme été. Ici, la brise n’était qu’un souffle de mourant putride qui réchauffait plus qu’elle ne rafraichissait. Ici, les arbres se jetaient dans le ciel à une allure vertigineuse, et ses bras étaient trop petits pour faire le tour du moindre tronc. La végétation était différente, l’air était différent, le sol sous leur pied n’avait pas la même composition, même l’horizon était celui d’un autre monde, inconnu, encore. La diversité lui avait manqué ; elle le savait, déjà, lorsqu’elle tombait dans une humeur nostalgique, assise sur le chemin de ronde de l’Académie, mais elle ne l’avait pas ressenti de manière aussi forte que maintenant. C’était un coup de poing qui lui coupait le souffle, violent, douloureux, et tellement voulu et attendu en même temps. Comme une soudaine crise d’éternuements après laquelle on se sent immédiatement mieux, vidés des impuretés qui nous empestaient les poumons. La ronde monotone de la vie du nord devenait un souvenir fade face aux multiples odeurs qui venaient lui picoter les narines.

Elera inspira, rapidement, avant d’expirer plus lentement ; sa respiration s’accélérait. Cela faisait un moment qu’ils marchaient en pente, la forêt à flan de montagnes, mais la végétation se faisait plus éparse et ils marchaient à présent entourés de rochers, le soleil tapant sur leurs épaules sans que rien ne vienne entraver ses rayons.

- Dépêcher, Enfants Pâles, nous bientôt arriver.

Elera leva les yeux vers leur guide ; le faël ne semblait pas ressentir la chaleur, et semblait aussi frais qu’à leur départ, à l’aube. Comme si sa peau noire avalait le soleil par longues gorgées rassasiantes. Ils faisaient la même taille, et Elera profitait pleinement de ne pas devoir lever la tête pour le regarder en face, changement bienvenu lui aussi. Les yeux brun clair passèrent sur elle, allèrent chercher une silhouette derrière elle, une graine d’impatience pointant dans la pupille, avant de revenir vers leur destination. Loem vivait dans la forêt de Baraïl et faisait partie de l’un des rares clans à ne pas refuser le contact avec les humains ; c’était parmi les siens que les parents d’Elera vivaient, avec sa sœur jumelle. Quand elle avait demandé à ce que l’un d’entre eux les mène en pays Faël, plus en avant dans les terres, là où ils auraient plus de chance de découvrir quelque chose sur le passé d’Elio, elle aurait voulu que ce soit Ayron et Sialys qui les accompagnent, mais Sialys était légèrement malade, et Ayron avait catégoriquement refusé de quitter le chevet de son âme sœur. L’Ancien avait ordonné à Loem de les accompagner jusqu’à Illuin, et d’en profiter pour faire quelques courses, mais l’enthousiasme de celui-ci avait rapidement chuté une fois qu’il avait pris conscience de la lenteur à laquelle les humains se frayaient un chemin dans la forêt et marchaient en montagne. L’endurance du faël semblait infinie.

La jeune marchombre rallongea à son tour ses foulées, malgré l’effort que cela lui coûtait ; elle n’avait jamais eu peur de l’effort. Elle s’offrit tout de même un regard par-dessus son épaule, regard qui s’accrocha bientôt sur Elio, qui marchait quelques pas derrière elle. C’était pour lui, qu’elle était là. Quand elle avait envoyé ses apprentis à la découverte du monde, et qu’elle avait commencé à penser à elle, c’était vers lui, que s’était tendu son esprit. Vers lui, et vers cette promesse qu’elle lui avait faite, un soir, dans les cachots. Une promesse de vérité. Alors elle était venue à lui, pour savoir s’il la laisserait la remplir, ou s’il ne voulait plus la voir. Elle avait eu peur, d’abord. Parce qu’elle ne l’avait pas vu depuis la reprise de l’Académie, puis qu’elle avait disparu sans prévenir personne, et qu’elle avait peur qu’il lui en veuille, de son silence, de ce silence qui les avait déjà envoyés valser chacun contre un mur, avant. Mais il avait simplement été heureux. Heureux de la retrouver en vie, et heureux de cette promesse qu’elle tenait encore à tenir.

Elle n’eut pas vraiment conscience de leur entrée en ville, incapable de véritablement en dessiner les limites ; d’abord il y avait eu des roches et des falaises, après il y avait encore des roches et des falaises, mais cette fois, elle sentait distinctement des présences. Elle eut du mal à les distinguer, d’abord, les faëls se fondant parfaitement dans le paysage, leur peau mate rappelant la pierre orangée, et la plupart d’entre eux se déplaçant au dessus de leur tête, avançant en escaladant la paroi plutôt qu’en avançant sur le chemin montagneux ; puis se devint plus facile, surtout grâce à leurs chevelures éclatantes, et Elera discerna les aspérités aménagées dans la roche qui permettaient de se déplacer plus facilement, ainsi que les niches un peu plus loin, et dans lesquels certains d’entre eux étaient installés à l’ombre. Ils vivaient sur ce flan de montagne, sans véritablement le modifier, faisant avec ce que la nature leurs avait donné, s’aménageant une place au cœur même de la roche. Ils avancèrent encore un peu, et un énorme creux apparut en contrebas, creux ombreux protégé par la paroi qui continuait au dessus. C’était là, sur ce terrain relativement plat, que la plupart des faëls s’étaient installés. Rien à voir avec les cités humaines. Elera buvait des yeux le monde qui l’entourait, estomaquée. Là, un homme qui taillait une branche dans laquelle elle pouvait déjà discerner la forme d’un arc, là, une faëlle qui remplissait un panier de fruits, là, des enfants qui jouaient à sauter sur des pierres plates. Des faëls, partout, dont certains regardaient les deux humains d’un œil intrigué. Elle avait leur taille, Elio avait leurs traits fins, et ils auraient pu passer pour l’un des leurs, s’ils n’avaient pas eu la peau si pâle, cette peau qui attirait leurs regards, avant que, d’un haussement des épaules, ils retournent à leurs activités.

- Venir ici. Vous, mettre cette flèche dans vous carquois. Les miens ne pas devoir poser trop questions, si vous être arrivés ici, vous pouvoir être là et eux le savoir, mais garder le signe être mieux.

Elera hocha la tête, acceptant délicatement la flèche faëlle, devinant instinctivement que la couleur des plumes qui y étaient collées devait être un signe de reconnaissance, qui signifiait sûrement qu’ils étaient invités, ou les bienvenus, vu ce que venait de dire Loem.

- Moi revenir ici ce soir, si vous de moi avoir besoin, mais moi partir pour forêt de Baraïl demain. Vous devoir vous débrouiller seuls pour revenir, maintenant que vous connaître le chemin. No galu govad gen, Etre de Deux Peuples.

Il avait regardé Elio en prononçant ses derniers mots, puis après un rapide hochement de tête, il s’éloigna. Elera savait que des indices l’avait mené à choisir Illuin la Rocailleuse plutôt que Sinumil la Végétale comme destination, mais ils n’avaient pas pu véritablement en parler. Elle leva la tête vers Elio, interrogatrice.

Et maintenant ?


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Mercenaire du Chaos et Maître de la boutique du Talion
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MessageSujet: Re: La vérité sort de la bouche des enfants [Terminé]   Dim 20 Fév 2011 - 17:23

Le pas impatient du demi-faël foulait l’herbe étrangère, avide de découvrir son village natal. Elio ne réalisait pas encore tout à fait ce qu’il venait d’entreprendre. Ce qu’ils venaient d’entreprendre.
Elera avait tenu promesse. Contre toute attente, malgré les disputes, les non dits et leur dernière entrevue plus que catastrophique, elle était venue le trouver, des jours après la bataille, alors qu’elle avait disparue sans piper mot, et lui avait proposé ce merveilleux présent.
Voyage en Pays Faël.
Voyage au cœur de son enfance.
Voyage au cœur de la vérité.
Enfin. Enfin il allait apprendre, et devenir.
Apprendre qui il était, comme était morte sa mère, qui en était la cause.
Et devenir. Devenir ce qu’il était, redevenir entier. Trouver ses origines.


Une boule au ventre l’entravait dans son ascension aux côtés d’Elera. La peur, l’angoisse de ce qu’il allait trouver. D’enfin parvenir au but qu’il s’était fixé depuis des années. Et puis l’attente, et si tout n’était que déception ? Et si on le jugeait indigne de savoir puisque demi-faël ? S’il était vraiment impur pour arpenter ces terres ?

Les derniers mots du mercenaire du Chaos lui revenaient sans cesse en tête, comme une rengaine insupportable, abreuvant ses nuits de sueurs froides et de questions.

Tu es le rejeton maudit. Le traitre à ton sang.

Pourquoi maudit ? Pourquoi traitre à son sang ? Quel sang ? Celui faël ? Ou celui humain ?
Il le saurait. Et il reviendrait auprès de son père, fier. Alors, là, il n’aurait pas d’autres choix que d’expliquer son silence.

Le plus étrange restait la présence d’Elera.
Son petit cœur bondissait de joie de l’avoir à ses côtés pour le moment le plus important de son existence, et voulait la couvrir de baisers.
Sa tête de fer l’insultait d’avoir accepté, d’avoir tardé, de n’avoir toujours pas rompu. D’être faible, quoi.

Le paysage était magnifique. Un autre monde, complètement irréel. Des couleurs éclatantes, des fleurs inconnues, et une odeur familière.
Familière ?
Un arôme fruité, mélange d’herbes fraiches et de fruits rouges sucrés, de savons aux agrumes, et de grand air.
Le parfum de Maman.
Sauf qu’au sien, on y rajoutait un peu de cannelle. Un brin de cannelle sur sa peau hâlée.


- Dépêcher, Enfants Pâles, nous bientôt arriver.

Le corbac leva la tête, toujours aussi surpris par la langue faël. Athesto déjà l’avait désarçonné autrefois par son parler. La sensation apparentée était étrange : un mélange d’ignorance hurlée et de familiarité enfouie. Il se souvenait de la mélodie, mais ne parvenait pas à la connaitre vraiment. Et cette incertitude était rageante !

Leur guide, Loem, ne semblait en rien éprouver la fatigante route que leur imposait le trajet pour Illuin, cité faëlle. Sa peau cramée ne fondait pas sous le soleil ardent comme les pigments trop pâles d’Elio. Les siens rougeoyaient, commençaient même à prendre une teinte dorée, mais bien blanche par rapport aux faëls. Bien trop humaine. Par contre, avec les rayons, la longue chevelure du jeune homme s’éclaircissait, effaçant les traces blondes pour s’orienter vers une blancheur dorée. Si Elera avait presque la taille de son guide, Elio, lui, le dépassait aisément, mais s’efforçait de ne pas le regarder. Il avait une peur bleue que Loem prenne son regard « de haut », alors qu’il ne le voulait absolument pas. Au contraire. Si les faëls étaient petits, Elio les regardait avec grandeur et les admirait. Dame, qu’il aurait aimé être comme eux, comme sa mère !

Ils entrèrent dans Illuin, et le demi-faël ne put que stopper son pas, tant la magnificence du lieu l’estomaquait. Ce n’était pourtant pas les grands bâtiments dessinés d’Al Jeit ou les rues pavées fourmillant de monde d’Al Poll. Non. Seule la nature faisait office d’abris, de cabane, d’étoles. Le sol n’était pas même pavé, il n’était que roches et plantes.
Elio contempla les enfants qui jouaient sur des pierres plates, insouciants. Tous avaient un père et une mère. Tous vivaient heureux, sans trahison et silence. Aucun n’avait de lourds secrets à porter. Aucun n’était obligé de mentir et de mener des recherches infructueuses pour connaitre sa famille.
Aucun n’était lui.
Et il n’était aucun d’eux.
Il se demanda l’espace de quelques instants, si son père et lui auraient vécu ici, si sa mère était encore vivante. Pourquoi avaient-ils fuit Illuin ?
Son regard se posa sur l’entrée du village et ses paupières se fermèrent instinctivement sur l’image de son père, des années plus tôt, le serrant dans ses bras. Tous deux sont sur un cheval. Et tous deux quittent Illuin avec larmes et regrets. L’expression de Papa fait peur, et est triste à la fois. Il n’a pas le choix. Il fuit.
Le garçon rouvrit les yeux en entendant la voix de Loem une seconde fois. Des larmes perlèrent entre ses cils, mais il détourna le regard, afin que ni le faël, ni Elera ne le voie.

No galu govad gen, Etre de Deux Peuples.


Le cœur du petit blond fit plusieurs sauts, à l’appellation du faël.
Être de deux peuples.
S’il ne savait pas ce que voulait dire le reste, il n’en restait pas moins que Loem reconnaissait son sang faël. Il ne lui avait pourtant rien dit, et doutait sérieusement qu’ Elera ait pu lui en toucher un mot.
L’avait-il reconnu ? Etait-ce comme ce mercenaire du chaos qui avait su de suite qui il était, et qui était sa mère, grâce à son arc ?
L’arc faël trônait toujours dans son dos, et il espérait que peu de questions seraient posées quant à lui. Il l’avait acquis au Marché, et ne pouvait hélas en dire plus. Et puis, n’était-ce pas à lui de poser les questions ?

Loem partit, les laissant là, tous deux. Elera leva la tête vers lui.
Il ne lui avait rien dit de ses recherches.
Rien d’Illuin, qu’il savait être sa ville natale.
Rien de Cÿa’wel, son véritable nom, le nom de sa mère.
Rien des quasis certitudes de l’implication de son père, d’après l’histoire d’Athesto.
Et pourtant, elle l’avait guidé, suivi, était là, à ses côtés, fidèle.

Il inspira, tremblant d’excitation et de peur, et prit la main d’Elera, commençant à marcher dans la ville. Il lui devait un minimum d’explications.

-Je suis née ici. A Illuin. Tout comme ma mère.

Il continuait d’arpenter les roches, sous les regards des faëls, parfois très insistants.

-Héliane Cÿa’Wel est son nom.


-Mais pas tiens être.

Le garçon sursauta. Absorbé dans ses quelques aveux à Elera, il n’avait pas vu le faël se planter devant eux.
Il déglutit devant le regard dégouté et empli de mépris de l’homme aux yeux noirs. Sa chevelure claire volait et semblait vouloir venir le fouetter.
Il n’était apparemment pas le bienvenu à Illuin.
Elera et Elio stoppèrent leur pas, restant sur place, et bientôt ils furent entourer par de multiples faëls, des hommes surtout, mais également des femmes et enfants. Et rares étaient ceux qui ne lui décernait pas un regard de haine.
Il serra ses mâchoires et répéta.

-Elle s’appellait Héliane Cÿa’Wel, et je m’appelle…

-Elio Tharön. Ça nous le savoir.

L’homme le dévisageait, provoquant.

-Et je m’appelle Elio Cÿa’Wel, enfant de cette terre. Et toi, être du peuple de ma mère, de mon peuple, qui es-tu ?

Tout en parlant il serrait la main d’Elera, inquiet de la tournure des évènements.
Il n’avait pas tort. Le faël s’enflamma.


-Toi pas être enfant d’Illuin ! Toi pas mériter notre sang ! Ne pas dire notre peuple, toi pas avoir droit !

Les gifles s’enchainaient sur les joues rouges d’Elio, le blessant bien plus que les mots du mercenaire.

-Toi traitre à notre peuple et notre sang ! Toi humain comme ton père !


-C’est faux !
Hurla le jeune homme. Je ne suis pas comme mon père !


Une femme, ronde, apparemment enceinte, s’approcha de lui et l’examina.

-Tu ressembler lui.


Elio lâcha la main d’Elera, recula, trébuchant presque. Elle aussi le lui avait dit lors de leur dernière entrevue. Etait-ce donc si vrai ? Lui ressemblait-il vraiment ?
Il s’apprêtait à fuir, à quitter cette ville qui ne voulait pas de lui, quand une faëlle, aussi vieille que le temps, s’approcha à son tour. Ses yeux devaient être bleus autrefois, mais n’avaient plus vraiment de couleur à ce jour. Une chevelure fine et ondulée, blanche comme un cygne, lui tombait sur les épaules, effilée, mais toujours aussi brillante. Sa peau noire était pourvue de rides, mais la beauté ne semblait pas quitter ce peuple avec l’âge.

-Lui avoir physique du démon, mais cœur faël. Comme sa mère…


Il fit un tour sur lui-même, remerciant des yeux la vieille femme.

Le cercle autours des deux humains s’ouvrit pour laisser passer la faëlle, qui semblait imposer son autorité aux autres, comme une chaman.
Elle se posa tout près d’Elio, et se dressa sur la pointe des pieds pour frôler de sa main le visage du garçon. Instinctivement, il se baissa, plongeant ses yeux dans les siens.


-Tu avoir yeux de ta mère.

-Yeux ne pas suffir.

La vieille faëlle se retourna face à celui qui l’interrompait dans son échange avec Elio. Il s’agissait du faël de tout à l’heure.

-Aloun, je te prie.

Elle continua dans le langage faël, et Elio se retrouva complètement désarçonné. Il jeta un regard à Elera, qui semblait déjà moins inquiète que lui. Elle lui sourit. Il ne put lui rendre qu’une grimace.
Enfin ils cessèrent de parler.


-Aloun veut que toi prouver quel sang coule en toi. Si toi être ou non fils du traitre.


Le demi-faël trembla. Pourquoi une telle épreuve ? Qu’avait donc fait son père pour être ainsi rejeté des faëls ?
Le cercle se défit, laissant Elera et Elio à nouveau libre. Mais à la fois pris au piège.
Comment prouver qu’il n’était pas le fils de son père ? C’était impensable !
Il se colla contre la rouquine, complètement affolé.


-Elera…J’fais quoi ? Ils l’ont dit. Toi aussi. J’lui ressemble, je suis un Tharön.


Aide-moi.
Tu m’as amené jusqu’ici, et ils ne veulent pas de moi.



_______________

                 Et toi, Invité, veux-tu connaitre mon histoire ?

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Marchombre
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MessageSujet: Re: La vérité sort de la bouche des enfants [Terminé]   Dim 27 Fév 2011 - 2:09

Elera se tint en retrait alors que les faëls commençaient à les entourer, à les menacer. En retrait par le silence, puisqu’elle ne prononça pas un mot, se contentant d’écouter. Pas par sa présence, indéniable, aux côtés d’Elio. Elle ne bougea pas, même lorsqu’ils s’approchèrent, menaçants. Elle n’agit pas, ni lorsqu’Aloun gifla Elio, ni quand la vieille faëlle effaça les gifles d’une caresse sur sa joue. Elle se contentait de rester debout, d’observer, et d’écouter.

S’étonna, surtout, du nombre de faëls qui parlaient leur langue, même si loin dans les terres faëlles. Quoique la plupart à l’arrière ne semblaient pas comprendre. La haine brillait dans leurs yeux, mais seulement au nom de Thäron ; ils s’animaient à celui de Cÿa’Wel, et à la colère dans la voix de celui qui parlait pour eux, dont les lèvres frémissaient comme frémissait leur indignation muette, grouillante, comme eux, alors que les corps les entouraient sans bruits. Elle aussi était une statue muette, mais elle était arbre pâle et droit, bouleau au milieu des troncs sombres et tortueux des conifères. Illuin était une ville faëlle. Et pourtant, Elera se sentait comme au cœur de ses petits villages isolés, dont tout le monde connait tout le monde, dont chacun est le voisin de chaque passant qu’il croise dans la rue. Mais Illuin était grande ; ailleurs, sans doute, y avait-il des voyageurs, des faëls de passage, mais ici, dans ce coin reculé, dans cette poche creusée dans la roche, le sang qui avait sûrement coulé sur l’histoire d’Elio avait imbibé les pierres et les mémoires. Chacun connaissait son nom, et l’entendre, c’était comme un affront, une pierre jetée à leurs fronts, et qui résonnait à leurs pieds sous leurs regards de braise. Quoiqu’il soit arrivé, le père d’Elio avait dû faire quelque chose d’absolument inconcevable pour les faëls, briser une loi aussi nettement qu’une flèche, une loi à laquelle les faëls portaient la plus grande importance. Loi du cœur, loi de vie, loi d’élans et de liens entremêlés.

Et Elio se retrouvait coincé entre les deux. Entre le père et la mère, entre le passé et l’avenir, entre les erreurs, entre chien et loup, malgré le soleil qui brillait constamment, inexorablement au dessus de leurs têtes, malgré les rochers qui les protégeaient un minimum, et l’ombre rafraichissante. Le soleil, et la vérité, juste au bout de leurs doigts, dans les esprits de ses créatures qui refusaient de leur en donner la clef. Coincé, entre son sang humain et son sang faël, alors que le liquide n’était pourtant qu’un seul flot dans ses veines, sa nature, indivisible mais pas multiple, Jehan a le monopole. Pourquoi tenaient-ils tous à le séparer en deux, à le rendre fils de faëlle ou fils d’homme, alors qu’il était les deux ? Qu’importait de qui il tenait la forme de ses oreilles, et la couleur de ses yeux ? Il était Elio, et il était venu entendre son histoire. De quels droits lui taisaient-ils son passé, sous prétexte qu’il avait un père, qu’il n’avait pas choisi ?

Mais il y avait l’Ancienne. La paix coulait de ses yeux comme de deux puits d’eau claire, et la sagesse semblait se recueillir sous chaque pli de sa peau, le long de chaque ride, et de chaque rainure. Elera sut, lorsqu’elle s’approcha, que tout se passerait bien. Que cette femme, malgré son âge et sa faiblesse physique, grâce à son âge et sa faiblesse physique, réussirait par sa sérénité à faire barrage au torrent de sentiments mitigés des autres. Elle sourit à Elio, lorsqu’il se tourna vers elle, et ne tenta même pas de s’agripper aux mots faëls ; habituellement, elle tentait d’en percer le sens, mais là, elle laissa simplement couler. Elle saurait en tant voulu. Et en effet, l’ancienne se tourna à nouveau vers eux.

Le visage d’Elera reste impassible, contrairement à celui d’Elio qui commençait à s’affoler. Elera posa son doigt sur les lèvres du jeune homme, levant les yeux vers les siens.
- Shhh.

Cette épreuve était stupide. Et elle agaçait d’autant plus Elera, qu’elle n’avait cessé, depuis qu’elle connaissait Elio, de lui apprendre à accepter qu’il était le fils de son père, et pas seulement celui de sa mère. Et maintenant, ces faëls demandaient qu’il soit celui de sa mère, mais pas celui de son père… Quand, mais quand rencontrerait-elle quelqu’un capable de l’accepter pour qui il était, pour ses deux origines, sans faire de distinction ? C’était extrêmement frustrant. Elle ne le montra pas, pourtant, se contentant de rassurer Elio. Il avait besoin qu’elle soit calme.

- Tu ne peux pas prouver ne pas être le fils de ton père, mais tu peux prouver être celui de ta mère… Tu es le fils d’Héliane Cÿa’ Wel. Tu as ses yeux, a-t-elle dit, et ça ne suffit pas. Mais il n’y a pas que ses yeux qu’elle t’a légués…

Elera mit alors la main derrière son épaule, pour aller effleurer les plumes de l’une de ses flèches. Les faëls qui étaient restés autour d’eux, Aloun, et un ou deux autres, se tendirent comme un arc à son mouvement, les yeux fixés sur elle, mais elle n’en prit pas compte, se contentant de retirer sa main lorsqu’elle vit l’éclair de compréhension passer dans le regard d’Elio.

- Va, je te suis.

Elle le poussa un peu, de ses mains menues qui n’étaient plus celles des enfants, ne laissant aucune place à l’hésitation. Il s’éloigna un peu, suivi de manière méfiante d’Aloun et des deux autres faëls, alors qu’il cherchait un endroit où il pourrait, d’une flèche, prouver qu’il faisait parti du peuple des faëls. Elera resta en arrière, à le suivre des yeux, avant de remarquer que la vieille femme, elle aussi, n’avait pas bougé. Elle tourna la tête vers elle, et leurs yeux se croisèrent, se fixèrent. Comme deux papillons s’agrippant sur la même fleur. Les pattes d’oies entre le nez et la commissure des yeux, les arcs de cercle creusés sous le blanc, par le temps plus que par la fatigue, et ce bleu lavé par l’expérience, pâli, si clair, si savant. Ce ne fut pas long, aux yeux de l’extérieur, une poignée de secondes avant qu’un sourire difficile à interpréter vienne flotter sur les lèvres de l’ancienne, et que la jeune baisse le menton, dans un imperceptible hochement de tête. Les pas d’Elera soulevèrent la poussière, alors qu’elle marchait vers Elio. Pas trop. C’était seul qu’il devait passer cette épreuve. Mais elle ne le quittait pas des yeux une seconde, ses pensées concentrées sur lui, et lui seulement. Il le vit, lorsqu’il la chercha du regard avant de bander l’arc, et qu’il rencontra sa confiance. Les doigts tremblèrent d’abord sur la corde. C’était tout son passé, qui tenait sur cette flèche, toute la vérité, tout ce après quoi il courrait depuis si longtemps…

La main, le bras se stabilisèrent, et la flèche partie.

Parfaite.

Comme toujours.

Aloun la fixa. Longtemps, avant d’enfin parler.

- Ca ne rien changer. Toi toujours fils de traître. Toi devoir passer d’autres épreuves. Faëls pas seulement être archers, mais aussi cavaliers. Toi devoir monter sur cheval sauvage, pour prouver que toi Faël être. Puis toi…

- Assez, Aloun. Toi avoir demandé preuve, toi preuve avoir…

- Mais humains savoir tirer aussi ! Ca pouvoir être chance. Pouvoir être vent. Mais si lui autres dons avoir, autres dons faëls, lui prouver que…

- Un humain pas pouvoir tirer cette flèche, et toi le savoir. Ne laisse pas ta fierté bafouer celle de tout notre peuple.


Des éclats de voix s’ajoutèrent à la dispute qu’Aloun avait lancé, bourdonnement d’indignation incompréhensible où se mélangeaient les langues et au dessus duquel perçait encore la voix coléreuse du faël qui, décidemment, n’était pas près à accueillir Elio parmi eux.- Lui fils de traître, flèche ou pas flèche !

- Il a raison.

Le silence tomba d’un coup, comme le vent après l’orage, certains faëls s’arrêtant en pleine phrase, ébahis par l’intervention calme mais certaine de l’humaine, qu’ils avaient complètement oubliés. Aloun, en particulier, semblait ne plus savoir comment placer une mâchoire contre l’autre, et en laissait pendre une lamentablement. S'il s'était attendu à un allié, ce n'était certainement pas de ce côté.

- Moi… moi avoir raison ?

Il ne s’en remettait pas. Elera fit bien attention de ne pas regarder Elio, ne tenant pas à voir l’expression qu’il devait avoir, et espérant, intérieurement, qu’il n’avait pas celle qu’elle s’imaginait. Qu’il lui faisait confiance. Alors Elera leva fièrement le menton face à la foule interloquée, et trancha, sans équivoque.

- Oui, il a raison. Quoique fasse Elio, quoiqu’il souhaite, il ne pourra jamais ne pas être l’enfant de ses parents. Il sera toujours le fils de celui que vous appelez traître, et de celle que vous appeliez Cÿa’ Wel, même s'il aimerait n'avoit été que faël. Mais doit-il être jugé pour des actes dont il ne connait même pas l’existence, pour une pièce qui a été joué alors qu’il était trop petit pour voir autre chose que les pieds des comédiens sur la scène ? Toute sa vie, Elio a rêvé de sa mère et fuit son père. Aujourd’hui, il est venu jusqu’à vous pour enfin la connaître. Pourquoi l’empêcheriez-vous de connaître son passé ? Pourquoi n’aurait-il pas le droit de choisir sa mère ? Vous déversez sur lui une colère qu’il ne comprend pas. « I understand a fury in your words, but not the words » : heart : Si vous devez resasser le passé, alors gardez votre courroux pour le véritable coupable.

[Edition à volonté, j’ai pris pas mal de liberté]

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MessageSujet: Re: La vérité sort de la bouche des enfants [Terminé]   Jeu 3 Mar 2011 - 22:13

Comme il s’y attendait, Elera sut de suite le calmer, le rassurer. Son susurrement s’écoula dans ses veines en feu comme un liquide froid et curatif.
L’arc. Pourquoi n’avait-il donc pas pensé à son don à l’arc, transmis par sa mère ? Il était la seule preuve de son origine faëlle. La seule trace laissée dans son sang. Et peut-être le seul élément qui pourrait jouer en sa faveur dans cette situation.
Mais Elio doutait. Il doutait car sa panique de ce rejet violent prenait le dessus de son courage. Qu’avait donc bien pu faire son père, pour qu’il soit ainsi haï ?
Une rage gronda dans son ventre. Il se jurait de faire payer à son père le rejet et l’affront causé par les faëls. Jamais avec sa mère il n’aurait été accueilli ainsi.
Mais si sa mère était encore vivante, jamais il n’aurait quitté Illuin.

Il prit son arc, et encocha la flèche, encore tremblant. Il transpirait à grosses gouttes, et sa nuque était brulante. La fièvre lui montait et à présent il avait presque hâte de partir. Mais quel idiot de vouloir ainsi partir à la recherche de la vérité dans la source même ?!
Elera était derrière lui, confiante.
L’attention du peuple faël était braquée sur sa flèche, décisive. Aucun ne voulait de lui.
Aucun sauf la vieille femme. Ses yeux bleus plissés et tirés par les rides se concentraient sur le jeune homme, un petit sourire énigmatique sur les lèvres. Malgré son âge avancé, Elio la trouvait belle, et familière. L’avait-il connue, petit ? Avant que Maman ne meure ? Avant que Papa ne fuit, m’emportant avec lui.
L’espoir de cette alliée lui redonna force. Jamais il n’abandonnerait. Jamais. Il était venu pour trouver la vérité. Il l’aurait. Il était venu pour faire connaissance de son peuple, pour revenir aux origines. Et il resterait, quitte à se battre pour sa place.
Sa prise se raffermit, tandis que les plumes de la flèche chatouillaient son oreille. Lorsque ses longs doigts libérèrent la pointe, elle fusa, juste, et précise, comme d’habitude.
Parfaite.
Faëlle.


Aloun fixait la flèche, ne prenant pas même la peine de se tourner vers le corbac, qui lui le fixait dans son dos, attendant la sentence.


- Ca ne rien changer. Toi toujours fils de traître. Toi devoir passer d’autres épreuves. Faëls pas seulement être archers, mais aussi cavaliers. Toi devoir monter sur cheval sauvage, pour prouver que toi Faël être. Puis toi…

Le demi-faël bouillonnait, prêt à se jeter contre ce prétentieux. Mais la doyenne s’en chargea. Et une nouvelle dispute commença, sous les réactions diverses du peuple, qu’Elio ne pouvait comprendre.
Les voix s’amplifiaient les unes sur les autres, et les bras se levaient pour crier scandale et réclamer l’attention. Elio, quant à lui, respirait difficilement, la fièvre n’était pas descendu, et à présent la colère faisait surface à la panique.
Il avait prouvé.
Il devait être accepté.

- Il a raison.

La détermination de l’apprenti guerrier s’étrangla dans un hoquet. Il ne devait pas avoir bien entendu, c’était impossible !
Elera ne pouvait se dresser contre lui. Pas elle aussi.
Elle ne le regardait pas, et il valait peut-être mieux. Les reflets d’acier des yeux bleus d’Elio oscillaient entre incompréhension, rage et désespoir.
Même l’abruti d’Aloun n’y croyait pas.
Ce devait être une ruse. Elera ne pouvait pas trahir sa confiance.


- Oui, il a raison. Quoique fasse Elio, quoiqu’il souhaite, il ne pourra jamais ne pas être l’enfant de ses parents. Il sera toujours le fils de celui que vous appelez traître, et de celle que vous appeliez Cÿa’ Wel, même s'il aimerait n'avoir été que faël. Mais doit-il être jugé pour des actes dont il ne connait même pas l’existence, pour une pièce qui a été joué alors qu’il était trop petit pour voir autre chose que les pieds des comédiens sur la scène ? Toute sa vie, Elio a rêvé de sa mère et fuit son père. Aujourd’hui, il est venu jusqu’à vous pour enfin la connaître. Pourquoi l’empêcheriez-vous de connaître son passé ? Pourquoi n’aurait-il pas le droit de choisir sa mère ? Vous déversez sur lui une colère qu’il ne comprend pas. Si vous devez resasser le passé, alors gardez votre courroux pour le véritable coupable.

Le petit cœur du garçon poussa un grand soupir de soulagement, et s’en voulut de suite d’avoir douté de la rouquine.
Si elle l’avait mené jusqu’ici, ce n’était pas pour l’abandonner en cours de route.

Ce qui était sûr, c’est qu’elle avait su canaliser l’attention, et que les cris faëls avaient cessés de suite. Tous l’écoutaient, et pourtant tous ne la comprenaient pas.
Ainsi, la sorte de « chaman » prit ses mots chanteurs pour traduire. Cette personne intriguait vraiment Elio, et il souhaitait vivement s’entretenir avec elle. Elle détenait la vérité, cela était marqué sur son visage.
Mais pour l’instant il dévisageait Aloun, se battant avec lui du regard.


-Jeune femme avoir raison.

Le corbac plissait les yeux. Aloun reconnaissait-il enfin l’évidence ?

-Ce ne pas être pour autant que toi accepter. Prends savoir et va-t-en.

Elio déglutit. Il devrait se réjouir de prendre des renseignements, mais cette joie de but atteint avec un goût amer sur sa langue. Il aurait voulu également trouver une famille, une vraie.

-Aloun. Elio être faël. Et accepter sera comme enfant du peuple. Comme mon enfant.


A la grande surprise d’Elio, Aloun baissa la tête, acceptant la décision de la vielle faëlle.
Mon enfant ?


-Suivre moi.

Il ne posa pas de question. Le cercle se défit, et Elio et Elera suivirent la faëlle. Aloun fermait la marche, sombre, mais silencieux.
Ensembles ils s’installèrent dans une petite clairière, sur des pierres blanches, à l’abri des oreilles pointues.
Le demi-faël s’assit en face de la femme détentrice de la vérité, prêt à écouter, prêt à apprendre. Elera était à côté de lui, proche, et il lui prit en douceur sa petite main, glissant dans un regard des remerciements et son amour. Avec elle, il allait enfin savoir.
Aloun, quant à lui, se posta à côté de la dame, pouvant ainsi fixer Elio et Elera.

-Tout d’abord, présenter moi.


Les yeux bleus d’amoureux du garçon quittèrent de suite la rouquine pour s’orienter vers la vieille alliée. Qui était-elle ? Il en mourait de curiosité.

-Je être Lys Cÿa’Wel.


Il se leva d’un bond.
Cÿa’Wel ?!
La doyenne était donc un membre de sa famille. Était-ce pour cela qu’elle l’avait défendu ?


-Vous…vous êtes…


-Je être ta grand-mère oui. Héliane être ma fille.

Elio ne put répondre, tant la boule dans sa gorge le gênait. Il regardait à présent Lys d’un tout autre œil. D’ailleurs, ses yeux. Bleus. Comme sa mère. Comme lui. Il déglutit. La voilà l’impression de familiarité. Il l’avait connu. Elle l’avait vu naitre. Comme elle avait mise au monde sa mère.
Des larmes papillonnèrent entre ses cils, tant l’émotion et la surprise étaient fortes. En venant ici, il pensait découvrir la vérité, mais retrouver de la famille, ça, jamais !
Aloun grogna, mais Elio ne l’entendit pas.
Ses jambes tremblaient, et il crut défaillir sur place. Il se laissa tomber sur la pierre lui servant de siège, provoquant une certaine douleur dans l’arrière-train.


-Il…Je…

-Pas d’autres Cÿa’Wel avoir. Mais faëls être une seule et même famille.


Aloun grogna à nouveau en fixant Elio. Et ce dernier ne put que lui rendre son regard noir. A lui non plus, être de sa famille ne l’enchantait guère.

-Je être heureuse discuter avec toi après. Mais pour moment, ce que toi être venir chercher.

Le demi-faël sourit à sa grand-mère, encore sous le choc. La main d’Elera vint le trouver, et il la serra avec force, de sa paume moite et tremblante.
Combien de surprises de ce genre allait-il apprendre ?


-Que toi savoir ? Questionna abruptement Aloun.

-Rien. Je ne sais rien, à part le nom de ma mère. Et les votres à présent.

Elio perçut l’étonnement d’Aloun, et le réconfort d’Elera. Elio voulut alors ne surtout pas la laisser de côté.


-Voici Elera. Elle m’a guidé jusqu’à vous, pour découvrir la vérité que me cache mon père.

Aloun se contenta de baisser la tête pour saluer Elera, alors que Lys lui offrit un sourire chaleureux.
La question tant répétée et si peu écoutée, sans réponse depuis des années, s’étrangla dans la voix rauque du guerrier.


-Comment…Comment Maman est-elle…


Il ne put finir sa question, son estomac le brassait.
Aloun frappa le sol d’un poing rageur, alors que Lys se contentait de baisser les yeux, soudain ailleurs, et triste. Il ne devait pas être évident pour elle de parler de la mort de sa fille.
Ainsi, ce fut le faël et non la doyenne qui prit la parole.

-Héliane être belle. Magnifiquement belle. Et grâce. Douceur.


La mère parfaite, quoi.
Si elle était encore vivante…


-Personne avoir pu vouloir mal d’elle.

C’était juste. Pourquoi avoir voulu la tuer, comme il le supposait ? Ou, s’agissait-il d’un accident ? Elio n’y croyait pas.

-Et pourtant…


Et pourtant on l’a tué, c’est cela ?

-Massacre.


Le garçon devint blême. Quel genre de massacre ?
Il n’était pas le seul à changer de couleur, Aloun prenait une sérieuse teinte rouge.


-Hommes être venu à Illuin. Il faire nuit, et tous dormir. Nous êtres de confiance, nous pas verrouiller portes maisons.


Un son assourdit Elio et il crut se souvenir du grincement d’une porte en bois.

-Ils n’avoir que Héliane tuer. Ni ton père, ni toi.

-Pourquoi ?
S’écria Elio.

La question agaça sérieusement le faël.

-Nous pas savoir.


Le corbac gesticulait sur place, se tortillant, sentant une nouvelle rage gronder dans ses tripes.
Il vit de suite que des mots se perchaient sur les lèvres d’Aloun. Il savait encore bien des choses.

-Raconte.

Lys sembla alors mal à l’aise, elle aussi. Elle échangea un regard avec le faël, puis quelques mots en langue maternelle. Il ne comprenait pas, mais devinait bien qu’une vérité était remise en doute, ou qu’ils ne comptaient pas tout lui dire. Ainsi, il insista.

-Tout.

Il fallut encore un instant aux faëls pour se décider. Puis, Aloun prit la parole, d’une voix dure et accusatrice.

-Assassins juste laisser lettre. Lettre qui dire « Chose promise, chose due ». Après, ton père fuir nous avec toi. Il savoir que sa faute être. Et nous aussi.


Elio recevait un sale coup à l’instant. De pâle, il passait à blanc, et tremblait sérieusement.

-Sa…faute ?


La vérité n’était jamais belle à dire.


-Hommes inconnus à nous. Lettre destinée à ton père.


Il aurait voulu crier que pas forcément. Que cela ne voulait rien dire. Mais au fond de lui, il savait qu’Aloun et Lys détenaient l’unique vérité.

Son propre père avait assassiné sa mère.

Il se leva, nauséeux. Il cherchait du regard il ne savait quoi. Une preuve sans doute pour innocenter son père. Il devait y avoir une explication. Il haïssait son père de son silence, mais ne le croyait pas responsable à ce point.
Chose promise, chose due.


-Ton père avoir du mourir.


Les yeux d’acier, noyés de larmes, se tournèrent vers Aloun, ne comprenant pas.


-Ton père avoir du mourir comme faël meure quand femme chérie s’éteindre.

-Comme tu serais mort si tu avais épousé ma mère ?
Ne put s’empêcher de cracher Elio.

Malgré le caractère plus pacifiste d’Aloun qu’au début de leur rencontre, le corbac ne l’aimait toujours pas. Surtout après cette vérité.
Il lui décerna en retour un regard noir.


-Peut-être. Comme tout faël mourir pour femme de son cœur. Comme toi, si être vraiment faël tu mourir pour cette femme.

Il montra de sa paume ouverte Elera.


-Mais tu ne pouvoir mourir avec honneur pour elle, car tu quitter elle bientôt. Abandonner. Comme ton père abandonner Héliane. Tuer Héliane.


Aloun s’emportait, se levant, hurlant à présent. Son visage noir se cramait de rouge par la colère apparemment refoulée. Lys restait assise, en arrière, sans piper mot.
Elio ne supporta pas ces comportements. En particulier son accusation vis à vis d'Elera. Si quelqu’un devait à présent être en colère, c’était bien lui ! Alors instinctivement, ne sachant comme réagit face à cette vérité, il réagit comme il savait si bien le faire. Il attaqua.
Se jetant sur Aloun, il le plaqua à terre, lui hurlant dessus à son tour.


-Ta gueule ! Mais ta gueule ! Qui me dit que tu ne mens pas, hein ? Tu me détestes, alors que tu ne me connais pas ! La vérité, bordel ! Je veux la vérité !

Il le secouait avec violence, ne se contrôlant plus. Alors Lys se leva et n’eut pas besoin d’élever la voix pour se faire entendre.

-Ce être vérité, Elio.



_______________

                 Et toi, Invité, veux-tu connaitre mon histoire ?

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Marchombre
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MessageSujet: Re: La vérité sort de la bouche des enfants [Terminé]   Dim 6 Mar 2011 - 21:51

« Chose promise, chose due. »

La première chose que pensa Elera, fut que le père d’Elio avait dû se faire un ennemi bien puissant et bien rancunier, qu'il avait dû blesser profondément, pour que celui-ci ait promis de se venger en tuant sa femme. La deuxième, que peut-être il avait lui-même été la cible, et avait fui avec son fils mais n’avait pas pu sauver Héliane, même si cela semblait plus difficilement concorder avec ce que racontaient les faëls. Ce fut seulement après, en entendant Elio, Aloun, Lys, qu’elle entrevit la possibilité qu’il ait lui-même commandé l’assassinat de sa femme. Mais cela lui semblait tellement tordu, tellement incompréhensible, qu’elle n’arrivait pas à saisir cette hypothèse, et à la garder dans son poing fermé. Elle semblait trop irréelle, et comme l’eau glissait entre ses doigts, elle glissait dans son esprit.

Elle leva la tête, à la suite. Sialys et Ayron, les deux faëls qui avaient protégés Elera et sa sœur lorsqu’elles étaient encore jeunes, avaient liées leurs vies. Ils lui avaient parlé de ce lien qui les unissait, elle savait combien la conception de l’amour des faëls était différente de celle des humains. Ils lui avaient dit, qu’ils ne pouvaient pas survivre l’un sans l’autre. Ils lui avaient dit, qu’ils n’avaient pas choisi d’être ensemble, pas comme les humains choisissaient d’être ensemble, mais qu’ils étaient ensemble, avant même de le décider. Elera n’avait pas véritablement compris la nuance qu’ils semblaient insuffler à ces mots humains qu’ils ne maîtrisaient qu’à moitié. Ce qu’elle avait compris, c’est qu’ils s’aimaient, que personne ne pourrait jamais aimer Sialys comme Ayron aimait Sialys, que personne ne pourrait jamais aimer Ayron comme Sialys aimait Ayron. Leurs cœurs battaient à l’unisson. Et cela, était impossible avec un humain. Aloun en voulait, énormément, au père d’Elio de ne pas avoir aimé Héliane comme elle aurait dû être aimée, jusque dans la mort. Et il était évident qu’il tenait énormément à la jeune faëlle morte sur l’autel de l’humanité. Mais il semblait à Elera qu’il simplifiait les choses. Qu’il ne l’aurait jamais épousée. Parce que ce n’était pas un choix, mais un état, et que s’ils devaient être ensembles, ils auraient été ensembles. Un instant, un bref instant, Elera cru sentir la nuance que ses amis avaient tenté de mettre en mots pour elle.

Et puis Aloun parla d’elle, et elle eut l’impression que son cœur bondissait dans sa poitrine, en le voyant gesticuler, en entendant ses mots de prophète maudit. Il bondit, puis se figea. Ou tout du moins, elle eut l’impression qu’il se figea, suspendu dans le temps, en même temps que le reste de son corps. Elle vit Elio se jeter sur le petit faël coléreux, sans pouvoir esquisser un geste pour l’arrêter. Elle entendit ses démentis, hurlements de négation, alors qu’il frappait. Elle entendit la voix de sa grand-mère, aussi, douce, triste, porteuse de vérité mais aussi d’un fardeau, comme si elle aurait voulu qu’il en soit autrement. Elera tourna la tête vers elle, croisa son regard à son tour, ce regard tellement clair, tellement empli de sagesse, ce regard qui avait un jour été le même qu’Elio, mais dont l’expression était tellement différente qu’Elera n’arrivait pas à les comparer, malgré les couleurs qui se rejoignaient.

Elle ne savait pas ce que Lys voulait dire. Si ses mots signifiaient qu’Aloun avait dit la vérité sur la mort de sa fille, ou s’il avait dit la vérité sur le futur qu’il entrapercevait. Elle ne savait pas non plus ce qu’Aloun voulait dire. S’il reportait simplement la colère, la haine et la tristesse mêlées qu’il avait pour le père d’Elio sur le fils, ou s’il croyait véritablement ce qu’il voulait dire. Ce qu’il voulait dire par partir, abandonner, jusqu’où il poussait la comparaison avec ses parents.

Mais elle ne pouvait s’empêcher de voir ce qu’il voyait, de les voir, tous les deux, par ses yeux. La jeune femme à la peau pâle, qui l’avait accompagnée jusqu’ici, qui se dressait à ses côtés alors que rien ne l’y obligeait. Lui, plus grand, les oreilles désespérément rondes, et qui devait tellement lui rappeler la carrure de l’homme qui avait causé la mort – tué, pensait-il – de celle qui faisait partie de son clan. Et elle pouvait voir par ses yeux le calme et la violence, l’humanité, sentir la certitude qu’il avait qu’ils ne s’aimaient pas tels que s’aimaient les faëls, que leur lien était trop faible pour faire face à la vie, n’avait pas la force incassable qui liait les siens entre eux. Elio la quitterait bientôt, disait-il. Elio l’abandonnerait. Mais elle sentait, étrangement, que ce bientôt ne voulait pas dire demain, ou dans un nombre de soleils levants qu’elle pourrait compter, mais simplement un jour. Un jour, que ce soit demain, dans un an, ou trois, ou dix, ou vingt. Parce que qu’étaient vingt ans, à côté de l’éternité faëlle ? Eux restaient ensemble toute la vie et toute la mort. Pour l’éternité. Le mot Toujours prenait une toute autre grandeur. L’amour des hommes lui semblait tellement éphémère, à côté.

Elle cligna des paupières, et la vision s’effaça. Ses yeux se perdirent dans le vide, alors qu’elle repensait à ce qu’il avait dit. Alors qu’elle repensait à ce qu’il avait oublié, aussi. Il était tellement concentré sur Héliane, avait tellement comparé Elio à son père, qu’il en avait oublié qu’Elera n’était pas faëlle. Qu’elle aussi, avait un cœur d’humaine, plus encore qu’Elio qui, peut-être, demi-faël, aimait comme sa mère avait aimé. Idée qui l’effrayait, elle qui ne voulait pas qu’il meurt pour elle, elle qui voulait être libre d’aimer. Aloun avait oublié que peut-être, ce ne serait pas lui qui l’abandonnerait, mais elle. Un jour. Le faël ne semblait envisager qu’une possibilité ; un homme qui quitte une femme, un homme qui tue une femme. Il ne pensait ni à ce qu’elle puisse le quitter, ni à ce qu’ils puissent rester ensemble. Ses mots perdaient de leur saveur, comme s’ils n’avaient pas été ceux d’un prophète, mais la simple extension des préjugés et du courroux d’un faël blessé aux tréfonds de son âme. Blessé par la distance des hommes. Blessé par leur violence envers les leurs. Il ne pouvait pas lire l’avenir, pas plus que qui que ce soit ici. Celui d’Elio, le sien, le leur, c’était eux qui le formeraient, par leur choix ; les dés n’étaient pas jetés d’avance. Les sentiments étaient capricieux, changeants, éphémères souvent, mais seul le temps en connaissait la force, et seul le temps le leurs dirait. Et tout ça, toutes ses pensées, traversèrent son esprit en l’espace de quelques secondes.

La marchombre se releva, s’avança, posa une main sur l’épaule d’Elio, l’autre sur son poing, lui incitant doucement de lâcher Aloun. Il obtempéra, comme à regret, et Elera tendit la main au faël pour l’aider à se relever, l’autre toujours autour du poignet de celui qu’elle aimait. Aloun fixa ses doigts tendus un court instant, avant de se remettre debout par lui-même, ignorant délibérément son aide. Elera baissa la main, avant de s’adresser à lui.

- L’amour des hommes peut durer aussi longtemps que celui des faëls, même s’il est plus fragile.

- Non. Amour nous être graver dans l’écorce, et amour vous tracer dans le sable.

- Alors il suffit d’être l’ami du vent pour que nos traces ne soient pas effacées.

- Tu être bien naïve, si tu penser que tu et il pouvoir amis du vent être. Hommes jamais amis du vent.

Elera ne répondit pas. Elle ne pouvait pas changer un esprit aussi fixé que le sien, et faire tomber le mur des préjugés était une tâche aussi ardue qu’inutile. Lui prouver qu’il avait tort était futile. Même les yeux ouverts, il ne voulait pas voir, comme il n’avait pas voulu reconnaître Elio comme faël en le voyant tirer à l’arc comme l’un des leurs. Alors elle se tourna vers Elio, accrocha son regard.

- Ce que tu viens d’apprendre n’est qu’un morceau de vérité. Tu ne sais toujours pas qui étaient ces assassins, qui leurs a ordonné de tuer ta mère, et pourquoi. Si ta mère est morte par la faute de ton père, cela ne signifie pas que c’est lui qui a fait venir ces hommes.

Aloun allait protester, mais elle le fit taire d’un regard.

- Si ton père refuse toujours de parler, et que tu veux toujours connaître la vérité... ce sont ces assassins qu’il nous faudra trouver.

Si sa gorge n’avait pas été aussi sèche, elle aurait avalé sa salive. Nous. Parce qu’elle restait avec lui, jusqu’au bout, quels que soient les doutes que pouvaient semer le faël cauteleux autour de lui. Mais elle ne put réprimer un tremblement, malgré la chaleur.

La violence entachait le passé, du meurtre d’Héliane, et de tellement d’autres figures inconnues. Elle teintait le présent, comme elle pouvait le voir dans la mâchoire serrée d’Aloun, dans le plissement de lèvres amer de Lys, dans ses souvenirs récents de la bataille à l’Académie, aussi. Et sur la toile encore blanche du futur, elle pouvait voir comme un pinceau trempé dans un liquide carmin, tout prêt à laisser couler une nouvelle goutte de sang sur le ciel encore pur. La vérité n'était déjà pas bien belle ; mais Elera pressentait que le pire restait encore à venir. Mais pas maintenant. Maintenant, ils étaient encore parmi les faëls ; maintenant, ils en avaient déjà découverts beaucoup, et Elio avait déjà du mal à accepter ce qu'il avait appris. Alors Elera lui lança un regard interrogateur :


-Est-ce que tu veux que je te laisse avec ta grand-mère, quelques temps ? Tu dois avoir beaucoup de questions pour elle.

[Edition à volonté]

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MessageSujet: Re: La vérité sort de la bouche des enfants [Terminé]   Mar 8 Mar 2011 - 19:21

Alors qu’il continuait à brutaliser le faël, dans sa colère aveuglante, une main se posa sur son poing, et une autre sur son épaule. La vague d’apaisement lui indiqua de suite de qui il s’agissait. Elera.
A regret il retira tout geste de violence, et se recula. Le faël se releva également, ignorant avec arrogance l’aide proposée de la rouquine.

Et il fallut qu’elle parle d’amour.
Non, mais franchement, c’était vraiment le moment d’en parler ?
On parlait d’un meurtre ! On parlait de la culpabilité de son père. Et voilà qu’ils rabâchaient l’amouuuur.
Ah, ben oui, nous les humains, on ne crève pas dès que l’autre s’en va. A tort ou à raison.
Les faëls ne se choisissent pas. En même temps, Elio n’avait pas choisi Elera. Il n’avait rien choisi du tout. Pas plus que la responsabilité, le devoir de la quitter pour la protéger, pour se protéger.

Elio fut même d’accord avec Aloun lorsqu’il qualifia sa compagne de naïve. S’il respectait sa force de marchombre, il ne pouvait s’empêcher de s’exaspérer des idéaux d’Elera, de son harmonie, et sa soi-disant amitié avec la nature.
Mais il ne dit rien, refusant de vexer Elera, de la blesser alors qu’elle tentait de l’aider.

Elle accrocha son regard de fer, tentant d’y découler toute sa douceur et sa raison.

- Ce que tu viens d’apprendre n’est qu’un morceau de vérité. Tu ne sais toujours pas qui étaient ces assassins, qui leurs a ordonné de tuer ta mère, et pourquoi. Si ta mère est morte par la faute de ton père, cela ne signifie pas que c’est lui qui a fait venir ces hommes.

Naïve.
S’il n’était responsable du meurtre de sa mère, pourquoi se taisait-il ? Pourquoi avait-il si peur qu’Elio ne découvre quelque chose ?
Le morceau de vérité lui suffisait amplement. Il était même bien trop gros, restant coincé dans sa gorge et aussi pointu qu’un os aiguisé.
Alors qu’importe qu’il ait commandité ou non le meurtre, la lettre prouvait sa responsabilité. Le fait restait le même : il avait tué sa mère, sa femme, leur famille.
Et cet acte était impardonnable.


- Si ton père refuse toujours de parler, et que tu veux toujours connaître la vérité... ce sont ces assassins qu’il nous faudra trouver.

Il eut envie de hurler, un « taggle » bien fort, bien profond. Mais elle était Elera. Et il l’aimait. Il n’en avait pas le droit. Pas après ce qu’elle avait fait pour lui. Pas alors qu’elle lui proposait de continuer avec lui.

Mais tu es contre la vengeance, ma douce. N’apprends-tu donc pas cela à tes élèves ?
Je convoite de biens plus noirs desseins à l’instant, et tu ne l’accepteras pas.

Passant à autre chose, elle lui demanda s’il voulait être seul, avec Lys. La rouquine était d’une telle gentillesse, d’une telle justesse, qu’Elio s’en voulait à présent. Comment pouvait-il vouloir chasser une fille parfaite ? Il ne le voulait pas, elle était là la solution. Et puis peut-être qu’Elera n’était pas si parfaite que cela.
Il avait l’esprit bien trop embrouillé pour réfléchir à sa relation avec la marchombre. Il hocha la tête de façon affirmative, sachant toutefois qu’il ne tarderait pas. Une visite urgente à faire l’impatientait, le taraudait.

Aloun et Elera s’éloignèrent, laissant ainsi le demi-faël avec sa grand-mère.

-Je comprendre que toi être perturbé Elio. Mais…

-Non.


Elle leva ses yeux bleus, si semblables aux siens, vers lui.


-Non, il n’y a rien à comprendre. Je…Je croyais…

Il s’effondra, incapable de retenir plus longtemps ses sentiments. A genoux sur le sol, les larmes jaillirent en flots.

-Je me disais qu’il ne pouvait pas être…que son silence était pour me protéger. Mais pas de lui ! De…j’sais pas moi. Un genre de « tu es trop petit pour comprendre » ! Mais pas ça !

Il haletait, parlant, hurlant ce qu’il avait sur le cœur. Pour la première fois à une autre personne qu’Elera. Pour la toute première fois.

-‘Fin…j’le savais. Plus ou moins. J’m’en doutais, mais j’voulais pas écouter cette voix ! Et…et….MERDE !

Il s’essuyait son visage trempé au fur et à mesure qu’il s’inondait de ses pleurs, de ses tracas.

-Quand j’l’ai vu…quand j’ai vu Maman….jamais j’aurais cru…malgré les mises en garde…


Marlyn avait raison. Elle était la première à lui avoir mis la puce à l’oreille. Elle avait eut raison.
Lys intervint alors, se levant, soudain inquiète.


-Tu…tu avoir vu Héliane ?


Il se rendit de suite compte de son erreur. Il venait de trahir un secret. Heureusement qu’Elera n’était pas là.

-Non…’fin…un simple rêve…

La main de l’ancêtre se posa sur son épaule.

-A moi aussi elle manquer. Rêves être incessants et douloureux.

-Comment a-t-elle pu aimer un assassin ?

L’œil de Lys vrilla.

-Comment Elera t’aimer ?


Un silence pensant brisa la conversation. Lys savait-elle ce qu’avait déjà fait Elio ?
Il déglutit, conscient de ce qu’il était. Un assassin.
Mais lui n’avait que tué des hommes mauvais, une femme certes, mais mauvaise. Edel méritait de mourir.
Et puis…Elera ne le savait pas. Elle ne l’avait pas vu à la bataille, tuer ces hommes, surtout ce mercenaire, s’acharner sur son corps…Tout comme sa mère ne savait pas ce qu’allait faire son père.

-Maman n’avait rien fait.


-Si. Aimer ton père.


La réponse fit d’autant plus mal qu’elle était juste.


-Mais ton père devoir aimer elle aussi.

-NON !
Cracha-t-il. S’il l’aimait, il ne l’aurait pas tué !

-S’il ne pas aimer elle, jamais elle mourir.

Un faël ne se lie que par amour. Amour réciproque.
On ne pouvait pas aimer une personne et la tuer, c’était…contradictoire !


-Je ne pourrais jamais tuer Elera.

Son père n’avait droit à aucune justification. Aucune.


-Et si ordre recevoir ?

Elio l’interrogea du regard.

-Vos lois à vous hommes, être complexes, et plus encore vos morales, votre pensée. Un guerrier être fait pour obéir chez vous. Et guerrier tuer lorsque ordre de tuer recevoir. Qu’importe la victime. Combien de fois un homme se justifier par « je obéir aux ordres » ?

Le visage de Lys était grave. Elle lisait dans les yeux de son petit-fils, comme autrefois elle avait lu dans les yeux de sa fille. Ils se ressemblaient tant. Et elle ne pouvait voir en Elio que le faël, et non l’homme, tant cette race la répugnait encore.
Elle s’était à présent agenouillée aux côtés du corbac, caressant de sa main le crâne bouleversé du garçon. Alors, entre ses sanglots, il se lova contre elle, tout comme il s’était lové contre Elera dans la grotte, lors de leur première rencontre.


-J’aurais voulu ne jamais être un homme. J’aurais voulu ne jamais exister.




Elio pleura une éternité dans les bras de sa grand-mère. Puis, enfin, il se reprit et rejoint Elera dans Illuin. Ils devaient repartir, et un arrêt en route s’imposait. Mais il ne voulait le dire de suite à Elera, de peur qu’elle ne s’inquiète, à raison.
Elle l’accueillit par un sourire, tandis qu’Aloun ne lui portait que dédain, remarquant avec un petit sourire les traces rouges de ses larmes. Les autres faëls regardaient en coin ce qui allait se passer. Lys prit contre elle Elio, l’enlaçant tendrement, lui glissant par l’occasion un objet imposant dans son dos. Elio se retourna, constatant que son arc venait d’être remplacé.

-Ton arc être faël. Mais celui-ci être celui d’Héliane.

Un hoquet le prit, et les larmes menacèrent de redoubler.

-A présent, à toi d’en faire bon usage.

Il hocha du crâne, jurant la justice par celui-ci. Il était sublime, en bois d’ébène, gravé de mots faëls.

-Que signifie-t-il ?


-ça être à toi de découvrir.

Il accepta le défi, l’enlaça de nouveau, puis prit Elera par la main. Lys embrassa Elera également, lui soufflant :


-L’histoire ne devoir pas se répéter.

Puis, ils quittèrent Illuin.
En chemin, il se tourna enfin vers sa compagne, cherchant les bons mots :


-Je dois savoir encore une chose. Et pour ça, il faut passer chez mon père.

Une dernière halte, pour une dernière justice.





[Suite à « La rue marchande », je commence, j’te réserve une p’tite surprise dans l’intrigue ;p]


_______________

                 Et toi, Invité, veux-tu connaitre mon histoire ?

                           Gérant de l'Arma Gauche et du Talion


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La vérité sort de la bouche des enfants [Terminé]
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