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 La douleur, cet ersatz de haine... [Terminé]

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Marchombre
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MessageSujet: La douleur, cet ersatz de haine... [Terminé]    Lun 17 Jan 2011 - 22:05

Anaïel n'avait jamais supporté les dessins, tout au plus parvenait-elle à demeurer debout s'il n'était pas trop près. Se retrouver à l'intérieur de l'un d'eux, ce pas sur le côté, c'était comme se retourner la peau et s'asperger le dessous de sel et de badigeonner la surface d'huile bouillante. C'était douloureux. Brutal. Inconcevable. Les dessins était cette torsion, cette déchirure de la réalité que son corps n'était jamais parvenu à supporter et, dans l'état de rage dans lequel elle était, cela ne pouvait qu'avoir des conséquences catastrophiques sur son corps et son esprit.

Elle sentit le vortex de souffrance s'ouvrir, compulsivement, et l'happer vers des profondeurs d'où elle n'était pas sure de ressortir un jour. C'était un gouffre ténébreux, avec pour seul lumière le sang qui tordait l'obscurité, y dessinant des visages déchirés, atroces de tortures et de desespoir, d'angoisses crevées par la peur. Son esprit se délitait, et elle sentait les derniers lambeaux d'humanité de son coeur s'envoler, ou plutôt s'enterrer, profond, sous les croutes de sang séché qui pavaient le bas de son enfer personnel. Elle n'avait jamais eu envie de mourir pour échapper à quoi que ce soit. Mais à présent l'indifférence des cadavres lui semblait plus salvateur que n'importe quoi. Elle sombrait, sombrait dans les brumes sanguines, le visage d'Elhya disparaissant au gré des pulsations meurtrières qui l'agitaient et la convulsaient.

Vaguement elle sentit les pierres sous ses genoux, le son mat de la chair contre la surface dure qui écorche. Vaguement parce que, le crâne ouvert en deux par le pas sur le côté, elle n'avait plus que cette conscience floue et lointaine de la réalité qu'était celle des fous et des dépressifs profonds. S'éloigner pour mieux survivre. Car du fond des tripes, elle sentait la rage de vaincre, encore cette foutue colère qui rongeait les boyaux, il fallait faire payer à Marlyn la mort de son maître, lui faire ravaler ses mots avec possiblement quelques poignées de sable en fusion. Tout au fond de la gorge. Jusqu'à son coeur pourri, si tant est qu'elle en eu un. Les spasmes de son corps s'accentuèrent. Sous la peau, la fusion s'épanchait.

Un cri rauque, animal, ténébreux mijota dans son ventre, pour remonter, modulé et immémorial, dans sa gorge d'où il s'expulsa en un grognement grave, puissant comme celui d'un tigre. Non, comme un tigre si le tigre en question était un chaton. A genou, tremblante de tout ses membres, Anaïel devenait ce contre quoi elle s'était toujours battue : une bête assoiffée de vengeance, contrainte de faire couler le sang pour apaiser la haine de ces humains qui avaient détruits son monde, sa Nature chérie, ces humains pitoyables qui, du haut de leur faiblesse, revendiquaient le pouvoir et la corruption, la lâcheté et la violence, comme seules armes dans un monde qui n'était près, au début, qu'à les accepter et à leur servir de cocon.

Un geste après l'autre. Tout doucement. Instinctivement. Sa faiblesse apparente lui sauva probablement la vie, à moins que Marlyn ne soit aussi fatiguée, aussi secouée qu'elle. Toujours est-il qu'elle n'attaqua pas tout de suite, qu'elle laissa le temps à la marchombre de se remettre laborieusement sur ses pieds. Vertiges et céphalées. La rage au cœur et au corps. Anaïel, debout et instable, attaqua sans une hésitation, le visage ravagé par ces deux yeux qui lui bouffait les joues, qui lui brûlaient le crâne de cet enfer flamboyant. L'instinct marié à l'instant. Ses mouvements étaient saccadés, puissant, souples et véloces, au paroxysme de ses capacités marchombres et félines. Anaïel ne bougeait pas, non, elle se mouvait. Comme un tigre affamé. Sans même un instant pour la réflexion, elle balaya le visage de la mentaï, traçant de profonds sillons écarlates sur la joue, latéralement, creusant de nouvelles blessures au milieu de ce visage torturé. Mais la mercenaire sembla se reprendre rapidement, et un bouclier translucide vint projeter la marchombre quelques mètres en arrière, avec la force d'un ouragan.

Voltigeant, aérienne, Anaïel bascula son poids et, comme un chat, retomba sur ses pieds, les muscles tendus à l'extrême, le corps plus immobile que la pierre. Vibrant d'une énergie instable et fantastique. Il y avait dans ses yeux, dans ses gestes, quelque chose de profondément inhumain, comme de la chair carbonisée, comme l'essence flamboyante d'une entité aux contours brisés par la puissance qu'elle recelait. Le temps s'arrêta, alors que les deux femmes se regardaient, et que le sang perlait du visage de Marlyn, la meurtrière. Animale, Anaïel s'élança, mais la mentaï était prête. Des billes glacées aussi dure que de l'acier balayèrent l'espace, en direction de la marchombre qui parvint à esquiver la plupart. Deux seulement l'atteignirent, une lui éraflant la joue, l'autre perforant son flan droit sans toucher d'organes et ressortant par l'arrière. La douleur lui arracha un feulement d'indignation et, l'espace d'un instant, sa conscience tenta de forcer le barrage de sa
colère.

- Pourquoi...

Mais le fantôme du sourire de Marlyn, ses mots poisons, le visage défiguré d'Elhya, c'en était trop pour elle. Elle grimaça, odieusement, et un ricanement spasmodique chuta de ses lèvres pour secouer ses épaules. Convulsivement. Elle se remit en garde, folle jusque dans ses gestes, et s'élança à l'assaut de la mercenaire du chaos.



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La Borgne
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MessageSujet: Re: La douleur, cet ersatz de haine... [Terminé]    Lun 17 Jan 2011 - 23:16

Plus rapides que le venin, plus amers que l’absinthe, plus brûlants que l’enfer… Les mots avaient atteints. Touchés comme la flèche l’animal. Elle pouvait partir avec le sourire froid d’avoir instillé une part de Chaos dans cette harmonie grouillante.
Les tours, les fenêtres aux reflets or… Le salon de son aile, avec son âtre noirci d’où ne jaillissait aucun feu à cette heure avancée de la nuit, la méridienne en velours un peu usé, avec des étoffes, des coussins.. Rajouter des éclats de lumière comme des rivets dans la pierre, ancrer le dessin dans les derniers détails, rajouter le silence et les odeurs. Partir.
Crever, oui. C’était comme un hurlement qui lui perçait les neurones, une déchirure dans l’espace-temps comme un coup de couteau dans un tissu. Elle sentait son corps percuté par une masse indistincte et son esprit basculer du même coup, les éclats de lumière se perdre et les étoffes se déchirer dans ses Spires, tout se diluait et perdait ses contours. Des étoiles traversaient le plafond. Non. Non… Partir, il faut partir, loin d’ici, plus jamais l’Académie, laisse-moi partir, chaine à mon pied, entrave à mon poignet, Anaïel.

La première sensation distincte était celle de la bile dans sa gorge. Cet acide répugnant qu’elle rendit d’un haut-le-cœur maladif, au-dessus des tuiles d’ardoise, dans la nuit. Le monde s’était déchiré dans son esprit, elle n’avait plus aucune attache sur Al-Vor, plus aucun détail du salon, plus aucun neurone connecté aux Spires. Des tours. Des élancements statuaires, des pentes zébrées de tuile, et l’immensité du lac, loin en contrebas, que reflétait la lune rousse. Les toits de l’Académie. Elle avait manqué son pas. Non. Pas elle. Ravalant les restes de bile qui lui harassaient le fond de la gorge, Marlyn planta son œil de fer vers la silhouette trébuchante qui avait atterri à quelques pas, sur un genou. Anaïel avait fait manquer son pas. Anaïel l’avait enchainée de nouveau à ce bâtiment qu’à quelques battements de cœur près, elle aurait pu quitter à jamais. Tout se jouerait sur les toits.
Les Spires hurlaient leur mécontentement dans sa tête, et les muscles de son corps se raidissaient, lui rapellaient amèrement que l’interruption l’avait refroidie, que des crampes s’installaient dans son mollet blessé et dans son dos, lui vissaient les vertèbres entre elles. Le combat à la loyale, contre le feu ardent incarné qui brulait devant elle ? Non. Elle ne pourrait pas survivre avec seulement ses capacit—

Tu la joues à la vitesse, petit fauve ? Ravale ton humanité, tombe aussi bas que moi, sale marchombre, on verra qui de nous deux nage le mieux dans la pourriture.. Les Spires hurlèrent à leur tour, répondirent bestialement à cette attaque instinctive, cette rupture de leur trêve désorientée, dressèrent ironiquement ce mur de transparence entre elles, ce dessin paradoxalement sans aucune finesse et aussi transparent que du verre, entre les deux inhumaines. L’odeur du sang, le toucher de la peau déchirée quand elle porta ses doigts aux quatre crevasses qui lui lacéraient le visage…
Tu veux te battre ? Je tricherai. Elle déléguait à son corps le soin de la défendre, d’esquiver les coups et d’amortir les chocs, de la maintenir en vie le temps que son esprit concocte les attaques. Nous jouerons sur le terrain que nous maitrisons le mieux, bête.

De la question, seulement quelques fragments, qui éclatèrent à la lisière de sa conscience alors que l’Imagination se déversait devant son œil valide comme un voile, altérait la réalité. Que fuse le métal, rien n’est plus dangereux que ce qui ne peut être vu. Que s’entremêlent nos griffes, vestiges d’une bestialité que tu assumes autant que je la rejette. Marlyn ne put qu’amortir le choc de l’assaut en saisissant les poignets d’une Anaïel enragée, l’œil à moitié aveuglé par la lueur démente des deux creusets d’abîme qui jetaient leur rage sur elle. De loin, c’était un vrai combat de chat. Marlyn retenait les griffes qui voulaient lui ouvrir le ventre et répandre sa tripaille et sa progéniture sur les tuiles déjà glissantes de sang et de sueur.
Trop rapide, l’action, pour qu’elle pense autre chose qu’une lumière pure, aveuglante, à brûler les rétines, suffisante pour déconcentrer, pour qu’Anaïel se protège les iris des mains, que le contact se rompe. La Mentaï se tenait le visage à deux mains, l’une dégoulinante du sang de ses arcades qui jaillissait par caillots, du côté où son visage était déjà mutilé par une cicatrice rance ; l’autre qui tentait de chasser l’impression rétinienne agonisante.
Mais pas besoin de voir pour dessiner. Pour survivre. De son corps de rapace, la mercenaire du Chaos fondit sur Anaïel, et elles roulèrent en brisant des tuiles, glissant vers le bord, trop peu pour que ça soit dangereux, mais suffisamment pour que ça le devienne si elles ne s’arrêtaient pas. Un pied calé dans le creux d’une statue pour se retenir, la Mentaï tentait de retenir au sol la métaphore la plus réaliste du fauve enragé. Un coup de genou vint lui écraser le plexus, lui couper la respiration alors que ses mains cherchaient entre cet amalgame de crocs et de griffes, cherchaient…
Elle n’avait besoin que d’une seconde de contact. Que de pouvoir enfoncer ses ongles dans les tempes de son ennemie, que d’un fragment d’éternité pour déverser son dernier venin, directement dans son cerveau.

Leurs deux univers hurlaient. A leur manière. Se combattaient autant que leurs propriétaires.
« Pourquoi ? » « Regarde son agonie, bête parmi les bêtes, apprentie d’une bête.. » Comme des tâches de sang explosaient sur le tissu blanc, les réminiscences explosèrent à leur conscience, pas plus d’une fraction de seconde. La boue qui salissait les cheveux emmêlés, encroutés de sang d’Elhya. Ses feulements sauvages. Ses yeux fous, ahuris, cernés par la fatigue et par la mort. Ses gestes rapiécés, la dislocation de son humanité.
Et sa mort. Par traitrise, par une lame dessinée, par un être de pur chaos, mais humain, bandé de frais, exténuée mais l’œil noir, l’œil sombre de l’assassinat froid et conscient.

Le réel à la limite de l’évanouissement, Marlyn roula sur le côté, grognant sous la douleur aigue et subite qui avait explosé à l’amorce de son cou. Des crocs, cette fille avait des crocs, ou perdu la raison… Une main posée sur la blessure fraîche qui menaçait l’articulation entre le cou et l’épaule, la jeune femme se redressa sur un coude, le thorax remuant lourdement sous sa respiration saccadée.

- Vas-y. Bouffe-moi, sale bête. Achève ta curée. Tu seras la digne apprentie de ton maître.

C’était un jeu dangereux. Mais l’adrénaline, l’assurance que les Spires lui répondraient toujours, même des crocs plantés dans la carotide, et la promesse d’un échappatoire proche, qu’il fut à Al-Vor ou dans le vide.



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Marchombre
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MessageSujet: Re: La douleur, cet ersatz de haine... [Terminé]    Dim 23 Jan 2011 - 20:21

Peut-être étaient-ce les images sanglantes, le visage d'Elhya coloré de sang, les émotions qu'il rappelait, liées aux étoiles et aux rêves, à la sueur du travail et à la connivence, la première, la pure, l'inconditionnelle. Peut-être était-ce le dessin, ce serpent putride qui avait investit son crâne, les mots terriblement venimeux qui faisaient soubressauter les synapses comme autant de spasmes morbides après la morsure de l'animal. Juste quelques secondes, quelques secondes de trop pour son esprit disjoncté, des secondes-marteaux qui lui fracturèrent l'instinct et la tête, à outrance, alors que sa bouche se remplissait de sang. De sang ? Ou peut-être était-ce la plaie déchiquetée, le dernier pas devant le gouffre de l'animal, de la bête ardente et sauvage, le gout ferreux et dégoutant de ce sang maudit, souillés, comme s'il était mélangé à tout ceux qu'il avait contribué à verser. Beaucoup de peut-être, beaucoup de donnée, peut-être était-ce l'un, peut-être était-ce tout.

Ça percuta son esprit au piolet, ricochant tout d'abord, sur la gangue de glace qu'était devenu son cœur, des clous qui raclèrent la parois, cherchant l'aspérité, la faille, entonnoir de la violence menant direct à la conscience. Fissure qu'ils trouvèrent, cette nuée d'abeille de fer aux éperons venimeux. Plantés au coeur et au corps, le vitriol se distilla, tout d'abord doucement, et rependit ses ramifications en candélabres d'incertitude, de tension, d'éveil à la torpeur. L'éveil fit très mal.

Tout d'abord elle distingua les étoiles. Juste avant la conscience, juste avant l'incohérence, elle resta une seconde fascinée par la voute céleste qui étendait ses poutres lumineuses en architectures d'infinis, et les nuages cuivres patiné, vieilles flammes poussiéreuses, qui léchaient le bois de l'univers. Ça, c'était juste avant le bruit. Le bruit percutions. Le bruit atroce, qui s'engouffre en vrombissant au creux du tympan, lovant ses anneaux de fer et de sang au fond de son crâne. Puis après, c'était la douleur, une douleur lancinante dans le flan, la bouche pleine de sang, la tête qui cognait à la volée, en pulsations morbides, des coups de butoirs à se déchirer les joues avec les ongles.

Au dessus de sa tête, Marlyn. Marlyn la mercenaire qui se tenait le coup d'une main, tandis que de l'autre, fourrageant les cheveux de la marchombre, elle imprimait les saccades à sa tête, la cognant sans condition contre le toit de la tour. L'œil fou, injecté d'un sang noir et bleu, elle hurlait ses mots avec fracas, entend et retiens, ça va te faire mal et c'est mon but. La boite crânienne prête à se fendre, Anaïel hurla, et chercha des doigts la faille qui lui permettrait de ne pas mourir là, le crâne ouvert en deux par l'assassin de son maître. A l'instinct, elle laissait ses gestes la guider, avec cette étrange impression de n'être que le prolongement d'une extension dont elle ne voyait pas l'origine. Sa main agrippa la joue blessée.

" Je ne suis pas une bête. Non. Tu n'en est pas une non plus Marlyn. Nous sommes juste deux âmes damnées comme n'importe quelles autres, le cœur souillé, chacune, par l'insuffisance de notre condition. C'est tellement humain tout ça, n'est ce pas ? Nous sommes tellement faibles... Tellement qu'il nous suffit que de quelques mots pour engager le combat, et gagner ce pouvoir de vie et de mort. Nous sommes des monstres. Mais c'est bon. Et on aime ça. "

Du pouce, la marchombre enfonça l'orbite vide de Marlyn, lui arrachant un cri de douleur, alors qu'elle se rejetait en arrière de tout son poids, essayant dans un dernier coup de pied de faire basculer Anaïel dans le vide qui s'ouvrait dans son dos. Le vide qui l'appelait et qui promettait de mettre fin à ses souffrances. Sa tête butta une dernière fois contre les tuiles, en retombant, et le talon lui percuta le flan blessé, irradiant de milliers de belles étincelles dans son regard fou. D'une torsion du buste elle se remit debout, vacillante au bord du gouffre, battant des bras. Déjà Marlyn s'était reprise et lui envoyait un nouveau dessin qu'elle n'évita qu'à grand peine. Le temps coagula. La gravité, elle, sembla prendre en puissance. Anaïel ferma les yeux et laissa la greffe prendre possession de ses épaules. Elle bascula. Et rien ne se passa.

La surprise, plutôt mauvaise, lui fit l'effet d'une décharge électrique, ce qui lui sauva probablement la vie, tant elle réagis rapidement à la chute qui s'annonçait. Elle se pencha en avant et parvint in extremis à attraper le rebord du toit, tendis que son corps se plaquait avec force contre le mur, lui coupant douloureusement la respiration. Une grimace tordit ses traits et elle sentit le sang couler au côté, perlant comme un collier déchiré dans le vide qui l'appelait. C'était si tentant, elle avait si mal...

Tout derrière le fracas du combat, elle entendait les cris des gens. Des pleurs, des hurlements de douleurs, des gémissements, le souffle rauque des poumons perforés et l'acier qui tranchait la chaire. Elle imaginait sans mal les yeux écarquillés par l'horreur, l'adrénaline qui secouait les veines et, au lasso, le meurtre qui rattrapait chacun comme un souffle violent. Anaïel ferma les yeux. Très fort. Cherchant à s'émanciper du présent, retrouver un quelconque réconfort dans le passé, voir l'avenir, même si chacun se colorait du sang de l'instant, celui qu'elle avait versé ce soir. Elle sentit à travers ses doigts les vibrations des pas de Marlyn qui se rapprochait du bord. Elle était blessée, le toits transmettait les saccades de ses gestes mieux que ne l'aurait fait sa vision. Marlyn. Un jet de haine incendia ses veines. Mais elle était trop fatiguée, trop lasse de sa colère, trop malheureuse de ne pas pouvoir y résister. Elle voulait la mort de la mercenaire, plus, peut-être qu'elle ne l'avait jamais voulu. Mais il restait Elera, Elhya, Lohan, même Varsgorn, toutes ses personnes qui lui souriaient, des fois très différemment des grimaces qu'elle pouvait leur offrir, mais qui recelaient chacun quelque chose de précieux dans leurs veines. Pouvait-il y avoir quelque chose de bon en Marlyn ? Une personne qu'elle aimerait, pour qui elle serait prête à sourire, à faire quelque chose de bien une petite fille à réchauffer dans les douches à 3h du mat'?

Non, elle ne pouvait pas. Ne pouvait pas accepter que la mentaï puisse s'approprier la moindre excuse à ses actes insensés. C'était trop dur, et elle recherchait son maître depuis si longtemps... A travers ses doigts crispés, elle sentit les vibrations des pas de Marlyn qui s'approchait du gouffre béant. A défaut de pouvoir la voir, elle sentait, dans les saccades vibratiles, les blessures qui encrassaient la démarche, clouant la fluidité aux articulations. Lorsqu'elle rouvrit les yeux, le visage de la mentaï se grava dans ses rétines. Son sourire gerçait ses lèvres torturées, et le sang qui gouttait de ses joues se mêlait à la crasse de la bataille, ravageant encore un peu plus, si c'était possible, ses traits déchirés. C'était un masque horrible, un masque de cauchemars à la cire fondue qui s'écoulait comme un venin de ses yeux tortueux et injectés de haine. Jamais la marchombre n'oublierait son visage à ce moment là.

Ses articulations criaient. Ses poignets semblaient prêts à se rompre, à se détacher du corps comme son esprit semblait vouloir délité tout lien avec son âme. Pour la première fois depuis très longtemps, la gravité pris le masque de Marlyn. Un masque de mort. Dans un dernier sursaut, elle siffla, entre ses dents serrées, les quelques mots qui lui venaient de la peur, de la colère qui la tenait encore en vie.

- Tu pourriras en enfer à mes côtés, Marlyn. Parmis les bêtes que justement tu as engendré.



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La Borgne
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MessageSujet: Re: La douleur, cet ersatz de haine... [Terminé]    Lun 24 Jan 2011 - 0:47

Le vent sur son visage.
Plus douloureux que les coups pris pendant ce maelstrom d’émotions vivides et incontrôlées qui les avaient englouties toutes deux ; que toutes les ecchymoses qui se formaient sur ses bras en bleus violacés et invisibles sous la pâle lueur de la lune ; que l’aiguille de douleur qui lui transperçait le crâne de part en part là où l’ongle crasseux de la marchombre avait rouvert sa paupière depuis longtemps orpheline ; que le sang qui goutait sur son cou et traçait des zébrures luisantes, cristallines.
Le vent glacial, rauque, s’insinuait sous le cuir déchiré de ses vêtements et crispait ses muscles raides d’épuisement. Y traçait des sinuosités d’immobilisme que même les tremblements d’adrénaline ne pouvaient empêcher. La borée traitresse caressait son visage défiguré et meurtri, déviait les sillons de sang sur sa joue et les mêlait aux larmes de pus que versait son orbite déchiré. Le zéphyr séditieux glaçait son âme et immobilisait sa haine dans la crispation de l’après-explosion. Le sang qui dénaturait son visage semblait fait de lave, mais d’une lave arctique, qui empuantissait ses narines d’un gout métallique trop connu. Que faisait-elle là ?
Les jointures blanchissaient merveilleusement, prenaient l’aspect albâtre que la lune n’avait plus, salie par la fumée incendiaire qui émanait de l’Académie. Son corps orné de perles rouges au flanc oscillait légèrement au vent ; vent qui la trahissait autant qu’elle pétrifiait la Mentaï, un sourire maniaque aux lèvres alors qu’elle contemplait la bulle de non-temps qui se créait dans l’instant. Sa main ne cherchait plus à retenir le sang qui coulait de son cou par saccades : elle aurait le temps de le remplacer quand elle arracherait l’âme d’Anaïel de sa colonne vertébrale. Sa main crayeuse là où le tissu cicatriciel des anciennes brûlures disparaissait frôla les jointures d’Anaïel, ces quelques ancres qui la maintenaient en vie. La Mercenaire du Chaos savourait cette pause de combat où elle pouvait profiter de sa supériorité fragile et laisser chaque parcelle de son corps se nouer de crampes et de paralysies exténuées, chaque blessure écouler son agonie avec seulement le silence pour l’accueillir.

- Tu n’as pas besoin de mon aide pour t’engendrer, monstre.

Décoller ces phalanges fragiles et regarder la déchéance de l’ange ? Ce serait poétique. Bien trop pathétique pour qu’elle laisse faire la facilité, qu’elle rompe le combat magnifique par épuisement de son corps mutilé. Il lui était trop étranger, ce corps crispé et spasmodique, pour qu’elle veuille le préserver. Ces genoux qui venaient de la trahir en s’écrasant lourdement contre les tuiles, brisant l’ardoise et entrechoquant chacune de ses vertèbres, lui appartenaient-ils ? Cette sueur froide qui lui noyait les tempes, d’où sortait-elle ? Le sang qu’elle pleurait de son œil mort, et qui allait s’écraser en billes amères sur le visage de l’enfant indigo était-il le sien ?
Ce poignet qui saisissait le sien et l’entrainait dans le vide, les ongles plantés dans la chair couturée, n’était définitivement pas sien. Le vent cinglait son visage. L’instant de faiblesse… faiblissait. Elle tombait. Anaïel avait profité de sa semi-syncope pour inverser la gravité et tricher avec les lois du plus fort. Non, elle n’allait pas laisser faire, elle n’allait pas laisser son corps défaillant humilier la victoire proche. La Mentaï se contorsionna dans sa chute pour griffer des phalanges les murs défilants, écorchant ses ongles au passage. Suffisant pour ralentir sa chute le temps de disparaître du monde réel, le temps de s’immerger rapidement dans les Spires, trop rapidement pour dessiner un échappatoire, suffisamment pour retracer les toits immédiats.
Réapparaître face à la marchombre qui avait réussi à se hisser à la force des poignets sur les tois de nouveau. Remise à zéro, on recommence. Un rire noir sortit des lèvres entâchées de sang de Marlyn alors que son corps, à renfort de craquements et de protestations, se remettait en mouvement pour aller saisir l’ennemie à la gorge. Elle renvoyait leurs deux corps à terre dans une furie délibérée, moins explosive que la première, plus déterminée. Chacune savait le dernier round arrivé. Dans cet amalgame de couleurs, d’odeurs et de survie, l’Imagination de Marlyn engendrait des flammes, vivides, prêtes à embraser les étoiles s’il le fallait. Des flammes pour aveugler, le retour aux bases du dessin pour empêcher Anaïel de la toucher, et virevolter entre ses membres, cambrer les hanches pour éviter le poignard qui devait lui éventrer les tripes, frapper du poing ce visage haï pour faire couler le sang.

Egalité. Nous versons toutes deux des larmes de sang.

Une statue représentant un héros quelconque explosa en une pluie de gravats quand un dessin mal préparé rata sa cible ; les deux ennemies virevoltaient dans les flèches de pierre, laissant derrière elles des empreintes de mains aussi rouges que la lune, aussi rouges que les flammes qui sortaient des fenêtres de l’Académie en contrebas, aussi rouges que leurs deux regards. Elles laissaient derrière elles leur enveloppe monstrueuse à chaque coup donné, à chaque hématome rendu et chaque entaille faite dans la peau de l’autre. Nous ne sommes plus des bêtes, nous sommes des humains. C’est pire.
Mais ce que Marlyn savait, c’est qu’elle était en train de perdre. Ses dessins irradiaient beaucoup moins qu’auparavant, de même que ses poings avaient de moins en moins la consistance du granit quand il s’agissait de détruire ce visage détesté. Qu’Anaïel subisse la même fatigue et la même douleur d’exténuement, peut-être. Qu’elle le montre, impossible de le savoir. Il lui fallait partir. Elle devait s’enfuir, laisser l’orgueil de côté, renoncer au tableau de chasse que lui aurait donné la mort de l’apprentie si célèbre d’Elhya.
Le pilier qu’elle percuta lors d’un contre imprévu se craquela au point d’impact, envoyant plus d’étoiles dans le ciel de son œil qu’il n’y en avait dans le ciel lie-de-vin. Elle pouvait sentir le visage d’Anaïel tout près du sien, son haleine contre les mutilations boursouflées –infectées ? de son visage, et la lame dangereuse du couteau qui se glissait sous sa propre gorge, l’empêchant pour l’instant de contrer. Une main arachnéene vint narguer les mèches folles et emmêlées d’Anaïel, la douceur contrastant avec la violence ultime de leur affrontement. A bout de souffle, Marlyn exprima entre ses dents teintées de carmin :

- Si tu me tues.. Si ton poignard m’ouvre la gorge… tu assassineras la troisième personne qui se trouve sur ces toits.

Douterais-tu, la bête ? Ton regard perd de sa violence sanguine. Oh, tu comprends. Ton poignard tremble. Appuie plus fort pour se donner du courage. Renversement des possibles : l’humanité la plus noire et la plus abjecte, celle qu’Anaïel voulait exterminer, portait la vie.
Improbable, marchombre ?
Moins improbable que mon rire maniaque à la vue de ton visage déconfit.




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MessageSujet: Re: La douleur, cet ersatz de haine... [Terminé]    Dim 30 Jan 2011 - 22:09

Les doigts tordus, écrasés par la poussée, malgré les craquements et la douleur, ne furent pas briser. Écarlate, pourtant, son sang percutait, lourd et noir, les tuiles brisées par la folie de leur haine, goutant d'un millier de blessures tant physiques que mentales. Ç'aurait pu finir si, si l'autre s'était démentelée par le bas, si ses coups, au corps, avaient plus violemment cogner, si l'autre avait été plus faible, ou elle plus forte. Ç'aurait pu finir si ses propres doigts avaient lâchés la pierre, un peu plus tot, si elle avait laissé le sol lui voler ses ailes pour toujours, la noyant dans l'ombre de l'oubli, ç'aurait fini si la balle de Marlyn, au lieu d'effleurer son flan avait perforer le rein ou, plus rapide, le coeur.

Ç'aurait pu finir, si tout n'avait jamais commencé. Si Marlyn, l'anathème du chaos, n'avait porté un enfant.

Les coups avaient plus, drus et terribles, la faiblesse de chacune jouant le catalyseur utlime à la violence qui parfumaient leurs veines d'un poison acide et dévastateur. Les dessins de Marlyn perdaient en originalité, devenaient bruts, à outrance, de la matière transformée qui percutait, non moins dangereux que les précédents, plus compacts, moins vicieux. La fatigue nouait les membres et les muscles, secouant le sac de viscères comme un ballon crevé, martelant le corps à chaque mouvement, la colonne vertébrale craquait à chaque mouvements. Retour au chaos, Anaïel n'évitait plus que le stricte nécessaire, laissait les échardes se planter dans sa peau, la saupoudrer de souffrance, la pierre racler ses nerfs à la scie, s'épanchant tout juste assez pour ne pas se faire broyer les os ou les organes vitaux. La fin, cependant, la douce fin, n'était plus loin, ça se sentait dans l'air, comme une chape d'ozone qui plombait le toit, rendant leurs pas magnétisés par l'immobilité promettant réconfort à leurs muscles endoloris. La fatigue bruissait, craquait, et les impacts de leurs corps, de leurs chutes, de leurs combat animal se mêlait au chant macabre des flammes qui dévoraient l'Académie en contrebas. Le tintement des épées prenait le tempo de ce bal affolant, les gouffres dans le toit ressemblaient à autant de pas prolongés de grognements, sauter, valser, vautrer la distance, attraper et écorcher les notes, les visages et les bouches susurrant leurs sifflements sauvages et vains. Anaïel se sentait partir, dégagée de la réalité, le flan coagulant la colère mais non pas le sang qui goutait arythmiquement à ses cris rauques et crayeux. Son pied avait dérapé au bord d'un trou alors que les tuiles disjonctaient leurs connexions, s'enfuyant comme d'innombrables animaux blessés et tachés de sang. Mais alors que Marlyn était dans son dos, Elle avait reçu en pleine poitrine un poing de granit qui lui défonça la cage thoracique, lui coupant instantanément le souffle, alors qu'elle sentait une côte craquer sinistrement. La force la projeta spontanément directement sur la mercenaire éreintée. Jamais, en pleine possession de ses moyens, elle n'aurait fait d'erreur aussi grossière, Anaïel le savait. Elle avait vrillé son corps, hurlant de douleur et fluidifiant un dernier instant la danse de ses membres. Encore un petit peu, juste une fois. Pour se retrouver contre Marlyn, la contourner, et appuyer le poignard contre sa carotide, l'autre, l'intacte.

Ses yeux s'étaient posés sur la plaie immonde qui creusaient son cou, comme un abîme atroce où le sang coulait en un vortex monstrueux, chargé de caillots et de poussière, la clavicule teintant d'un éclat blanc et pur, étrange au milieu de ce maelström de sauvagerie.

Marlyn attendait un enfant. Et Marlyn riait.

Anaïel, le regard vide, regardait le cou de la mentaï, et se demandait, sournoisement, ce qui, dans cette chaire déchirée, dans cette âme tordue et vautrée dans le mal, avait pu donner naissance à la vie, alors que le corps, l'esprit même en torturait constamment l'essence. Y avait-il, du fond de sa caresse sur son visage, dans l'entrelact de ses doigts qui replaçaient une mèche derrière son oreille effilée, la moindre tendresse à transmettre ? La vie, le monde, l'univers, animal, végétal, même minéral, tout cela bruissait au coeur de la marchombre comme un noyau à protéger, un joyau à cacher, dévoiler, carsser. C'était le but de son âme, tatoué au plus profond des cellules, une arme autant qu'une faiblesse, mais par dessus tout c'était ce qui faisait d'elle non pas la meilleurs marchombre, mais celle qui avait le rapport au vif, à la pulsion et à l'instinct, le plus développé, le monde à fleur de peau et la vie dans les veines, l'extérieur dans l'instant de ses gestes. Si elle décidait de fuir, personne ne pourrait la ratrapper, c'était son meilleurs atout, ce qu'Elhya lui avait permis de canaliser, de se servir. C'était également la source de sa plus profonde faiblesse, ce qui l'éloignait de la gente humaine, ce qui lui faisait perdre les pédales, comme ce soir, et la ramenait au rang d'un animal pire que les humains : une outre pleine à craquée de violence refoulée, dont les jointures se disolvaient sous l'acide qui lui coulait dans la bouche comme un venin. Mais par dessus tout, cette nature, cette vie au creux des paumes, c'était son univers, c'était son écrin de bonheur, sa protection, son amie, celle par qui elle avait enfanter les premiers jours de sa vie, à découvrir, s'emmerveiller et trouver le rêve ultime de son enfance : voler. Et voilà que la vie, dans un dernier bras de fer avec le destin, faisait le don le plus merveilleux de l'univers à la personne qui, selon elle, le méritait le moins. Marlyn, la mentaï, la mercenaire, l'assassin d'Elhya, Marlyn, martelée par le mal, bouffée jusqu'à l'oeil par le chaos, la souffrance vissée au corps comme une drogue blafarde, Marlyn aux cicatrices terribles, monstrueuses, la tueuse, l'ennemie public numéro un de Gwendalawir, Marlyn attendait un enfant. Inconcevable. Inadmissible.

Le couteau d'Anaïel trembla. De force contractée, de violence rentrée. Dessina de pourpres arabesques torturées sur la courbe encore intacte de peau blanche, le long de la mâchoire qui se figea sous le rire qui la traversait. Elle sentait monter en elle quelque chose qu'elle ne voulait plus revoir. Fatiguée, elle ne résisterait plus à un nouvel affrontement, alors que les choses s'étaient immobilisées depuis quelques instants, et que le froid perçait ses vêtements arrondis par les blessures boursouflées. Mais ça montait toujours. Diluant l'espace, crevant sa peau à coup de hache, ses lèvres gercées d'un sifflement incongru et terrifiant. Un spasme agita ses épaules, sa trachée vibra en cadence, et un rire monstrueux jaillit de sa gorge, trouant sa tête d'une migraine atroce. Quelque chose cédait dans sa tête, ou plutôt se découvrait, puisqu'elle avait toujours conscience de ses gestes et de ce qui l'entourait. Non, c'était effrayant, puisque c'était en elle, avec elle, et que si elle le voulait, elle pouvait le contrôler. Ça avait fait crac, et puis c'était là : la désabusation primale. Froide et limpide. Terrible.

Quelques secondes plus tard, elle s'interrompit. Net. C'était tellement incohérent, tellement stupide, de rire à cet instant alors qu'elle avait gagné, qu'elle tenait la tortionnaire de son maître à la pointe de son couteau, et qu'elle était aussi incapable de la tuer que si elle avait été à l'autre bout du royaume... Car effectivement, elle ne pourrait pas la tuer. Jamais, même au plus fort de sa haine, tant qu'il lui resterait un peu de conscience à tordre, elle ne pourrait faire de mal, détruire de quelque chose aussi précieux que la vie. Marlyn devait probablement le savoir, puisqu'elle avait sortit sa dernière carte, un rire névrosé tatoué aux lèvres, et qu'elle s'était relâchée, entre ses bras. Anaïel passa ses deux bras autour de Marlyn, comme un amant charmeur et amoureux, moi aussi je suis capable d'être tendre, vois. Elle posa son front contre la nuque de Marlyn, la pointe du couteau au centre du ventre au creux duquel bruissait la vie. Une enlaçade mortelle, terriblement douce et affectueuse. Une étreinte qui, selon le bon vouloir de la marchombre, se transformerait en trainée de sang et de tripe. Ce qu'elle ne ferait jamais. Ce que Marlyn savait. Anaïel ferma les yeux et chuchota, au creux de l'oreille :


- Tu le sais, hein, que je ne ferais pas de mal à ton enfant. Tu le sais que malgré l'étendue de ma haine pour toi, jamais je n'aurais le courage d'attenter à la vie d'un innocent. Tu le sais et tu en ris. Tu en ris car tu te rend compte que le monstre ce n'est pas moi, mais toi. Parce que toi, pas un seul instant tu n'aurais hésité à m'ôter mon enfant.


Elle remonta le couteau, accrochant de temps à autre le fil aux vêtements qui flotaient et craquaient, teintés de rouge. D'une main, elle précéda le trajet de la lame sur le visage, tout contre la paupière de l'oeil intacte, Marlyn restait immobile. D'une torsion, elle amena l'acier sur la tempe, et joua à en balader le fil sur la peau couverte de cicatrices, jouant avec le temps, avec sa vie qui s'enfuyait par le flan. Mais elle ne pouvait, ne voulait résister à ce qu'elle possédait à cet instant : le pouvoir de rendre Marlyn aveugle, peut-être, celui surtout de lui faire savoir que si elle ne pouvait la tuer, elle pouvait toujours la mutiler, lui faire subir ce qu'elle voulait. Ce qu'elle ne pouvait décemment pas faire, sa foi de marchombre résonnant encore, quoique faiblement, dans ses gestes entachés de sentiments tourbillonnant. Colère, déception, admiration, vengeance, douleur, fatigue, méchanceté, souvenirs et incohérence.

Cet enfant vivrait. Mais dans quelles conditions ? Jamais Marlyn ne pourrait l'aimer comme une mère, trop loin, à l'horizon de l'irraison, au bord de ce gouffre d'absolue noirceur qu'était celui des âmes damnées par le mal. Fallait-il abréger les souffrances qui l'attendait, à vivre comme un orphelin aux côtés de sa démente de génitrice ? Lui faire la grâce de l'oubli pour qu'il ne devienne pas l'instrument d'une cause qu'on lui aurait inculqué à coup de mensonges dans sa tête juvénile ? Anaïel secoua la tête, machinalement. Le couteau pénétra la peau, sur la joue, juste de quoi faire couler le sang.


*Si tu bouge, je te rend aveugle. Tu n'auras pas besoin de tes yeux pour t'occuper ce cet enfant, puisque tu n'a pas même le coeur pour l'aimer. Je lui laisserais la vie. Parce que je ne peux pas décider de ce qu'il deviendra, qu'une chance, même minime, de te rendre humaine ne devrait pas voir son existence écourtée, parce qu'il aura la possibilité d'être et de devenir. *

C'est à ce moment là que Marlyn tenta de s'échapper de l'étreinte. Un tesson de feu, déssin aussi primaire que douloureux, apparut sur les bras de la marchombre qui grogna, appuya un instant la lame sur la paupière, puis se dégagea aussi souplement que possible de la sphère dirrecte de pouvoir de la mentaï. Elle se releva en vacillant, visiblement à bout de forces, alors qu'Anaïel se sentait, dans la limite de quelques minutes, encore de force pour lui faire ravaler sa gorge et ses tripes. Si seulement elle en avait eu envie. Quelle ironie ! L'une assez peu fatiguée, encore, pour tuer l'autre mais ne pouvant le faire, et l'autre, harassée, qui n'avait plus que le mince pouvoir de faire des braises, voir un pas sur le côté ! Anaïel s'appuya un peu trop lourdement sur un statue défigurée par une centaine d'impact, reposant son côté, et ses blessures, frottant ses bras aux poils roussis et à la peau cloquée.

- Va t'en.

Marlyn ne bougea pas.


- Va t'en, c'est fini. Pat, nul, ex aequo. Pourquoi t'es encore là ? Pour épingler le pigeon, le rapporter gentiment à tes maîtres en remuant la queue ? Mais voilà, tu n'en a plus la force. Quant à moi je ne te tuerais pas, faible que je suis à la vie que toi tu saccage en riant. Va t'en maintenant. Tu a tué Elhya, qu'est ce que, maintenant, faible que tu es, tu pourrais faire de plus ? Me brûler les bras ?

Elle leva ses mains, bien en vue, après avoir laché le couteau qui tinta contre les tuiles et rebondit dans le vide. Puis elle ferma les yeux. Et sa greffe jaillit. Immensément blanche, stridulant la vie et le vif au coeur de chaque plumes aérienne, volatile et puissamment profilée. Ses ailes, son cadeau, qui décidait à présent que son coeur était de nouveau aussi pur que le blanc qui la composait. La lune palit, sanglante, et se répercuta, ombrant l'ange de feu d'un halo morbide. Jamais elle n'avait tant eu besoin du réconfort de ses ailes. Jamais elle ne s'était sentit aussi bouleversée, détruite, par dela même la barrière du corps et de l'esprit. C'était son âme qui saignait. À blanc. Ses convictions qui lui déchiraient l'envie, l'envie de tuer la mercenaire. Elle lança, une dernière fois, d'une voix éteinte, fragile, qui devait arracher un sourire à une Marlyn obscure :


- N'oublie pas. Quand, dans ton corps, il ne restera plus que le sel sur tes plaies, que tu auras donné la vie, je te tuerais. Maintenant dégage, Marlyn.

Avant que je ne m'effondre devant toi.


_______________
Des ailes dans le dos...




Anaïel / Miaelle Campbelle/ [i]Lev Mil' Sha

[/i]


Aucun destin n'est inéluctable.

L'arborescence des possibles nous tisse le sang aux poignets


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La Borgne
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MessageSujet: Re: La douleur, cet ersatz de haine... [Terminé]    Ven 4 Fév 2011 - 6:47

Bien sûr que non, je n’aurais jamais hésité à t’ôter un enfant, voire deux, des milliers, et ta vie avec. C’est toi qui chéris cette vie absurde et souffreteuse.

Y avait-il plus éprouvant pour les nerfs que de sentir la lame glacée de la mort frôler les ecchymoses, raviver les douleurs du combat, contourner les anciennes cicatrices, la peau brûlée, les tatouages, tout ce qui l’aliénait ? Relâchée d’épuisement, la Mentaï savait qu’elle ne mourrait pas. Qu’Anaïel était trop faible pour la tuer de sang froid, pleinement consciente d’être un assassin. Mais à savoir si elle s’en sortirait entière, elle commençait à douter. A se raidir. A sentir la sueur glacée verrouiller ses vertèbres tandis que l’éclat métallique montait le long de son propre visage, et se réverbérait en mille constellations dans les yeux maudits d’Anaïel. Entravée comme un papillon prêt à encadrer, voilà ce qu’elle ressentait. Elle se savait épuisée jusqu’à l’os, et chaque seconde voyait s’enfuir des gouttes de sang, des microcosmes de vie qui à la longue, la laisseraient froide et raide sur le sol, si elle ne s’enfuyait pas assez vite. Mais même penser, à cet instant, aurait été la provocation dont Anaïel avait besoin pour lui ôter l’ersatz de vue dont elle disposait encore. Ce que, elle devait se l’avouer entre deux spasmes, elle craignait plus que la mort elle-même. Elle s’était battue pour survivre, et avait passé des mois à souffrir, à réapprendre son corps et à oublier les heures noires, elle avait traversé maintes crises et délires médicamenteux pour maintenir un monde devant elle, un monde avec des couleurs et des éclairs. Mais Anaïel ne pouvait pas le savoir, ça. Et serait trop faible pour aller jusqu’au bout.
L’imbécile.

Je survivrais même si tu me détruis le monde. Le dessin qu’elle avait méthodiquement créé dans son esprit, suant la faiblesse et puant la lâcheté, avait pris forme, et l’odeur de chair brûlée lui emplit les narines avec un délice dont elle ne s’était plus crue capable. Un dessin malformé, fourbe et incapable de faire autre chose que d’éloigner, d’assurer une sécurité relative.
D’empêcher la lame de lui déchirer entièrement la paupière. Le monde prit une teinte rougeâtre, embué de pus et les formes perdirent toute netteté. Un instant, Marlyn tenta de visualiser mentalement à quoi ressemblait à présent son visage mutilé et scarifié ; la bile lui monta à la gorge.

Elle s’en irait. Pas par cet impératif de la marchombre aux yeux de sang, non. Elle s’en irait à la première seconde où ça lui était possible, l’esprit mis en pièce par le Dessin et les blessures, la perte de sang et les veines écorchées. Mais le pas sur le côté lui semblait s’échapper à chaque pulsation qui lui battait la carotide, à chaque trainée de sang supplémentaire qu’elle laissait couler entre ses doigts crispés sur la chair éventrée. Elle pouvait brûler les yeux d’Anaïel. Elle pouvait la provoquer, lui cracher des dernières insultes teintées d’agonie, l’obliger à regarder la mort en face, l’obliger à la tuer. Elle pouvait se redresser, et laisser le vide décider pour elle. Elle pouvait aussi rester là, et mourir. Mais elle avait trop d’orgueil pour mourir devant les yeux de celle qui était incapable d’attenter à la vie. Si l’hémorragie et l’épuisement devaient avoir raison de ses battements cardiaques, ils l’emporteraient loin d’ici, dans la chaleur bénie du manoir.

Anaïel, je ne te vois qu’à travers la brume de mon esprit. D’où as-tu appris à maitriser la blancheur de la lune ? Le sang de la Mentaï se glaça lorsque la blancheur pure vint lui agresser le regard, lui voler la netteté du monde et la sanité de son esprit.
C’était de la peur à présent qui lui contractait la gorge et nouait ses muscles, de la peur franche et pure qui lui empoisonnait les sens et la maintenait clouée contre ce marbre strié de son propre sang, alors qu’elle aurait pu s’enfuir et laisser derrière elle cette explosion d’harmonie. Cette incarnation du Bien si profondément dégoutante qu’elle doutait un instant de sa survie, ou de sa raison. Comment cette montagne stupide et si chère aux Marchombres avait pu accorder à cette bête sauvage une si imposante greffe ?

Nan, je m’en moque. Tu es en train de me tuer, Anaïel, à me voler les secondes dont j’ai besoin pour survivre. Malyn ramena compulsivement la main devant ses yeux, sentant l’épaisse moiteur et l’amalgame gluant de sang et de sueur. Etait-elle dévisagée à ce point ? Elle sentit cette main retomber sur ses jambes repliées, sans aucune idée précise du comment.
Seule cette blancheur écarlate qui lui creusait la tête et venait dévorer la moindre parcelle d’orgueil et de noire fierté de son esprit ; à bas l’honneur si ça me laisse en train d’agoniser comme un poisson mort sur ces toits, parce que tu m’as trop effrayée à jouer les pigeons. Et au diable les métaphores.

- Tes plumes ne te donneront pas plus l’envie de me tuer qu’avant. Tu ne pourras jamais me tuer.


Elle gardait la paupière fermée, sentant la blancheur lui brûler indirectement la rétine. Elle devait absolument se concentrer. Elle avait le temps. Anaïel ne la tuerait pas, ne lui ferait plus rien. Apprivoiser petit à petit l’agonie et la transformer en simple épuisement ; crisper les ongles dans les plaies pour retenir les précieux globules. Elle puait. Les tours, oui, et la pièce. Le tableau était-il côté fenêtre ou côté portes ? Rendre les soieries, les éclats de lumière qui s’écrasaient sur le miroir poli de la table de toilette. Marbre ou faience ? J’en sais rien. Le monde tournait. Où était le sol ? Le tapis orné et les chandeliers dispersés sur les guéridons, les coussins mollement amassés sur le coin du lit. Elle y ajouta des tentures bleu fumé, dans le doute.
Les serres de la réalité prenaient petit à petit forme autour de son dessin, et aspiraient son énergie à outrange. Elle ouvrit le regard au monde qu’elle quittait – pour de bon, quel qu’en soit le sens -, fixa son regard vitreux sur le sang de celui d’Anaïel :

- Je suis assez grande pour mourir toute seule.

Le monde bascula pour de bon, et ses fibres s’abandonnèrent au Pas, alors que sa tête allait reposer contre la pierre froide. Etait-ce un ployement de genoux qu’elle avait aperçu, une dernière once d’ironie qui teintait sa propre défaite du sentiment d’une petite victoire ?
Qu’importe ; elle disparut.




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Marchombre
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MessageSujet: Re: La douleur, cet ersatz de haine... [Terminé]    Dim 6 Fév 2011 - 18:57

[Cour de la Fontaine =>]

Elera montait, montait, montait, puisque c’était vers les hauteurs que la tirait sa greffe, accélérant à chaque marche, certaine de ne pas arriver à temps, à temps pour quoi, elle ne savait pas, pour sauver son ange ou pour sauver sa sœur, mais elle savait qu’il serait trop tard, pourtant, que pour l'une d'entre elles au moins l'histoire touchait à sa fin. La haine avait flambé comme une torche huileuse s’allume d’un coup au toucher de l’étincelle, embrasant le corps et le cœur d’Anaïel, et elles se battraient, violemment, il n’y avait aucun doute de cela. Peut-être, en arrivant, seraient-elles partagée entre les deux, incapable de freiner cette violence inouïe ; elle ne savait pas encore ce qu’elle allait trouver, ne savait pas, même, ce qu’elle comptait faire, petite marchombre dépassée par les événements, mais elle montait, et s’accrochait à chacun de ses pas comme si c’était sa propre vie qui en dépendait. Quoique. Peut-être n'aurait-elle pas mis autant de volonté dans ses pas, si ça avait été sa peau, et non celle des deux êtres qui pulsaient au rythme de sa greffe, qui tenait à un fil, à un mot, à un geste. Elle dansa sur les barreaux de l’échelle, et poussa la trappe qui la mènerait sur les toits de toute la force de ces petits bras. Passa la tête par l’ouverture, et s’accrocha aux tuiles.

Elle eut un hoquet de surprise, en sentant le vent nocturne lui caresser le visage, et en voyant les étoiles clignoter au dessus de sa tête. Elle avait oublié les étoiles, et la couleur du ciel, là en bas, entre le sang et la chair. Le vent soufflait, comme sourd aux hurlements qu’il transportait, à l’entrechoc des armes, sous ses pieds, dans la cour de la fontaine. A l’est, une lumière intense enflammait les toits – brasier dévorant, qui avalait les tuiles, bouffait l’horizon et léchait le ciel, et que le vent tuait et nourrissait dans le même temps. L’Académie prenait feu, carbonisée sous les flammes qui s’intensifiaient et mourraient l’une après l’autre. Il y avait des cris, là-bas. Elera serra les lèvres, en imaginant les corps qui peut-être étaient bloqués dans le brasier, et ceux qui tentaient d’éteindre les flammes, de sauver un pan de mur, malgré la destruction ambiante. Elle irait là-bas. Elle ferait taire le feu, et lui prouverait qu’elle n’était pas l’une de ses marionnettes. Soufflerait sur la fumée qui tentait d’éteindre les étoiles de son manteau opaque. Après. D’abord, trouver Marlyn, et Anaïel. Elera laissa son regard traverser le firmament dévasté, qui rougeoyait lui aussi, fit dos à la destruction qui éclairait les toits, et lui permettrait de discerner celles qu’elle cherchait.

Elle vit immédiatement la silhouette de l’ange, debout de dos à quelques mètres seulement, mais n’eut pas le temps de discerner celle de l’enfant du chaos, avachie un peu plus loin. Elle la sentit partir, sa greffe devenant un simple étui où résonnait le silence, là où elle sentait quelques secondes plutôt l’être pulser dans la nuit. Ses yeux ne quittèrent pas Anaïel, et malgré les ailes aveuglantes qui buvaient la lumière de la lune, Elera remarqua immédiatement le pliement des genoux. Impulsion du talon, et son corps traversait l’espace à nouveau.

Cette fois-ci, elle arriverait à temps.

Les mains d’Elera se glissèrent sous les ailes de l’enfant indigo et ses bras entourèrent sa taille, fermes, alors que le corps choyait, appuyé contre sa peau, sans plus d’autres supports. Elera plia les genoux, doucement, pour glisser au sol avec celle qu’elle venait de rattraper, les pulsions de son cœur commençant à ralentir. La tête d’Anaïel appuyée sur son épaule gauche, son dos contre son ventre, Elera ne la lâcha pas, posant à son tour sa tête sur l’épaule de la marchombre, la droite, cette fois. Les ailes frémirent, comme animées d’une vie propre, avant de se refermer sur Anaïel pour former un deuxième cocon de protection par-dessus les bras de la rouquine, et Elera ferma les yeux, aux tuiles détachées, aux statues brisées, au sang coulé et à la lune argentée. Sa respiration se calqua sur celle d’Anaïel, et elle resta là, en silence, sans d’autre mouvement que celui de la vie.

Vivantes.

Elera ne tenta pas de deviner ce qui avait pu se passer, et se contenta de se laisser aller à l’insolite soulagement qui se déversait sur ses épaules. Puis elle commença à fredonner une berceuse, les lèvres closes, un air un peu triste mais réconfortant aussi, sans paroles, qui vibrait dans sa gorge, tout près de leurs oreilles, noyant avec le vent les sons qui auraient pu provenir de la bataille, ou du feu crépitant. Juste une pause, le temps d’une respiration, d’un instant volé aux étoiles. Après, elle réfléchirait, aux blessures d’Anaïel, à l’incendie et aux prochaines actions, mais pour le moment, il n’existait qu’elles, et elles dérivaient. Le temps d’une chanson.


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Marchombre
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MessageSujet: Re: La douleur, cet ersatz de haine... [Terminé]    Sam 5 Mar 2011 - 17:51

Elle avait plié les genoux. Tout le corps, coupé en deux, replié, dégringolant un espace infini avant de percuter de qui semblait, à ses sens moutonnés de sang, une surface douce et mobile. Tendre. L'esprit en vrac, les yeux roulant, elle revoyait, encore et encore, le visage de Marlyn pulvérisé de blessures, torturé, au delà de l'humain, jusque dans l'âme de ses yeux. Monstre. Monstre. Monstre. Son visage, défoncé jusqu'au tréfond, l'horeur au bord de l'âme et les yeux à fleur de néant, qui hurlait, hurlait en silence ce que l'allure brouillée ne pouvait taire.

Elle était partie, disparue, un souffle presque, avec le souvenir d'une caresse brûlante sur sa joue tâchée de boue, elle s'était enfuie, la mentaï, ex aequo. Pourquoi alors, sa voix continuait-elle à porter, à s'épancher en incohérence de douleur, par dela l'espace et le temps crevé ? Pourquoi était-elle encore à distiller mécaniquement ses affres nauséeuses dans l'esprit torturé de la marchombre ? Elle avait sentit la réalité se tordre, une dernière mais non moins douloureuse fois, avant que le noir ne l'engloutisse, pour ne plus voir les flammes lechant l'infini, elle avait fermé les yeux. Elle ployait. L'esprit usé jusqu'à la corde, jusqu'à l'ultime touche d'humanité. Jamais l'effleurement de ses ailes n'avait été si doux.

Et alors qu'elle basculait, ses prunelles se gorgeaient du bleu du ciel, du vent qui séchait ses larmes de sang, coagulées aux commissures. Jusqu'en bordure de flammes, l'indigo se mariait à ses sens, épousant les cicatrices, soufflant une brise fraiche sur la chair à vif, colmatant la vie qui s'écoulait en un caillot d'oubli et d'une masse de coton au visage de ceux qu'elle aimait. Il y avait d'abord Elhya, qui lui souriait à travers les fissures du ciel, les yeux tristes devant la détresse de son apprentie, telle qu'elle était lorsqu'elles s'étaient séparées. Il y avait aussi Lohan, l'aveugle, la statue aux yeux mouvant, paradoxe ambulant, dont les yeux étaient cette flamme mouvante et libre dans l'armature de sa personnalité pierreuse, friable et tellement fragile. Lohan qu'elle avait appris à connaitre, un petit peu, le temps d'un soir. Elhya, Lohan, et puis Neo, aussi, la blanche et frèle Neo aux yeux doux, à l'âme damnée, si semblable dans l'affect et l'illusion que s'en était troublant. Moins, cependant, que cette rencontre au gout de sel et d'espoirs, Varsgorn et la petite Enelyë, le mercennaire renégat et la marchombre au coeur pur, quoi que le monde en dise. Ambre. Ambre qui ne l'avait pas tué, tout à l'heure, il y avait une vie, semblait-il. Ambre dont l'esprit mettait à rude épreuve les limites de sa curiosité, Ambre, aux yeux miroirs qu'elle apprendrait, quoi qu'il arrive, à connaitre, et à lier leurs routes, les tordres si elle préférait. Tout un panel de visage, brouillés, pour certains, qui pressaient leurs joues contre celle de la marchombre, lui soufflant dans la tête une chanson tendre et douce, un peu triste aussi. Il y avait tout ceux là, et le sourire d'Elhya dansait, dansait au dessus de son nez, insaisissable. Elle voulut tendre un bras, pour l'attraper, mais il se révéla trop lourd pour ses forces déclinantes. Elle renonça, et une larme lourde, ronde et chaude, roula contre son oeil, traçant un sillon blanc sur sa joue crayeuse.

Et sous le trouble, dans les ondulations liquides, le visage de son maître pris les traits tant aimé d'Elera, la rouquine, la marchombre, son ange gardien. Un temps, elle resta ainsi, incapable de comprendre que la douceur de sa chute, elle la devait aux bras de la jeune femme qui l'avait rattrapé, une fois encore, pour ne pas la laisser tomber. La mélodie qui feutrait ses oreilles provenait d'elle, de ses lèvres tremblantes, et son regard vacillait. Prêt à tomber, à se laisser engloutir, pour ne plus avoir à penser. Mais elle tenait bon, comme elle l'avait toujours fait, la rouquine, parce que sous l'apparente douceur de ses traits, sous la finesse presque frêle de ses épaules, elle cachait l'armature d'une personnalité flamboyante, indomptable, l'esprit même de la condition de marchombre, ainsi qu'une bonté d'âme jusque la inégalée.

Anaïel sourit à son amie. Qui lui rendit son sourire. Deux âmes hors du temps, enveloppées par les arpèges tristes et chaud de la rouquine. Combien de temps restèrent-elles ainsi ? la marchombre n'en avait aucune idée. Tout au plus senti-elle le sang arrêter de couler de son flan, et le froid engourdir ses doigts qui n'avaient plus la force de saisir la moindre mélodie. Humaine. Jusqu'au tréfonds. Les paupières lourdes, elle cligna des cils et contracta tous les muscles de son corps. Avec une grimace de douleur, elle s'ébroua et chercha à se remettre droite, à s'extraire du cocon protecteur qu'Elera avait tissé pour elle. La musique s'éteint sur une dernière note. Anaïel n'avait pas le droit. Pas le droit de rester dans les bras de celle à qui elle avait mentit. Elle réussit, après être retombée plusieurs fois, les paumes égratinées par les tuiles fracassées. Elera ne l'aida pas, ce que la marchombre apprécia. Enfin, elle s'assit, vacillante, l'esprit plus embrouillé que jamais. Honteuse, triste, horriblement triste, et vide, si vide qu'elle ne sentait même plus l'enveloppe de son propre corps. Quelque chose était mort ce soir, quelque chose dont l'absence porterait à jamais une part d'elle en suspension au dessus du noir de l'abime qu'elle avait creusé.

Elle chuchota, les yeux baissés. Une larme de plus au bout du nez.


- Je ne l'ai pas tué. Malgré ce que j'avais promis, je ne l'ai pas tué. Malgré ce que je t'ai promis, je n'ai pas pu m'empêcher d'essayer, de toute mes forces. Elle a tué Elhya, elle l'a tué et l'a laissé pourrir loin de moi ! Elera, elle à tué mon maître !

Elle avait finit sa phrase en hurlant aux étoiles, les yeux fous. Elle se releva d'une ondulation vacillante, les poings serrés, trop faible pour frapper, trop faible pour s'allonger et oublier. Elhya dansait, dansait...

- Elhya c'était mon maître, c'était ma seule famille, c'était elle, celle qui a donné un sens à ma vie, qui m'a offert l'infini comme pavé de nuages que personne n'avait foulé ! Elle m'a offert l'humanité...

Elle se retourna vers Elera, les yeux brillants de larmes. Le menton dressé, un peu trop fière, tant dans l'esbroufe bafouée que dans un panache qu'elle ne méritait pas, ne mériterais jamais. La force de l'habitude quoi. La violence de la posture, toujours la violence, comme réponse aux maux, aux mots qu'elle ne pouvait retenir, qu'elle ne pouvait filtrer. Elle avait reculé. Misérable.

Elle s'avança, lentement, vers les flammes dans les cheveux d'Elera. Lorsqu'il n'y eu plus qu'un pas pour les séparer, elle s'arrêta et vrilla son regard dans le sien, cherchant au fond du violet quelque chose qui lui donnerait la force de s'accepter, même en étant aussi, sinon plus monstrueuse que Marlyn. Les trilles de ses paroles chevretèrent.


- Pardon. Pour l'inquiétude, pour la promesse, pour la bêtise.

Ça venait des tripes. De la gorge et du ventre. Modulé par cette soirée monstrueuse, qui lui bouffait l'esprit. Oui, elle avait besoin du pardon d'Elera, faible qu'elle était dans l'arrogance de ses certitude, mise à nue devant la futilité de ses espoirs qu'elle se refusait à abandonner. Jamais elle n'arrêterait, jamais elle ne stopperait sa course aux humains, à la curiosité qui les maintenaient en vie malgré eux. Elle voulait éprouver l'amour, les aimer, ces traitres à la Nature, ces être si hideux qu'elle ne ressentait pour certain qu'une haine corrosive et diabolique. Mais elle voulait les aimer. Comme elle aimait Elera, Lohan, Varsgorn, Ambre, Neo. Comme elle avait aimé Elhya. Et tant Qu'Elera serait avec elle, elle continuait à avancer. Quoi qu'il arrive.

- Marlyn attend un enfant.

Elle détourna les yeux. Pensive. L'enfant souffrira probablement. Mais tout le monde souffre, tôt ou tard, alors elle imagina un ou une petite Marlyn qui babillait et tendait ses petites mains potelées. A vrai dire c'était un peu effrayant. Elle s'avança encore un petit peu. Et, sans plus réfléchir, elle ouvrit les bras et serra la rouquine contre elle, en murmurant milles merci mouillés dans son cou. C'était fini.





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Marchombre
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MessageSujet: Re: La douleur, cet ersatz de haine... [Terminé]    Dim 6 Mar 2011 - 22:00

Elera emprisonna Anaïel de ses bras, formant un rempart inébranlable dans son dos, l’une de ses mains allant se perdre parmi ses mèches cendrées. Le menton posé sur l’épaule de l’ange, leurs joues se frôlaient, et les larmes d’Anaïel venaient humidifier la peau de la rouquine, se mélangeant entre les deux surfaces comme si elles n’en formaient qu’une. Elle ne répondit que par sa présence aux murmures égarés de la marchombre ailée au cœur immensément grand, grand comme le ciel, et où bouillonnaient autant d’émotions qu’il y avait d’oiseaux fendant l’air. Elle était bouleversée, son monde retourné comme s’il était une boule de cristal qu’un enfant aurait soudain secouée, avant de la lâcher, et de la laisser rouler, rouler, rouler sur le sol, de sorte que ce qui avait été le haut devenait haut puis bas à une vitesse trop élevée pour que l’être chamboulée à l’intérieur ne puisse plus faire la différence entre ciel et terre. L’horizon n’était plus qu’une ligne verticale, alors que le monde glissait inexorablement sur le côté, pente pointue ne laissant rien pour se rattraper. Et Elera, en retenant Anaïel entre ses bras, en écoutant ses paroles, était emportée à sa suite dans l’avalanche, chutant, roulant avec elle, son petit être empathique aussi renversé que celle qu’elle avait dans ses bras.

Il fallut un moment avant que les murmures se fassent plus espacés, un moment aussi avant qu’Elera réussisse à prendre la parole, la gorge serrée, mais elle finit par enfin laisser autre chose que des onomatopées dépasser la commissure de ses lèvres.

- Je ne peux pas atténuer ta douleur, Anaïel, et je ne peux t’offrir que des banalités, des phrases dont le sens semble vide, face à ce que tu ressens… Mais je vais te les offrir quand même, d’accord ?

Elle s’était mise à se balancer, à peine, presque pas, comme lorsqu’on berce un enfant, mais sans vraiment savoir si elle berçait la jeune femme ou elle-même. Les bruits de l’incendie et les cris des hommes formaient un brouhaha de fond ; elle savait qu’ils étaient là, juste en bas, juste à côté, et pourtant, ils semblaient sortir du gosier d’un autre monde, éloignés de plusieurs années lumières, comme si elles, sur les toits, sous la voûte encore faiblement étoilée, se trouvaient dans une bulle dont la substance invisible les protégeait faiblement.

- Je n’ai pas connu Elhya. Mais si elle était marchombre, comme toi, comme moi, elle ne regrette pas la mort. Ce n’est qu’une limite de plus à franchir, un chemin de plus vers les étoiles… Et toi… Toi, elle t’a guidée, elle t’a donnée des ailes et elle t’a appris à voler. La mort est trop faible pour briser le lien qui s’est forgée entre maître et apprentie. Elle résonne, dans chacune des fibres de ton corps. Peut-être ne peux-tu voir son sourire que dans tes souvenirs, mais elle sourit, tout de même. Et c’est Marlyn qui l’a tuée. Comme c’est mon maître qui a anéanti sa vision, comme c’est Til’ Lleldoryn qui a assassiné ses rêves et ses espoirs, comme c’est moi qui ait… abattu, oui, abattu cet homme ce soir, cet homme dont je ne connais même pas le nom, et qui manquera sûrement à quelqu’un, quelque part… Il est trop tard pour effacer le passé. Marlyn, je l’ai aimée, et puis je l’ai haïe. Sûrement ne lui pardonneras-tu jamais, et je ne te le demande pas. Peut-être que moi non plus. Peut-être voudras-tu encore la tuer, la prochaine fois que tu la trouveras, peut-être que tu réussiras, ou non. Mais à quoi cela servirait-il ? Elhya ne reviendra pas, et sa mort ne fera qu’ajouter une nouvelle coulée de sang sur nos histoires… Je ne veux plus le sang, pas comme ça, Anaïel. Je veux les étoiles, et le chant du vent.

Elle recula sa tête, desserra son étreinte, pour pouvoir se plonger dans les yeux de feu de l’enfant indigo, les flammes, et le chaos chamboulé de ses pupilles. Les siens se firent mélancolies violines, et ses traits s’imprégnèrent d’une triste douceur, avant qu’elle n’ajoute :

- Je veux croire que cet enfant sera aimé, malgré tout.

Marlyn, attendre un enfant… Il était tellement difficile d’enrouler son esprit autour de cette idée, tellement difficile de la saisir. Elle essaya de s’imaginer ce maître qu’elle imaginait être le père, cet homme qui l’avait sauvée, alors qu’elle n’était plus que lambeaux de chair ne tenant encore ensemble que par ce puissant instinct de survie qui ne voulait pas la lâcher. Cet homme qu’elle n’avait jamais vu, dont elle ne connaissait rien, et qui pourtant elle en était sûre était son sauveur, son ange gardien, parce qu’elle avait entendu le ton dans la voix de Marlyn, les vibrations d’une reconnaissance infinie, tout au moins, là haut sur les Dentelles Vives, il y avait de cela toute une vie, il lui semblait. Quelle histoire pourrait-elle avoir, cette petite boule de vie ? Sa mère le garderait-il auprès d’elle, cet enfant, où l’abandonnerait-elle aux mains d’une autre ? Aurait-il le droit d’être un enfant, ou serait-il utilisé comme un outil, dès le début ? Des myriades d’images irréelles traversaient la loupe de souvenirs inexistants, de vies parallèles futures, dont aucune ne serait vraie, même si elles étaient toutes plus ou moins vraisemblables. Oui, elle espérerait pour cet enfant, cet enfant qui n’avait choisi ni sa mère, ni son père, ni le monde dans lequel il naîtrait bientôt. Ce monde, qu’Elera aimait tellement, à en exploser, le cœur rempli d’émotions, de sensations, de souvenirs et du présent vivifiant. Ce monde tellement entaché de violence, aussi, de cruauté, de pulsions, de pensées contradictoires, d’intérêts divergents, de conflits, toujours, alors que les esprits se trouvaient trop isolés pour pouvoir faire autre chose que se heurter continuellement.

Elera leva la tête, quittant le ciel du visage d’Anaïel pour celui qui s’étendait à l’infini au dessus des minuscules êtres qu’elles étaient. Minuscules petits êtres, qui se croyaient plus grands qu’ils n’étaient, alors qu’ils n’étaient que des grains de poussières perdus dans la brise…

- Laissons cette nuit à sa place. Laissons les regrets dormir, au moins pour cette nuit. Laissons la lumière de l’aube omnisciente atténuer celle du feu qui se consume, et la rendre moins aveuglante.

Elle tourna son regard sur les flammes qui léchaient encore le ciel, à présent, et attrapa les doigts de son ange, cet ange qui lui avait promis la liberté et la lui avait rendu, cet ange qui lui avait insufflé l’espoir, là bas, sous le saule amoureux, cet ange qui jamais ne lui avait fait le moindre mal, malgré la bestialité qui courrait parfois le long de ses nerfs et court-circuitait la raison, cet ange qui avait partagé avec elle le chant du vent, et celui de la pierre. Cet ange qui vivait, si pleinement, si véritablement, effrénée de liberté, effrénée d’instants, qu’elle dévorait, sans en perdre une miette, et en en savourant chaque subtilité. Saurait-elle jamais combien elle lui avait offert ? Saurait-elle jamais combien Elera lui devait, combien elle lui était reconnaissante, pour tout ce qu’elle était pour elle ? Elle serra les doigts, de toutes ses forces, comme un enfant serrant les doigts de ses parents par peur qu’ils ne s’échappent, jusqu’à ce que ses phalanges deviennent blanches, elles qui étaient habituellement hâlées comme la peau dorée de la fille de la brise.

- Je t’aime, Anaïel.

Elle avait prononcé ces mots sans même s’en rendre compte, ou tout du moins, sans les préméditer. Spontanés, impulsion suivie avant d’en prendre conscience. Naturels, comme s’ils devaient être dits, qu’ils avaient leur place, ici, maintenant, une place tellement évidente qu’on ne pouvait même pas penser à la contester. Des mots auxquels elle n’accrochait pas les connotations humaines, celle des corps et de la dépendance, mais simplement une vérité calme et translucide. Parce qu’en sa présence le sang avait un autre goût, l’espoir une autre couleur, et qu’elle se sentait bien. Parce que si elle avait besoin d’elle, elle viendrait, où qu’elle soit, et elle serait là, comme Anaïel avait été là pour elle. Mais tout ça, elle n’avait pas besoin de le dire. C’était un souffle d’évidence qu’elles étaient toutes les deux capables d’écouter. Elera desserra sa main, mais sans lâcher les doigts ; ils pourraient glisser, s’évader sans mal s’ils le souhaitaient, ou rester au creux de sa paume, et ça n’avait aucune importance. C’était le calme, le calme après la tempête, le calme avant la tempête, aussi. Plus tard, les événements la rattraperaient, se bousculeraient, lui rempliraient la cervelle d’images, de choix, de dégoût, de désorientation, et elle ne saurait plus quoi en faire, ne saurait pas quelle leçon en tirer, ne saurait pas dans quelle direction se diriger. Mais pour le moment, elle était extraordinairement calme, comme si le trop plein d’émotions qui avait précédé l’avait laissée entièrement vide, et que l’exténuation rendait tout plus clair, plus simple.

Et elle se souvenait, elle se souvenait de ce jour où, après une bataille tout aussi sanglante que celle-ci, elle avait fui dans les montagnes en chemise de nuit, pour inviter l’aurore au côté de la même présence chantante qui se tenait auprès d’elle. Elle fixa l’est. Attendant le croissant brûlant qui y apparaîtrait bientôt.


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Marchombre
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MessageSujet: Re: La douleur, cet ersatz de haine... [Terminé]    Mar 14 Juin 2011 - 8:46

[ J'ai mis du temps à le pondre, ce tout petit texte, mais le voila et j'espère qu'il te plaira pour clore ce rp ^^ merci pour tout ! I love you]


Les mots coulèrent, fluides et vivace dans le pavillon de son oreille pour apaiser, plus que la peau, la raison qui chevretait et vacillait alors que tout, tout était chamboulé. Elera était là. Contre elle, en elle, avec ses mots caresses, avec sa clairvoyance majestueuse, avec son réconfort et ses mains de pianistes. Elera était là, c'était fini.

Anaïel écouta avec attention ses paroles, sur Elhya, sur la mort, sur le passage et les liens qui ne se brisaient pas. Sur la haine, aussi, la haine, ce poison si brûlant qu'elle disjonctait la raison, l'esprit et le corps, pour en faire une arme de destruction. Marlyn avait tué Elhya. Un hoquet secoua la poitrine de la marchombre. Elle secoua la tête, trop éreintée pour frissonner sous la colère qui l'envahissait, trop à l'aise avec Elera pour imaginer autre chose que de la tendresse sur ses doigts meurtris. Mais ça faisait si mal... Et après tous les événements de la soirée, malgré le sang et les larmes, malgré les morts et les blessures, elle se rendit compte que cette plaie béante qui lui bouffait la poitrine pouvait être contrôlée. Non dissoute, le pourrait-elle jamais ? Mais elle sentait, par delà les barrières de son corps, les chairs qui se refermaient autour, comme pour emprisonner le mal pour qu'il ne soit plus létal. La balafre resterait, éternellement, et avec elle le souvenir d'Elhya qui ne s'effacerait jamais.

Elle serra les doigts de sa rouquine.

Et la tendresse qui l'envahit alors, cette bouffée d'amour qui lui consuma les yeux, lui redonna espoir. Parce qu'au delà des flammes et du temps bouffé par elles, au delà du sang et des lames dans les plaies, au delà de la haine, si quelqu'un comme elle pouvait éprouver de l'amour dans un contexte aussi dramatique, c'était que tout était encore possible. Elera, à son côté, avait les yeux perdus dans le vagues, et sans savoir pourquoi, Anaïel su qu'elle pensait à cette première rencontre, à cette courbe du destin qui les avait réunis dans les montagne ce jour là, cette courbe qui s'était finalement muée en un cercle d'infinie confiance, de respect et de tendresse réciproque.

Avec Elhya, Elera était son cadeau de la vie. Son espoir, cet espoir qui lui manquait tant au quotidien pour vaincre ses démons et ceux du monde. Mais ce soir là tout était possible. Tout, même oublier le carnage, la tristesse et la haine. Alors elle ferma ses pensées, elle les verrouilla bien au rond de sa boite crânienne, et elle les rouvrirait plus tard, quand le monde se serait calmé et que les flammes aurait tari leur féroce appétit.

La dernière phrase de son amie fit frissoner son échine, tandis qu'une vague de chaleur montait le long de son corps. Des mts pouvaient-ils guérir ? Ce soir, cet instant précis, elle aurait juré que oui, que les arpèges de la voix douce d'Elera avait passé un baume chaud et cicatrisant sur ses plaies, comme si le sang avait arreté de coulé et s'était transformé en pansement de douceur.

Elle lâcha la main d'Elera et se plaça derrière elle, le vent soufflait, froid et dru. Elle passa ses bras autour d'elle, l'emprisonnant dans une étreinte de sang et d'amour. Ensuite elle ferma les yeux. Fort. Pour se laisser envahir une dernière fois par la sensation exquise de sa greffe.

Et ce soir là, Elera dans ses bras et Anaïel dans son dos, Les ailes de la marchombre s'étendirent autour des deux femmes, invitant dans l'étreinte le souvenir d'Elhya et la promesse, peut-être pas de réussir, mais d'essayer, au plus fort, de s'émanciper de la vengeance et de la haine. Tout était possible, même que cet enfant soit aimé. Après tout, Anaïel avait cet espoir qui couvait également, sinon elle n'aurait jamais laissé Marlyn partir vivante. Elle resserra son étreinte sur les épaules de son amie et lui murmura, entre deux sifflements :


- Tu es un cadeau pour la vie, un espoir pour l'avenir. Je t'aime aussi Elera, et ce soir, avec toi, j'ai l'impression que malgré la violence des hommes, il y aura toujours quelqu'un comme toi pour redonner espoir aux esprits perdus. Tu es une marchombre exceptionnelle, et tu es mon amie la plus chère. La seule, d'ailleurs.

Elle se tu, pensive, ses yeux se parant des couleurs dorées du coucher de soleil, et du bleu du ciel qui se délavait en cadence, rythmé par les flammes qui s'élançait et retombaient, toujours un peu plus bas, comme si elle voulaient voler un peu de marine à l'infini de la voute matinale. Alors elle voulu ajouter quelque chose de très important pour elle. Quelque chose qu'elle n'avait jamais dit à personne, car les chaines en spyralait le sens, et les actes qui en découlait. Mai ce n'était pas important. Parce que c'était son premier pas vers l'amour, et vers l'équilibre de sa condition, au profit, peut-être, d'une liberté absolue qu'elle n'avait fai que suivre jusqu'à présent. Mais plus que la liberté, c'était l'harmonie qui l'attirait, l'harmonie et le choix d'aimer, envers et contre toute nature violente que ses cellules pouvait abriter. Elle se pencha et sifflota, heureuse, pour la première fois ce soir là :

- Je serais toujours là pour toi.

Un temps. Le temps pour Anaïel de sentir cette certitude grandir, et prendre toute la place dans son corps, le temps de voir l'avenir, un instant, dans un flash d'une rare netteté.

- Toujours.


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