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 Te voilà enfin [Terminé]

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Marchombre
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MessageSujet: Te voilà enfin [Terminé]   Ven 31 Déc 2010 - 17:45

Quel idiot! Mais quel idiot il était. Pourquoi il avait tenté de grimper sur les toits de l'académie? Hein? Pourquoi? Il savait très bien qu'il était plus capable de grimper comme il le faisait avant son emprisonnement. Il s'était bien entraîné petit à petit à grimper sur des petites collines. Il n'était pas encore en état d'escalader des bâtiments. Alors pourquoi il avait tenté cette idiotie? Enfin, si, il connaissait la raison. Il avait voulu voir si Elera n'avait pas trouvé un petit endroit bien caché en hauteur pour attendre ses apprentis. Non, la question qu'il se posait, c'est pourquoi il y avait été lui? Il aurait pu laisser Lya faire cette grimpette et lui dire ce qu'elle voyait. Après tout, ce jour-là, il avait recherché Elera ensemble. La Felixia était monté, Kirfdéin l'avait suivit. Enfin, il avait tenté de la suivre. Au départ, tout s'était bien passé. Il avait bien grimpé, ses muscles répondaient à ses mouvements. Mais tout s'était gâté. Ses muscles s'étaient tétanisés. Il s'était mis à trembler et il avait lâché prise. Il s'était effondré et il avait touché terre violemment. Un horrible cri s'était fait entendre. Il s'était brisé les os. Il était incapable de bouger, la douleur était intense. Lya était rapidement descendu. Elle l'avait aidé à se relever et il s'était dirigé tant bien que mal vers Eoliane. Kirfdéin devait être soigné au plus vite par les rêveurs. Ca avait prit du temps d'aller jusqu'à la confrérie mais ils y étaient arrivés. Le marchombre avait été soigné rapidement mais on lui avait conseillé de rester un peu pour se reposer. Il pourrait repartir plus tard. Avec Lya, ils avaient décidés de visiter un peu la confrérie. Kirfdéin ne connaissait pas cet endroit et il voulait continuer de discuter avec sa compagnon d'apprentissage.

Alors qu'ils discutaient de leur passé respectif, Kirfdéin entendit une discussion entre deux rêveurs:

- Dis-moi, tu sais quand elle va partir notre invité? Ca fait quand même plusieurs jours qu'elle est là.

- Je sais pas. Apparrement, elle attends quelqu'un mais je sais pas qui. Enfin tu sais, les marchombres, c'est toujours compliqué à comprendre.

Elle? plusieurs jours? marchombre? Et si c'était Elera qui les attendait içi? Le sort aurait-il conduit les deux apprentis sur la bonne voie? Il fallait chercher cette invitée pour connaître son identité. Si c'était pas Elera, tant pis pour eux. Il était resté silencieux pendant sa réflexion. Il jeta un regard vers Lya qui le regardait. Avait-elle capté la discussion elle aussi? En était-elle arrivé à la même hypothèse?

- Tu as entendu les rêveurs qui discutaient là-bas? Ca pourrait parfaitement correspondre à Elera, tu trouves pas? Une marchombre qui attends quelqu'un depuis plusieurs jours. C'est tout à fait notre maître. Je serais d'avis d'aller voir cette invité. Si c'est pas elle, on repartira à l'académie quoi que les rêveurs disent. J'en ai marre d'attendre pour poursuivre notre enseignement.

Lya aquiesca d'un signe de tête. Ils partirent à la recherche de l'invité. Ils fouillèrent la confrérie et ils tombèrent enfin sur l'invité des rêveurs. Elera! Elle attendait là. Ca faisait plusieurs semaines qu'ils cherchaient dans l'académie alors qu'en fait, elle était chez les rêveurs..... Non franchement, sans cette blessure, les apprentis auraient eu beaucoup de mal à retrouver la maître marchombre aux cheveux de feu.

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Maître rêveur
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MessageSujet: Re: Te voilà enfin [Terminé]   Ven 31 Déc 2010 - 20:13

[En tant que directrice d'Eoliane, je me permets de m'incruster, si ça vous gène tant pis ^^]


Amarylis arpentait les couloirs d'Eoliane d'un pas rapide et violent. Étonnamment elle était d'une humeur massacrante. La Confrérie virait en club med, et cela ne lui plaisait guère. Beaucoup de rêveurs avaient pris un risque immense en participant à la dernière bataille de l'Académie, partageant un camp alors qu'ils se devaient d'être neutres! La Maitre rêveuse ne se souvenait que trop bien de son périple à la grotte chantelame pour soigner les résistants. Elle ne le regrettait absolument pas, mais l'attaque, les blessures, et le coma qui avaient ensuivi l'avait profondément marqué. Marqué dans tous les sens du terme. Psychologiquement et physiquement. La douleur au flan avait disparu, même si la cicatrice restait, et la marque rouge sur sa tempe semblait vouloir rester à vie, au plus grand mystère de la rêveuse elle-même. Elle songeait d'ailleurs à se rendre à Ondiane, consulter des plus hauts placés qu'elle, et donc plus doués.
Selon elle les rêveurs avaient pris un risque trop grand, et n'avaient pas forcément eu le choix, abandonnant Eoliane pour l'Académie. Un des élèves, Joran, avait même trouvé la mort, tué par un mercenaire, étant sur place...Et Amarylis s'en voulait. Terriblement.
Alors que des élèves entrent comme dans un moulin à Eoliane, se fassent soigner des maigres blessures pouvant être guéries à l'infirmerie, ça passe, soigner était leur métier. Mais qu'elle n'en soit pas averti...Cela, elle ne pouvait le concevoir.
La faute allait aux rêveurs élèves, qui ne l'avait pas prévenu, mais également aux visiteurs qui ne s'annonçaient plus. Ils entraient, sans même prendre la peine de saluer le maître des lieux, ou au moins un rêveur expérimenté. Aux yeux de la jeune femme, il s'agissait d'un manque cruel de politesse.

Aussi elle s'empressait de rejoindre ces fameux visiteurs, avant qu'ils ne s'en aille, histoire de leur montrer l'hospitalité d'Eoliane. Qu'elle ne puisse elle-même voir ses patients, alors qu'il s'agissait d'une petite Confrérie, lui donnait l'impression de contrôler une institution impersonnelle et inhospitalière.
Elle tomba enfin sur un jeune homme, guerrier d'apparence, aucun doute là-dessus, malgré le fait qu'il soit dénué d'arme, respect du code des rêveurs. Costaud, encore jeune, dix-huit ans, tout au plus, des cheveux blancs lui tombaient sur le visage. A ses côtés se tenait une jeune fille, du même âge sensiblement, les cheveux courts et auburn, ainsi que de grands yeux bleus. Et puis une autre fille, plus singulière et légèrement familière à Amarylis: des cheveux de feu, des yeux violets et semblant un peu plus vielle que les deux autres inconnus. A la manière dont ils se regardaient, ils venaient tout juste de se trouver.
La directrice d'Eoliane ne savait que très peu de choses sur ses patients sur le point de partir. Un seul était blessé, ou deux peut-être. Rien de grave, mais gardés plusieurs jours par sécurité. Sans l'en avertir, ce qui exaspérait la rêveuse au plus haut point! La troisième les attendait, logeant ici apparemment. Sans l'en avertir non plus...

-Bien le bonjour, jeunes gens. Les coupa Amarylis, ne leur donnant pas le temps de se parler.

Tout trois tournèrent la tête vers la Maitre Guérisseuse, visiblement surpris.

-Il semble que nous n'avons pas eu l'amabilité de nous présenter. Je suis Amarylis Luïnil, directrice de cette Confrérie, et maître rêveuse de ce fait.

Elle leur sourit, cachant au mieux sa mauvaise humeur. La faute ne leur était pas totale, et ils étaient tout de même les bienvenus à Eoliane. La politesse et les codes associés s'apprennent avec le temps.

-J'ai eu le regret de constater qu'aucun de vous ne s'est annoncer à moi. A moins qu'un rêveur supérieur ait été au courant, et qu'il ait eu la faute de ne point m'en avertir. J'aime pourtant à rencontrer mes patients, savoir qui loge en mes appartements. La confiance est dure en ces temps-ci, et les rêveurs ont pris trop de risques à mes yeux pour qu'ils puissent se permettre d'accepter des inconnus sans mon accord.

Sa voix se voulait douce, à son habitude, malgré son humeur exceptionnellement mauvaise. Elle ne voulait que leur expliquer les conséquence de la bataille sur Eoliane, et les règles qu'elle voulait y instaurer.

-Mais il n'est pas trop tard pour réparer cette faute. Quels sont vos noms? Venez-vous de l'Académie? Et pourquoi êtes-vous venu ici? J'aurais eu grand plaisir à vous soigner de mes propres mains.

Elle montra de son bras une chambre dédiée aux visiteurs, pourvue d'une table sur laquelle était posée une théière et des tasses.

-Venez donc vous asseoir à mes côtés? Vous pourrez me raconter tout cela autour d'une tasse de thé. Il vient des plaines étrangères.

Voyant le regard hésitant et manifestement embêté de ses hôtes, elle ajouta:

-Bien entendu, par la suite je vous laisserais à vos retrouvailles. Et il me semble que tous trois êtes en excellente santé. Vous pourrez donc récupérer vos armes et affaires et quitter Eoliane, si vous le juger nécessaire.

Elle sourit, et vérifiant que tous les suivait, s'engagea dans la chambre, prête à accueillir ses hôtes comme elle avait l'habitude de le faire.



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Marchombre
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MessageSujet: Re: Te voilà enfin [Terminé]   Sam 1 Jan 2011 - 22:37

C'était avec bonheur que Lya avait retrouvé le plaisir de l'escalade. Kirfdéin et elle cherchait Elera depuis deux ou trois semaines déjà et les toits faisaient parti des endroits qu'ils n'avaient pas encore visité. Lya était passée devant, crochetant une première prise, s'élevant de quelques mètres, et le jeune homme l'avait suivi de près. La distance qui les séparait du sommet diminuait petit à petit et la Félixia souriait en sentant la pierre sous ses doigts. Elle s'amusait à s'imposer quelques difficulté, utilisant des bidoigt plutôt que les larges fissures qui courait le long du mur. Elle nageait dans le bonheur, s'apprêtait à faire un jeté légèrement risqué lorsqu'un cri avait retentit en dessous d'elle, la coupant dans son élan. Lorsque Lya baissa la tête, ce fut pour voir un Kirfdéin répandu au sol qui gémissait de douleur. Lya descendit rapidement pour aider le jeune homme. Ils étaient en route pour Eoliane quand la Félixia regretta de ne pas avoir grimpé les quelques mètres qui la séparait du toits pour vérifier que la Marchombre ni était pas..

Désormais, elle ne le regrettait plus.

Kirfdéin avait était soigné. Ils ne pouvaient pas repartir immédiatement, les rêveur ayant recommandés du repos au jeune homme. Les Félixias cheminaient donc ensemble dans la confrérie lorsqu'une conversation attira leur attention. Kirfdéin lança une tirade à laquelle Lya acquiesça. La jeune femme avait effectivement des doutes sur la présence de leur Maître dans la confrérie. Pendant que les rêveurs soignaient Kirfdéin, elle avait surpris quelques conversations qui laissait penser qu'Elera était belle est bien à la confrérie. Ce qui se confirma lorsque les deux jeunes gens la trouvèrent.

Ils n'eurent pourtant que le temps de se saluer avant qu'un quatrième personnage n'entre dans l'histoire. Une jeune femme à la peau couleur neige, des yeux nuage et de longs cheveux azur parsemé d'étoiles argentées qui se présenta comme étant la directrice de l'académie. Lya lui trouvait une certaine fragilité dans son apparence, mais elle s'aperçut bien vite que ce n'était qu'une illusion. Les mots d'Amarylis cachait plutôt bien la mauvaise humeur qui émanait d'elle, ce qui pour la Félixia était une preuve du caractère fort de la rêveuse. Les trois Marchombres suivirent la rêveuse, à contre cœur pour Lya. La jeune femme était heureuse de retrouver Elera, et curieuse de connaître le contenu de sa prochaine leçon. Aussi, l'apparition soudaine d'Amarylis la contraignait et la Félixia était décidée d'en finir rapidement avec le protocole de politesse. Elle lança donc la première:


-Je m'appelle Lya, et voici Kirfdéin et Elera. Nous venons effectivement de l'Académie comme vous l'avez supposé. Quand à notre présence ici... eh bien Kirfdéin s'est blessé en voulant grimper sur un des toits de l'Académie. Nous cherchions Elera, c'est pour ça qu'on voulait aller sur le toit. Sauf qu'on l'a trouvé ici.


Donc, si vous pouviez nous laisser tranquille, histoire qu'on puisse suivre notre cours en paix, ce serait vraiment magnifique. Lya ne prononça pas ces mots, mais elle les pensa très fort. La Félixia jeta un coup d'œil à la Marchombre qui n'avait encore rien dit, ne sachant pas trop si elle devait continuer sur sa lancée. Ne parvenant pas à croiser le regard améthyste d'Elera, Lya prit son mal en patience, s'adossa à un mur et attendit que les choses se passent. Sur son visage, les mots impatience et exaspération étaient imprimés.


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Marchombre
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MessageSujet: Re: Te voilà enfin [Terminé]   Dim 2 Jan 2011 - 21:32

Elle avait passé longtemps, à errer entre pierres et fougères, avec pour seul écho celui des bourrasques dans son esprit et pour seule compagnonne celle de son ombre abandonnée, ombre-solitude rougie par le soleil, bougie écarlate qu’aucun vent ne semblait pouvoir souffler ; il gémissait, le vent, mais le soleil continuait à rougeoyer, et même quand il s’étouffait, et que la solitude devenait une couverture englobant le monde entier plutôt que juste la simple voyageuse, il finissait par revenir, éclairant de ses rayons ce qu’Elera ne voulait pas voir. Elle aurait voulu fermer les yeux, se coudre un bandeau sur les paupières, et n’être plus reliée à l’univers que par ses mains plongées dans la terre. Une terre meuble, grasse et vivante, humide, qui lui colorerait les ongles, maculerait ses doigts et rafraîchirait ses paumes. Elle n’avait pas compté les jours, avait simplement disparu, disparu dans le passé, pour un voyage dont le seul retour avait été Julia. Et puis elle était arrivée à la Confrérie.

Elle avait demandé asile, et on le lui avait accordé sans poser de questions. La confrérie était un îlot, îlot de paix et de sérénité, un espace hors du temps, coupé de la violence, ou chacun pouvait trouver un instant de silence. Tous, roturiers, nobles, guerriers, marchombres, Dessinateurs, enfants, adultes, vieillards, pirates, navigateurs, bandits de grand chemin, soldats de l’Empire, c’était ici que les hommes trouvaient soin et neutralité. Il n’y avait pas de questions, juste une porte ouverte et une promesse de vie. De vie, de rêve, de soin. Elera avait embrassé la confrérie comme elle avait embrassé le firmament quelques jours auparavant. Elle n’avait pas posé de questions, et réciproquement. On lui avait simplement offert de rester un peu dans l’une des chambres pour invités. Apparemment, le Maître Rêveur n’était pas là lors de son arrivée ; elle ne la croisa pas lors des quelques jours passés ici. Elle ne sortit pas beaucoup, mangeait dans les dortoirs plutôt qu’au réfectoire, et ne rejoignait les rêveurs que pour méditer avec eux.

Ils avaient été étonnés, d’abord, n’avaient pas su comment réagir à sa présence, ne savait pas si elle avait le droit d’être là, ou non, et il n’y avait personne pour leurs donner la réponse ; alors ils n’avaient rien dit, et avaient simplement continués à suivre leur rythme de vie. Elera avait trouvé son rythme, elle aussi ; elle souhaitait rencontrer la rêveuse qui s’occupait de la confrérie, avait de nombreuses questions à lui poser, questions qui se bousculaient dans sa tête, dans sa gorge, sous sa langue, et pourtant elle n’essaya pas de s’adresser aux apprentis rêveurs, se contentant de les observer de loin. Elle finirait bien par trouver celle qui dirigeait la Confrérie ; alors, et alors simplement, elle parlerait. On lui avait demandé combien de temps elle comptait rester, gêné ; elle avait simplement répondu qu’elle attendait quelqu’un.

Elle attendait quelqu’un, et d’autres la cherchaient ; ces derniers la trouvèrent en même temps que celle qu’elle attendait. Elle avait vu ses apprentis arriver, les observant traverser les jardins de sa fenêtre, et avait ouvert sa porte, avant de s’assoir sur son lit, et d’attendre. Ils l’avaient trouvée. Les cours marchombres allaient reprendre. Elle allait devoir partir ; et pourtant, elle n’avait toujours pas les réponses à ses questions, se balançait toujours au dessus du néant de son subconscient. Comment pouvait-elle être Maître, alors que les doutes la remplissaient ? Elle avait pensé trouver la réponse chez les rêveurs, une réponse, tout du moins, qui la satisferait momentanément, le temps de se forger la sienne. Boucher les fissures de ses incertitudes, pour ne pas les enseigner à ses apprentis. Elle ne leurs donnerait pas de réponse, juste des questions, pour qu’ils puissent trouver leur pourquoi eux aussi, mais elle avait besoin d’une base, d’un équilibre solide, avant de pouvoir voltiger de nouveau sur le fil du hasard.

Elera tourna son regard vers Kirfdéin qui entra le premier dans la salle, puis vers Lya qui le suivait de prêt, hochant la tête en voyant qu’ils s’étaient trouvés, qu’ils avaient cherchés ensemble. Puis elle tourna son regard vers la rêveuse qui les suivait ; s’étonna, un instant, en la reconnaissant. Amarylis avait été rêveuse à l’Académie, avant la reconstruction d’Eoliane, et Elera avait plusieurs fois demandé son aide, même si elles n’avaient jamais véritablement parlées. Par deux fois, la rêveuse aux cheveux océan lui avait sauvé la vie ; Elera lui en serait toujours reconnaissante. Apparemment, celle-ci ne se souvenait pas d’elle, mais la marchombre ne s’en offusqua pas, sachant que les rêveurs avaient de nombreux patients et qu’elle n’avait jamais essayé de la connaître. Lya semblait agacée de sa présence, et chercher à savoir si cet agacement avait raison d’être ; Elera lui donna rapidement la réponse, en parlant à son tour.

- Dame Luinil. Veillez m’excuser, je n’ai pas eu l’occasion de vous voir depuis mon arrivée… J’y tenais, pourtant ; j’aurais voulu m’entretenir avec vous, si vous avez quelque temps à me consacrer…

Patience, petite marchombre ; tout a un temps, et celui des cours n’est pas encore arrivé. Les mots de la rêveuse lui pincèrent le cœur ; la bataille récente avait visiblement eu un effet sur la confrérie aussi, et même les rêveurs n’en sortiraient pas sans changer certaines règles. Il y avait une époque où tous entraient ici sans qu’aucune question ne leurs soit posés…

- Kirfdéin et Lya sont mes apprentis, et sont venus ici pour me trouver. Quant à moi… J’ai quitté l’académie peu après, le… la… bataille ? chute du chaos ? …les événements récents. J’avais besoin de réfléchir. Je cherche des réponses. Et je pensais les trouver ici.

Restait à savoir si Amarylis accepterait de lui parler. Et si elle arriverait à formuler la cacophonie de ses pensées, si elle arriverait à mettre des mots sur toutes les questions qu’elle ressentait ; la violence, le sang, la neutralité des rêveurs, le soin, le Rêve. Peut-être que la maître rêveuse ne pourrait pas lui répondre, peut-être fallait-il être rêveur pour connaître leur philosophie ; mais demander ne pouvait faire aucun mal. Elera se tourna ensuite vers ses apprentis.

- Vous vous êtes trouvés, vous m’avez trouvée. Nous parlerons plus tard du comment et du pourquoi ; mais si Dame Luinil accepte de répondre à mes questions, j’aimerai que vous écoutiez vous aussi les réponses. Lya, tu te souviens peut-être de notre conversation dans l’armurerie… Kirfdéin, de celle que nous avons eue avant que tu partes à la recherche de Lya. Certains choisissent de se battre, d’autres pas. Certains choisissent la vengeance, d’autres non. C’est pour ça que nous sommes ici.

Je veux savoir ce qu’il me faut choisir ; si la voie des marchombres est incompatible avec le pacifisme, si la voie de l'harmonie est teintée de cterre rouge, comment les rêveurs réussissent à rester neutres au milieu de tant de violence, s’il me faut me battre, et pourquoi, et comment ; et je ne trouve pas, je ne trouve pas, alors s’il vous plait, acceptez de m’écouter, et répondez-moi…

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Marchombre
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MessageSujet: Re: Te voilà enfin [Terminé]   Mer 5 Jan 2011 - 16:59

Une jeune femme aux cheveux évoquant un ciel d'été était entré à leur suite. Elera n'avait même pas eu le temps de leur parler. Kirfdéin l'avait déjà vu mais il ne pouvait se rappeler où. Peut-être à l'académie avant d'être enfermé dans sa prison. Elle se présenta. Amarylis Luinil, directrice de la confrérie et rêveuse. En entendant le mot "reveuse", le marchombre se souvint immédiatement de l'endroit où il avait croisé la femme aux cheveux azur. Dans les appartements de Duncan. Amarylis était présente là-bas. Kirfdéin l'avait repéré quand il avait été soigné, après sa sortie de cellule. C'était bien là-bas qu'il l'avait vu mais il ne lui avait pas parlé. Et c'était quasiement certain que la rêveuse ne l'avait pas, ce n'était pas elle qui s'était occupé de ses blessures.

Ils suivirent la directrice de la confrérie dans une petite chambre où une table était présente. Des tasses et une théière étaient posé sur ladite table. Ils s'installèrent tous autour et la rêveuse versa du thé dans chaque tasse. Kirfdéin en prit une, but une gorgée du liquide chaud. Il voulut expliquer la raison de leur présence mais Lya et Elera le devancèrent. La rêveuse n'avait donc plus besoin de son explication. Tout avait été dit par Lya. Kirfdéin garda donc le silence et il but une nouvelle gorgée de thé, écoutant avec attention ce qu'Elera disait. Oui, il se souvenait très bien de la discussion qu'il avait eu avec sa maître marchombre à Al-Poll. Ca remontait à quelques semaines, c'est certain mais Kirfdéin avait une bonne mémoire. Bon, pas une mémoire qui lui permettait de se souvenir de choses après plusieurs années de différences mais elle lui permettait quand même de se souvenir des détails d'une conversation qui remontait à plusieurs semaines. Il était curieux de connaître le jugement de la rêveuse lui aussi. Il voulait savoir comment il était possible de ne jamais ressentir la vengeance. C'était le désir entier qui l'envahissait depuis qu'il était sortit de prison. La vengeance. L'horrible et terrible vengeance. Il voulait en connaître plus sur ces personnes qui pardonnaient dès qu'elles recevaient du tord. Elera avait eu raison de les attendre içi finalement. Peut-être que le discours d'Amarylis changerait les idées de vengeance de Kirfdéin...... Mais..... Mais oui, c'était certainement pour cette raison qu'elle avait attendu ici. Il avait sentit qu'Elera n'était pas très contente qu'il ait envie de se venger. Elle a peut-être décidé de le faire écouter le discours de la rêveuse pour qu'il renonce à son idée. Parce que, elle aurait pu demander un rendez-vous avec Amarylis un jour où elle serait seule. Non, franchement, maintenant qu'il avait pensé à cette idée, Kirfdéin la trouvait très plausible. Il n'était pas contre l'idée de changer d'avis sur sa vengeance mais il croyait pas ça possible. Enfin, il verrait bien en écoutant le discours de la directrice d'Eoliane. Il but une nouvelle gorgée de thé et il attendit.


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[J'ai conscience que mon post ne fait rien avancer, mais vu que c'était à mon tour Arrow]


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Maître rêveur
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MessageSujet: Re: Te voilà enfin [Terminé]   Ven 7 Jan 2011 - 16:46


La jeune fille aux cheveux auburn paraissait vraiment contrariée. Amarylis voyait bien ce que ces yeux bleus lui lançaient tandis qu’elle se présentait elle et ses camarades. Elle en premier, quel manque d’altruisme ! En somme son regard lui crachait : « Lâche-nous, on a autre chose à faire que de parler avec une simple rêveuse. ».
Le jour où cette fille, Lya, aurait besoin des soins rêveurs, elle ravalerait vite ses pensées dédaigneuses.
La jeune femme ne put s’empêcher de lever les yeux au ciel. Pourquoi les élèves avaient-ils la fâcheuse manie de vouloir escalader tous les toits de l’Académie ou autre ?

Kirfdéin. Inconnu au bataillon. Enfin, la Maitre Rêveuse ne gardait aucun souvenir particulier de ce garçon, qui pour l’instant ne pipait mot. Il faut dire, vu le nombre de patients qui défilaient devant ses yeux... Curieusement, elle aurait cru que ce serait lui qui aurait émis le plus de réticence à la suivre. Mais non. Il buvait calmement le thé qu’elle leur servait, attendant que l’autre jeune femme parle.
Elera.
Pour le coup, la femme aux cheveux azur était persuadée de l’avoir déjà soigné par le passé.

-Dame Luinil. Veillez m’excuser, je n’ai pas eu l’occasion de vous voir depuis mon arrivée… J’y tenais, pourtant ; j’aurais voulu m’entretenir avec vous, si vous avez quelque temps à me consacrer…


Amarylis trempa ses lèvres rosées, qui contrastaient avec sa peau de neige, dans sa tasse brulante.
Du temps. Elle lui en accorderait volontiers, assez curieuse de savoir pour quel raison cette jeune fille avait demandé asile. Elle était encore très jeune, la vingtaine, mais son regard améthyste et son visage fatigué trahissait de la vieillesse prématurée, des soucis qui l’accablaient et la transformaient en véritable femme.
Apparemment elle tenait également un rôle de taille, puisque les deux jeunes gens étaient ses apprentis. Cela fit une drôle d’impression à Amarylis, tous avaient sensiblement le même âge, mais l’une enseignait aux autres.
Après tout, Ewen n’était si plus âgé que cela, lorsqu’il avait pris la rêveuse sous son aile. Quoi que. Dix-huit ans. Il lui semblait bien qu’à sa naissance, Ewen avait tout au plus dix-huit ans lorsqu’il avait aidé sa mère à accoucher sans risque.
Ainsi Elera était là depuis la bataille, la reprise, bien qu’elle ne semblait pas parvenir à mettre les mots sur les évènements. Amarylis comprit quelque peu pourquoi elles ne s’étaient pas croiser. Elle était restée quelques temps à l’Académie, dans les bureaux de Duncan, pour s’occuper des élèves blessés et traumatisés. Aussi elle n’avait pu voir l’arrivée de la rouquine.

« Je cherche des réponses. Et je pensais les trouver ici. »

La directrice d’Eoliane lui renvoya en guise de réponse un regard entendu et doux. Elle était touchée qu’elle ait pensé aux rêveurs pour trouver des réponses. Et surtout elle espérait de tout cœur pouvoir l’aider. Car elle-même ne pouvait répondre à toutes les questions, et elle ressentait un besoin urgent de se rendre à Ondiane, retrouver Ewen, en espérant qu’il ne soit pas sur les routes, afin d’y trouver repos et réponses justement. La bataille, la résistance, tout cela l’avait chamboulé, et avait transformé sa douce Confrérie en lieu de refuge et elle ne savait quoi encore.
A la question : pourquoi ce monde tombait-il ainsi dans le Chaos, elle n’avait aucune réponse, à son grand regret.
Alors peut-être Ewen pourrait-il l’aider. Il était plus âgé et plus sage, plus expérimenté aussi. Alors Amarylis pourrait retrouver Elera et lui rapporter de nouvelles réponses si les prochaines ne lui suffisaient pas.

« Certains choisissent de se battre, d’autres pas. Certains choisissent la vengeance, d’autres non. C’est pour ça que nous sommes ici. »

La Maitre Rêveuse comprit mieux les attentes d’Elera. Plus que des réponses, elle voulait en faire une sorte de cours à ses élèves. Leur expliquer le rêve. Le choix de ne pas se battre. Cela ne serait pas aisé. Surtout après la bataille.
La rêveuse posa avec douceur sa tasse sur sa coupelle, dans un léger tintement d’argenterie.

-Tout d’abord, Elera, soyez la bienvenue à Eoliane, jusqu’à ce que vous trouveriez des réponses suffisantes. Je suis heureuse que vous en fassiez profiter à vos élèves. Trop choisissent trop rapidement la voie comme un moyen d’éliminer par vengeance ou…ou simplement parce que l’homme en face est un « ennemi ». Alors que c’est avant tout un homme.

Elle sentit le regard exaspéré des élèves. Combien de fois avaient-il du entendre ce discours ?

-Toutefois, j’ai appris par expérience que l’on pouvait réellement désirer la mort d’un homme.

Elle vit de grands yeux s’ouvrir.
Une rêveuse, désirer la mort ? Est-ce possible ?
Et bien oui. Oui, Amarylis avait désiré voire ces hommes, ces agresseurs, mourir. Car à ses yeux ils n’étaient que des monstres, qui n’avaient pas hésité à l’attaquer lors de son retour de la grotte chantelame avec Valen Til’ Lleldoryn.

-Mais, posez donc vos questions. Qu’est-ce qui vous assombrit autant le cœur et l’âme, Elera ? Votre voie ? On choisit sa voie, on en subit souvent des conséquences inattendus. Toutefois, si la voie est réellement faite pour nous, on ne la regrette jamais. Qu’on ait choisit de se battre, de se venger ou non.

Regrettez-vous votre voie, Elera ?
A quel point ce dernier combat vous a-t-il atteint ?


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Marchombre
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MessageSujet: Re: Te voilà enfin [Terminé]   Ven 7 Jan 2011 - 19:57

Elera hocha la tête aux premières explications d’Amarylis, en parfait accord avec ses paroles. Combien de fois avait-elle vu la vengeance décimer les êtres et faucher les âmes ? Marlyn, peut-être, en était le meilleur exemple, s’étant vengée de l’Académie qui lui avait fait tant de tort. Et tout ça pour quoi ? D’autres tortures, d’autres morts, et un cercle vicieux de violence qui n’en finissait pas. Elle avait entendu, un jour, une vieille dame dire que œil pour œil et dent pour dent, le monde finirait bientôt aveugle et édenté… Alors oui, elle voulait combattre ce cercle, refuser de faire couler le sang si facilement ; parce qu’après tout, qui était-elle pour décider de la vie et de la mort ? Qui était-elle pour décider du bien et du mal ? Les personnes qu’elle combattait avaient choisi leur voie, comme elle avait choisi la sienne ; certains se battaient pour l’empire, certains par vengeance, certains pour se défendre, certains par nécessité, d’autres par plaisir, ou par opportunité. Elle ne connaissait pas leur vie, ne savait pas ce qui avait guidé leur choix ; peut-être, dans d’autres circonstances, aurait-elle pu les aimer, les apprécier, partager des instants avec eux. Elle répugnait à leur retirer la vie, elle qui aimait tant respirer. La mort faisait parti du cycle, elle était nécessaire, naturelle ; elle n’avait pas peur de mourir un jour, savait que chaque chose avait une fin. Mais tuer, c’était décider que la fin serait maintenant. Plus tôt que nécessaire. Parce qu’une mort n’était jamais nécessaire, il y avait toujours un autre choix…

Un choix difficile.

Les images de celui qu’elle avait tué lors de la bataille apparurent le temps d’un éclair sur sa rétine, suivies de près par les souvenirs chamboulés de Marlyn, Ambre, Anaïel, et puis ceux, plus lointains, d’Ervy et de Khelia. Comment pouvait-elle choisir de ne pas toucher les armes, comment pouvait-elle laisser les hommes brûler tout ce en quoi elle tenait, massacrer ses amis, anéantir ce qui l’entourait, torturer les cœurs et violer les esprits ? Comment pouvait-elle laisser les hommes se blesser les uns les autres, et se tenir simplement à l’écart, sous le prétexte qu’elle deviendrait alors une combattante de plus dans les rouages de la vengeance ?

Amarylis comprenait ; Elera le sut immédiatement en l’entendant dire qu’elle avait déjà voulu la mort d’un homme, et même si la phrase l’étonna énormément, elle pouvait comprendre que les circonstances puissent pousser même un rêveur à cette extrémité.

La question qu’elle lui posa ensuite la marqua profondément.

Etait-ce la voie des marchombres, qui l’emplissait d’incertitudes ?

Elle avait toujours cru que tendre vers l’harmonie était aussi un moyen de tendre vers la paix ; qu’alors les seuls morts seraient les morts nécessaires, la mort qui nourrit la vie, la souris qui nourrit la chouette, le siffleur qui nourrit l’ours élastique, le vieillard qui se meurt pour laisser la place aux enfants. Et puis il y avait eu les raïs, les tortures et les batailles ; et la voie avait été ternie d’un sang artificiel. Etre marchombre, cela signifiait aussi se battre pour des idéaux. Se battre pour la liberté. C’était pour la liberté qu’elle s’était battue contre les mercenaires du Chaos, et leurs avait volé la leur. Elle ne pouvait pas être marchombre sans prendre position dans l’éternel combat humain ; sans tenir tête à ceux qui ne cherchaient pas à atteindre un monde où chacun aurait sa place. Elle ne voulait pas se battre, et ne comprenait pas comment elle pouvait ne pas le faire, était incapable d’en supporter les conséquences.

Regrettait-elle sa voie ?

Elera se prit à rêver (littéralement hein :arrow : ). De sa vie imaginaire à la confrérie. D’elle, rêveuse et Rêveuse, marchant sur les empreintes de pas laissées dans la neige par Amarylis. Elle s’imagina remonter les allées des jardins comme elle l’avait fait ces derniers jours, rejoindre les autres pour méditer, accueillir les blessés, soigner les blessures du corps et celles des âmes. Apprendre à soigner, tous ceux qui viendraient à elle, sans distinction aucune, sans jamais porter de jugement sur leur vie, sur leurs combats, sur ce qui les menait ici. Et puis de les voir repartir, et continuer à se battre contre la violence, un Rêve à la fois. Elle aurait été heureuse, dans cette vie là…

Et pourtant il y avait eu Ellundril Chariakin.

Elle avait dansé entre les ondes, lié d’un geste le ciel à la terre, allumé des étoiles dans les yeux de l’adolescente qu’elle était. Elle avait promis, en quelques mots, un pont au dessus du monde, la voie lactée pour océan, l’univers pour horizon. Un monde où les sabres servaient à se découper un passage entre les quatre vents, un monde de poésie et d’intensité. Elera avait plongé sans une seule hésitation, instinctivement ; elle avait appris à ne pas détruire la beauté de la neige, à marcher sans déranger la terre, à voler le temps des combattants, à dompter le vide, et à jouer avec le feu. Mais que faire, lorsque ceux qui vous entourent transforment la neige en gadoue grisâtre, cassent les brindilles sur lesquels ils marchent, se font lacérer et lacèrent de coups d’épée, se foulent la cheville en sautant dans le vide et se brûlent les doigts lorsqu’ils touchent les braises ? Que faire, lorsqu’au lieu de se glisser entre les forces, ils préféraient détruire ce qui se dressait sur leur passage et semer la mort pour survivre ? Elera hésita, un instant, avant de répondre à Amarylis.

- Non, je ne regrette pas ma voie. Je regrette simplement qu’elle soit parfois incompatible avec celles des autres… A quoi sert de tendre seul vers l’harmonie, quand ceux qui nous entourent s’entredéchirent ? D'être libre au milieu des prisonniers ? Ne doutez-vous jamais, Dame Luinil ? Lorsque vous soignez un homme, et que vous savez que les cinq prochains blessés l’auront peut-être été de sa main ? Qu’ils auraient pu ne jamais être blessés, si vous ne l’aviez pas soigné ? Si tuer un homme ou le laisser mourir peut en sauver cinq, est-ce pour autant excusable ? Et n’est-ce pas lâche, au contraire, de le laisser en vie parce que ce n’est pas à nous de décider qu’il mérité la mort, n’est-ce pas accepter la violence et la laisser proliférer, en un sens ? Comment puis-je choisir de me battre ou de ne pas me battre, puisqu’un choix comme l’autre mène à tout autant de malheur ?

Mais ce n’était pas seulement pour elle, mais aussi pour ses apprentis qu’elle était ici ; aussi ajouta-t-elle :

- Mes deux apprentis ont tous deux subi des torts immenses, et souhaitent tous deux se venger. Je ne peux pas les approuver ; mais comment pourrais-je leurs en vouloir ? Et comment puis-je les excuser, eux, et refuser de faire de même pour ceux qui se battent contre moi ?

Puis elle lança un regard vers ses apprentis, comme pour les inviter à tenter de répondre, eux aussi, ou de poser leurs questions en retour…

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Marchombre
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MessageSujet: Re: Te voilà enfin [Terminé]   Dim 9 Jan 2011 - 12:12

Les paroles d'Elera rassurèrent Lya. La rêveuse n'empêchait pas le cours marchombre, elle le détournait juste pour en montrer une autre facette faite de questions et de réponse. La jeune Félixia se promit d'être attentive, ce qui l'amena à farfouiller dans sa mémoire pour retrouver la conversation qu'elle avait eu avec la Marchombre dans l'armurerie. Ah oui! La vengeance, la non vengeance, le fait que tout ne soit pas tout blanc ni tout noir... on y était. Bien, elle pouvait à présent se concentrer sur les paroles d'Amarylis.
Quoi? Un Rêveur, c'était pas tout doux tout gentil? Ces humains vivant à l'écart des autres et passant leur vie à méditer, à apprendre et à soigner pouvait vraiment avoir des envies de meurtres? Surprenant. Enfin, pas tant que ça à vrai dire. Lya n'avait-elle pas dit un jour qu'elle détestait l'uniformité? Si, c'était à cette jeune femme à la peau translucide, une Corbac... Enelyë. C'était son nom. Celle-ci lui avait dit qu'elle pensait que les Marchombres ne parlaient pas autant que la Félixia, ce qui avait énervé Lya. Et voila qu'elle faisait exactement la même chose avec la Rêveuse. C'était vraiment stupide de penser ça. Chaque être humain à un caractère différent. On peut être Rêveur et avoir envie de tuer quelqu'un, Marchombre et décider de ne jamais le faire, Dessinateur et être égoïste, Combattant et adorer le rose, Éleveur et détester les animaux, Assassin et tomber amoureux.
Oula, stop, on ne s'aventure pas sur ce terrain s'il vous plait. C'est bien trop dangereux, et Lya n'avait aucune envie de fondre en larme devant l'assistance. Elle ne s'était pas encore décidé à aller voir Selhan, et plus le temps passait, moins elle parvenait à choisir. Le jeune femme reporta son attention sur la conversation. Elera parut hésiter un instant avant de répondre à Amarylis.
Ses mots sonnaient juste, comme d'habitude, et Lya s'émerveilla de sa façon de les utiliser. A chaque fois que la Marchombre parlait, elle parvenait à dire ce qui était d'une façon tellement vrai que la Félixia était toujours de son côté. Et quand elle ne l'était pas, elle n'arrivait jamais à exposer son point de vue de manière aussi vrai. Cela lui donnait l'impression de ne pas savoir parler, et il fallait avouer que ça l'énervait un peu. Elle se lança pourtant à son tour:

-Je ne parviens pas à trouver les bons mots comme Elera, mais tant pis.

Elle se tourna vers la Marchombre.

-J'ai réfléchi à ce que tu m'as dit dans l'armurerie. Pour toutes les deux, on dirait que ce venger consiste d'abord à se battre, puis à tuer. Mais je crois qu'il y a d'autres moyens que ceux-la. On peut se venger de façons tout aussi horrible que le mort, en utilisant la ruse ou en se servant du chagrin. En touchant ce qui est le plus chère à la personne, son physique, son entourage, son mental. Je ne dis pas que c'est ce que je veux faire, je dis seulement que tuer n'est pas un ultimatum.


Lya fit une pause et s'assit à son tour. Elle prit le temps de boire une gorgée de thé avant de continuer:

-Peut-être que j'ai tord, mais c'est mon point de vue. Dame Luinïl, vous dites que si une voie est vraiment faites pour nous, on ne la regrette jamais. Je ne suis pas d'accord. On peut tout à fait regretter de ne pas avoir choisit autre chose, même seulement quelques seconde dans toute sa vie. J'ai choisi la voie des Marchombre, mais parfois, je regrette de ne pas être resté dans ma famille pour prendre la relève en tant qu'éleveuse de Siffleur. En même temps, je sais que si je l'avais fait, je regretterais de ne pas être partis comme je l'ai fait. C'est comme ça, on y peut rien.

Voila, j'ai fini. Votre thé est délicieux Dame Nuage. Je ne vous le dirais pas parce que je n'ai pas aimé la façon dont vous m'avez regardé. Je sais, c'est bête mais c'est comme ça. Dame Nuage. Ça vous va vraiment bien. Votre physique s'accorde à ce mot autant que votre rang de Rêveuse et à votre esprit.
Aller Kirf, à toi! Ou bien vous, Dame Nuage, vous en pensez quoi?



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Marchombre
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MessageSujet: Re: Te voilà enfin [Terminé]   Jeu 13 Jan 2011 - 7:21

Kirfdéin écoutait attentivement les différentes femmes autour de lui. Ainsi donc la rêveuse avait souhaité la mort d'un homme. Lui aussi, il souhaitait la mort, mais pas d'une seule personne. Non, il souhaitait la mort de tout ceux qu'il avait vu pendant les tortures. Les mercenaires n'étaient pas "avant tout des hommes". C'était des monstres, des brutes sans âme. Elera ne comprenait pas son envie de vengeance mais elle n'avait pas subit ce qu'il avait vécu. Elle ne pouvait le comprendre. Sa chair n'était plus meurtrie grâce aux rêveurs mais son âme était toujours blessée. Se venger l'aiderait-il? Il ne pouvait le savoir mais il ne pouvait penser à autre chose. Il lui arrivait encore de faire des cauchemars où il était projeté en arrière dans le temps. Il se revoyait parfois dans sa cellule, parfois dans la salle de torture. Il était sortit de l'enfer mais parfois son esprit y retournait, sans qu'il le veuille. Comment pouvait-il faire autre chose que de demander des dettes aux survivants du Chaos? Comment pouvait-il pardonner à l'horrible femme qui l'avait torturé avec tant de plaisir? C'était impossible! Elera ne pouvait comprendre. Jamais elle ne comprendrait. Même elle aurait hurlé vengeance si c'était elle qui s'était retrouvé dans la cellule pendant deux saisons entières. Cette épreuve avait transformé le jeune marchombre à jamais. Quand il était arrivé à l'académie, il n'avait pas ses envies de vengeance. Il aimait la vie et il ne se voyait pas en assassin. Il était un peu comme sa maître marchombre. Pardonner. Ne pas tuer. Voilà son credo quand il était arrivé dans l'établissement. Maintenant c'était différent. C'était même tout le contraire.

Lya parlait d'une autre façon de se venger. Se venger sans tuer? Oui, c'était une bonne idée. Malheureusement la cible de la vengeance de Kirfdéin ne pouvait ressentir la tristesse. Les mercenaires ne pouvaient être des humains pour faire de telles choses. Ils n'avaient pas d'âme, pas de coeur, pas de sentiments. Il devait les tuer et laisser les nombreuses victimes, qui avaient perdu la vie à cause du Chaos, les juger dans l'autre vie. Oui, il les tuerait..... quand il serait prêt.

Regretter ses choix? Aussi étrange que cela puisse paraître, Kirfdéin ne regrettait rien. Il était venu à l'académie de Merwyn pour suivre les dernières directives de son père. Vivre une meilleure vie que celle qu'il avait connu. Visiter le monde. Trouver l'amour. Sa vie n'avait pas été meilleure. Il n'avait pas vu grand chose du monde. Mais il avait trouvé l'amour. Halina. Alors non, il ne regrettait vraiment rien. C'était bien la preuve qu'il ne s'était pas trompé en venant ici. Il voulait toujours continuer alors qu'il avait vécu le pire. Maintenant, c'était une meilleure route qui s'offrait à ses yeux.

- Ne pas se venger est devenu impossible pour moi. Je sais très bien que la mort de mes ennemis n'effacera pas mes tourments. Je sais que la douleur que j'ai ressentit restera toujours gravé dans ma mémoire. Mais je veux tout de même me venger. Pour moi et pour les autres aussi. Je n'arrive pas à accepter qu'il existe encore sur cette terre des êtres capables de se vanter de faire souffrir les autres, de m'avoir fait souffrir. J'ai connu la torture et l'enfermement pendant 6 mois, je ne veux pas que d'autres subissent la même chose. D'autres prendront peut-être le relais de ceux que je tuerais mais, au moins, j'aurais peut-être pu sauver plusieurs âmes innocentes.

Des âmes innocentes comme l'était la mienne avant d'être capturé. Il se tourna ensuite vers Elera. Il tenta de mettre tout ce qu'il pensait dans son regard. Mais il ne savait pas s'il en était capable. Autant le dire par des mots, c'est beaucoup plus simple.

- Je suis désolé, Elera. Je sais très bien que tu n'acceptes pas mes envies de vengeances. Mais elles me font vivre. Elles me font oublier les tourments que j'ai subit. Elles m'éloignent de l'horreur que j'ai subit. Je ne sais pas si j'irais jusqu'à les tuer. Après tout, il est plus simple d'en vouloir à quelques que d'agir vraiment.

Il n'avait pas encore tué, alors oserait-il vraiment si jamais il se retrouvait devant cette femme qui l'avait torturé? Il en était même pas sûr.


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Ce qui ne nous tue pas nous rends plus fort. Suis-je vraiment vivant? Suis-je vraiment devenu plus fort?





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MessageSujet: Re: Te voilà enfin [Terminé]   Mar 25 Jan 2011 - 13:33

Amarylis devinait bien l’ampleur que prenait à présent la discussion avec ces invités. Elle devenait maître d’un cours marchombre, et de surcroit conseillère d’orientation en quelques sortes pour la jeune Elera.
Bien plus que cela, ils débataient à présent sur les voies, les choix de chacun, la nécessité existante ou non de tuer. Le Chaos et l’Harmonie. L’équilibre entre les deux. Le Monde, en somme.


- Non, je ne regrette pas ma voie. Je regrette simplement qu’elle soit parfois incompatible avec celles des autres… A quoi sert de tendre seul vers l’harmonie, quand ceux qui nous entourent s’entredéchirent ? D'être libre au milieu des prisonniers ? Ne doutez-vous jamais, Dame Luinil ? Lorsque vous soignez un homme, et que vous savez que les cinq prochains blessés l’auront peut-être été de sa main ? Qu’ils auraient pu ne jamais être blessés, si vous ne l’aviez pas soigné ? Si tuer un homme ou le laisser mourir peut en sauver cinq, est-ce pour autant excusable ? Et n’est-ce pas lâche, au contraire, de le laisser en vie parce que ce n’est pas à nous de décider qu’il mérité la mort, n’est-ce pas accepter la violence et la laisser proliférer, en un sens ? Comment puis-je choisir de me battre ou de ne pas me battre, puisqu’un choix comme l’autre mène à tout autant de malheur ?


Ces mots ne pouvaient sonner plus justes. Cette jeune fille n’avait tout juste que la vingtaine, et pourtant elle faisait preuve d’une maturité étrange. Elle n’était pas encore vraiment une femme. Mais tendait à le devenir sous peu. La Maitre Rêveuse prenait conscience à quel point la dernière bataille avait fait ravage dans les esprits des alaviriens. Y compris le sien. A présent, rien ne serait plus pareil.
L’incompatibilité. Aux yeux d’Amarylis la compatibilité n’était qu’une question d’auto-persuasion, de volonté. Toutefois, il arrivait parfois qu’une personne puisse être démunie face à certaines forces contradictoires. Comme le Chaos et l’Harmonie. Pouvait-on jongler entre les deux, les allier ? A priori non.
Mais que faisait un rêveur en soignant ceux qui avaient besoin d’aide, qu’ils soient marchombre ou mercenaire ? N’alliait-il pas les deux natures ? Et de cette façon, la rouquine posait des questions pertinentes, et difficiles à répondre. Tout aussi difficiles à enseigner aux élèves.
Toutefois elle attendit. Attendre qu’Elera ait terminé, que ses apprentis se soient exprimé à leur tour, afin qu’elle puisse préparer les mots qui convenaient au mieux, et qui répondraient si possible à toutes les questions. Si possible. Certaines questions demeurent sans réponse. Pour le bien de tous.

De fait, la marchombre invita les deux jeunes gens à parler, de la vengeance, œuvre si alléchante, et si dangereuse.
Lya se montra maladroite dans ses dires, mais très intelligente. Elle savait cerné certaines choses. Se venger ne consistait pas forcément dans le fait de tuer. Rares étaient ceux qui comprenaient cette subtilité entre faire du mal, éxécuter le mal. Maitriser, et obéir. Mais le premier ne valait pas forcément mieux que l’autre. De quel droit pouvait-on se permettre de s’injecter dans les sentiments et données personnelles d’un autre pour le détruire de l’intérieur ?
Quant au regret, elle fit sourire Amarylis. Bien entendu, on regrette tous une seconde au moins, comme l’on déteste une personne tous au moins une seconde dans sa vie. Que ce soit sa mère, son père, n’importe qui de la famille, ou même de ses amis. La Directrice d’Eoliane s’était mal exprimé au sujet des regrets, elle n’entendait pas forcément cela, aussi s’expliquerait-elle.
Kirfdéin, lui, se montra bien plus borné. Un véritable guerrier, les pieds joints sur ses opinions, refusant de faire le moindre pas en avant. Il lui faisait étrangement pensé à Locktar, le guerrier à l’état brut, ce qui était le cas de le dire…
Amarylis décela dans ses paroles de suite l’argument qui ne fonctionnait pas. Elle sourit, pas méchamment, mais prête à lui faire remarquer la bêtise qu’il venait de clamer qui l’enfermait dans son propre piège. Aussi commença-t-elle par lui.


-Kirfdéin, tu dis que tu n’acceptes pas qu’il existe encore des personnes capables de se vanter de faire souffrir les autres. Tu as subi la torture, l’enfermement, certes, d’autres l’ont subi aussi, et tu souhaites que personne d’autre ne subisse cela. Mais que vas-tu faire en te vengeant ? Tu vas te vanter de faire souffrir une autre personne.

Elle laissa cette phrase légèrement en suspens, pour qu’il réfléchisse, mais reprit assez vite, afin qu’il ne lui coupe pas encore la parole.

-Certes, cette personne, tu la juges mauvaise. Mais qui te dis qu’elle-même n’a pas tué ou fait telle chose pour la même raison que toi ? La vengeance. C’est ainsi, par la vengeance, que l’homme est entré dans ce cercle vicieux, et qu’il enlève des vies sans aucune conscience. En te vengeant, tu feras du mal, à cette personne, mais également à sa famille, à ses proches.
Et oui. Même l’homme qui nous parait le plus mauvais aune famille, des êtres chers qu’il protège comme il le croit le meilleur en faisant ce qu’il fait. Et c’est un être de cet famille qui par la suite voudra se venger sur toi, sur d’autres, et ainsi de suite, dans une joute interminable.


Elle le fixa, intensément.


-Tue, si tu le souhaites. Mais ne te juges alors pas meilleur que les autres. Car tu seras tout aussi mauvais qu’eux.

L’accusation était dure, elle le savait. Mais cela était nécessaire si elle voulait le faire réfléchir un minimum. A moins qu’il ne soit vraiment borné, têtu au possible.

-Est-il vraiment intelligent de rentrer dans le jeu des autres ? Lya, tu supposes la vengeance d’une autre manière que le fait horrible et inhumain d’oter la vie. Cela est déjà plus réfléchi. Car en tuant comme ils le font, on devient inhumain comme eux. Que ce soit justice rendue ou non. Par contre, attaquer quelqu’un par les sentiments n’est pas le plus juste non plus. Je m’explique.

Elle souhaitait vraiment qu’ils comprennent. Aussi ne tarderait-elle pas à tirer de son expérience personnelle les éléments qui pourraient les guider.

-En t’infiltrant de cette manière, en capturant, en torturant ce qui est en réalité l’âme de la personne, tu te venges, certes sans tuer physiquement. Mais c’est l’âme que tu achèves, le cœur aussi. Et cela est à mes yeux un crime encore plus grand et plus horrible. On ne le croit pas de l’extérieur, mais cela demande bien plus de force encore que le meurtre. Car il s’agit de n’avoir plus aucune morale, plus aucune conscience, plus aucun cœur pour l’accomplir. Et cela, en seras-tu capable Lya ? Seras-tu prête à abandonner tout ce qu’il y a d’humain en toi pour détruire une personne qui n’en vaut pas la peine ?

A présent venait l’heure des témoignages, façon de donner du poids et du véridique à ses paroles de rêveuse.

-J’ai connu autrefois, lorsque j’étais encore à Ondiane, un homme. Un homme qui souhaitait plus que tout se venger, rendre justice à sa famille, femme et enfants assassinés. Savez-vous pourquoi il est venu jusqu’à nous ?

Bien entendu, ils ne pouvaient le savoir.

-Parce qu’il avait choisi ta manière, Lya. Respectant son ordre de ne pas tuer, et voulant faire plus mal encore à son ennemi, il avait décidé de maitriser l’art de la torture morale et sentimentale. Il nous est venu, non pas blessé, mais fou.

Elle sentit de suite l’attention monter d’un cran.

-Fou et névrosé. Se venger de cette manière lui a plu, tant l’impression de puissance et de grandeur te prend. Et il a recommencé avec un autre, puis un autre, encore et encore, car il y a toujours quelqu’un contre qui se venger. Ce pauvre homme nous est revenu complétement perdu, alliéné. Car en détruisant l’âme et le cœur des autres, il détruisait sa propre âme et son propre cœur. Il s’en ai rendu compte, et est venu nous trouver. Beaucoup dans son cas continuent, ne viennent pas nous trouver et deviennent à leurs tours les méchants des histoires, ceux contre qui les soit-disants « gentils » veulent se venger. Tu vois à présent de quel cercle vicieux je te parle, Kirfdéin ? Quant à ceux qui viennent nous voir…comme cet homme…Il n’a pu faire face au mal qu’il avait répendu. Il a mis fin à sa vie.

Le suicide de l’homme de bien, voulant seulement venger sa famille, jeta un froid lugubre dans la salle.

-Comme je l’ai dit, il y a toujours quelqu’un à venger. Une cause à laquelle rendre justice. Le voilà le piège de la vengeance.

Plus personne n’osait piper mot. Amarylis en profita pour dévier le sujet sur les rêveurs.

-A présent, je vais tenter de vous expliquer le rôle des rêveurs dans tout cela. Ce ne sera pas simple, et vous ne comprendrez peut-être pas. Mais, je efforcerais d’être claire.

Elle fit une pause, servant à nouveau du thé à ceux qui le désiraient. Elle but elle-même une nouvelle gorgée, puis se lança.

-Tout d’abord, tu as raison Lya. On regrette tous un jours notre voie, ou un quelconque choix. Je te prie de m’excuser, je me suis mal exprimée, ce n’est pas cela que je voulais dire. En effet le regret fait partie de l’homme. Tout comme la haine. On déteste tous au moins une seconde un parent, un ami, n’importe qui, même si on l’aime au plus profond de notre cœur. A ne jamais oublier que la haine est bien plus proche de l’amour que l’on ne le croit. De même, on regrette tous un choix ne serait-ce qu’une seconde, une minute, une heure même. Ce que je voulais dire, c’est que justement, ce regret n’est pas définitif. Comme tu le dis, si tu étais devenue éleveuse de siffleur, tu aurais regretté de ne pas avoir suivi une autre voie, comme celle de marchombre. Tout comme moi, si j’avais décidé de rester dans la caravane de mes parents, j’aurais regretté de ne pas avoir suivi mon maître rêveur. On peut douter. Mais pas éternellement. Lorsque tu te replies sur toi-même, que tu écoutes ton cœur, tu sais immédiatement si tu regrettes vraiment ta voie ou non.
Là, maintenant, que te dis ton cœur ? Que tu es faites pour la voie marchombre ou pour l’élevage de siffleur ? Que tu as envie de suivre ta voie actuelle, ou de tout abandonner ?
Je ne doute pas de tes réponses. La voilà la certitude dont je parlais. Le regret, oui, mais pas au point de tout abandonner.


-Je vous ai dit, avoir voulu déjà dans ma vie la mort d’un homme. Et même de plusieurs hommes. Cela semble surprenant, n’est-ce pas, pour une rêveuse ? Les rêveurs sont neutres, certes, et j’expliquerais cela dans un instant, en répondant aux questions d’Elera. Mais ils ressentent comme tout homme. Ils peuvent aimer, et haïr, comme tout homme.
Il y a quelques mois, lorsque l’Académie a été prise par le Chaos, on est venu me chercher, pour me demander de soigner une résistante externe. Cela impliquait prendre position, mais la première chose qu’il m’est apparue était que cette résistance était une amie plus que précieuse. Je suis partie la soigner. Au retour, ayant été vue, je me suis fait attaquée. J’étais heureusement escortée. Toutefois…


Les images de l’attaque défilèrent rapidemment dans l’esprit de la femme aux cheveux bleus, et elle dut se taire un instant, déglutir, fermer les yeux, tentant de chasser ses cauchemars, avant de reprendre.

-Excusez-moi.
Dit-elle d’une voix bien plus éteinte qu’à l’ordinaire.

-Toutefois, nous n’étions que deux. Et ces hommes…


Des larmes naquirent dans le creux de ses paupières.


-Ces hommes me blessèrent, jouèrent avec moi sans retenue. Sans…


Les gouttes salées atteignirent les lèvres entrouvertes de la rêveuse.

-Valen me sauva, et m’emmena, inconsciente, jusqu’à Eoliane, où mes rêveurs durent user de toutes leurs forces pour me ramener parmi vous.

Héol et Gladyss.
Le coma.
Le réveil, Locktar, les rêveurs, la vieillesse, le temps…les souvenirs.


-Le coma n’a heureusement pas duré, et je me suis réveillée bien entourée, mais amnésique. Lorsque mes souvenirs sont revenus, j’ai pris conscience du temps qui défilait, et de ce dans quoi je venais de m’engager.

Un rêveur neutre n’aurait jamais du accepter.

-Il n’était pas dans le code des rêveurs d’accepter ce voyage et cette implication. Mais j’ai suivi le seigneur Til’Lleldoryn par amitié pour sa sœur blessée. Erreur ? Nous ne le saurons vraiment jamais. Au moment de l’attaque, j’ai souhaité du plus profond de mon cœur la mort de ces hommes, ça je peux vous l’assurer.

Elle déglutit à nouveau, consciente de ce qu’elle avouait à l’instant.

-Mais je suis rêveuse, et incapable de tuer. L’ancien magister s’en ai sans doute chargé à ma place, je ne me rappelle de rien. Le dégout de l’homme m’a envahi, pour la deuxième fois depuis mon arrivée ici. Ais-je pour autant refuser de soigner certaines personnes ? Ais-je pour autant choisi la vengeance ? Non, même si le dégout est toujours là.

A ces mots, elle leur montra la marque rouge sur sa tempe, puis souleva délicatement le haut de voile qui recouvrait son flan, marqué par une vilaine cicatrice.

-Il est présent. A vie. Comme une leçon sur l’humanité. Juste comme cela.

Elle se tourna vers Elera, à présent venaient les réponses à ses questions personnelles.


-Suite à cela, les rêveurs m’ont pour la plupart suivi dans la Résistance qui s’organisait au bureau de Duncan, malgré mes réticences. L’esprit de vengeance ? Peut-être. Je dirais plutôt de solidarité, car à qui pourraient-ils faire du mal ? Alors que les rêveurs se doivent d’être neutres, ils ont participé à votre combat, par amitié. Nous en avons payé le prix. Nous en avons perdu Joran, un rêveur. Tué par un mercenaire alors qu’il soignait sur place les combattants.

A nouveau sa voix se brisa. Joran était têtu et n’avait pas voulu l’écouter lorsqu’ Amarylis l’avait enjoint à rester dans les locaux servant d’infirmerie. Conscient que nombreux étaient ceux qui ne pouvaient rejoindre le bureau de Duncan, il avait filé sur place, se rendant plus qu’utile. Se transformant en une cible parfaite.

-Nous ne vous en voulons pas. Ou très peu. Nous l’avons choisi, et je m’en veux terriblement d’avoir accepté la première, conduisant mes rêveurs là où ils n’auraient jamais du mettre les pieds.


La culpabilité la rongeait chaque jour. Et elle avait cru vomir le jour où elle avait rencontré les parents de Joran, heureux que leur fils soit mort dignement, au combat, et non reclus comme un lâche.

-Tout cela ne nous a pas empêché de soigner tout homme ou femme venant nous trouver, malgré ce que bous avons vécu. Un rêveur a hésité en soignant un supposé mercenaire, mais finalement l’a soigné comme il se le devait. Car en réalité, comment savoir si celui que l’on soigne en a tué cinq auparavant ? Et tuer dans quel but ? Vengeance, comme vous ? Ou par méchanceté ? Il n’est pas plus de votre droit que du notre de décider de la mort d’une personne. Et cela n’est pas de la lâcheté, Elera. C’est du respect. Certes, respecter celui qui nous attaque, ne parait pas logique. Mais comment savoir celui qui est bon ou mauvais ? Et un rêveur qui ne soigne pas un homme, est un mauvais rêveur, qui désobéit au code, qu’il soit certain ou non que l’homme est un mercenaire. Il ne s’agit pas d’un code visant à émettre des règles strictes à respecter comme des lois juridiques, mais d’un code de vie, pour justement éviter de devenir fou.


Elle but une nouvelle gorgée, tant ses paroles lui asséchaient la bouche.

-Nous avons choisi notre voie dans le but de perpétuer la vie, et non de la soustraire. Cela n’est pas en notre pouvoir, et encore moins en notre volonté. Qui sommes-nous pour nous permettre de juger de la mort ou de la vie d’une personne ? Que diriez-vous si à l’instant je possédais le droit de vous ôter la vie, ou de vous la conserver, comme cela, sans raisons ?


Amarylis plongea ses yeux gris dans ceux améthyste d’Elera.


-Si, Elera, j’ai douté. Et je doute encore, mais rien qu’une seconde, par moment. Car lorsque je vois une personne, allongée, à mes soins, il en va de ma responsabilité. C’est sa vie qui est entre mes mains. Et je ne connais pas plus grande responsabilité. Chaque choix que je prends est suivi de lourdes conséquences. Alors si je prenais le choix de la mort ? Non. Je n’ai pas suivie cette voix pour tuer, si c’était le cas, j’aurais pris celles alliées au combat.

La votre ?


-Le rêveur se doit d’être neutre, car il détient la plus précieuse des choses entre ses mains. Comprenez-le. Mais nous avons failli, nous avons pris part. Et à présent, qui sait si nous ne sommes pas menacés ? Voilà d’où provient mes réticences, mes inquiétudes de qui entre et sort d’Eoliane. L’ordre est chamboulé. Les rêveurs mêmes sont perdus et hésitent.

D’où le voyage impératif à Ondiane. Auprès d’Ewen.


-Il y a des blessures que nous ne pouvons soigner, comme on ne peut ressusciter les morts. Cette bataille fait partie de ces blessures. Alors si en plus nous devions jouer le rôle de la Faucheuse…

Ce ne serait pas vivable. Tout simplement pas vivable. Trop de responsabilités pesaient déjà sur les épaules d’Amarylis et de sa Confrérie.

-Quant à l’incompatibilité…Suis-je incompatible avec vous, ou d’autres, car je refuse de tuer ? Car je m’isole dans mon havre de paix ? La compatibilité est une question à laquelle je ne peux vraiment répondre, et j’en suis désolée. Je me la suis posée également, cette question. Il parait que l’alliance de l’Harmonie et du Chaos s’appelle l’Equilibre. Est-ce cela la compatibilité ? C’est possible.

Mais…

-Mais cela reviendrait à dire que toutes ces horreurs n’étaient qu’équilibre. Difficile à admettre, je le conçois. De même que j’ai toujours eu du mal à admettre que l’Harmonie prenait le même pouvoir et droit de verser le sang que le Chaos.

Où est l’Equilibre dans ce monde renversé ? Où sont les sourires, les rires, les fêtes, la paix d’antan ?
D’antan ?
En y songeant, Amarylis ne se souvenait pas avoir connu une telle paix.


-On a tous connu les mêmes horreurs. Et pourtant nous sommes encore là, chanceux d’être en vie. Ne serait-ce pas ceci l’équilibre ? Reconnaitre la chance qui nous est offerte et profiter tout simplement du présent de la vie ? Apprendre du passé et évoluer dans le présent en ayant la possibilité de ne pas reproduire les mêmes erreurs.


Elle réfléchit un dernier instant, songeant qu’elle n’avait que trop parler.


-Tu es Maître, Elera, tout comme moi. A présent répond-moi, ton rôle ne consiste-t-il pas dans le fait d’apprendre ? De tirer du passé les enseignements que tu leur dispenses ? Alors dis-toi, que c’est cela l’équilibre, apprendre. Sans jamais se considérer assez âgé, assez expérimenté pour cesser d’apprendre.


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Marchombre
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MessageSujet: Re: Te voilà enfin [Terminé]   Mer 26 Jan 2011 - 13:34

Elera buvait les paroles de la rêveuse comme un chameau si elle n’avait pas bu depuis des jours – ce qui n’était peut-être pas faux, d’ailleurs. Il y avait des vérités, entremêlées de questions, de réticence, de souvenirs. La marchombre acquiesçait, souvent. C’était toujours le même conflit qui résonnait, et c’était un choix, une réponse, qu’offrait Amarylis. La réponse des rêveurs, qui n’était pas forcément la sienne, mais qui l’éclairait, indirectement. Elle écoutait. Elle s’imprégnait. Et puis elle malléait les idées à son monde, puisque le monde ne se pliait pas à ses idées niaises.

Amarylis ne répondait pas totalement à sa dernière question ; elle disait qu’il n’était pas lâche de laisser la vie, de laisser proliférer une violence qu’on pourrait arrêter, que c’était un respect pour toutes les vies. Un choix, celui de ne pas combattre, celui de laisser les autres le faire, et de recoudre une à une toutes les déchirures. Elle mettait la vie au dessus de toute chose ; Elera n’était pas certaine de la suivre sur cette piste là. Amarylis avait beau dire qu’elle n’avait pas le droit de décider qui méritait de vivre et qui méritait de mourir, en choisissant de soigner tout le monde, elle décidait que tout le monde méritait la vie. Elera était d’accord avec elle, ne pensait pas avoir le droit de choisir qui vit et qui meurt ; mais quand on en a le pouvoir, on se trouve bien dans l’obligation de faire ce choix, même si on ne s’en sent pas capable… Même ne rien faire était un choix involontaire. Peut-être Elera ne tuerait-elle pas l’assassin qui se battait contre elle ; mais elle ne tenterait pas de le sauver, non plus, si la mort venait le réclamer. Elle aurait tellement voulu empêcher ces combats d’avoir lieu, ne jamais avoir à répondre à ces questions…

Il lui fallait tenter d’arrêter le carnage, avant que les prémices de la haine n’aient le temps de germer. Et lorsqu’elle ne pouvait pas, accepter. Empêcher le mal avant que la roue n’ait commencé à tourner ; c’était lorsque Marlyn était encore une apprentie Sentinelle, qu’il aurait fallu agir, empêcher Valen d’ordonner sa torture, pour ne pas que la voir ensuite assassiner un à un ses amis, sans qu’elle ne puisse comprendre pourquoi. Une fois que la roue avait commencé à tourner, il était trop tard, elle pivotait inexorablement, et prenait de la vitesse dans la pente, de plus en plus difficile à arrêter. Lorsque la roue tournait trop vite, il lui fallait accepter ne plus rien pouvoir faire, ne pas tenter l’impossible, et se contenter d’empêcher d’autres roues de glisser sur cette pente. Mettre ceux qui se promenaient en regardant leurs pieds à l’abri de ce danger, puisqu’elle ne pouvait pas l’arrêter. Limiter les effets, limiter le carnage. Elle avait cru pouvoir arrêter les roues, en leurs demandant pourquoi elles roulaient ; elle pensait qu’une fois qu’elle connaîtrait la réponse, il serait simple de défaire cette raison, d’inverser les forces. Mais les roues savent-elles seulement pourquoi elles tournent ? Marlyn savait-elle pourquoi elle se battait ? Elle avait dit elle-même ne plus être celle qu’elle avait été. Et même si la roue sait ce qui la fait tourner, peut-elle s’en empêcher ? C’était dans sa nature, c’était la loi qui la régissait. Etait-ce de même pour les hommes ? Poussés par des forces qui les dépassent. Et le marchombre, qui apprenait à être libre. A devenir inertie et mouvement, à ne rouler que lorsqu’il le souhaite, et non pas lorsque le sol devient obtus.

Elle ferait de son mieux. Elle avait choisi de se battre pour l’harmonie ; et même si elle ne pourrait jamais l’atteindre, elle voulait s’en approcher autant que possible. Elle ne pouvait pas empêcher le soleil de se lever ; mais elle pouvait fermer les yeux, ou les ouvrir.

En commençant avec ses apprentis.

Les mots de Lya avaient glissés comme de l’eau glacée le long de son échine, frissons gelés au creux de ses os, tremblements de toute son armature. Oui, il y avait pire que la mort. Bien pire que la mort. Elera n’en avait pas parlé ; parce qu’envisager de distordre ainsi le monde, de s’éloigner autant de cette harmonie qu’elle recherchait, lui était insupportable. C’était le chaos, qui blessait. Le rêveur qui soignait. Et le marchombre qui marchait, entre les ombres, qui ne se laissait pas altérer mais n’altérait pas, qui caressait et était caressé. Elle recherchait la sérénité ; l’harmonie complète du corps, de l’esprit, du monde. Blesser, c’était crever une brèche dans cette harmonie, c’était s’éloigner de la voie, et un instant, Elera eut peur de Lya. Lya, qui envisageait de blesser, pour se venger, même si elle ne parlait qu’en théorie.

Si Elera se sentait aussi conflictuelle sur le sujet de la mort, c’est qu’elle n’était pas certaine que tuer était toujours une mauvaise chose, comme mentir n’était pas toujours une mauvaise chose. Tuer pouvait abréger des souffrances, tuer pouvait donner la vie. Elle tuait le coureur pour pouvoir manger. Elle avait tué ce mercenaire du Chaos pour sauver sa peau, et celle d’Halina. Tuer un assassin pouvait sauver la vie de plusieurs autres ; et c’était bien pour ça qu’elle avait posé ses questions à Amarylis. Mais blesser, torturer, s’attaquer au corps et au mental ? Cela ne servait qu’à blesser. Sans aucune autre conséquence que la souffrance.

- Lya, si tu désires blesser ainsi, si tu envisages sérieusement d’un jour blesser quelqu’un ainsi, alors tu ne seras jamais marchombre.

Elle n’expliqua pas. Laissa son apprentie prendre elle-même conscience de ce que cela voulait dire. Amarylis avait déjà assez bien retranscrit sa pensée sur le sujet par ses mots… Son histoire aussi, répondait davantage aux peurs d’Elera que n’importe quel avertissement qu’elle aurait pu inventer.

- Kirfdéin, puisque te venger ne te satisfera pas, n’effacera en rien tes tourments, pourquoi veux-tu tant ressembler à tes tortionnaires ? Tu dis que tes vengeances te font vivre, mais pourquoi ? Je ne comprends pas. Mais ce que dit Amarylis est vrai. Je connaissais l’une des mercenaires du Chaos qui étaient à l’Académie, et la considérait comme une sœur, avant… Elle a choisi le chemin de la vengeance, Kirfdéin. Torturée entre ces murs, elle a rejoint le Chaos pour se venger. N’existe-t-il pas d’autres moyens que la mort des geôliers pour empêcher que d’autres soient enfermés et torturés à leur tour ? Une autre solution que le cercle vicieux de la vengeance ?

Elle se tourna ensuite vers Amarylis, ses yeux clairs grands ouverts.

- Il est impossible d’abandonner sa voie. Si on l’abandonne, c’est qu’elle n’a jamais été la nôtre… Je suis Marchombre. Et c’est cette solution, cette solution autre que la vengeance, que je veux trouver. Transformer la braise sur le point de devenir cendre en brasier. Mais une fois que la braise est morte, elle ne peut plus être rallumée. Cette fois-ci, il était trop tard pour éviter cette violence sanguine qui… Mais la prochaine fois. Je ferais tout ce que peut faire une simple humaine pour ne pas que cela se reproduise.

Tous les malheurs qui pourraient avoir eu lieu, mais qui ne l’avaient pas été grâce à ceux qui les combattaient… Jamais ils ne sauraient le nombre de conflits qui auraient pu naître et ne naissaient pas, chaque jour, grâce à quelques paroles de bienveillance, ou une main tendue. Elle ouvrirait ses mains, puisque c’étaient les mains fermées qui tenaient les armes.

- Ce que je voulais dire, par compatibilité… C’est que la voie des uns détruit celle des autres. Je vais simplifier, schématiser, mais… les rêveurs soignent. Vous tendez vers un monde de paix. Alors que d’autres combattent, et tendent vers leur propre idéologie. En combattant pour leur monde, ils vont à l’encontre de votre rêve de paix… Vos voies sont condamnées à toujours s’entrechoquer, se limiter les unes les autres. Mais nous continuons, pourtant, chacun persuadé que notre voie est la bonne. J’aimerai pouvoir tout démêler, pour que combattants et rêveurs, marchombres et mercenaires du Chaos puissent marcher main dans la main… Mais vous avez raison. Je ne sais pas si je comprends, exactement, la leçon à tirer de ce qui est arrivé. Mais je ferais de mon mieux, pour apprendre, toujours.

Elle voulut répondre plus exactement à l’histoire d’Amarylis, celle qu’elle avait bien voulu partager avec eux, mais poser des questions lui semblait malvenu, vu les souvenirs dégoulinant de dégoût qui accompagnaient apparemment ses paroles. Elle leva la tête au nom de Valen, mais ne posa pas de questions non plus. Julia avait eu raison ; il était vivant. Mais il n’avait pas été présent à la bataille, ça elle en était certaine, et l’écho de sa présence ne résonnait plus. Il était parti. Elle l’avait cru mort, longtemps ; mais même vivant, il était absent. Elle préféra répondre aux peurs de la rêveuse concernant Eoliane, sans vraiment pouvoir la rassurer, puisqu’elle avait les mêmes angoisses…

- Je ne sais pas si les Rêveurs pourront rester neutres, Dame Luinil, ou s’ils seront forcés, un jour, à choisir un camp ou être annihilés. Si le choix que vous avez fait par amitié aura des conséquences sur toutes les Confréries, si vous deviendrez cible de conflit, ou pas. Mais je respecte vos valeurs, et j’espère de tout cœur pour vous que les Rêveurs resteront ce qu'ils sont, et que les Confréries resteront des îlots de paix dans ce monde déchiré. Si vous avez un jour besoin d’une aide quelconque, je serais là.

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Marchombre
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MessageSujet: Re: Te voilà enfin [Terminé]   Mer 2 Fév 2011 - 21:35

Ce n'était pas une simple discussion! La prétendue petite entrevue tournait au désavantage des deux élèves marchombres. Venge toi et tu n'attendras jamais l'harmonie. Venge toi et tu deviendras un mercenaire du chaos. Avaient-elles raison? La vengeance était-elle incompatible avec la voie des marchombres? Il devait leur faire confiance. Après tout, il n'était qu'un simple apprenti. Un débutant dans la vie. Peut-être que la vengeance le conduirait sur le mauvais chemin. Un chemin qu'il ne voulait surtout pas prendre. Il devait renoncer. Renoncer à voir ses bourreaux souffrir. Renoncer à tuer ceux qui avaient enlevé une partie de son âme. Renoncer à faire couler le sang.

Soudain, il entendit Elera parler d'une femme qui était présente à l'académie. Une femme mercenaire. Instantannémént, Kirfdéin fut replongé dans le passé. Devant cette femme qui l'avait tant fait souffrir. Etait-ce celle qu'Elera appelait sa "soeur"? Etait-ce cette meme mercenaire? C'était possible. C'était même très probable. La rage monta. Kirfdéin ferma les yeux et serra les poings. Les larmes commençaient doucement à couler. Il n'arrivait pas imaginer que sa maître marchombre avait pu s'amuser avec celle qui l'avait tant fait souffrir. Il rouvrit doucement ses yeux imbibés de larmes et il se leva.

- Vous avez certainement raison, la vengeance n'est peut-être pas la meilleure des solutions.

Il se dirigea vers la porte, posa la main sur la poignée et se retourna vers sa maître marchombre.

- Au fait, Elera, je crois que j'ai croisé ta "soeur" pendant mon séjour en prison. C'est elle qui m'a frappé avec le plus de plaisir. Si c'est la vengeance qui l'a mise dans cet état alors je ne me vengerais pas.

Pause

- Je t'ai retrouvé, comme tu l'avais demandé. Tu me feras signe quand tu souhaiterais faire un cours.

Et il sortit. Il marcha dans les couloirs de la confrérie et il se trouva un banc. Il n'était pas dans la direction de la sortie par rapport à la salle qu'il venait de quitter. Ainsi, Elera et Lya ne le croiserait pas quand elles quitteraient la confrérie. Il pouvait rester là sans se faire remarquer, et c'est ce qu'il voulait.

Il éclata en sanglot.

[Désolé pour la petitesse de ce post et par le manque de qualité, j'étais pas vraiment inspiré pour répondre ici] [Edition à volonté]


[A vous de voir, ce post peut être la fin du rp pour kirf]


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Marchombre
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MessageSujet: Re: Te voilà enfin [Terminé]   Ven 4 Fév 2011 - 20:32

Il y a des moments comme ça dans la vie, où l'on a l'impression de ne pas être là. D'acteur, on devient figurant. Un instant auparavant, on parle, on s'exprime, on est présent, et quelques secondes à peine suffisent à faire de vous un observateur. Un metteur en scène qui regarde mais ne dirige rien. L'impression de devenir transparent. Une ombre fantomatique qui est là sans être là. C'est exactement ce que ressentait Lya en cet instant. La conversation continuait sans elle. D'abord Kirfdéin s'exprima. Il donna son opinion, s'excusa, raconta une partie de son histoire. Déjà à cet instant, Lya avait commencé à s'effacer. Pendant tout le temps où les deux apprentis avaient cherché Elera, ils ne s'étaient presque rien raconté. D'abord parce qu'ils avaient souvent cherché à part. Mais aussi, Lya savait que Kirfdéin faisait parti des otages des Mercenaires du Chaos. Elle n'avait donc pas posé de questions... pour une fois. La Félixia considérait que s'était déplacé, et que si le jeune homme souhaitait lui parler, et bien il n'avait qu'à le faire.
Ensuite vint le tour de Dame Nuage. Elle s'adressa à chacun d'entre eux, ce qui fit revivre un instant Lya. Puis, elle parla longtemps, et la jeune femme disparut à nouveau. Totalement. Elle raconta son histoire, parla de Valen l'avocat. La Félixia avait entendu beaucoup de chose sur lui, mais il semblait être parti avant son arrivé à l'Académie. Et Dame Nuage parla encore, beaucoup et longtemps.

Puis ce fut Elera.

Il y a des moments comme ça dans la vie, où tout s'effondre autour de vous. Ces moments ressemblent un peu à des rêves. Un rêve où l'on est dos à un mur, dans l'incapacité de faire le moindre geste, et où le sol s'écroule. Le trou béant s'approche peu à peu de toi, inexorablement, et tu sais qu'il va t'engloutir, mais tu ne bouges pas parce tu rêves. Ce qui est vraiment dingue dans ces moments là, c'est qu'ils peuvent être provoqués par n'importe quoi: des gestes, des actions, des écrits. Mais souvent, ce sont des mots qui les provoquent. C'est stupide, mais c'est comme ça. Le pouvoir des mots. Et Lya se trouvait précisément dans l'un de ces moments.
Elera avait beau continuer à parler, son apprentie n'écoutait plus. Le trou noir et insondable l'engloutissait désormais. Et elle ne comprenait plus. Bien sûr Lya n'avait parlé que de théorie, mais tout ce que l'on dit, même en plaisantant, contient un fond de vérité. Alors la Félixia savait qu'elle serait capable de torturer, comme elle l'avait annoncé. Elle le savait et cela lui faisait peur. Peur d'elle-même, peur de ses actes, peur d'Elera et de ses mots qu'elle comprenait comme une menace.

Une porte claqua, et Lya se ranima. Kirfdéin était apparemment parti. La Félixia venait de louper une partie de la conversation. Tant pis, elle s'en remettrait. Maintenant, elle voulait partir à son tour. Elle n'aimait pas cette discussion, ni le tour qu'elle avait pris.

-Je... j'y vais aussi.

Où elle allait? Aucune idée. Toujours est-il que la Félixia franchit la porte à son tour et la referma soigneusement derrière elle, comme si ce qui avait été dit ne devait pas en sortir. Ensuite, elle marcha à travers la confrérie, longeant les murs qui l'entouraient, comme ceux d'une prison. Puis elle retrouva le grande porte de bois par laquelle Kirfdéin et elle-même étaient entrés un peu plus tôt. Lya franchit cette porte, s'arrêta un instant et décida de s'asseoir dos à la prison que dirigeait Dame Nuage.
Elle ne pensait à rien, et un goût de menthe effleurait encore ses lèvres.




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MessageSujet: Re: Te voilà enfin [Terminé]   Dim 20 Fév 2011 - 22:21

Elera s’adressait à ses élèves avec la clarté d’un ruisseau des petits villages en montagne. Elle leur expliquait, démontrait. Leur donnait un cours. Amarylis, patiente, attendait, et écoutait, tout en buvant son thé. Elle voyait dans les yeux des élèves le combat qui se déroulait, entre volonté farouche de s’accrocher à ses désirs, sa vengeance, et la raison, l’enseignement de leur maître.
La Maitre Rêveuse avait bien essayé déjà de désobéir à Ewen. Plusieurs fois, restant assise, ferme, sur ses avis. Et puis, elle avait subi les conséquences de son esprit têtu, et avait fini par apprendre à se remettre en question et faire confiance à Ewen.

Il était impossible d’abandonner sa voie. Plus pour une marchombre que quiconque. La rêveuse avait mis du temps à comprendre pourquoi. Après tout, n’avait-on pas tous le droit à l’erreur ?
Mais les marchombres comprenaient des secrets, des engagements qu’on ne pouvait rompre. Et puis, n’était-ce pas de même pour les rêveurs ?
Passé le deuxième cercle, il était impossible de faire machine arrière. Ou alors c’était rarissime, et mal vu. Mais le rêveur avait bien plus de trois ans pour s’immerger dans la voie et se rendre compte ou non s’il venait d’emprunter la bonne. Amarylis savait que le Rêve faisait partie de sa vie, tout comme le faisait et le ferait Ewen. Elle savait aussi que jamais elle ne pourrait abandonner sa voie.
Plus encore, qu’elle se savait proche du septième cercle.

Mais ce qu’Elera regrettait n’était pas sa voie. Non. Elle regrettait l’existence du Chaos, et même l’existence de l’équilibre.
Un monde où mercenaires, combattants, rêveurs et compagnie marcherait main dans la main ? Etait-elle donc encore si naïve ? La bataille ne lui avait donc pas encore ouvert les yeux ? Un marchombre pouvait-il être aveugle ?
Voilà déjà un moment que même Amarylis Luinïl, rêveuse innocente et insouciante, avait vu le mal et avait compris le nécessaire de l’équilibre, et l’impossibilité d’une paix universelle.
L’homme n’était pas fait pour être bon. Il était fait pour être homme, avec ses défauts, ses qualités, son chaos et son harmonie.

Les souhaits de la rouquine lui firent chaud au cœur. Elle non plus ne croyait pas vraiment à la neutralité des rêveurs à jamais. Elle avait peur. Peur de la corruption qui s’infiltrait si facilement dans les villes, comme elle avait si facilement pris l’Académie.
Elle ferait tout ce qui était en son possible pour respecter les devoirs des Confréries Rêveuses. Mais avait vraiment peur pour l’avenir. En s’impliquant cette fois-ci, elle savait qu’aux prochains jours elle s’impliquerait aussi. Volontairement ou non.
Il lui fallait d’urgence obtenir des réponses, à elle aussi. Mais ce n’était pas Elera qui le lui apporterait.

Soudain, Kirfdéin réagit. Il se leva, visiblement mal à l’aise devant la tournure de la situation. Puis, après quelques mots dont la jeune femme ne pouvait deviner le sens réel, sortit, sans aucune explication, sans aucun adieu au maitre des lieux.
Amarylis baissa la tête sur le côté, à la fois surprise, irritée de cette nouvelle marque d’impolitesse, et cherchant à comprendre.

Et histoire de conclure par une cerise sur le gateau, Lya se leva également et sortit à son tour. Elle prit au moins la peine de dire qu’elle s’en allait aussi, sans pour autant vraiment dire au revoir.
De quoi les élèves avaient-ils peur, pour fuir ainsi ?
Amarylis comprit alors l’impolitesse. Si les deux enfants n’avaient pas dis au revoir, c’était peut-être parce qu’ils ne désiraient pas vraiment partir. Ils fuyaient pour qu’on les rattrape. Par manque de confiance, par besoin de quelqu’un à leurs côtés.
Et si ce n’était pas ça, et bien tant pis. Mais jamais elle ne laissera des élèves perdus dans sa Confrérie. On ne doit pas se perdre dans un lieu de Rêve, au contraire. On y vient pour se retrouver.

La Maitre d’Eoliane se leva donc à son tour, dévisageant Elera qui semblait tout aussi surprise.

-Ils ont besoin d’aide. Ils ne contrôlent pas encore leurs sentiments, la nouveauté qui peut se produire en eux. Particulièrement lorsque l’on aborde un sujet si délicat. Il s’agit de détruire l’essence même à laquelle ils s’attachaient pour continuer à avancer.

Elle regarda la porte ouverte.


-Il faut à présent leur donner la force, la raison de continuer, sans vengeance comme ancre.

Elle proposa sa main à Elera, pour l’aider à se lever des coussins qui étaient bien bas, et puis surtout pour lui donner son amitié.

-Lorsqu’une personne part sans dire au revoir, elle ne veut pas vraiment partir. Rattrape Lya, je me charge de Kirfdéin, si tu le veux bien. Ensuite libre à toi de rester ou non à Eoliane et de revenir me voir si l’envie t’en prend. Tu seras toujours chez toi ici, Elera.


Sur ses mots, elle enlaça la jeune fille, lui sourit, et lui adressa quelques derniers mots.


-Mais, ne courre pas trop après l’Harmonie. Elle ne fera que te fuir. Accepte l’équilibre, même si cela inclue accepter le Chaos et l’horreur. On ne peut faire sans. On ne peut s’en débarrasser définitivement. Et pourtant crois-moi, je le souhaiterais. Mais vivrais-je sans horreur ? C’est affreux à dire, mais le Chaos nous fait vivre et être utile, les rêveurs, car nous soignons. Blessures et cœurs. On a tous besoin des uns des autres.

Elle détestait émettre cette vérité, mais elle était flagrante.
Sur un dernier sourire maternel, elle quitta elle aussi la pièce.





Il ne lui fallut pas longtemps pour retrouver Kirfdéin. Assis sur un banc il tremblait. S’il se contint en voyant Amarylis, les récents sanglots étaient plus que visibles.
La Maitre Rêveuse s’assit à côté de lui, sans prononcer mot. Il fallait déjà qu’il accepte sa présence. Puis elle souffla, dans un murmure qu’une mère chante lors des cauchemars de ses enfants, la nuit.

-Les blessures intérieures sont les plus ardues à soigner. Et plus encore à cicatriser. Elles mettent parfois un temps qui nous parait infini, toute une vie.

Il leva ses yeux humides vers elle.


-Et pourtant, on doit vivre avec. Parce qu’il est de notre devoir de rester, pour ceux qui nous aime. On sait tous deux que ceux qui souffrent, ce sont ceux qui restent, et non ceux qui partent. Alors il faut rester, et continuer, pour ceux qui t’aiment.

Une famille. Des amis. Une copine.


-C’est en eux, ou en cette personne, que tu trouveras la force de te battre, de poursuivre ton chemin. Et crois-moi, cette force là est mille fois plus puissante que la vengeance.

Elle osa poser sa main sur son épaule vouté, espérant qu’il ne prenne pas cela pour un manque de respect ou quoi que ce soit de déplacé.

-Mais tu n’es pas parti.


Elle sourit.

-Et c’est ce qui fait de toi un homme de bien. Tu n’as pas fui.


Reste, Kirfdéin. Reste, et si tu as besoin, parle. Que ce soit à moi, ou à quelqu’un d’autre.
Mais ne me trompe pas. Si tu n’es pas parti, c’est que tu as quelque chose sur le cœur qui veut sortir. Libère-toi.



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MessageSujet: Re: Te voilà enfin [Terminé]   Lun 21 Fév 2011 - 15:22

Elera fronça les sourcils en voyant Kirfdéin partir.

Ses sourcils redescendirent encore d’un cran lorsque Lya le suivit.

Que Marlyn fasse partie des tortionnaires de son apprenti ne la surprenait pas. Elle ne pouvait que s’en attrister, mais ne pouvait pas changer le passé ; pardonner, oublier, ou au contraire lui en vouloir pour tout le mal qu’elle avait causée, cela faisait longtemps que la question n’était plus là, que les événements avaient dépassés de loin ce choix manichéen. Bien longtemps que les horreurs s’étaient approfondies et grouillaient trop nombreuses dans les abysses pour que la question se pose encore. La main du passé était lourde, fantomatique, et hululait en permanence dans le tourbillon de ses souvenirs, mais ce n’était plus elle qu’Elera regardait. Marlyn n’importait plus. Il lui fallait tourner son regard vers le futur, empêcher la tornade de dévaster davantage sur son passage. Aider les blessures à cicatriser, plutôt que de se lamenter sur la raison première de leur existence.

Elle avait pensé commencer un nouveau cours au moment même où ses apprentis la rejoindraient, reprendre la courbe de la vie au moment où celle-ci viendrait la chercher, mais déjà ses apprentis fuyaient face aux vérités qu’elle venait d’énoncer, incapable de les soutenir. Kirfdéin voulait qu’elle lui fasse signe pour le prochain cours. Pour lui, les cours marchombres n’étaient que physiques, un entraînement du corps, et cette discussion qu’ils venaient d’avoir n’était qu’une parenthèse sans aucun rapport, dont il n’avait pas à écouter la fin. S’il s’était arrêté de courir, avait cessé un combat, lors d’un entraînement plus physique, cela serait revenu au même.

Mais elle comprenait.

Il avait dû tourner dans sa cellule avec la vengeance comme seule compagnonne, et se la voir arracher, maintenant, lui faisait perdre tous ses repères.

Comme Lya. Qui ne savait apparemment plus quoi penser non plus.

Ils étaient jeunes, trop jeunes pour les épreuves auxquelles ils devaient faire face. Elera aussi était trop jeune. Si elle se laissait déborder, comment eux pourraient-ils tenir ? Elle se devait d’être leur maître, d’être une ancre les empêchant de dériver, pas dériver avec eux. Ne lâchez pas les amarres…

Elle devait les rattraper. Elle serra les lèvres à la proposition d’Amarylis, à demi satisfaite ; Kirfdéin et Lya étaient tous les deux ses apprentis, c’était à elle de les guider, à elle de les rattraper, pas à la rêveuse. Mais elle ne pouvait pas être à deux endroits à la fois, et l’aide de la rêveuse ne serait pas de trop. Alors elle l’accepta, serrant ses bras autour de la femme qui aurait pu être sa mère, qui avait au moins l’expérience de son côté, la remerciant d’un mot, sans plus poser de question, sans plus essayer de répondre à ses derniers conseils, non plus. Amarylis n’avait pas, elle non plus, toutes les réponses. Elle parlait d’équilibre, d’accepter le chaos ; mais cela faisait bien longtemps qu’Elera l’avait accepté, bien longtemps aussi qu’elle avait appris combien il était vain de croire à cet équilibre, puisqu’au fond, le moment venu. Elle avait fait des sacrifices qu’Amarylis ne pourrait jamais envisager, elle qui avait choisi la voie du Rêve et de la neutralité, tout comme Amarylis avait vécu des choses qu’Elera ne pourrait jamais commencer à concevoir. Leurs vies se taillaient, étaient taillées par les couteaux quotidiens du temps, pour former une statue qui n’était encore qu’une esquisse grossière de ce qu’elles seraient un jour, et chaque coup les définissait davantage.

Lorsqu’elle passa la porte, la salle resta vide derrière elle. Les couloirs blafards ne retinrent même pas l’écho de ses pas, et ce fut comme si elle n’était jamais passée par là, comme si elle ne s’était jamais rendue à la Confrérie, lorsqu’elle en passa les portes. Lya était sortie elle aussi, comme pour matérialiser la liberté qui courrait sous ses semelles, et qui la suivait comme une ombre. Elera se laissa glisser dos au mur elle aussi, à côté de son apprentie, les yeux rivés sur l’horizon. Ecouta leurs respirations se mêler à celles du vent, compta les inspirations et les expirations, avant de les transformer en souffle.

- Tu es ce que tu choisis d’être, Lya. Depuis que tu me suis, c’est ce que je veux te faire comprendre. C’est ça, la liberté. Choisir d’être. Ce n’est pas parce que tu es capable de blesser que tu le feras. Comme ce n’est pas parce que tu sais escalader que tu escalades toutes les parois que tu vois. Tu peux être Marchombre, comme tu peux être Mercenaire du Chaos. Mais le veux-tu, Lya ?

Elle devinait la peur qu’avaient causée ses mots, sur les mercenaires du Chaos, et tentait à présent de les atténuer, sans en effacer la menace.

- J’ai été dure. Les événements sont trop récents pour que je puisse faire autrement. Mais c’est beaucoup trop, beaucoup trop vite, pour que tu puisses véritablement comprendre ce que cela signifie… Moi-même, je ne suis pas sûre de comprendre. Parce que nous avons vécu au cœur de cette académie, au cœur de ces conflits, trop près pour véritablement en saisir le sens. Penchés sur une pièce, nous ne voyons plus le puzzle dans son entier. Nous avons besoin de recul. Et ce n'est pas en restant sur les lieux que nous réussirons à en prendre.

Kirfdéin avait besoin de quitter ce lieu pour prendre conscience que le monde n’était pas noir et blanc, qu’il n’existait pas que des victimes et des bourreaux, que la vengeance n’était pas la seule raison de vivre. Il avait besoin de s’éloigner de ce lieu empli de ses pires souvenirs. Lya, elle, avait besoin de quitter ce lieu pour se trouver elle-même, prendre conscience de qui elle était, de ses choix, de ce qu’elle ferait de cette liberté à laquelle elle tenait tant. Alors…

- Ton prochain exercice sera quelque peu différent. Jusqu’ici, tu m’as suivie. Je te demandais de faire quelque chose, et tu le faisais. Cette fois… C’est toi qui va choisir.

Pause.

- Tu as trois semaines. Dans trois semaines, tu devras être de retour à Al Poll. Et lors de ces trois semaines… je veux que tu ailles aussi loin qu’il t’est possible d’aller. Je veux que tu repousses les limites de ton horizon, qu’Al Poll ne soit même plus un point au firmament. Ta direction n’a pas d’importance, ta destination est la tienne propre, c’est à toi de choisir quand tu partiras et où tu t’arrêteras. Tu iras où tu veux, quand tu veux, comme tu veux, en faisant ce que tu veux, tant qu’en y allant, tu fasses quelque chose que tu n’as jamais fait, et que tu n’as jamais pensé à faire.

N’importe quoi. Que ce soit physique ou mental, escalader une falaise que tu n’as jamais escaladée, monter sur un navire alors que tu ne l’as jamais fait, voir la mer alors que tu n’en connais pas la couleur, passer la nuit éveillée si tu ne l’as jamais fait. Apprends. N’importe quoi. Goûte-moi l’inconnu, sens les épices de la liberté. Oublie Al Poll, pour d’autres horizons, et reviens avec un baluchon rempli de nouveautés. Apprends à choisir entre plaisir et travail, choisis un rythme de vie, choisis de suivre le même que celui que je t’ai imposé ces derniers temps, ou un autre, radicalement différent. Sois-toi. Et puis raconte-moi.

- Si tu veux parler de ce qui a été dit tout à l’heure, tu peux. Si tu veux partir, tu peux aussi… Je vais attendre Kirfdéin ici.

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Marchombre
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MessageSujet: Re: Te voilà enfin [Terminé]   Ven 4 Mar 2011 - 22:26

Lya attendait. Elle était là, dos à la Confrérie, à essayer de respirer calmement, de s'apaiser et elle attendait sans savoir vraiment quoi. Surement que quelqu'un arrive, lui dise de s'en aller, lui parle, attende avec elle. A moins que ce ne sois un geste que la Félixia attendait. Un geste venant d'elle même. Qu'elle se lève et s'éloigne ou qu'elle se lève et revienne. Un geste de quelqu'un d'autre. Quelqu'un de compatissant qui dirait "Vas-y pleure, ça fait du bien" ou alors "Allez debout, viens te battre avec moi", plus brutal, presque insultant. Quelqu'un qui ne saurait pas que Lya ne voulait ni pleurer, ni se battre. Car même si elle n'avait pas tout compris à la conversation que venaient d'avoir les trois marchombres et la Rêveuse, elle savait que se battre pour évacuer la haine, que celle-ci soit inexpliquée ou pas, ne ferait que la faire grandir d'avantage. Elle le savait, mais ne l'avait jamais mis en pratique. Elle le savait, mais elle était toujours décidé à tuer l'assassin de ses parents.

Soudain, interrompant les pensées vagabondantes de Lya, Elera fut là. L'apprentie marchombre ne l'avait pas entendu arriver. Son Maître venait d'apparaître comme si elle était un fantôme tout droit sorti de l'imagination d'un enfant. Lya savait désormais ce qu'elle attendait. Elle attendait que la Marchombre s'exprime, explique avec de longues phrases métaphoriques et pleines d'exemples que la Félixia ne voulait pas entendre. Elle attendait, mais les mots ne vinrent pas... pas tout de suite en tous cas. C'était comme si Elera voulait que l'atmosphère se fasse à sa présence pour ne pas la brusquer. Et Lya faisait partie de l'atmosphère. Enfin elle parla. Elle parle beaucoup, avec des phrases habituellement longue, pleines de symboles, de comparaison et d'autres truc mush que la Félixia en avait marre d'entendre. Son flot de paroles faisait pourtant dériver ses pensées.

D'abord, il y avait ce "choisir d'être". Un concept plutôt simple à comprendre. C'est... ne pas se laisser influencer ni manipuler pas, c'est décider de, c'est savoir comment et quoi faire dans telle ou telle situation. C'est choisir. Choisir d'être. Encore et toujours cet éternel dilemme de choix que Lya détestait et aimait à la fois. Elle le détestait parce que faire un choix signifie généralement sacrifier une chose pour une autre. Par contre, elle l'adorait parce que choisir, c'est être libre de maitriser sa vie comme on le veut.

Et puis il y avait aussi cette phrase assez étrange que malgré ses efforts, la Félixia ne parvenait pas à comprendre: "... Tu peux être Marchombre Lya, comme tu peux être Mercenaire du Chaos. Mais le veux-tu Lya?". Vouloir quoi? Être Marchombre ou Mercenaire? Autre chose qui n'avait rien à voir? Elle ne comprenait pas, mais au lieu de laisser sa curiosité prendre le dessus, elle se tut et continua d'écouter. La jeune femme acquiesçait doucement de la tête au fur et à mesure que la Marchombre déversait son flot de parole. L'Académie... trop près des conflits... le recul, toussa... Lya plongeait petit à petit dans un autre monde fait de pensées interferantes avec les paroles d'Elera. Soudain, toute son attention s'éveilla aux mots "Ton prochain exercice sera un peu différent". Différent? L'apprentie comprit très vite ce que son maître voulait dire par différent. Pour une fois, elle en vint directement au fait. Encore un choix. Un don de trois semaines de liberté totale pour choisir comment progresser sur la voie des Marchombres.

Bizarrement, Lya ne ressentait rien à cette annonce. Surement parce que cela provoquait en elle des sentiments positifs et négatifs qui donnaient un mélange totalement neutre. Elle était à la fois vraiment heureuse de ces trois semaines de liberté offertes, mais cela voulait dire choisir, encore. Décider si elle devait retourner voir ses parents, Tillian ou Selhan. Elle devrait faire face à ses choix, et cela ne l'enchantait pas vraiment. C'était tellement plus simple de fuir. Comme on fuit la mort en évitant le danger. Revoir ses parents, ce qu'elle ferait un jour de toutes façons, c'était affronter leur sentiments et les siens. Choisir entre Tillian, qui l'avait sauvé et avec qui elle était totalement libre bien que ne l'ai pas vu depuis près d'un an, ou Selhan, assassin ou ex assassin qu'elle connaissait à peine mais qui l'avait sauvé une fois lui aussi des griffes de la mort. Le choix en décevrait un et risquait de la décevoir elle-même, mais il faudrait le faire de toutes manières. Ces sentiments auraient pu rendre Lya pleine de rage ou de béatitude, mais non, seule une sorte d'indifférence la possédait. C'était un peu comme si tout les évènements vécu depuis son arrivé à l'Académie, voir depuis sa naissance, prenaient trop de place dans son esprit et venaient de se réduire en un simple point perdu dans le néant.

Les secondes s'égrainaient lentement et les deux jeunes femmes semblaient perdues dans une bulle de silence. L'un réfléchissait à quoi répondre, et l'autre attendait les mots de la première. Enfin Lya se décida. Elle prononça seulement quelques mots, simples. Sinon, elle serait parti dans un blablatage long de trente mètres minimum et totalement incompréhensible, plus ou moins comme ses pensées.


-D'accord. Alors, je part tout de suite. Je sais pas encore où, mais je vais bien finir par trouver, non?


Lya se releva. Elle aurait pu choisir de rester et de se perdre dans une longue conversation avec Elera, mais pour une fois, son choix était sûr. Il était surtout dicté par les derniers mots de la Marchombre. "Je vais attendre Kirfdéin ici". La Félixia ne voulait pas participer à la conversation qu'ils auraient ensemble. Cela ne la concernait pas. Elle commençait déjà à s'éloigner lorsqu'elle se retourna tout d'un coup et prononça rapidement:


-Au revoir, à bientôt.

Et à moi le voyage.


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Marchombre
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MessageSujet: Re: Te voilà enfin [Terminé]   Dim 6 Mar 2011 - 22:12

Kirfdéin n'était pas resté seul bien longtemps. La rêveuse était passée par là. Par malchance! Enfin, c'est ce qu'il croyait. Car la rêveuse n'était pas passée comme ça par hasard. Non, elle était venue le retrouver.... pour lui parler. Non mais franchement, elle comprenait pas que quand on quittait une pièce en colère, c'était pour rompre à toute conversation. Et c'était pas pour retrouver une des personnes qui vous avaient énervés quelques minutes plus tard.

Quand elle s'asseya à ses côtés, Kirfdéin ne répondit pas. Il espérait que s'il gardait le silence, elle s'en irait vaquer à d'autres occupations. Faible espoir. Si elle était venue, c'était pas simplement pour s'asseoir sur un banc 5 minutes avec toi Lala . Et en effet, la rêveuse ne partit pas. Elle lui adressa même la parole. Le jeune marchombre ne broncha pas, ne se retourna même pas vers elle pendant qu'elle parlait. Quand elle se tut, Kirfdéin garda encore le silence pendant quelques minutes. Puis, il se décida enfin à parler.

- S'il suffisait de ne pas fuir pour être un homme de bien, le partage serait trop baclé. Imaginez seulement qu'un mercenaire soit resté dans l'académie pendant que ses camarades fuyaient. Vous croyez qu'il serait un homme de bien pour autant? Je ne crois pas.

Il tourna son regard vers la rêveuse.

- De plus, j'ai fuit. J'ai fuit votre discussion. Je ne suis donc pas un homme de bien. Et d'ailleurs, si j'ai fuit, c'était pour me retrouver seul. Pas pour qu'on me cherche et qu'on vienne relancer le sujet dont j'ai voulu m'éloigner.

Il se leva.

- Il est toujours facile de donner des leçons. A vous entendre, on dirait que vous avez testé les deux solutions. La vengeance et l'aide des êtres aimés. Je ne me vengerais pas si c'est ce que vous êtes venus entendre. Maintenant, j'aimerais être seul. Au revoir.

Il se retourna sans attendre de réponses de la part de la rêveuse et il se dirigea vers la sortie. Et il tomba devant Elera qui attendait patiemment. Seule. Bon sang, elles se sont donnés le mot ou quoi? On peut pas partir faché sans qu'on tente par tous les moyens de vous reparler? Impossible d'échapper à sa maître, elle l'avait vu. Il décida de la devancer:

- Je l'ai dit tout à l'heure, je ne me vengerais pas. Je tiendrais cette promesse. Si c'est la seule chose que tu voulais savoir, je vais y aller, j'ai envie d'être seul.

C'était la colère qui parlait à sa place. La discussion dans le dortoir puis celle avec la rêveuse. La raison avait complètement disparu du corps du marchombre. Il lui faudra trouver un endroit où il pourrait être seul pour se calmer et redevenir celui qu'il était en temps normal.


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Marchombre
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MessageSujet: Re: Te voilà enfin [Terminé]   Lun 7 Mar 2011 - 13:24

Elle avait l’impression de les perdre. De perdre ses apprentis. Si elle avait été un bon maître, il n’aurait jamais eu envie, besoin de sortir de cette pièce, toute à l’heure, ils auraient été capables de réfléchir à ces questions difficiles sans s’enfuir, si ?

Mais c’était pour ça, aussi, qu’elle devait les laisser partir. Pour mieux les retrouver, à leur retour, lorsqu’ils auraient accepté les événements récents, lorsqu’elle aurait accepté les événements récents, et qu’ils ne seraient pas tous aussi confus. Elle ne quitta pas Lya du regard, suivant des yeux sa silhouette jusqu’à ce qu’elle disparaisse, avalée par le paysage, le cœur serrée. Parce que tout pouvait arriver, à partir de maintenant. Elle était libre, pour quelques temps, et la myriade des possibles s’entremêlaient au fond des pupilles de la marchombre. Elle s’inventait des mondes, des rencontres, des histoires ; mais ces histoires étaient à Lya, et à Lya seulement.

L’arrivée de Kirfdéin la sortit de ses pensées macabres, et elle se tourna vers lui. Fit face à sa colère. La balaya d’un revers de la main.

- Je n’ai exigé aucune promesse de ta part, Kirfdéin, si ce n’est celle de me suivre pendant trois ans. Si tu as d’autres promesses à tenir, tiens-les pour toi, pas pour moi. Contente-toi de me suivre, tes envies passent après ton apprentissage.

Son regard avait repris les couleurs de la détermination, et ne lui laissait pas même le choix de protester. Il voulait être seul ? Tant pis. Elle réclamait sa présence, et il avait promis de la laisser le guider pendant ces trois ans. Elle se mit à courir, ne doutant pas un seul instant qu’il la suivrait, même si c’était en la maudissant mentalement et avec toutes les réticences du monde. Il comprendrait, un jour. Et elle, elle courrait vers la ville, vers Al Poll, et ne s’arrêta pas avant d’avoir foulé le pavé des rues de ses pieds féériques. Elle ne donna aucune explication à son apprenti, se contentant de continuer à marcher, tournant dans une rue, puis dans une autre, jusqu’à arriver devant une boutique qu’ils connaissaient bien. Des jouets de bois étaient visibles à l’intérieur de la boutique, et Elera poussa la porte du Cheval à Bascule, faisant signe au jeune homme de l’attendre dehors. Elle sortit peu après, un paquet sous le bras, une lettre glissée sous la ficelle qui retenait le colis.

- T’es-tu déjà demandé comment les marchombres gagnaient leur vie ?

Elle lui laissa un instant de réflexion, avant d’ajouter :

- C’est bien beau d’être libre, d’entendre le vent et de chevaucher la brume, mais cela ne suffit pas à gagner son pain. Les marchombres sont aussi des mercenaires. Parce que nos corps sont aussi aiguisés que nos âmes, et que nos esprits ne trahissent pas les secrets, ce sont souvent les convois qui nous enrôlent. Libre au marchombre d’accepter tout contrat, libre à lui de le refuser, aussi. Aujourd’hui, tu seras messager.

Elle lui tendit le paquet, avant d’expliquer :

- Ce colis est à destination d’une association du nom du Chœur, dont l’un des sièges est à Al Chen. J’aimerais que tu l’apportes là-bas. Contente-toi de le transmettre à son propriétaire, ne pose pas de questions, tu n’es que le messager. Apprends la neutralité. Si tu as le temps, libre à toi de rester quelques temps à Al Chen, ça te permettra de changer un peu d’air, mais soit de retour dans trois semaines, sans faute.

Voilà qui devrait convenir. Et à son retour, à leurs retours, le rythme de leur apprentissage s'accélérerait tant et si bien qu'ils regretteraient sûrement ce court voyage qu'elle leurs offrait...

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Marchombre
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MessageSujet: Re: Te voilà enfin [Terminé]   Sam 19 Mar 2011 - 14:41

Et bien, autant dire que Kirfdéin n'avait plus du tout envie de répliquer. Le ton et le regard d'Elera avait été suffisamment clair. L'apprenti marchombre avait même baissé le regard. Il avait un peu abusé là. Il aurait pas du laisser la colère prendre le dessus. Il était prêt à l'écouter. Mais là, la jeune rousse se mit à courir, vers une destination inconnue. Non mais hey oh!!!! Ca va pas de partir sans prévenir. Oui, il était prêt à l'écouter mais la suivre, c'était autre chose. Hey, mais reviens!!! ...... Bon apparemment, il fallait courir pour savoir ce qu'elle voulait lui dire. Et bien allons-y courrons. Il se mit à la suivre. Il remarqua rapidement qu'elle se dirigeait vers Al-Poll. Et plus précisément vers le magasin où elle lui avait donné rendez-vous après sa sortie de cellule. Elle entra à l'intérieur. Kirfdéin en profita pour reprendre son souffle. Elera ne tarda pas à ressortir avec un paquet dans les bras.

- T’es-tu déjà demandé comment les marchombres gagnaient leur vie ?

Heu..... non c'est vrai qu'il s'était jamais posé la question. Maintenant qu'elle en parlait, il avouait qu'il se demandait bien comment les arpenteurs de la Voie pouvait bien gagner de l'argent.

- C’est bien beau d’être libre, d’entendre le vent et de chevaucher la brume, mais cela ne suffit pas à gagner son pain. Les marchombres sont aussi des mercenaires. Parce que nos corps sont aussi aiguisés que nos âmes, et que nos esprits ne trahissent pas les secrets, ce sont souvent les convois qui nous enrôlent. Libre au marchombre d’accepter tout contrat, libre à lui de le refuser, aussi. Aujourd’hui, tu seras messager.

Messager? C'est pas un boulot trop compliqué ça. "Voilà votre paquet, merci et au revoir" et hop c'était fait.

- Ce colis est à destination d’une association du nom du Chœur, dont l’un des sièges est à Al Chen. J’aimerais que tu l’apportes là-bas. Contente-toi de le transmettre à son propriétaire, ne pose pas de questions, tu n’es que le messager. Apprends la neutralité. Si tu as le temps, libre à toi de rester quelques temps à Al Chen, ça te permettra de changer un peu d’air, mais soit de retour dans trois semaines, sans faute.

Al-Chen? Il fallait qu'elle choisisse justement la ville où sa mère et surtout ses grands-parents habitaient. Alors tout de suite, Kirfdéin était beaucoup enthousiaste pour le voyage. Mais bon, c'était un "ordre" de sa maître marchombre, il n'avait pas le droit de refuser. Il prit le paquet qu'Elera lui tendait et il jeta un coup d'oeil sur l'enveloppe. Il n'avait aucune idée de l'endroit où il devait porter le colis mais avec l'adresse et le nom, il devrait pas avoir trop de souci en se renseignant sur place. Un petit voyage lui ferait le plus grand bien, c'est vrai, mais il ne voulait pas être seul pendant aussi longtemps.

- Suis-je obligé de faire le voyage seul?

Elera lui répondit par la négative.

- D'accord, je porterais donc ton colis sans faute. On se revoit dans trois semaines.

Il salua la maître marchombre et il retourna vers l'académie.


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Te voilà enfin [Terminé]
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