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 Je ne sais plus si c'est moi qui suis seul ou les autres qui sont trop nombreux [Inachevé]

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Bois
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MessageSujet: Je ne sais plus si c'est moi qui suis seul ou les autres qui sont trop nombreux [Inachevé]   Dim 28 Nov 2010 - 14:00

[Titre Thiéfainien de circonstance, ce me semble..  ]

Ses pas rythmaient une danse bien connue, sur le chemin qu’elle traçait et dont elle connaissait chacune des bosses, chacun des creux. C’était étrange, de revenir, après être partie si longtemps ; étrange, et étrangement joyeux. Elle ne put empêcher ses lèvres de s’étirer sur son visage, alors qu’elle sentait la brise tiède d’Al Jeit, tellement différente des rafales d’Al Poll. Tiens, la vieille Mirelle avait toujours ses plantes d’Hulm devant son jardin, et même deux saisons plus tard, le même chien aboyait quand elle passait devant le portail vert algueux de la maison d’à côté. Les bruits l’entouraient de tous côtés ; ceux des passants qui discutaient, ceux d’un groupe de saltimbanques un peu plus loin, aussi. Elle hésita un instant à se diriger vers le quartier des marchands, plutôt que de flâner dans le quartier des résidences les moins prestigieuses d’Al Jeit – qui étaient tout de même convenables, même si pas tout à fait aisées – mais opta finalement contre. Elle avait plus de chance d’y croiser des gens qu’elle connaissait, et elle souhaitait se poser chez elle avant de renouer connaissance avec qui que ce soit. Elle vagabondait dans sa cité, simplement, comme elle l’avait fait tellement de fois auparavant. Elle aimait la capitale, son architecture vertigineuse, ses tours qui caressaient le ciel et les enfants qui jouaient sur les toits. Elle aimait son activité, ses mouvements, ses couleurs, sa chaleur, aussi. Al Poll, en comparaison, était une ville froide, rude, carrée, cassée. Même les gens ne souriaient pas, là bas, enhardie par la frontière raï et le gel qui cristallisait la ville la plus grande part de l’année. Elle n’en supportait pas le froid et l’ambiance calcinée. Al Jeit était tout le contraire, une capitale vibrante de vie, et c’était ici qu’elle aimait cavaler. Ici, chez elle.

Le taudis apparut à ses yeux dans la rue pavée, et Shawna ralentit en arrivant devant le portillon blanc sale qu’elle devrait pousser pour entrer dans l’allée, et atteindre sa porte. Elle le poussa comme si elle l’avait fait la veille, comme si elle n’était jamais partie, et sourit encore en entendant le grincement familier de la barrière. Il y avait une époque, où elle sautait toujours au dessus de cette petite grille lui arrivant à la taille, pour ne pas qu’on l’entende alors qu’elle rentrait à des heures indues. Si son père l’avait entendu, elle aurait été punie, et le silence était alors de mise. Ce qui ne l’empêchait pas d’adorer ce grincement qui avait bercé toutes les histoires de son enfance… Celui-ci fut suivi, immédiatement, des raclements d’un outil dans la terre. Nahemi leva la tête, doucement, et Shawna avança nonchalamment vers sa sœur, à genoux au milieu du potager.

- ‘lut !

Les dents blanches de Nahemi rayonnèrent sur son visage tanné, et ses mains terre de sienne se détachèrent du sol, telles des racines que l’on déterre. Elle se leva, lentement ; Nahemi prenait toujours son temps, et n’avait jamais eu de ces bonds de spontanéité qui caractérisaient ses deux sœurs, Shawna plus que l’autre. Elle s’approcha, essuya vaguement ses mains sur sa jupe, avant de voir que cela ne suffirait pas à enlever la terre sous ses ongles, et que la jupe était dans un état au moins aussi lamentable que ses mains. Haussant vaguement les épaules, elle releva les yeux vers sa sœur, qui s’était arrêtée dans l’allée.

- Shawna ! Excuse-moi de ne pas te souhaiter la bienvenue comme je le devrais, mais je ne m’attendais pas à ton arrivée, commença-t-elle en lui montrant ses mains. Shawna leva les yeux au ciel.
- J’ai préféré ne pas prévenir, j’avais peur que tu ne prépares un banquet en mon honneur si tu étais au courant trop en avance.

Nahemi fronça indistinctement les sourcils, sans vraiment comprendre où sa sœur voulait en venir, puis prenant conscience que celle-ci se moquait gentiment d’elle, elle la regarda d’un air de reproche, air malheureusement peu crédible lorsqu’accompagné d’un sourire en coin.

- Je suis contente que tu sois de retour. Mais tu dois être éreintée, et avoir faim, à cette heure… Laisse-moi donc finir de m’occuper des tomates, je n’en ai plus que pour quelques minutes, et puis je m’occupe de toi. Tu n’as qu’à prendre un bain, comme ça, quand tu seras prête, le repas le sera aussi. Tes affaires sont dans ta chambre, et les serviettes…
- …N’auront pas bougé depuis la dernière fois que j’étais là, Nemi, ça va, je sais encore à quoi ressemble ma maison. Papa est là ?

La question tranchait avec le ton enjoué que Shawna avait utilisé jusque là, une petite pointe d’angoisse perçant dans sa voix ; elle était revenue pour parler à son père, mais cela ne l’empêchait pas de redouter la confrontation qui allait suivre.

- Non, il est au marché, à cette heure là… Yeleen n’est pas là non plus, elle est avec des amis.
- …Tu vas avoir beaucoup de choses à me raconter, je crois.
- Oui…

***

- Il s’est passé tellement de choses, en si peu de temps… Je n’arrive pas à croire que Papa ait accepté de nourrir un chat. Mais quand Yeleen veut quelque chose, elle se débrouille pour l’avoir. Je crois que c’est un truc de famille, ça.
- En parlant de famille… Les chats et les voisins ne sont pas les seules choses qui ont changé, ici. Raelenn a une fille.
- Raelenn a une fille ? Mais c’est pas du tout son genre ! J’croyais qu’elle était célibataire, elle devait être déjà enceinte quand je suis partie, non ? Elle est avec qui ? Iriseï a dit quoi ?
- Non, non, je veux dire… Elle a eu une fille, il y a longtemps. Elle doit avoir notre âge, enfin, je ne sais pas exactement.
- On parle bien de la même Raelenn ? Celle qui fait toujours ce qu’on lui dit et à qui il n’arrive jamais aucune histoire ?
- Apparemment, après l’histoire avec Kael, elle a eu peur que son père refuse qu’elle ne voie jamais l’enfant si elle lui en parlait. Tu sais ce que pense Iriseï sur les relations hors mariage… Alors elle a préféré que l’enfant soit adopté, et savoir où il était. Mais maintenant que son père a découvert son existence, il n’y a plus de raison de la cacher. C’est Umel qui nous a tout raconté. On va tous au ranch dans deux jours pour qu’elle puisse rencontrer tout le monde… Pour le moment elle n’a pas quitté l’Auberge, Raelenn préférait attendre un peu avant de lui faire rencontrer toute la fratrie, qu’elles passent un peu de temps entre elles. Mais Ombeline meurt d’envie de rencontrer sa petite nièce et a invité tout le monde. Il n’y a qu’Iriseï qui restera à l’auberge, vu que Kael sera là.
- Une demi-cousine en plus, donc. La pauvre, je la plains, elle va en avoir, des noms à retenir. Et elle, elle s’appelle comment ?
- Lohan.
- Ok. Et y aura vraiment tout le monde, au ranch ?
- Probablement pas. C’est difficile de réunir tout le monde…

***

- Shawnaaaaaaaaaaa !
- 'Yeleeeeeeeeeeeen !'

Le bolide traversa la cuisine pour se jeter sur sa sœur, et Shawna la serra dans ses bras.

- Ben alors, j’t’ai manquée ?

Yeleen se dégagea, fit disparaitre un pli sur sa robe et prit un air distant, souverain.

- Non, pas du tout.

***

- Nahemi, je suis rentr… Shawna.
- Salut, ‘Pa.

Ils se regardèrent un instant, incertain sur le comportement à avoir, mais Shawna brisa rapidement l’ambiance étrange.

- J’pourrais venir au ranch avec vous ?
- Bien sûr. C'est Ombeline qui va être contente de te voir.
- Pas qu'elle, j'espère…

Ils restèrent longtemps, assis tous les quatre autour de la table, à partager leurs histoires respectives de la saison, entre deux éclats de rire. Cela lui rappelait tellement les retours de sa mère… Il lui faudrait encore parler à son père de ce qu’elle comptait faire, mais pour le moment, ils n’y pensaient pas ; elle était là avec eux, et où elle serait demain, ils en parleraient le moment venu.

***

- Shawna, dépêche, Umel est là !
- Mais deux minutes, j’ai le droit de mettre mes chaussures, quand même !

Le temps qu’elle les mette, ils étaient déjà tous dehors. Quand elle sortit, c’est Umel qui l’accueillit d’abord, puis ses deux filles, Camil et Kendra. Puis elle recula, se tournant vers Raelenn et Lohan pour leur annoncer :

- Kael, Nahemi, Shawna, Yeleen, je vous présente Lohan, ma nièce. Lohan, voilà mon demi-frère et ses trois filles…

Et pendant que ses deux sœurs se confondaient en ‘enchantée’ et ‘ravie de te rencontrer’, Shawna resta plantée là, sceptique, avant de demander, sans s’inquiéter de qui pouvait entendre :

- …C’est une blague, j’espère ?


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MessageSujet: Re: Je ne sais plus si c'est moi qui suis seul ou les autres qui sont trop nombreux [Inachevé]   Jeu 23 Déc 2010 - 18:35

[j'ai adopté ton système de dialogue, j'ai bien aimé =).]

« Hakku! Qu’est-ce que tu fais là ? »

« Je visite ce fabuleux édifice dont on m’a vanté les merveilles. A ton avis? Ça fait deux heures que je tourne entre la cour et les tours pour te trouver. C’est grand ici et il y a du monde. »

Il l’avait serré brièvement dans ses bras avant de la fixer intensément, surement dans l’intention de relever les traits de son visage qui avaient changer.

« Quel sens de l’observation. Tu aurais pu me prévenir au moins, une lettre , quelque chose.…Maman t‘as accompagné

Le reproche n’en était pas un, le grand sourire en lèvre suffisait à faire perdre aux mots leurs significations première.

« Non. Je suis venu seul, elle ne pouvait pas abandonner l’auberge trop longtemps, tu comprends. La saison morte est passé, les voyageurs reprennent leur route, on ne pouvait pas louper la première vague. Cela dit…Tu crois que tu pourrais sortir d’ici quelques jours? Histoire de la retrouver et de dire bonjour au petit village que tu as troqué contre cette…cité. »

Les yeux morts de Lohan se mirent à briller. La proposition lui semblait folle et simple en même temps

« Oui, bien sur. Une autorisation à demander et je te suis. Merci d’être venue me chercher ici, Hakku. Vous me manquez tous. Les gens du village, les amis, La vieille Dofga qui tentait vainement de m’apprendre à écrire, maitre Pol aussi ! J’ai pleins de choses à lui dire à propos de ce que j’ai appris ici. Et la famille bien sur! Toi et maman… »

Pourquoi y avait-il un décalage dans le souffle d’Hakku, comme un malaise, un non dit, un secret?

« Qui y a-t-il? Maman ne va pas bien? »

« Non ce n’est pas ça. Si je suis revenu ici c’est aussi pour te dire des trucs…A propos de la famille justement. Mais vas-y, raconte moi tout depuis ta dernière lettre, présente moi tes amis, montre moi les endroits ou tu t’entraine. On aura tout le temps d’en parler pendant le voyage »
--
« Mais c’est completement fou Hakku. Elle m’a abandonné, pourquoi vouloir me revoir ensuite et me présenter à sa famille, et qui lui dit que j‘ai envie de la rencontrer, je suis très bien avec vous., me faire chercher pour son bon vouloir, vraiment… »

« C’est son père, apparament qui lui mettait une certaine pression…Il y avait déjà eu des enfants illégitimes dans la famille, et il ne le supportait pas ».

Lohan eu un petit rire, la situation lui paraissait completement absurde.

« Ah, et je suis illégitime en plus, et qu’Est-ce qui la décidé à me reconnaître? Son père est mort ?»

« Dit donc, tu es devenu bien sinistre depuis que tu es partie. Ou donc est passée ma petite Lohan, toujours le sourire aux lèvres? Non, elle lui a finalement avoué qu’elle s’était fait violer. »

blanc entre les deux, Hakku évite soigneusement son regard. Puis Lohan romps le silence.

« Avoue qu’il y a de quoi être sinistre…ça m’étonne qu’elle veuille me revoir après ce qu’elle doit avoir vécu, encore plus qu’elle veuille me présenter à sa famille. Eh regardez, c’est la fille de mon violeur ! Elle ressemble à son père n’Est-ce pas? Elle l’a revu depuis, mon père? »

« Je ne sais pas, tu lui demanderas toi-même, elle est à l’auberge, elle parle avec Maman..Enfin, ma mère. »

« Et la mienne aussi. Cette Raelenn n’a rien fait pour moi jusqu’à maintenant, je ne vois pas pourquoi je l’appelerais « Maman ».
---
Pourquoi avoir voulu maintenant? Pourquoi vouloir retrouver cette fille qui n’était plus vraiment la sienne? Alors qu’elle échangeait des phrases sans vies avec la veuve Gayana, Raelenn se demandait si elle avait pris la bonne décision. Un coup de tête? Elle n’était pas de cette trempe. D’humeur égale, docile et patiente. Ses décisions, les rares fois ou elle avait à en prendre étaient toujours murement réfléchies. Aujourd’hui, elle était la seule des enfants d’Iriseï à ne pas être marié, et on la pressait de tout coté à prendre époux. Elle n’en avait pas envie. Le seul homme qu’elle aimait aujourd‘hui, une sorte d’adoration melé de frayeur, était son père. Elle savait qu’il la préférait à son frère et sa sœur et que son autorité la protégerait jusqu’à sa morte. Seulement, il fallait autre chose pour dissuader sa famille de lui parlez époux, famille, enfants. Expliquer son dégout vis-à-vis du mariage. L’histoire du viol avait servi d’alibi.
Le silence assourdissant sur le visage grave D’Irisei avait fait tomber quelques larmes muettes. Elle avait eut peur du mensonge, s’était sentie affreusement coupable en sachant qu’elle ne pouvait revenir en arrière. Elle avait refusé tout net de donner le nom du père. Il n’avait pas insisté. Elle tremblait tout bas. Mais après tout, ce mensonge en était-il vraiment un ? Elle était jeune, extrêmement naïve, elle aimait de toute la force de son petit cœur. Le père de sa fille l’avait délaissé alors que les jumeaux dormait depuis 5 mois dans son ventre. Il lui reprochait son assujetissement à Iriseï, sa lacheté devant lui. Elle s’était réfugié en dehors de la ville pendant les 6 derniers mois de grossesse, loin de sa famille prétextant un voyage pour sa santé. Il n’avait pas supporté sa honte. Enfin, c’est-ce qu’il avait prétendu.

Elle avait aussi des remords. Et l’enfant survivant, qu’était elle devenue? Vivait-elle en esclave chez les aubergistes ou menait-elle une existence heureuse? Elle avait eu la réponse, la veuve Gayana avait insisté pour que Lohan la rencontre, son père avait même insisté pour qu‘elle la présente à la famille « cet enfant n‘est pas responsable de ce qu‘à oser te faire son père« . Et elle arrivait cette fille. Sa petite fille qui avait juste 17 ans.

---
« Mon enfant. »

Le sourire de Raelenn était pâle, très crispé. Sa voix sonnait faux sous l’angoisse d’un passé personnifié. Que fallait il faire? Prendre dans ses bras, consoler, expliquer? La jeune fille restait là imobile, devant elle. Les yeux vides. Que fallait il faire? Son père n’était pas là pour lui dicter sa conduite, sa sœur n’était pas là pour la conseiller. Elle était desespérament seule.
« Vous avez une odeur étrange…Maman. »

---

Raelenn était devenue soudain très bavarde quand on avait abordé le sujet de la famille, détaillant chaque membre frénétiquement , s’attardant plus longtemps sur sa sœur et son père, leur donnant le premier rôle aux yeux de Lohan. La Lotra avait la forte impression que sa mère essayait de meubler la conversation par des mots et était resté peu bavarde, hochant silencieusement la tête. Leur première rencontre avec Umel avait un peu détendu l’atmosphère et calmé le débit de voix de Raelenn. Les deux cousines de Lohan s’était montré bien différente. Camil l’ainé était un peu renfrognait et avait une étrange voix grave tendit que Kendra la plus jeune, avait bombardé de question la jeune Lotra. Cette franchise mit à l’aise Lohan qui avait retrouvé le sourire. Elle avait passé deux jours avec ces cousines et son frère adoptif, qui était venu lui tenir companie, tentant d’éviter sa mère et son grand père qu’elle craignait un peu. Les conversations avec Raelenn avait versé dans la banalité à chaque fois que cette dernière avait tenté d’aborder un sujet sérieux.
---
- …C’est une blague, j’espère ?

L’odeur qui flottait dans l’air mais surtout le ton de voix enjoué et orgueilleux ne pouvait permettre une erreur.

« Shawna… »

Malgré l’aigreur de la voix et le souvenir de leur dernière rencontre, Lohan se sentit presque rassurée de sentir une tête connue la dévisagée. Elle était en terrain famillier et même si elle faisait une piètre jouteuse verbale, elle avait avec shawna à un bout de passé en commun, ça suffisait à la réconforter

« Je ne crois pas, il y aurait un peu trop d’acteur. »

« Vous vous connaissez? enchaina Raelenn en souriant, Quel heureux hasard ! Et bien, tu vois Lohan tu ne seras pas totalement destabilisée. Je suis sure que Shawna se fera un plaisir de te présenter le reste de la famille. N’est-ce pas Shawna? Ça me ferait plaisir tu sais …Ta demi-cousine doit se sentir un peu désorientée, tu n’imagines pas quand on sera au ranch. Tu feras ça pour moi ? »

« ça ne sera pas necessaire murmura tout doucement la Lotra, imaginant sans peine la figure déconfite de Shawna Kwen. Mais Kendra ne laissa pas le temps à Lohan ou Shawna de répliquer .

« Faut pas la dévisager comme ça, Yeleen. Elle est aveugle, elle voit rien du tout. C’est pour ça qu’elle a un regard bizarre. Enfin sans vouloir te vexer, Lohan. »

« Je crois que Yeleen constatait simplement qu’elle ressemblait beaucoup à Raelenn fit Nahémi poliment. Et elle aurait raison. »

« Au lieu de faire des remarques qui ne servent à rien, tu ferais mieux de te taire Kendra..pour changer » bougonna Camil.

« Ah non les filles pas de mauvaises humeurs aujourd’hui. J’en ai assez de vos sempiternelles disputes ! Une trève d’un jour, merci. Histoire de donner une bonne image de la famille à votre nouvelle cousine. » renchérit Umel

Ils avaient commencé à faire le chemin à pied jusqu’au Ranch. L’esprit un peu abrutit par tant de nouvelles rencontres, Lohan se contentait d’ecouter histoire de s’imprégner de cette nouvelle « famille ». Umel et Kael était en pleine discussion sur la hausse des prix des denrées alimentaires et sur l’odieux chantage à laquelle se livraient quelques caravanes d’itiniérants, Nahémi s’entretenait avec sa mère, lui donnant des nouvelle de la famille de Shawna…Ils ne s’étaient pas vu depuis bien longtemps au vue des dates que donnait Nahémi. La voix fluette de Kendra énumérait les noms et Yeleen complétait ses oublis, effrayant un peu Lohan. Il y aurait du monde. Comment pourrait-elle mémoriser les odeurs, les voix! Que diraient-ils d’elle. Elle avait compris que seul Iriseï..Umel peut-être, connaissait l’histoire du viol. Les autres avaient vraisemblablement été tenus dans l’ignorance

Il lui semblait avoir appris plus en quelques jours que pendant le reste de sa courte vie et cette idée la fit frissonner. Comme si en quinze ans elle n’avait rien fait qui méritait son interet.

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MessageSujet: Re: Je ne sais plus si c'est moi qui suis seul ou les autres qui sont trop nombreux [Inachevé]   Ven 24 Déc 2010 - 17:30

[ Moins de 24h, Joyeux Noël o/ ]

« Ca va, on baisse le ton gamin, tu me gave cours sur le haricot. »

Gabriel se trouvait au beau milieu d’une ruée de bambins assoiffés, sauvages, crocs découverts, aiguisés, visages déformés par une faim en tenaille qui leur brisait les entrailles. Ou presque. Soit, ils n’étaient pas précisément nourris à la mesure de leur faim, enfants d’un village de petits producteurs de pamplemousse, pour qui les conditions climatiques n’avaient pas été clémentes ces soixante dernières années. Ils étaient continuellement brûlés par le sentiment de faim, contre lequel ils s’acharnaient sans doute pour ne pas s’écrouler, parce qu’ils avaient été élevé par vertu et courage. Le village comportait une dizaine de foyers, tout au plus, et était peuplé de familles qui vivaient là depuis, sans doute, trois ou quatre centaines d’années. Ces enfants fourmillaient sur la place qui faisait office de centre du village, et où tous les habitants se retrouvaient pour célébrer certaines grandes fêtes, à la hauteur de leurs moyens, ce qui les remplissait d’allégresse, et aurait frappé d’une profonde pitié un quelconque observateur extérieur. Leur solidarité était pourtant splendide, quelque part.
Gabriel avait l’habitude de passer ici : Il s’occupait régulièrement des deux chevaux du village, achetés à sa grand-mère, gracieusement, sachant en tout état de cause qu’ils n’auraient en aucun cas les moyens de payer quelque soin que ce soit. Il en profitait pour éclairer les visages des bambins pour qui la venue d’un étranger représentait un évènement digne des plus hauts faits. C’est la classe, ce village Arrow

De ses mains, Gabriel repoussa patiemment les mômes, avec une sérénité qui lui était d’ordinaire parfaitement étrangère, et même, qui jurait assez affreusement avec son visage espiègle. Mais ici, il avait changé de monde. Il en tira un, tenace, par les cheveux, pour pouvoir faire quelques pas, tenta de les faire taire de quelques gestes, ce qui ne fonctionnera clairement pas. Ces enfants en haillons étaient gonflés d’enthousiasme et criaient à tout va, des mots qui n’existaient pas, qui n’existaient plus, qui s’étaient perdus. Le jeune garçon hésitait fortement à balayer tout ça de la main – ils étaient si frêles qu’une pichenette les ébranlait. Finalement, d’une voix assez forte, il réclama le silence :

« Fermez-là, j’ai d’autres chats à fouetter que d’écouter vos piaillements d’oisillons tombés du nid ! »

Peu à peu, le silence se fit, et avec lui, les enfants s’immobilisèrent. Ils avaient pour la plupart entre cinq et dix ans. Quatre d’entre eux étaient plus âgés, une fille et trois garçons, et se tenaient en retrait. Palo et Sibir avaient douze ans, Gamal treize, et Igual s’approchait de ses quinze ans, encore petit fille et déjà femme, un regard vaguement maternel posé sur les enfants agités, fuyant les yeux de Gabriel qui lui lançait parfois un regard. Autrefois, elle faisait elle aussi partie de cette cohue qui quémandait l’attention de l’étranger – qu’ils connaissaient bien, bien – mais depuis quelques années, elle avait prit du recul, avec l’âge. Les adolescents de son âge, au village, travaillaient, mais elle avait supplié son père de lui accorder quelques heures pour la venue de « Soigneur des Chevaux ». Comme d’autres filles, elle n’était pas insensible au charme de Gabriel, mais au-delà de ça, il représentait une icône : Elle se souvenait l’avoir vu venir depuis son plus jeune âge, d’abord avec sa grand-mère, puis seul. C’était l’un des seuls apports extérieurs, une des seules venues du monde dans cet univers marginal, inexistant aux yeux du monde. Il était un morceau de ce monde qui les ignorait, et dans lequel elle mourrait d’envie de plonger. Igual, quatorze ans, désireuse de civilisation, vivant le monde au travers de ses regards fuyant à Lael. Pas de grande surprise.

L’étranger invita de la main les trois qui se tenaient plus loin à s’approcher, ce que firent Palo et Gamal, tandis que Sibir se tenait scotché à Igual, qui ne bougeait pas. Gabriel forma deux équipes, plus ou moins composées de la même manière en terme d’âge, traça des lignes dans la poussière, et dénoua le foulard qu’il avait prit soin de porter, précisément ce jour là, pour le poser, tâche pourpre échouée au beau milieu de l’espace vide laissé entre les deux équipes. C’était là son jeu favori, et il en était le roi, plus jeune. Avec sa large famille, avec la caravane, avec des inconnus, il y avait joué mille fois et ne s’était jamais lassé. Après avoir donné les indications nécessaires, il prit sa respiration, avec un grand sourire à l’adresse des mines attentives des enfants.

« … Nuage ! »

Un enfant de chaque camp partit en trombe, et les yeux brillants, ils se chamaillèrent le foulard pourpre dans des éclats de poussières.

__


« Gabriel ! … »

C’était une voix assez formidable, il se devait de le lui accorder. Il marchait à l’épaule de la jument qui l’avait conduit jusqu’ici, Ecume. Gris perle, un chanfrein large, des yeux sombres, une certaine docilité, quoiqu’il en soit. Il se retourna à l’appel, qu’Igual, l’ayant suivi sur une centaine de mètre, avait presque chanté. Elle s’était arrêté au milieu de la grande voie de terre, les mains agitées, le regard quelque peu fuyant. Gabriel avait fait s’arrêter la jument, et regardait cette figure malingre qui mit de longues minutes à parler, d’une voix étrangement mélodieusement, désuète et excentrée dans cet univers rude, un peu hésitante.

« Tu vois, … Je ne perçois mon horizon que comme éteint. Ici, il y a dix maisons, et je connais chacun des recoins de ces demeures comme si j’y avais vécu cent ans. La lumière et la vie, je ne les saisis qu’au creux de mes rêves, lors des rares nuits où rien ne trouble mon sommeil. Je devine, je dessine ce que je suppose, tu m’apportes de la matière, je me nourris des images que tu offres, lorsque tu viens … »

Au fur et à mesure qu’elle parlait, sa voix se faisait plus assurée, plus posée, et ses yeux brillaient d’une calme mélancolie, nourrie d’un espoir vaporeux, hésitant à se cristalliser.

« Mais cela ne me suffit plus. Je veux goûter le monde. Gabriel, ne me laisse pas ici … »

La supplique perça d’une violence criarde le long de ses derniers mots, laissant Lael estomaqué de cette tirade poétique dans un langage qu’il n’aurait jamais cru pouvoir émerger de ces lèvres-ci, dans ce milieu là, sous cette poussière claire. Les mots dégoulinaient du fond de sa gorge, leur donnant une couleur assez grave, derrière la voix haute de la jeune fille. Percevant sans doute l’étonnement de Lael, elle baissa les yeux.

« J’ai collectionné tes mots, pour en faire un jour un collier. »

Cette fois-ci, le jeune homme ricana, en faisant quelques pas vers l’enfant, jusqu’à ce que le museau de la jument qu’il conduisait se retrouve au niveau de l’épaule dénudée de la fillette – car c’en était toujours une, malgré tout. Riant, mais pas franchement moqueur, il lui saisit le menton entre les doigts et releva sa tête jusqu’à ce que leurs regards se figent l’un dans l’autre.

« Garde tes mots chantants, ma jolie, ils ne sont pas pour moi. Regarde-moi ça, du haut de tes quelques années, déjà, tu crois que la vie est ailleurs, que tu n’appartiens pas au monde ! »

Il rit, lâcha le visage fin de la gamine, recula d’un pas.

« Apprends à chanter, mais oublie le reste de la poésie, tu n’en auras pas besoin pour conquérir le monde. Allez, apprends à chanter et je reviendrai te chercher ! »

Sur quoi, grand prince, théâtrale, il se hissa sur le dos d’Ecume qu’il mit au galop. Il eut juste le temps d’apercevoir le visage illuminé de la gamine, et, immensément fier de sa mise en scène, se hâta de rentrer au ranch. Déjà, il avait oublié sa promesse.

__


Il entra en trombe dans la grande cour, fuyant un regard noir de sa mère qui avait renoncé à compter le nombre de fois où elle lui avait ordonné d’entrer ici au pas. Elle lui cria tout de même quelque chose, qu’il n’entendit pas. Il descendit d’une cabriole, encore tout emoustillé de son petit numéro, et la jument continua sa course, s’arrêtant lorsque Kheops, l’oncle de Gabriel, surgit au devant d’elle, bougonnant contre son neveu inconscient. Le jeune homme fila en vitesse, laissant Ecume au soin de son oncle, et disparu en traversant la remise. Manque de chance, il tomba sur son père, qui, hélas, n’avait pas manqué une miette du spectacle.

« La-e-lith. Tu vas t’occuper de ta jument et la prochaine fois, tu entreras ici au pas ! Non, en fait, non, la prochaine fois, tu partiras à pied, d’ailleurs ! C’est clair ? »

Lael n’entendait même plus franchement les menaces de ce type, que ses parents et ses oncles et tantes lui adressaient sans arrêt. Trainant les pieds, il rejoignit la stalle d’Ecume, où Kheops l’avait replacé. Ce dernier lui adressa un regard a-la-place-de-ton-père-je-t’aurais-volontiers-giflé, et resta planté devant la porte jusqu’à ce que Gabriel ait terminé sa tâche, ce qui fit quelque peu râler le jeune homme. Quand le gamin ressortit enfin, il lui annonça d’une voix trainante :

« Les Djee débarquent en fin de journée, j’ose espérer que tu sauras te tenir tranquille »

Sur quoi, Lael, masquant son allégresse à l’idée de la venue de ses cousins éloignés, hocha la tête puis partit, d’abord d’un pas mesurée, puis plus rapidement, pour rejoindre la maison, où l’on s’agitait pour préparer l’accueil des nouveaux arrivants. Il embrassa sa grand-mère qui fit mine de ne rien voir lorsqu’il plongea les doigts dans la pate fruitée qu’elle malaxait, pour les lécher ensuite goulument.

Son pied ripa contre une pierre, l’habitude l’ayant fait monter trop vite le long du mur, mais il ne se laissa pas choir et parvint rapidement sur le toit, un lieu d’observation formidable qui était sa propriété depuis de longues années. Un endroit qu’il ne partageait qu’avec Shawna, pas vraiment par volonté, mais parce qu’elle avait bien fini par découvrir l’endroit où il filait à chaque fois qu’il voulait la faire mariner. Là, il s’endormit.

Pour se réveiller lorsqu’un brouhaha assourdissant s’éleva du chemin, en face. Il reconnut rapidement les mouvements et les voix, mais, tapi sur les ardoises, il ne frémit pas. Lorsque le groupe s’approcha, à la rencontre des habitants du ranch, auxquels s’étaient joint Isaac et Kou, pour l’occasion, il y eut des éclats de voix, des mouvements, et des gestes inhabituels qui intriguèrent fortement Lael, lequel, les yeux rivés sur la petite foule ainsi formée, ne daigna pourtant bien descendre. Sha viendrait bien lui expliquer, non ?



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MessageSujet: Re: Je ne sais plus si c'est moi qui suis seul ou les autres qui sont trop nombreux [Inachevé]   Sam 25 Déc 2010 - 21:51

[Merci à toutes les deux I love you ]

Comment ça ce n’était pas une blague ? Ce n’était pas possible ! Elle avait rencontré cette fille de l’autre côté de l’Empire, et on lui disait maintenant que c’était sa demi-cousine ? Mais Lohan était une inconnue ! Juste une stupide orpheline d’Al Poll, incapable de savourer un repas sans faire d’histoire ! Elle avait l’air contente de la voir, en plus – et bien ce n’était pas réciproque. C’était un montage, on la faisait marcher, ce n’était pas possible. Déjà, retrouver une cousine après vingt ans n’était pas commun, mais que quelqu’un de la famille la connaisse ? Quoique vu le monde qu’il y avait dans la famille, c’était peut-être normal qu’une personne l’ait rencontré, il était pourtant bien connu parmi les itinérairesants que le monde était petit… Oh, oui, il y avait beaucoup trop d’acteurs pour que ceci soit une blague. Mais pourquoi personne ne réagissait, pourquoi personne ne trouvait bizarre qu’elles se connaissent ? Comme si tout allait de soi ! Shawna jeta un regard noir à Raelenn, s’attirant l’exact même regard de son propre père lorsqu’il la vit. Elle le regarda d’un air suppliant, mais il fit non de la tête, et elle prit une mine boudeuse. Son père était beaucoup trop conciliant. Shawna croisa les bras, laissant les paroles des uns et des autres se mélangées autour d’elle sans y participer, la colère vibrant de plus en plus forte.

Elle jeta un nouveau regard rempli d’animosité vers Raelenn. Saleté d’hypocrite. Elle parlait à Nahémi comme si elles étaient meilleures amies, Nahémi répondant poliment sans que cela ne la dérange, alors que l’année dernière seulement, elle n’osait pas adresser la parole à sa famille, de peur d’offenser Iriseï. Shawna avait déjà croisé Raelenn au ranch, mais c’était la première fois que sa demi-tante mettait les pieds chez les Kwen depuis, allez, la mort de sa grand-mère ? Contrairement à Umel qui venait souvent voir son frère. Et là, elle faisait comme s’ils étaient meilleurs amis, une famille soudée par-dessus tout, comme si elle voulait montrer un tableau parfait à la fille qu’elle venait de se trouver… Encore une hypocrisie, ça ! Comment pouvait-elle cacher l’existence de son enfant pendant vingt ans ? L’abandonner comme elle l’avait fait, ne pas s’assumer à ce point ? Et la récupérer maintenant, l’arracher à la vie qu’elle s’était faite seule, à sa famille adoptive, à tout ce qu’elle connaissait, pour répondre à ses égoïstes envies maternelles ?

Shawna ne supportait ni la fille, ni la mère, et ne savait pas laquelle des deux elle détestait le plus pour le moment. Mais Lohan était greffée à ses côtés, et Shawna se fit une raison et mit la main sur l’épaule de l’aveugle pour la guider, se réconfortant en pensant que, peut-être, Lohan était juste la première orpheline qu’elle avait ramassé dans la rue, et qu’elles ne partageaient aucun sang. Quoique Nahémi avait raison, elle ressemblait à sa mère. Damné Dragon.

- Ils te souhaitent peut-être tous la bienvenue dans la famille, mais pas moi, Gayana.

Gayana. Oui, Lohan Gayana. Si Shawna avait appris à partager, du fait de sa fratrie extensive, elle était aussi très possessive, que ce soit pour ses instruments de musique, ses cachettes dans la ville ou sa famille. Elle avait toujours été très protectrice des siens, ça avait toujours été sa famille contre les autres. C’était elle qui protégeait Yeleen, elle formait une belle équipe avec ses cousins maternels et elle se sentait chez elle dans la bande un peu plus disparate du ranch. Elle était soudée aux siens, les protégeait, les aidait, quoiqu’il en coûtait ; Lohan venait de faire un pas parmi euux, et Shawna n’aimait pas ça du tout. Ce n’était même pas une question de sang, ou de temps, ou d’incrédibilité ; juste qu’elle considérait la fille aux yeux de pierre comme une étrangère, et qu’après lui avoir piqué sa flûte, elle venait maintenant lui piquer SA famille. C’était déjà difficile pour Shawna d’accepter les nouvelles naissances, mais si en plus on retrouvait des enfants perdus, maintenant… Elle resta sur la défensive, mais ajouta :

- Raelenn veut que j’te présente tout le monde, je le ferai, et avec grand plaisir, même, surtout si en plus, j’peux te prouver que la famille que tu m’imaginais avoir n’a rien à voir avec celle que j’ai. J’suis fière de ma famille.

« Ma. » La vérité, c’était que le ranch était plus la famille de Lohan que la sienne ; Shawna ne partageait aucun lien de sang avec eux, contrairement à Lohan, mais elle les avait toujours considérés comme les siens et ça ne changerait pas aujourd’hui.

- Mais c’est pas parce que j’te fais rencontrer tout le monde que je considère que t’es l’une de nous. Eux, ils te voient p’t’être comme « la nouvelle », mais pour moi, t’es juste une invitée temporaire.

Ils arrivèrent finalement au ranch, et ce fut un grand mélange de bruits, de voix, de joies et de questions, de jambes et de bras, d’odeurs et de couleurs. Nahémi se dirigea immédiatement vers Kou et Isaac, qu’elle appréciait particulièrement et n’avait pas vu depuis longtemps, tout le monde s’embrassait, se saluait, et s’extasiait en se présentant à Lohan, beaucoup en même temps.

- Estel !

La petite fille courut comme un bolide pour sauter dans les bras de Shawna, et elle recula d’un pas avant de rire un peu.

- Ouuh, mais c’est que t’es lourde toi maintenant !
- Même pas vrai !
- Oh si, j’te repose fillette… Tiens, dis bonjour à Lohan.
- Bon-jouuuuuur !

Elle repartit au pas de course, et Shawna s’adressa à la brune.

- Ca, c’est Estel, La plus petite. La grande sœur, c’est Naïka, mais elle doit être en train de faire sa rebelle à l’intérieur, elle viendra seulement dire bonjour quand sa mère aura hurlé pour qu’elle vienne trois ou quatre fois. Denhil, c’est le plus grand, il t’a dit bonjour tout à l’heure mais il est reparti s’occuper des chevaux là, et y a les jumeaux aussi, Seun et Otha–
- Shawna, tu es là aussi !
- Bonjour, Liosyl…
- Umel avait dit que tu étais de retour en ville, ça fait plaisir de te revoir… Oh, et tu dois être Lohan. Ravi de te rencontrer. Luke, je suis ton père.
- Lohan, j’t’abandonne un instant.

Shawna laissa donc l’aveugle avec son oncle – enfin, oncle, ça faisait longtemps qu’on simplifiait, dans la famille – et profita de la confusion générale pour s’éclipser. Depuis qu’ils étaient rentrés dans le ranch, elle ne cherchait qu’une personne des yeux, entre deux salutations – Lael. C’était bien le seul qui l’écouterait se plaindre de cette demi-cousine qu’elle n’avait pas demandé. Et le seul qui n’était pas foutu de descendre à leur arrivée, bien sûr. Non, y avait Naïka, aussi, et il lui semblait que Kheops s’occupait encore des tâches du ranch, elle ne l’avait pas vu – mais même. Au moins, elle savait où le trouver. Shawna grimpa tant bien que mal, passa la tête par-dessus le toit, et trouva le jeune homme exactement là où elle s’y attendait, complètement détendu. « Pour vivre heureux, vivons couchés, allongés sur le dos… » Cela faisait assez longtemps qu’elle ne l’avait pas vu, mais c’était comme s’il n’avait pas bougé d’un poil. Elle ne perdit pas de temps à le saluer.

- C’est une horreur, j’peux pas l’encadrer cette fille, de TOUTES les personnes et créatures qui peuplent Gwendalavir, pourquoi est-ce qu’il fallait que ça tombe sur ELLE ? En plus ils sont tous à tourner autour d’elle comme autour d’un nouveau jouet, tous à sourire et à être contents alors qu’ils savent pas d’où elle sort, c’te fille, ‘oh, une nouvelle cousine, c’est chouette !’ T’as pas intérêt à lui tourner autour aussi, Lael, sinon j’crois que j’vais exploser un gommeur. Et puis d’abord c’est quoi cette histoire tordue, depuis quand on sort des demi-cousines de nulle part ? Elle pouvait pas la garder dans un placard, sa fille, Raelenn ? Comme si on n’était pas déjà assez nombreux ! Non, allez, rajoutons donc une aveugle dans l’tas. Mais elle, en plus. J’sais pas ce qu’elle fait ici, elle pouvait pas rester à Al Poll ? Elle m’a piquée ma flûte et elle est pas capable de dire merci quand on lui offre à manger, non, elle demande si c’est empoisonné, elle est complètement parano, complètement zarb, et… Dis quelque chose, au lieu de me regarder comme ça !

Elle avait rejoint Lael sur le toit pendant sa tirade, debout sur les tuiles, et elle déversait son flot de paroles sans lui laisser le temps d’en placer une. Son regard avait fini par l’arrêter, pourtant, et elle se calma d’un coup, comme si elle avait juste eu besoin de faire déferler le trop plein de pensées pour prendre conscience de la futilité de sa situation. Et maintenant qu’elle pouvait se concentrer sur autre chose que sa petite personne… Froncement de nez significatif, et nettement exagéré.

- Tu pues toujours autant le cheval, Gaby.


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MessageSujet: Re: Je ne sais plus si c'est moi qui suis seul ou les autres qui sont trop nombreux [Inachevé]   Dim 26 Déc 2010 - 22:43

[ C'est Noël, hein angel ]

C’était surprenant, ces corps qui se croisaient, juste à la lumière pâle du soir. Un jour, il faudrait que quelqu’un – un courageux – s’attache à inventer des mots, des termes et des phrases, des sons, des concepts nouveau pour décrire une atmosphère : La tension, les chocs de légèreté, cette affection – un peu rouillé, à cet instant précis – en fontaine, cette chaleur palpable qui faisait le bonheur de tous. Ca ne veut rien dire, comme ça, on sent pas, on comprend pas. C’bien beau la 3D, mais à quand la reconstitution de l’atmosphère ?. Il y avait quelque chose de curieux, pourtant, dans cette scène que Lael croyait connaître par cœur, comme un gravier dans l’engrenage, des grains de sable qui font crisser une machinerie mal huilée. La première chose concrète qu’il nota fut la présence de Raelenn, qu’il reconnut à sa voix, un peu aigüe, avec quelque chose de strident. Il n’aimait pas la voix de sa tante – on simplifiait depuis longtemps, dans la famille – ce pour quoi il l’avait si bien retenue. Il était donc assez étonnant de voir Raelenn ici en même temps que les Djee. Lael avait toujours été plongé dans l’incompréhension des relations compliquées qui existaient dans cette famille, et, même si elles avaient une origine, trouvait stupide de se compliquer la vie pour ce genre de foutaises. Mais enfin, cela ne le concernait guère. Toujours est-il que la présence de Raelenn au Ranch avec les Djee lui semblait pour le moins étonnante. Curieux, il s’interrogea quelques minutes sur cette surprenante situation, puis, fatigué, s’allongea sur les ardoises, les yeux fixés sur le ciel qui s’éteignait, lentement.

Sur quoi débarqua la furie, qu’il attendait avec presque une petite pointe d’impatience, mais ça, même lui n’en était pas vraiment conscient. Il ne daigna tout d’abord pas se relever, mais écouta avec un semblant d’attention ce que disait la voix échauffée qu’il connaissait tant. Il se leva au cours de sa tirade, s’épousseta, et la regarda avec attention, amusé. A priori, elle racontait n’importe quoi. Comme d’habitude. Elle parlait d’une fille – à priori – et qui plaisait à tout le monde. On dirait. Ca, c’était intéressant. Elle était peut-être jolie ? Bon, aveugle – Ou alors c’était quelqu’un d’autre ? – mais on pourrait s’en accommoder. Le détail qui lui faisait grincer des dents, cependant, se trouvait être un mot qu’il n’était même pas sur d’avoir entendu. Oui, quoi, qu’est-ce que le mot ‘cousine’ venait faire dans ce charabia ? Il avait du rêver. Oui, il valait mieux. Shawna ne pouvait pas lui faire davantage plaisir qu’en arrivant dans un état de colère pareil. Il était plié de rire – dans sa tête, il ne se serait pas plié devant Shawna – et jouissait avec délectation de la fureur de sa cousine.

« Ga-bri-el. Tu as toujours le bec aussi ouvert, et qui profère toujours une quantité de trucs inutiles, c’est dingue »

Cela faisait un temps assez conséquent qu’ils ne s’étaient pas vus, au final, Shawna ayant quitté la région. Mais en dépit de cette absence, rien n’avait changé entre eux, mais alors absolument rien. Il se retourna un bref instant, jetant un œil sur les gens qui se tenaient encore en bas, à piailler – quoique les enfants aient déjà commencé à déserter pour aller attaquer des greniers ou des morceaux de campagnes. Désignant les adultes agités d’un petit mouvement circulaire et quelque peu dédaigneux, il reprit, fixant Shawna.

« C’est quoi, ça ? »

Son petit air hautain fut bien vite balayé par un nouveau sourire, moqueur, et une fausse mine dépitée.

« Non, ne dis rien, tu vas encore raconter n’importe quoi. »

Il accompagna ses paroles d'un bref geste de désinvolture, puis se planta de nouveau face à Shawna, et, comme un chef de guerre réunissant des informations pour monter un plan efficace, poursuivit:

« Ok, donc, concrètement, là, tu as parlé d’une fille, elle est aveugle, et tu ne l’aimes pas, c’est à peu près tout ce que j’ai compris. C’est déjà pas mal, tu m’diras, tu fais des progrès d’élocution, tu construis des phrases, tout ça. Je suis fier de toi, au fond. Et donc, tu es revenue dans le coin, tiens. »

Sur quoi il fit un pas en arrière pour mieux la toiser, comme s’il était tout à coup surpris de la voir là. Elle n’avait pas changé. Ou peut-être un peu. Un tout petit peu. Elle avait quel âge, déjà ? Dix-huit ans ? Un truc dans ce goût-là. Dix-neuf ? Pas encore, si ? Peu importe. La peau brune, hein, toujours, elle en avait pas profité pour se michaeljacksonner, c’eut été trop bête.

« Tiens, t’as bronzé ? Arrête le chocolat, ma vieille, ça commence à déteindre. Donc, c’est qui, cette minette ? »

Blague plus vaseuse, tu meurs. Mais il n'était pas à ça prêt. Et, voyant Shawna ouvrir la bouche pour lui répondre – à quelle question, ça, il n’en savait fichtre rien, il se ravisa.

« Non, tais-toi, tiens, allons plutôt la voir. Elle est là, j’imagine ? »

Et, sans attendre de réponse à la question, il fila, descendit contre le mur et se mit à courir vers la foule qui s’approchait lentement, animée par de forte discussion ou la voix la plus forte triomphait dans la compétition acharnée pour se faire entendre, des quartiers résidentiels du ranch. Il retrouva avec joie des visages, ébouriffa les yeux de Yeleen, ce qui lui valu un regard noir, discuta même avec Camil jusqu’à ce que le groupe arrive devant la vaste entrée de la pièce de vie. Là, les gens allaient parlementer des heures durant, Lael le savait déjà. Il leva les yeux, cherchant Shawna, qui bougonnait très probablement à peine plus loin, ou parlait avec je-ne-sais-qui. Il ne s’occupa pas de savoir à quoi elle était occupée, la saisit par le bras, et s’approcha du visage nouveau, inconnu, qu’il avait remarqué, quelques instants auparavant. C’était une jeune femme de constitution frêle – elle était maigre, quoi – caractérisée par un épiderme d’une clarté éblouissante – elle était blanc-œuf, en gros – qui jurait brutalement avec les teintes brunes des peaux des Djee. Des cheveux châtains, encadrant un visage plutôt rond – pas comme un ballon, rond joli, quoi. Elle n’était pas hideuse, en effet, quoique sont regard faisait un effet étrange, un petit pincement le long du dos, dans les vertèbres, dans la nuque, douloureux … Ah non, ça, c’était Tsuleï, qu’il avait oublié de saluer, qui le rappelait à l’ordre. Après avoir salué son oncle, les doigts toujours serrés autour du poignet de Shawna, il s’approcha plus près de la demoiselle inconnue, la détaillant de manière assez impolie, voire carrément irrespectueuse.

« Bah, Sha, elle est pas si hideuse que ça, ta … ton … »

Il se tourna un bref instant vers cette dernière.

« C’est qui, déjà ? »

Et il n’attendit pas la réponse pour se tourner de nouveau vers la demoiselle aveugle, et se présenter, avec affabilité.

« Je suis Laelith, ou Gabriel, si tu préfères. Et voici ma fiancée, Shawna. Mais vous vous êtes déjà rencontrées, je crois ? »

Il se baissa brutalement pour éviter un coup de Sha, sans pour autant lui lâcher le bras, et termina, méfiant :

« A qui ai-je l’honneur, exactement ? »







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MessageSujet: Re: Je ne sais plus si c'est moi qui suis seul ou les autres qui sont trop nombreux [Inachevé]   Lun 27 Déc 2010 - 13:42

Shawna passa son temps à ouvrir et refermer sa bouche comme une carpe sur la rive, Lael passant son temps à lui poser des questions sans lui laisser le temps d’y répondre - de toute façon les trois-quarts d’entre elles étaient rhétoriques, il parlait autant pour ne rien dire qu’elle, elle ne savait pas de quel droit il se permettait de lui donner des leçons. Putain, elle était contente de le revoir. Et lui aussi, visiblement. Cela faisait une éternité que personne n’avait osé lui faire ce genre de blagues pourries… Elle n’avait pas pris conscience à Al Poll combien Al Jeit lui manquait, Al Jeit et tous les gens qui le peuplait, le ranch, les gens qui courent partout, les discussions avec Lael, les disputes avec Naïka, les débats avec son père, les robes de Yeleen et les chansons de Némi. Elle était bien, ici. Chez elle. Lael avait beau se moquer de ses paroles désordonnées, et ça avait beau sentir le crottin de cheval un peu partout dans le ranch…

Hé, mais où est-ce qu’il partait comme ça ? Déjà qu’il n’avait rien écouté à ce qu’elle essayait de lui expliquer, et maintenant il ne l’attendait même pas, et il allait voir Lohan alors qu’elle venait juste de lui expliquer que non, elle ne valait pas la peine d’être rencontrée ? Essayer de le retenir était futile, il allait beaucoup plus vite qu’elle, alors elle se contenta de hurler après lui :

- J’mange du chocolat si j’veux !

Puis leva les yeux au ciel, sourit pour elle-même, et sauta du toit pour le rejoindre, partant en courant vers le groupe, évitant de justesse l’un des jumeaux qui partait elle ne savait où et qui courait en sens inverse.

- Fais gaffe, Seun !

Oua, il avait grandit lui aussi, un vrai champignon. Mais déjà il avait disparu et elle ne tergiversa pas plus longtemps en pensées sur le temps qui passe. Shawna laissa Lael se perdre dans la foule – elle n’allait pas lui faire croire qu’elle tenait à le suivre, non plus, et s’il voulait les réponses à ses questions il n’avait qu’à pas se barrer – et se dirigea vers Lohan, bien décidée à l’atteindre avant lui pour pouvoir lui expliquer que son idiot de cousin allait arriver et qu’il ne fallait pas qu’elle fasse attention à ce qu’il disait, il disait n’importe quoi, mais ce noble objectif fut arrêté net dans son élan par l’arrivée de Ombeline qui, s’intéressant à chacun des petits et grands êtres et hêtres qui peuplaient son ranch, la prit à part pour lui faire goûter ses gâteaux. Elle voulait l’avis de tout le monde, sans exception, et Shawna répondit à sa demande avec grand plaisir, les talents culinaires d’Ombeline étant célèbres parmi les enfants – et les plus grands. Elle se léchait encore les doigts quand Lael vint rudement l’enlever, et Shawna lança un sourire confis à la dame, sachant pertinemment qu’elle ne s’en offusquerait pas. Direction, Lohan.

Non, direction poing dans la figure de Lael.

- Si tu m’écoutais, un peu, Lael, tu saurais déjà qui c’est ! Et puis pourquoi t’es pas au courant, ça fait combien de temps que t’écoutes plus ce qui se passe ? Même mon père était au courant, faut dire, j’sais pas comment tu as pu éviter Umel la commère.
- Je peux t’entendre, Shawna !
- Je t’aime aussi, Umel ! – Et puisqu’il faut tout te répéter 36 fois, c’est la fille de Raelenn.

Simple et clair, aucun adjectif de plus, aucune envie de s’étaler sur les circonstances entourant le retour de cette fille prodige. Il pourrait calculer lui-même qui elle était par rapport à lui, elle avait la flemme – cousine, ça suffisait bien, même si elle n’était pas germaine. En fait, elle était presque plus proche de Shawna que de Lael, tiens, à un demi près… Ou pas. Pourquoi fallait-il toujours se faire des nœuds au cerveau pour expliquer qui était qui ?

C’était bien la raison pour laquelle il l’avait présentée comme sa fiancée pour la première fois, quelques années plus tôt. Shawna avait été outrée, et ils s’étaient chamaillés pendant une éternité à ce propos. Se chamaillaient toujours. Elle s’était vite vengée, en se présentant de la même manière à l’une de ses petites amies ; il avait eu un mal fou à lui susurrer mots doux et consolations après pour lui assurer que Shawna n’était qu’une cousine éloignée par alliance et que non, il n’était pas un traître. Elle aurait mieux fait de partir, la pauvre, au lieu d’accepter ses piètres excuses, parce qu’elle n’était pas restée plus longtemps que les autres. Ou à peine, parce qu’elle était peut-être un peu plus jolie. Par habitude, Shawna protesta ; elle vouvait réparer les dégâts causés par sa grande bouche, au moins un minimum, et c’est avec cette ferme intention qu’elle s’adressa à Lohan.

- J’suis pas sa fiancée. Tu le sais, hein, que j’suis trop insupportable pour être fiancée à qui que ce soit ? Il dit n’importe quoi. C’est l’fils de Liosyl, à qui tu parlais plus tôt. Quoique ça doit rien te dire, tu ne dois avoir aucune idée de qui c’est non plus. Le fils du fils de la sœur de ton grand-père, donc. Et appelle-le Gabriel.

Laelith, c’était pour la vraie famille. Shawna gardait rancune. Puis, tirant un coup sec sur son bras pour se dégager de la prise du jeune homme, elle ajouta :

- J’propose qu’on rentre à l’intérieur avant que tous les gâteaux d’Ombeline disparaissent, j’ai faim. Enfin non pas vraiment mais les gâteaux sont bons.

Vive la gourmandise.


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MessageSujet: Re: Je ne sais plus si c'est moi qui suis seul ou les autres qui sont trop nombreux [Inachevé]   Lun 27 Déc 2010 - 17:27

Shawna était une peste, peut-être n’était-ce pas nouveau mais la…pestitude devenait limpide maintenant qu’elle lui susurrait sur la défensive son rôle d’invitée temporaire. Elle n’avait pas commme but ultime de conquérir sa famille surtout si ceux-ci se comportait comme sa mère, froide et fausse mais l’humilier ainsi devant ses sœurs, en l’appelant par son nom de famille lui fit un effet hautement désagréable.

Ces yeux se mirent à pleurer malgré elle quand elle entra dans le ranch, surpris par la forte odeur des écuries.Le ranch sentait les chevaux. Une évidence qui aurait du la frapper et qui la désorientait dans ce trop plein de monde. Dans la grande cour, où on pouvait apercevoir les chevaux dans leurs box, l’odeur était si forte qu’elle masquait la plupart des autres, lui bouchait completement le nez. Une sorte.. de jus de chevaux: Un mélange de sueur, d’un peu de terre et de bouse et de l’odeur naturel des animaux lui prit la gorge. Elle passa sa langue sur ses lèvre pour essayer de chasser le gout acre conditionné danns sa bouche.


« Tu pleures, Lohan » demanda Yeleen intriguée.

En temps qu’insecte encore inqualifiable aux yeux de tous , débarquant dans la mare familiale, Lohan ne désirait pas être considérée comme un être sauvage, manquant de la plus évidente courtoisie. Cruel dilemme : Avouer que cet endroit puait à son nez d’aveugle et être ainsi vue comme un animal mal éduqué ou faire l’impasse sur la vérité un court instant et bien débuter son approche de la Shawna’s family.

« Non, c’est rien. Une poussière dans l’œil. »

Au pire on mettrait la larme qui dégoulinait sur sa joue sur le compte du choc des retrouvailles, on se montrerait bienveillant avec elle, pour qu’elle se sente intégrée. Quoque si tout le monde ici ressemblait à la réconfortante Shawna, on était bien partie. On la présenta à tout le monde: Elle ne retint aucun noms de plus, exepté celui de Kou, en souvenir de sa première rencontre avec l’itinérante et Kalé, une amie de la famille à la voix chaude et maternelle, qui la prit bientôt sous son aile alors que Shawna s’était eclipsée elle ne savait où.

« Ma chérie, goûte moi ça. Avec tes yeux qui ne voit plus, tu dois être une formidable gouteuse! Je suis sure que tu es bonne patissière.»

Après un 5 minutes avec Kalé, Lohan avait appris trois choses .Kalé était une incorrigible bavarde, Toutes les personnes ici présentes dans la cours étaient les « chéries » de Kalé et elle-même était ignare en matière de patisserie. Mais Kalépardonnait tout, même concernant ce qu’il était indispensable d’apprendre selon elle, comme les arts culinaires.

« Liosyl, mon chéri, tu n’as pas encore rencontrée Lohan! C’est une jeune fille pleines de talents, tu sais, elle étudie à L‘ Académie de Merwyn à Al-Pol.»

« L’Académie de Merwyn? Ils ont des bons chevaux là bas même s’ils commencent à se faire vieux. Dommage qu’ils changent si souvent de palefreniers, ces animaux ont besoin de constance dans le dressage… Enfin, ils ne valent pas les notre, Al-Poll n’est pas la ville des chevaux, c’est bien connu…Content de faire ta connaissance en tout cas Lohan. Ah, bonjour Raelenn, ça faisait longtemps, tient… »

La conversation s’engagea entre les trois adultes, et Lohan s’éclipsa. Elle n’avait aucune envie de rester auprès de sa mère plus longtemps. Elle sentait que ses yeux l’observait, comme épiant ses moindres geste et cette situation la mettait mal à l’aise.

« Bah, Sha, elle est pas si hideuse que ça, ta … ton … »

Elle eu un petit sursaut et un mouvement de recul, surprise par la voix venant de nulle part. Foutu odorat qui l’avait laché pour le pelage enfiévré de quelques équidés. Repérer les personnes dans l’espace devenait une tache trop difficile, et le bruit ambiant ne lui simplifiait pas vraiment la tache. Quand au contenu des paroles elle eut un petit moment avant le déclic. C’était à elle qu’il s’adressait là? Sha, c’était Shawna sans hésitation. Comment avait-elle était dépeint par l’itinérante pour qu’il se permette des remarques comme celles-ci? Elle ne trouva rien à répondre, la surprise renforcée par le mot fiancée, cherchant Shawna dans les maigres effluves qu’elle arrivait à rennifler pour lui lancer un regard interrogateur. La réponse ne tarda pas à venir, empêchant Lohan de prenoncer le moindre mot, peut-être qu’elle n’était là que pour arbitrer les joutes verbales. Elle finit par tourner ses yeux vides sur l’endroit où se trouvait Lael, histoire qu’il entende une fois dans sa vie entre deux répliques Shawnesque , le son de sa douce voix.

« Lohan Gayana. Ou Valnor, c’est selon elle haussa les épaules, s’assurant que la voix stridente de sa mère ne se dirige pas vers elle…C’est dommage pour les fiançailles, vous semblez avoir exactement la même conception du tact et de la délicatesse. Vous iriez bien ensemble, sûre »

Jamais elle ne se serait permit une remarque de ce genre avec n’importe quel autre membre de la famille . Mais Shawna était Shawna et depuis quelle l’avait rencontrée le but de chacune avait été de faire enrager l’autre. Pas question qu’elle déroge à la règle maintenant. Même au sein de sa tempétueuse famille. Lohan était décidé à lui faire comprendre que maitre Shawna ne dirigeait pas le monde et qu’elle n’avait surement pas besoin d’elle pour euh … s’intégrer dans sa nouvelle ..famille. Avant que Shawna eut le temps de répliquer la voix de Raelenn s’éleva, trop proche pour que Lohan se permette de rester plus longtemps au même endroit. Elle tourna malgré elle la tête vers l’endroit ou se trouvait Raelenn puis vers ses interlocuteurs.

« On va manger? Fit elle d’une voix légère. C’est par où? »

Le brouhaha d’adultes et enfant qui se précipitait derrière elle lui donna immédiatement la réponse.



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MessageSujet: Re: Je ne sais plus si c'est moi qui suis seul ou les autres qui sont trop nombreux [Inachevé]   Mar 8 Mar 2011 - 22:09

Il avait mis Shawna en rogne, en moins d’une heure après son arrivé, et il ne pouvait se cacher une certaine fierté, tant il était contenté par cette réussite – parce que c’en était une, inutile d’en douter. Et ce, quand bien même la chose lui était facilitée parce que la jeune fille était arrivée plutôt prédisposée, déjà toute agacée de l’apparition fortuite d’une nouvelle cousine. Il ne se l’avouerait jamais, mais réentendre sa voix outrée lui était un plaisir. Leurs dernières stupidités remontaient à un temps bien trop lointain. Il ressentait d’autant plus ce manque que ces derniers temps le menaçaient continuellement d’un éloignement du Ranch. Et quoiqu’il puisse en dire, s’extraire de cet univers, de ce cocon qui était le sien n’était pas une chose si aisée. Mais rien n’était décidé, et pour le moment, rien d’autre n’importait tant que les mets confectionnés par sa grand-mère et ses tantes.

La chaleur des humains n’a aucun égal. Le son des voix, incessant, bruyant, clair, joyeux, et puis tendre aussi, qui changeait sans cesse mais ne semblait pas différent de celui des jeunes années de Lael. Il y avait des choses qui ne changeaient pas vraiment. Quelle splendeur. Tous s’étaient retrouvés dans la vaste pièce de vie du Ranch, richement éclairée pour l’occasion, mais où ils ne devaient pas rester longtemps. Les gamins contentèrent leurs papilles avec avidité, puis ressortirent rapidement dans la cour, bien plus accueillants à leurs chahutages impatients. Le jeune homme avait saisit le bras de Lohan, d’autorité, sans lui demander plus avant son avis, afin de la guider au travers des convives. Grand seigneur, il lui proposa plusieurs mets, les lui décrivit avec précision, la laissa prendre son temps pour les humer, se repérer, se familiariser avec l’espace, ce sur quoi, s’étant lui-même également muni de divers petites choses à manger, il la conduisit à l’extérieur, là où l’air n’était pas aussi chargé d’effluves contradictoires, de tous les corps, de tous les cheveux, et du bois et des épices qui chatouillaient les papilles, où les sons n’étaient pas si emmêlés, tant de voix, de mouvements. Il s’assit sur des marches, à l’air libre, et l’invita à faire de même. Il était fichtrement galant homme, et était à deux doigts de se surprendre lui-même. Surtout dans la mesure où il n’avait clairement pas grand-chose à faire de cette étrange créature qui venait de faire irruption dans son univers particulier, si bien construit, tout autour de son enfance. Mais c’était une occasion en or de faire râler Sha, et ça, il ne le laisserait passer pour rien au monde. Et puis, il ne lui en coûtait pas grand-chose d’être agréable. Sans compter qu’il allait devoir apprendre à l’intégrer dans sa petite bulle d’existence. Autant s’y faire dès maintenant.

« Je ne savais pas que Raelenn avait une fille. »

Il se tut, un très bref instant, le plus longtemps qu’il lui était possible de tenir.

« Je suppose que ça fait partie de ton histoire. Je sais pas si tu as envie de me la raconter. Maintenant, ou plus tard. Ou jamais. »

Un gamin manqua de trébucher sur les jambes qu’il avait étendues devant lui, avec nonchalance. Il entendait quelqu’un chanter, pas très loin. Il ne lui aurait pas fallu beaucoup de temps pour trouver de qui il s’agissait, et de quelle mélodie, et de quelles paroles, s’il s’en donnait la peine. Mais il ne s’en donna pas la peine, de fait.

« Mais j’en ai pas besoin de ton histoire, je m’en fiche, elle m’intéresse pas. »

Et bien quoi, il ne mentait pas, non ? Il n’avait aucune envie d’entendre l’histoire de cette fille miraculée. Bah, Raelenn avait fauté, ou l’avait adopté, peut-être, retrouvée au bord d’un chemin. Il s’en fichait royalement. Il était nettement plus intrigué par son pouvoir de mettre Sha en furie, par ce petit visage doux qui semblait séduire tout le monde, et par ces yeux qui ne voyaient rien. Cela lui semblait tout bonnement inconcevable. On ne pouvait pas vivre, sans voir, c’était stupide. Il faudrait peut-être tuer les enfants aveugles au berceau, quand il en était encore temps. Pour leur propre bien, hein, c’est pas une vie qu’ils allaient mener, sinon. Mais en fait, elle était peut-être pas aveugle depuis le début.

« T’es aveugle depuis longtemps ? »

Comme ça, il allait être fixé. Il avait posé quelques questions, témoignage d’intérêt, pour amorcer un semblant de relation. Mais tout de même. Comment pouvait-on vivre sans courir, sans jouer ? Est-ce qu’elle faisait de la musique, est-ce qu’elle chantait ? Est-ce qu’elle écrivait des poèmes, est-ce qu’elle faisait quelque chose d’intéressant ? Lui croyait tout cela fortement compromis. Il avait l’intime conviction que la jeune fille n’aurait pas d’intérêt, de talent, pas d’idées dignes d’écoute, pas de richesses humaines. C’était stupide, peut-être, mais ces gens là n’étaient pas rares, et puis il ne savait pas ce qu’était qu’être aveugle. Et puis il s’en fichait royalement.

La silhouette qui passa devant lui ne manqua pas de lui faire redresser la tête. La longue jeune femme, ses courbes sublimes, ses mains reposées, son visage lisse, son menton droit. Elle avait, sans aucun doute, ces petits atouts qui ne sont pas sans déplaire aux garçons, et sur lesquels il ne pouvait rester indifférent, bien que sa cousine de l’intéressât guère. Parce que c’était sa cousine, bien sûr, parce qu’elle était imbuvable, et parce qu’elle avait cinq années de moins que lui. Une enfant, en somme. Il masqua la déviation de son regard, et se redressa, tout prêt à se montrer charmant – où à irriter Naïka, au choix.

« Lohan, laisse-moi te présenter Naïka, ma cousine. Naïka, voici Lohan, la fille de Raelenn »

Il était fichtrement fier de lui. De la chaleur dans la voix, de la gentillesse, une certaine lenteur pour assurer une certaine formalité. Tout lui plaisait, dans ces phrases surfaites, qui lui correspondaient tellement peu. Lohan pourrait se laisser prendre, Naïka était déjà sur ses gardes, suspicieuse quant à ce que cette illusion préparait, lucide quant à la véritable intension de Lael. Levant les yeux, il adressa un regard « Je-n’ai-pas-terminé-de-me-ficher-de-ta-poire » à la jeune fille qui se tenait droite, et n’osait dire quoi que ce soit à Lohan, méfiante.

« Excuse-là, Lohan, ne soit pas sévère avec Naïka, sa timidité n’est pas toujours évidente à vivre pour elle … »

Sur quoi, pour éviter toute réplique de la jeune femme, outrée, dont le visage s’était embrasé, il plaqua une main sur sa bouche, avec une force que la fragile demoiselle ne pouvait repousser. Elle aurait pu pousser un cri, un gémissement quelconque, que Lohan aurait entendu, et c’est ce qui serait arrivé avec n’importe qui d’autre. Mais Naïka aurait préféré mourir que d’émettre un son vaguement bestial devant une inconnue, et devant son fichu cousin. Ce qu’elle n’avait pas prévu, c’est qu’elle aurait déjà commencé à parler lorsque la main viendrait s’abattre sur ses lèvres, aussi un étrange borborygme sourd s’échappa de sa gorge, un son rauque qui faisait songer à celui d’un handicap.

« Elle veut te dire bonjour … »

Lael se retenait de rire avec force. Tout ce qui lui manquait, c’était que Shawna débarque à nouveau.



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MessageSujet: Re: Je ne sais plus si c'est moi qui suis seul ou les autres qui sont trop nombreux [Inachevé]   Dim 27 Mar 2011 - 12:39

Lorsqu’elle vit Lael commencer à être aux petits soins avec sa cousine, Shawna souffla bruyamment, et s’éloigna vers la table. Elle ne tenait pas à être présente pendant qu’il jouait à son gentleman dans le seul but de l’énerver, elle ; parce qu’évidemment, elle ne croyait pas un seul instant qu’il s’intéresse véritablement à sa cousine. Faute de gommeur à exploser, les gâteaux serviraient de souffre-douleurs. Ils étaient tellement plus intéressants que les mots mielleux et hypocrites de son lointain cousin. Il allait sûrement se rattraper pour les premiers mots que Lohan avait entendu de lui, mots qui avaient fait largement sourire la bohémienne. Cassé, Lael, placé au même rang que Shawna et avec tellement de justesse dans la voix… Vu le peu d’estime que Lohan avait pour l’itinérante, Lael tombait vraiment bien bas. Pour une fois que son cousin n’envoûtait pas les gens du premier regard… Ca aurait été difficile, ici. L’aveugle avait au moins le bon sens de ne pas croire tout ce qu’on lui disait. Peut-être même que ce que faisait Lael pour se rattraper tomberait dans l’oreille d’une sourde… Shawna enfourcha l’un des petits fours d’Ombeline, tirant la langue à Othan qui lança un énorme « Maaaaaaaaaaaaaaaais, c’était le mieeeen ! » avant qu’il ne pique celui que son jumeau allait lui-même prendre et qu’une protestation similaire ne sorte de la bouche vide de Seun.

Ca faisait tellement de bien, d’être parmi eux. Loin du froid de décembre, et loin du froid d’Al Poll. Loin des marchands méfiants et renfermés, des rues de pierre grise, de cette Académie remplie d’orphelins et de pleurnichards, de nobles hautains et de roturiers qui s’écrasaient. Ici, la vie était tellement plus joyeuse. Les couleurs semblaient plus éclatantes et plus bariolées, les paroles, plus limpides et plus sincères, les odeurs, plus familières et plus chaleureuses. Les gens courraient, discutaient, riaient, chantaient, là où, à Al Poll, on entendait les mères réprimander leurs enfants quand ils cavalaient dans la rue, les gens chuchoter entre eux de la dernière fois que les raïs avaient tentés de passer les frontières de glace, les adultes geindre. Non, elle exagérait un peu. Il y avait de la joie, aussi, une ambiance fabuleuse au Dragon Vert, des saltimbanques plus loufoques les uns que les autres, des Itinérants qui rapportaient les nouvelles du sud, et elle était bien, avec eux, mais ils n’étaient pas Sa Famille. Elle était ici, sa place, à Al Jeit. Peut-être qu’elle ne devrait pas partir, au fond, même si cela signifiait abandonner ces rêves. Mais le Frontalier, le Frontalier… Ce serait comme une trahison envers elle-même, que de ne pas partir. Elle reviendrait vite, ça elle se le promettait.

- Shawna, tu veux bien m’aider un instant ? Tiens moi ça…

Elle attrapa la pelote de laine que lui tendait Kou, pendant que celle-ci démêlait les fils qui devaient l’être, et Shawna leva un sourcil.

- Il ne fait pas trop chaud pour faire des trucs en laine ?
- C’est pour le bébé…

Clin d’œil de sa tante. La bouche de Shawna se déplaça vers la gauche et ses yeux partirent chercher le coin gauche du plafond, alors que son visage adoptait un air blasé au possible. Cette famille ne cesserait donc jamais de s’agrandir ? Si ce n'était pas Lohan au printemps, c'était le bébé en automne...

- Tu n’es pas contente ?

Shawna s’apprêtait à dire non, avant de voir les lèvres à peine étirée de sa tante, en une expression douce et heureuse, et ses yeux qui pétillaient d’un bonheur serein, elle qui n’avait pas d’enfants et n’en aurait jamais. Et elle remonta la chaîne, doucement, essayant de se souvenir de la vie qu’elle avait à onze ans, avant la naissance d’Estel, et à six, avant Shëra, et à cinq, avant les jumeaux, puis ce fut Dwelan qui fondit dans le néant de la non-existence. Elle eut ensuite deux ans à nouveau, et se sentit bizarre, en pensant qu’il n’y avait alors ni Keo, son cousin le plus drôle et le plus gentil, ni Naïka la petite peste et ses disputes égoïstes, ni même Yeleen. La maison aurait été tellement vide, sans sa petite sœur. Et puis Lohan, qui était née, et avait été fauchée loin de cette famille qui était la sienne sans avoir jamais appris à la connaître. Son visage se décomposa. C’était son tour, après. Ou avant, plutôt, puisqu’elle remontait le temps, et son esprit grimaça à l’idée qu’elle aurait pu ne jamais exister, ne pas vivre, ne pas connaître toutes ces personnes qui formaient la toile de sa vie, ces personnes sans qui elle n’était rien, sans qui elle ne pouvait ni vivre ni respirer, parce que c’était seulement avec eux, et grâce à eux, qu’elle était devenue quelqu’un. Et s’il n’y avait pas eu Lael, avant elle, et même Mateo, même si leurs visions du monde divergeaient à l’excès et qu’ils se jetaient continuellement des regards plus ou moins désapprobateurs… Mais il était, ils étaient tous, et puis Lohan était là aussi, à présent, et le ventre arrondi rajouterait bientôt une présence enflammée à leur famille de barges. C’était chacun d’eux qui faisait de cette famille ce qu’elle était. Comment pouvait-elle refuser de partager, affirmer que c’était SA famille, alors qu’eux-mêmes lui avaient ouverts les bras pour partager le bonheur immuable d’être avec eux avec autant de…

- Si, j'suis contente.

Elle serra Kou dans ses bras, brièvement mais fermement, et sa tante, après un instant de surprise, lui rendit son accolade avec affection. Shawna laissa tomber la pelote au passage, et elle roula sur une dizaine de centimètres. Oups.

- Oh, Shawna…

Elle explosa de rire, et Kou, après avoir gardé un bref instant un air contrarié allant parfaitement avec son ton déçu, l’accompagna dans son délire. La musicienne ramassa la pelote, aida Kou à démêler les fils, puis repartit vers l’extérieur, après avoir cherché parmi les têtes restées à l’intérieur à la recherche de l’éleveur de canassons.

Elle le trouva dans un endroit calme, avec Lohan, et Naïka qui passait justement par là. S’approcha pendant que la scène se déroulait devant ses yeux, et leva les sourcils en entendant les voix, sans être assez proche pour être elle-même entendue si elle ne parlait pas. Lael ne changerait jamais. Le jeu, toujours le jeu. Un jeu incessant où ils étaient tous joueurs, tous dans le même camp, et tous les uns contre les autres. Parfois c’était elle l’ennemie, parfois lui, parfois Naïka, parfois Denhil, même si celui-ci n’était pas drôle et ne les divertissait que rarement, complètement blasé à tout ce qu’ils pouvaient faire, et puis les alliances se faisaient et se défaisaient en fonction des situations, et des ennemis communs. Shawna se demanda, un instant, si la cible de l’amusement de Lael était Naïka, Lohan ou elle. Peut-être un peu des trois. Plutôt Naïka, sûrement, puisque Shawna n’avait pas encore choisi son camp, et que Lohan ne semblait être qu’une pâle figurante, une marionnette, qui aurait pu être remplacée par n’importe quel autre, en fait, sauf qu’elle était aveugle, ce qui rendait les choses tellement plus amusantes. Faire croire, pas contre elle, mais seulement pour embêter sa rebelle cousine, qui devait trouver la situation extraordinairement frustrante. Elle avait presque pitié de l’aveugle. Elle était jouée, et si la situation semblait terriblement amusante à Shawna, qui savait que c’était une simple plaisanterie qui ne durerait pas longtemps, elle s’imaginait bien que les deux victimes de Lael ne le prendraient pas ainsi.

Lohan allait détester Lael. Il n’imaginait pas encore à quel point. Vu la manière dont elle avait réagi lorsqu’elle avait appris que Shawna ne s’appelait pas Kou, vu combien, aveugle, elle abhorrait les mensonges et les supercheries, il allait s’en prendre plein, mais alors plein la gueule. Mais pour cela, il fallait que la supercherie dure encore un peu. Et qu’elle se place en chevalière protectrice de sa pauvre cousine aveugle, si elle ne voulait pas elle aussi recevoir ses foudres et que l’humiliation de Lael soit complète. C’est lui qui avait lancé le jeu ; tant pis pour lui, il n’avait qu’à choisir de meilleures règles. Cela l’embêtait un peu « d’aider » Naïka du même coup, m’enfin, il faut bien sacrifier certains pions dans ce genre de manœuvres… Alors elle s’approcha encore, sans tenter de cacher le bruit de ses pas dans la poussière, et s’inséra dans la conversation.

- Ben qu’est-ce qu’il y a, Naïka ?

Celle-ci lui jeta un regard furieux, ses yeux bruns roulant dans leurs orbites. "Duh", qu'elle semblait dire, "t'es pas aveugle, toi, tu vois bien ce qu'il y a..." Le ton affectionné de Shawna pouvait être interprété de tellement de manières différentes ; comme l’intérêt qu’elle avait pour une enfant handicapée, pourquoi pas, mais aussi celui d’une cousine moqueuse de voir la jeune fille si emplie de fierté réduite au silence par une simple main. Elle pouvait jouer le jeu, comme ne pas le jouer ; Lael ne saurait pas encore ce qu’elle comptait faire… Elle n’eut pas le temps d’en dire plus, pourtant. L’adolescente utilisa alors une méthode traitre et féminine que Shawna tenait en horreur, à savoir, passer sa langue entre ses lèvres pour aller lécher de manière aussi dégoulinante que possible la paume de Lael. Shawna savait par expérience que même si l’on ne s’éloignait pas sous l’effet de la surprise, le contact était difficilement supportable, et qu’il était impossible de tenir bien longtemps. Et en effet, Lael retira sa main, grimaçant, avant que Naïka lui envoie un violent coup de pied dans le tibia avant de hurler de sa voix qui brisait les tympans :

- Mais qu’est-ce que tu peux être CON ! T’es malade ! Avec tes jeux débiles de grand freluquet qui n’a rien d’autre à faire de sa vie ! P’tain, tu vas grandir un peu un jour oui !? J’suis désolée de te l’apprendre mais j’suis pas ton jouet, hein, alors va te trouver une nouvelle copine au lieu d’emmerder le monde !

Et elle s’éloigna d’un pas rageur, fière de sa petite sortie, faisant exprès de rentrer dans la maison, même si ce n’était peut-être pas l’endroit où elle souhaitait aller précédemment, dans le simple but de pouvoir claquer bruyamment la porte derrière elle. Elle se trouvait tellement plus mature que lui... Shawna faillit éclater de rire mais se retint, se contentant d’un énorme sourire silencieux, et plaça une main sur l’épaule de Lohan.

- Ohla, tu l’as énervée… J’comprends pas, pourquoi tu l’empêchais de parler, Lael ? Elle t’a dit un truc méchant, Lohan ? Tu sais ce que je pense de toi ici, mais je crois que j'aime moins Naïka que toi, donc bon.

Ton innocent, et petite pique à la fin, même si Shawna ne le pensait pas vraiment, de manière à sembler plus crédible. S'intéresser à ce qu'on disait à Lohan, après lui avoir dit clairement qu'elle n'était pas la bienvenue, aurait été étrange. Même si sa petite entrevue avec Kou lui avait fait comprendre que, peut-être, ce n'était pas si insupportable que ça, d'avoir une cousine en plus. Même si c'était Lohan. Même si elles avaient tout un monde d'écart. Mais pour le moment, se contenter de jouer le jeu, et de ridiculiser Lael. Ca allait péter…


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MessageSujet: Re: Je ne sais plus si c'est moi qui suis seul ou les autres qui sont trop nombreux [Inachevé]   Lun 2 Mai 2011 - 15:47

L’individu ressemblait trop à Shawna pour qu’elle l’apprécie. Déjà, ils dégageaient la même nonchalance, la même sans gène, quasiment la même odeur aussi. Enfin pour l’odeur, les écuries lui prenaient trop le nez pour qu’elle en soit sûre. Elle inventait peut-être, temps elle aurait voulu avoir une bonne raison de se détacher de cette famille.

« Moi non plus je ne savais pas.. » Murmura-t-elle en écho des paroles de Lael.

Et il semblait plus incroyable encore d’avoir une autre mère que la veuve Gayana.

Le dénommé Lael semblait l’avoir adopté et Lohan le suivait sans trop se poser de question. L’accord s’était fait tacitement au moment ou il l’avait prit par le bras. Il avait endossé le rôle de guide, elle l’avait suivit sans protester dans ce jeu . Le lieu et l’ambiance lui était trop inconnu pour qu’elle proclame son indépendance au milieu de la foule. Elle gardait vaguement un air de méfiance autour du nez . Parce que s’appliquer à s’occuper ainsi d’une parfaite inconnue lui paraissait suspect, elle n’aurait jamais eut une pareil attention , pas avec autant de sollicitude. La cordialité poussée à l‘extrême, dans des premières relations, lui semblait trop excessive pour être vraie. Un sourire poli semblait de mise ,une gentillesse de temps en temps pourquoi pas, mais une prise en charge complete de l’inconnu? Il existait des personnes qui semblait s’être affligée la mission de redonner à chacun sa place dans la société Alavirienne. Pourtant ce but là, cachait derrière lui, de son point de vue une névrose quelconque. L‘envie démesurée de prendre de l‘importance, se pardonner des fautes, obtenir quelque chose de l’autre. Quand le soutient à l’altérité devenait obsessionnel, on ne pouvait miser sur le désintéressement complet de l’individu, elle en avait la prudente certitude. La discrète sortie de Shawna qui n’avait visiblement aucune envie de la guider dans le labyrinthe familial redonnait un peu de feu à sa théorie. Aussi suivait-elle avec gratitude le cousin sans pourtant lui accorder une confiance totale. Ses premières remarques le glissait dans les catégories Shawnesque : Ces personnages changeants, qui n’avait aucune intégrité envers eux même, qui pouvait se métamorphosé en un clin d’œil. Pas profiteurs pourtant. Ils pouvaient se vendre comme il le sentait mais ne semblait rien à attendre des autres. Pas d’estime ni de gloire. Il s’en foutait en fait. Comme Lael se foutait complétement de son histoire.

Comme il devait probablement se foutre du fait qu’elle soit aveugle ou non. La question avait l’allure d’une politesse. Peut-être pour se rattraper de son manque de délicatesse notoire des premiers instants. Quoique non, ça aurait été trop de tact pour un membre de famille de Shawna. Elle s’appliqua à faire une version brève de l’épopée trépidante de ses globes vides .


« Depuis l’age de 6 ans. Y a deux, trois ans un rêveur à tenter de guérir mes yeux, mais ça n’a pas vraiment marché. Je voyais des flaques de couleur qui ont disparu avec le temps. Retour à la case départ pour moi. »

Retour au noir. Finalement plus confortable que cette vue à laquelle on ne pouvait pas se fier et qui déconcentrait . N’avoir qu’un apperçu de la réalité visuelle était bien trop frustrant. Déjà l’autre ne désintéressait plus à sa réponse et semblait tenir absolument à lui présenter une unième personne dont elle ne retiendrait surement pas le nom.

«Bonjour. Euhm… Pardon? Je n’ai pas compr.. .» fit-elle doucement.

Elle comprit encore moins se qui se passa autour d’elle,ensuite. La dénommée Naika se mit à crier, vraisemblablement sur son cousin. Sa tempête d’injures fut suivie d’une sortie digne d’une cousine de Shawna . Pour compléter le tout, comme si ça ne suffisait pas, cette dernière debarqua dans la pièce pour intégrer la Teylus au milieu d’un conflit, qui ne la regardait pas, de son point de vue .

« Non, je ne… L’empecher de parler ? Mais mais mais pourquoi? »

Puis elle se tut comprenant qu’elle était en train de se ridiculiser devant Shawna et sa famille. Ferme la, écoute et comprends : la devise qui ferait d’elle une personne avisée et peu crédule.

Elle avait l’immense et désagréable sensation que la situation lui échappait complétement, et que les deux autres profitaient de son ignorance. Elle se dégagea d’un coup sec de l’étreinte de Shawna, première tentative de domination des événements. Elle commençait à trop connaitre Shawna Djee pour qu’elle puisse imaginer un seul instant que cette dernière veuille lui venir en aide. Son ton de voix frisait l’ironie, sa sollicitude était plus criante encore. Lohan n’avait aucune envie de répondre à sa question de s’impliquer dans cette dispute familiale. Elle avait enfin comprit que les informations qu’on lui transmettait étaient fausses, qu’on se jouait d’elle. Shawna ou Lael. Ou les deux d’ailleurs. Si Shawna faisait depuis longtemps -depuis qu’elle la connaissait en fait- partie des personnes en qui elle n’avait pas confiance, Lael venait de perdre tout son crédit . Naïka faisait peut-être elle-même partie du complot visant à la destabiliser. Suspition. Il fallait se méfier de tous ici, même de ceux qui vous endormez avec de délicieux gâteaux.


« C’est malin. » murmura-t-elle.

A l’adresse de qui ? Elle ne savait pas tellement. Il s’agissait de transmettre sa partielle compréhension des choses, avant de s’éclipser discrètement par la porte, faussant compagnie aux deux jouteurs. Avec un peu de chance ils s’entretueraient et elle n’aurait plus à supporter ni l’un ni l’autre. Il s’agissait maintenant de se défiler tout en évitant sa mère. Tentant une excuse peu crédible , elle se dirigea vers la porte.

« J’ai oublié un truc dans la cour et je… »

A ce moment là, la porte s‘ouvrit. elle eut à peine le temps de se protéger le visage qu’un gamin déboulait dans la pièce. Les pieds perpétuellement en mouvement, il sautillait continuellement, comme incapable de les poser avec douceur sur le sol.

« Bande de brutes » souffla Lohan malgré elle.

Elle avait reçu la porte en plein sur l’avant bras. Si le nez avait été cible, le choc aurait été plus douleureux. 

« Ah s’cuse moi, j’tavais pas vu. » fit le garçon pour enchainer ensuite à la raison principale de son entrée en trombe.

« Z’avez pas vu ma sandale ? Je cherche ma sandale . Elle est bleu avec des petit triangles sur le devant. Lael, c‘est pas toi qu‘à pris ma sandale? » demanda-t-il soupçonneux.

Puis tout de suite, comme si il s’était rappellé subitement une information importante, il avait continué sur un autre sujet.


« C’est toi Lohan ? Raelenn te cherchais je crois. Elle veut te présenter à ..Je sais plus trop qui. »

Zut. Elle ne pouvait pas s’amuser à s’échapper dans la cour. Il était préférable qu’elle reste avec les autres en tentant vainement de sympathiser.



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MessageSujet: Re: Je ne sais plus si c'est moi qui suis seul ou les autres qui sont trop nombreux [Inachevé]   Mer 27 Juil 2011 - 12:14

Ok. Ne pas oublier de vérifier qu’une vermine de type Shawna ne débarque pas au beau milieu de son jeu, et fiche tout en l’air joyeusement. Cette garce n’aurait jamais fini de l’ennuyer, et Lael ne s’était pas montré suffisamment méfiant. Probablement parce qu’ils ne s’étaient pas vu trop longtemps. A croire qu’il avait perdu l’habitude. Mais tout n’était pas perdu : Naïka était outrée, et pour Lael, ridiculiser sa cousine était une dizaine de fois plus important que de nuire à la nouvelle venue. Elle promettait pourtant d’être amusante, et d’offrir un terrain de jeu plutôt … passionnant. Du moment qu’elle ne chouinait pas sur ses yeux inutiles. Mais elle pourrait aussi être un compagnon de jeu, qui sait. Bon, que penser de la demoiselle, au juste ? Elle était jolie, ses délicates vagues brunes oscillants sur ses joues, le teint clair. Quand elle souriait, ce visage devait s’éclairer, probablement, et … définitivement, elle n’était pas désagréable à regarder. Sauf que là, elle n’avait pas franchement l’air très … contente. Ses yeux étaient surprenants, mais ce n’était pas le genre de détail qui pouvait ennuyer le garçon. Au contraire, c’était plutôt une chouette originalité. Alors qu’elle faisait demi-tour, Seun déboula et manqua de la heurter. Un nouveau sourire étira les lèvres de Gabriel.

« Moi, j’y ai pas touché, Seun. Mais à ta place, j’irai voir dans la remise. »

Où n'était vraissemblablement pas la sandale. Lohan avait arrêté son mouvement de fuite ; à priori, l’idée d’être encore présentée à de nouvelles personne ne l’enchantait guère. Comment pourrait-elle jamais se sentir chez elle, ici ? N’avait-elle pas été élevée par des parents ? Ou dans un orphelinat, ou je ne sais quoi ? Son monde n’était pas vraiment ici. C’était l’occasion, à priori. Le jumeau était reparti aussi vite qu’il était arrivé, lançant un regard vaguement noir à Lael, qui ne le remarqua même pas. Et puis, cette sandale, ce n’était même pas lui qui l’avait subtilisée. Othan s’était très bien débrouillé tout seul – et Lael le couvrait dans un élan généreux qui sentait l’arnaque à plein nez. Peu importait cette histoire, désormais. Le jeune homme fixait toujours Lohan avec attention, prenant bien soin de ne pas croiser les yeux de Shawna, qui l’auraient probablement tué sur le coup. Il reprit la parole ; il était temps de lui expliquer qu’elle n’était pas la cible.

« Bon, tu ne connais pas encore Naïka, tu peux pas comprendre ce qu’elle a d’insupportable. Quoique, étant donné que Sha l’apprécie encore moins que toi, j’pense que tu peux voir c’que ça peut donner. Enfin, tout ça pour dire que c’est elle que je visais, quoi. »

Voilà qui était fait. Et il ne mentait pas. Qui pouvait être plus insupportable que sa cousine, au juste ? A côté, même Shawna était un ange. C’était pour dire. Heureusement pour les Eisao, la jeune fille fuyait autant que possible le Ranch, où, lorsqu’elle y était, restait enfermée quelque part : Depuis qu’elle avait compris qu’elle ne pourrait pas affirmer sa domination sur ses cousins, elle avait renoncé à passer du temps avec eux en tant que leur égal, voire moins. Les bruits venant de la grande réunion familiale sonnaient aux oreilles du garçon, familiers, agréables. Les voix se mêlaient, harmonieuse. Il pouvait les nommer, une à une : Liosyl, Kou, Dwelan, Nahemi. Il laissa un bref moment de silence, avant de reprendre la parole.

« Ne bougez pas d’ici, je reviens. »

Un appel intérieur lui indiquait qu’il avait quelque chose d’important à faire. Il se dirigea à grand pas vers la rumeur incessante, évita habilement les premières personnes qu’il rencontra, et tomba malencontreusement sur Yelana. Il jura tout bas quand celle-ci commença à le sermonner sur sa tenue – trop tapageuse à son goût – et continua son chemin, après l’avoir chaleureusement remerciée. Il avait probablement perdue de précieuses secondes ; il croisa les doigts pour que Shawna n’en ait pas profité pour filer on ne sait où. Sur quoi, il s’approcha de la table, et ses yeux s’illuminèrent devant les mets colorés et … de plus en plus rares qui s’étalaient là. Mais, aucune crainte, il en restait encore bien assez. Petit, grands, jaunes, verts, parfois rouges. Les odeurs qui s’élevaient le ravissaient. Il vérifia qu’Ombeline regardait ailleurs, se saisit d’une dizaine de gâteaux, croutons de pains et légumes fourrés différents, et s’en retourna prestement là où avaient du l’attendre les deux jeunes filles. Il ne s’occupa pas un seul instant de savoir si elles étaient en train de parler ou non, s’il les coupait ou non, leur proposa joyeusement de quoi manger – jusqu’à poser dans la main même de Lohan un gâteau de blé et un quelquechose aux carottes, lui expliquant même lequel était lequel. Il s’aventura à préciser, précautionneux :

« Je n’ai rien empoisonné. De toute façon, la cuisine d’Ombeline est sacrée, on n’y touche pas. »

Il fourra le reste des gâteaux dans l’un de ses poches – il en avait déjà mangé deux, attrapa sa nouvelle cousine d’une main, et sa fiancée de l’autre, et les conduisit auprès d’un banc, où ils pourraient s’asseoir tranquillement. Pas vraiment qu’ils soient fatigués où aient une quelconque envie de s’asseoir. Mais cela faisait plus sérieux, pour entamer une discussion d’adulte. A peu près. Ce qu’il fit, n’attendant pas que les autres réagissent. Après avoir mordu dans un troisième gâteau, il se tourna vers Lohan.

« Bon, dis-moi. Tu viens d’où ? Tu fais quoi de ta vie, exactement ? »




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Laelith G. Eisao | Ena Nel'Atan | Ailil Til'Eyvindr

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MessageSujet: Re: Je ne sais plus si c'est moi qui suis seul ou les autres qui sont trop nombreux [Inachevé]   Sam 30 Juil 2011 - 11:36

C’est ça, qu’il se rattrape aux branches basses, il ne lui restait plus que ça. Méfiante comme était Lohan, Shawna doutait que Lael puisse dire quoique ce soit, sur Naïka ou qui que ce soit d’autre, pour gagner la confiance de la fille aux yeux de pierre. Shawna sourit, satisfaite ; c’était tout ce qu’elle cherchait. Lael voulait l’embêter en s’alliant à la nouvelle venue, en faisant semblant de se lier d’amitié avec elle, et elle venait de tuer l’intention dans l’œuf. Son territoire ainsi protégé, elle avait exactement ce qu’elle voulait. Lohan allait avoir besoin d’un certain temps avant de comprendre les liens qui nouaient les Djee et les Eisao ensemble ; les « qui aime bien châtie bien », les rivalités entre cousins, les alliances qui se formaient et fondaient comme le beurre… Ils ne s’entendaient pas tous, mais étaient quand même assez soudés pour que ce ne soient jamais les mêmes qui s’amusaient contre les mêmes, et si dans un jeu, Shawna et Lael étaient chacun sur un bateau pirate différent, dans un autre, ils étaient bandits, côte à côte, attaquant la caravane des plus jeunes. Est-ce qu’elle comprendrait leurs jeux, un jour ? Leurs taquineries, et tout le reste ? Ou est-ce que cela ne resterait que du bruit, pour elle, du bruit à prendre au premier degré ? Parce qu’au fond, c’était là-dessus que reposait son intégration dans la famille. Lael partait. Shawna fronça les sourcils. Qu’est-ce qu’il comptait faire, encore ?

Oh, et puis elle verrait bien assez tôt. Et puis c’était Lael, ce n’était pas comme si c’était important. Elle attrapa Lohan par le bras, à nouveau. Sa jeune cousine l’avait déjà repoussée une fois, mais il était quand même plus facile de savoir où chacun se trouvait quand on pouvait se toucher, lorsque les yeux faisaient défaut. Nonchalante, elle lâcha :

- Laisse-tomber les présentations, t’en as assez fait pour aujourd’hui. J’suis sûre que tu n’as retenu le nom de personne, de toute façon ça t’intéresse pas, alors un de plus un de moins, ça changera rien, ils auront bien le temps de te croiser plus tard. Mais j’vais quand même essayer de t’aider à situer un peu mieux, sinon tu vas jamais t’en sortir. Naïka, elle a 16 ans, et elle se trouve trop bien pour nous. Capricieuse, rancunière et égocentrique. Tu l’intéresses probablement pas, donc laisse-la bouder dans son coin, c’est très bien comme ça. Les jumeaux, ils en ont 13, mais des fois on dirait pas… Ils aiment bien faire des blagues, ils sont marrants. Estel, c’est la plus petite, pour le moment, elle est chou. Après, dans les plus vieux, y a Lael et Denhil. Lael passe son temps sur ses canassons. Et Denhil, il est un poil plus responsable que nous autres, en même temps il est plus vieux, j’aime bien le charrier aussi. En fait c’est pas compliqué, t’as deux cousines directes, six cousins indirects et trois demi-cousines. Tu devrais t’entendre avec Yeleen et Nahemi, quand tu les connaîtras mieux, elles sont beaucoup plus sympas que moi. Après, y a la famille du côté de ma mère, vous n’avez aucun lien de sang en commun mais comme tout le monde se connait, c’est un peu pareil. T’as de la chance qu’ils soient pas ven… Gaby !

Le cri avait coupé la phrase comme le jeune homme venait de les couper dans leur conversation, et Shawna le regarda d’un air faussement courroucé. Elle se laissa traîner, pourtant, et s’installa durement sur le banc, les jambes tendues devant elle et les pieds croisés l’un sur l’autre. Elle s’empressa d’enfourner l’un des gâteaux dans sa bouche, avant de dire, la bouche pleine :

- Tu fais bien de préchiger, on peut pas lui offrir à manger sans qu’elle penche que ch’est empoijonné. Tu devrais te payer un goûteur, Lohan, comme à la Cour… Mais si tu les veux pas tu me les passes. Sauf celui à la carotte, je veux pas tourner orange, moi…

Regard narquois.

- Et sinon, elle veut être décoratrice. Changer les armoires de place dans une salle, déplacer les objets, tout ça, ça la connait… Faut être aveugle, pour vraiment avoir le sens de l’agencement.

Elle en faisait peut-être un peu trop, quand même. Elle s’était pourtant dit qu’elle lui laisserait un peu de temps pour respirer. Ah, mais les mots allaient tellement plus vite que les intentions, sur sa langue…

- Moi aussi, j’veux être décoratrice. Alors j'repars. A Al Poll. C'est l'seul endroit où ils acceptent les nouveaux sans expérience...

Et elle regarda en l’air, les yeux fixés sur une tuile du toit, sans plus la lâcher, ne regardant ni la réaction de Lohan, ni ce que pouvait bien penser Lael. C’était une phrase jetée en l’air, comme un ballon, qui ne voulait rien dire en soi, pas plus que le reste en tout cas et qui retombait au sol en un bruit sourd, mais les sourcils de la demoiselle s’arquèrent légèrement pour assombrir encore son visage. Elle doutait fortement que Lael apprécie son choix. Elle, elle n’appréciait pas son choix. Aller s’enfermer volontairement là-bas, à Al Poll, entre le froid et l’austérité, dans une ville qu’elle n’appréciait qu’à moitié, avec des gens qui se prenaient pour elle ne savait trop quoi, alors qu’elle avait toute sa vie ici ? C’était tellement absurde. Tellement antinomique avec tout ce qu’elle avait hurlé toute sa vie. Tellement paradoxal, au vue de la réaction qu’elle avait eue à chaque fois que son père l’avait envoyée dans l’une d’entre elles.

Des fois, elle aurait voulu ne pas tant aimer danser.


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MessageSujet: Re: Je ne sais plus si c'est moi qui suis seul ou les autres qui sont trop nombreux [Inachevé]   Jeu 27 Oct 2011 - 19:50

Elle fit l’effort de suivre le discours de Shawna ; c’est-à-dire que tout semblait clair dans son esprit…jusqu’au troisième nom. Après tout s’embrouilla, un peu comme quand elle était arrivé ici. Elle hocha pourtant pensivement la tête en se demandant pourquoi Shawna s’escrimer à lui expliquer les liens de parenté qui organisait la famille. Elle savait que tous les enfants ici étaient ses cousins, demi cousins, que les adultes étaient ses oncles et tantes plus ou moins éloignés. Pour l’instant, ça n’avait pas beaucoup de signification pour elle .Si à terme, elle ressentait le besoin étrange de connaître la place exacte d’une personne dans la famille, elle irait se renseigner elle-même.

Le drôle de cousin lunatique revint pour lui offrir des gâteaux, il voulait l’acheter, c’était donc ça, et lui offrait de délicieux gateaux orange à la carotte à cause du lapin d’Alice Mildron. Mais Lael ne connaissait pas Alice Mildron, et il n’avait aucune raison d'être au courant du surnom dont elle l‘affublait. Lohan se demandait presque si elle ne commençait pas à devenir paranoïaque -et elle imaginait Shawna hocher la tête énergiquement pour confirmer-. Lael avait du voir une trace d’hésitation sur son visage puisqu’il alla jusqu’à lui confirmer que les gâteaux n’étaient pas empoisonnés. Avait-elle l’air si méfiante pour qu’il adopte la même attitude que sa cousine dans une situation similaire, ou était-ce une tradition dans la famille Djee d’offrir de la nourriture en précisant qu’elle était mangeable ? Elle le remercia de la sollicitude, en un sourire et en en coupant un bout elle commença à grignoter quelques miettes, contraste délicieux avec sa cousine qui enfournait les gâteaux sans prendre le soin de les savourer.

Devait-elle rire devant les blagues de Shawna ? devait-elle virer en plus sombre ? Elle se contenta de décrocher un sourire, sur la réserve, à la blague de Shawna, parce qu’elle était globalement drôle, finalement, mais elle n’avait pas besoin qu’on l’encourage trop dans cette voie, elle se débrouillait très bien sans public, inutile qu'elle prenne la grosse tête. La plaisanterie sur son orientation avait été gentille :Shawna savait beaucoup de chose sur ses échecs répétés en cours, elle aurait pu brandir le couteau et ouvrir la plaie. Mais elle semblait avoir sensiblement éviter de prendre cette voie, une gentillesse qui devait tenir plus au hasard qu'à un choix déterminé.

puis vint l'annonce désinvolte d'une catastrophe
.

« Quoi ! »

Elle ouvrit de grands yeux, ce qui, de extérieure devait donner une impression étrange et ne pu s’empêcher de sourire alors que Lael toussait à s’en arracher les poumons.


«Tu vas venir me pourrir la vie à l’académie, m’arracher les oreilles avec ta flute, crier avec tes grands mots ! Toi -elle eut un petit rire- Toi qui me faisait la morale la première fois que tu m’as rencontrer, qui disait détester l’Académie, qui a juste détruit l‘endroit par tes paroles « Il faut être menteuse et hypocrite pour entrer dans cette académie », tu ne croyais donc pas un mot de ce que tu disais ! Qu'est ce qui t'as fait changer d'avis brusquement? Je sais bien l'impression que t'a fait ma merveilleuse personnalité mais tu irais t'enfermer à Al-Pol entre quatre mur, dans une région ou on ne connait pas le soleil la moitié de l'année ?«

Elle avait bien fait ce choix, elle-même. Mais ce n'était pas pareil, elle n'avait cette impatience, cette insolence, cette énergie Shawnesque.

« A moins que ça soit une blague, dans ce cas, tu as déjà fait mieux. »

En plus, en y réfléchissant, si Shawna venait à l’Académie, il y avait de grande chance pour qu’elle choisisse de participer à ses propres cours -impossible de l’imaginer en marchombre furtive ou en aristocrate à don-. Il y avait déjà quelque chose de dérangeant à envisager le choc entre les règles de l’établissement, le cadre qu’il imposait et l’astéroïde dévastateur appelé Shawna Djee. Mais l’imaginer s’insinuer dans toutes les phases de sa vie, ses cours, ses repas, son dortoir peut-être, était argh -digne d’une crise Jehanienne- . Elle prépara son argumentaire pour la contraindre à rester hors de sa zone vitale et espéra que Gabriel, qui n’était visiblement pas au courant de la décision de sa, de leur demi-cousine ? , trouve les bons mots pour la retenir ici. Parler longuement du cadre champêtre peut-être, avec l’odeur des chevaux en prime, évoquer la chaleur familiale, ce grouillement de gamins qui lui manquerait forcement. Et la vie des chemins, loin de cette vie bien réglée qu’elle-même menait là bas et qui, catégoriquement, ne pouvait correspondre à cette boule d’énergie. Elle devait absolument l’empêcher de venir à l’académie, rien que pour la sécurité de ses camarades, pour les nerfs de l’intendant et pour le maintien des locaux. Les chances pour que le cousin aux gâteaux ravale sa fierté et supplie Shawna de rester étaient minces, peut-être ne tenait-il pas assez à elle pour la retenir, peut-être que guider par le sens familial de la provocation il pousserait des soupirs de soulagement et l’encouragerait à gagner l’académie .

Il ne restait plus qu’à espérer que ce ne soit pas le cas. Elle tourna son regard perdu vers Lael, quémandant une aide.



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Pour t'observer,  Invité, à défaut d'yeux, j'serai Dieu o/
Spoiler:
 

{-Ciléa Ril'Morienval-} {-Lohan Gayana-} {-Mael Lioum-}
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