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 Danser, pour ne pas perdre pied [Terminé]

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MessageSujet: Danser, pour ne pas perdre pied [Terminé]   Jeu 10 Juin 2010 - 15:56

- T’as une lettre pour les Djee ?
- Une minute, Mademoiselle. Amlor… Berjan… Enkor, non, désolé, rien pour vous.
- Et pour les Kwen ?
- Oui, juste là. Vous vous appelez ?
- Je viens de te le dire.
- Oui, mais…
- Ecoute, j’viens chercher pour toute la famille, alors un prénom ne te servira à rien.
- Ah. Et bien, donnez cette lettre à Shawna, si vous voulez bien…
- Si je ne voulais pas, je ne serais pas là.

Shawna lança un sourire charmeur au messager qui n’en menait pas large, ses dents blanches couleur perle éclatantes sur son visage trop noir. Puis ses lèvres fines se resserrèrent, et elle fit brusquement demi-tour, la lettre coincée entre deux doigts, faisant un signe d’adieu de cette même main à destination de quelque part derrière elle, là où le messager était resté planté comme un piquet. La porte battit dans le vent, et elle était déjà ailleurs. Elle préférait la rue bruyante de sons et de couleurs au petit bâtiment où s’entassait les lettres des habitants d’Al Poll ; le vent soufflait sur son pantalon bouffant, s’agrippait aux amples manches de sa tunique et cherchait à lui voler les foulards qui lui couvraient la tête, sans réussir à faire autre chose que de faire tinter les bracelets à son poignet. Elle avançait d’un pas vif, le pas de celui qui connait la ville et n’a peur de rien, la démarche de celui à qui appartient le monde. En vérité, les rues d’Al Poll lui étaient encore bien étrangères, et elle n’était qu’une passagère, voyageuse éphémère qui bientôt ne frapperait plus les dalles des semelles de ses bottines. Mais Shawna n’était perdue nulle part, et agissait comme si elle était partout chez elle. Un œil peu averti l’aurait prise pour une véritable autochtone… et pourtant, elle n’avait aucune idée de l’endroit où elle allait.

Elle acheta une pomme en passant devant un marchand, puis tourna au coin d’une rue au hasard en croquant dedans. Elle s’arrêta bientôt, s’installant nonchalamment sur un muret, une jambe pliée devant elle, l’autre pendant du côté de la rue, et déchira mécaniquement l’enveloppe. Plusieurs morceaux de papier avaient été fourrés en vrac à l’intérieur. Sur l’un, elle reconnut l’écriture rugueuse et droite de son père ; sur le suivant, c’était les fines lettres penchées de Yeleen qui l’intimait à lire. Pas grand-chose, juste trois lignes. Ces deux messages elle posa à côté d’elle sans plus y poser les yeux, attrapant une pierre qu’elle plaça dessus pour les empêcher de s’envoler au passage. Elle sourit en voyant celui de Nahemi ; aucun mot ne venait ternir ce parchemin. Seulement des lignes de couleurs, poudres de pierre et pigments végétaux. Une maison, que Shawna reconnut immédiatement, et une silhouette terre assise sur une chaise au premier plan. Une silhouette qui attendait, alors que la maison flottante était entourée d’une douce lumière et d’un ciel limpide. Elle n’eut aucun mal à déchiffrer le message. J’attends ton retour, Shawna. Le sourire aux lèvres, Shawna replia la feuille en deux et la glissa à son tour sous le caillou gris. Sa mère n’avait pas écrit, mais Leyah n’avait jamais été du genre à donner des nouvelles de manière aussi détournée. Quand elle voulait voir quelqu’un, elle allait les voir, simplement. Shawna la soupçonnait grandement d’avoir su où était Shawna depuis son départ d’Al Poll, d’être au courant de son retour dans la ville et de lui tomber dessus au détour d’une allée dans les prochains jours qui suivraient.

Cela faisait du bien, d’avoir quelques nouvelles après ces mois de silence. De savoir qu’il y avait des nouvelles, même si elle n’en connaissait pas le contenu. Elle imaginait ce que recelait le message de son père ; de la colère, de la déception à sa désobéissance. L’ordre de retourner à l’Académie, ou de revenir à la maison, qui sait… Comme elle ne comptait faire ni l’un ni l’autre, elle ne tenta pas de chercher plus loin. Et Yeleen. « Tu devrais apprendre à lire, ça t’éviterait d’essayer de deviner ce que j’ai bien pu t’écrire d’important, aha. »

Elle sourit à nouveau, et son sourire s’élargit alors qu’elle gardait les yeux fixés sur un passant. Il devait la penser folle, à sourire toute seule dans la rue. Qui souriait de nos jours ? Qu’il aille au diable, avec sa tête d’enterrement.

Sur une impulsion, Shawna se mit debout sur son muret, et commença à marcher un peu le long du mur. Plus elle avançait, plus elle était haut, la rue formant une pente douce qui lui donnait une vue d’ensemble. Elle était bien, là-haut. Alors, sans s’inquiéter des rares passants qui gambadaient en bas, elle commença à danser. La plupart étaient pressés et ne s’arrêtaient pas, les autres se donneraient des torticolis à fixer les hauteurs et c’était tant pis pour eux. Elle fredonnait entre ses lèvres, doucement, une chanson de bohémiens qui parcourent les chemins. Elle se souvenait des paroles, mais elle ne laissa que la mélodie guider ses pas, les lèvres closes alors que sa gorge vibrait des notes cristallines. Un pas en avant, deux en arrière, un geste du bras, arc du dos, saut, pas…

- Waaaah !

…Ou pas. Son pied glissa, s’étant posé sur le bord du muret et au lieu de trouver la sécurité des pierres sous son talon, sa pointe ne trouva que l’air et elle sentit son corps chuter vers la rue. Réflexe du corps en déséquilibre, elle se pencha dans l’autre sens, et rattrapa le mur. Trop lourde. Elle se tua les doigts et lâcha le rebord, s’égratignant les bras sur les pierres alors qu’elle essayait de ralentir sa chute, et finit trois mètres plus bas, les chevilles douloureuses alors qu’elles encaissaient le coup. Shawna resta un instant au sol, les genoux encore pliés, avant de se relever lentement et de faire tomber les graviers qui s’étaient incrustés dans la paume de ses mains lorsqu’elle était arrivée au sol. Une écorchure courrait le long de son bras gauche, mais rien de grave, et elle ne saignait même pas.

- Dernière fois que je danse sur les murs, moi. On est bien mieux en bas.


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MessageSujet: Re: Danser, pour ne pas perdre pied [Terminé]   Jeu 10 Juin 2010 - 16:57

Une bien belle journée qui s'annonçait. Le Soleil était là et il apportait des rayons bienfaisants et chaleureux dans l'académie. L'humeur était au mieux dans la plupart des coeurs de élèves. On plaisantait. Les professeurs faisaient de nombreux cours en extérieur. Tout allait bien pendant cette journée ensoleillée. Lothan, comme à son habitude, ne voulait pas participer aux cours programmés pour lui dans la journée. Le jeune homme était certain que pour certains de ses professeurs, il n'était qu'un nom. Ils ne devaient pas avoir vu son visage depuis que le Lupus avait posé pied dans l'académie. Il avait participé à certains cours, non pas par envie mais par obligation. Lothan s'était retrouvé nez à nez avec un professeur ou un garde alors qu'il s'esquivait de la file des élèves qui allait au cours.

Aujourd'hui, Lothan n'avait pas de cours prévu pour la matinée. Il allait donc s'échapper de l'académie pour flâner dans les rues d'Al-Poll. Perdu dans la ville, il n'allait pas être forcé de participer aux cours de l'après-midi. Pour ne pas changer ses routines, Lothan s'était coiffé à la perfection. Il avait vêtu une chemise blanche. Des dorures étaient brodées dessus en forme de plastron. Il avait mis un pantalon de couleur noir et des chaussures de la même couleur. Ses éternels bagues de tissus restaient à ses doigts. Il attrapa une bourse remplie d'or et il quitta son dortoir. Il se dirigea vers les écuries, grimpa sur Sleipnir, son cheval, et il partit en direction d'Al-Poll.

Arrivé en ville, il laissa son cheval devant une auberge. Il tendit une pièce d'or à un enfant d'une dizaine d'années pour qu'il surveille sa monture pendant tout son petit voyage dans la cité. Lothan ne partageait jamais son argent avec ceux qu'il considérait comme pauvre mais il était prêt à dépenser des fortunes pour satisfaire son bon plaisir. Etant donné qu'il tenait à son cheval comme à la prunelle de ses yeux, il ne voulait surtout pas qu'il lui arrive malheur. Maintenant qu'il était en ville, Lothan pouvait satisfaire une sorte de passion: s'offrir de belles choses. Il avait le choix. Une multitude de magasins s'étendait devant ses yeux. Habits, bijoux, armes.... Il y en avait pour tous les goûts. Evidemment, Lothan n'irait pas acheter des armes. Il avait déjà deux belles épées dans son dortoir tout en sachant qu'il ne les utiliserait pas. De plus, son père se sentirait vraiment insulté si son fils achetait des armes dans un étalage alors qu'il était lui-même un forgeron accomplit.

Ses plans d'achats allaient pourtant être remis à plus tard. Alors qu'il descendait une petite rue, une jeune femme tomba à ses côtés. Quelques mètres plus à gauche et c'était sur sa tête qu'elle se serait écroulée. Qu'est ce qu'elle faisait en hauteur? Etait-ce une marchombre? Non, ça ne pouvait être le cas. De ces nombreuses heures d'études, Lothan avait appris que les marchombres étaient formés par des maîtres pendant plusieurs années. Si cette jeune femme tombait, c'est qu'elle devait être en apprentissage. Lothan avait beau levé la tête, même s'il était légèremment éblouit par le soleil, il ne voyait personne d'autre. Et surtout, personne n'avait l'air de se soucier de la santé de la jeune acrobate.

- Dernière fois que je danse sur les murs, moi. On est bien mieux en bas.

- Oui, c'est une bonne idée que tu recommences pas. Serais-tu assez stupide pour ne pas remarquer que tu aurais pu blesser d'autres personnes et surtout moi en particulier? Que tu risques ta vie, c'est ton choix, mais que tu mets la mienne en danger, je suis pas d'accord.

A la regarder, Lothan la trouvait vraiment pour une pouilleuse. Elle était négligée. Son nez devait être cassé. Elle n'avait pas l'air d'une combattante. Pas de grande arme sur son dos ou sur son côté. Un combat de rue l'avait sûrement mis dans cet état. Une paysanne ou une membre de ses longs convois qui traversaient Gwendalavir de long en large. La mère de Lothan se fournissait souvent auprès de ses gens-là pour confectionner ses bijoux. En tout cas, ce n'était pas une noble. De toute façon, un noble n'aurait jamais joué aux imbéciles en grimpant sur un mur.


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MessageSujet: Re: Danser, pour ne pas perdre pied [Terminé]   Jeu 10 Juin 2010 - 18:36

- Et qu’est-ce que j’en ai à faire, que tu sois d’accord ou pas ?

Le visage de Shawna avait toujours été très expressif, mais là, il atteignait un paradigme rarement rencontré. S’il avait fallu peindre l’ébahissement, c’est cet instant que le peintre aurait voulu immortaliser du bout de son pinceau coloré. Stupéfaction totale à l’idée que ce pauvre mioche puisse penser un seul instant que son avis compte pour quoique ce soit dans les faits et gestes de Shawna. Incroyable. « Je ne suis pas d’accord pour que tu mettes ma vie en danger. » Qui était assez stupide pour sortir une réplique pareille ? Est-ce qu’on propose à l’assassin de lâcher son arme parce qu’on n’est pas d’accord et qu’on ne veut pas qu’il nous tue ? Insensé. Le jeune homme était tellement égocentrique qu’il en devenait absurde. Shawna comprit rapidement, pourtant. La prétention dans sa voix, comme si tout lui était dû et que les autres n’étaient que des mouches bientôt écrabouillées sous ses bottes, ne mentait pas. Un fils de noble, incapable de faire un pas seul dans la rue sans être effarouché, certain que les gens devaient s’écarter et pourquoi pas s’agenouiller à son passage. Et bien, s’il restait dans le coin, il allait bientôt apprendre que les mouches, ça vole, et que ce n’est pas si facile que ça de s’en débarrasser.

- Tu n’as qu’à rester chez toi, si tu as peur de te faire mal, mon pauvre petit.

Elle lui tapota le bras d’un air condescendant en disant cela, s’attendant bien à ce qu’il déteste ça. Elle imaginait parfaitement les pensées qui le traversaient, voyait déjà la mine de dégoût sur son visage. Oh non, une paysanne, aux doigts noirs et aux mains sales, essuyant sa crasse sur ma manche de soie royale… Qu’est-ce qu’elle est moche, avec son nez écrasé par son monde de brutes, ses yeux trop enfoncés dans leurs orbites, et pourquoi elle sourit comme ça, de ses lèvres trop fines ? C’est quoi, cette tâche sur son cou, et à quoi elle pense qu’elle ressemble, avec ses vêtements bariolés ? C’est un épouvantail en train de me toucher, de ceux qui font fuir les oiseaux et font peur aux enfants. En plus, elle a de la terre sous les ongles.

Shawna retira sa main, fit un pas en arrière, puis entreprit de regrimper le mur. Pas pour danser là haut, non ; elle n’avait aucune envie de rechuter, et avait décidé de ne pas reprendre sa danse avant même l’intervention du nobliau. Elle avait le sens de la contradiction, d’accord, mais contredire quelqu’un qui répétait vos propres dires, c’était tout simplement irrationnel. Par contre, monter de nouveau alors que celui-ci n’y tenait visiblement pas, c’était tout à fait dans ses moyens. Ou pas, en fait. Elle avait les pieds sur le mur au niveau de ses genoux, et elle n’arrivait déjà plus à grimper, les doigts de sa main écorchés par la pierre qui s’effritait. A bas les murets. C’était plus facile de grimper sur les toits que de jouer aux araignées. Elle lâcha, simplement, et resauta aux côtés du jeune homme. Il n’était pas encore parti, lui ? Peut-être que le choc d’être tutoyé ainsi l’avait figé sur place, le pauvre. Elle alla dire quelque chose, puis se renfrogna. S’il voulait rester ici à jouer au piquet, alors qu’il considérait la rue comme une voie de danger public, très bien pour lui. Elle, elle avait d’autres chats à fouetter. Alors elle remonta la rue, avant de s’arrêter brusquement et de pivoter vers le noble, une pensée soudaine lui faisant changer d’avis en entendant le papier crisser dans le vent, coincé sous sa pierre.

Les jeunes hommes de sa trempe étaient tous les mêmes. Ils s’entraînaient avec des épées de bois chez eux, et ils pensaient connaître la guerre ; ils allaient d’une ville à l’autre en calèche, s’ils ne les visitaient pas grâce à un Pas sur le Côté, et ils pensaient avoir voyagé, avoir vu ce qu’était Gwendalavir. Ils apprenaient à lire, et ils se croyaient savants, alors qu’ils n’étaient même pas capables d’allumer un feu avec un gommeur dans les parages. Elle ne doutait pas que lui n’était pas différent le moins du monde, et qu’il savait aussi écrire… Elle redescendit jusqu’à lui pour se planter devant sa noble personne, ricanant intérieurement en voyant que, vu que la rue était en pente, elle pouvait le regarder de haut de là où elle se tenait. Quoique, même sur un sol plat, elle serait plus grande que lui… Le pauvre, c’est difficile de se donner de l’importance quand on n’en a pas la contenance.

- Tiens, puisque tu es là, autant que tu te rendes utile. Suis-moi.

Et elle fit demi-tour à nouveau, comme si elle était incapable de tenir en place.

- Dépêche-toi !

Elle le cria avant même de vérifier qu’il la suivait ou pas, ses préjudices envers sa caste faisant qu’elle ne s’attendait qu’à une réaction possible de sa part.


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MessageSujet: Re: Danser, pour ne pas perdre pied [Terminé]   Jeu 10 Juin 2010 - 22:26

Lothan n'avait plus bougé depuis que l'acrobate était tombé. Pourquoi il n'avait plus bougé? Simplement parce l'étonnement l'avait cloué sur place. Tout d'abord, on lui avait répondu. Encore une fois une pouilleuse l'insultait. Al-Poll et l'académie de Merwyn était remplie d'une gangrène qu'il fallait éradiquer. Ou alors ne pas l'approcher. Le respect de la noblesse n'existait plus. Sinon, l'acrobate ne serait pas permis de le toucher. Il aurait aimé répondre, la menacer si elle recommençait mais il se ravisa. Il falait d'abord la jaugé. Lothan voulait défendre son honneur de noble mais il n'était pas assez fou pour risquer sa vie en faisant cela. Ce qui suivit lui donna raison de crier: "Vengeance". Shawna retourna vers le mur d'où elle venait de tomber. Elle tenta tant bien que mal à remonter mais ce fut en vain. Lothan s'abtint de montrer à quel point il était heureux de voir le manque de respect vengé mais il ne put s'empêcher de sourire. Un grand sourire. Tellement rare chez lui.

Après ses multiples tentatives, la jeune fille s'éloigna. Vexée? Oui, ça devait être ça. Lothan aurait eu la même réaction si une telle chose lui était arrivé. En public, lui, il ne tentait que ce qu'il était sûr de pouvoir faire. Aucune chance d'être ridicule ainsi. Ou alors, c'était vraiment que le sort s'acharnait. Les tentatives pour réussir quelque chose, il ne le faisait que dans son coin, quand il était certain d'être seul. C'était ce qu'il avait fait quand il avait voulu réussir à manier les armes alors qu'il n'avait qu'une dizaine d'années. Ces tentatives s'étaient soldées par des échecs répétés. Il avait été bien heureux d'être seul ce jour-là.

Finalement, l'acrobate avait fait chemin arrière. Elle s'était postée devant lui, un peu en hauteur. Lothan bouillait de rage. Il n'aimait pas être ainsi inférieur. Il serrait les poings. Calme. On ne sait jamais qui se trouve en fait. La rue était bondée, il ne voulait pas se retrouver le nez dans la poussière. Sa réputation était vierge à Al-Poll. Il ne voulait pas qu'elle ne soit remplie que de rires et de moqueries. Et là, Lothan entendit une proposition bien étrange. La suivre? Mais pourquoi? Le jeune noble hésita. Qu'est ce qu'elle voulait faire? Le voler? Le tuer? L'acrobate le pressa. Des ordres. Encore des ordres. On ne commandait pas les nobles, c'était les nobles qui ordonnaient. Il fallait qu'elle fasse attention à ne pas inverser les rôles.

- Hey, tu n'a aucun ordre à me donner. Mais elle m'attends même pas cette saleté.

L'acrobate était déjà rendu loin devant lui. Bon, qu'est ce qu'elle voulait. Il était trop curieux pour ne pas se poser la question. Il verrait bien ce qui se passerait. Si elle l'emmenait trop loin de la vie de la ville, il reviendrait sur ses pas. S'il restait près de l'activité d'Al-Poll, il pourrait hurler en cas de problème. Elle le conduisit en haut de la rue. Très bien, il y avait encore du passage, il ne risquait pas grand chose. Il y avait quelques lettres de poser. Shawna se dirigeait vers ses bouts de papiers. Lothan commençait à comprendre. Elle lui avait dit qu'il tombait bien. Elle voulait qu'il lui rende un service. Lothan savait très bien qu'il existait des analphabètes chez les paysans ou les itinérants. Chez les itinérants, le travail demandait souvent des bras, un charisme important et de savoir compter. Chez les paysans, il fallait savoir se servir de ses bras et de travailler la terre. Dans aucun cas, la lecture et l'écriture était nécessaire. Cette jeune fille faisait peut être partit de ceux-là. Lothan s'arrêta de marcher. Rendre service à une fille comme elle, ça ne l'intéressait pas beaucoup. Au moins, elle allait voir que les nobles étaient suppérieurs aux simples villageois. Eux au moins, ils avaient de l'éducation, de la culture.


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MessageSujet: Re: Danser, pour ne pas perdre pied [Terminé]   Ven 11 Juin 2010 - 16:32

Quand Shawna se retourna, c’est avec surprise qu’elle remarqua que le nobliau lui avait obéit, malgré le fait qu’il traînait derrière et était loin d’avoir remonté la rue tortueuse aussi rapidement qu’elle. Elle s’était attendue à ce que, offusqué, il fasse demi-tour, refusant de suivre les ordres d’une roturière comme elle, fille du bas-côté, enfant de la misère, comme il devait la percevoir. Elle plissa les yeux, essayant de comprendre ce qui l’avait ainsi fait changer d’avis, avant de repousser la question d’un haussement des épaules. C’était un noble, et là étaient toutes les réponses. Les nobles avaient un don pour mettre leur nez dans toutes les affaires qui ne les regardaient pas, et ne supportaient pas de ne pas faire parti d’un complot, raison pour laquelle il existait tellement d’intrigues à la Cour. Tout était à propos de savoir qui savait quoi, qui était allié avec qui, qui s’apprêtait à trahir qui et comment ils allaient s’y prendre pour y perdre le moins de plumes. Le jeune homme et elle n’étaient actuellement pas à la Cour, mais son état d’esprit ne changeait pas avec le décor ; il voulait savoir, et sa curiosité maladive l’avait mené à suivre les pas de l’Itinérante, malgré qu’il soit récalcitrant à devoir obéir. Shawna sourit à nouveau, de ce sourire de douce ironie qu’elle affectait tant. Elle aimait comprendre les gens, et savoir jouer avec leurs sentiments si prévisibles.

Elle s’approcha de ses lettres, puis commença à lancer la pierre qui avait servi à ne pas laisser envoler les morceaux de parchemin en l’air, avant de la rattraper au creux de sa paume. De l’autre main, elle fourra le dessin de Nahemi dans sa poche, gardant seulement ceux parsemés d’écriture entre ses doigts. Si elle interprétait bien le regard du noble, et ce qu’elle avait remarqué parmi une grande partie de sa classe, celui-ci devait actuellement se sentir en position de supériorité… Il savait lire, et elle n’était qu’une ignorante. C’était vrai, en un sens ; elle avait besoin de son aide, alors qu’elle n’avait rien à lui offrir. Elle était certaine de pouvoir trouver un autre inconnu pour lui lire ses lettres, quelqu’un d’amical qu’elle croiserait dans la rue pour ne plus jamais revoir ensuite, rendant ce qu’il savait de sa correspondance entièrement superflu. Mais elle voulait savoir si elle serait capable de flatter les sentiments du noble pour lui faire rendre un service à une moins que rien, lui qui se considérait tellement au dessus de tout ça…

Lui demander simplement de lire était hors de question. Il lui demanderait d’un air hautain pourquoi donc il ferait une chose pareille, avant de se moquer de son analphabétisme et de repartir. Mais il était curieux, le bougre, il ne l’aurait pas suivie sinon. Cela, elle pouvait jouer avec. Peut-être que ses talents de comédienne lui donneraient ce qu’elle souhaitait sans que l’égo du jeune homme n’en soit pulvérisé au passage.


- Est-ce que vous pouvez garder un secret ?

Changement soudain d’attitude envers lui, passant de dérisoire à respectueuse. Elle regarda autour d’elle d’un air suspect, avant de s’approcher et de continuer dans un murmure, pour que personne d’autre n’entende.

- J’ai vraiment l’air d’une roturière, n’est-ce pas ? C’est horrible, de devoir agir comme ça tout le temps, de se fondre dans la masse alors que l’on mérite tellement mieux. De devoir faire semblant de ne pas savoir grimper aux murs, alors que ses murets sont tellement remplis de prises que je pourrais les escalader les yeux fermés… De devoir rester au sol la plupart du temps, parce que vous n’êtes pas un peuple des arbres. De devoir repousser tout le monde, pour qu’on ne s’approche pas trop de moi, et qu’on ne découvre rien. Je ne suis sensée donner ma véritable identité à personne, mais… la vérité, c’est que j’ai besoin d’aide. Alors je vais vous faire confiance. Je peux vous faire confiance, n’est-ce pas ?

Elle écarquilla les yeux d’un air effrayé, avant de couiner :

- Je suis Faëlle.

Pause, le temps de jauger sa réaction et de continuer prudemment.

- Je sais, les oreilles. Disons qu'il y a aussi du sang humain dans ma lignée, ce qui rend les miens un peu différent. C’est pour ça que j’ai été envoyée chez les humains. Je ne sais pas qui vous êtes, mais je doute que vous sachiez quoique ce soit sur les relations entre nos peuples… Il se passe des choses graves, tellement graves. Il est capital que je sois le lien entre nos peuples, pour maintenir la paix. J’ai reçu des lettres de la part de mes contacts humains, il y a peu. Malheureusement, je ne sais lire que le Faël. Je ne peux pas prévenir mon peuple si je ne comprends pas vos runes… Quelle idiotie, d’apprendre à parler à vos roturiers, mais de ne jamais leur apprendre les lettres. Votre langue est pourtant tellement belle…

Elle fit une nouvelle pause, se demandant sérieusement si le noble allait gober la moindre de ses paroles. Mais habituellement, les mensonges les plus gros étaient les plus vite acceptés… Après tout, quitte à mentir, elle aurait choisi une histoire plus crédible, non ? Quelque chose d’aussi étrange ne pouvait qu’être vrai. Et puis, elle avait remarqué depuis longtemps combien les siens aimaient les aventures, les secrets et les légendes… Etre l’héros d’une histoire était un rêve qui tournoyait derrière bien des visages. Pourquoi celui qu’elle avait choisi pour lui faire la lecture serait-il différent ? Elle lui offrait un rôle important dans Gwendalavir, un chemin vers les honneurs.

- Je sais ce que vous vous demandez. Pourquoi vous ? Pourquoi vous ferais-je confiance, à vous, alors que je ne connais même pas votre nom, et que vous pourriez être un ennemi ? Mais je sais que vous n’en êtes pas. Et vous avez l’air… différent. Depuis que je vous ai vu. C’est pour ça que je me suis laissée tomber du mur, je voulais… Enfin… Prenez ça pour un talent Faël, si vous voulez.

Elle avala sa salive.

- M’aiderez-vous à lire ces lettres ? Ne vous inquiétez pas, je vous promets qu’en prendre connaissance ne vous mettra pas en danger. Elles sont en code, les véritables informations cachées sous une histoire anodine d’un père en colère contre sa fille désobéissante, des métaphores concernant le Dessin, et des choses comme ça… Je ne vous demanderai ni votre nom, ni quoique ce soit sur votre personne. Si vous acceptez de lire pour moi, je vous laisserais ensuite partir, ou je partirais, pour être sûre que jamais je ne puisse vous trahir. Vous aurez sauvé mon peuple d’une guerre sans merci, et si je ne connaitrais pas votre nom, sachez que votre personne sera honorée comme il se doit par les miens.

Shawna se tut enfin, la tête baissée, mais ses yeux noisette fixés sur le noble prétentieux. Rôle parfait de la jeune fille qui, après s’être mise dans un danger palpable, attend le verdict d’un air soumis.

[Un peu – bon d’accord, beaucoup – partie dans mon trip, donc si ça ne te plait pas, j’édite =p]


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MessageSujet: Re: Danser, pour ne pas perdre pied [Terminé]   Sam 12 Juin 2010 - 20:47

Faëlle? Quel imbécile! Il aurait du s'en douter. Elle avait la peau noire après tout. Lothan s'en voulait de ne pas avoir fait le lien. Pourtant, il avait subit de nombreuses années d'études, il aurait du le savoir. Surtout ne pas montrer qu'il avait faillit. Ne pas paraître ridicule. Il espérait vraiment que son visage n'avait pas trahit sa surprise.

La suite du discours de l'acrobate fut le théâtre de deux sentiments différents. Tout d'abord, il fut flatté par les compliments de la jeune femme. Elle reconnaissait enfin qu'il était supérieur à elle. Son ascendance Faëlle plaisait aussi au jeune noble. Elle n'était pas qu'une simple paysanne finalement. Certes, Lothan ne connaissait pas grand chose des Faëls. Il ne savait pas si ce peuple possédait chez eux aussi des différences de classes entre personnes. Le jeune homme les gardait en estime car ce peuple était rempli de mystère pour lui. Mais peut-être qu'il se trompait après tout. Ce peuple ne valait peut-être pas plus que les paysans de Gwendalavir, les dépourvus de particules. Après, Lothan changea d'avis. Il sentait le mensonge. Une espionne? Elle n'en avait pas l'air du tout. Le père de Lothan avait parfois engagé des espions pour surveiller certains employés. Le jeune noble en avait croisé certains pendant qu'ils faisaient leur rapport à Monsieur Fil'Peltrow. Cette jeune fille ne ressemblait en rien à ceux qu'il avait rencontré. Non, elle n'était pas assez discrète, pas suffisamment passe-partout. Avec son look et sa façon de parler, on posait forcément ses yeux sur elle. Ce n'était pas le but des espions. Elle mentait c'était évident. Pareil pour sa chute, elle avait bien dit qu'elle ne retenterait pas de monter sur un mur après cet échec. Lothan aurait dit la même chose si jamais il était tombé en plein public: "je l'ai fait exprès".

L'acrobate lui tendit des lettres. Il fallait qu'il les lise car elle ne savait lire que le Faël. Un code? Encore une fois, Lothan avait du mal à y croire. Avait-elle honte de ce qui pouvait être écrit sur les lettres? La Faëlle avait-elle quitté son pays faché envers sa famille? C'était plus logique que cette stupide histoire d'espionnage. Les lettres qu'elle lui tendait devait certainement contenir des reproches. Lothan n'était pas tenté de l'aider. Pourquoi il le ferait? Il n'avait rien à gagner ainsi. Elle ne le payait pas. Elle n'était même pas sympathique envers lui. Elle n'était même pas belle, dans le cas contraire, Lothan aurait tenté de la draguer.

- Pourquoi est-ce que je voudrais t'aider? Je n'ai aucune raison de le faire. Je ne te connais pas et je sens que ton histoire est remplie de mensonge. Une espionne? Tu m'as pris pour un imbécile. J'ai entendu tellement de flatteries de la part de serviteur que je suis rôdé. Les mensonges, je les connais par coeur. Je ne doute pas que tu sois une Faëlle. J'étais même certain que tu l'étais d'ailleurs. Mais je ne trouve aucune raison de t'aider. Je n'y gagne rien après tout.

Lothan regarda autour de lui avant de se fixer une nouvelle fois vers l'acrobate. Il jeta un coup d'oeil sur l'adresse notée sur l'enveloppe. Ce n'était pas très bien écrit. Aucune comparaison possible avec l'écriture fine et bien soignée des nobles.

- Si je suis venu à Al-Poll, c'est pour faire quelques emplettes. J'ai aucune envie de perdre mon temps à lire tes lettres. J'ai perdu suffisamment de temps. Je n'ai pas non plus envie de connaître ton nom, je n'ai pas envie de savoir ce qui est écrit dans tes stupides lettres. Laisse-moi tranquille.


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MessageSujet: Re: Danser, pour ne pas perdre pied [Terminé]   Sam 12 Juin 2010 - 22:46

Les yeux de Shawna se remplirent alors d’une tristesse infinie, ses lèvres penchant délicatement vers le sol, tout comme son menton qui alla se loger dans le creux de son cou. Shawna ne mentait pas seulement avec ses lèvres, mais aussi avec son corps. Elle avait toujours maîtrisé à la perfection son langage corporel ; elle avait appris à connaître ses limites à force de se faire mal, à prendre conscience de sa place à force de danser, à maîtriser les signes à force de jouer des personnages imaginaires, que ce soit pour agrémenter les histoires de Nahemi ou dans les jeux d’enfant qu’elle avait longtemps partagée avec Yeleen, Shëra, Dwelan et Keo. Elle n’avait plus rien de la jeune fille sans peur qui dansait tout à l’heure sur les murs comme si personne ne pouvait la voir, et avait endossé à la place le rôle d’une jeune faëlle honteuse aux soucis bien trop grands pour ses frêles épaules. Ce n’était pas souvent qu’elle se faisait passer pour une autre, à moins que ce ne soit un jeu et que ceux qui l’entouraient sachent qu’elle endossait bel et bien le costume d’un personnage d’histoire, mais la tentation avait été trop grande aujourd’hui. Elle avait trop peu de respect pour le jeune noble pour lui faire l’honneur de lui donner la vérité. Juste lorsque le jeune noble se retourna, attendant la mesure comme si elle était véritablement en train de jouer dans une pièce de théâtre, elle laissa échapper :

- Vous, les humains, ne croyez qu’à ce que vos yeux peuvent vous montrer, et êtes incapables de lire les âmes.

Par cette simple phrase, elle déniait la présence de mensonges dans son discours peu crédible. Mais peut-être l’était-elle de moins en moins ; à force de jouer à être un autre, on finit par se mélanger les pinceaux. C’était tellement dur, d’empêcher son visage de répondre instinctivement, et mesurer chaque réaction. Elle voulait sourire, devenir l’ironie même, ricaner à l’idée que ce jeune naïf ait pu avaler la base de son mensonge. Faëlle. S’il avait avalé ça, il n’y avait aucune raison qu’il ne finisse pas par croire au reste. Il suffisait d’être assez convaincante, et de ne pas reculer. Elle finirait par lui faire accepter les plus grosses inepties, avec le temps. Mais non, en fait ; le jeu commencerait à l’ennuyer bien trop vite, et la vérité finirait par sortir en cascade de sa langue bien trop libre pour mentir bien longtemps. D’ailleurs, elle ferait bien de continuer à parler avant que la cible de son histoire incongrue ne parte trop loin pour l’entendre.

- L’arbre de vie ne vous a pas fait ce cadeau, continua-t-elle pour ajouter un peu de mystère à ses paroles. Peut-être me suis-je trompée à ton sujet… Je ne le pense pas, pourtant. Il y a quelque chose en toi… Une grandeur d’âme. Mais c’est comme… comme si elle était cachée, enfouie au plus profond de toi. Ton âme est capable de pressentir que je dis la vérité, mais tes yeux ont vu des espions, tes yeux voient que je ne leurs ressemble pas, et ils forment des nuages autour de ton cœur…

Encore les flatteries. Ce qui ne lui ferait pas croire davantage à son histoire, mais aurait l’avantage de lui donner envie d’écouter la suite, au moins… Shawna se retourna, moins pour paraître désolée du refus, même si c’était ce qu’elle espérait que le jeune homme penserait, que pour cacher le rire qui lui montait à la gorge. Retournée, il ne verrait pas le sourire qui lui barrait le visage ; mais elle ne pouvait pas s’en empêcher, ces histoires d’âme, de cœur et de nuage était tout simplement trop sucrée pour les oreilles de l’Itinérante. Elle n’avait pas l’habitude de proférer des inepties pareilles, et sa bouche se tordait d’elle-même, comme si elle avait une volonté propre. Pourquoi perdait-elle son temps avec lui, déjà ? Ah, oui. Les lettres. Et puis, c’était un combat de fierté, aussi, pour savoir laquelle de la sienne ou de celle de son interlocuteur était la plus démesurée… Mais ce n’est pas en paroles vides qu’elle le mènerait à lire ses lettres.

- Avez-vous déjà entendu parler des chevaux faëls ? Sous nos chants, ils galopent plus vite que votre meilleur étalon. Aidez-moi, et je vous en ferais parvenir un, puisque vous êtes incapable de rendre un service à un autre sans y gagner quelque chose en retour.

Elle avait commencé à suivre le blondinet, de son pas nettement plus rapide que le sien. Elle avait la démarche d’une danseuse, d’une fille des routes, d’une enfant bohème ; elle pourrait marcher des heures, courir, sauter toute la journée. Lui avait le pas prestigieux des nobles, la démarche lente des fainéants, les mouvements de ceux qui n’ont jamais été entravés par le travail. Heureusement qu’il ne se voyait pas, et ne pouvait pas se comparer à elle, car s’il s’était observé de loin en train de remonter la route, il aurait sûrement eu honte de n’être qu’un limaçon à côté de la crasseuse qu’elle était. Elle attendit. Longtemps, à son avis, que l’adolescent daigne lui adresser à nouveau la parole pour accepter sa proposition. Mais là encore, il lui semblait trop lent, ou alors c’était elle qui était trop impatiente. Plutôt la deuxième solution que la première, en fait ; l’attente n’avait jamais été son fort. Il avait eu le temps de réfléchir à ses paroles et à sa proposition, elle en était sûr, mais en ce qui concernait sa réponse, son cerveau devait encore en être à essayer de lier deux informations le long de synapses récalcitrantes. Les gens cultivés pensaient toujours trop. Elle, elle parlait, simplement, laissant à sa langue la liberté de choisir ses mots, et les regrettait après, rarement, ou faisait avec, plus souvent. Mais sa langue avait été trop longtemps bridée par les mensonges jusque là ; l’attente n’en était que plus insupportable, et Shawna relâcha ses épaules, avant de ne pouvoir s’empêcher de dire de son ton moqueur habituel, coupant de ce fait la parole au jeune homme qui s’apprêtait enfin à répondre :

- Bon, d’accord, tu as raison, j’suis une menteuse et une roturière de rien du tout, j’ai pas de cheval à qui murmurer aux oreilles à t’offrir, j’sais pas grimper aux murs et j’sais pas lire, non plus. Ah, et si Gwendalavir est sur le point de périr sous les flèches Faëlles, je ne suis pas au courant. Par contre, j’ai appris à faire la différence entre la camelote et les marchandises de qualité, à force de voyager avec les convois d’Itinérants, donc si t’es là pour faire tes emplettes, j’peux t’aider à choisir correctement. Tu ne dois pas avoir l’habitude des rues, n’importe quel marchand du coin pourrait te vendre pour un prix exorbitant un poignard à la lame déjà brisée que tu casserais en trois jours même en n’en faisant rien, et tu ne remarquerais pas la supercherie. J’peux t’aider à choisir le meilleur, et même si cela ne fait pas extrêmement longtemps que je suis ici, j’ai déjà repéré quelles boutiques éviter et quels marchands sont honnêtes. Quand on est Itinérant, on apprend à prendre ses repères rapidement où qu’on soit, c’est important. Je peux même me débrouiller pour que tu aies de bons prix, quoique tu n’en aies pas besoin. Je ne pourrais pas les descendre de manière extraordinaire non plus, je suis loin d’être la meilleure au marchandage dans la famille, mais je me débrouille comme je peux. J’t’aiderais le temps que tu finisses tes petites emplettes, et en échange tu me lis ces lettres. Ca te va ?

Echange honnête. Bien sûr, il pouvait y avoir des mensonges des deux côtés. Il pouvait très bien lire ses lettres et inventer des bêtises au milieu, et elle pouvait très bien lui faire acheter de la marchandise de piètre qualité en la faisant passer pour meilleure qu’elle ne l’était. Mais elle s’y connaissait mieux que lui, ça elle en était certaine, et il gagnerait à écouter ses conseils. A l’opposé, elle avait tout intérêt à se faire lire ses lettres, et aurait une idée plus claire de ce qu’elles contenaient s’il lui en faisait la lecture que si elle s’inventait des réponses toute seule… Marché on ne peut plus acceptable, donc, et pour l’un comme pour l’autre. Peut-être même plus pour Lothan, parce qu’un après-midi à supporter les minauderies mièvres de sa caste était véritablement un sacrifice pour elle. Elle ferait mieux de trouver quelqu’un d’autre pour lire ses lettres, en vérité, mais penser qu’elle avait échoué à le mener à accepter de lui rendre un service lui serait hautement désagréable. La satisfaction que cet échange lui apporterait valait bien un après-midi de souffrances morales. Restait à savoir si môssieur le maître du monde serait assez intelligent pour le remarquer, et ne laisserait pas sa fierté démesurée l’empêcher d’accepter ses services, vexé inopinément par ses petits mensonges sans conséquences…


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MessageSujet: Re: Danser, pour ne pas perdre pied [Terminé]   Dim 13 Juin 2010 - 17:21

Lothan avait été troublé par la réaction de l'acrobate. Une grande tristesse. On ne pouvait pas feindre un si grand désespoir. C'était quasiment impossible. Le jeune noble hésita à continuer sa route. Est-ce qu'elle mentait vraiment? Lothan avait beaucoup de doutes désormais. S'il mentait, elle jouait très bien la comédie. Faisait-elle partit de ces personnes qui amusent les passants dans les marchés? C'était possible mais il y avait aussi la possibilité qu'elle dise la vérité. Finalment, Lothan avait tourné les talons et il était partit. Qu'elle dise la vérité ou des mensonges, il s'en moquait. Ce n'était pas son histoire. Il avait autre chose à faire. Qu'elle demande à un autre passant de lire ses lettres. Ils n'étaient pas seuls dans cette rue après tout.

Malgré qu'il s'était éloigné un peu de l'acrobate, il l'entendit parler des chevaux Faëls. Il n'en avait pas entendu parler mais la description que la jeune femme en fit les rendait intéressant. Malgré tout, Lothan ne se retourna pas. L'acrobate avait dit une chose: " sous nos chants". Lothan chantait très mal dans sa propre langue, il était certain que le pauvre cheval n'avancerait pas d'un centimètre si le noble tentait de chanter en Faël. De plus, il avait un superbe cheval noir qu'il l'attendait non loin de là. Son brave Sleipnir. Il était désormais loin de Shawna. Il ne l'entendait plus parler. Elle allait enfin le laisser tranquille. Mais non. Fausse joie. Elle le rattrapa. Mais la proposition qu'elle lui fit changea. Elle avouait enfin qu'elle mentait. Il avait raison, c'était bel et bien une simple roturière. Lothan s'arrêta de marcher.

- Je m'en doutais. Je sais ce que tu te disais: "c'est un stupide noble, il suffira que jele flatte pour qu'il m'aide." Je suis content de t'avoir prouver que je suis plus malin que toi. Cette expérience t'apprendra peut être à respecter les nobles. Ce manque de respect des roturiers vis-à-vis des nobles m'insupportent. Tu mériterais que je ne t'aide pas pour la peine.

C'est sur que c'est ce qu'il aurait aimé faire mais la proposition de la jeune fille était intéressante. Il s'était plusieurs fait avoir par des marchands peu scrupuleux qui lui avaient vendu de la camelote. Bien entendu, la plupart de ses individus s'était sauvé avec leur argent en poche et bien sûr Lothan n'avait jamais récupéré son argent.

- Ta proposition m'intéresse. Je suis certain qu'il existe dans cette ville des marchands qui seraient prêt à tout pour gagner le maximum d'argent. Par contre, il y a une chose que j'aimerais changer. Je n'ai aucune confiance en toi. Tu as tenté plusieurs de me mentir. Tu es du même acabis que certains marchands. Tu aurais bien aimé que je crois à ton histoire de cheval. J'aurais lu ta lettre et tu serais partit sans demander ton reste. Je veux qu'on aille faire mes emplettes avant que je lise tes lettres. Au moins, je serais sûr que tu ne me tromperas pas. Si je suis satisfait de tes conseils, je t'aiderais dans la lecture de tes missives.

Lothan n'était pas du genre à tromper les autres. Quand il promettait quelque chose, il le faisait souvent. Il y avait une exception: le travail. Si le jeune noble promettait de faire une chose qui le fatiguerait, c'était évident qu'il ne le ferait pas. Là, la lecture des lettres ne lui demandait pas d'efforts. Si l'acrobate l'aidait, il lirait les lettres sans rechigner.

- Quel est ton choix? J'attends. Je n'ai pas envie de passer tout mon temps dans cette rue à attendre que tu te décides.


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MessageSujet: Re: Danser, pour ne pas perdre pied [Terminé]   Mar 15 Juin 2010 - 23:39

Shawna explosa de rire, au détriment de Lothan. Ce n’était pas l’un de ses rires de joie pure qui s’échappent du ventre pour courir vers le ciel, mais plutôt de ceux qui tombent sur les gens à l’imprévu, lorsqu’ils voient ou entendent quelque chose de si absurde qu’ils ne peuvent pas s’empêcher de réagir. Que Lothan se considère plus malin qu’elle était déjà une perle ; qu’il se considère malin tout court était le foulard coloré de trop sur sa tête. Elle essaya de calmer son rire, secouant la tête de gauche à droite, sans s’expliquer au noble qui ne comprenait visiblement pas la source de son hilarité. Elle ne dit rien, sachant très bien qu’il ne servirait à rien de lui avouer qu’il ne lui avait rien prouvé du tout, que la seule raison pour laquelle elle n’avait pas réussi à l’embobiner, c’est qu’elle avait arrêter le jeu. C’est elle qui avait avoué son mensonge. Si elle avait continué, elle aurait très bien pu réussir à lui faire croire en tout ce qu’elle voulait. Elle n’avait juste plus eu envie de jouer… S’il pensait qu’il allait lui faire respecter les nobles, il avait tort, mais il n’avait vraiment pas idée à quel point. Elle aussi, le manque de respect des nobles pour les roturiers l’insupportait… Mais il n’y avait rien à y faire, à part en profiter pour les dénigrer, ce dont elle s’acquittait avec grand plaisir.

Elle s’arrêta de rire, mais ne put effacer le sourire moqueur qui se baladait sur son visage. Comment il formulait ça… « des marchands qui seraient prêts à tout pour gagner le maximum d’argent. » C’était tellement hypocrite, de la part d’un noble aux poches bien remplies et à la bourse sans fond, tellement lourde qu’il n’arriverait pas à en resserrer les cordons s’il essayait. Shawna n’aimait pas les escrocs, et ne supportaient pas ces marchands qui vendaient de la camelote à d’honnêtes gens qui avaient besoin de chaque piécette pour vivre. Mais le noble prétentieux ? Qu’il se fasse avoir, peu lui importait. Lui et les riches marchands sans titre ni nom de noblesse étaient taillés dans la même roche, au final. Aujourd’hui, elle aiderait le jeune riche, mais seulement parce qu’elle avait quelque chose à y gagner. L’ironie voulait qu’ils comparent chacun l’autre à ces marchands qu’ils méprisaient chacun pour des raisons différentes. Lothan, parce que les marchands profitaient de sa naïveté, comme Shawna l’avait fait. Shawna, parce qu’ils se mettaient de l’argent plein les poches au détriment des familles de roturiers qui travaillaient toute la semaine pour avoir de quoi manger, et que Lothan avait la même attitude envers ces familles honnêtes…

Lothan n’avait pas confiance en elle, mais la méfiance était réciproque. Il pouvait très bien profiter de ses conseils, puis considérer qu’il les avait payé de sa présence éclairée, et s’en aller sans prendre la peine de lire. Et puis, les nobles étaient tellement difficiles à satisfaire ; il lui dirait qu’elle n’avait pas fait de son mieux, que ce n’était pas d’assez bonne qualité, que les prix étaient encore trop hauts et qu’elle n’avait pas été d’une présence agréable. Eternels insatisfaits, les siens trouvaient toujours des excuses pour se retirer de leurs engagements. Hors de question qu’elle souffre pour rien.

- Et moi, comment je serais sûre que tu ne me tromperas pas, moi ? Ta parole ne vaut rien pour moi.

La situation était bloquée, et ils n’étaient malheureusement pas dans l’une de ces situations où l’échange peut se faire simultanément. Shawna n’avait pas l’habitude de faire la première concession. Mieux vaut tenir que courir. Si elle avait dû choisir un proverbe à graver sur son âme, cela aurait été celui là, sûrement. Mais elle savait ce qu’elle voulait. Elle savait comment être sûre d’avoir ce qu’elle voulait sans se faire trahir impunément. Alors elle lui lança, nouveau marchandage :

- J’ai deux lettres. Tu en lis une maintenant, une plus tard.

Elle lui en tendit une, l’autre toujours dans sa poche, espérant qu’elle anticipait correctement ce qu’il devrait faire, et ne surestimait pas son intelligence. Ce serait bien dommage. Puis, alors que ses yeux étaient fixés sur la lettre qu’elle lui tendait, elle dénoua la bourse qui pendait à sa ceinture, et recula d’un pas.

- C’est moi qui fais les achats, il parait ? Alors je garde ça.

Elle fourra la bourse dans l’une de ses poches.

- Leçon numéro un. Montrer combien tu as, c’est mauvais pour le commerce. Tu me diras ce que tu veux et puis tu reculeras, je n’arriverais jamais à avoir des prix corrects avec quelqu’un d’aussi bien habillé à mes côtés. Ne t’inquiète pas, tu pourras recompter tes pièces, je ne te volerais rien… Je te rendrais tout, après tes achats. Une fois que tu auras lu la deuxième lettre.

Et elle commença à marcher de son pas rapide vers une rue plus agitée.

- Alors, tu viens ? Je croyais que tu en avais marre d’attendre.


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MessageSujet: Re: Danser, pour ne pas perdre pied [Terminé]   Dim 20 Juin 2010 - 0:24

Il s'était fait avoir. Elle lui avait tendu la lettre et par réflexe, il avait baissé les yeux dessus pour la regarder. Elle lui avait prit son argent. Lothan s'était attendu à la voir se sauver avec un grand sourire aux lèvres, contente de sa prouesse. Pourtant, elle était restée là. Elle n'était pas une voleuse alors? Pouvait-il avoir confiance en cette roturière qui lui donnait de plus en plus envie de fuir? Bon maintenant qu'elle avait sa bourse, il ne pouvait plus tourner les talons. Il était bien obligé de la lire. Elle ne lui avait même pas laissé le temps de respirer, elle était déjà partit. Et sa lettre alors? Elle ne voulait plus savoir ce qu'elle contenait? Vraiment bizarre cette fille. Lothan commençait vraiment à regretter son choix de faire des emplettes à Al-Poll. Il aurait peut-être mieux fait de rester à l'académie. Un après-midi avec cette furie, c'était à vous dégouter de sécher les cours barbants proposés par l'académie. Les enseignants devraient pensés à embaucher la roturière, Lothan était certain qu'il y aurait beaucoup moins d'absentéisme après cela.

Son pas était rapide. Lothan avait du mal à la suivre. De plus, la rue était bondée, le jeune noble devait zizgaguer pour se frayer un chemin. Il était presque en train de courir pour suivre l'acrobate. Elle s'arrêta enfin. Lothan l'imita et il reprit son souffle.

- Ralentit ton pas. Je n'arrive pas à suivre.

Il regarda la roturière et il comprit que c'était maintenant qu'il devait lire la lettre. Elle n'avait pas eu besoin d'ouvrir la bouche. Ses yeux avaient parlé pour elle. Lothan prit la lettre qu'il avait rangé dans une poche pour ne pas la perdre. Il la déplia. C'était mal écrit. Le jeune noble n'avait vraiment pas l'habitude de lire de tel brouillon. Les écrits qu'il avait lu était pour la plupart écrit par des nobles ou des érudits. L'écriture était toujours fine et très lisible. Le torchon que Lothan tenait dans les mains ne méritait même pas d'avoir été écrit. La personne qui a écrit ferait mieux de dire qu'elle ne savait pas écrire, au moins le jeune noble n'aurait pas été obligé de plisser les yeux pour savoir ce qui était noté sur le bout de parchemin.

- Bon sang, la personne qui t'a envoyé ça devrait écrire plus proprement, ça serait plus lisible au moins.

Lothan se racla la gorge. Chose totalement inutile pour une si courte lettre mais le jeune noble aimait se donner des airs des grands de ce monde.

- Mademoiselle la tête de mule,

Ne crois-tu pas que ton caprice a assez duré ? Père ne te l’avouera pas, mais il se languit de toi. Chaque jour j’écoute ses soupirs résignés et je supporte ses regards en biais vers le bout de la rue. Tu peux déjà imaginer l’état dans lequel l’a mis le départ de Mère. Par pitié pour ma frêle personne, n’empire pas sa condition en lui donnant une autre raison de guetter le chemin, je t’en supplie. Tu as gagné, alors rentre à la maison, veux-tu ? Je commence à me lasser de vos histoires de pacotilles.

L’amie des mules, même si, parfois, elle se demande si elle ne ferait pas mieux d’aller voir dans le pré d’â côté (la chatte des voisins a eu des chatons vraiment très, très mignons, au passage, et j'essaie de convaincre Père de nous laisser en prendre un... Mais je suis irrécupérable, je m’étais promis de ne pas te donner de nouvelles et de te faire souffrir par mes silences pour ta vile attitude, donc, sur ce !)


Bon apparemment, c'était sa soeur qui avait envoyé cette lettre. Elle ne signait même pas, c'était étrange. En tout cas, Lothan savait maintenant que l'acrobate avait quitté le foyer familial contre l'avis de ses parents, enfin surtout de son père. Le jeune noble toussa pour dissimuler le début d'un fou rire. Une roturière qui allait perdre le peu d'héritage de son père. Elle était encore bien moins lotîe que Lothan ne se l'imaginait.

Finalement, Lothan se rendit compte du comique de la situation. Ils étaient tous les deux le parfait opposé. Un noble qui avait été chassé contre son gré par son père du foyer familial et une roturière qui s'était enfuit contre l'avis de son père du foyer familial. Surprenant qu'ils se soient croisés.

- Bien, maintenant que je t'ai lu ta lettre, on peut passer à mes achats.

Lothan se mit à réfléchir sur ce qu'il avait besoin. A chaque fois que le jeune noble faisait des emplettes, il se faisait toujours une liste dans sa tête pour savoir ce qu'il devait acheter. Le jeune homme était de ceux qui craquait sur beaucoup de choses alors qu'il n'en avait pas l'utilité. Grâce à sa liste, il se forçait de ne pas assouvir ses pulsions d'achats. En temps normal, il ne revenait qu'avec les objets prévus. Parfois, il craquait tout de même.

"Une belle selle pour Sleipnir, une cape de voyage, des gants et des bottes"

Il espérait que l'acrobate fugueuse allait pouvoir le guider. Bien, il était temps de lui donner le début de sa liste.

- J'ai besoin, ou plutot mon cheval a besoin d'une nouvelle selle. Mais attention, je ne veux pas de celles qu'on trouve sur le dos de chevaux des pauvres soldats de l'empereur. Je veux une selle haut de gamme. Une selle que l'empereur pourrait acheter pour son destrier.


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MessageSujet: Re: Danser, pour ne pas perdre pied [Terminé]   Dim 20 Juin 2010 - 14:00

Shawna leva les yeux au ciel aux complaintes du noble. Les nobles écrivaient peut-être mieux, et les lettres de Yeleen étaient peut-être un peu trop serrées au goût de ses professeurs, mais elle était la seule dans la famille a avoir actuellement voulu apprendre à écrire. La seule qui appréciait les nobles et leur code étrange des convenances. La seule un tant soit peu culturée dans les arts de cette classe sociale, elle qui avait appris à lire et écrire, à danser comme une noble dame au lieu d’apprendre les gestes beaucoup plus amples et joyeux des danses des roturiers, la seule à avoir préféré la harpe au luth. Si le jeune homme commençait à se plaindre maintenant, elle n’imaginait pas ce que ce serait lorsqu’il arriverait à l’écriture brouillonne et ratatinée de son père. Il n’arriverait jamais à lire, surtout que la deuxième lettre était plus longue…

Shawna était déçue. Elle avait cru, en tendant la lettre de sa sœur, que le noble lui dirait que c’était à lui de choisir quelle lettre lire d’abord, et lui demanderait l’autre. Elle aurait rouspété pour la forme, mais c’était ce qu’elle voulait ; la lettre encore dans sa poche était celle qui était véritablement importante, et le fait que le blondinet n’avait pas protesté lorsqu’elle avait tendu la première lettre la frustrait quelque peu. Elle l’avait cru un peu plus fier que ça, ou un peu plus intelligent, peut-être. Un sens de la contradiction plus grand. Mais il n’était pas si méchant que ça… Et bien, tant pis pour elle. Ca l’apprendrait à essayer de lire les gens. Et puis, au fond, c’était peut-être mieux ainsi. Elle voulait savoir ce que son père avait à dire, mais elle n’était pas certaine d’y être prête… Commencer doucement, avec les mots ironiques de sa sœur, valait peut-être mieux.

Elle sourit en entendant les premiers mots. Tête de mule. Elle commençait fort. Elle pouvait toujours compter sur Yeleen pour utiliser hyperboles et périphrases, exagérant tout à l’extrême… Il se languit de toi. En plissant les yeux, elle pouvait presque voir Yeleen sourire en écrivant ce morceau de phrase bien tourné qu’elle avait sûrement lu dans l’un des romans empruntés aux Kil’ Wen ; Shawna avait le faible souvenir d’un vieil homme droit et grand portant son âge comme on porte un manteau de pourpre, des cheveux blancs sur les tempes et un nez d’aigle au milieu du visage, et des yeux bleus, aussi, emplis de tristesse, mais le souvenir était lointain, flou, et parfois ses traits disparaissaient et elle ne savait plus si ce visage avait été réel ou sorti tout droit de son imagination. Il avait été là à la mort de sa grand-mère, elle le savait, mais peut-être avait-elle inventé sa silhouette à partir de ce que son père lui avait raconté de ce jour là… Yeleen, elle, ne pouvait pas se souvenir, avait été trop jeune à l’époque. Shawna savait que Kael gardait un faible contact avec son père ; ils ne discutaient pas, ne se voyaient pas, n’étaient pas sensés exister l’un pour l’autre, mais il arrivait que Kael lui demande un livre pour Yeleen, une recommandation pour que Shawna puisse entrer dans une Académie, un métier à tisser pour Nahemi, et Sir Kil’ Wen, en silence, agissait. Pour Shawna, plus qu’un visage flou, son grand-père était une main dans le noir, une main silencieuse qui venait parfois se poser un instant sur leurs épaules, mais ne restait jamais, ne leurs laissant que le souvenir d’un contact lointain.

En tout cas, quoique Shawna puisse penser de ce vieil homme qui n’avait pas eu la force de rester avec sa grand-mère et de légitimer son fils, c’était grâce à lui que Yeleen avait appris à lire et s’amusait autant avec les mots. Et Shawna ne pouvait pas s’empêcher de sourire en l’entendant rire derrière ses phrases trop travaillées… Yeleen ne pouvait rien dire simplement. Elle aurait pu dire que son père était triste, mais non, elle décrivait des regards inexistants et des soupirs chimériques. La petite dernière vivait toujours dans ses rêves et dans ses histoires merveilleuses… Elle pouvait entendre sa voix, derrière celle bien différente du jeune noble. Celui-ci n’avait ni sa voix ni ses intonations théâtrales, mais Shawna s’en moquait quelque peu. Elle avait voulu qu’il lui fasse la lecture, c’est ce qu’il faisait, et sa fierté l’empêchait de le faire mal, alors ça suffirait.

« L’amie des mules » finit enfin par se taire, et Shawna tendit la main pour reprendre sa lettre et la ranger aux côtés du dessin de Nahemi. Elle fut reconnaissante au jeune homme de ne pas dire ce qu’il avait pensé des mots qu’il avait lu, et de ne la juger que dans sa tête. Elle n’avait aucune envie qu’il se mêle de ses affaires, et appréciait qu’il fasse preuve de discrétion, ce à quoi elle ne s’était pas attendue… Mais il se moquait sûrement bien de ses affaires ridicules de petite roturière, et comme lui, elle passa directement à ses affaires sans faire de commentaires.

- L’Empereur ne fait pas ses emplettes à Al Poll. Les meilleurs chevaux sont élevés dans les Plateaux de l’Est, et c’est là que ce fait le meilleur matériel… Heureusement pour toi, les Itinérants aident à apporter les marchandises un peu partout dans l’Empire, pour qu’on puisse en trouver à Al Poll aussi. Tu sais, sans nous, tu ne pourrais sûrement pas t’habiller aussi bien, ou alors, il te faudrait faire des voyages jusqu’à Al Jeit à travers les dangereux plateaux d’Astariul pour te procurer quoique ce soit…

Quitte à perdre son après-midi avec lui, autant essayer de lui faire détester les Itinérants un peu moins. Elle doutait d’y réussir, mais elle ne pouvait pas s’empêcher de défendre les siens, et de voir mépriser leur travail par des gens comme lui. Elle l’obligea à la suivre, l’attendant de temps en temps puisqu’il n’était visiblement pas aussi doué qu’elle pour se frayer un chemin entre les passants. Il devait avoir l’habitude de passer en calèche et de voir tout le monde s’écarter sur son passage… Et bien, à pieds dans la rue marchande, ce n’était pas ainsi que cela fonctionnait. Elle finit par entrer dans une sellerie peu éclairée ; des selles étaient posées sur des barres tout le long du mur à leur gauche, accompagnées de tapis de selle, et à leur droit, des licols côtoyaient des filets dans un joyeux mélange désordonné. L’endroit n’était pas des plus organisés, mais il avait l’avantage d’être propre, et Shawna savait que le marchand d’ici était prudent avec ses marchandises. C’était plus que ce que d’autres faisaient.

- Bonjour !

Son cri joyeux s’adressait à un homme d’âge moyen, à l’attitude modeste et concentrée, debout derrière un bureau qui leur faisait face. Elle se tourna ensuite vers le jeune noble :

- Ton cheval fait quelle taille ? T’as le choix entre brun et noir, comme couleur. Mm… Pas ce type là, c’est pas confortable. Le cuir de celle-là a été mal découpé… Trop lourde… Ah, voilà.

Elle finit par diriger l’ignare vers plusieurs modèles, et ce ne fut pas un hasard si l’une d’entre elle avait été fabriquée par la famille de son demi-cousin, qui tenait un ranch près d’Al Jeit… Tant qu’à faire, autant que le noble rapporte de l’argent à sa famille plutôt qu’à des inconnus. Elle lui expliqua à voix haute comment elle avait choisi ces selles là, et bientôt le marchand se joignit à eux, la détrompant sur un point, renchérissant sur un autre de ses choix. Si le noble était entré seul dans la sellerie, Shawna doutait que le marchand se serait donné tant de mal pour parler, alors qu’il avait l’air d’être quelqu’un d’assez réservé. Il aurait sûrement obéit en silence aux ordres du jeune homme, lui montrant les selles les plus belles et les plus impressionnantes, sans prendre le temps de lui dire laquelle lui aurait acheté… Le choix de Shawna se posait sur une selle simple, mais de bonne qualité, mais elle se doutait que le cavalier choisirait une selle un peu plus… voyante. Peu importait, ce n’était pas elle qui monterait dessus. Elle attendait simplement qu’il fasse son choix pour pouvoir marchander avec l’homme, se débrouillant pour avoir un prix respectable sans pour autant voler l’honnête roturier qui les aidait si complaisamment.


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MessageSujet: Re: Danser, pour ne pas perdre pied [Terminé]   Dim 20 Juin 2010 - 15:58

L'acrobate conduisit Lothan dans un magasin miteux très sombre. Elle espérait trouver une selle digne de ce nom dans ce taudis? Le noble était certain qu'il n'allait pas trouver son bonheur dans cette échoppe. Il entra tout de même. C'était surtout pour ne pas perdre son argent de vue. Quand il entra, il se rendit que finalement, les produits proposés n'étaient pas si mal. Il n'avait pas de dorures mais c'était pas si mal. Il prit son temps avant de choisir. La fugueuse lui montrait quelques selles mais elles ne le tentait pas. Le cuir était trop sobre. Il préfèrait celles qui étaient travaillées.

- Mon cheval est un Frison de 4 ans. Sa robe est noir et il mesure 1m60, dit-il à l'attention de l'acrobate et du vendeur.

Il en trouva son bonheur finalement. Une selle noire avec de superbes signes.

- Je prendrais celle-ci et vous me mettrez un truc comme ça et comme ça en harmonie avec les signes de la selle, dit-il en désignant les filets et les licols.

Maintenant, c'était à la roturière de faire son boulot. Lothan n'était pas doué pour marchander. Son père était très doué dans cet art. Il négociait tellement de choses pour son empire commercial qu'il devait toujours avoir les meilleurs prix pour gagner le plus d'argent possible.

Le prix indiqué convenait déjà à Lothan, il avait suffisamment d'argent dans sa bourse pour payer le tout et en garder pour le reste des emplettes. Il se garda bien de le dire. L'acrobate était là pour avoir le meilleur prix possible. Personne ne crachait sur une économie, même de quelques pièces. Il attendait dans son coin, gardant une oreille attentive vers la fugueuse. Finalement, elle réussit à tirer une petite réduction. Ils sortirent tout deux de l'échoppe.

- J'ai aussi besoin d'une cape de voyage. La mienne est un peu abîmée et je n'aime pas les choses rapiécées.

Pendant qu'ils se dirigeaient vers un nouveau magasin, Lothan repensait à la lettre qu'il avait déjà lu. Si la deuxième était dans le même genre, il allait avoir du mal à ne pas rire. L'acrobate se montrait aussi hautaine qu'une noble pourtant elle était vraiment plus bas que les roturiers. Si elle finissait reniée par son père, elle allait finir mendiante. Elle apprendrait peut-être le respect d'ailleurs. Enfin, en ce moment, elle était loin d'être une mendiante avec la bourse pleine d'or qu'elle avait à sa ceinture. Sa bourse. Lothan aurait aimé la lui reprendre de force. A oublier, la force, c'était vraiment pas le truc de Lothan.

La fugueuse marchait toujours aussi vite. Le noble s'essouflait derrière elle. Il n'avait pas le droit de la perdre de vue, elle avait son argent. Si sa bourse était toujours à sa ceinture, il aurait tourné les talons et il aurait laissé tomber l'acrobate. De plus, maintenant, il portait la selle, le filet et le licol de Sleipnir. Autant dire qu'il souffrait beaucoup à suivre l'itinérante. On ne faisait pas courir un Fil'Peltrow, c'était eux qui faisait courir les autres généralement. Où était sa bonne vieille Al-Vor? Où étaient toutes ses personnes qui auraient tout fait pour porter les emplettes de Lothan à sa place, juste pour bien se faire voir auprès du père du jeune noble? Maudit Al-Poll et maudite académie de Merwyn!


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MessageSujet: Re: Danser, pour ne pas perdre pied [Terminé]   Dim 20 Juin 2010 - 18:29

Un « truc comme ça. »

Franchement, les nobles n’apprenaient-ils vraiment rien ? A quoi servait-il de savoir lire et écrire, savoir monter avec prestance et avoir un cheval de race, lorsqu’on n’était même pas capable de nommer l’équipement ? Les contradictions de la haute classe resteraient toujours un mystère pour elle. Shawna choisit un filet de bonne qualité, demandant son avis au marchand qui était tout de même le professionnel ici, puis prit un licol noir et donna le tout au noble. Alors qu’elle payait, elle remarqua le regard étonné du marchand ; habituellement, les nobles venaient marchander et un servant les accompagnait pour porter leurs affaires, et à les regarder tous les deux, le noble portant la lourde selle et elle se promenant avec la bourse à la ceinture, il y avait de quoi se poser des questions… Avant de partir, alors qu’il l’attendait devant la porte, elle se pencha vers le marchand pour lui glisser à l’oreille :

- Et oui. Si seulement on pouvait utiliser les nobles comme porte-bagages plus souvent…

L’homme garda son sourire en coin longtemps après qu’ils soient partis. Shawna finit par avoir pitié du jeune homme et ralentit le pas, malgré le fait qu’elle ne tenait pas en place et qu’elle détestait attendre. Elle ne proposa pas de déposer les affaires de l’arrogant quelque part, pourtant. Qu’il apprenne à porter ses propres affaires, ça lui ferait du bien. Lorsqu’il lui donna un indice quant à leur prochaine destination, elle lui lança, joueuse :

- Donne-moi ta cape rapiécée, alors, je suis sûre que je trouverais quelqu’un incapable d’en acheter qui sera heureux de la porter.

Elle n’y croyait pas, voulait simplement voir sa réaction. Voir s’il était vrai que les nobles gardaient des choses qu’ils n’aimaient plus simplement pour que d’autres ne les aient pas… Elle lui trouva une chaude cape de voyage, utile dans le nord là où passer une nuit dehors sans le bon équipement laissait les imprudents gelés au matin. Les échoppes de tissu étaient nombreuses, mais celles qui faisaient des capes bien décorées pour les nobles beaucoup plus rares. Shawna finit par s’arrêter dans une boutique qui vendait des capes faites par les Ril’ Enflazio. L’amoureux du superficiel avait ici un large panel de choix, que ce soit en couleurs ou en broderies… Des signes cousus en fil d’or, des tissus aux teintes irréels… Shawna se prit au jeu et s’acheta un bandeau rouge foncé, beaucoup plus simple que tout ce que pourrait choisir le noble, mais dans les couleurs vives qu’elle aimait tant. En croisant le regard de celui qu’elle accompagnait alors qu’elle s’apprêtait à payer, elle vit sa méfiance, et la balaya d’une phrase.

- T’inquiète pas, je paie avec ma bourse et ne toucherait pas à une seule de tes pièces d’or. Je ne suis pas une voleuse.

Quoique beaucoup de monde semble le penser en ce moment, ajouta-t-elle mentalement en repensant à son escapade à l’Académie de Merwyn. Elle retira les foulards sur sa tête et les fourra dans son sac de toile, mit son bandeau tout neuf, puis changea d’avis au bout de cinq minutes lorsqu’il commença à la serrer à lui donner mal à la tête, et s’en servit à la place pour attacher ses cheveux en queue de cheval, même si ce n’était pas fait pour. Puis, regardant le pauvre noble en sueur qui commençait visiblement à avoir mal aux bras à force de porter la selle, elle soupira et la lui arracha des bras, lui laissant la cape, le licol et le filet, ce qui était tout de même beaucoup plus léger. Ils finirent les emplettes du noble ainsi, trouvant bottes et gants à son goût, sans se poser de questions ni tenter de nouer la conversation, ce qui lui allait parfaitement. Puis ils commencèrent à marcher vers l’endroit où il avait laissé son cheval, et Shawna tendit sa bourse à son propriétaire pour la lui rendre. Celui-ci tendit la main, mais n’eut jamais le temps de l’attraper. Le rire d’un petit garçon fila en même temps que la bourse maintenant entre ses doigts graciles. Shawna jura.

- Saleté de môme !

Elle ne réfléchit pas plus longtemps. Elle laissa la selle tomber au sol sans se préoccuper de l’abimer, ne perdit pas de temps à continuer à hurler et se mit à courir après le chapardeur. Peu importait que ce n’était pas sa bourse, que le noble en avait moins besoin que l’enfant, ou que celui-ci ne lui avait rien demandé. Premièrement, il allait sûrement refuser de lui lire sa lettre s’il partait sans sa bourse, et il était hors de question qu’elle parte bredouille alors que ce n’était pas sa faute. Deuxièmement, parce que besoin ou non, dans le juste ou non, Shawna n’aimait pas les voleurs. Le petit n’avait qu’à aider sa mère et proposer ses services pour surveiller les chevaux des passants, jouer de la musique ou faire briller les bottes des aristocrates si ça lui chantait ; tout le monde devait travailler pour survivre ici, et il était hors de question qu’il prenne une voie facile. Le noble n’était pas devenu riche en une nuit, pas à ce qu’elle en savait. Si Shawna trouvait les parents du gamin, elle ne se gênerait pas pour leur dire ce qu’elle pensait d’apprendre à leurs enfants à chaparder. Troisièmement, son dégoût envers les chapardeurs qui profitaient du travail des autres avaient récemment été décuplé par le fait qu'elle avait été traitée comme l'un d'entre eux deux fois depuis qu'elle était arrivée à Al Poll, ce qui l'agaçait profondément. Et, dernièrement, si voleurs il doit y avoir, on ne vole pas Shawna. On ne vole pas quelque chose sous son nez, à elle, alors qu’elle tenait l’objet dans ses mains. Voler le prétentieux qui l’accompagnait, pourquoi pas. Mais elle ? Inconcevable. Le petit allait regretter de l’avoir agacée, il n’avait pas idée à quel point…

Elle ne savait pas si le propriétaire de la bourse la suivait ; de toute façon, il était trop lent pour lui être bien utile et arriverait sûrement bien après la bataille. Ce fichu môme courait vite, non du Dragon ! Il fut bientôt rejoint par une fillette qui lui lança un grand sourire en sortant d’une rue contingente, avant de le perdre en le voyant passer comme un boulet devant elle, et de voir qu’il était poursuivi. Elle se jeta sur ses traces, et Shawna continua à leur courir après. Ils allaient vite, mais ils finiraient par fatiguer, et si l’Itinérante avait un avantage de son côté, c’était celui d’être endurante. Passer ses journées à voyager avait au moins ça de bien. Par contre, l’enfant connaissait bien la ville, et se débrouillait pour la faire passer par tous les chemins glissants, étroits ou remplis de passants entre lesquels se frayer qu’il pouvait trouver. Shawna tint bon. En se retournant, le petit garçon prit un air terrifié en voyant qu’elle était encore là. Ou peut-être était-ce à cause de la tête que faisait Shawna, elle n’était pas très belle à voir lorsqu’elle était en colère… La fillette avait disparu il y avait déjà un moment, prenant un autre chemin, mais elle n’avait pas remarqué. Finalement, elle rattrapa l’enfant et l’attrapa par le col, l’empêchant d’aller plus loin.

- Non, non, si vous plait, si vous plait, ne me frappez paaaaaas ! J’ai rien fait d’mal, promis, j’le ferais plus, j’suis désolé, laissez-moi partir, mamaaan !
- Toi, tu te calmes ou ça va mal finir. Rends-moi la bourse.

L’enfant leva les yeux vers elle, des yeux plein de fausse innocence, et demanda, comme s’il ne savait pas :

- Quelle bourse, m’dame ?

Shawna l’attrapa brutalement. Il commença à geindre, mais ne le lâcha pas. Un couteau, une pomme, trois bagues, un bracelet… et pas de bourse.

- Où est-ce que tu l’as mis, moustique ?

Il continua à faire comme s’il ne savait pas, mais face au regard brûlant de Shawna, il finit par cracher le morceau. Shawna jura en entendant qu’il l’avait passé à la fillette, et lâcha l’enfant, qui après cela n’osa même pas s’enfuir.

- Que je ne t’attrape plus en train de voler quoique ce soit, c’est compris ? Je t’ai à l’œil.

Elle se fit un cercle sur le front, signe superstitieux qui faisait peur à quelques roturiers trop crédibles. Il fit oui de la tête d’un air effrayé, et repartit sans demander son reste. Shawna soupira, et fit demi-tour. Qu’est-ce qu’elle allait faire, maintenant ? Le noble n’aurait que des insultes pour elle à son retour, elle en était sûre. « Si tu n’avais pas pris ma bourse personne n’aurait pu la voler, » « comment as-tu pu ne pas voir qu’il l’avait passé à la fillette, c’était évident, » « je savais que je ne pouvais pas faire confiance à une roturière » et autres âneries de ce genre. Peu importait. Elle ne l’écouterait pas se plaindre, de toute façon, elle avait autre chose à faire. Elle faisait demi-tour, parce qu’elle avait lâché son sac en même temps que la selle et qu’elle en avait besoin, c’est tout. Mais arrivée à l’endroit où le larcin avait été commis, une surprise l'attendait ; elle remarqua son bourreau en s'approchant… tenant fermement la fillette complice par le poignet et sa bourse de l’autre main. Shawna leva les sourcils sans faire de commentaire, vexée inutilement.

- Mph.

Elle ramassa son sac brutalement, essayant de retrouver sa respiration tout en évitant le regard du noble. Sa fierté et son air de supériorité, il pouvait se les ravaler...


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MessageSujet: Re: Danser, pour ne pas perdre pied [Terminé]   Dim 20 Juin 2010 - 20:53

- Ma cape de voyage? Regarde moi, tu vois bien que je ne l'ai pas sur moi. Elle est à l'académie, rangée dans mes affaires.

Pourquoi l'aurait-il donné à une inconnue d'ailleurs? A un domestique qui l'accompagnait en voyage pourquoi pas, mais à une inconnue jamais.

Ce fut dans une belle boutique que l'acrobate conduisit le noble par la suite. Enfin, Lothan poussa un soupir. Là au moins, il était certain de trouver des vêtements dignes de son rang. Le magasin était grand et bien décoré. Les produits étaient luxueux. Lothan fouilla parmi les habits. Il y avait un très grand choix. Il n'avait pas besoin des conseils de la roturière. Pour se vêtir, il savait ce qui était de la qualité et ce qui ne l'était pas. Il se trouva sans difficulté une cape de voyage à sa taille de couleur bordeaux. Elle était chaude. Au moins, il n'aurait pas froid pour voyager sur le dos de Sleipnir. Il prit également une paire de gants noirs. Solides pour ne pas qu'ils s'abiment quand il tiendrait les rênes de son cheval tout en restant élégants. Au moment de payer, Lothan vit que Shawna avait prit elle aussi un article dans le magasin. Elle allait utiliser son argent. Voilà pourquoi elle avait fait main basse sur sa bourse. Il lui jeta un regard noir.

- T’inquiète pas, je paie avec ma bourse et ne toucherait pas à une seule de tes pièces d’or. Je ne suis pas une voleuse.

Pas une voleuse? Lothan était pourtant sûr du contraire. Il surveilla donc attentivement ses pièces. En effet, l'acrobate paya avec sa propre monnaie. Se trompait-il vraiment sur le compte de la roturière?

Ils sortirent de la boutique. Les emplettes de Lothan étaient terminées. La fugueuse lui tendit sa bourse. Mais, avant que le jeune noble n'ait pu mettre la main sur son or, un gamin s'en empara et il disparut. Lothan n'avait pas pu faire grand chose, le voleur avait été trop rapide. L'itinérante lâcha tout ce qu'elle tenait entre ses mains et elle couru à la suite du gamin. Etaient-ils complices? Lothan ne la suivit pas. Il n'était pas assez rapide. Il vit alors à terre un sac qui ne lui appartenait pas. Celui de l'acrobate. Elle allait donc revenir. C'était donc pour l'aider qu'elle avait coursé le voleur? Lothan n'arrivait pas le croire. Finalement, cette roturière n'était peut-être pas une si mauvaise fille. Il décida de l'attendre en observant avec attention chaque personne qui revenait de la rue prise par les deux fuyards. Sa surprise fut grande quand il vit une fillette qui revenait au pas de course avec dans ses mains une bourse pleine. Sa bourse. Il en était certain. Il la reconnaissait. La jeune voleuse ne regardait pas vraiment les autres, c'est derrière elle que son attention était centrée. Lothan se mit alors sur son chemin et il la percuta. Il attapa son argent.

- Sale voleuse! Ceci m'appartient.

La fillette s'éloignait pour ne pas subir les remontrances du jeune noble.

- Oh là! Ne crois pas que tu vas t'en tirer comme cela, dit-il en attapant le poignet de la voleuse. J'ai besoin de toi. Restes un peu près de moi. On attends quelqu'un.

La fillette tenta bien de s'échapper mais Lothan la maintenait fermement. L'acrobate revint finalement. Bredouille, puisque Lothan avait récupéré son bien. Elle était vexée. Ca se voyait comme le nez au milieu de la figure. Lothan éclata de rire.

- Tu te vantais de connaitre tous les secrets des filous mais tu t'es fait avoir par deux jeunes enfants. Heureusement que tu n'es pas une voleuse, sinon tu aurais beaucoup de choses à apprendre auprès de cette jeune fille.

Il lâcha le poignet de la voleuse et il désigna les emplettes qu'il venait de faire.

- Ramasse-moi tout ça et marche devant moi. Tu les portes jusqu'à mon cheval et tu pourras filer.

Sur le chemin qui conduisait à Sleipnir, Lothan riait encore de voir la fugueuse si en colère de s'être fait avoir. Quand ils arrivèrent au destrier noir, la fillette déposa les affaires qui encombraient ses bras et elle disparu dans la foule. Lothan sortit une pièce de sa bourse et il la lança au jeune garçon qui avait surveiller son cheval. Il fixa solidement ses emplettes sur le dos de sa monture.

- Je te remercie pour ton aide. J'ai pu économiser quelques pièces grâce à toi. Même si tu as faillis me faire perdre l'intégralité de ma bourse.

Nouvel éclat de rire qu'il calma assez rapidement.

- Allez, donne moi ta seconde lettre que je te lise ce qu'on t'a écrit.


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MessageSujet: Re: Danser, pour ne pas perdre pied [Terminé]   Lun 21 Juin 2010 - 12:42

Shawna était profondément vexée. Alors qu’ils avançaient vers la monture du noble, elle rumina ses pensées, grommelant entre ses dents des mots incompréhensibles et serrant les poings à intervalles réguliers. Saleté de noble. C’est elle qui courrait après son voleur, lui, il restait planté là comme si le monde lui appartenait, qu’il pouvait récupéré sa bourse sans lever le petit doigt, et au lieu de lui donner une leçon, le hasard lui donnait raison. Saleté, saleté, saleté de monde injuste. Elle se fatiguait pour lui, et la fillette lui sautait dans les bras pour lui rendre sa bourse sans qu’il ne fasse le moindre effort. Et ça le faisait rire, en plus. Et puis quand est-ce qu’elle s’était vantée de connaître les secrets des filous, d’abord, hein ? Jamais. Elle avait dit connaître les marchands et les itinérants. Et puis elle l’avait rattrapé, le petit bonhomme, d’abord. S’il n’y avait pas eu la fillette, elle aurait ramené la bourse. Au moins, cela ferait un voleur de moins dans les rues d’Al Poll, il ne risquait pas de recommencer de si tôt avec la peur qu’il avait eu. Elle n’avait rien à apprendre de cette jeune fille. Shawna faillit lui rappeler qu’elle avait eu sa bourse à la ceinture toute la journée et qu’elle aurait très bien pu partir avec quand elle voulait sans qu’il n’y puisse rien, mais se mordit la langue et continua à l’ignorer. La lettre, pense à la lettre, laisse-lui au moins quelques minutes pour se pâmer dans sa gloire illusoire… Il allait le regretter, quand elle n’aurait plus besoin de lui. Il ravalerait ses paroles bien plus vite qu’il ne les lâchait maintenant. Oh que oui, il le regretterait amèrement…

Calme.

Elle tapa du pied d’un air énervé en voyant que la fillette lui obéissait au lieu de filer avec les affaires les moins lourdes du noble. Cela aurait été tellement drôle. Et Shawna ne se serait pas bougée pour lui, cette fois ci… Les remerciements du jeune homme tombèrent comme un cheveu sur la soupe après les pensées tumultueuses qui tournaient dans la tête de Shawna. Il pouvait se les garder, ses remerciements vides de sens. Ils ne valaient rien pour lui, juste quelques mots en l’air qu’il pouvait se permettre après l’avoir humiliée ainsi. Shawna lui jeta un regard noir, avant de tendre la lettre sans un mot. Elle prit une longue respiration le temps que le petit chanceux déplie le parchemin, essayant de l’oublier. C’était les mots de son père qu’il allait lire, à présent. Des mots plein de hargne et de colère, d’ordres d’aller à l’Académie, ou de rentrer, peut-être. Des mots déçus de son comportement, des mots durs, et puis des mots indifférents. Mais elle était prête. Sa colère empirique répondrait à la colère de son père. Elle se moquait bien de savoir qu’il était déçu, qu’elle était la pire de ses filles, incapable d’obéir une seule fois, incapable de…

Shawna.

Je ne te mentirais pas, je crois toujours sincèrement que tu as tort, et que si tu me donnais une chance, tu viendrais à apprécier ce que je souhaite pour toi.

Elle avait raison. La mâchoire de l’itinérante se crispa alors que son lecteur continuait.

Mais tu as hérité de mon caractère, et je sais bien que rien ne te fera changer d’avis.

*Contente que tu l’aies enfin remarqué.*

Nous camperons tous deux sur notre position. Aussi, j’ai un marché à te proposer. Je vois déjà tes yeux se rétrécir de méfiance à cette idée saugrenue. Que pourrais-tu gagner dans un marché avec moi ? Mais rappelle-toi l’histoire du panier de prunes. Nous avons tous les deux quelque chose à y gagner. Et que perds-tu à m’entendre proposer ?

Shawna avait en effet plissé les yeux à l’idée d’un marché, méfiante, avant d’arrondir ses yeux de surprise en entendant les mots suivants et en remarquant qu’il avait tout juste. Son visage prit ensuite une expression neutre, résignée ; son père savait toujours, elle ne savait même pas ce qui la surprenait…

Oui, je sais. M’écouter proposer, c’est déjà accepter. Mais rien ne t’empêche d’arrêter ta lecture maintenant. Il te suffit d’une phrase pour cela. « Tu lis mal, l’inconnu, arrête-toi là, je trouverais quelqu’un d’autre… » Ne sois pas en colère, Shawna. La prévisibilité n’est pas toujours un mal.

Comment arrivait-il à la frustrer à un tel point et à anticiper ses moindres réactions alors qu’il était à l’autre bout de Gwendalavir ? C’était tellement insensé. D’un regard dur, elle fit signe à son lecteur de ne pas s’arrêter. Au moins là-dessus, elle pouvait contredire son père. Quoique, c’était exactement ce qu’il voulait, qu’elle lise la suite, sinon il n’aurait rien écrit d’autre. Il gagnait, encore. Et la frustration continuait à bouillonner. Elle n’était pas assez forte pour lui faire face, pas encore. Elle ferma les yeux, pour empêcher des larmes inutiles de venir lui brouiller la vision alors qu’elle se souvenait des nombreuses discussions qu’elle avait partagé avec son père. Lorsqu’elle les rouvrit pour écouter la suite, quelques secondes plus tard, ils étaient secs, comme si elle n’avait jamais senti le raz-de-marée commencer à remonter jusqu’à ses yeux. Les faibles ne pleurent pas.

Que j’aimerais que tu sois là, en personne devant moi… Les débats sont tellement morts, sur le papier. Je ne peux qu’espérer te connaître assez bien pour bien anticiper. Mais ne souris pas ainsi ! « Roi de l’Anticipation, » disais-tu ? Et je n’avais rien répondu. Tu savais parfaitement ce que j’en pensais.

Là encore, il avait eu raison. Elle avait sourit, un sourire triste et malade, au mot anticipé, et aux souvenirs qu’il faisait remonté comme un tsunami qui s’échouait sur la plage, la plage de son être sec, en manque de ses mots et de son visage. Anticipation ; un mot tellement parfait pour décrire le marchand qu’était son père. L’opportuniste. Elle n’avait jamais pu le battre au Haman-Lô, parce qu’il devinait chacun de ses mouvements et avait toujours trois tours d’avance sur elle. « Tu ne regardes pas assez dans le futur, » il lui soufflait parfois. « Cherche les conséquences, la grande image, au lieu de te concentrer sur la seule bille entre tes doigts. » Elle avait longtemps suspecté que son conseil ne s’appliquait pas seulement au Haman-Lô. Mais Shawna n’arrivait pas à penser au futur, et resterait toujours une perdante à ce jeu d’anticipation pour cette simple raison. Quoiqu’elle pouvait parfaitement voir le visage de son père alors qu’il rappelait le titre par lequel elle l’avait appelé, à la fin du jeu… Ils se connaissaient trop bien, comme deux adversaires éternels qui avaient joué une infinité de fois l’un contre l’autre, tellement qu’ils connaissaient chaque mouvement avant même de commencer à jouer. Et pourtant, ils jouaient encore. Ils aimaient ça.

Mon marché, donc. J’ai appris récemment que l’Académie de Merwyn…

Le poing de Shawna se serra brutalement alors qu’elle levait la tête vers le noble, les yeux brillants.

– attends, écoute-moi jusqu’au bout – donnait des cours de combat.

Elle se figea, les yeux papillonnants alors qu’elle essayait de comprendre ce que cela signifiait. Son père ne proposait tout de même pas…

De combat et de Dessin, Shawna. Tu devines la suite. Tout est entre tes mains, à présent. Tu peux accepter, comme tu peux profiter de cette occasion que je t’offre sans tenir compte de la condition que j’y pose. Je suis trop loin pour vérifier ce que tu en feras, après tout… Ou tu peux refuser, et continuer tes voyages. J’espère d’ailleurs que les routes t’ont été favorables, et que cette lettre finira par t’arriver. Leyah m’a fait savoir que tu étais arrivée saine et sauve à Al Chen il y a peu, mais je doute que tu y sois encore lorsque cette lettre y sera, aussi Al Poll est mon meilleur espoir… Quoique tu choisisses, mes pensées sont avec toi, tout comme mes conseils, même si ceux-ci tu préférerais peut-être ne pas avoir.

Souviens-toi des prunes.

Kael

Shawna n’écouta pas la fin, fixée sur le seul point de cette lettre. De combat et de Dessin. De combat et de Dessin… Il acceptait. Il venait de lui donner son accord. A condition qu’elle accepte son point de vue aussi, mais elle avait sa permission, cette permission qu’elle cherchait depuis deux ans… Elle tendit la main vers la lettre, pour que le jeune homme la lui rende, le visage neutre de toute expression. De combat et de Dessin. Elle devrait quand même entrer dans l’Académie de Merwyn pour cela, quand même apprendre à maitriser son Don, mais… Il avait raison, ils y gagnaient tous les deux. « Tu peux manger une prune pour chaque vêtement lavé et rangé… » Il y avait gagné du linge propre, elle y gagnait en satisfaisant sa gourmandise. Mais elle avait désobéi, ce jour là. Elle avait mangé les prunes, une à une, sans faire ce qu’il avait demandé, jusqu’à ce qu’il n’y en est plus. C’était trop bon pour s’arrêter… Elle en avait été malade pendant trois jours, et avait promis de ne jamais, jamais recommencé.

Elle pouvait manger toutes les prunes, maintenant. Apprendre le combat, et partir.

Elle respectait trop son père pour cela.

Serait-ce si mauvais que ça, d’apprendre le Dessin ?

Elle ne savait pas. Ne savait plus. Et soudain, les paroles du noble à ses côtés lui revinrent, celles qu’il avait prononcées lorsqu’il avait parlé de sa cape. Il avait dit qu’il l’avait laissé à l’Académie. Parlait-il de la même Académie que mentionnait son père ? Alors elle leva les yeux vers lui, hésitante, avant de demander, sur la défensive :

- Tu es à l’Académie de Merwyn, n’est-ce pas ? C’est comment, là-bas ?

Elle était déjà allée sur les lieux, avait déjà eu une mauvaise impression des autorités et de l’ambiance, à travers ce que ce lieu avait fait de la jeune aveugle. Ils l’avaient acceptée, peut-être par charité, et ils l’avaient écrasée, détruite. Avoir l’avis d’un autre ne serait pas de trop avant de prendre sa décision, fusse-t-il l’avis d’un noble arrogant…

[Je sais que ce post se concentre essentiellement sur Shawna, mais je rééquilibre plus sur Lothan au suivant, promis =)]


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MessageSujet: Re: Danser, pour ne pas perdre pied [Terminé]   Mer 23 Juin 2010 - 0:14

L'académie de Merwyn? Comment ça l'académie de Merwyn? Elle n'allait quand même pas intrégrer l'établissement? Lothan se réjouissait de voir cette journée se finir. Il allait ainsi s'éloigner de la roturière. La journée s'était mieux finit qu'elle n'avait commencé. Pourtant, Lothan n'avait qu'une envie: dire adieu à l'acrobate. La fugueuse était reconnaissable de loin avec son acoutrement. Même si le jeune noble revenait à Al-Poll et qu'il croisait la roturière, il pourrait l'éviter habilement. Lothan n'aimait vraiment pas se mêler aux sans particules. Il supportait difficilement ceux qu'il cotoyait déjà dans l'académie. Non, elle n'avait pas le droit de venir à l'académie. A Al-Vor, il était tel un roi quand il traversait la ville. On s'inclinait devant lui. Le père de Lothan était l'employeur de nombreuses personnes de la cité. Se faire mal voir du fils du patron, c'était la porte ouverte vers la perte de l'emploi. Ici, au coeur de la cité d'Al-Poll, il n'était rien. Un simple blondinet marchant dans les rues avec une bourse pleine d'or. C'est tout. Sa noblesse était mise de côté.

A l'académie, c'était pareil, il n'avait aucun droit d'ordonner aux autres élèves de le servir. Il avait autant d'avantages que les autres élèves, et également autant de désavantages. Devoir porter cet uniforme identique pour chacun. Fils de paysans, de soldats ou de nobles, ils étaient tous identiques. Cette chose insupportait Lothan. Il était noble quand même, il n'avait pas à se mêler à ceux qui lui sont inférieurs. Les Sans particules étaient là pour servir les nobles. C'était ainsi.

Il devait la dégouter d'aller à l'académie. Il ne voulait pas la revoir là-bas. A l'intérieur de l'académie, il y avait suffisamment de roturiers qui lui tenaient tête. Pas besoin d'en avoir une de plus.

- Pourquoi voudrais-tu aller à l'académie de Merwyn? Si tu vas là-bas, terminé tes escapades en haut des murs. Tu peux être sûr que les professeurs te surveilleront. La nuit, les gardes patrouillent pour renvoyer les élèves dans leur lit. Moi, si je peux sortir, c'est que je suis un noble. J'ai le droit à quelques avantages.

C'était faux bien entendu. Il avait quitté l'académie contre l'avis de ses professeurs. Tous les élèves pouvaient faire comme lui. Noble ou non, les professeurs de cette académie ne faisaient pas la différence. Il y avait même des professeurs qui n'étaient pas nobles. Une honte pour une si grande académie.

- Combat? Tu sais te battre toi? En temps normal, les combattants portent des armes à leur côtés ou sur leur dos. Tu vas finir le nez dans la poussière si tu te présentes à l'académie. Pareil pour le Dessin. Ca m'étonnerais que tu possèdes le Don. Tu n'as pas la classe des Dessinateurs. Je suis sûr que tu es incapable de créer un objet.

Sa description des Dessinateurs, il la devait au vieil homme qui lui avait bandé les yeux à l'académie. Celui qui lui avait dit qu'il possédait le Don. Il n'avait pas tenté de créer quelque chose. Il était tellement sûr de ne pas y réussir. Il n'avait pas non plus approché la professeur de Dessin. Qui dit professeur, dit forcément cours et travail. Tout ce que Lothan n'aimait pas.

- Restes donc à ta place parmi les itinérants. Je pense que tu y seras mieux. Tu pourras continuer à te ridiculiser en tombant des murs.

[J'espère que j'ai réussit à faire un post potable]


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MessageSujet: Re: Danser, pour ne pas perdre pied [Terminé]   Jeu 24 Juin 2010 - 19:50

Le duel faisait rage en Shawna. Elle devait faire un choix, et elle n’avait jamais été très douée pour faire des choix réfléchis ; elle choisissait à l’instinct, après un jeu de pile ou face, sans réfléchir, jamais. Alors elle suivait sa décision, et ne la lâchait plus, sans regrets aucun. Si elle avait fait le mauvais choix, tant pis ; elle le défendait avec tout son être et continuait à foncer dans le mur la tête haute. C’était elle qui avait choisi et elle qui subissait les conséquences. Mais dernièrement, elle devait de plus en plus réfléchir, et la situation était loin de lui plaire. Choisir entre apprendre le Dessin à l’Académie de Merwyn pour récupérer sa flûte de pan, ou s’enfuir dans la direction opposée par obstination pure. Elle avait triché, pour prendre cette décision, récupérant son instrument sans se soumettre au chantage de son père… Mais la décision n’avait été que repoussée. Déjà il posait de nouvelles fondations à son marché. Combat et Dessin, ou aucun des deux.

Elle pourrait tricher encore, n’apprendre que le combat, mais elle avait trop de respect pour son père pour bafouer encore ses propositions… Il était un marchand, un négociateur, et avait négocié cette affaire avec intelligence et fermeté. Il avait rechigné, mais il s’était finalement joint à sa décision, avait accepté de changer les termes du contrat pour que les vœux de sa fille puissent être exaucés, malgré le fait qu’il ne les approuvait pas… Tricher alors qu’il trichait aussi, c’était une chose. Bafouer un honnête échange en était une autre. Et puis, il y avait les prunes. Il avait raison, parfois. Souvent. Presque toujours. Elle avait regretté lui avoir désobéi presque à chaque fois qu’elle l’avait fait, même si elle hurlait le contraire. Elle ne tricherait pas, était autant tricheuse qu’elle était voleuse. La question était, accepterait-elle ou non d’entrer à l’Académie de Merwyn… et l’avis du noble allait pouvoir peser dans sa décision.

Si ce dernier lui avait ouvert les bras en l’invitant à rejoindre l’Académie, lui vantant les mérites d’un enseignement et d’un autre, Shawna en aurait tout de suite eu la puce à l’oreille, et son choix aurait été fait dans l’instant. La brune qu’elle avait croisée là-bas lui avait parlé des batailles, des nobles écrasants, des faibles qui devaient se faire hypocrisie pour survivre. Le discours du prétentieux n’aurait qu’appuyé son avis, et Shawna aurait immédiatement su qu’il était hors de question qu’elle apprenne en ces lieux. Mais le jeune homme, au contraire, tentait de l’éloigner du lieu.

Shawna ne comprenait pas pourquoi, et n’essaya pas de le deviner.

La seule chose qui comptait, c’est qu’il lui disait qu’elle était incapable de se battre, sans armes. Qu’elle n’avait pas le Don. Qu’elle échouerait, qu’elle n’avait pas ce qu’il fallait pour réussir. Qu’elle n’était pas assez douée pour l’Académie de Merwyn. Qu’elle était ridicule, en grimpant aux murs, et qu’elle était incapable de se tenir tranquille. Qu’elle était assez stupide pour penser qu’un professeur pouvait l’empêcher de danser sur les murets si elle le voulait. Qu’elle n’était pas capable de sortir la nuit sans se faire attraper…

Elle n’aimait pas l’Académie. Elle n’aimait pas son couvre-feu, elle n’aimait pas les privilèges qu’avaient visiblement les nobles à l’intérieur de l’enceinte comme à l’extérieur, elle n’aimait pas la façon dont la bâtisse étiolait les sens, les valeurs et la force de continuer à se battre. Elle avait vu la brune courber l’échine, elle voyait maintenant le blond se promener, fainéant, dans les rues d’Al Poll pour faire ses achats comme si l’Académie ne lui apportait rien que du prestige. Il n’y allait que pour pouvoir hurler sur tous les toits qu’il en faisait parti, l’Académie ne lui avait apporté ni grandeur d’esprit ni capacités… S’il se permettait de dire qu’elle n’était pas une combattante, elle, en le voyant, savait qu’il n’en était pas un.

Elle n’aimait pas l’Académie, mais elle n’aimait pas qu’on la prenne pour une moins que rien, non plus. Alors elle leva fièrement le menton, puis leva sa main droite au niveau de son visage. Et là, elle fit quelque chose qu’elle s’était rarement permis de faire volontairement auparavant ; entrer dans les Spires, alors qu’elle n’en avait nul besoin. Ses yeux percèrent le vide, deux noisettes aux teintes chaleureuses qui ne voyaient plus ce qui défilait devant elles, et de sa volonté implacable, elle passa à travers le tonnerre – c’était ainsi qu’elle avait fini par décrire son passage de la réalité à l’Imagination, parce que c’était comme un grondement qui englobait tous les autres sons, avant qu’il ne disparaisse et que les mélodies redeviennent claires, comme une résistance, un mur du son, un bourdonnement dans les oreilles, soudain disparu alors qu’elle faisait ses premiers pas sur les Spires.

Elle ne tarda pas, n’essaya pas de découvrir ce qu’il y avait, là haut. Cela ne l’intéressait pas. Marcher dans l’Imagination était déjà assez pénible sans qu’en plus elle n’aille se perdre dans les broussailles. Elle resta en bas, visualisa la flamme, comme elle avait fini par apprendre à le faire malgré elle à force d’écouter les professeurs d’Al Jeit, Al Vor, Al Chen et Al Far blablater. Elle l’attrapa entre ses doigts, puis revint. Tenta de revenir. Dans la réalité, Shawna fronça les sourcils en regardant sa main vide. Pourquoi est-ce qu’elle était revenue, mais sans la flamme ? Elle tenta à nouveau, sans s’inquiéter du fait que le noble devait la fixer depuis un bon moment, à la regarder ne visiblement rien faire en se demandant ce qui se passait. Il n’existait plus. La flamme apparut enfin, embrasant sa main, et Shawna lança un regard de défi à celui qui l’avait insultée, peut-être sans le savoir.

- Premièrement, j’ai le Don.

Shawna ferma brusquement son poing, les flammes inoffensives léchant toujours sa peau.

- Deuxièmement, je sais mieux que toi où je serais le mieux, et c’est à moi de choisir où je vais, pas à toi. Je t’ai demandé comment était l’Académie de Merwyn, pas de décider si j’y avais ma place.

Elle fit un pas en avant, pour être juste en face de lui, trop proche pour que la situation lui soit confortable, le frôlant presque, prenant avantage du fait qu’elle était plus grande que lui pour le regarder de haut. La flamme s’éteignit, mais elle n’y fit pas attention.

- Et troisièmement, je n’ai pas besoin d’une arme pour me battre.

Elle se baissa, trop vite pour qu’il sache à quoi s’attendre, et son pied fusa, allant frapper brutalement le tibia de l’arrogant. Assez fort pour le déstabiliser. Il lui suffit de le pousser des deux mains sur les épaules avant qu’il ne regagne son équilibre pour qu’il se retrouve dans la poussière après être tombé en arrière. Mais Shawna n’avait pas fini. Elle ne lui laissa pas le temps de se relever ; sa main alla se refermer sur son cou, alors qu’elle l’empêchait de se relever, l’immobilisant de tout son poids. Elle ne resserra pas les doigts autour de sa gorge, se contentant simplement de profiter de sa position de force pour lui dire :

- Si j’ai beaucoup à apprendre de la fillette de toute à l’heure, toi, c’est d’un nourrisson que tu aurais besoin pour te donner des leçons.

Elle tenait sa vengeance pour ses moqueries, pour ce coup du sort qui avait fait que la bourse avait fini dans ses mains à lui, et pas dans les siennes. Elle le lâcha, se dégagea, puis cracha par terre à côté de lui.

- La supériorité de la haute classe sociale… Mon œil, oui.


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MessageSujet: Re: Danser, pour ne pas perdre pied [Terminé]   Ven 25 Juin 2010 - 20:24

Elle avait allumer un feu au coeur de sa main! C'était ça le Don? Lothan n'arrivait pas à le croire. Cette roturière n'avait pourtant pas l'air bien douée. Mais alors selon le vieil homme bizarre à l'académie, lui aussi il était capable de faire de telles choses. Lothan était subitement intéressé par cette nouveauté qui s'offrait à lui. Créer n'importe quoi à partir du néant, c'était fascinant. Il devait rencontrer la professeur que l'analyste avait citée. Au moins pour savoir si le vieux fou ne s'était pas trompé. Il n'osait pas essayer devant la roturière. Le jeune noble avait bien vu qu'il se passait quelque chose. L'acrobate était restée quelques instants silencieuse. Si Lothan essayait de créer quelque chose, elle s'en rendrait compte et en cas d'échec, elle se moquerait de lui. Comme il l'avait fait quand elle était revenue les mains vides après avoir poursuivit le jeune voleur.

La suite des évènements le fascina encore plus. Non seulement la fugueuse avait créé des flammes mais en plus, dès qu'elle referma la main, elle ne ressentit rien. Lothan s'était attendu à l'entendre hurler et pester contre sa bêtise. Pourtant, il ne s'était rien passé. Les dessinateurs étaient-il insensibles à la douleur? Immunisés contre leurs propres créations? Lothan avait tellement de questions qui lui trotaient dans la tête. Il aurait aimé se renseigner auprès de la roturière mais il était trop fier pour cela. De plus, ce qui se passa par la suite l'empêcha d'en apprendre plus. L'acrobate se jeta sur lui et lui plaqua la main sur la gorge. Il avait peur. Qu'est ce qu'elle allait lui faire? Le tuer? Lothan voyait déjà sa dernière heure arriver.

Pourtant, elle s'écarta. C'était de la colère désormais qui submergea Lothan. Elle avait osé le comparer à un nourisson et elle avait craché dans sa direction. Le jeune noble allait lui faire payer ce qu'elle avait dit et fait. Il était temps de voir si le vieil analyste avait raison. La manière de créer les objets, il ne la connaissait pas mais il s'en moquait éperduement. Il ferma les yeux et il visualisa un feu dans son esprit. Etait-ce suffisant? Il ouvrit un oeil. Il n'y avait rien. Il recommença l'opération mais cette fois-ci, il avait choisit l'acrobate pour cible. Un cri se fit entendre. Avait-il réussit. Il ouvrit les yeux et il vit que la manche de la fugueuse avait prit feu. Il avait réussit. Il était bien un dessinateur. L'analyste ne s'était pas trompé. Un sourire se dessina sur son visage. Il ne savait pas se battre, mais lui aussi il était dessinateur.

- Tu me compares à un nourrisson? Sans moi, tu n'aurais jamais su ce qu'il y avait d'écrit sur tes stupides lettres. Tu es une idiote. Ce n'est pas à l'académie de Merwyn que tu dois aller. Tu n'es rien. Tu ne mérite même pas que je te parle. Tu as bien de la chance que j'ai accepté de lire tes lettres.

L'acrobate venait d'éteindre tant bien que mal sa manche.

- Recommence à m'insulter et ce n'est pas que ta manche qui brulera.

C'était des menaces en l'air. Lothan n'était pas sûr de pouvoir réitérer son exploit. Il n'avait suivit aucun cours. Le jeune noble comptait bien réparer son erreur. Il devait voir le plus rapidement possible la maître dessinatrice de l'académie. Ce Don était un cadeau du ciel. Un moyen de se défendre sans utiliser les armes des guerriers. Une menace invisible. Lothan souriait. Le prochain élève qui oserait l'insulter, il allait comprendre comment un Fil'Peltrow se défendait.


[Sorry, c'est court. Si tu n'as pas d'idées pour continuer le rp, envoie moi un MP, j'éditerais pour faire un peu plus long]


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MessageSujet: Re: Danser, pour ne pas perdre pied [Terminé]   Dim 27 Juin 2010 - 21:39

Shawna ne put empêcher le cri d’échapper ses lèvres lorsque sa manche prit feu tout à coup ; ces flammes là n’étaient pas inoffensives, et au lieu de lui lécher la peau en ne lui faisant ressentir que quelques picots prouvant leur existence, elles lui brûlaient voracement le bras. Elle força sa gorge à se refermer dès qu’elle s’entendit crier, et tenta d’éteindre le Dessin. Heureusement pour elle, le noble n’était pas l’un des Dessinateurs les plus doués, et les flammes se turent rapidement. Shawna resta immobile, sa mâchoire crispée, les battements rapides de son cœur bien visibles alors qu’une artère pulsait sur son cou. Ses poings étaient serrés tellement forts que ses phalanges prirent quelques teintes en dessous de leur couleur d’origine, et ses ongles laissèrent des marques sur ses paumes. Ses yeux étaient fixés sur les lambeaux de sa manche carbonisée, et sur son bras blessé. Il lui fallait de l’eau froide, vite. Son esprit rationnel le savait parfaitement, et si elle l’avait suivi, elle serait immédiatement jetée sur l’abreuvoir qu’utilisait un éleveur pour rafraîchir ses bêtes, mais elle n’y pensa même pas. Elle se tourna vers le noble avec une lenteur qui ne présageait rien de bon.

Le noble avait détruit sa tunique. Elle avait peut-être blessé sa fierté en le mettant au sol, mais elle ne lui avait fait aucun mal, lui avait seulement fait peur. Shawna avait toujours tracé une ligne claire entre les vrais combats et les faux combats. Elle n’avait eu aucune intention de le blesser en le faisant tomber, simplement de lui apprendre quelque chose. Elle n’avait aucune intention de blesser ses cousins ou ses amis quand elle se battait dans la rue, non plus. Mais cet imbécile n’avait pas compris qu’il n’y avait aucun danger, et qu’elle n’avait pas agi ainsi pour commencer un véritable combat. Cet imbécile venait d’enflammer sa tunique, et si lui avait une garde-robe bien remplie et que salir sa magnifique cape n’était pas un crime en soi, Shawna avait besoin de chaque vêtement qu’elle avait en sa possession. Et lui, simplement parce qu’il était peu enclin à être poussé par terre par une roturière, simplement parce qu’il s’était octroyé le droit de l’insulter, il carbonisait ses vêtements et l’insultait avec encore plus de vigueur. Il avait dépassé la ligne fine tracée à la craie sur son esprit… Shawna ne fit même pas attention à ses menaces. Les cours dans les différentes académies, si elle les avait détestés, lui avait au moins appris que les Dessinateurs étaient des lâches qui restaient en arrière, parce que pendant qu’ils étaient dans les Spires, impossible de savoir ce qui se passait autour d’eux, de se battre ou de se défendre. Vu la vitesse à laquelle il avait dessiné, le noble était plus puissant qu’elle, mais elle ne lui laisserait pas le temps de retourner dans les Spires. Hurlant de rage, elle se jeta sur lui.

Si le noble menaçait de la brûler vivante si elle l’insultait encore, Shawna n’était pas du genre à lancer des « ne fais pas ça, sinon tu le regretteras » lorsqu’elle était en colère. Elle faisait regretter directement, tout simplement. Pas de deuxième chance, pas de pardon, pas d’attente. La vengeance est un plat qui se dévore immédiatement, parce qu’il n’y a rien de plus mauvais que de manger du siffleur froid. Elle ne prit même pas la peine de s’expliquer – c’était bon pour les gens qui avaient peur des conflits, ça. Les gens calmes, les gens patients, tout ce qu’elle n’était pas. Elle était en colère, elle suivait sa colère. Le Dessinateur venait encore de l’insulter, encore de la traiter comme une moins que rien, et si lui se sentait assez supérieur pour la menacer des pires représailles lorsqu’il se sentait visé, elle n’avait que ses poings pour défendre son honneur. Elle n’hésita pas un instant à les utiliser. Elle ne réfléchit pas au fait que le noble pourrait très bien se plaindre à la garde et lui faire passer quelques nuits en prison pour avoir osé lever la main sur lui ; elle ne réfléchit pas à toutes les conséquences néfastes que pouvaient avoir d’attaquer un noble en pleine ville ; elle ne réfléchit pas aux classes, à son infériorité sociale, aux punitions qu’attendaient les faiseurs d’histoires même lorsqu’aucun aristocrate n’était impliqué dans l’histoire. Tout ce qui comptait, c’était que l’autre n’avait fait que l’insulter depuis qu’elle était là, malgré le fait qu’elle l’avait aidé avec ses emplettes, qu’il avait lu ses lettres et que quand elle lui avait demandé de savoir comment était l’Académie de Merwyn, il l’avait méprisée comme si elle était la dernière des dernières.

Peut-être que si elle avait été un tout petit peu plus de bonne humeur, elle aurait laissé passé. Elle aurait simplement pensé mentalement qu’il ne savait rien d’elle, et qu’il ne méritait même pas qu’elle perde son temps avec lui. Elle aurait ricané, lui aurait fait un signe obscène en guise d’au revoir, et elle aurait disparu au coin de la rue – avec son gant droit, pour qu’il ne puisse mettre que le gauche et ressemble à un idiot. Elle n’aurait pas pensé qu’en partant ainsi, elle lui faisait croire qu’il avait raison, que ses menaces avaient marché sur elle, puisqu’elle ne l’aurait pas insulté à nouveau. Cela n’aurait plus eu la moindre importance. Elle aurait disparu, il aurait disparu, chacun certain d’avoir raison, et ils auraient continué leur vie comme si de rien n’était. Peut-être. Mais elle n’était pas de meilleure humeur, et il était trop tard pour faire demi-tour, maintenant. Et cette fois, elle n’essaya pas d’amortir ses coups pour le mettre à terre sans le blesser. Elle voulait qu’il souffre. Et la brûlure sur son bras ne l’empêchait pas de taper fort… Elle y mit toute sa frustration, toute sa colère, frappant ces deux bras à la peau douce et claire entourés de la meilleure soie de Gwendalavir, et tout ce qu’ils représentaient, jusqu’à ce qu’elle entende la fracture déchirer l’air.

Et s’arrêta, aussi soudainement qu’elle avait commencé, son poing en l’air, la colère calcinant encore son âme, mais retenant son bras sans plus l’utiliser, les yeux fixés sur ce visage aux yeux plissés qui attendait le prochain coup, crispé. Il ne se défendait pas, le fourbe… Shawna n’avait jamais frappé quelqu’un incapable de se défendre. Ses cousins frappaient aussi forts qu’elle, les gamins des rues ne lui faisaient pas de cadeaux non plus, et ses ennemis avaient toujours été capables de réitérer. Mais le noble ne savait pas se battre, n’avait sûrement jamais utilisé ses poings pour autre chose que montrer au monde les bagues de tissu qu’il avait glissé sur ses doigts. Shawna n’avait jamais frappé quelqu’un qui ne savait pas se battre. Elle les défendait, habituellement. Elle défendait Yeleen, elle défendait ses amis. Elle ne se battait pas avec ceux qui ne savaient pas se défendre, c’était malhonnête, malhonnête et… Elle n’était pas une mauvaise personne. Coléreuse, imprudente, provocante, insultante, mais pas méchante. Et si le noble l’avait peut-être bien mérité, elle ne voulait pas être de ceux qui s’attaquent aux faibles… Parce que c’était ce qu’il était ; faible.

- Je te déteste. Et puisque je ne suis rien, que je suis une idiote, que je ne mérite pas que tu m’adresses la parole, et que l’aide que je t’ai apportée cette après-midi n’a aucune valeur à tes yeux… Oublie-moi. Si je ne suis rien, je n’existe pas. Alors oublie-moi. La roturière qui ne sait pas où est sa place ne mérite pas que ton grand esprit supérieur se souvienne d’elle. Moi, je me souviendrais pour deux.

Elle laissa son bras retomber le long de son corps, puis se releva. Elle ne comptait pas lui laisser le temps de lui faire regretter son geste ou de Dessiner à nouveau ; c’est en courant qu’elle se dirigea vers une rue contingente, avec bien l’intention de ne pas s’arrêter de courir avant longtemps. Elle se souvint vaguement de l’existence d’une confrérie de rêveurs, pas loin d’ici, Eoliane ; peut-être accepteraient-ils de soigner son bras. Après, elle couperait ses deux manches, recoudrait le tissu au niveau de son épaule, et pourrait garder la tunique pour la mettre l’été… Tout s'arrangerait. Alors pourquoi trimballait-elle dans sa course cette boule de nausée au fond de l'estomac ?


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