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 Pour que je puisse devenir l'ombre et la flèche de ton arc... [Terminé]

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Mercenaire du Chaos et Maître de la boutique du Talion
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MessageSujet: Pour que je puisse devenir l'ombre et la flèche de ton arc... [Terminé]   Jeu 15 Avr 2010 - 18:23

Elio jubilait, marchant fièrement, la tête haute et le pas assuré. A ses côtés, d’une démarche bien plus naturelle, avançait son maître, Marlyn, devenue simple élève sortie des cachots. Prenant conscience de son air trop joyeux, et trop falsifié vis-à-vis de la comédie qu’il devait jouer à cet instant, il calqua l’attitude de la jeune femme au masque de cuir, s’affichant plus décontracté, et récupérant son air bougon et indéchiffrable d’ordinaire. Cependant les mêmes paroles se répétaient en boucle dans son esprit :

« Je te félicite, Elio. En tuant Evaine Derkan, fille d’Ivan Derkan, tu as gagné ma confiance mieux qu’en massacrant des dizaines d’Académiciens. Tu manies très bien l’arc et la dissimulation, et pour cela, je ne peux qu’être fière d’avoir pareil élève. »

Il avait réussi. Elle avait sa confiance, et il avait la sienne. Il pourrait retrouver la trace de sa mère, et la venger, sans que personne ne se dresse sur son chemin !
Mais à présent il se devait de répondre à son premier exercice, et ce dernier l’emplissait d’excitation. Cet entrainement différait de ceux enseignés à l’Académie, et un peu de nouveauté ne faisait jamais de mal. Même si les cours de ces maitres officiels lui convenaient aussi. Mais pas aussi bien. Il avait soif, soif d’en apprendre plus, et d’en découvrir plus. Son don pour l’arc récemment révélé lui avait ouvert une nouvelle parcelle de la voie choisie. Il serait plus que guerrier. Il serait plus qu’archer. Il ne connaissait pas encore le mot associé à ce qu’il ambitionnait d’être, à ce qu’il devenait, mais il présentait déjà la force de cette fonction, de cette récente voie qu’on lui offrait.


« Dehors, nous serons mieux à même de discuter, et de tester ton nouveau masque, parmi la foule de tes.. amis ? »

Ses amis ? Il n’avait pas d’amis. Il lui serait aisé de duper le monde, de se faire parfaite ombre, juste une illusion aux yeux de tous, sans souffrir. Mis à part auprès d’une personne. Et il se refusait de penser à elle en ce moment, et de se questionner sur son attitude qu’il devrait avoir à ses côtés. Les doutes revinrent, et il s’empressa de se remémorer le visage de sa mère vu il y a peu avant que sa détermination ne chancèle. L’impact fut immédiat. Le désir de vengeance emplit de nouveau son cœur et les hésitations allèrent se faire foutre ! :arrow :

Trois personnes. Analyser les faiblesses de trois personnes lui semblait assez difficile, pourtant il se concentra. Déceler les points attaquables chez ses rivaux et cacher les siens étaient vital s’il voulait faire tomber le rideau à la fin de la pièce et en rester l’unique metteur en scène.

Ils croisèrent une jeune fille, grande et fine, à la longue chevelure blonde nattée. Sa peau, plus que pâle, était translucide, un véritable fantôme ! Vêtue d’une robe travaillée et faite d’un tissu rare, elle possédait également de nombreux bijoux de pierres précieuses.

*Pfff bourge !!*

*Va plus loin* lui souffla une voix. *Ne t’arrêtes pas à ce maigre préjugé*

Elio la détailla alors plus précisément, s’obligeant de ce fait à se retourner pour cerner sa démarche, son attitude, pour tenter de percer ses secrets. Elle dut sentir son regard insistant, car elle pivota son visage devenu aguicheur en leur direction. Lui décernant un sourire amusée et équivoque, elle ne vit pas l’ourlet du tapis qui la fit trébucher. Elle se reprit de justesse sous le rire goguenard de l’apprenti guerrier. Rire qui vexa la sujette à l’exercice, qui se recoiffa et continua son chemin, hautaine.

-Superficielle, trop apprêtée aux apparences, sûre d’elle-même, méprisante, égocentrique. Lui résister la met en colère, la blesse dans son égo démesuré. Il suffirait d’une simple comédie de charme amoureux pour qu’elle tombe dans tous les pièges imaginables. Il suffit de la flatter pour avoir de ce que l’on veut.

Il y eut un silence.

-Tout ce que l’on veut, ajouta-t-il avec dégout.

Marlyn le fixa. Il devina de suite ses pensées.

-Je sais, trop simple, n’importe qui devinerait la même chose en regardant cette pauvre fille.

Sans attendre que son maitre ne confirme ses paroles il fixa toute son attention sur la prochaine personne qu’ils croiseraient. Il devait chercher plus loin, beaucoup plus loin. Les examiner dans les moindres détails, et sans trop se faire remarquer si possible.
Un groupe d’élève passa. Des lotras. La discussion animée lui parut un brouhaha incompréhensible et assourdissant. Il ne tirerait rien d’eux. Leur joie et leurs rires le gênaient. L’effet de groupe le mettait mal à l’aise, il se sentait soudain oppressé. Pourtant lorsqu’il releva la tête, affrontant son exercice, un des leur lui tapa dans l’œil. Par sa différence. Placé en arrière du groupe, il semblait plus suivre comme un mouton que véritablement admis comme partie intégrante de la « bande ». Le garçon baissait la tête, cheveux longs rabattus sur son visage, on décernait à peine ses yeux rivés sur le sol, ses mains liées devant lui s’agrippaient l’une à l’autre et ses pieds frottaient le sol comme s’ils avaient peur de s’envoler en se levant trop de la pierre du couloir. De temps à autres il hochait la tête, se forçait en un sourire appuyant de ce fait une idée ou une blague d’un autre, puis retournait à son état semi-végétatif.

-Perdu, complètement perdu, et à l’intérieur de lui-même. Il n’a aucune confiance en lui, il s’écrase constamment devant les autres, il a besoin d’une carapace pour ne pas s’effondrer alors il suit un troupeau, par peur d’être seul et de se retrouver face à lui-même. Il n’arrive pas à s’affirmer, la solitude lui donne des envies de suicide. Il se cache, car il ne veut pas qu’on le voit comme cela, il ne s’aime pas, il n’aurait jamais voulu vivre. Ses mains s’accrochent entre elles, par manque d’ancre, par manque de port à lequel accoster. Il est faible, faible d’avoir été abandonné dans ce monde.

Ce garçon lui faisait pitié. Il n’irait pas loin…

-En aucun cas un combattant, ni un marchombre. Dessinateur ou rêveur. Non, les rêveurs n’appartiennent pas aux maisons. C’est donc un dessinateur.
Il se tut un instant.

-Il doit sans cesse se refugier dans ce que vous appelez les spires. Là-bas il doit se sentir en sécurité. Mais quelques simples petits coups, quelques remarques en plein cœur et il tombe. Pour toujours.

Certains hommes étaient si fragiles. Quelques mots pouvaient suffire à les détruire.

Il ne prit pas le temps de capter la réaction de son « enseignant », qu’une troisième personne arrivait déjà. Le jeune homme le reconnut de suite : Duncan Cil’ Eternit, le professeur de lettres et civilisations. Un adulte, l’exercice risquait de se corser ! Toutefois il se jeta dans l’examen de son supérieur hiérarchique. Et quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’il découvrit ce qui chaussait les pieds du Seigneur Cil’ Eternit ! Des pantoufles ! Et roses de surcroit ! Des pantoufles roses ! Et lui, il se baladait, sourire aux lèvres, les yeux perdus et rêveurs, la démarche déséquilibrée… Et avec des pantoufles roses !
En croisant les yeux ébahis de son élève et la personne qui l’accompagnait, le professeur leur adressa un grand sourire :


-Belle journée n’est-il pas ?

Elio en resta coït. Il le laissa s’engouffrer dans un autre couloir et se tourna vers Marlyn.

-Alors là…

Le vide intersidéral. Qui pouvait bien analyser et décortiquer pareil énergumène ?

Des pantoufles roses…Des pantoufles ROSES quoi !


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La Borgne
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MessageSujet: Re: Pour que je puisse devenir l'ombre et la flèche de ton arc... [Terminé]   Sam 26 Juin 2010 - 23:51

Tout au long de l’exercice, Marlyn n’avait pas prononcé un seul mot. Pourtant, les conseils, réprimandes et recommandations ne manquaient pas pour son nouvel élève ; mais elle préférait dresser le bilan final de son entrainement quand il aurait fini, plutôt que de l’interrompre dans ses réflexions. Il n’aurait pas tout le temps un maître derrière lui pour ses observations, il lui fallait apprendre à corriger tout seul ses erreurs, dès le début.
Aussi, elle fit ses propres observations dans un coin de son esprit, pour les comparer avec celles d’Elio plus tard. Bien qu’étant derrière son élève, il lui était aisé de remarquer la direction de son regard, par la manière dont les muscles de son cou se tendaient vers l’une ou l’autre personne, par son immobilité oculaire qui suivait. A la première personne qu’il détaillait de la prunelle, une jeune noble patentée, il manqua clairement de discrétion, et en serait blâmé. La discrétion viendrait avec la pratique, elle était bien placée pour le savoir, mais un rappel ne ferait certainement pas de mal. Elio s’arrêtait en grande partie aux apparences : certes, la blonde dégingandée respirait l’assurance et le mépris, mais derrière ses paupières lourdes et les gestes délicats de ses doigts pâles, il y avait les traces de la haine imprimée par la solitude de l’enfance riche et gâtée. Infime, insignifiante, mais présente. Elle n’avait d’apparence pas de personnalité profonde, mais les soubresauts de la superficialité pouvaient être aussi dangereux que les méandres de l’âme, quand on n’y prenait pas garde.
Elle ne croisa pas les yeux de la jeune fille ; celle-ci avait fait une proie d’Elio et s’évertuait à décliner la gamme de la séduction dans chaque de ses battements de cils, sans grand succès. Erreur qu’elle commettait d’oublier Marlyn dans de telles circonstances : quand on chasse l’amour, il faut compter les rivaux. Cela rassura la jeune Mentaï sur sa capacité à rentrer dans son rôle d’élève taciturne et passe-partout, l’amusa. Elle était certes Maître, mais elle avait tant de choses à découvrir et perfectionner dans son propre enseignement, et celui du noble blond qui l’avait formée.

Un rire narquois aurait été de circonstances à la chute de l’observée, pour reprendre celui qui s’était malencontreusement échappé des lèvres de son élève ; mais ce fut trop tard – l’autre était debout et derrière eux. Le tapis froissé semblait normal : Elio continua son chemin, en quête d’une autre personne à éplucher mentalement. Du pied, la Mentaï retourna les pans du tapis oublié, et saisit le stilet qui s’était pris dans les cordes ; elle l’amena rapidement à ses lèvres, à ses narines, eut un sourire narquois – le rangea dans sa manche, attendant l’heure de l’expliquer.

Légèrement en retrait par rapport à Elio qui marchait d’un pas vigoureux dans le couloir, Marlyn et son œil unique fixaient la nuque du Corbac avec attention en attendant la prochaine proie. Elle ne pouvait se permettre de laisser ses propres pensées divaguer, bien qu’elle en aurait eu besoin pour mettre toutes les nouvelles informations dans un contexte. La cible apparut bientôt, en un groupe bruyant et insolent, où s’instituait à vue d’œil une certaine hiérarchie animale. Qui Elio choisirait-il pour son examen ? L’avorton qui jouait les chefs, le silencieux de droite, aux yeux torves, les filles hagardes et admiratives, le soumis du fond, le jaloux qui les observait derrière une colonnade, au bout du couloir ?

Choisir la personne qu’on souhaite connaître par le regard pouvait en dire long sur sa propre personnalité. L’exercice se basait autant sur l’observation qu’allait effectuer Elio que l’observation que Marlyn effectuait de son élève. Qu’il choisisse le dernier de file, celui à l’aura aussi terne que l’étincelle de vie qui ne luisait plus dans son regard, en disait long sur les névroses du jeune Corbac. Mais plus tard. Plutôt que de dresser son propre bilan du petit élève, Marlyn attendit celui d’Elio ; il avait amélioré depuis les dernières minutes sa capacité d’analyse, bien que le sujet possédât plusieurs caractéristiques stéréotypes. Avec force métaphores, il avait ciblé la personnalité du dépressif, défini sa classe potentielle. Marlyn investit les Spires pour vérifier les dires de son élève ; en effet, leur cible possédait le Don, et ses Spires étaient si tortueuses que les chemins se brisaient entre eux, formaient des nœuds inextricables : son don en était embryonnaire et maladroit. Devant un tel massacre sentimental, la Mentaï ne put réprimer un frisson de contentement ; si l’on pouvait se servir des Spires pour détruire une personne et en faire une épave sur pattes, ces possibilités n’étaient pas à négliger. Il faudrait qu’elle y travaille.


« Il doit sans cesse se réfugier dans ce que vous appelez les Spires. Là-bas, il doit se sentir en sécurité. »

Effleurant lascivement les belles Spires, Marlyn ne remarqua pas tout de suite qu’un professeur était dans leur champ de vision. Le dessin, ce pouvoir qu’elle avait toujours négligé et réduit à un instrument de travail, un râtelier infini d’armes à son unique disposition… Non, elle ne pouvait le considérer autrement que comme un moyen de survivre. Il ne lui appartenait qu’à moitié, elle le modelait suivant une voix qui n’était pas la sienne et qu’elle vénérait – il LUI appartenait. Les lunatiques prenaient le dessin pour un monde : les survivants savaient qu’il n’en valait pas la peine. Son œil vidé d’attention par l’Imagination qu’elle questionnait pour trouver les réponses aux nouveaux moyens de destruction de l’âme, elle avançait toujours derrière son élève. Le ton affolé de son élève la tira brutalement de ses considérations psychotiques ; un incident ?

Duncan Cil’ Eternit les dépassait, insouciant, chantonnant. Vulnérable. Au début, Marlyn avait été également intriguée par son comportement si peu adulte et ses manières enfantines ; le temps et les heures d’observation passant, elle avait détaché son attention de ce lunatique. S’il pouvait receler un côté secret, il était trop bien enfoui pour lui servir un jour. Le silence d’Elio se prolongeait, Sareyn sentait le regard interrogateur qu’il lui portait : il lui fallait prendre la parole, et répondre à ses questions. Elle saisit son élève pas la manche comme une élève normale entrainait un ami à l’écart, et rejoignit l’ombre et la tranquillité d’une salle de classe vide – dont elle verrouilla la porte.
Il comprendrait facilement pourquoi leurs mots ne devaient pas quitter cette pièce.

- Je comprends ta stupeur… Il n’est pas donné tous les jours de croiser pareil énergumène. Je l’ai observé assez longtemps pour pouvoir te dire : il n’est pas dangereux. Il n’a aucune musculature, et ne possède pas le don du Dessin, il est facilement éliminable… Ce qui l’a fait survivre si longtemps, c’est le sentiment de pitié qui se dégage de lui. Des pantoufles roses, l’air si invariablement crétin et lunatique, et un esprit si profondément naïf… le tuer t’apporterait moins de gloire que d’écraser une fourmi.
C’est peut-être son seul côté intéressant : il peut faire des choses sans qu’on pose de questions. Mais, fondamentalement, il ne sera jamais nuisible.


Le mépris transparaissait sous la voix de Marlyn, sans qu’elle cherchât à le retenir. Duncan Cil’ Eternit ne l’intéressait que très peu, et moins de temps il passait dans son champ de vision, mieux cela valait pour sa longévité ou sa capacité (hypothétique.) à enfanter.
Mais il fallait revenir sur l’exercice en lui-même, car Elio avait beaucoup à apprendre, et peu de temps pour cela… Après s’être éclairci la gorge, la jeune femme se rapprocha de son élève à pas de velours, imitant la démarche de la noble ridicule qu’ils avaient croisé :


- Tu as beau avoir très bien détaillé son apparence superficielle, mon élève, tu n’es pas allé assez loin.
Quelles étaient ses forces ? Quelles étaient ses faiblesses ? Quel moyen peux-tu utiliser pour obtenir des informations de cette jeune dévergondée ? Comment peux-tu la détruire, la plier à ta volonté, ou l’anéantir ? Ce sont des questions que tu dois toujours garder en tête, tout comme une que tu ne t’es pas posée…


Arrivant au niveau du Cobrac d’une démarche aguicheuse, digne de l’élève qu’elle imitait, Marlyn leva une main sinueuse, qu’elle laissa intentionnellement trainer sur le cou.
Un chuintement s’en suivit, quand le stilet ramassé glissa de sa manche à sa paume, la lame posée dangereusement sur la carotide du Corbac. Un rire cristallin et hautain s’échappa des lèvres de la Mentaï, toujours dans le rôle de la bourgeoise séductrice. De son autre main, elle vint saisit le menton de son élève et l’obligea à la regarder.


- Quels sont SES moyens de te détruire ? Si tu avais baissé les yeux à sa chute, tu aurais vu qu’elle avait fait tomber sa dague, celle qu’elle tenait dissimulée dans sa manche, et qui ne la quittait probablement jamais. Tu sens cette odeur légère, qui ressemble au parfum d’une noble nubile ? Du poison. Sur le métal. Elle n’a pas besoin d’être forte ni intellectuellement douée ; son corps est l’appât dont elle se sert, la lame empoisonnée un hameçon léthal quand la proie lui est dangereuse.

Sa démonstration terminée, le corps de la Mentaï retrouva sa raideur et sa sobriété, tandis qu’elle s’écartait d’un élève interloqué –probablement vexé de n’avoir rien vu. Elle lui laissa quelques minutes pour assimiler son enseignement. Elle, en attendant, lui tourna le dos et observa le stilet : de belle facture, il était plus décoratif que fonctionnel, pas mortel si utilisé seul. Son rôle était d’entailler suffisamment la peau pour instiller le poison dans les veines voulues. Si elle savait reconnaître le poison où il y en avait, Marlyn était incapable d’en identifier la provenance et le danger. Pour prévenir tout risque, elle investit les Spires, désassembla mentalement les particules qui composaient le métal, qui se désintégra silencieusement dans sa main. Sa voix reprit, moins réprobatrice que la première fois :

- J’aurais les mêmes remarques à te faire pour la seconde personne, mais je pense que tu as compris la leçon. Tu as dit par contre ces mots : « Quelques remarques en plein cœur, et il tombe.. » ..
Mais ceci, Elio, est propre à tout le monde. Sans exception.


Le silence plana à nouveau, suffisant pour laisser à Elio le temps de s’imaginer la scène, de la recomposer ou de songer à une répartie. Elle n’avait pas besoin de lui expliquer pour qu’il comprenne. Et fasse potentiellement le rapprochement avec lui-même. Il n’était pas une exception : il avait suffi à Marlyn d’une promesse sur sa mère pour obtenir serment d’allégeance. Il ne verrait certainement pas la chose sous cet angle, et quand bien même il s’en rendrait compte, rien ne changerait.
La tentation est toujours la plus forte.


- Notre rôle est de créer cette exception.



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Marlyn Til' Asnil | Duncan Cil' Eternit | Einar Soham | Shannon Seng
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MessageSujet: Re: Pour que je puisse devenir l'ombre et la flèche de ton arc... [Terminé]   Jeu 8 Juil 2010 - 0:20

Le maitre d’Elio le prit par la manche, l’entrainant dans une pièce qu’il n’avait pas remarqué. Une fois engouffrés dans la classe vide, la femme verrouilla la porte, les mettant à l’abri de toute écoute indiscrète. L’apprenti guerrier tendit le coup, prêt à entendre un secret.
Le mépris qui découlait de la voix de Marlyn pour décrire le professeur Cil’ Eternit le surprit un instant. Mais il le comprit très vite. Un tel adulte, plus encore s’il tenait un rôle ordinairement respecté, qui se baladait avec des pantoufles roses, et qui était apparemment naïf et faible, ne méritait pas l’indulgence.

Soudain la femme à l’unique œil prit une démarche non naturelle, même chaloupée, trop féminine et aguicheuse pour elle. Elio ouvrit de grands yeux. A quoi jouait-elle ? Il comprit alors qu’elle imitait, avec brillance, la jeune fille rencontrée et la première analysée par l’élève. Les questions de son mentor fusèrent, réprobatrices. Il baissa la tête. Il avait freiné à la facilité, il n’avait pas su relever l’exercice. Une main passa sur son cou, Elio sursauta. Plus encore lorsqu’un chuintement s’ensuivit d’une fine lame collé contre sa carotide, prête à l’entailler. La main libre de Marlyn appuya son menton, insistant sur la manière dont il venait de se faire avoir. Lâchement.
Du poison.
Cette fille, si frêle, si superficielle, aurait pu si aisément l’atteindre. Mais l’aurait-il laissé le toucher ? Il l’avait fait pour son maitre.


*Mais elle ce n’est pas pareille. Je la respecte*

Alors il pourrait se laisser tuer par toutes les personnes qu’il respectait, aussi facilement ? Le corbac secoua la tête, tandis que son supérieur s’éloignait, reprenant son aura habituel.
Elio se sentait minable. Vexé. Pitoyable. En à peine quelques minutes, elle venait de lui prouver qu’il aurait pu se faire avoir cent fois, par des personnes qu’il n’aurait soupçonné pas même une seconde. Elle venait également de le rabattre plus bas que terre, lui démontrant la pauvreté de sa capacité à jauger les autres. C’était un échec. Un échec cuisant.

*J’suis une merde.*

Il allait devoir s’entrainer. Chaque jour, en plus de son entrainement quotidien aux arts du combat. Ce serait dur, éreintant. Mais étant donné son niveau actuel…Il ne voulait pas décevoir son maitre, il ne voulait pas être lâché. Il ne voulait pas quitter cette voie de la vérité
Alors il releva la tête, déterminé à faire mieux la prochaine fois. A réussir.


« Quelques remarques en plein cœur, et il tombe.. » ..
Mais ceci, Elio, est propre à tout le monde. Sans exception.


Le jeune homme répondit par une moue réfléchie. Elle n’avait pas tort. Les mots peuvent tout faire. Ils font ce qu’un homme devient. Qu’ils soient prononcés ou non.
Par exemple, ceux tus par son père faisait de lui ce qu’il était, et sa raison d’être ici, de suivre cette voie.
Les mots pouvaient également tuer. Il n’en doutait pas un instant.
L’homme est prisonnier des mots, de la parole, et plus encore de ses ressentis. Il suffit qu’une autre personne en sache trop sur lui, qu’elle prenne les rênes de son cœur et joue avec les ficelles et...
Un éclat sombre perça l’œil bleu d’Elio. Il était manipulé. Comme tous les hommes. Ses ficelles ne lui appartenaient pas. Plus. Le pantin n’était pas libre. Plus.
Il releva la tête vers la jeune femme qui le sondait de son regard d’acier.
Qu’importe. Qu’importe ce qu’il était ou ce qu’il n’était plus. Il ne pourrait y remédier. Et il ne voulait pas. Il apprendrait, jusqu’à savoir. Et une fois qu’il serait savant, il pourrait se détacher d’elle. Couper une bonne fois les ficelles et prendre celles des autres, pour jouer à son tour le grand théâtre de la vie. Il n’était encore que comédien. Bientôt il serait metteur en scène. Il lui tardait d’y être.


- Notre rôle est de créer cette exception.

Elio sourit malicieusement. Une exception. Il aimait ce mot. Et s’emploierait à le faire basculer à bien plus qu’un simple mot. Plus qu’une appellation, qu’une illusion. Une définition.

-Je te suis. Montre-moi le chemin, la suite. Je t’écoute et j’apprends. Je retiens. Envers et contre mes erreurs je persisterais, jusqu’à devenir ce que tu attends de moi.

Sa voix n’avait jamais été aussi claire, dénuée de bégayement, d’hésitation. Peu lui importait d’être l’outil, le jouet de cette femme. Il ne le voyait pas ainsi. Il était son élève, elle était son maitre. Elle l’initiait, il apprenait. Et ensemble ils deviendraient les sculpteurs des pantins du théâtre de l’Académie. Il acceptait pleinement son rôle. La tentation était trop forte.


[ Edition à volonté, of course =) ]


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MessageSujet: Re: Pour que je puisse devenir l'ombre et la flèche de ton arc... [Terminé]   Mer 11 Aoû 2010 - 3:02

[Je fais avancer plus rapidement les différents changements/comportements de nos deux personnages, vu ma fréquence de postage et le temps qui s’est écoulé depuis >< considère que la fin est proche pour le Chaos]

« Je te suis ».
Tu m’es, définitivement. A la ligne de ton menton qui a disparu des ténèbres pour affronter la lumière d’une nouvelle vérité, à la manière dont tes vertèbres ont disparu dans ta peau quand tu as redressé le cou, à la lueur de compréhension qui est passée dans ton regard tantôt révolté, je peux le dire, Elio.
Tu m’es.
Jamais je ne te posséderai entièrement, par désintérêt ou détachement, mais ces moments de pouvoir sur l’être et les forces de l’univers des autres avait quelque chose de… grisant. Quand goûté avec parcimonie.
Marlyn savait qu’Elio lui était acquise. Non pas de la manière dont elle appartenait entièrement à son Maître, au noble blond qui la dirigeait entièrement, mais avec plus de recul. Il saurait où trouver la limite, le petit Corbac, il saurait où choisir sa tutelle et l’enseignement qu’elle pouvait lui offrir, où lui obéir sans poser de questions, et où mener sa propre vie.
Elle n’avait aucune ambition d’en faire un Mercenaire du Chaos, finalement. Il avait trop de racines à l’Académie et dans le monde réel pour que l’utopie de la Guilde lui soit alléchante. D’ailleurs, il n’avait aucune idée des allégeances (fussent-elles bientôt révoquées) de son Maître. Il n’avait aucune idée de la liste de crimes, des galions de sang qui formaient la traînée du passé, ni des sacrifices qui avaient été faits par celle qu’il considérait comme son mentor. Il n’avait aucune idée de qui elle était et pourtant, l’étincelle dans les prunelles jumelles ne vacillaient plus.
Ses deux yeux, qui la regardaient avec une soif d’apprendre et de connaître tout ce qu’elle avait à lui transmettre. Ses deux joyaux, ternis par la naïveté..
Comme elle jalousait cette duplicité de l’âme qui ne lui était plus permise. Comme elle tiquait, amère, d’être marquée du sceau de l’Académie quand autre chose l’attendait. Cet étendard de méfaits qui lui balafrait les traits, elle le portait si fièrement et pourtant, rien ne pouvait l’agacer plus que de voir deux grand yeux fixés sur elle, sans qu’elle soit capable de les surveiller tous deux.

Un coin de ses lèvres pâles d’avoir trop souvent raté le soleil ces dernières semaines se souleva, signe d’approbation aux belles paroles de son élève. Qu’il profite de cette essence d’assurance qui lui distillait les veines… Ca ne faisait jamais de tort.
La salle de classe excentrée convenait plus à Marlyn qu’elle n’avait voulu se l’admettre au premier abord. Grande, pourvue de fenêtres qui déversaient un flot de lumière nuageuse au sol, comme des milliers de fumées qui tournoyaient mollement, elle était cependant silencieuse et criait la solitude. Ils seraient tranquilles pour ce qu’elle avait à lui dire.
Invitant Elio d’un geste à se rapprocher des vitres poussiéreuses, elle saisit elle-même une table et la poussa dans un raclement écorcheur suffisamment près ; pour s’y jucher et contempler les étendues vertes et brillantes du parc qui s’étendait sous leurs yeux. Le dessin lové comme un serpent dans un coin de son esprit, elle suivait de l’œil les petites formes qui se mouvaient en contrebas.

- Nous ressemblons à ces silhouettes indéterminées, nous sommes peut-être des êtres comme les autres. Quand je dis nous, je parle de toi, de moi, des divers serments qui me lient, et te lient, indéfiniment.

Son cerveau fonctionnait rapidement pour trouver des mots adéquats. Elle avait d’abord songé à s’approprier l’esprit du jeune homme avec la même totalité que le sien appartenait au noble Zil’ Urain. Mais leurs fonctionnements étaient trop différents pour rester sous la même coupe. Lui avait soif d’apprendre. Elle n’avait faim de rien, quand des sillons de sang avaient coulé sur ses mains vengeresses et ses lèvres moqueuses. Il avait l’esprit curieux, l’Académie l’avait blasée.
Il fallait instiller des nuances ; elle ne pouvait pas échouer, maintenant qu’il lui faisait une confiance aveugle. Et puis, il pouvait lui être utile. Sans s’y attacher, elle le considérait comme prometteur. Très prometteur.

- Je n’attends pas de toi que tu suives un chemin connu ou même une ascension dans une quelconque guilde. Tu n’appartiens à aucune guilde. Pas même celle du Chaos. Nous valons beaucoup mieux que ça. Nous leur sommes supérieurs.


Etait-ce le bon choix ? Elle n’en doutait pas ; la guilde allait bientôt sombrer, d’après son Maître, et ses propres conclusions. Plus le temps passait, plus ses allégeances balançaient et s’écartaient de la guilde corrompue et trop utopiste. Elle recouvrerait la liberté de mouvements et servirait entièrement le noble blond, et c’était en soi, une sorte de liberté d’agir. Plus que de rester confiné dans un établissement qu’elle méprisait, à en devenir malade.

- J’attends de toi que tu comprennes que le bien et le mal sont les notions des faibles. Que derrière toute recherche de pouvoir ou de vérité, il y a une traînée de sang et de calomnies. Parfois un véritable …fleuve.

Une exclamation ironique sortit d’entre ses dents entrouvertes. Oui.. On pouvait bien qualifier de fleuve l’amas de cadavres qu’elle laissait derrière elle, et l’amas de personnes qui n’attendaient que son passage pour retourner à l’état de cadavres. Pivotant sur sa table branlante, elle se tourna face à son élève. Son œil unique ne brillait pas. Il avait la profondeur des abysses de l’avenir – ou de l’infini ? Luire était propre aux naïfs –ou aux insectes.

- J’attends de toi que tu n’aies plus à chercher mes enseignements un jour. Que tu sois. Que tu me sois.

Et qu’accessoirement, tu sois mon arme et mon exutoire pendant un temps donné, petit Elio… Mais ça, je ne te le dirai pas. Soit tu l’acceptes de ta propre volonté, soit tu l’ignores splendidement. Le choix est tien, comme il a été mien.

- Et toi, qu’attends-tu de moi, qui n'ai qu'une poignée d'années de plus que toi ? Quelle conception de l’avenir imagines-tu que je vais t’offrir ?



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MessageSujet: Re: Pour que je puisse devenir l'ombre et la flèche de ton arc... [Terminé]   Mar 17 Aoû 2010 - 23:40


Les mots de son maître ne se contentaient pas de glisser comme un long fleuve tranquille. Non. Ils venaient se graver dans l’écorce de son cœur à l’aide d’un coutelas aiguisé, taché de sang, mais tellement prometteur…
Avec elle il s’approcha des vitres embuées de poussière. Collant presque son nez contre il tenta de discerner lesdites formes. Mais il avait du mal. Il ne percevait que des silhouettes fantômes qui se mouvaient en chœur, ballet de l’inconnu pourtant si proche. Peut-être était-ce un couple, en pleine dispute, ou deux amis, se baladant dans le parc, ou encore un élève qui rencontre son maître et qui voit pour la première fois sa voie briller dans des yeux, ou un seul –qui sait ?- qui ne lui appartiennent pas.
Puis il fixa le visage ravagé de Marlyn. Comme elle avait souffert ! Comme on voyait inscrit sur la totalité de son être la cruauté humaine ! Tout cela à quel prix ? Celui de la vérité ? Ou d’un autre but, équivalent à celui que cherchait le corbac ?
Devrait-il ainsi souffrir pour arriver au bout du chemin qu’il venait tout juste d’emprunter ? Si oui, il était prêt. Prêt à tout. Prêt pour le tout. Peut-être pas pour le rien.
Elle cherchait à lui dire quelque chose. Il le sentait. Et puis, pourquoi l’entrainait-elle, ainsi ? Pas pour la simple gentillesse. Non à cela il n’y croyait pas. Chaque homme avait en lui un bénéfice, un profit lorsqu’il s’alliait à un autre. Qu’attendait-elle de lui en retour ?
Comme si elle lisait dans ses pensées, la réponse sortit de ses lèvres blanches, franche et claire.

Les guildes. Il ne connaissait pas vraiment ce mot, cette notion, cette appartenance même. Il savait juste qu’Elera faisait partie de la guilde marchombre. Et que lui…
Le Chaos. L’idée lui avait plus que traverser l’esprit. Depuis sa rencontre avec son maitre, il s’était souvent interrogé sur la voie qu’il suivait à présent, sans vraiment oser mettre un mot dessus. Non pas que faire parti du Chaos le dérangeait. Il était prêt à tout. Mais qu’il ne savait guère où il se trouvait, qui il était, et à qui s’adresser. Et puis, le chaos était considéré comme le mal pour les autres. Alors les conséquences l’inquiétaient un peu, tout de même. Surtout l’allégeance, les autres membres qui ne seraient pas comme Marlyn. Qui ne l’aideraient pas. Et l’enchainerait.
Le mal ? Qu’est-ce qu’était réellement le mal ? Le contraire du bien. Et puis ? Le bien, ça ne veut rien dire.
Chaos et Harmonie n’étaient que des mots antonymes pour classer les hommes dans des cases définies, pour se donner un semblant de repère dans ce monde corrompu.

- J’attends de toi que tu comprennes que le bien et le mal sont les notions des faibles. Que derrière toute recherche de pouvoir ou de vérité, il y a une traînée de sang et de calomnies. Parfois un véritable …fleuve.

Elio acquiesça. Sa trainée de sang avait débuté par une goutte, avec le meurtre d’Evaine Derkan. Il n’était pas là pour tuer tout ce qui bougeait. Mais s’il lui fallait sortir son arc et perdre des flèches dans les corps agonisants de ses ennemis, il le ferait, sans regret.
Il était prêt pour le tout. Même si ce tout était plein de cadavres des épreuves et de fantômes du passé.
Combien d’hommes Marlyn avait-elle tué ?
L’apprenti guerrier secoua la tête. Il ne voulait pas le savoir. Peu importe ce qu’elle laissait derrière elle, seul comptait ce qu’elle dessinait devant leurs pas.


- J’attends de toi que tu n’aies plus à chercher mes enseignements un jour. Que tu sois. Que tu me sois.

Je suis.
Je suis Elio. Je suis faël. Et je suis homme.
Et je te suis.

Je te suis élève. Je te suis sur le chemin que tu me traces.

- Et toi, qu’attends-tu de moi, qui n'ai qu'une poignée d'années de plus que toi ? Quelle conception de l’avenir imagines-tu que je vais t’offrir ?

Je n’attends rien de toi.
Faux.
Il attendait bien plus qu’il ne voulait l’avouer, de cette femme.
Le visage toujours tourné vers l’horizon barré par la fenêtre, il s’exprima d’une voix rauque, presque un chuchotement.

-Je t’attends.

Sa main halée vint se poser sur la vitre glacée, essuyant avec elle les grains de poussière.

-Je t’attendais. Peu importe ton âge. C’est toi que j’attendais, pas ton âge. Tu vois cette poussière qui disparait d’un simple coup de main ? Je veux être comme elle. Être infime, brouiller la vue des autres, disparaitre en une seconde, et pourtant rester présent, accroché, collé ( scotché :arrow : ) à celui qui a cru me vaincre.

Sur ces mots il lui montra sa main, devenue blanchâtre, grise, peinte par la poussière.

-Je veux savoir. Je veux que tu m’aides à découvrir ce qu’il s’est passé le jour où ma mère est morte. Je sais que ce n’est pas un accident. Ce que je ne sais pas, c’est qui est le coupable, et pourquoi.

Sa main se replia en un poing, qu’il abattit sur le vitrage avec force.

-Je veux pouvoir serrer entre mes mains le cou de cette crevure, et lui faire gouter son propre sang en guise de dernier repas.

Ses yeux bleus, devenus acier, se tournèrent vers son maitre, pour se planter avec le froid d’un poignard dans son unique océan.

-Je veux me faire illusion, pour découvrir la vérité.

Il ne parlait plus. Il crachait ses mots, tant la haine et la rage prenait le dessus.
Aide-moi.
En échange je te suis, totalement. mais ça, tu le sais.

-Je veux faire tomber les masques. Et le rideau s’il le faut avec.

Il était prêt à tout. Et pour le tout. Mais pas pour le rien.
La mort ne faisait pas partie du rien.
L’ignorance et l’échec, si.


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MessageSujet: Re: Pour que je puisse devenir l'ombre et la flèche de ton arc... [Terminé]   Lun 23 Aoû 2010 - 6:15

[J'suis un peu partie en live, dis-moi si ça te gêne, et je change ! ]

Ah, ce double regard aux teintes de ciel posés sur elle, comme il ruisselait de questions ! C’était tellement jouissif de s’imaginer lecteur des yeux, de pouvoir déceler les sentiments dans un battement de cils – un claquement de tempes ?
Il avait peur de devenir comme Marlyn, et ça se voyait. Qui souhaitait son destin, après tout ? Même elle ne voulait pas ce corps auquel son âme était attachée par les liens de la vie. Qu’Elio ne veuille pas avoir à subir l’éclatement de son visage et le morcèlement de ses muscles pour atteindre son but, c’était normal. Il n’y avait aucune faiblesse à blâmer dans cet éclat inquiet. Il avait peur. Ca ne voulait pas dire qu’il n’y était pas préparé. Son but était plus puissant que le reste de son corps ; l’abstrait vainquait l’univers et sacrifiait le concret sur l’autel du désiré.

A méditer.

Le jeu exquis des mots rendait l’échange transcendant ; car des mille interprétations de leurs mots, rien n’équivalait la vérité des regards ! La tempête océane qui balayait les iris d’Elio et lui donnaient l’éclat farouche de la lutte… Elle avait, décidément, bien choisi à qui se lier. Sans Chaos pour lui brouiller la conception du monde, il nourrissait son propre but, chérissait ses propres vengeances sur la liste encore incomplète de ses meurtres. En cela, il était intéressant. Et différent. Un coin de l’esprit de Marlyn revint à l’assaut, celui qui s’appelait jalousie et se donnait le pseudonyme de conscience, qu’elle chassait d’un battement de cils comme une main chassa un moucheron. Ils étaient si différents, le Maître et l’élève, tous deux le regard ébloui par le soleil filtré de poussière.
Il avait un but. Qui lui rongeait l’avenir et distillait ses sens pour l’amener à s’allier avec les ténèbres. Elle n’en avait pas eu. Ca lui avait coûté le passé. Sa conscience aux flammes si belliqueuses, quand elle avait le même âge qu’Elio, s’éparpillait à des velléités vaniteuses, tandis qu’elle cherchait un objectif auquel vouer son existence, ou au moins son futur proche. Et quand elle avait trouvé cette fin, elle s’y était brûlée, y avait laissé un œil, des nerfs, l’univers, par morcèlement.
Mais ça ne se reproduirait plus. Maintenant qu’elle s’était aiguisée pour former l’arme parfaite, celle qui s’ajustait parfaitement à la main de son Maître à elle. Son but : les siens. Et ça lui convenait, car elle avait laissé trop d’ambitions dans la torture pour subvenir à ses propres buts.
Elio, lui, avait encore toute la vie devant lui pour les accomplir, et la volonté de Sareyn n’était pas de lui ôter par une emprise trop forte. Leur alliance était un jeu, qu’elle ferait durer le plus longtemps possible. Dont elle fixait les règles, dont il choisissait les objectifs.

Mais il s’emportait ; le vent de la colère et de la haine soufflaient dans la pièce, et la poussière soulevée par un coup de poing rageur voleta autour d’eux ; chape de brume qui obstruait le raisonnement du petit blond, masqua le rictus machinal de la Mentaï. Pendant qu’il exultait sa colère à poumons ouverts, elle se levait, sans sembler éprouver le moindre sentiment, mais l’œil résolument fixé sur son élève. C’était une sensation étrange de pouvoir comprendre sa haine, de connaître les terribles tempêtes de l’agonie colérique ;
Mais de ne pas en saisir les motifs.
La main de Marlyn s’abattit sans douceur ni violence sur l’épaule d’Elio, l’obligeant à s’immobiliser, à reprendre un souffle égal, à oublier de s’éparpiller. Elle le regardait d’un œil compatissant, devant cette jeunesse si fougueuse ; dont elle était si proche, et pourtant si loin.
Mais il ne semblait même pas la sentir, continuant de cracher un venin dont il ne connaissait même pas le danger, et qui pouvait se retourner dans sa bouche sans qu’il y prenne garde. Il avait le temps d’apprendre, c’était certain, mais elle aussi avait eu le temps d’apprendre, et avait fait l’erreur de ne pas être patiente. Et ça se voyait sur son visage fendu. A l’instant, c’était inutile de vouloir raisonner Elio par de simples paroles, lui que l’envie de vengeance rendait belliqueux, d’une belle bravade à l’ennemi invisible. Elle n’avait pas le choix. Les Spires s’ouvraient difficilement, parce qu’elle devait garder son attention fixée sur Elio pour éviter qu’il n’aille trop loin, et parce qu’elle avait déjà utilisé son énergie plus tôt dans la journée.
Incapable de recréer un corps, Marlyn fit basculer une atmosphère dans la réalité. Une illusion invisible composée des souvenirs d’Elio qu’elle avait volés dans son esprit : le sentiment d’apaisement, le parfum qu’avait sa mère dans son souvenir, la chaleur d’une étreinte, le repos. C’était difficile à maintenir et les ongles de Marlyn s’enfoncèrent inégalement dans la tunique de son élève, sans qu’elle le veuille. Mais, poussant plus loin le sacrifice de sa fatigue, elle recréa dans la tête du Corbac blond des bribes de voix, qu’elle calquait sur ce qu’elle savait de la mère d’Elio. Lui disait par syllabes de se calmer, comme on disait « Shhh » à un enfant pour l’endormir et l’apaiser d’un cauchemar troublant.

Enfin, il semblait se calmer, ses épaules semblaient moins chargées de colère sous les doigts de la Mentaï. Quelques secondes pour qu’ils regardent en silence, et le dessin se délita sous le manque d’énergie. Tous deux avaient la poitrine qui se soulevait inégalement : Elio de colère, Marlyn de fatigue, et d’une pointe de triomphe.


- Je peux maintenir l’illusion le temps que tu découvres la vérité, Elio.

C’était une offre déguisée, qu’elle doutait qu’il accepterait. Mais après tout, elle n’y comprenait rien à l’amour familial. Ne pouvait concevoir qu’on puisse s’accrocher à des bribes de souvenirs recréés par le dessin, qu’on puisse aimer des parents morts depuis longtemps.. Tout le monde était différent. Elle reprit son souffle, mais comme elle craignait qu’il se s’échauffe de nouveau si elle enlevait ses doigts, elle raffermit sa prise rassurante sur l’épaule de son élève, et reprit la parole :

- Je sais que tu as peur de l’échec, mais la colère aveugle et détourne de son but ! Sers-toi de ta colère, mais ne laisse pas la colère se servir de toi, jamais. Je suis l’exemple mort-vivant de la haine sans but et de la rage qu’on éparpille. Ne fais pas les mêmes erreurs que moi…

Les grands discours étant généralement ceux qui étaient le moins suivis, elle s’arrêta. Elle aurait pu lui donner mille conseils sur la manière de gérer la colère, lui raconter comment elle avait appris à en faire une arme et non plus une source d’énergie. Mais ils auraient le temps pour ça, quand elle l’aiderait à accomplir une vengeance qui lui obstruait l’avenir…
Les yeux troublés du petit blond la questionnaient. Sur beaucoup de choses. Auxquelles elle n’avait probablement pas de réponse. Avec regret, elle quitta ses Spires gémissantes d’épuisement, ce monde qui n’appartenait qu’à elle et qu’elle avait partagé quelques secondes avec son élève.

- Je t’ai promis que je t’aiderai dans ta quête. Je peux le faire de beaucoup de manières. Mon premier souhait est de te maintenir envie et d’éviter que tu finisses comme un patchwork de cicatrices, que tu finisses comme moi. Je n’ai jamais fonctionné sur un but, mais tu te nourris du tien, et je peux t’apporter le réconfort de l’illusion. Qu’en dis-tu ?

Dans cette Académie putrescente, l’idée d’une occupation dans les Spires la ravissait. Elle aimait avoir un regard tourné vers l’extérieur, elle aimait savoir que bientôt, elle quitterait ces murs. Et qu’en attendant, elle pourrait se distraire à parcourir le destin d’Elio à son côté, la main sur son épaule et l’esprit infiltré dans le sien, comme un parasite.

- As-tu besoin de ta mère ?

Nourris-toi de ta mère, petit d'homme.
Et moi, je me nourrirai de toi.



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MessageSujet: Re: Pour que je puisse devenir l'ombre et la flèche de ton arc... [Terminé]   Mar 31 Aoû 2010 - 0:37


Elio bouillonnait. La colère et l’ambition l’emportait sur son calme froid. Il s’agitait et sentait son cœur s’affoler, se mettre au galop, prêt à partir pour la guerre, prêt à tout décimer sur son passage. Il s’enflammait, animé par le souffle de la vengeance.
La main de son maitre se posa sur son épaule, l’immobilisant quelque peu, mais ne parvenant pas à contrôler la fougue grandissante du corbac.
Jusqu’à ce qu’il la sente.
Elle.
Héliane.
Sa mère ! Il sentait la présence de sa mère à ses côtés !
Il se tut de suite, abasourdi, cherchant d’où venait cette sensation. Il comprit en sentant les doigts de Marlyn s’agripper à son épaule. Elle utilisait de nouveau ce magnifique pouvoir qui lui permettait de voir sa défunte mère ! Le dessin. C’était donc un dessin aussi la dernière fois ?!
Mais cette fois-ci il ne la distingua nulle part dans la pièce poussiéreuse. Par contre il flaira son parfum. Fermant les yeux, il inspira, s’appropriant cet arôme fruité, mélange d’herbe fraiche, de fruits rouges et sucrés, de savon aux agrumes et de grand air. Il s’enivra de cette effluve comme un homme s’enivre du parfum de sa femme mourante pour la garder à jamais avec lui.
Puis ce fut son étreinte. Ses bras fins et sa peau halée, si douce, qui le prenaient et l’enlaçaient, tout contre elle. Contre sa poitrine généreuse et qui dégageait tant de volupté et de chaleur maternelle. Ses bras à lui embrassèrent le vide, complètement annihilés par l’illusion.
Il voulait pouvoir poser sa tête blonde contre elle, se lover dans ses bras et s’endormir en toute quiétude, tant sa présence l’apaisait. Euphorique. Il était euphorique, il planait, goûtant à ce qu’il n’avait jamais eu. Ou du moins à ce qu’il ne se souvenait plus. Il lui semblait retomber en enfance, tout petit, dans les bras de sa mère, encore vivante, qui lui chantait des berceuses faëlles et qui lui parlait de la vie, le couvrant de baisers sur le front.
La voix d’Héliane vint alors chuchoter tout près de l’oreille d’Elio, le faisant tressaillir de bien-être. Elle l’invitait à sombrer dans le sommeil, à se calmer, comme on calme un enfant qui vient de faire un horrible cauchemar qui a réveillé toute sa famille en plein nuit par ses pleurs.


-Maman…gémit l’apprenti guerrier.

A cet instant il sut que si elle était encore là, chaque nuit il aurait fait semblant de faire un cauchemar, rien que pour retrouver cette étreinte et cette sensation, cette voix caressant son cœur avec un amour sain.
Puis tout disparu. Et il se retrouva, là, nu à l’intérieur, comme vide. Il jeta un coup d’œil à Marlyn. Alors que sa propre poitrine se soulevait sous l’émotion et la vague qui venait de noyer sa colère, la sienne à elle était haletante, comme éprise d’une grande fatigue. Il avait un jour entendu dire que le dessin épuisait les forces du propriétaire du don. Il en avait ici l’exemple, et fut reconnaissant envers la femme qui venait de s’affaiblir pour lui.


- Je peux maintenir l’illusion le temps que tu découvres la vérité, Elio.

Il ne put retenir un hoquet d’espoir, de joie et d’une demande non feinte à revoir, ressentir de suite cette illusion. Cependant il ne dit rien, réaliste sur le fait qu’elle ne pourrait recréer cette sublime magie de suite, et qu’elle n’en avait pas fini avec lui. En effet elle reprit la parole, resserrant son étreinte sur son épaule, comme par peur qu’il ne s’égare dans le sentiment passé de l’illusion ou qu’il ne s’échauffe à nouveau. Ses mots confirmèrent sa deuxième théorie. Il était bien trop impulsif et coléreux. Et selon elle, cela pourrait nuire à son but. Il se promit alors de faire des efforts, pour se concentrer et ne pas se détourner du chemin choisi.
Ses yeux allaient et venaient, brillant d’admiration et d’émoi devant ce Maitre de l’illusion, cette magicienne !
Comment ?
Comment pouvait-elle réussir pareil miracle ?
Pourquoi ? Pourquoi lui proposer une offre si alléchante, alors qu’il n’avait encore rien fait pour elle ?

Et pourquoi ne lui avait-on jamais dit qu'on pouvait accueillir les morts en soi, de si belle manière?
L’illusionniste reprit la parole, toujours calme et maintenant à présent Elio par le seul regard.
Sa proposition aliénait le demi-faël. Se nourrir de son but, et carburer à l’illusion maternelle.
Ce n’était certes qu’une illusion. Mais là, maintenant, il n’en avait que faire. Le ressenti était si puissant, qu’il se sentait déjà en manque de cet ébranlement, si troublant, mais tant jouissif !
Après tout, ne voulait-il pas, lui-même devenir illusion ? Alors ensemble, sa mère et lui, ils seraient deux illusions retrouvées, qui s’aiment, même à travers la mort.

- As-tu besoin de ta mère ?

Ses bras cherchèrent le vide enlacé plus tôt, et se resserrèrent contre son torse.

-Oui !

Il voulait cette illusion. Il voulait s’en nourrir, comme on se nourrit d’une drogue. Il voulait pouvoir ne faire qu’un avec elle. Il voulait flirter avec la mort illusionnée.

Nourris-moi d’Elle.
Et tu pourras te nourrir de moi.

Alors il leva un visage timide vers son maitre :

-Quand pourrais-je la revoir ?

Comme un gamin qui réclame une sucrerie à ses parents.


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MessageSujet: Re: Pour que je puisse devenir l'ombre et la flèche de ton arc... [Terminé]   Dim 3 Oct 2010 - 17:56

De l'extase de l’irréel crocheté en vrilles hurlantes le long de la moelle ; déchirement.

- Pas maintenant.

Des angles abrupts perçaient aux contours de ses mots , à l’image du forcené dont les poings frappent contre le métal de sa folie et en déforme les contours de ses jointures. C’était involontaire mais terriblement vrai, une once de véracité qui s’arrachait aux subtilités, un élan de passé qui déchirait l’image qu’elle donnait.
Oh, juste une fraction de seconde, de sorte qu’elle-même avait eu du mal à remarquer le moindre changement de tempo entre le présent et l’instant. Qu’il était improbable qu’ils y prêtent attention, qu’Elio en retienne un danger ou un apprentissage, que le monde en soit transcendé. Mais le signal était lancé, le tocsin sonné :

Il était temps qu’elle prenne congé. Une grisaille légère embrumait le soleil et générait sur le parquet poli des tâches luminescentes à moitié mortes, pas assez lumineuses pour rappeler des vitraux, trop présentes pour être oubliées. Trop futiles pour qu’elle y prenne attention plus de quelques secondes, pour qu’elle parte dans une envolée lyrico-dramatique sur le temps qui passe, le cours de la monnaie en Gwendalavir et les temps qui changeaient. Elio attendait une explication au rasoir qui avait tranché ses désirs, à la remise au futur de son plongeon dans le passé. Une explication qui évidemment, exclurait ses propres limites, les neurones qui protestaient et les anciennes blessures qui clôturaient son dessin à la peur d’une crise.
L’apocalypse au point zéro.
Non bien sûr, elle ne pouvait expliquer à son élève –son déversoir d’Imagination- quels effets provoquaient l’incarnation du passé dans son corps,à quel point les anciens coups avaient endommagé son cortex pour le laisser meurtri à la première évasion. Elle ne pouvait expliquer quelle sensation de délitement que ressentaient le Dessinateur qui se perdait dans le labyrinthe des Spires.
Tout comme lui jamais ne pourrait lui faire conceptualiser qu’on souhaite embrasser le fantôme de sa famille, qu’on souhaite se rappeler un passé. A chacun son monde, et aux mensonges le devoir de tisser des liens entre les univers.

- Ce serait mauvais d’oublier la réalité trop souvent. Et je ne suis pas toute puissante, le dessin a un prix.

Quant aux détails de ce prix, il n’avait pas besoin de les connaitre. Il pouvait en deviner quelques prémices s’il remarquait la paupière de la Mentaï qui se plissait légèrement au retour du soleil, la main qui s’était posée sur une table proche pour conserver son équilibre, ou sa respiration trop maitrisée. L’utilisation trop intensive du dessin apportait une mauvaise fin de journée, mais l’insidieuse maladie n’était pas assez subite pour qu’elle doive se précipiter hors de la pièce à la recherche de son poison/traitement. Elle n’avait rien de Valen, ELLE. Elle prendrait congé dans les règles, et au démon les futures minutes de douleur. La jeune femme se redressa, les bras croisés,détachant chaque parcelle de son être de l’Imagination qui l’appelait,écorchée, comme une drogue renouvelée dans un esprit en manque. Combien d’heure savait-elle du s’abstraire des belles Spires ces derniers mois pour le Chaos ?Trop pour les compter, trop à rattraper quand tout serait fini.

Au loin de son mental se dessinait le futur, le monde en dehors de l’Académie : la possibilité de renaître. Quand elle serait partie, quand elle n’aurait plus la contrariété de la gestion de l’école, quand enfin elle disposerait de son temps… Les rêveurs auraient sa visite. Elle avait assez attendu. Les mots du vieux rêveur d’Ondiane lui revenaient à l’esprit. « Je ne peux te soigner entièrement, tes blessures sont trop récentes. Attends quelques années. Puis nous te réparerons complètement. » Elle avait assez attendu donc, elle avait assez souffert des restrictions de son esprit, des lésions internes qui restaient à son crâne, à ses organes : il était temps qu’elle retrouve son corps. Que son visage, l’œil manquant et la cicatrice qui lui fendait la joue restent les seuls témoins de sa déchéance, que le reste,enfin, disparaisse dans les souvenirs et lui rendent sa puissance.
Mais il fallait encore attendre de pouvoir partir. Il fallait encore jouer ce rôle. Marlyn reprit ses esprits et reporta son attention sur l’élève qu’elle avait négligé quelques minutes, dans sa considération intérieure. Deviens l’ombre et la flèche de mon arc, mais attends que l’arc soit tendu et que la corde, débarrassée des mites qui la rongent,recouvre son plein potentiel.

- Restons-en là pour aujourd’hui. Je peux communiquer avec toi directement dans ton esprit, si tu me laisses entrer. Tu comprendras exactement ce que je veux dire quand ça arrivera.

Sur ces entrefaits, elle se dirigea vers la porte – il ne la suivrait pas, il avait compris que c’était la séparation et attendrait quelques minutes pour ne pas paraître suspect-. La main tordue sur la poignée, elle réfléchit. A quelle fréquence le reverrait-elle ? Tant de paramètres en dépendaient.. Mais un était sûr : le Chaos ne resterait plus longtemps en place. Et même si elle ne pouvait prévoir exactement le temps que ça prendrait à ces idiots de l’Académie pour se rebeller, ça arriverait. Mieux valait prévenir les potentielles bêtises qu’un élève trop impétueux pouvait faire dans ces conditions.

- Oh, et Elio.. Je n’existe pas. N’est-ce pas ? Quelle que soit la suite des évènements, tu ne m’as jamais rencontrée.

(Rp terminé)


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