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 J'apprendrais à lire dans ton regard... [Terminé]

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Mercenaire du Chaos et Maître de la boutique du Talion
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MessageSujet: J'apprendrais à lire dans ton regard... [Terminé]   Mer 13 Jan 2010 - 21:46

[Rp romantique.]

Une ombre se glisse parmi les cibles figées au sol du clos d'exercice. Elle parcourt une dizaine de mètre, se fige aux côtés d'un poteau, délimitant le terrain d'entrainement. La nuit fait progressivement place au jour... Le ciel se teinte de rose et d'ocre... Des affaires tombent à terre, dans un bruit sourd. Une flèche est encochée, prisonnière de l'arc en bois, lui-même aux mains d'un jeune homme. Ce dernier relève son visage fin, et l'ombre devient personne...

-Je m'appelle Elio Tharön, et le sang faël coule dans mes veines!

Le corbac parlait seul, il le savait et ça ne le dérangeait absolument pas. Il avait toujours préféré la solitude, sauf quand Elle était là! Mais Elera l'avait laissé, accompagnant Julia et le rêveur à Eoliane...Et en guise d'au revoir elle lui avait offert un baiser!
Un sourire niais apparut sur la mine d'ordinaire bougonne du garçon.
La prise sur la flèche se desserra. Il corrigea cette erreur de suite, retrouvant sa concentration.

-Leçon numéro une: ne jamais baisser sa garde pour une fille!

-Leçon numéro deux: ne pas penser à Elle durant les entrainements!

Il rit de sa bêtise, sans se soucier d'un éventuel élève qui pourrait passer et le prendre pour fou. Il se contrefichait de tout.
Il était amoureux. Son coeur qui battait la chamade ne lui laissait aucun doute là-dessus!
Amoureux et faël.
Enfin demi-faël...Mais ça n'avait pas d'importance! Il était bien le fils de sa mère!
Ses doigts se déplièrent, et la pointe fusa...

......

......

Et se planta au centre de la cible.
Sourire fugace sur l'expression neutre d'un jeune homme empli de fierté.
Voilà presque un an qu'il était arrivé à l'Académie...Il n'avait rien découvert d'extraordinaire et d'utile sur sa mère, mais il avait gagné en expérience et en assurance. Ses muscles prenaient à présent des formes plus achevées, moins frêles...son corps devenait homme petit à petit... Atteindre sa majorité ne lui avait toutefois pas apporté plus grande maturité.
Il n'arrivait toujours pas à pardonner son père, malgré les conseils d'Elera. Chaque fois qu'il s'y essayait, sa colère reprenait le dessus, et généralement l'emportait.

Il s'entraina durant quelques minutes, puis fatigué de ne rater que très rarement sa cible, en fait à chaque fois qu'il donnait trop de liberté à ses pensées, celles-ci galopant vers une certaine marchombre, il s'assit dans l'herbe, soupirant du manque de sa bien-aimée.
Il aurait tant aimé lui parler, l'embrasser à son tour, suite à l'évènement de ce matin...Mais elle était partie.
Et le problème résidait dans le fait qu'il ne savait absolument pas quand elle allait revenir!
Ses yeux bleus se levèrent instinctivement vers le ciel d'ambre.

-M'man?

Lui parler à elle? Là, maintenant? L'entendrait-elle?
Pourquoi pas...

-M'man...Tu...Moi aussi j'suis archer, 'fin bon archer apparemment...Je tiens ça de toi, je le sais, papa disait toujours que tu étais excellente archère! J'crois que c'est une caractéristique des faëls, non?

Il soupira.

-M'man? J'ai...

Il crut entendre des pas, un frôlement dans la prairie qui entourait l'enclos. Il n'y prit pas garde.

-M'man, j'ai besoin de toi!


_______________

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Marchombre
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MessageSujet: Re: J'apprendrais à lire dans ton regard... [Terminé]   Ven 15 Jan 2010 - 21:12

La fatigue était comme un voile, ou plusieurs plutôt. Le premier, déposé sur ses épaules, l’avait réconforté, protégé contre la brise glacée des événements. Le deuxième l’avait réchauffée aussi, l’emmenant dans un cocon de chaleur alors que la fatigue l’empêchait de penser correctement à ce qui s’était passé, lui offrant un moyen de fuite pour lequel elle ressentait de la gratitude. Mais alors que les heures défilaient et que les voiles se faisaient de plus en plus lourds, elle avait été incapable de tenir debout plus longtemps. Après le retour d’Evaine, elle avait accompagné Julia et Mael à Eoliane, découvrant ainsi que Locktar et Winry étaient encore en vie, eux aussi… Puis elle était revenue, et s’était de suite rendue à la tour Marchombre. Là, elle avait attendue longtemps au chevet de son Maître, mais Ena ne s’était pas réveillée. Sa blessure au flanc était assez profonde, et l’apprenti rêveur qu’elle avait croisé en montant les escaliers, et qui était vite fait allé voir dans quel état était Ena avant de repartir s’occuper d’autres blessés, lui avait dit qu’elle ne risquait pas de se réveiller avant un long moment. Elera avait attendu quand même… Les yeux fixés sur le paysage qui perçait à travers la fenêtre, elle avait laissé ses pensées vagabonder d’horreur en horreur, inerte, incapable de réagir, de s’arrêter ou même de contrôler cette chute sanglante.

Et elle s’était endormie. Là, assise sur la chaise, le menton entre les mains. Elle ne savait pas quand est-ce que le paysage avait disparu pour faire place à l’obscurité qui se cachait sous ses paupières, ni quand le ravage de ses pensées turbulentes n’était devenu qu’un fin bourdonnement avant qu’elle ne l'entende plus du tout. La Dame ne prévenait pas en emmenant les enfants dans le monde des rêves ; personne ne la voyait arriver, personne ne la voyait repartir, voguant entre deux mondes avant de se réveiller tout à fait dans l’un ou dans l’autre. C’est dans celui de la Dame qu’Elera reprit d’abord conscience, son monde d’étoiles et de rêves, et, pour aujourd’hui du moins, de cauchemars.

*
Il y avait une statue. Géante. Une statue de pierre noirâtre aux lignes marbrées, avec un sceptre dans la main dont Elera ne voyait pas le bout. Enfin, si, elle le voyait, de ses yeux de fantôme qui survolait la scène. Mais l’Elera au pied de la statue ne les voyait pas, ne voyait pas le visage de la statue non plus. Pourtant elle savait que c’était Marlyn, même si elle ne lui ressemblait pas du tout. Le sceptre était pointé vers elle, et la voix résonnait de partout.

- J’ai gagné, Elera. Tu avais tort. Sur tout.
- Non…
- Tu avais tort, et tu vas tout perdre. Que dis-je, tu as déjà tout perdu…
- Non… J’ai encore ma queue !
- Tu n’as jamais eu de queue, Elera.

Et là, elle se retournait, et la statue avait raison.

- Non ! J'ai promis que...
- Tu rejoindras tes promesses en enfer !
- Nooooon !

Et sous le ricanement de la statue, le sol disparaissait, et comme elle n’avait pas de queue, elle ne pouvait pas se rattraper et elle tombait tombait tombait tombait seule, la luciole violette qui l’accompagnait dans la grotte volant en haut en se moquant d’elle… Elle était devant une rivière, et au milieu de la rivière, Khelia. Elera lui tendait la main, essayant de l’empêcher de dériver, et quand Khelia lui tint enfin la main et qu’elle s’apprêtait à la tirer en sécurité, ces yeux devenaient noirs et la voix de Marlyn, encore, échappait ses lèvres.

- Je reviens des profondeurs les plus noirs, des douleurs les plus sombres, pour vous tuer, tous.

Les mots que Marlyn avait prononcé pendant la bataille hantait son rêve. Au lieu de tirer Khelia en sécurité, c’est Khelia qui la tirait à l’eau, et elle se noyait. Entre les courants, elle voyait des visages. Kirfdéin. Valen. Einar. Silind. Ena. Anael. Ils la regardaient, de ce regard gris et vide, et un murmure se noyait avec elle. Tu m’as tué, ils répétaient tous. Tu m’as tué. Elle voulait leur répondre, leur répondre que non, mais l’eau lui emplissait la bouche et les narines, et elle ne pouvait pas. L’eau devenait sac qui l’étouffait, et puis quelqu’un le retirait de sur sa tête et elle pouvait respirer à nouveau. Peut-être qu’elle murmura merci, peut-être qu’elle le pensa juste, mais quand elle se retourna, ce fut pour tomber sur un Elio au sourire niais. Elle souriait, heureuse, tendait la main vers lui. Il reculait d’un pas et le dédain traversait ses traits.

- Tu n’es rien pour moi.

Silence.

- Tu m’as tuée, moi aussi. Tu m’as blessée. Tu m’as aveuglée. Traître…

La voix de Marlyn dans sa bouche, à nouveau, et elle n’était plus sûre de savoir pour qui elle n’était rien.

- Ce n’était pas moi, pas moi, pas moi…
*

La main du rêveur sur son épaule la réveilla en sursaut. Il lui lança un regard plein de pitié, et elle se demanda ce qu’elle avait bien pu crier pour qu’il la regarde comme ça… Cela faisait tellement longtemps qu’elle n’avait pas eu de cauchemar. Elle ne pouvait même pas se souvenir d’en avoir déjà faits… Ses yeux s’enfuirent vers la fenêtre, pour n’y trouver qu’un ciel pâle aux reflets d'ambre et aux nuages gris étirés. Le soir, déjà ? Le soir de quoi ? De la veille, de cette matinée, du lendemain de ce jour fatidique, à moins que deux jours ne se soient écoulés déjà ? Peu importait, puisque ces heures passées chez la Dame n’avaient pas été passées ici, et n’existaient donc pas pour elle qui ne les avait pas vécues. Elle avait mal au crâne. Mal au crâne et mal au cœur. Ses muscles étaient tout noués, et son corps cria grâce lorsqu’elle se leva, titubante, pas encore remise des combats et des blessures. Elle avait une crampe à la jambe. Et elle devait trouver Elio. Savoir si la fin de ce rêve… Savoir si elle l’avait perdu, lui aussi, après l’avoir embrassé.

C’était la première fois qu’elle embrassait quelqu’un. Elle n’avait pas réfléchi. Juste eu envie, et réagi. Naturellement. Et maintenant, elle se demandait si elle n’avait pas ajouté une erreur à la longue liste qui se déroulait dans sa tête. Mais non… Il l’avait regardé avec tellement de tendresse, après… Les yeux gris et vides de son rêve se superposèrent à l’image d’Elio dans sa tête, et elle battit des paupières. Il fallait qu’elle le trouve. Absolument. Et c’est ce qu’elle fit, dans le clos d’exercices. Un sourire triste se peignit sur son visage, et elle sauta au dessus de la barrière. Elle jeta un coup d’œil à la cible, levant les sourcils comme Hermione faiblement en voyant que toutes les flèches ou presque se trouvaient au centre, puis s’approcha d’Elio. En entendant ses mots, elle s’immobilisa, ne sachant pas trop comment réagir. Une partie d’elle-même était rassurée de le retrouver comme il avait toujours été, avec toujours les mêmes buts, les mêmes besoins et le même visage… L’autre en soupirait, incapable de comprendre comment il pouvait rester si inchangé après tout ce qui s’était passé. Elle voulait faire demi-tour, partir, le laisser seul avec les étoiles, et elle voulait s’allonger dans l’herbe à côté de lui, aussi, et babiller, babiller jusqu’à ce que son âme soit entièrement vide. Elle ne comprenait rien. Ni ce qu’elle ressentait pour Elio, ni pourquoi, ni son rêve, ni la bataille ni Marlyn ni Ena ni Anael ni le Chaos ni l’Harmonie ni les flèches alignées au centre de la cible ni le vent et le ciel ni la terre ni l’amour. Elle qui cherchait toujours à comprendre et qui se sentait si sure d’elle, elle n’était plus qu’une minuscule brindille sur le point de se rompre, incapable de se mesurer au vent… Son murmure brisé éclata aux oreilles du guerrier juste avant qu’elle ne se laisse tomber assise par terre, les larmes menaçant de noyer son visage.

- Et moi, j’ai besoin de toi.

Une phrase qui se heurtait à tous ses principes avec autant de fracas que les armes de deux adversaires féroces.

Elle n’avait pas besoin des autres. Elle voulait être avec eux, mais elle n’avait pas besoin d’eux, et était libre de partir à tout instant...

Mais cette nuit, sous les rayons du croissant de lune et du demi-cercle du soleil qui les espionnaient chacun de leur côté de derrière leur nuage de vent et d'eau, elle avait besoin d’Elio. Elle avait besoin de ses yeux limpides qui la regardaient avec tant de tendresse, de sa colère sans but qui respirait la vie, de sa main dans la sienne qui lui promettait le monde, de la force de ses bras, de ses boutades qu’il essayait de rendre drôles avec un succès questionnable, des cris alors qu'ils s'éclaboussaient de l'eau froide du lac, des malheurs qui leurs arrivait toujours lorsqu’ils étaient ensemble, entre les grilles des cachots qui se ferment et la pluie qui les surprend dans les plaines et les batailles qui éclatent avant leur réveil, mais ce n'était pas grave, ils étaient ensemble, de son visage levé fièrement et qu’il ne baisserait jamais pour qui que ce soit, de ses lèvres à nouveau. Et s’il ne répondait pas, elle ne savait pas ce qu’il adviendrait…


[En espérant que ça te plait, et que tu attraperas les quelques références glissées entre les lignes angel ]

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Mercenaire du Chaos et Maître de la boutique du Talion
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MessageSujet: Re: J'apprendrais à lire dans ton regard... [Terminé]   Ven 22 Jan 2010 - 23:30

- Et moi, j’ai besoin de toi.

Elio sursauta, poussant un cri. Il ne s’attendait pas à la présence si soudaine d’une personne à ses côtés. Il se retourna, prêt à reprocher à la personne concernée de lui avoir fait une telle frayeur. Et se figea.
Elle était là, devant lui, le fixant de ses magnifiques yeux violets. Mais ce qui le surprenait le plus était l’expression de son visage. Fatigué. Voire même triste. Le sourire habituel d’allégresse avait disparu. Elle se laissa tomber à ses côtés, et il sentit qu’elle n’était pas bien.
Pas bien du tout !
Alors il lui prit la main, et posa sa tête tout près de la sienne. Il roula sur le côté, et de sa deuxième main, lui caressa le visage et sa chevelure. De ses doits il traça une courbe sur la joue de sa compagne, jouant avec les formes de ses pommettes. Il approcha ses lèvres de l’oreille d’Elera et murmura :

-Je suis là…

Il voulut rajouter trois mots, mais en fut incapable. Cherchant le courage, il continua son chemin sur la figure de la marchombre, lui frôlant ses paupières, son nez, ses lèvres.
Trois mots.
Elle en avait besoin.
Il le devinait.
Et pourtant rien ne voulait sortir de plus !
Il voulait qu’elle sache. Qu’elle sache ce qu’il ressentait à ses côtés. Ce tremblement soudain, alors qu’il n’avait pas froid, bien au contraire. L’accélération des battements de son cœur, cette impression qu’une horloge a remplacé son organe principal, et que les aiguilles s’affolent…ne sachant même plus dans quel sens elles tournent ! Le sang qui monte aux tempes, au visage, et les poils qui se dressent dans l’échine du dos. Cette peur soudaine que ce ne soit qu’un rêve, et que d’un moment à l’autre la personne aimée disparaisse dans les brumes du souvenir…Ce plomb qui l’empêche de faire le moindre pas sans manquer de se casser la figure… La boule dans la gorge lui interdisant de sortir une simple parole…Et cette envie…Cette envie de la prendre dans ses bras, de l’attirer contre lui, de lui susurrer mille mots, et la volonté de pouvoir stopper le temps, empêcher les heures de s’écouler afin de rester à jamais avec elle. Même dans le silence le plus total…
Il continuait de la caresser, tout en se demandant comment il pourrait bien lui dire.
Peut-être fallait-il se taire ? Se contenter de la regarder, et de lui exprimer avec ses yeux l’amour qu’il lui portait.
Il vit alors une larme couler sur la joue d’Elera. D’abord surpris, puis peiné, les questions se bousculèrent dans sa tête. Etait-ce de sa faute ? Non, c’était égoïste de penser ça en premier, il avait dû se passer quelque chose lors de sa route à Eoliane. Elera ne pleurerait pas pour lui !
Quoi qu’il en soit il cueillit la goutte salée du bout de son doigt, et ramena le visage attristé de son amie vers lui. Il s’approcha tout près, ses lèvres pouvaient presque frôler les siennes. Ne sachant quoi dire, il lui sourit. Un sourire réconfortant, lui disant : « je suis là, et cela pour toujours ! »
Puis il colla avec douceur sa bouche sur la sienne, oubliant toute timidité et touts doutes. Le baiser était humide. Elle avait pleuré. Il ne l’avait pourtant pas remarqué jusqu’à la larme ! Il s’efforça, bien que ce fusse sa première expérience, de donner toute la tendresse possible dans ce baiser, sa main sur sa joue. Puis il se recula, sourit de nouveau et, se redressant, la prit dans ses bras, plaçant sa tête sur ses genoux, tel un enfant que l’on console.

La nuit tombait, le ciel ocre devenait indigo. Quelques étoiles apparaissaient, donnant naissance à des scintillements féeriques.

-Regarde ! dit-il, regarde bien le ciel. La nuit n’est pas encore tombée que déjà les étoiles brillent…

Sa main passa dans la chevelure rousse.

-De même, qu’importe la nuit qui nous envahira, qu’importe l’obscurité qui prendra le dessus de ce monde, il y aura toujours des étoiles prêtes à te guider, où que tu ailles, et quoi que tu fasses. Elles sont déjà présentes, elles t’illuminent chaque jour. Sauf que tu ne les vois pas parce qu’il fait jour et que la lumière du soleil te rend aveugle de ces êtres protecteurs de la nuit. Mais crois-moi, elles seront présentes lorsque la pénombre viendra à toi.

Il laissa le silence planer sur sa tirade. Il n’avait pas l’habitude de parler sérieusement sans s’énerver, sans bégayer. Ce n’était pas même une question d’habitude, il ne l’avait jamais fait !
Mais avec Elera tout était si différent !

-Et moi je serais toujours là, comme elles…Toujours, mort ou vif je serais là à veiller sur toi ! Afin que tu ne t’éteignes jamais !

Il posa un bref baiser sur son crâne, et continua ses gestes amoureux.



[Désolé du retard! Edition à volonté Smile ]


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Marchombre
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MessageSujet: Re: J'apprendrais à lire dans ton regard... [Terminé]   Dim 24 Jan 2010 - 16:32

[Quoi, du retard ? 7 jours ? Ne t’excuse-pas, voyons ! Ca me fait quoi, 7 points d’avance ? Twisted Evil "Cette impression qu’une horloge a remplacé son organe principal, et que les aiguilles s’affolent…ne sachant même plus dans quel sens elles tournent !" I love you]

Je suis là.

Trois mots qui se déversèrent en elle telle une pluie purifiant les affres de la corruption et diluant les miasmes de la haine, porteuse du soulagement des paysans qui regardaient périr leurs champs asséchés et les voient doucement renaître et du bonheur de ceux qui, perdus dans le désert, ne savent s’ils doivent croire à cette chance prodigieuse. Les mots glissèrent en elle, et après avoir passé une journée entière à marcher sur le fil tenu de son intégralité, à essayer d’être forte, de ne pas tomber en éclats et de ne pas succomber au chagrin comme tellement d’autres êtres brisés autour d’elle, elle se laissa enfin aller sur l’épaule d’Elio. Les mains rassurantes du Corbac chassèrent les souvenirs, les Raïs, l’image d’une greffe enflammée restée éclatante dans son esprit, les mots d’acier qu’elle avait craché au retour de Julia, Ena contre le mur et son sang qui se répandait dans le couloir, comme un fleuve coulant hors de la plaie béante de son flan, les yeux d’Anael qu’elle n’arrivait pas à lire, la mort d’Ervy, les regards hagards des Rêveurs épuisés, le masque souriant qui l’avait laissée au sol, la dernière vision de la chevelure blanche de son apprenti et, finalement, dernière image qu’il réussit à chasser comme le vent la brume, Marlyn. Toutes ses émotions, sa fatigue, sa tristesse, son désespoir, coulèrent comme l’eau de pluie ruisselle au bord des rues cahotantes, transportées par une seule larme qui suivit la courbe de sa joue.

Elle ne resta pas longtemps là ; comme tout le reste, Elio la recueillit sur le bout de son doigt, et la larme éclata. Elle se dispersa pour n’exister plus qu’à travers l’humidité au bout de l’index du jeune homme, puis l’air emporta les derniers restes et Elera se laissa aller contre lui. Vidée. Vidée des événements passés, remplacés à présent par trois mots et une caresse. Je suis là. Il était là, et tout irait bien. Il n’y avait plus que Lui, ses caresses apaisantes, son regard qui voulait tant dire. Celui d’Elera répondait silencieusement, lui aussi. Ne le dis pas. Ne le dis pas, s’il te plait. Je le sais, tu le sais, et cela suffit bien. Plus tard, on pourra percer l’air de nos déclarations, mais là, maintenant, j’ai mal, et je ne veux pas teindre ces mots de douleur… Elle ferma les yeux. Comme s’il avait réussit à lire dans son regard, il ne les dit pas, ces trois mots auxquels ils se raccrochaient tous les deux. Ou plutôt, il les dit en silence… Ses lèvres se posèrent sur celles de la Marchombre, et elle répondit à son baiser, une main dans son dos, l’autre derrière son cou. Leur premier baiser avait été court, fugace, volé au Temps qui était au carnage au milieu des vivants blessés et des morts pas encore enterrés. Celui-ci, au contraire, faisait parti d’un monde qui n’appartenait qu’à eux, entre l’herbe et les étoiles, et dans ses bras, elle oubliait le feu qui avait flambé si peu de temps auparavant aux portes de l’Académie. Elle sentit ses joues se teindre de rouge, et une vague de chaleur la submergea, alors que l’électricité dansait au bout de ses doigts étonnés. La sensation était nouvelle, mais semblait aussi… naturelle. Ils s’éloignèrent, mais il ne la lâcha pas, et elle lui en fut reconnaissante.

Assis dans l’herbe l’un contre l’autre, leurs regards jumeaux étaient plongés dans ce ciel bleu ténèbres où le soleil disparu utilisait les derniers rayons qui parvenaient jusqu’à eux pour colorer d’un contour violet foncé les rares nuages gris qui frôlaient l’horizon. Elera écoutait la mélopée rassurante des mots d’Elio, elle-même plongée dans le silence, et ses yeux quittèrent l’horizon nuageux pour tendre plus loin vers le haut, vers ces étoiles qui brillaient d’une douce et paisible lumière. Ces étoiles qui, malgré les échecs et les trahisons des humains qui grouillaient sous leur lumière, redevenaient visibles chaque nuit et ne brillaient jamais moins fort… Les dernières gouttes de sang s’évaporèrent dans l’esprit d’Elera, remplacées par le souvenir de veillées étoilées, et du jour où elle avait rencontré Tinuviel pour la première fois. Ce soir là, le soleil s’était éteint comme une bougie au fond du lac, et les premières étoiles avaient fait briller des larmes sur la figure de la Fille des Loups. Alors Elera avait tendu la main vers le ciel, vers cette première étoile qui brillait au loin. Et la fille avait compris. Et les larmes s’étaient taries. Simplement.

C’était les mêmes étoiles que lui montrait maintenant Elio pour la réconforter. Comment avait-elle pu oublier ? Comment avait-elle pu oublier de contempler la beauté indéniable des astres lumineux, et celui des gestes de ceux en qui elle tenait, pour à la place plonger son regard dans la violence hasardeuse de ceux qui faisaient parti de sa race, au moment où elle avait le plus besoin de lever la tête ? Elle avait oublié. Et Elio, même s’il ne savait pas à quel point, venait de la sauver. Elle serra plus fort ses bras autour de son torse, et laissa un fin sourire frémir au coin de ses lèvres pour la première fois depuis Après. Il y aura toujours des étoiles. C’est ce qu’il avait dit. Et pour elle, il était la plus brillante d’entre elles… Ses yeux quittèrent le ciel pour se perdre dans celui au bleu plus limpide de son regard cobalt. Maintenant. Maintenant, elle pouvait le dire, un Merci plus fort que tous les autres, déjà, et puis tellement plus, tellement plus…

- Je t’aime, Elio.

Avant qu’il ne puisse lui répondre, lui coupant la parole comme si elle avait peur de ce qu’il allait dire, peur d’entendre l’écho de ses mots sans y trouver les sentiments qui avaient emplis les siens, elle continua sur le ton de la plaisanterie :

- Et je préférerai vif, si ça ne te dérange pas.

Puis elle l’embrassa comme il l’avait embrassée, frôlant son corps, mais alors qu’elle se rapprochait encore, l’objet glissé dans sa poche gêna ses mouvements, sphère froide devenant gouffre infini entre leurs peaux.

Le cadeau.

Lui aussi, elle l’avait oublié, le trimballant dans sa poche depuis… Avant. Elle comptait le lui offrir la prochaine fois qu’ils se croiseraient, à Lui qui était devenu tellement important au fil des moments partagés, en souvenir de leur première rencontre. Mais lorsqu’elle l’avait vu dans la Cour de la Fontaine, l’objet glissé dans sa poche était aussi loin de ses pensées qu’elle des étoiles qui les surplombaient tous les deux. Alors elle s’éloigna, même si elle sentait qu’Elio ne le souhaitait pas et qu’elle ne le voulait pas vraiment non plus, lui expliquant d’un regard et du fin toucher de ses doigts sur sa joue. Puis ses doigts le quittèrent à leur tour pour partir au fond de sa poche, avant de se refermer sur la sphère…

- J’ai quelque chose pour toi. Une étoile, qui te guidera dans l’obscurité lorsque tu auras perdu ton chemin, comme dans les cachots lors de notre première rencontre…

Et elle sortit la sphère, qui s’illumina aussitôt telle une luciole voletant dans l’air du crépuscule. Les villes de Gwendalavir étaient illuminées de grosses boules semblables dans lesquelles les Dessinateurs Dessinaient chaque soir un feu qui brûlait toute la nuit pour ne s’éteindre qu’au matin. Celle-ci était plus petite, et une véritable merveille d’ingéniosité… Elle avait dû demander l’aide des deux Maitres Dessinateurs combinés pour leur demander de l’aider. Elle avait d’abord acheté une sphère vide dans la rue marchande d’Al Poll, puis avait expliqué son idée, attendant le verdict des Dessinateurs qui ne tarda pas à tomber. Contrairement aux sphères qui éclairaient les cités alaviriennes, le feu qui brûlait au centre de celle-ci n’était jamais éteint… Le jour, ce n’était qu’une escarbille à peine visible ; dans sa poche, ce n’était qu’une étincelle. Mais lorsque la sphère était sortie dans l’obscurité, elle s’illuminait entièrement, baignant dans une lumière transcendante et illuminant les alentours… Les Maitres Dessinateurs avaient mis toute leur maitrise dans ce feu, toute leur Volonté, tout leur Pouvoir pour que celui-ci dure. Oh, il ne flamboierait pas éternellement ; un Dessin reste un Dessin, et la règle interdisant le Dessin éternel était trop forte dans les esprits pour qu’elle soit brisée pour un simple cadeau. Mais Marlyn avait un jour réussit à créer un collier de perles noires qui ne disparaitrait que lorsqu’elle le déciderait, ou à sa mort, et c’est sur ce même concept qu’Elera s’était appuyée en argumentant avec les Dessinateurs.

- Elle brillera longtemps, peut-être un an, peut-être deux ou cinq ou dix, mais pas éternellement… Lorsque son éclat s’atténuera, tu devras aller voir un Maitre Dessinateur, pour qu’il lui insuffle de nouveau la vie. En attendant, tu ne perdras plus jamais ton chemin, et tu n’auras plus besoin d’avoir peur de t’aventurer sur ceux qui s’enfoncent dans l’obscurité des cachots… Ou ailleurs.

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Mercenaire du Chaos et Maître de la boutique du Talion
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MessageSujet: Re: J'apprendrais à lire dans ton regard... [Terminé]   Mer 10 Fév 2010 - 19:24

Magique.
C’était le seul mot qui lui venait à l’esprit.
Magique.
Et pour que la magie dure, il faut que les deux personnes soient ensembles, afin que rien ne compte plus que leur amour…

- Je t’aime, Elio.

Les mots se répercutèrent dans tout le corps d’Elio. Provoquant un feu d’artifice de sentiments. La joie, le bonheur même, l’amour, la reconnaissance, un peu de gêne, la fusion…
Elle avait osé prononcer ces trois mots qu’il cherchait en vain depuis un moment. Elle l’aimait.
Et il l’aimait !
Pouvait-on vivre pareil bien-être ? Pareil explosion à l’intérieur de soi ? Il voulu lui répondre, sachant pertinemment que ne sortiraient que bégayements, mais Elera enchaina de suite, lui coupant de ce fait la parole :

- Et je préférerai vif, si ça ne te dérange pas.

Elio rit avec douceur, et se laisse embrasser avec délice. Il pensait l’entrainer dans un enlacement long et tendre, mais elle se recula, comme gênée par quelque chose. Il lui lança un regard interrogateur, mais n’eut pour toute réponse qu’une dernière caresse de ses doigts sur sa joue. Elle n’allait tout de même pas déjà filer ? Elle venait tout juste de le rejoindre ! Le cœur du corbac valsa. Il était hors de question de la laisser partir. Il se releva, se mettant en position assise, mais prêt à se lever afin de la rattraper, au cas où elle s’en irait vraiment.
Elle ne partit pas. Elle lui adressa juste ces mots :

- J’ai quelque chose pour toi. Une étoile, qui te guidera dans l’obscurité lorsque tu auras perdu ton chemin, comme dans les cachots lors de notre première rencontre…

Il fronça les sourcils, tandis qu’elle sortait un objet de sa poche. Une sphère.
Mais une sphère qui émanait une lumière douce, à la manière d’une luciole. Lui, resta bouche bée. Jamais il n’avait vu pareil merveille et le cadeau le touchait au plus profond de son cœur. Déjà qu’il ne tournait pas rond dès qu’Elera était à ses côtés…Ce soir il n’aurait pas même su dire s’il avait un cœur ou une horloge détraquée !

- Elle brillera longtemps, peut-être un an, peut-être deux ou cinq ou dix, mais pas éternellement… Lorsque son éclat s’atténuera, tu devras aller voir un Maitre Dessinateur, pour qu’il lui insuffle de nouveau la vie. En attendant, tu ne perdras plus jamais ton chemin, et tu n’auras plus besoin d’avoir peur de t’aventurer sur ceux qui s’enfoncent dans l’obscurité des cachots… Ou ailleurs.

Il prit la sphère au creux de ses mains et la contempla dans un remerciement muet. La lumière ne lui malmenait pas les yeux, à sa grande surprise. Non, elle était de sorte de pouvoir éclairer le clos d’exercice dans sa quasi-totalité, sans pourtant être agressive. Et là elle illuminait le couple qu’il formait. Et son visage à Elle. Ses yeux violets qui pétillaient et le fixaient, curieux de sa réaction. Alors il releva la tête et plongea son regard dans le sien. Il la ramena à lui, prenant sa main dans celle qu’il avait de libre. Puis, il lui vola un baiser et lui chuchota :

-Tant que tu seras auprès de moi je n’aurais plus jamais peur. Et...cette…

Il voyait la sphère comme une étoile, certes, mais surtout comme le fragment de l’étoile qu’il aimait. Un bout d’Elle, pour l’avoir auprès de lui lorsqu’elle serait trop loin pour la prendre dans ses bras. Il ne savait que dire. Personne, pas même son père, ne lui avait fait un cadeau d’une telle valeur ! Valeur sentimentale.
Alors il s’approcha encore plus près d’Elera, sentant son souffle sur sa peau. Il ignora le hérissement de ses poils et la soudaine montée d’adrénaline en lui et murmura d’une voix rauque, mais cependant emplie de sentiments :

-Je t’aime, Elera...

Et sur ce, il laissa rouler la sphère à côté de leurs corps joins pour embrasser la marchombre et tenter de lui faire ressentir ce que lui éprouvait.
Il la coucha sur l’herbe, prenant garde de ne pas l’écraser, ni de lui faire le moindre mal, et il se laissa fondre en elle dans une embrassade fusionnelle et sensuelle.
Puis, il se dégagea avec douceur, laissant tout de même une de ses mains dans sa chevelure, afin de jouer avec ses mèches, et la gardant tout près de lui, comme un gardien d’un trésor sans lequel il ne pourrait vivre. Son trésor à lui c’était Elera.
Le silence s’installa de nouveau, en toute quiétude.
Toutefois un détail ne cessait de revenir dans l’esprit d’Elio, coriace. Un doute.
Il y avait des choses qu’Elera ne savait pas sur lui. Comme le fait qu’il n’ait pas participé à la bataille. L’aimerait-elle toujours en sachant cela ? En apprenant qu’il n’était qu’un lâche, un pleutre, bon à rien ?! Pourtant il ne pipa mot. Elle n’avait aucune envie de parler de la bataille, il le savait.
Plus tard…Peut-être.
Soudain un événement important lui revint en tête. Un événement qu’il voulait partager avec elle !

-Elera ?

Elle tourna la tête vers lui.

-Je…Tu m’as porté chance tu sais ? Je… Il faut que je te montre quelque chose.

Il souriait, impatient de lui montrer sa nouvelle capacité. Ce don qu’il avait reçu du peuple faël…Alors il se leva, tenant par la main sa compagne, et prenant de l’autre la sphère. Il confia cette dernière à la marchombre.

-Tiens, garde là le temps de ma…démonstration. Une étoile c’est fragile, et sans toi son cœur ne peut pas battre…

Il baissa la tête, rougissant de ce qui lui venait aux lèvres.

-…de même que le mien…

Il commença à partir, fut retenu par une main. Se retournant il sourit, encore confus de ses émotions qui parvenaient à sortir sans encombre. Il effleura les lèvres rosées d’Elera et la rassura d’un signe de tête, il n’allait pas loin.
Retourner auprès de ses armes lui fit un drôle d’effet. Il se sentait nu, il n’avait plus sa carapace. Un guerrier savait-il manier une arme sans équipement ?
Un guerrier devait savoir manier une arme en toutes circonstances, même nu. Et c’était exactement son cas, au sens figuré bien entendu.
La pression montait. Durant les entrainements la simple pensée de la rouquine le déstabilisait. Alors sa présence…
Mais il voulait qu’elle assiste à la découverte qu’il avait faite le matin même. Il prit donc l’arc, une flèche et se positionna sur le poteau d’un angle du clos d’exercice. Le plus loin possible de la cible.
Il tira la corde et les plumes de la flèches jusqu’à son oreille, concentrée sur son action.
Lorsque la flèche fusa elle se planta là où il lui avait demandé. Au centre de la cible.
Il se retourna, fier, vers Elera. Elle semblait très surprise, mais souriait.
Sans même attendre il fit de même avec deux autres flèches, excluant la notion de chance. Puis, ne pouvant plus rester en place une seconde de plus, il courut la rejoindre.

-Faël, Elera ! J’ai hérité d’un don faël !

Exultant il fit tourner Elera dans une danse inconnue, et la prit dans ses bras. Lorsqu’il se recula, pour la laisser respirer, une larme coulait sur sa joue.

-Je sais qui je suis...


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Marchombre
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MessageSujet: Re: J'apprendrais à lire dans ton regard... [Terminé]   Mer 24 Fév 2010 - 20:07

Nous.

Un mot qu’Elera avait toujours aimé, pour sa douceur sur sa langue, et pour la force qui s’en échappait. Nous, c’était Toi et Moi ensemble, c’était plusieurs êtres liés dans un même mot, une même volonté, une même action. Nous, c’était une union, une force, une solitude anéantie à jamais. Et ce Nous n’avait jamais été aussi vibrant que maintenant, alors qu’il englobait deux êtres dont même le prénom commençait de la même manière, comme pour les confondre et ne plus les séparer. Il suffisait d’oublier la fin pour que les mêmes lettres les désignent tout deux. Et c’est ce qu’Elera fit ; peu importait demain, peu importait le monde. Ce qu’elle ressentait pour Elio et ce qu’il ressentait pour elle était la seule chose qui comptait. Elle avait eu tellement peur de les entendre, ces trois mots. Peur d’un mensonge, peur d’un rejet, peur de ses propres sentiments, peut-être, et de ce qu’ils signifiaient. Peur que tout ne s’écroule et de se perdre sans plus savoir sur quelle voie s’avancer. Peur qui s’était envolée sous son regard amoureux, chassée par ses gestes tendres et sa présence à ses côtés… Elle aurait voulu les répéter à l’infini, à présent, les offrir à l’écho pour qu’il les hurle au temps. Elle ne dit rien. Le silence criait plus fort encore. Son cœur allait exploser, comme une horloge dont les aiguilles tournent de plus en plus vite jusqu’à ne plus pouvoir accélérer (pour continuer la métaphore : za : ). Elle ne survivrait pas à un mot de plus. De toute façon, elle ne pouvait pas parler, ses lèvres étaient occupées.

Le sentait-il seulement ? Il semblait tellement calme. Et elle qui avait cru que c’était lui qui était perdu… La main qui jouait dans ses cheveux semblait parfaitement savoir ce qu’elle voulait ; être là, tout simplement. Il ne bougeait pas, la tenant simplement contre lui, et lentement, elle tomba dans le même état, ses doigts s’entrelaçant avec les siens alors qu’elle se perdait à nouveau dans son regard. Elle ne sut pas combien de temps ils restèrent là, à écouter la respiration de l’autre, lui laissant ses pensées vagabonder, elle essayant de deviner ce qu’elles étaient. Mais cela n’avait pas d’importance, parce que lorsqu’il reprit la parole et qu’ils se remirent en mouvement, elle eut simplement l’impression que le moment continuait, sans rupture. Elle lâcha sa main, leurs doigts glissant pour rester en contact jusqu’au dernier moment, puis elle sourit, la sphère entre les mains. Elle n’avait pas besoin de le tenir pour l’aimer… L’écouter et partager avec lui ce qui était important pour lui était déjà un instant de bonheur.

Elera avait toujours aimé le tir à l’arc. Elle avait appris avec deux Faëls à tirer la corde jusqu’à son oreille, à utiliser sa joue comme appui, à aligner la flèche pour qu’elle ne soit plus qu’une extension de son regard. C’était avec eux, eux qui juraient sur la Flèche et avaient les gestes de l’archer imprimés dans leur corps, eux qui étaient l’Arc et dont les lâchers étaient plus fluides que les courants d’air, qu’elle avait appris. Ils lui avaient enseignés le mouvement, le jeu des omoplates, la cible et l’équilibre, les pieds s’enracinant pour que son corps ne soit plus que stabilité. Elle s’était entraînée pendant des années pour pouvoir viser juste à de grandes distances, et pour pouvoir agir en mouvement. Et elle savait, pour s’être souvenu d’une conversation dans laquelle Elio se plaignait des cours de combat et du fait qu’il se sentait faible, étant incapable de battre son maitre avec quelque arme que ce soit, qu’il n’avait jamais tiré à l’arc.

Elle n’eut pas besoin de regarder la cible pour savoir que la flèche avait trouvé le centre. Sa position était parfaite. Instinctive. Là où elle avait eu besoin de longues heures d’entraînement pour acquérir sa position, il semblait que son corps l’avait trouvée naturellement, comme un vêtement fait sur mesure qu’il suffit d’essayer pour voir qu’il convient parfaitement. Trois fois, il tira. Trois fois, le lâcher fut parfait, son bras suivant la fluidité de la corde, la position ancrée. Et il faisait noir, en plus. Seule la sphère qu’elle tenait entre les mains éclairait d’une lumière douce le clos d’exercices. Elle finit par tourner les yeux vers la cible, vérifiant ce qu’elle savait déjà, suivant les ombres droites pour s’assurer que les trois flèches s’étaient bien plantées au centre.

Son sourire éclatant répondit à la joie du Corbac, et elle tourna avec lui.

- C’est merveilleux, Elio ! Je suis tellement contente pour toi.

Toujours souriant, elle attrapa sa larme comme il l’avait fait pour elle, l’effaçant du bout de ses doigts, comme si elle n’avait jamais coulée.

- Je tirerai bien avec toi, mais Mael abandonnerait le pacifisme et s’allierait aux Ts’lichs pour me massacrer si c’était le cas. Il m’a bien dit de ne pas faire d’efforts pendant quelques temps si je ne voulais pas que mes blessures se rouvrent, et vu le peu de patients qui suivent ses conseils !

Elle avait dit ça pour rire, d’un ton humoristique, mais les mots la rattrapèrent et les souvenirs avec. Son visage s’assombrit, sans pour autant se fermer complètement. Il y avait Elio. Le monde n’était pas que souffrance, et elle se devait d’accepter ce qui était arrivé. En lui montrant son don, Elio venait de lui offrir une nouvelle perle de bonheur, et elle ne voulait pas la tremper dans l’acidité des douleurs passées. Alors elle sourit quand même, avant de continuer :

- Je ne sais pas comment tu as fait pour éviter les combats, mais j’en suis profondément heureuse.

Elle ne lui demanda pas où il était ; il n’avait pas à le lui dire, et elle respecterait son silence comme elle respectait ce que les autres ne voulaient pas qu’elle sache. Puis elle pensa à Locktar, qui avait fui les combats et s’en était voulu profondément lorsqu’elle l’avait croisé à Eoliane. Peut-être était-ce la même raison qu’avait Elio, et peut-être venait-elle de toucher à un point sensible…

- Vous les combattants, ajouta-t-elle d’un air pensif, vous vous sentez toujours coupables lorsque vous ne participez pas à une bataille, que vous n’êtes pas là pour protéger les autres, ou que vous vous en sortez avec moins de blessures. A croire que seule la mort au combat vous satisferait. Je n’ai jamais réussi à comprendre pourquoi vous vous sentiez responsables pour les morts qui ne sont pas de votre fait…

C’était plus facile de parler de la bataille, maintenant, en prenant du recul et en sachant qu’Elio était là. Comme si elle appartenait à un autre monde, qu’Elera n’avait fait qu’observer de loin. Ce n’était qu’une illusion, elle le savait, mais elle ne prit pas la peine de la déchirer. Lorsqu’elle murmura à nouveau, il y avait un soupir dans ses yeux qui cherchaient à nouveau ceux d’Elio.

- Je suis désolée. Tu me réconfortes depuis que je t’ai retrouvé, tu me fais partager ton bonheur, et en échange je ne t’offre que ma tristesse. Je devrai parler d’autre chose.

Elle fit une pause, légère, avant de lui proposer :

- Si tu veux, je te parlerai d’Ayron et de Syalis, les deux Faëls qui m’ont appris à tirer à l’arc… Je ne suis pas aussi douée que toi, mais ils m’ont permis d’aller loin, pour une humaine. C’est grâce à eux que j’apprécie la musique d’une corde vibrante une fois la flèche partie… Mais d'abord, tu veux bien me raconter comment tu as découvert que tu étais un archer ?

[A toi de choisir si la discussion vire au noir ou au rose fluo PomPom Ou un mélange des deux, l’une n’empêche pas forcément l’autre xD J'ai perdu mon bleu clair Sad Je suis punie pour t'avoir dit que tu aurais dû te souvenir de codes, mmph. =)]

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MessageSujet: Re: J'apprendrais à lire dans ton regard... [Terminé]   Mar 8 Juin 2010 - 18:53

Un doigt de fée cueillit avec douceur la larme d’Elio. Elle souriait, dévoilant, de ses fines lèvres rosées, ses dents blanches. Dieu qu’elle était belle !

-Je tirerai bien avec toi, mais Mael abandonnerait le pacifisme et s’allierait aux Ts’lichs pour me massacrer si c’était le cas. Il m’a bien dit de ne pas faire d’efforts pendant quelques temps si je ne voulais pas que mes blessures se rouvrent, et vu le peu de patients qui suivent ses conseils !

Son sourire se transforma en une douleur taillée dans son visage à grands coups de dague. Cependant elle ne se ferma pas complètement à son nouveau bonheur, lui laissant percevoir sa joie d’être ici, à cet instant. Tout de même inquiet, le jeune homme prit la main de sa compagne, caressant de ses doigts fins la paume d’Elera.

-Je ne sais pas comment tu as fait pour éviter les combats, mais j’en suis profondément heureuse.

Le corbac tiqua. Soudainement sa main lâcha prise et tomba lourdement contre son corps. « Eviter le combat ». Fuir le combat aurait été plus juste. Non, pas même fuir, puisqu’il n’y avait pas mis le moindre pied. Non assistance. Trahison. Faiblesse. Lâche. Pleutre. Nombre de mots lui venait à la bouche, mais pas celui de « heureux ».

-Vous les combattants, ajouta-t-elle d’un air pensif, vous vous sentez toujours coupables lorsque vous ne participez pas à une bataille, que vous n’êtes pas là pour protéger les autres, ou que vous vous en sortez avec moins de blessures. A croire que seule la mort au combat vous satisferait. Je n’ai jamais réussi à comprendre pourquoi vous vous sentiez responsables pour les morts qui ne sont pas de votre fait…

Il baissa la tête.

*Ils ne seraient peut-être pas morts, si j’avais été là pour les défendre…*

Un bouillon mijotait dans son cerveau. Certes, la marchombre ne lui en voulait pas. Elle n’était ni honteuse, ni dégoutée de son geste, ou plutôt de son non-geste. Mais pour lui le résultat restait le même. Se sentir, apparaitre « immaculé » au milieu de toutes ces vaillantes personnes blessées, en deuil, prêtes à tout pour l’Académie lui donnait la nausée.

-Je suis désolée. Tu me réconfortes depuis que je t’ai retrouvé, tu me fais partager ton bonheur, et en échange je ne t’offre que ma tristesse. Je devrai parler d’autre chose.

Elio leva la tête. Pourquoi s’excusait-elle ? Avait-elle la modique idée de ce qu’elle lui offrait depuis leur rencontre ? Il voulut parler, lui exprimer ce qu’il ressentait, mais ses lèvres restèrent closes. Alors elle continua.

-Si tu veux, je te parlerai d’Ayron et de Syalis, les deux Faëls qui m’ont appris à tirer à l’arc… Je ne suis pas aussi douée que toi, mais ils m’ont permis d’aller loin, pour une humaine. C’est grâce à eux que j’apprécie la musique d’une corde vibrante une fois la flèche partie… Mais d'abord, tu veux bien me raconter comment tu as découvert que tu étais un archer ?

Le garçon était perplexe. Comment pouvait-elle passer du bruleur au chuchoteur, ainsi, sans difficultés apparentes ? Elle parvenait à maitriser ses ressentis, alors que de son crâne à lui devait sortir, à présent, une fumée noire du bouillon grillé.

*Dis quelque chose !*

Ses yeux bleus allaient de gauche à droite, de haut en bas, tantôt rivés sur l’herbe foisonnante, tantôt plongés dans le regard de son aimée.

*Dis quelque chose bordel !*

Il avala sa salive, pliant sa nuque au vent, roulant ses épaules, comme pris par un feu inconnu qu’il lui fallait maitriser. Sa bouche s’entrouvrit, devenue sèche, sans pouvoir toutefois émettre un seul mot. C’est en ébullition dans sa tête, ça menace de sortir, d’exploser…
Il pouvait l’embrasser, histoire de combler le silence, mais il avait peur. Peur de lui, de son impulsivité, de ce qui mijotait sous l’eau brulante au sein de sa tête, peur de lui faire du mal. Alors il recula. Juste un pas en arrière. Fermant les yeux, serrant à son habitude ses poings, il tenta de respirer calmement. En vain.
Fou. Il était fou.

-Je…

Ne pas exploser. Surtout ne pas exploser. Sa mâchoire se crispa, ses dents grincèrent sous le regard surpris d’Elera.

-J’AURAIS PU SAUVER DES PERSONNES ! hurla-t-il.

*Et merde !*

-J’aurais pu sauver ces morts, leur éviter de baigner sans leur sang, j’aurais pu aider les véritables guerriers, combattants, marchombres, tout c’que tu veux, j’aurais pu les aider ! Continua-t-il sur sa lancée. J’aurais pu être digne de ma voie, respecter mes maitres, rendre honneur à l’Académie, me battre pour elle…me battre pour TOI !

Il la vit secouer avec douceur sa tête de gauche à droite, conservant son calme. Ce qui l’énerva plus encore.

-Ne me dis pas que tu es fière de moi, Elera ! Tu ne peux être fière d’un…

Il se tut. D’un quoi ?

-…d’un homme.

Sa voix rauque se brisa. Il s’approcha d’elle, collant presque leurs visages, et chuchota dans son souffle chaud :

-Je ne veux pas être un homme. Je veux être ce qu’elle était : un faël.

A nouveau il s’écarta, résigné par ce qu’il ne serait jamais.

-Que dirait-elle si elle était encore auprès de moi ? Que dirait-elle en voyant sa progéniture agir comme le pire des hommes ?

Il se laissa choir au sol, sentant deux mains s’abattre avec réconfort sur ses épaules.

-C’est en t’attendant que j’ai découvert qui je voulais être…


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Marchombre
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MessageSujet: Re: J'apprendrais à lire dans ton regard... [Terminé]   Mar 15 Juin 2010 - 14:49

Il bouillonnait. Comme une colline creuse emplie de lave en ébullition, cherchant à atteindre le ciel sans en trouver la voie et qui, finalement, sous la puissance du liquide rougeoyant, perce le couvercle de la colline pour gicler sur les parois, tâcher le ciel de vermeille, carboniser l’herbe jeune et dévaler la pente, ne laissant derrière elle que les cendres volantes et les pierres d’ébène. La colline accueillante était devenue volcan. Elera ne bougea pas, laissant les coulées de lave jaillir dans le ciel et recouvrir le sol. Elle n’essaya pas de se mettre à l’abri de sa colère, de sa frustration, de sa peine. Elle reste là, sous la pluie de feu, à attendre que le volcan se calme. Ce n’est que lorsqu’il ne resta plus que de la fumée méphitique dans le cratère qu’elle s’approcha, sans s’inquiéter des miasmes toxiques, et posa deux mains réconfortantes sur les épaules du guerrier. Elle se laissa choir à genoux derrière lui, posa sa tête sur son épaule, au creux de son cou, et enserra son torse de ses bras menus. Elle ne dit rien, d’abord, se contentant de le bercer doucement. Et puis, lorsqu’elle fut sûre qu’il n’avait plus rien à dire, plus de peines à hurler à la nuit, elle entrouvrit les lèvres, murmurant au creux de son oreille.

- Elle dirait je t’aime, mon petit Elio, comme tu es, homme et faël et tout le reste, et puis elle te prendrait dans ses bras, et elle effacerait ton chagrin d’une douce berceuse dont tu comprendrais les mots, même si tu ne les aurais jamais entendus auparavant, soufflés qu’ils seraient dans une autre langue.

Elera leva les yeux vers les étoiles d’un air pensif, sans pour autant s’éloigner, cherchant dans le ciel nocturne des mots qui n’étaient pas les siens. Sa voix était comme un fin tissu de velours, aussi doux que la brise lente qui soufflait sur le terrain, alors qu’elle continuait à chuchoter à ses oreilles, sans s’arrêter, berceuse sans mélodie, paroles sans chanson.

- Tu es faël, Elio.

Tu es déjà ce que tu veux être.

- Tu es homme, aussi.

Tu devras l’accepter, si tu veux être toi.

- Pourquoi serais-tu moins fier d’être un homme que d’être un faël ? Les deux font que tu es toi. C’est à toi de choisir ta voie, à toi de choisir ce que tu feras de ce que tu as hérité de chacun des deux peuples, mais tu seras toujours et faël, et homme. Pourquoi renier une part de ton héritage ?

Elle déposa des baisers papillons au creux de son cou, avant de continuer de son ton calme et posé :

- Parce que tu es homme, tu as la peau claire, et tu es assez fort pour te servir d’une épée. Parce que tu es faël, tu as les mains fines, et tes flèches atteignent toujours leur centre. Tu as les mêmes oreilles que les miennes, continua-t-elle en caressant le lobe de son oreille, et je me demande si c’est un cœur humain ou faël qui bat dans cette poitrine. Tout ça, tu ne pourras pas le changer. Tu ne pourras pas rapetisser, faire pousser tes oreilles, ou désapprendre les gestes de l’archer. Mais c’est à toi de choisir ce que tu en feras. A toi de choisir qui tu seras, et où tu iras.

Elle reprit son souffle, posant son index sur les lèvres d’Elio, pour lui faire signe de ne pas parler, pas encore. Elle n’avait pas fini, n’avait même pas encore engagé ce qui le peinait tant.

- Il y aura d’autres batailles, d’autres gens à sauver. Continue à apprendre, et tu seras digne de tes maîtres comme de ta voie. Ce n’est pas une bataille à laquelle tu n’as pas participé qui va changer ce que tu es au fond de toi, Elio. Tu veux te battre pour les autres. Tu ne l’as pas fait, mais tu le feras. Ne pleure pas pour ceux que tu n’as pas pu sauver ; souris pour ceux que tu sauveras un jour.

Les mots coulaient, comme venant d’une source intarissable, une source d’eau d’une délicieuse fraîcheur, glacée, pour mieux éteindre la lave et ramener la vie entre les arbres carbonisés. Elle ne savait pas l’effet de ses paroles sur Elio, ne savait pas si elle l’aidait, ou si au contraire, elle nourrissait sa colère envers lui-même ; peut-être que chacun de ses mots se perdaient entre eux sans jamais l’atteindre, peut-être que la lave était trop avancée déjà pour que l’eau ne fasse autre chose que l’aider à se propager. Mais elle ne savait pas, et n’arrivait pas à se taire, et les mots coulaient, coulaient. Alors elle les laissa couler, former leur petit ruisseau nonchalant. Il y aurait tout le temps pour les larmes plus tard, si larmes il devait y avoir.

- Le pire des hommes ne voudrait pas protéger ceux en qui il tient, le pire des hommes n’aurait aucun regret, et le pire des hommes ne rendrait pas quelqu’un aussi heureux que je le suis à tes côtés. Je ne suis plus perdue, quand tu es avec moi… Je n’ai plus à chercher pourquoi le sang, les morts, les lames, la perversion, parce qu’avec toi, je sais qu’il n’y a pas que ça. Je sais que malgré la colère, et le ressentiment, il y a aussi tellement de…

Elle n’arrivait plus à continuer, ne pouvait pas mettre de mots sur le joyeux tohu-bohu de ses émotions en vadrouille. Elle ressentait trop, trop fort, trop vite. La source était loin d’être tarie, mais l’eau voulait sortir tellement vite qu’elle essayait de s’enfuir là où la pierre ne laissait passer aucune goutte. Et ce qu’elle réussit à prononcer était tellement loin de ce qu’elle aurait voulu dire…

- De raisons de garder espoir.

Elle le serra plus fort, avant de fermer les yeux. Elle avait encore une chose à dire, et si jusque là, elle n’avait pas eu peur que ses mots n’aient pas l’effet lénifiant qu’elle espérait, elle craignait à présent qu’il ne comprenne pas. Parce qu’il était combattant, et qu’elle était marchombre. Parce que deux opposés étaient une évidence pour chacun d’entre eux. Protection et Liberté. Liens et Indépendance. Parce que ce n’était pas la première fois qu’on lui proposait de la protéger, et qu’en la voyant, la frêle marchombre au corps de paille, on ne comprenait pas qu’elle traverse le danger sans arme ni bouclier. Ce n’était pas la première fois qu’on lui proposait de devenir rempart entre elle et le monde, ni la première fois qu’on ne comprenait pas qu’elle le voulait, ce monde, avec ces risques et ces douleurs, sans martyr pour se sacrifier pour elle, quitte à le quitter trop tôt, ou à être cassée trop vite. Ervy. Ervy était mort pour elle. Elle ne voulait plus jamais, jamais se retrouver dans une situation de la sorte. Elle mourrait, un jour, et elle refusait d’échanger sa mort contre celle d’un autre. Pourquoi les autres ne comprenaient-ils pas qu’elle n’avait pas peur de mourir, qu’elle voulait mourir quand son heure serait venue, qu’elle acceptait de mourir comme elle acceptait de vivre, qu’elle ne voulait pas vivre plus longtemps au coût de leur protection ? Elle avait peur, peur qu’Elio non plus ne comprenne pas. Qu’il l’attache par amour, au lieu de la laisser filer malgré sa peur. Ce n’était plus un murmure qui soufflait entre ses lèvres, ce n’était plus un murmure destiné à Elio seulement, et ne prenant qu’Elio en compte. C’était le vœu sincère de l’enfant qui, le soufflant à ses parents, s’attend déjà à un refus de leur part.

- Je ne veux pas que tu te battes pour moi. Je veux juste que tu sois là.

Peut-être ne sentirait-il même pas combien cela lui était important. Peut-être prendrait-il cette phrase comme de simples paroles, et ne s’y attarderait pas…

[Um... C'est raté, pour l'action Arrow ]

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MessageSujet: Re: J'apprendrais à lire dans ton regard... [Terminé]   Mer 7 Juil 2010 - 23:06

Elio sentit la tête d’Elera se poser au creux de son cou, et ses doux bras l’enlacer. De suite un liquide chaud et rassurant coula dans son corps, comme si le simple toucher de la rouquine annihilait toute peur, toute colère, toute émotion chaotique dans le cœur du jeune homme. Comme un remède à sa folie.
Les mots de la jeune femme coulaient à la façon d’un ruisseau limpide et apaisant, nichant un lac au plus profond d’Elio. Fermant les yeux, il eu même la vague impression que la voix douce et susurrante venait d’une autre personne. De sa mère. Etait-il possible qu’elle fasse passer un message à travers Elle ? Avec Elera, Elio avait appris à bannir le mot impossible de son vocabulaire. C’était depuis leur rencontre qu’il ne cessait d’avoir des renseignements, des indices, qu’il avançait ne serait-ce qu’un poil dans ses recherches. Elera était la clef de tous les possibles. Y compris d’un sentiment qu’il découvrait chaque jour avec émerveillement : l’amour.


- Tu es faël, Elio.

*Je sais ce que je veux être.*

- Tu es homme, aussi.

*Je le refuse. Comment accepter d’être un homme ?*

Être un homme faisait parti de son héritage. Certes. Mais il ne pouvait se résoudre à accepter ce que son père avait fait de lui.
Les baisers papillons le firent frissonner. C’était un véritable essaim qui voletait en tout sens dans son ventre, prêt à s’envoler avec Elle!
Elio regarda avec attention ses mains et ses bras, sur les mots de sa compagne. Sa peau blanche, contraire au bronzage des faëls, trahissait sa double origine. Il grimaça. Son corps ne lui plaisait pas. Juste ses mains. Oui, c’était avec elles qu’il avait pu prouver son appartenance au peuple faël. Et ce seraient avec elles qu’il accomplirait de grandes choses.
Les doigts d’Elera effleurèrent ses oreilles. L’idée d’avoir les mêmes oreilles que la jeune femme lui plaisait, plus que d’avoir les mêmes qu’un « homme ». Puis sa main vint se poser sur son cœur. Humain ou Faël ? Il voulu répondre, mais un index se posa sur ses lèvres. Il sourit, plongeant son regard dans les yeux violets enchanteurs. Avec Elle il pourrait se taire à vie, avec Elle il pourrait se contenter de la regarder pour lui parler.
Le bouillon d’Elio disparaissait, remplacé par un liquide beaucoup plus frais, beaucoup plus sucré, et suave.

- Il y aura d’autres batailles, d’autres gens à sauver. Continue à apprendre, et tu seras digne de tes maîtres comme de ta voie. Ce n’est pas une bataille à laquelle tu n’as pas participé qui va changer ce que tu es au fond de toi, Elio. Tu veux te battre pour les autres. Tu ne l’as pas fait, mais tu le feras. Ne pleure pas pour ceux que tu n’as pas pu sauver ; souris pour ceux que tu sauveras un jour.

Le corbac écoutait, sans piper mot. Entre ses lèvres à elle, les mots semblaient plus convaincants, plus justes. Comme si la honte, les remords se dispersaient en minuscules particules dans la source bienfaitrice d’Elera. Le flot de parole provoqua chez le garçon des gouttes d’eau salée au coin de ses paupières, roulant de leurs corps ronds, mais légers, le long de ses joues rougies par les émotions.

"Je ne suis plus perdue, quand tu es avec moi…"

Le cœur du guerrier fit un bond dans sa poitrine. A présent il faisait même plusieurs bonds, rebondissant telle une balle entre ses organes. Il allait finir par exploser, ce n’était pas possible !!

Garder espoir…

L’étreinte de la détentrice des bijoux violets, en guise d’yeux, se resserra autours du corps du garçon qui se contracta, emporté par la passion amoureuse. Il voulut se retourner, à son tours la presser contre lui, l’embrasser, lui susurrer son amour, sa reconnaissance, la rendre aussi fébrile que lui…Elle ne lui en laisse pas le temps et coupa net son élan.

- Je ne veux pas que tu te battes pour moi. Je veux juste que tu sois là.

Elio planta ses yeux bleus dans le regard d’Elera. Il n’y déversa aucune expression. Il cherchait. Il cherchait le pourquoi du comment. Il ne comprenait pas vraiment son intention. Elle ne se défila pas, soutenant l’interrogation. Lui, ne bougeait plus. Statique il la sondait, prenant un air assez dur. Il se leva, brusquement, et fit quelque pas vers la clôture.

*Pourquoi ?!*

Un guerrier se bat.

*Elle a quelqu’un d’autre ?*

Un homme aime.

*Elle ne veut pas que j’sois près d’elle ?*

Un homme guerrier se bat pour ceux qu’il aime.

« je veux juste que tu sois là »

*Je suis là, alors pourquoi…*

Il se tourna, la fixa. Dans ses mains elle tenait la sphère. La voyant, illuminée par la lueur de leur amour, il la trouva encore plus belle, si cela était possible.
Elle était libre.
Libre.
Tout en elle clamait la liberté. L’indépendance. C’était donc ça, être marchombre ? Ne dépendre de personne ?
Il revint à elle, s’accroupit à ses genoux, enveloppa ses main prises dans les siennes, et lui chuchota.

-J’accepte ta liberté. J’accepte ta voie. Plus que de l’accepter, je la respecte.

Elle sourit. Il approcha son visage, caressant du bout de son nez, celui plus fin de sa compagne.

-Alors accepte, toi aussi, ma voie. Accepte que je ne peux me battre pour le vent, même s’il est ton ami. Accepte que s’il t’arrive quoi que ce soit, je fonce réparer telle erreur comme il se doit auprès du coupable. Accepte que je ne te laisse pas mourir devant mes yeux, aussi forte et talentueuse que tu es, et malgré toute la confiance que j’ai en toi. Accepte mon besoin de prendre soin de quelqu’un que j’aime, pour la toute première fois de ma vie.

Sur ce, il déposa un bref baiser pour sceller ses lèvres.

-Je suis là. Et je t’aime. Mais je ne te laisserais pas partir sans moi plus loin que les frontières de Gwendalavir.



[Niah, y a des truc bizarres dans les cods. Je n'ai plus mes couleurs, (j'les enregistre jamais angel ) et l'écriture est...Bref j'ai répondu o/]


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Marchombre
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MessageSujet: Re: J'apprendrais à lire dans ton regard... [Terminé]   Jeu 22 Juil 2010 - 15:27

[Bwaah, désolée. Ca part en dramatique uu" Si tu n'as pas assez pour répondre, je rajouterais quelque chose à la fin, préviens-moi hug ]

Les lèvres d’Elera s’affaissèrent, ses yeux se voilant d’une douce peine, alors qu’Elio réagissait comme elle imaginait qu’il le ferait. S’éloignant. Sans comprendre. Alors qu’il s’approchait de la clôture, et s’éloignait d’elle, elle attrapa la boule de lumière entre ses paumes, le visage perdu dans le vague. Elle se sentait bien, avec lui. Parfaitement bien, à sa place. Et peut-être s’énervait-il parfois, mais elle n’avait pas peur de sa colère. Non, c’était son départ, qu’elle craignait. Qu’il s’en aille et la laisse en arrière, avec pour seuls souvenirs les images s’étiolant de leurs moments partagés, de fusion et du flot des paroles qu’elle n’avait pas peur de prononcer en sa présence. Et pourtant, s’il ne comprenait pas… s’il ne comprenait pas sa liberté, comment pourraient-ils rester proches ? S’il ne comprenait pas le cœur de son être ? Elle leva les yeux vers lui, fixant son dos, attendant. De le voir disparaitre dans le noir, ou de le voir se retourner.

Il se retourna, l’amour brillant sous les étoiles dans ses yeux. Et ses premiers mots furent exactement ceux qu’elle avait voulu entendre, étalant un sourire sur son visage, le soulagement sur ses traits, alors que son être vibrait de ce bonheur auquel elle ne s’attendait plus…

Et pourtant, ils ne voulaient rien dire. Ce n’était pas cela, qu’elle avait voulu, et elle le comprit alors qu’il continuait à parler, lui demandant en retour ce qu’elle venait de lui demander. Accepter sa voie. Accepter son besoin de protection, accepter qu’il ne la laisse pas voler seule, et qu’il se batte pour elle. Qu’il se sacrifie pour la défendre. Sa gorge se serra, et son sourire s’estompa, pâle et sans réaction sous son baiser ; il disait accepter et comprendre, mais il ne pouvait pas, comme elle était incapable d’accepter la sienne. Protection et Indépendance n’étaient pas compatibles. Pour accepter la liberté de la rouquine, il devait accepter de la voir courir des dangers, et accepter qu’elle n’était pas sienne à protéger, mais un être capable de se battre pour elle-même.

Qu’avait dit Einar sur la question, déjà ? « Mais ça t’empêche pas toi-même d’aller au devant d’un vautour et de lui casser toi-même la face… » Il voulait être le parapluie qui la défendrait de la pluie et détournerait les rapaces, elle lui avait dit préférer qu’il vole avec elle. Qu’ils s’entre protègent lorsqu’ils le pouvaient, se tendant la main lorsque l’autre en avait besoin, sans toujours penser en termes de qui sauvera qui. Cela n’avait pas d’importance, qui partait et qui restait, c’était le voyage ensemble, qui comptait, tout ce qui s’était passé avant. Tous leurs souvenirs, leurs mains et leurs regards. Et c’était ça, qu’Elio ne comprenait pas. Il voulait la protéger, sans entrevoir que, peut-être, elle ne voulait pas l’être, comme lui n’imaginait pas et ne voulait pas être protégé par elle… Elle ne voulait pas être un objet fragile à défendre, pas plus que le corbac ne voulait l’être lui-même. Il avait besoin, pourtant, qu’elle accepte de l’être pour qu’il ne se sente pas frustré, inutile, comme il l’avait été pendant la bataille de la prise de l’Académie. Elle ne voulait pas de cette situation précaire et inégale, ne voulait pas que leur relation tangue sur un bateau de papier emporté par les flots, qu’il se sente toujours le besoin de former un rempart entre elle et le danger.

Il ne comprenait pas qu’elle ne ressente pas le besoin de vengeance, qu’elle n’était pas rancunière et ne ressentait pas la nécessité de faire subir à un coupable quelconque la blessure qu’il lui avait faite. Il ne comprenait pas qu’elle n’avait pas besoin de se battre si ce n’était pour se défendre. Il ne comprenait pas qu’elle ne voulait pas vivre au prix d’une autre vie, et qu’elle préférait partir en sachant qu’il continuerait à vivre, plutôt qu’il meurt pour elle ou survive avec ses regrets, voulant au plus profond de son être avoir pu la sauver… Elle n’aurait aucun regret à partir, aucun regret à rester. C’était les méandres de la vie, simplement. Il ne comprenait pas que, pour prendre soin d’elle, il n’avait pas besoin d’une épée ou d’un arc…

Elle comprenait, à présent, combien prononcer à voix haute son acceptation pour le Chaos avait été futile. Accepter ainsi ne voulait rien dire. Elle avait dit accepter la voie de Marlyn, sans comprendre que cela était impossible, qu’accepter tout en continuant à opposer était trop paradoxal… Comment pouvait-on accepter quelque chose que l’on combattait, accepter quelque chose qui nous blessait à chaque occasion ? Le Chaos la blessait, tout comme la protection qu’offrait Elio l’empêchait d’être libre. Et elle ne pouvait pas la refuser sans qu’il en soit blessé à sa place… Et bien, elle ferait de son mieux pour ne pas en avoir besoin, pour que cette situation ne prenne jamais vie. Et puisqu’il était incapable de la laisser voler loin des frontières de Gwendalavir, et d’accepter sa voie, c’est elle qui accepterait la sienne pour être avec lui. Elle qui accepterait d’être son oiseau en cage, puisque ce n’était qu’ainsi qu’il pouvait l’aimer…

Ses yeux s’embuèrent de larmes, alors qu’elle levait la tête vers ce ciel ou les étoiles n’étaient plus, floutées par ses pupilles noyées. Etait-elle condamnée à se forger des chaînes, à se rendre elle-même prisonnière ? Prisonnière du Chaos à l’Académie, prisonnière de l’amour aussi, à présent. Incapable de partir, de voyager libre sur la voie qu’elle avait choisie. Comment rester Marchombre, lorsque la vie nous cloue au sol ? Lorsque le prix de la liberté devient trop lourd à porter, et demande l’abandon de la personne qui nous est la plus chère au monde ? C’était peut-être plus dur encore que de l’échanger avec la vie des innocents qui étaient torturés entre les griffes des mercenaires. Elle ne pouvait pas, pas à ce prix là. Alors elle serait son oiseau. Pour être avec lui. Elle battit des paupières rapidement, pour effacer les larmes qui lui montaient aux yeux avant qu’elles ne coulent, puis elle sourit, doucement, et l’enlaça à nouveau, dissimulant la pointe d’amertume sous la tendresse.

« Je suis là. Et je t’aime. »

C’était parfait, ainsi. Pourquoi avait-il fallu qu’il rajoute un mais, une condition à son amour ?

« Mais je ne te laisserais pas partir sans moi plus loin que les frontières de Gwendalavir. »

Elle avait fait son choix. Avait choisi l’amour.

- Alors je ne partirais pas sans toi plus loin que les frontières de Gwendalavir.

Son mais à elle, ses espérances, elle les passa sous silence. Parce qu’elles étaient trop douloureuses, et qu’elle ne voulait pas le blesser comme il venait de la blesser. Elle voulait juste être là. Et l’aimer. Sans conditions.

Mais j’espère, qu’un jour, tu accepteras de rouvrir la porte de ma cage…


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MessageSujet: Re: J'apprendrais à lire dans ton regard... [Terminé]   Ven 23 Juil 2010 - 17:47


Il la regardait comme on regarde un rêve qui se matérialise devant des yeux désabusés, mais qui menace sans cesse de disparaitre. Il l’aimait comme on aime une bougie venue éclairer avec espoir la maison si sombre, si noire en tant réel. Il s’accrochait à elle, comme on s’accroche désespérément à une unique prise au sommet d’une montagne lorsqu’on est prêt à tomber et à s’écraser sur le sol.
C’était son premier amour. La première fille. Le premier baiser. Les premières promesses. La promesse d’être là, quoi qu’il advienne, la promesse de la suivre, de l’aimer, de la chérir.

C’étaient des papillons en effusion dans le ventre qui le rendaient nerveux lorsqu’il l’attendait ou qu’il pensait à elle. La sensation de la voir de partout, à chaque couloir, à chaque escalier, avec l’espoir vain de distinguer son joli minois parmi les autres visages fades et sans intérêts des autres jeunes filles de l’Académie. Les autres n’étaient pourtant pas laides. Non. Seulement elles ne brillaient pas comme Elera. Elles ne constituaient pas sa seule lanterne dans la noirceur des silences et des mensonges. Elles se représentaient pas cette rencontre, si fortuite et pourtant si magnifique, gravée à jamais dans sa mémoire comme le premier jour du reste de sa vie.
Elle avait su allumer un brasier dans son cœur, qui flambait en un grand feu de joie lorsqu’elle était à ses côtés. Et lorsqu’elle passait sa main dans ses cheveux la fumée de leurs effluves s’échappait dans les airs, en un tourbillon passionné de deux amants qui se rattrapent et se regagnent. Il était un brasier humain, et il ne dépendait que d’Elle de souffler ou non sur la flamme pour l’éteindre ou l’attiser.
Il avait dans la tête des images d’eldorado, sa main dans la sienne. Leurs deux corps réunis, redevant sable et poussière, comme une plage sur laquelle vient s’échouer la vague de ses mots.
C’était dans ses yeux qu’il aimait deviner des étincelles, tandis que dans les siens devait se dérouler un véritable feu d’artifice. C’était sur ses pommettes qu’il adorait percevoir un rougissement à ses mots, ou ses contacts.
Toutes les couleurs de la Terre ne suffisaient pas à définir celle de ses yeux.
Toutes les odeurs de l’Empire n’égalaient pas son parfum qu’il humait et espérait garder sur lui constamment, pour qu’elle ne soit jamais vraiment absente.

Toutes les caresses de l’Univers ne valaient pas une seule seconde le simple toucher de ses doigts fins et délicats sur sa peau halée, à la manière d’une plume légère, douce, qui hérisse chaque poil de l’échine dorsale, qui rend fébrile, sensible, les sens en alerte.
Elle avait su lui faire découvrir un nouveau monde et de nouvelles frontières. Pour le corbac, avant l’arrivée de la rouquine, l’amour s’arrêtait au sentiment de gratitude et d’affection qu’un enfant devait éprouver envers ses parents. Sentiment presque inconnu puisqu’il n’avait que des brides de souvenirs de sa mère et que l’amour de fils s’était transformé en une colère sans nom pour un silence assourdissant.

A présent il éprouvait. Il éprouvait l’envie.
L’envie d’être à ses côtés pour le restant de ses jours, l’envie d’apprendre à la connaitre mieux que quiconque, l’envie de rester.
Il éprouvait le besoin.
Le besoin de la savoir à ses côtés, le besoin de sa présence, de ses mots, de ses regards, le besoin d’Elle.
Il éprouvait la jalousie.
La jalousie envers ces hommes qui la regardaient avec trop d’insistance, la jalousie de son élève qui la côtoyait chaque jour et qui possédait un lien avec elle.
Il éprouvait la peur.
La peur de la perdre, la peur qu’elle puisse fuir, lui échapper, disparaitre. N’être finalement qu’un rêve parmi tant d’autres et s’évaporer avec la fumée de leur amour. La crainte de se réveiller un matin et de s’apercevoir que tout ceci n’existait pas. La crainte de ne pas être à la hauteur, de ne pas savoir la protéger, de ne pas savoir se montrer digne d’elle.
Mais il éprouvait surtout la rage. La rage de vivre plus fort, plus loin, plus intensément avec elle. La rage d’aller de l’avant, car derrière lui elle n’y était pas.

Il fut donc désarçonné de ne voir aucune étincelle, aucun rougissement sur le visage de sa douce. Plus encore d’y deviner, sans certitude, un début de larmes. Elle ne le regardait plus dans les yeux, elle fixait le sol, une souffrance marquée sur ses lèvres qui remuaient à peine leurs mots.

- Alors je ne partirais pas sans toi plus loin que les frontières de Gwendalavir.

Aucun enthousiasme ne ponctuait ses paroles. Elio y voyait le même abandon qu’il avait choisi petit face à son père. Abandon éphémère certes, mais abandon tout de même.
Ses flèches si justes et droites, tirées plus tôt dans la cible de l’enclos, vinrent se planter dans son cœur, le criblant d’une douleur insupportable. Il recula, effrayé, perdu. Apeuré par sa propre personne. Par ce qu’il lui infligeait, ce qu’il lui demandait. Son égoïsme au service de sa crainte continuelle de la perdre à chaque seconde.
Sa respiration se fit plus vive sous la panique.

*Un monstre. Je suis un monstre.*

Il n’avait pas le droit. Non, il n’avait pas le droit de la retenir prisonnière de sa cage d’évasion à lui. Elle lui avait montré les non limites de son monde, et il voulait la garder pour lui dans le sien ? C’étaient justement ces non limites qui lui faisaient peur et perdre toute assurance. Sans limites elle pouvait s’enfuir sans obstacles. Elle pouvait s’envoler, sans lui. Elle possédait des ailes, elle en était capable. Lui pas. Il avait beau eu battre des bras étant petit, jamais il n’avait pu décoller. Devait-il pour autant l’enfermer ?
Il ne devait pas la vouloir pour lui, mais la vouloir près de lui. Mais la frontière entre ces deux volontés était-elle vraiment évidente ?
Etait-ce donc ça la confiance ? La capacité à laisser celle qu’on aime voler de ses propres ailes, quitte à prendre le risque de la perdre ? Il n’était pas fait pour la confiance alors. Comment faire confiance alors qu’on nous a enlevé une personne chère avant même qu’on ait eu le temps de savoir ce que confiance voulait dire ? Comment éprouver cette preuve d’amour alors que la seule personne chère qu’il vous reste au sein de votre famille vous cache la plus importante des vérités et refuse de parler ?

Il prit sa compagne dans ses bras, l’attirant tout contre lui, et la serra avec une force désespérée, comme on serre une toute dernière fois une personne que l’on aime et que l’on s’apprête à quitter à tout jamais. Ou comme on serre un rêve qui va se terminer sous peu, mais que l’on possède l’illusion vaine qu’en le tenant ainsi contre son cœur, il va s’éterniser. Puis il la relâcha, avec plus de douceur et lui chuchota:

-Vole.

But don’t let me go.



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Marchombre
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MessageSujet: Re: J'apprendrais à lire dans ton regard... [Terminé]   Dim 25 Juil 2010 - 0:18

Comment… ? Comment avait-il su ? Elle leva les yeux pour croiser les siens, l’incompréhension vrillant son visage, ainsi qu’une joie qui la prit comme un ballon lancé auquel on ne s’attendait pas, explosant en elle sans qu’elle ne la comprenne. Elle n’avait rien dit de ce qu’elle ressentait ; et pourtant, il avait su. Il lui avait suffit d’une phrase prononcée doucement, ou peut-être était-ce son visage qu’il avait absorbé. Il avait lu dans son regard comme personne d’autre n’avait jamais été capable de le faire… Combien d’efforts, pour comprendre, et sauter ? Accepter sa liberté, lui qui avait si peur de la perdre ? Il avait compris le sacrifice qu’elle s’apprêtait à faire pour lui, et pour la même raison, il le faisait à sa place… Il lui faisait mal, à la serrer ainsi. Comme s’il avait peur de la lâcher. Ou comme s’il s’apprêtait à ne jamais la revoir. Est-ce qu’il allait partir ? Elle s’affolait, à sentir le battement de leurs deux cœurs trop rapides. Et puis il la lâcha. Et prononça un mot, un seul, qui voulait tout dire.

Elle le fixa, améthystes plongées au cœur des saphirs, et ils se dirent plus pendant ces quelques secondes que tout ce qui pouvait être dit dans n’importe quel long discours. Il s’attendait tellement à ce qu’elle parte, maintenant, qu’elle le remercie avant de disparaitre dans la nuit… Il s’attendait tellement à ce que l’oiseau libre ne revienne jamais. A ce que, en n’étant pas son protecteur, elle était vouée à la mort. Mais lorsqu’elle bougea brusquement, ce fut pour lui rendre son étreinte. Un moment, elle était là, à le regarder, l’instant d’après, ses petits bras le serraient aussi forts qu’ils en étaient capables, sa tête enfouie sur son torse, les yeux obstinément fermés, et c’était elle qui ne voulait plus le laisser partir. Son bras blessé lui rappelait par courtes pulsations qu’il devait être ménagé, mais elle ignora le message subliminal, se contentant de poser les paumes de ses mains sur le dos du demi-faël. Elle eut un hoquet, de trop plein d’émotions peut-être, avant de lui expliquer :

- Tu sais, ce n’est pas parce qu’un oiseau n’est pas en cage qu’il ne revient pas. Le Maitre Fauconnier envoie bien ses faucons chasser seuls, mais ils finissent toujours par le rejoindre…

Ce n’était pas parce qu’elle partait seule qu’elle ne reviendrait pas. Ce n’était pas parce qu’il n’était pas là pour la protéger qu’elle ne serait pas capable de se défendre, et ce n’était pas parce qu’il était absent qu’elle ne pensait pas à lui ou qu’elle ne reviendrait pas. Ce n’était pas parce qu’il n’était pas son protecteur qu’elle ne survivrait pas, non plus… Il lui fallait vivre sa vie. Et tous ses dangers. Quel qu’en soit le prix. Il venait de lui faire preuve d’une confiance qui, elle le savait, était difficile pour lui à confier… Elle ne la trahirait pas. Jamais…

- Je reviendrais toujours à toi.

Toujours serrée contre lui, elle se tut un instant, laissant l’importance de cette simple constatation s’imprimer en eux. Puis, dans un souci d’égalité, elle murmura :

- Toi aussi, tu es libre.

Libre d’avoir des secrets, libre de partir seul à la recherche de sa mère s’il ne voulait pas d’elle à ses côtés pour cette quête qu’il s’était donnée, libre de partir lorsqu’il le souhaitait. Elle l’attendrait, où qu’il soit et où qu’elle soit, comme lui l’attendrait lorsqu’elle ne serait pas avec lui… Les doutes fondaient entre ses bras, plus rapidement encore que la neige entre les mains d’un enfant. Il serait là pour elle. Et le mais venait de s’évanouir sous la brise soudain plus forte, comme s’il n’avait jamais existé. Pourrait-elle jamais le remercier assez de tout ce qu’il lui offrait ? L’aimer, sans y perdre sa liberté. Elle aurait voulu ne jamais le lâcher. Alors elle serra plus fort, et lui promit son amour à son tour. Parce que s’ils pouvaient partir, ils pouvaient rester, aussi.

- Mais là, maintenant, tout ce que je veux... c'est être avec toi.

Les scènes tournoyaient dans son esprit, certaines fragments du passé, d’autres imaginations du futur. La main d’Elio dans la sienne, alors que le noir des cachots les entourait et que plus rien d’autre n’existait. Le rire d’Elio sous la pluie, alors qu’ils s’étaient laissés prendre par l’orage au milieu de la plaine de Shaal. Des chuchotements murmurés au creux de son oreille, alors que les étoiles brillaient au dessus de leur tête. Leur premier baiser, son premier baiser, si inattendu, si spontané, si désiré, aussi. Et les suivants, qui ne seraient jamais assez nombreux. Elio dans les couloirs, la mine morose, dont le visage s’illuminait tout à coup en l’apercevant. Elio et elle, qui hurlaient des chansons piaillardes, assis sur un muret. En train de déguster une tarte dans la grande salle, ou de s’entraîner à l’arc côte à côte, leurs flèches se dirigeant irrémédiablement vers la même cible. Il y avait tellement de choses qu’elle voulait faire avec lui. Tellement de mots qu’elle voulait prononcer. Et tellement de silences qu’elle voulait partager, aussi. Elle voulait lui parler d’Ena, de Khelia, de Syalis et d’Ayron, d’Ellundril Chariakin, de Faryna, de ses parents, de Silind, de Marlyn, aussi, de tout ceux qui étaient un jour entrés dans sa vie et y avaient laissés une trace. De ses rêves et de ses envies. Il connaissait déjà ses peurs, ainsi que la voie qu’elle avait choisi, avec tout ce qu’elle signifiait ; il savait ce qui lui tenait à cœur, connaissait les méandres de son âme, savait lire ses sentiments sur son visage ouvert. Mais elle voulait qu’il sache tellement plus. Elle voulait qu’il sache qu’elle préférait cueillir les framboises dans les bois, plutôt que de manger un repas chaud ; qu’elle aimait l’eau froide, et marcher pieds nus sur les cailloux, même si cela lui écorchait la plante des pieds ; que la lumière ne la dérangeait pas pour dormir, et que les cuisines la mettaient mal à l’aise.

Et elle voulait en savoir plus sur lui, aussi. Elle avait tellement de questions qui tourbillonnaient sous son crâne, des questions qui semblaient anodines, comparés à ce qu’elle savait sur son père ou sa mère, mais dont la réponse lui semblait cruciale… Après tout, qu’était-ce de connaître sa couleur préférée, ou s’il avait oui ou non peur des araignées, alors qu’elle savait que sa mère était morte, qu’il cherchait à savoir comment, et que son père ne voulait rien lui dire sur la question ? Qu’il était fier de ses origines faëls, et avait honte de ne pas s’être battu ? Qu’était-ce pour lui, de savoir qu’elle préférait dormir sur le côté en chien de fusil, alors qu’il savait qu’elle avait peur d’être enfermée comme ils l’avaient été dans les cachots ? Et pourtant, c’était la réponse à toutes ses petites questions qui faisait qu’il était Elio. Elle savait l’essentiel, mais c’était l’inutile qu’elle voulait apprendre, maintenant, pour pouvoir mieux le connaître. Elle voulait voir à quoi ressemblait son visage lorsqu’il dormait, et l’observer se réveiller. Cela semblait peut-être abrupte et futile, après ce qu’il venait de faire pour elle, mais Elera n’avait jamais expliqué ses questions, n’avait jamais hésité à les poser, et n’avait jamais tentée de faire la moindre transition orale entre une question ou une autre… Alors elle posa la première qui lui passa par la tête, sans trop y réfléchir.

- Est-ce que tu as besoin de silence pour t’endormir, ou est-ce que les bruits ne te dérangent pas ?

Puis, comme pour prouver que sa question n’avait pas le moindre but, elle enchaîna immédiatement :

- Et est-ce que tu as déjà vu un brûleur ? Je me suis toujours demandée à quoi cela pouvait ressembler...

Elle avait levé la tête vers lui à sa première question, attendant la réponse, et relâcha son étreinte à la fin de sa seconde ; il fallait bien qu’elle finisse par le lâcher. Mais pas complètement ; sa main devint la prison de la sienne, et elle l’entraîna à sa suite, marchant vers l’autre bout du clos d’exercice, serrant ses doigts entre les siens comme si elle ne comptait jamais les laisser filer.

‘Cause I won’t let you go...


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MessageSujet: Re: J'apprendrais à lire dans ton regard... [Terminé]   Lun 30 Aoû 2010 - 17:05


Elio aimait Elera, c’était un fait.
Elera aimait Elio, il l’espérait en tout cas.
Et là elle le serrait, de toutes ses forces dont elle disposait dans ses petits bras, si fins, si fragiles d’apparence, et pourtant à l’étreinte si forte, émotionnellement parlant. Sa tête enfouie dans son torse, il pouvait sentir son parfum de fleurs, envoutant, enivrant. Il pouvait sentir sa respiration actuellement rapide et presque haletante, et elle, elle devait sans doute écouter le battement accéléré de son petit cœur de guerrier. Ce petit cœur qui se gorgeait à présent d’amour et qui s’affolait dans ce corps trop étroit pour tant de ressentis à la fois.

- Je reviendrais toujours à toi.

Le corbac ferma les yeux, à moitié soulagé, à moitié naïf de vouloir y croire. Il voulait tant pouvoir retrouver son insouciance de gamin, cette naïveté qu’on pardonne aux gosses, et ainsi croire au toujours. A l’éternel d’un amour. Malgré tous ses doutes, il se taisait, préférant être bercé par le son mélodieux qui franchissait les lèvres de son aimée. A ses côtés il lui semblait même possible de croire le plus sérieusement du monde qu’un autre monde imaginaire puisse exister quelque part, autre que le monde des morts.
Libre. Libre à son tour. Qu’est-ce que cela voulait vraiment dire ? C’est en la rencontrant que le mot liberté avait pris tout son sens pour le garçon. Alors comment pourrait-il être libre sans elle ?
Maintenant. Un mot qui lui semblait de plus en plus important au fil du temps. Maintenant, le mot du présent. L’instant figé, rien qu’avec Elle.
Maintenant ils étaient ensemble.
Maintenant ils s’aimaient.
Maintenant ils étaient heureux.
Et Elio pria intérieurement la Dame que ce maintenant dure toujours, envers et contre ses doutes.
Ainsi il la serrait contre lui, comme pour ancrer son corps dans le sien, en garder à jamais l’empreinte. Qu’il devienne la terre responsable du fossile d’Elera, afin de l’immortaliser dans ce moment si doux, si vital à ses yeux.


Je t’aime, Elera.
Je t’aime, et je t’aimerais toujours.
Même si je ne crois pas au toujours, je le construirais, rien que pour nous deux. Ce sera comme une grande cabane en bois, peint de toutes les couleurs. Cette cabane elle aura des fenêtres, pour faire entrer la lumière éblouissante de notre bonheur. Et puis des rideaux, qui voleront au vent comme tes cheveux de feu. Elle sera en hauteur bien entendu, pour qu’on puisse toucher les étoiles le soir, et que je puisse t’en ramener une pour éclairer la noirceur menaçante de la nuit. On fermera à clé notre porte, afin que personne d’autre que nous ne puisse ouvrir celle de nos cœurs. A l’intérieur on demandera à un dessinateur de nous faire une cheminée, avec un feu qui brûle éternellement, comme ça notre flamme ne pourra pas s’éteindre non plus. Et puis je te cueillerais des violettes, pour décorer la cabane de la même couleur que tes beaux yeux. Le toit ne sera pas un véritable toit. Il sera fait de feuilles sauvages, qu’on pourra enlever quand l’envie nous prendra. Ainsi on pourra voir al voie lactée, lové l’un contre l’autre dans notre lit, et on sera libres. Libres de s’envoler à deux.
Je t’aime, et je t’aimerais toujours.
Je t’aime Elera.


- Est-ce que tu as besoin de silence pour t’endormir, ou est-ce que les bruits ne te dérangent pas ?

Surpris de cette question, il lui décerna un regard interrogateur. Avait-elle lu dans ses pensées ses rêves de la Cabane du Toujours ?

- Et est-ce que tu as déjà vu un brûleur ? Je me suis toujours demandée à quoi cela pouvait ressembler...

Non. Non elle ne savait encore rien de la Cabane du Toujours. Elle voulait juste…le connaitre.
Elio sourit, et garda avec plaisir la main de sa compagne tandis que leur étreinte se terminait. Il ne voulait pas la lâcher. Pas encore !

-J’ai été habitué au silence. Tu sais, quand tu vis avec une seule personne qui ne parle pas énormément, la maison est muette. Même si le jour le brouhaha des clients et du commerce rattrape quelque peu ce silence. Les bruits nocturnes ont donc tendance à me gêner, je n’ai pas l’habitude, et puis…je ne sais pas pourquoi, mais pour moi, la nuit doit être silencieuse. C’est comme un ordre des choses, sans raison particulière. La nuit est muette, et le jour est aveugle.

Il se tut un instant, caressant le dos de la main d’Elera. Parler aussi facilement était tellement nouveau. Et tellement agréable. Jamais il ne parlerait de cette façon à quelqu’un d’autre. Surtout sans bégayer. Surtout sans s’énerver.
Etait-ce une fée ?


-Oh oui j’en ai vu des tas de brûleur !

Il la regarda, d’abord sérieux, puis éclata de son rire rauque :

-Dans mes combats imaginaires de gamin ! Moi je les voyais gros, aussi gros qu’une baleine et très grands, plus grand qu’une montagne ! Et puis poilu, très poilu ! Avec des tas de couleurs criardes et rouges. Une grosse bête de poil quoi ! Papa avait réussi à me convaincre qu’ils possédaient des dents aussi grandes que des épées et aussi aiguisées que des pointes de flèches, et qu’ils pouvaient me dévorer avant que je n’ai eu le temps de dire « paaaappaaa » !
J’sais pas si c’était pour me faire peur et que je n’aille pas me balader seul, ou que je finisse ma soupe, ou si c’était vraiment sérieux.


Elle l’écoutait, son sourire si magnifique sur le côté.
Lui raconter son enfance était étrange, mais beaucoup plus facile qu’il ne croyait. Il aurait tant voulu la connaitre à cette époque ! Jouer avec elle dans les champs, se battre avec des armes imaginaires, ou voler celles de la boutique à son père ! Se blesser, et tenter de cacher leurs blessures pour ne pas se faire réprimer par son père. Observer en silence les clients, et leur faire des farces. Construire une cabane…la Cabane du Toujours.

Et son enfance à elle ? Qu’est-ce qui avait fait ce qu’elle était aujourd’hui ? Elio essaya de visualiser une petite fille à la crinière de feu, sautillant avec agilité de partout, avec cette grâce et cette liberté qui lui seyait si bien.

-Quel plat tu préférais, petite ? Et maintenant? Tu as déjà fait semblant d’être malade pour qu’on t’apporte à manger au lit et qu’on s’occupe de toi, qu’on te lise une histoire avant de dormir ?

Il la dévorait du regard, jamais rassasié de tant de beauté sur son minois.

-T’as déjà vu une Dame, toi ? Un jour j’ai vu une ombre énorme dans un grand lac, lors d’un voyage avec mon père. J’étais persuadé que c’était une Dame, mais papa s’est moqué de moi.

Sa main, tremblante, vint se poser sur la joue d’Elera, puis son doigt descendit l’arrête de son nez dans un mouvement enfantin.
Ils étaient dans leur Cabane.
Ici personne ne pourrait les séparer.
Ici ils pouvaient s’aimer.
Ici ils avaient le pouvoir de voler.



_______________

                 Et toi, Invité, veux-tu connaitre mon histoire ?

                           Gérant de l'Arma Gauche et du Talion


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Marchombre
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MessageSujet: Re: J'apprendrais à lire dans ton regard... [Terminé]   Mer 1 Sep 2010 - 0:12

La nuit est muette, et le jour est aveugle. Vision des choses complètement chamboulée par cette simple certitude qui brillait pour lui. C’était le contraire, pour elle. Le jour était muet, la nuit était aveugle. Parce que les hommes se taisaient à la tombée du soir, et reprenaient leurs activités grouillantes et bruyantes dès potron-minet, ils pensaient que la nuit était silence ; alors qu’on n’entendait jamais aussi bien les sons qu’à cet instant où, les nuits où la lune n’était qu’une fine fissure de lumière sur le point de disparaitre, les étoiles brillaient plus forts que jamais et que l’on ne pouvait plus discerner ses propres mains. La nuit était aveugle, et seules les plus lointaines poussières leurs rappelaient encore l’existence de la lumière. Le jour, ensuite, se taisait, alors que les grillons cessaient leurs chants, que les bruissements d’ailes s’éteignaient, et que tous les bruits de la vie se mêlaient de mouvements et de couleurs pour ne plus former qu’un brouhaha lointain, indistinct en comparaison avec les bruits clairs de la nuit, alors que chacun s’enfermait dans son propre silence, assourdissant le reste du monde. Le vent ne sifflait plus la même mélodie, sous les rayons cuisants du soleil. Alors il s’endormait dans le silence, là où elle avait été bercée par le bruit de la pluie et du vent dans les arbres, des animaux de passage et du torrent sur les rochers. Elera serra sa main plus fort, se délectant de chacune de leurs différences, de tout ce qui les rendait Eux, de tout ce qu’elle pouvait apprendre de lui, pour qu’elle connaisse ses habitudes comme elle connaissait son âme et son corps.

Elle le voyait danser, sur la trame du passé, petit garçon avec son bâton d’Amarylis de bois, ses yeux toujours aussi bleus mais son corps encore gamin, un grand éclat de rire sur le bout des lèvres, alors qu’il pourfendait d’un geste vif et d’un grand « Tsah ! » un nouvel adversaire. Elle le voyait s’endormir, aussi, la silhouette d’un père qu’elle ne connaissait pas assise dans un fauteuil, à veiller sur lui sans en avoir l’air. Elle le voyait s’étaler dans la boue, puis, étonné par la myriade de possibilités qu’elle lui offrait, dessiner de ses doigts boueux sur son visage, ses bras, ses pieds, sans s’inquiéter de ses vêtements maculés de terre baveuse. Mais, plus que tout, elle essayait d’entrevoir ce que ce pouvait être, de grandir avec un père. Un père silencieux, un père torturé par un passé qu’il n’osait pas partager, mais un père, tout de même. Elle essayait d’imaginer avoir eu un toit au dessus de sa tête pendant toute son enfance, et avoir des objets qu’elle aurait pu appeler les siens… Mais elle n’y arrivait que vaguement, et dès qu’elle essayait de s’imaginer le plafond de l’Académie au dessus d’elle gamine, celui-ci volait aux éclats pour laisser la place au ciel et à la cime des arbres. Elle n’aurait jamais pu grandir, sans ses pieds toujours nus et le socle céleste. Même à présent, elle avait soif d’être dehors dès qu’elle était à l’intérieur, et ne voulait jamais rentré lorsque ses pieds foulaient la terre meuble.

Les questions la prirent de cours. Elle avait dit à Elio, lors de leur première rencontre, ne pas avoir grandi avec ses parents. Elle lui avait dit les courses effrénées dans les montagnes, les baignades dans le lac et les abris naturels. Elle lui avait dit sa sœur, et le Présent. Mais tout comme elle ne pouvait pas concevoir sa vie avec un adulte pour toujours lui montrer le chemin à suivre, il ne semblait pas pouvoir imaginer la liberté totale de l’enfant abandonné à lui-même, ni la multitude d’erreurs et de blessures alors qu’elle se trompait. Ou alors, il avait oublié ? Mais l’idée était comme un minuscule coup de poing intérieur, et elle ne voulait pas croire qu’il ait mis si peu d’importance dans les souvenirs qu’elle avait partagés avec lui. Elle répondit lentement, d’abord, hésitante.

- Toute petite, quand je vivais encore avec mes parents.. je ne me souviens pas. Je ne me souviens de rien. Mais après, avec ma sœur, j’aimais surtout cueillir les mûres et les framboises. Quand on trouvait un buisson, je les mangeais sans pouvoir m’arrêter, toujours à chercher la suivante à me mettre sur la langue, et puis on avait toutes les deux le visage tout barbouillé, après… La première chose que j’ai mangé, en arrivant à l’Académie, c’était une omelette. Je n’en croyais pas mes yeux, pouvoir faire ça avec un œuf… Mais malgré tous les plats que j’ai pu goûter ici, malgré toutes les merveilles que vous arrivez à faire, je préfère encore le fruit cueilli sur l’arbre.

Elle se laissait flotter, ne regardait même plus où elle marchait, la tête tourné vers lui, leurs bras s’entrelaçant là où leurs deux mains étaient encore jointes, et elle se souvenait, de ce temps reculé loin de toute humanité. Au fond, toit ou pas, ils pouvaient tous les deux revoir des fragments d’images, avaient tous les deux un passé plein de réponses ; dans la Cabane de l’Enfance, les mêmes souvenirs et les mêmes bêtises se côtoyaient dans tous les esprits, malgré les différences de contexte, de lieu, de gens. Perdue dans ses pensées et dans son regard azuré, elle ne remarqua que vaguement, comme dans un rêve, lorsqu’Elio s’arrêta et se rassit dans l’herbe, la lovant à ses côtés, pendant qu'elle continuait à raconter.

- J’ai toujours détesté être malade. J’aimais courir partout, allez voir ce qui se cachait derrière la pente, aller chercher des cailloux au fond de l’eau. Enfin, pas toujours, j’aimais juste m’assoir et regarder en rêvassant, aussi. Mais je n’ai jamais trouvé nécessaire de faire semblant d’aller mal, alors que ça m’empêche d’aller où je veux et m’oblige à me reposer. Si je voulais une histoire, je demandais à ma sœur, et elle en inventait une, que je sois malade ou non… Des fois, on les inventait ensemble. Je me souviens d’une fois où elle essayait de raconter, mais je lui posais des questions à chaque phrase, et elle était obligée de s’éloigner de l’histoire originelle pour creuser des détails auxquels elle n’avait pas pensé, et on s’inventait tout un monde, comme ça… Elle voulait raconter l’histoire d’une fille, elle mentionnait que celle-ci entendait le chant d’un oiseau, et on se retrouvait à raconter l’histoire du volatile à la place de celle de l’humaine.

Un sourire amusé mais brumeux jouait sur les lèvres de la rouquine, alors que les souvenirs s’entassaient, et que la fatigue se faisait peu à peu sentir.

- Il y avait souvent une Dame, dans nos histoires, parce qu’un jour, j’avais rejoins un groupe de voyageurs autour du feu, et ils avaient raconté une légende sur elle… J’avais été mystifié. J’irais en voir Une, un jour. Tu viendras avec moi ?

Ses yeux papillonnaient, ses prunelles tentant de boire encore dans l’eau du regard d’Elio, alors que ses paupières s’obstinaient à retomber sur les violettes qui fleurissaient autour de ses pupilles ; son corps fatigué par les entraînements des derniers jours, la bataille de la nuit dernière, le chagrin, son âme stressée et les nouvelles passions qui y avaient explosées, malgré la courte sieste divagante de l’après-midi, qui n’avait été reposante ni pour son corps endolori placé dans une position peu confortable, ni pour son âme tourmentée qui n’avait fait que naviguer de cauchemar en cauchemar, ne lui permettait plus de rester entièrement éveillée et attentive. Elle avait eu peur de s’endormir, plus tôt, les images de la bataille ensanglantant sa mémoire ; et quand elle l’avait fait, elle était tombée dans des cauchemars angoissants. Mais là, dans les bras d’Elio, elle se sentait voguer vers le sommeil, et n’avait pas la force de s’en empêcher. Elle s’accrochait, simplement, à lui comme à sa réponse qu’elle attendait. Mais elle était si bien, ici, qu'elle n’était pas sûre de réussir à garder les yeux ouverts assez longtemps pour l’entendre…

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