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 Demandez-moi de tuer la lumière [Terminé]

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La Borgne
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MessageSujet: Demandez-moi de tuer la lumière [Terminé]   Jeu 7 Jan 2010 - 20:57

Maître… vous vouliez me voir ?
Cela faisait plusieurs jours que Marlyn retournait cette phrase dans sa tête en attendant de la prononcer à voix haute. Depuis qu’elle avait été postée à l’Académie de Merwyn lors de la chute de l’Harmonie, elle n’avait plus vu le Mentaï noble, à part lors de rares passages à son manoir d’Al-Vor lorsqu’il s’agissait de régler un détail de leurs plans ; la dernière rencontre avec son maître remontait maintenant à plusieurs mois, et le seul contact qu’elle avait avec lui était quand il lui envoyait par les Spires des ordres, parfois des conseils, souvent des promesses.
Le fait qu’il ait demandé à la rencontrer rapidement avait d’abord inquiété la jeune Mentaï.  Son Maître dirigeait les opérations avec pondération, d’ordinaire ; qu’il faille brusquer soudain les choses pouvait être synonyme de mauvaises nouvelles. Comment pouvait-elle savoir ? Marlyn n’avait contact avec la guilde du Chaos que par Dolohov.. Ce qui était loin de la déranger, d’ailleurs. Un sourire vint tordre la commissure de ses lèvres quand elle repensa au Mentaï, à tout ce qu’il était pour elle et sa part de Chaos. Durant ces quelques mois d’absence, sa vision du noble avait changé ; les détails de sa peau et de ses lèvres étaient devenus flous, l’homme semblait plus inaccessible, plus idéalisé encore qu’avant. Sareyn n’avait rien perdu de l’amour-fou qu’elle lui vouait et qui entretenait en elle une flamme vivace de Chaos ; elle lui était toujours aussi abandonnée : autant, sinon voire plus qu’avant.
Elle avait d’abord songé à le rencontrer près des frontières de l’Académie –la cascade, ou les rives éloignées du lac, mais l’endroit était trop fréquenté par des élèves pour être utilisable. Sûrement, son Maître possédait cette identité sociale de dandy de la cour qui lui permettait de venir à loisir dans l’Académie de Merwyn ; mais Marlyn qui était trop recherchée dans l’Empire ne pouvait pas courir le risque d’être vue avec lui… Après beaucoup de réflexions, elle avait resongé à un endroit de l’Académie que beaucoup d’élèves ne connaissaient pas, que les plus anciens avaient oublié et que très peu pouvaient pénétrer.. la Vigie. La seule personne qui en dehors de Marlyn et de son Maître Dolohov, avait le pouvoir d’entrer dans la vigie, était Slynn Ar’ Kriss ; mais celle-ci agonisait lentement sous les fondations de l’Académie, au plus grand plaisir de Sareyn.
Après en avoir parlé par l’Imagination à son maître et amant, le rendez-vous était fixé. Elle n’avait plus qu’à l’y attendre lorsqu’il ferait son apparition entre les murs de l’Académie sous des prétextes dérisoires. La préoccupation croisait avec l’attente : avait-elle accompli son rôle comme il le voulait ? Avait-elle fait le moindre faux pas dans la prise de l’Académie, ou avait-elle négligé une de ses faiblesses, une des fissures de son âme ? Elle avait appris avec les coups durs et l’entraînement efficace du Mentaï à prévoir toutes ces choses et elle espérait ne plus faire autant d’erreurs qu’avant. Marlyn avait tout construit petit à petit, dans son esprit et dans son âme, pour répondre à toutes les attentes, tous les désirs –les espoirs ?- de Dolohov ; leur rencontre imminente déciderait à coup sûr de sa réussite…

Les heures précédant ce rendez-vous, la jeune Mercenaire du Chaos s’était retirée dans les appartements qu’elle occupait, pour remettre méthodiquement le calme dans son esprit.
Maître… vous vouliez me voir ?
S’il lui avait fallu aller surveiller un cours ou malmener un des prisonniers, elle aurait échoué tant sa concentration était accaparée par son Maître chaotique. Les doigts diaphanes de la jeune femme passaient lascivement sur ce qui lui restait de visage ; elle resongeait aux mains du noble qui l’avaient réparée par des caresses, à ses deux yeux gris qui traversaient aisément les ténèbres de son âme. Mais qu’importait qu’il la voie, puisqu’elle lui avait donné entière..
Lorsque vint l’heure,  Sareyn se glissa hors de ses appartements, les traits apaisés mais l’esprit en tempête ; le trajet vers la réputée Vigie se fit sans qu’elle en garda le souvenir. Arrivée à la barrière supposée filtrer les dessinateurs, l’être chaotique eut un instant d’hésitation. Pourrait-elle encore passer avec le cœur aussi noir, le Don si perverti ? La paroi mystique opposait la résistance crainte, mais Marlyn put passer sans déployer des trésors de détermination et d’ingéniosité. La Vigie était une cache universelle, obscure ou harmonieuse. Une des inquiétudes de la jeune Mentaï s’apaisa : si elle pouvait passer, il n’y avait pas de doutes à avoir pour Dolohov Zil’ Urain, dont le pouvoir était très largement supérieur au sien, du moins le songeait-elle.

Il était déjà là.
Tourné dos à l’escalier d’où arrivait Marlyn, il semblait observer avec intérêt un de ces bibelots étranges et inconnus que recelait l’endroit; son élève priait pour qu’il n’ait pas senti ou vu l’infime moment d’arrêt qu’elle avait marqué en le voyant déjà dans la pièce.

- Maître…


La concentration et la confiance qu’elle avait rassemblées dans la journée disparurent à l’instant même où il se tournait vers elle, et les deux éclats onyx qui se posèrent sur son corps lui firent oublier un temps sa phrase. Marlyn avait inconsciemment baissé le menton et les épaules ; mais son œil unique restait sur le noble blond, qu’elle redécouvrait du regard avec délice.
Comme elle l’avait appris de l’homme qui s’approchait d’elle en ce même moment, Sareyn laissa aller sa respiration et la tension qui avait crispé ses muscles, et retrouva progressivement une certaine quiétude, renforcée par la présence tant désirée de l’homme aux cheveux or. L’œil se détachant péniblement de Dolohov pour aller vers le sol, le corps imperceptiblement incliné, Marlyn réussit à terminer  par :


- ..Vous avez demandé à me voir ?




[ Of course, si y’a quelque chose qui te dérange, j’suivrai les ordres et éditerai o/ ]


_______________



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MessageSujet: Re: Demandez-moi de tuer la lumière [Terminé]   Sam 9 Jan 2010 - 22:53

[... genre. *w* Par contre, tu ne devineras JAMAIS quelle musique m'a servi de bruit de fond Arrow disons qu'elle excuse la médiocrité du post ]

Il s'était attendu à quelque chose de transcendant.

La dernière fois que ses pieds avaient foulé le sol de l'Académie de Merwyn...
il n'aurait plus su dire ce qu'il portait.

La batisse lui était apparue comme une promesse, toute de vapeur et de langeur. Un parfum lourd de corps qui se frôlent, de poignards glissés sous les dentelles, d'alcools et d'opulence.
Il s'y était senti victorieux, comme si l'endroit lui était déjà acquis. Déjà fastueux, déjà plein d'intrigues, déjà chaotique.
Et paradoxalement, maintenant que c'était réellement le cas, qu'il était confronté à la première victoire totale et quasi affichée sur un opposant...
Dolohov Zil' Urain contemplait l'univers avec un détachement sans borne.

Tout lui semblait d'une beauté fade, assourdie. Les couleurs étaient blêmes et les regards craintifs.

Il avait fait le voyage à cheval, soucieux d'économiser son pouvoir et d'être aussi discret que possible, juste au cas où. Il avait pu observer l'aube aux portes mêmes de la capitale- aveugle comme toujours à son écoeurant spectacle.

Au décor, Dolohov préférait les échos et corps.
Les murmures, les attitudes, les épaules dénudées, les convois d'itinérants fatigués et farouches, leurs manières raffinée et ronflante de le saluer d'un "Bien le bonjour, monseigneur" la laideur de l'âme humaine. Se complaire dans l'humain, le physique, la vie, le chaos.
La cours bruissait de milles soies, et les nobles en ébullitions se pressaient au portes du palais pour savoir si le prétendu "petit rhume" que l'empereur avait attrapé risquait réellement de nuire à sa santé. Certains parlaient déjà de poison, d'héritage, ou courtisaient le fils trop jeune de Huan.

Le mentaï s'était amusé de voir les demoiselles de la haute court mimer la douleur et la compassion pour soutenir le futur remplaçant- et repéré parmi le lots des jeunes louves aux yeux de biches qui ne manquaient ni de charme ni de subtilité.
Bien entendu, il s'était presque étonné de les trouver si jeunes. Mais, comme se plaisait à souligner un des bouffons de cour, il n'était plus le frusque adolescent qu'il avait été.
La plupart de ses "vieux amis" s'étaient trouvé une jolie épouse, et, s'ils courraient toujours les bals -ainsi que les jupons, pour la plupart- c'était avec moins de grâce et plus de rides.

Ses pensées le ramenèrent au dernier bal de l'Académie, auquel, donc, il avait été présent, et présenté à ce qui était considéré comme la plus fine fleur des campagnes.
Il s'avouait n'avoir retenu que la farouche élégance d'Hisae Til' Illian, la courbe que dessinait son corps... et son inaccessible rang, qui la rendait si désirable.
En d'autres circonstances, il aurait cherché à revoir, et si possible, à séduire la jeune frontalière; le somptueux parti auquel sa fortune officielle ne permettait pas de prétendre.
Mais.

Il avait fallu repousser le démon qui l'avait assis très haut dans la hiérarchie du chaos, convaincre Amjad de l'aider dans cette entreprise aussi dangereuse qu'hasardeuse... en subir les conséquences.
Bien que l'ermite n'avait aucune raison de l'inquiéter en ce moment, le noble blond le faisait surveiller de très près. Trop, peut-être, pour que ça passe totalement inaperçu, mais qu'importait. Ce fichu pirate était totalement anarchiste et.. au moins aussi fourbe que lui-même l'était.
Et cela lui avait pris un temps et une énergie considérable.

Il avait été contraint de prétexter un mal extrêmement contagieux pour excuser son absence du "monde" , ayant reçu trop de blessures physiques pour qu'elles soient justifiables autrement.
Ses intrigues à la cours avaient été considérablement freinées, et de par l'écartement de Lindörm, et par son second projet bien encombrant...

Retrouver Valen Til' Llendoryn avait été impossible. Ce n'était pas faute d'avoir essayé, mais l'increvable maître d'arme semblait s'être volatilisé dans les airs.
Conquérir son académie par l'intermédiaire de ses sbires, en revanche...
Inconsciemment, il baissa les yeux au sol, et avança les épaules un peu moins droites que d'ordinaire.
Il savait qu'il avait été dépassé par les évènements, que son absence trop longue et son laxisme confiant envers ses apprenties pouvait lui coûter.. terriblement cher.

Si Marlyn lui semblait toujours dévouée de toute son âme, il redoutait néanmoins chez elle une soif d'émancipation, incapable d'oublier ce que sa compagne avait été, avant le passage d'Yvan Derkan dans sa vie. Il ne l'avait pas clairement émancipée en temps que Mentaï, et risquait de ne jamais le faire, mais il y avait fort à parier sur le fait qu'elle.. se soit trouvé un apprenti ou une apprentie.
Dolohov redoutait que cette potentielle autorité ait alteré le servage parfait de la demoiselle, tout comme il s'inquiétait de ses murs, recelant trop de souvenirs et de blessures. Il craignait cette mystérieuse Elera, les marchombres, les reliquats de Chantelame, et la présence de Slynn Ar Kriss et sa maudite soeur.

Beitris n'avait jamais été digne de confiance, même droguée.
Quant à Tal' Oursian, le mentaï n'oubliait pas qu'il s'agissait avant tout d'un mercenaire, au sens le moins digne du terme: il s'offrait justement au plus offrant. On ne le tenait que par l'argent, et les caisses de Dolohov, si elles ne l'inquiétaient plus, n'étaient cependant pas assez pleines pour lui assurer un monopole sur le marché.

Se refusant à ces obscures pensées, qui l'avaient inconsciemment courbées, il cilla, retrouva son maintient le plus hautain pour demander à l'intendant de l'Académie de le mener au forgeron. Celui-ci l'avait mielleusement renseigné, et s'était excusé de ne pouvoir se déranger lui-même, une sombre affaire de placard à règler.
Fort aise, Dolohov se rendit à la forge, ou après de longs compliments et nombreuses improvisation théâtrales de peur ou d'idiotie, il récupéra le poignard d'ornement commendé au maître Frandrich...

Etait ensuite venu le moment de vérité, où il avait bifurqué au hasard d'un couloir, et, étrangement fondu dans le décor, avait atteint le lieu dit de la Vigie.
Avec circonspection, il s'approcha de la légendaire paroi, et hésita même à l'effleurer.
Sareyn la passerait, même si son contrôle du don était encore à affiner. Il était juste.. adapté à la puissance. Mais lui?

Il avança le bras, et senti l'étrange résistance, la consistance impalpable et pourtant opressante. Cédant pour la première fois de sa vie à son instinct, il recula la main en grimaçant. C'était la main gantée de noir qui signait son meurtre d'Yvan Derkan.
Ses doigts se replièrent machinalement, sans se crisper, toute fois. Il inspira profondément, dilatant ses narines de serpent, et concentra toute sa force mentale et sa créativité sur son maigre pouvoir.
Il était hors de question de ne pas y arriver.
D'ailleurs, il n'avait jamais redouté d'employer des moyens détournés pour atteindre son but. Les yeux clos, il avança, paisiblement, droit comme un i, pas après pas, nonobstant la sensation de résistance gluante, l'idée de ses vêtements précis salis par l'invisible surface gelatineuse.

Un sourire torve étira ses lèvres minces quelques secondes plus tard.

Dolohov Zil'Urain contemplait l'univers avec détachement, de la fenêtre de la vigie. Un détachement sans borne.

Hors du temps, déjà oublieux des quelques difficultés opposées à sa précédente petite victoire. Il attendait Marlyn avec une confiance toute ravivée.
Enfin, alors qu'il étudiait négligemment les quelques objets incongrus qu'il rencontrait, elle entra.
Sa voix rauque, un peu voilée, comme toujours lorsqu'elle se trouvait physiquement en sa présence.
Il se tourna vers elle, pour l'étudier longuement. Ses courbes graciles qui ployaient devant lui, son regard envouté, de demoiselle possédant.. la clé de toutes les voutes.
Sa peau brûlée de violents souvenirs, son souffle qui s'apaisait, doucement, alors qu'il tardait à s'approcher. Il n'oubliait pas que derrière le plus tendre sourire se cachait une rangée de dent, aussi vérifiait-il l'emplacement des armes de la jeune fille, tout en détaillant sa délicieuse personne. Enfin rassuré, il s'approcha d'elle et releva son menton.


-Il faudrait... la volonté de tout un empire pour ne pas le vouloir, mon cher ange.


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MessageSujet: Re: Demandez-moi de tuer la lumière [Terminé]   Dim 24 Jan 2010 - 0:39

Elle ne put empêcher un infime tressaillement lorsqu’elle sentit la main gantée du Mentaï sur son visage. Si elle avait perdu l’habitude du contact physique en ces quelques mois, Marlyn reprit lentement l’habitude de la présence du noble blond ; de ses yeux gris qu’elle ne parvenait plus à croiser plus de quelques secondes, de ses mots, qui chacun étaient dans l’esprit de la jeune fille comme une petite apocalypse sentimentale.

Il y avait tant de nouvelles à lui apporter et les phrases se perdaient dans la tête de la jeune femme, dont la main caressa la soie de celle qui frôlait son menton. L’amertume qui la prenait de perdre en partie le contrôle de ses moyens était occultée… en grande partie, par l’aura bienveillante de ce maître qu’elle idolâtrait. Marlyn aurait pu rester des heures dans la quiétude silencieuse de la Vigie à sentir, apprécier l’emprise de Dolohov Zil’ Urain sur son esprit, son corps, les possibles futurs.
Fallait-il d’abord lui apprendre qu’un autre académicien était tombé sous le contrôle du Chaos, ou bien annoncer la mort proche et terrible de Slynn Ar’ Kriss, leur ennemie déchue et sans plus aucune influence dans le monde noble ? Peut-être le mieux était de se taire, d’attendre un quelconque ordre à venir contre lui ou détruire ses ennemis ; de laisser l’homme de cour mener l’échange à sa guise en lui annonçant la suite des opérations, ou non.
Ou bien c’était à elle. Elle avait été loin de son influence pour des mois, elle devait lui montrer ce qu’elle avait réussi à bâtir en son nom et son honneur durant cette absence. Qu’elle dût pour cela évoquer les défaites personnelles ou les corruptions de certains esprits chaotiques.. soit. Il était de toute manière impensable et impossible pour la jeune femme de dissimuler quelque chose à l’aristocrate blond.

Malgré son envie difficilement contrôlable d’avancer d’un peu et de retrouver des mains le soyeux des étoffes qui vêtaient Dolohov, Marlyn se détourna ; ses mains allèrent machinalement actionner les divers objets à sa portée, elle fit quelques pas hors de la portée de son maître. Elle n’avait pourtant pas de doutes à avouer ou de dangers imminents à souligner. Tout s’était passé selon les plans, malgré certains contretemps et échecs dans son agenda. La langue de la jeune fille passait machinalement sur le tranchant de ses dents, en une vaine tentative de concentration ; elle chercha très longtemps ses mots tandis que ses doigts s’enroulèrent autour d’un globe de verre qu’elle fit rouler d’une paume à l’autre.
Les épaules détournées du Mentaï, Sareyn s’humecta les lèvres et démarra dans un souffle :


- Tout s’est.. passé comme prévu, Maître.

Elle aurait du pouvoir cacher l’adoration qu’elle avait imperceptiblement laissé échapper dans le dernier mot. Ou lever la tête pour convaincre, ou… soit. Elle n’avait pas menti, s’en sachant incapable devant l’esprit habilement déducteur de son maître ; seulement cette vérité semblait fausse ou partielle dans sa bouche, Marlyn aurait voulu qu’il en soit autrement.
Ses hanches pivotèrent pour s’appuyer contre une des tables d’ébène, sans qu’elle s’éloignât de Dolohov. La jeune femme se trouvait de nouveau face à lui, à la fois à sa merci et libre de ses mouvements, dans tous les cas franche.


- J’ai fait tout ce que vous m’avez dit de mon mieux ; l’Académie et les personnes qui y vivent sont sous votre joug de la manière la plus inconsciente. J’ai veillé personnellement à la surveillance des potentiels risques. Et.. Slynn ne sera bientôt plus. Je n’ai pas réussi à la faire parler, même si elle a payé pour ses actes passés; elle sera morte dans les prochains jours.. sauf si vous vous y opposez, bien sûr.

Le globe de verre alla retrouver sa place parmi les bibelots inutiles de la pièce, et la jeune femme enroula les bras autour de son torse pour les maintenir occupés. Elle sentait le regard et l’attention du noble Mentaï dans sa direction, et les soutint. Avec plus ou moins de difficulté, sachant ce qui lui restait encore à dire.. à savoir beaucoup trop de choses. Elle aurait aimé que ces retrouvailles ne soient pas accompagnées de longs rapports sur la situation, sur les attentes et les complots, qu’elles se passent dans la même atmosphère tendrement étouffée que les trop peu nombreuses visites au manoir des Zil’ Urain..
Et cela devait se voir dans son œil, à l’étincelle qui accompagnait parfois l’obsidienne de son regard.
A nouveau elle limait machinalement ses dents, la conscience en lutte entre l’attirance inexorable de son maître, et la suite de son rapport. Marlyn craignait que le Mentaï n’interprète trop loin son choix d’avoir pris un élève alors que, pourtant…

C’était dans le but, comme toutes ses décisions, ses mouvements ou sa simple respiration, de le servir. D’accomplir ce qu’il lui demandait. Un nouveau serviteur du Chaos signifiait une influence accrue sur les esprits, un nouveau bras dans leur bataille. Une nouvelle arme contre les ennemis qui résistaient à l’Académie. Et cette arme que Marlyn avait choisi était spécialement conçue contre la personne qui avait autrefois le pouvoir de l’atteindre.. Elera. Dans son esprit, Sareyn avait fait ce choix par pur dévouement. Et s’il en doutait, ce serait terrible…


- Cependant, je crains que le calme ne dure pas.. nous ne resterons pas éternellement à la tête de l’Académie de ce damné Merwyn. Beitiris Ar’ Kriss devient incontrôlable et j’ai peur de ne pas pouvoir y remédier encore très longtemps. Les élèves les plus anciens se doutent de quelque chose.. j’ai pris des mesures contre Elera en particulier, connaissant ses points faibles. Son ami le plus proche est maintenant tombé aux mains du Chaos.

Marlyn s’arrêta, regarda le Mentaï juste en face d’elle avec une pointe d’hésitation. Tout ce qu’elle voulait éviter était une mauvaise interprétation de ses paroles ; la jeune femme se décolla du rebord de bois auquel elle s’appuyait, ce qui la rapprocha imperceptiblement. Pour empêcher ses mains d’aller chercher par un quelconque moyen détourné ou faussement inconscient celle de Dolohov, Marlyn les crispa contre son propre thorax, et reprit finalement :

- Il vous est dévoué, par mon biais. Tout comme je le suis.. le serai toujours, Maître.


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MessageSujet: Re: Demandez-moi de tuer la lumière [Terminé]   Mer 27 Jan 2010 - 15:36

Le corps de la jeune femme avait toujours été plus révélateur que les mots qu'elle pouvait prononcer, plus rapides dans leurs signification.
De la caresse délicate délicate de son index sur le dos de la main de noble, elle avait fait renaître le fantôme de leurs étreintes, symphonie de parfum et de lascives discussions, mais si son geste trahissait une habitude intime, il caractérisait également l'hésitation discrète de la perte de cette manie. Une légère crainte, ou plutôt, de l'opinion de Dolohov, une légère amertume.

Pas un instant il ne doutait des goûts d'exclusivités de Sareyn. Il se jugeait trop d'empire sur elle pour risquer sa couverture d'insatiable homme à femme, et trop d'à-propos pour laisser ce petit détail entâcher le lien délicieux qui les liaient.

Il observait son élève guidée par l'instinct s'écarter de sa carcasse de souvenir et, ça et là, allumer dans les sphères de la vigie les étincelles érubescentes de ses talents en dessin -sans même s'en rendre compte, s'il en croyait la nonchalance de ses gestes.

Mais si le langage des gestes séduisait Dolohov autant qu'il pouvait renforcer son anxiété légère d'avoir été.. négligent; il retrouvait toute sa froide assurance à l'instant où son ange se laissait entraîner sur le chemin des mots. Ses accents-là l'enchaînaient au pied du noble plus surement que n'importe quel poison ou manigance. Il y avait ces sentiments qui lui faisaient accentuer inconsciemment les "m" de ses mots, et l'accélération discrète discernable en fin de phrase, là où enfin elle s'autorisait une légère inspiration.

Et presque amoureux -pas vraiment d'elle, pas vraiment de sa peau, plutôt de cette soumission aveugle, gracieuse et si maladroitement voilée d'orgueil - il laissait ses prunelles retracer l'angle de la mâchoire, et la veine sur le cou délicieux de Marlyn. Elle lui fit face, alors, offrant à ses regard ce visage trop neutre, les ombres dansantes de ses clavicules, projetées sur son corsage comme des griffes acérées.

Et le flot de paroles acérait ses sens plus sûrement que les instruments ou les nuits de ce sommeil qui le fuyait. Abîmé dans sa contemplation d'elle, il recevait chaque phrase, percevait la moindre égratignure que son accomplissement réel présageait.
"Faire de son mieux" impliquait que la perfection n'était pas atteinte -elle ne l'était jamais en de telles circonstances, et il ne s'en formalisait pas, trop conscient de la qualité de novice de la jeune femme.
La situation était tout à l'avantage du chaos, cependant, si la masse n'avait pas "conscience" de quoique ce fut. Et lorsque le nom de Slynn fut comme craché par ses lèvres dont il connaissait toute la douceur, il ne put retenir un battement de cil approbateur.

Néanmoins, ses mouvements appelaient maintenant une protection, un léger replis. A peine une courbe dans ses épaules, qui s'il n'avait pas accompagné d'un parallèle de ses bras, et avouait la suite.
La vésanie de la chienne avait donc repris le pion principal de Dolohov. Naïf avait-il été de croire qu'il pouvait encore tenter de faire quelque chose d'elle... Au plus vite irait-elle pourrir, au mieux. Au moins, elle ferait un engrais acceptable pour ces chardons qui jalonnaient les routes.

Lorsque le nom d'Elera fut cité, l'attention du mercenaire s'accrut considérablement. La plus grande victoire depuis celle qu'il avait éprouvé à son entrée dans la vigie lui vint probablement de cette prise de position spontanée de son élève. Sareyn n'avait plus rien de commun avec l'enfant qu'était Marlyn Til' Asnil, plus même la capacité d'aimer une personne aussi.. aimable que cette fameuse Elera.

Il ouvrit la bouche, croyant qu'elle aurait terminé, et prêt à lui dévoiler ... mais le cours de ses pensées fut lui même interrompu par la dernière révélation qu'elle lui fit.
Haussant un sourcil et vrillant ses yeux à ceux de son interlocutrice, le mentaï hocha la tête.

-Ta vengeance est donc aussi entière que je pouvais l'espérer... , commença-t-il, et la suspension sensible en sa fin de phrase était aussi inhabituelle qu'agaçante.

Bien sûr, cela pouvait passer avec le sourire doux qu'il affichait pour un respect, ou une énumération mentale de chaque cadeau qu'il avait pu lui faire en temps que maître, mais d'avantage, et il se douta que c'était perceptible, il cherchait à agencer cet imprévu dans ses plans, à imaginer jusqu'aux plus lointaines conséquences que laisser un élève à son élève pourrait avoir.

-Ne crois pas un instant que je pouvais te sous-estimer. Jamais. Un bon mentaï ne sous-estime rien, et mon enseignement semble porter ses fruits: tu n'as pas négligé la surveillance, même quand ton but personnel était en phase d'être atteint. Pas plus qu'il ne concède quoique ce soit aux autres sans que ça lui rapporte énormément d'un point de vue purement personnel, murmura-t-il, mais c'était pour gagner du temps, une idée déterminée, introduite par un discours zig-zagant.

Il s'était retourné, et les mains dans le dos, semblait contempler le monde extérieur avec un détachement sans borne. Toute cette comédie qu'il s'évertuait à jouer depuis tant d'années, tous ces masques qui tourbillonnaient, qu'il s'amusait à défaire mécaniquement par la pensée.

-L'humanité est une créature ronflante et atroce, murmura-t-il, en contemplant le crépuscule et sachant que lui-même, à la lumière de ces couleurs, possédait la beauté sauvage de cette créature. Tu sais ce qu'il en coûte de prendre élève. Un élève fait des erreurs, et pourtant, il faut toujours lui confier plus de secrets et de responsabilités pour qu'il progresse et fasse son chemin sur la voie. Un élève est toujours savamment déniaisé, mais les accidents ne sont pas rares, et la route des maîtres est tortueuses. Rares sont les élèves qui valent qu'on se mette en danger pour les sauver, rares sont les maîtres qui ne tombent pas dans les pièges tendus de leur propre mains pour s'assurer un empire- sur la foule entière, ou une personne choisie. N'oublie pas que chaque acte possède ses plus imperceptibles conséquences et... tisse ta toile sans la faire trembler.

Il déganta sa main, caressa la cicatrice légère qui traçait comme une ellipse maladroite au milieu des lignes qui parsemaient sa paume. Il savait qu'elle avait avancé, presque rejoint, et tendit la main à son côté, ouverte comme une invitation.

-Viens, maintenant, ordonna-t-il de sa voix grave et profonde.

Il lui semblait que la main qui se posait dans la sienne portait les signes de l'angoisse et de l'hésitation- mais peut-être était-ce seulement le reflet de ses propres pensées. Il l'attira devant lui, posa sa main où le corasage se transformait en une ceinture de cuir, et de cette main blessée qui avait attiré l'ange, lui prit la main avec douceur.

-Il y a quelque chose que je ne veux pas que tu oublies, sussura-t-il tout près de son oreille. Il sera toujours quelqu'un pour te montrer une direction où porter ton regard pour voir plus loin, mais, être voyant, Sareyn, comme être mentaï l'exige, ce n'est pas seulement regarder l'univers de par un poste d'observation enviable.

Il se glissa dans l'imagination, conscient de sa présence qui chantait à ses côtés, et la guidant plus que dessinant lui même, il parvint à donner l'illusion, juste quelques secondes, que tous les murs de la vigie s'effaçaient.
C'était gwendalavir qui semblait s'apaiser autour d'eux. Les montagnes où chantaient le vent projetaient la démesure de leurs ombres sur l'aile ouest de la vigie, alors qu'à l'est, les forêts laissaient s'échapper un nuage d'oiseau qui, avec l'illusion d'absence de murs, semblaient pouvoir être caressés ou tués du bout des doigts.

- C'est se créer des yeux et des oreilles là où n'importe qui pourrait souffler le moindre murmure.


Il voulait parler de ses propres projets, expliquer ce qui avait retenu sa présence au loin, lui souffler des mots d'homme à femme, mais. Elle n'était précisément pas l'épouse qu'il pourrait se permettre d'avoir, et plus assez enfant pour supporter, sans explication d'autorité, ce que serait sa vie d'ici quelques mois. Son choix de pervertir était le bon, Dolohov Zil' Urain le savait, mais il venait de lui ôter le dernier luxe qu'il pensait pouvoir lui offrir: la possibilité de n'être qu'exécutante.

Il se taisait, et son silence interrogeait la jeune femme. Le dessin avait disparu, et le noir, dans la vigie semblait être tombé brutalement.
A la manière dont la nuit dévore la chambre des enfants, après que leur mère ou nourrice ait soufflé la seule chandelle.

[J'suis un peu partie en trip, n'hésite vraiment pas si quoique ce soit ]



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MessageSujet: Re: Demandez-moi de tuer la lumière [Terminé]   Lun 3 Mai 2010 - 2:28

Deux mots soufflés plus sèchement avaient eu bien plus d’effet que les longues phrases qui les avaient précédées. Les longs murmures avaient pris un aspect litanique qui frôlaient la conscience de Marlyn sans s’y ancrer, les mots glissaient de son esprit sans qu’elle put franchement les retenir. Que le Mentaï lui tournât le dos lui permit de reprendre contenance sans paraître avoir faibli mentalement ; ses muscles perdirent de leur tension et donnèrent à sa silhouette une droiture feinte.
Il restait à combler ce désintéressement verbal que son esprit volage ne pouvait contrôler. Si elle buvait les paroles du noble blond, elle ne pouvait leur trouver un sens ni relier leur intention à quelque partie de son enseignement. Son inattention ne passerait sans doute pas inaperçue et pour occuper son œil honteux, Marlyn alla brûler sa prunelle sur les reflets crépusculaires effilochés dans la chevelure de son Maître ; l’aura solaire réveillait en elle les anciens désirs pour l’homme qui se tenait droit à quelques mètres de là. Le sentiment de sécurité qu’elle savait trouver entre ses bras, celui d’importance au contact de ses lèvres ou même à ses œillades approbatrices..

Appartenaient au passé ? Non. Elle s’y refusait, tout son être criait son appartenance au fils des Zil’ Urain. Les évènements récents n’avaient aucunement changé ce fait : juste la manière dont il s’exprimait. Si ses propres sentiments n’avaient pas changé envers son Maître, ce pourrait-il que… ?

La perspective de ne pas être la seule à humer le parfum de Dolohov ne lui avait pas échappé et elle avait appris à ne pas s’en préoccuper, à défaut de l’accepter. Les mois d’absence avaient renforcé cette possibilité ; mais pas une seule fois elle n’avait douté de son importance auprès de l’aristocrate. Elle avait toujours été fière d’être son bras armé, son pion : être reléguée à une opinion moins haute la blesserait profondément et longtemps. C’est pourquoi elle s’efforça de chasser les doutes qui l’effleuraient et teintaient son cœur de noir.

Reprendre le cours du... sermon ? morale ? Peu importait. Les derniers mots –plus lapidaires, plus à sa portée- lui parvinrent avec effort, imprégnant l’image blafarde des arachnides dans son esprit. Qui retranscrivit cette impression en nommant araignées les jeux d’ombre et de lumière qui couraient sur les nervures de la main lascivement dégantée. L’œil sombre passa sur la cicatrice d’origine inconnue qui était apparue depuis sa fuite de l’Académie et l’arrivée en catastrophe à Eoliane ; si la curiosité ne manquait pas, elle ne poserait jamais de question quant à sa provenance et laisserait à la discrétion de son Maître le choix de lui dire un jour, ou non.

Mais les deux mots justement, au goût d’injonction, venaient briser sa réflexion passive alors qu’elle s’était approchée de l’homme au charisme croissant sous les derniers rayons de lumière. Ils séduisirent l’esprit docile de Marlyn, qui retrouva une habitude confortable dans l’obéissance. La jeune femme laissa ses pas la guider vers le Mentaï et sa main prendre refuge dans la sienne ; mais les éclats de doute et d’attente face à l’avenir lui avaient donné un léger tremblement qu’elle aurait voulu éliminer. Trop tard. La frustration passa rapidement au contact du corps de son Maître ; elle goûtait aux anciennes réjouissances de se trouver en sa possession, sous l’égide de sa présence derrière elle, de sa main sur sa hanche, son souffle chaud et apaisant contre son oreille…


Et les paroles vinrent trouver leur place dans la conscience de la jeune femme : plus percutants que l’amalgame peu clair d’avant, ils effaçaient une grande partie des doutes qui avaient étiolé sa confiance durant les mois loin de l’homme derrière elle. L’Imagination s’ouvrit presque naturellement, elle redevenait l’élève qui suivait la trace de Dessin de son mentor et réagissait à ses ordres pour soutenir l’œuvre et la faire basculer dans la réalité à son côté. La vision offerte de Gwendalavir plissa les paupières peu habituées à un tel puits de lumière, l’immensité béante était un trop gros changement d’atmosphère pour ne pas alerter les sens tendus de la Mentaï. S’il n’y avait eu la chaleur rassurante contre elle et la main qui l’empêchait de ressentir la crainte, elle aurait volontiers reculé d’un ou deux pas.

Se créer des yeux et des oreilles là où n’importe qui pourrait souffler le moindre murmure. Cette phrase formait un parfait écho avec Gwendalavir devant leurs yeux par l’immensité de la tâche : des barrières s’effondraient dans l’univers clos de Marlyn à en donner le vertige. Si elle ne pouvait définir exactement ce que ces quelques morts ouvraient à son horizon trop teinté de Chaos et de noirceur extrême, la jeune femme pouvait en ressentir l’importance. Et se promit de garder du temps plus tard pour y réfléchir.


-Alors le Chaos n’est qu’un moyen comme un autre… murmura-t-elle machinalement dans une verbalisation inconsciente de ses pensées.

L’osmose avec la Vigie et l’imagination se rompit brutalement et ramena les craintes dans les ténèbres renouvelés. Le tourbillon des nouveautés prit fin et la réalité revint à grands pas – trop grands à son goût. Dans l’obscurité latente de la pièce où le crépuscule ne pouvait plus rayonner, la jeune femme se blottit contre l’homme qui la protégeait et concentrait ses craintes sur les doigts aux siens entremêlés. Il n’y avait pas forcément danger, n’est-ce pas ? Cette obscurité n’était pas un piège destiné à la tester – à les tuer ? Personne ne les avait vus rentrer dans cette tour inaccessible.

Il n’y avait pas trahion ? semblait demander son corps incontrôlable et l’œil méfiant qui vint se vriller dans les iris gris. Qu’elle n’arrivait pas à sonder. Mais qui apparemment, étaient dépourvus des moindres arrière-pensées qui lui seraient néfastes.
Dolohov Zil’ Urain gardait ce même calme qui le caractérisait et attirait tant la jeune femme instable ; les angles gracieux de son visage accentués par l’ombre environnante renforçaient son aspect inaccessible et dominant. Marlyn dut se contenter d’un silence amusé.
Elle n’aimait pas le noir, surtout quand elle n’avait pas d’armes sur elle. La seule chose qui l’avait empêché d’éclairer la pièce avec une vive lumière à la première seconde était la présence de l’homme qui était à la cause de cette noirceur.

Triste ironie.

Mais ça suffit à la Mentaï pour retrouver contenance et allumer mentalement les candélabres : une ambiance doucement feutrée prit la place des ténèbres agressives. Un peu plus, la jeune femme se lova contre la poitrine de son maître, et y retrouva une respiration calme qu’elle calqua sur le rythme qu’elle percevait derrière elle. Malgré sa méfiance et ses doutes qui allaient et venaient, elle ne pouvait nier que tout cela lui manquait. Que le rythme de vie secret du manoir lui manquait. L’œil clos, elle rompit le silence :


- Ecouter souffler les murmures me va. Tuer des gens m’est devenu insupportable.

De quelle nouvelle tension était empreint le silence qui suivit, ni même s’il y en avait une, impossible à dire. Cette conclusion lui était venue spontanément, même si elle n’était pas complètement vraie.
Il fallait qu’elle se corrige, qu’il ne croit pas à une quelconque rupture de leur engagement.

Sans croiser un regard qu’elle savait fixé sur elle en signe d’attente, Marlyn se retourna et ses bras vinrent chercher instinctivement ceux du Mentaï, son maître.


- Vous m’avez donné la possibilité et l’honneur de verser le sang qui dont j’étais assoiffée, au nom du Chaos. De venger des rancœurs qui m’obstruaient l’esprit. C’est fait. Des gens sont morts, d’autres ont souffert par mon biais, j’y ai trouvé ce que je cherchais et m’en repais. Si vous me l’ordonnez, le sang continuera de couler. Ordonnez-moi n’importe quoi et je le ferai. Plus au nom du Chaos, car il devient trop petit, trop étriqué. En votre nom, où que vous souhaitiez voir aboutir vos plans.

Dolohov devait certainement sentir les changements que les mois et la solitude avaient apportés dans leur relation.
Si ces changements étaient favorables, c’était à lui d’en juger.

- Plans qui vous auraient tenus éloigné si longtemps ?

Et d’y remédier, dans le cas contraire.



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MessageSujet: Re: Demandez-moi de tuer la lumière [Terminé]   Mer 26 Mai 2010 - 23:35

Peut-être l'obscurité était-elle tombée plus brusquement encore. Dolohov n'était pas assez poète que pour imaginer la vigie cligner des paupières, et les ceindre hors de l'univers: poussière volatile et un brin déplacée.
C'était pourtant la métaphore la plus adaptée : oui, aveugles, protégés et enfermés, dans leur Art, leur désordre, leurs pseudo-confessions. Mais ce serait si temporaire, si volatile, à peine un battements inconséquent de cils.
Elle se blottissait contre son torse, et ça lui évoquait ces nuits calfeutrées du manoir, elle cauchemardait, le réveillait contre sa volonté; sur ses rétines s'étiraient des souvenirs languides, celui de son point qui déchirait presque les draps, de la cambrure indécente de son dos, celui de l'ondée de lune, qui parsemait son corps -et toujours les arabesques sur son épiderme, les entrelacs d'une toile, d'un cocon soyeux et crevé, quelque chose de sublime- celui de la paix qu'elle retrouvait, lovée comme à présent, ou plus proche encore.

Et finalement, au réveil, empattés de ces étreintes névrotiques, ses prunelles opalines se mettaient à lui surnaturellement; guettaient, mais pas la faille, plutôt les réactions. Es-tu toujours vigilant, vais-je te trouver, un jour, ronflant ou assassiné à mes côtés; quelle différence, de toutes manières? , songeait-il. Ses grands yeux éclatants qu'il croyait croiser -mais c'était juste un reflet de lune, une perle glissée dans ses cheveux, la blanche cicatrice d'un vieil échec imprévisible. Sa faute sur le visage, la signature d'un autre maître, le sceau de son empire: l'unique prunelle. Le ciel de nuit.
Son sourire s'étirait machinalement,on ne pouvait pas appeler ça de la tendresse ou quoique ce soit.

Mais déjà, la tempête s'apaisait au pays de ses iris, la petite ombre retrouvait sa succulente maîtrise, et lui s'amusait de ce corps qui l'étreignait encore. Etait-ce cela qui signerait leurs retrouvailles, la soumission parfaite, pas même fantasmée? La preuve de son impulsivité stupide, juvénile? Non, bien sûr que non. Il était un trop bon maître pour cela.

Une atmosphère de boudoir succéda au noir, parsemant les murs d'éclats vacillants. Les vagues luminescentes s'échouaient le long de ses cheveux, parsemaient de rougeurs sa peau; Dolohov l'avait connue moins pâle. C'est sans le regarder qu'elle poursuivit. Et à vrai dire, le mentaï se retrouva relativement déconcerté. C'était un risque qu'il avait couru, pris, perdu, tant pis.
Mais il retint le baiser carnassier qui menaçait l'oreille de la jeune fille, et naturellement, le bras qui lui enlaçait nonchalamment les hanches raidit sa posture.
Elle se retourna, sans violence, trop lentement pour que ça cache une arme, trop rapidement -il voulait le croire- après un abandon non feint.

La suite de sa diatribe signait pour le mentaï une délicieuse sensation. Au départ, la neutralité de son discours évoquait au maître des risques trop grands, une froideur, mais c'était seulement feint, il s'en rendit rapidement compte. Résolu, mais bouillonnant. Oh, comme il regrettait ne n'avoir pas pu assister à ce petit triomphe volcanique, aux revanches qu'elle taisait pudiquement. Graciles, toutes en ombres, ses vengeances sanglantes, ses tortures, ses repas chaotiques avaient apaisés les faims abyssales: à l'écoeurer.
Et pourtant, elle brûlait encore. Et pourtant, c'était encore son coeur qui affirmait, s'offrait, s'immolait gracieusement.

Les lueurs vacillaient, et le mentaï gagnait en assurance ce qu'il perdait en détachement. Outre son désir, violent, que l'obscurité avait rallumé, outre sa fascination pour le pouvoir qui pulsait dans les veines de son élève, et même, outre sa vanité de nobliau frustré, Dolohov éprouvait une incroyable perplexité.
Pour son affection non feinte.
Pour le velours de ses formes, et son parfum enivrant.
Pour ses couleurs latentes, que les décors accrochaient au hasard de sa peau-tableau.
Pour son talent rhétorique récent, ses flatteries parfaites.

Si c'était un jeu, il était magnifique. Esthétique en diable, chirurgicalement calculé.




Ma petite ombre, si c'est un jeu, c'est les échecs. Qu'importe ce que tu as été.
Je t'ai fait Dame -mais dans mes bras, j'ai presque l'impression que c'est un autre roi qui git: là, couché.
Tu es entre le fou et le roi, entre le sacrifice et le prince renégat, pas tout à fait adversaire, mais plus dévouée qu'un pion. Pas abattu, pas amant, tellement plus que ça. Une princesse blanche venue se déguiser, et toi, mon petit feu de joie, et toi, ma tête de bois, tu te jettes dans tes propres flammes, tu te noircis seulement pour moi. Du sommet des paupières aux fils de tes bas, mon obscurcie, ma déguisée- travestie et abîmée, pour moi. Ou est-ce l'inverse? Une dame très blanche, très pure encore, adroitement menée à la mort, et qui pour ma grâce, fait volte face. Une fêlure dans sa robe, et. Elle leur parait moins grande, toute de noir habillée, avec ses pantalons d'éphèbes, l'atroce souplesse de ses membres pliés: et puis la détente. L'explosion magnifique.
Tout le monde en sortira tâché.
Les plus purs un peu tâchés, un peu roussis par l'explosion. Et le roi noir, contemplatif, absous par la lumière parfaite, la voix blanchie- parce que trop rapproché.


Peut-être est-ce la seule chose que je ne pourrai jamais t'offrir: le pouvoir de mon nom.

Il laissait ses pensées l'emporter, en glissant une main caressante dans ses boucles, dégageant sa nuque délicieuse. Etait-ce son destin d'ange, cette perdition assumée, voulue, consumée, dans les brumes? Proche, mais non ostensible. Le chaos démasqué, au vu et su de tous, et toujours survivant, et toujours ambitieux, et.

Il regardait sa nuque, les ombres qui tanguaient. La dentelle que dessinaient ses cheveux. La veine qui rehaussaient de bleu le satin tatoué. Quitte à tout prendre...

-Mon nom. Tu n'es pas même en train de me le demander, n'est-ce pas?

Ses yeux cherchèrent une trace de quelque chose sur ses lèvres.
Evidemment, comment pouvait-elle ignorer son nom, il s'était bien trop impliqué, l'avait trop bien cachée pour qu'elle n'y ait pas accès.
Elle pouvait aussi mentir, simuler comme seule Shaïlan et les femmes pouvaient le faire.
Soumettre en étant soumission.
Sa paume qui froissait les longues boucles, les remontaient en quasi chignon, qui déjà s'anéantissait.
Marlyn Til' Asnil, dans les collines, en fuite. Qui se laissait convaincre, candide comme un enfant en colère, et lui offrait sciemment son identité. Et ses myriades de folies. Son inconséquence.

-A quoi bon? , poursuivait-il plus pour lui-même que pour elle, absorbé par la commissure de ses lèvres, son menton fuyant, frôlant du bout des doigts ses premières vertèbres. Je... S'il te plait. Achève cette lumière. Aime-moi aveuglément.

Sa voix n'était pas brisée, plutôt blanche, et un peu rauque. Comme si lui en parler rendait la situation réelle, insupportable, atrocement fermée, et ... redoutait de perdre par ses « plans » ce qui faisait son essence son bien le plus futile: la capacité d'être, en toutes circonstances, détaché.



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MessageSujet: Re: Demandez-moi de tuer la lumière [Terminé]   Jeu 29 Juil 2010 - 5:45

Rythme-moi.

L’œil de tous les cyclones avait pris l’éclat des iris en métal luisant qu’elle jalousait – de ne jamais pouvoir croiser, d’observer sans embrasser, qui la fixaient sans qu’elle puisse s’y accrocher de son fragment de regard. Sa vue estropiée s’émiettait à soutenir le gris calme et sautait d’un jeu de cils à l’autre comme un papillon affolé devant deux amas d’étincelles ; la consomption s’évitait d’un battement de paupières, d’un coup d’œil fuyant, d’un menton baissé et d’une concession faite à l’amour propre.

L’amour se salissait de leur désir mutuel retenu par la formalité et le lieu de leur rencontre ; les doigts du Mentaï réinventait des formes dans ses cheveux sans les y maintenir, et fuyaient là où en d’autres circonstances ils s’accrochaient ; les silences chauds jouaient de concert avec les froissements de tissu – mais c’était celui de manches, non de draps. L’intensité y était, pas la permission. Marlyn avait deux fois moins d’efforts à fournir que le reste du monde pour fermer les yeux sur les détails épars qui piquetaient l’instant de frustration ; quand il ne resta mentalement que quatre sens, il lui était plus aisé de prendre les frôlements pour des étreintes. Les mots pour des caresses.

Mots auxquels elle ne répondit pas ; sinon en caresses, tandis qu’elle réfléchissait à garder une respiration égale et une vérité sans faille. Dans sa fougue à lui être soumise, un détail lui avait échappé : elle n’était pas censée connaître le nom du noble qui la faisait sienne du bout des doigts. Elle n’avait jamais cherché à l’apprendre non plus, mais les pièces du puzzle nominal lui avaient été livrées de force. Elle pouvait mentir. Attribuer les syllabes à quelqu’un d’autre, à une erreur. Ou assumer, laisser son Maître choisir les conséquences –ou non.

Le calme qui régnait dans la pièce circulaire atteignait les phalanges plates de la jeune femme, qui gagnèrent en délicatesse sur le bras de l’homme blond à mesure qu’elle distillait ses songes ; s’il se laissait aller à ses réflexions, elle se laissait aller à lui et saisissait l’occasion de son silence, savourait.
Rythme-moi.

Savourait de pouvoir figer le temps, le temps de pouvoir compter les secondes qui séparaient ses propres vertèbres au minuteur des caresses de Dolohov ; le temps de reproduire les mêmes secondes dans la nuque du noble, de les égrener un peu sur l’épaule, où les cheveux or venaient glisser dans sa paume ouverte. Quand son œil refusait de se lever pour aller brûler aux prunelles grises, il restait à imaginer mille ombres à la base du cou pâle qu’elle détaillait des doigts. La quiétude tenait à cette complexité, à la limite entre l’abandon et l’attente silencieuse.
Se sublimait de quelques mots, inattendus, superbes, glissés d’une voix qu’elle aimait entendre, lui rappelait les instants du manoir où rien –même pas les secondes- ne comptait que lui.

Mieux qu’une imprécation officielle et transcendée n’aurait pu le faire, la supplique de Dolohov se fixait sur l’esprit de Marlyn, en prenait la mesure et s’y installait. Il lui demandait de l’aimer : c’est ce qu’elle faisait de mieux, à sa manière maladroite et absolue. Il lui disait de s’en aveugler ; c’était moitié chose faite.
S’il te plaît. Tu me plais, Maître, définitivement, entièrement, aussi sûr que j’adore ce que tu es, ce que je hais, ce que tu n’es pas, ce que je n’ai pas. Tu le sais, Maître, que tout ce que je possède–jusqu’à l’œil qui ne m’obéit pas et les secondes que je compte à vouloir compter pour toi- est voué à t’être dévoué. Tu me sais par cœur. Et ton ordre, je consacre chaque respiration à l’accomplir depuis des mois,le sais-tu ? Il te faudra me parler, tout à l’heure, pour que je n’ai pas à te dire ce que tu ne veux pas savoir, mais pour l’heure…

Il n’y avait rien à répondre, tant son injonction était parfaite, lui correspondait. Sa première façon d’obéir, de l’aimer aveuglément, s’impatientait depuis son entrée à la Vigie, même depuis plus d’un mois, exacerbée par la frustration formelle qui les éloignait. Qui les éloignerait dans un instant, avant qu’elle ait pu céder à l’automatisme qu’avaient ses doigts de chercher les liens des habits et les détails du visage si finement ciselé. Pour ne pas avoir à soutenir le regard d’acier de son Maître, Marlyn vint embrasser les lèvres tant désirées du noble ; son âme névrosée ne voyait pas meilleur moyen d’obéir aux quelques mots rauques qu’elle appréciait à entendre de nouveau dans un coin de son esprit.

Rythme-moi.
Si les circonstances avaient été autres, s’ils ne s’étaient pas trouvés au sommet d’une tour de l’Académie grouillante d’ennemis, si l’héritier des Zil’ Urain n’avait pas éludé par trois fois les questions de Marlyn, le désir aurait pris le dessus sur la simple envie d’obéir et les chandeliers auraient mystérieusement perdu leur lumière. Mais il y avait trop de Si en suspens ; la jeune Mentaï maitrisa ses réticences à perdre le contact physique si rassurant d’avec son Maître. Ses doigts se décrochèrent des cheveux or , ses lèvres pâles s’écartèrent de celles du noble, plus pâles encore d’avoir été impulsivement mordues.
Elle recula d’un pas.

Retint ses envies de revenir dans l’étreinte de son amant, calqua les pulsions émotionnelles, sur celles, un peu moins galopantes, de son cœur. Les minutes qui suivraient allaient être désagréables pour tous deux, mais elles étaient nécessaires. C’était encore plus terrible d’avoir à faire preuve d’audace (d’insolence ?), d’avoir à prendre des risques terribles après un tel instant d'intimité.
Marlyn n'aimait pas ça.
Son corps réagissait en perdant la tranquillité de posture qu’il avait acquis, son œil échouait plus que jamais à croiser le regard de Dolohov et retraçait tous les traits du visage alentour, en vaines tentatives d’établir un contact visuel rassurant. Le jeu allait être délicat. Allait sûrement se jouer sur sa capacité à prendre un ton détaché, elle aussi. A faire disparaître l’ombre perplexe qu’elle devinait sur le front du noble blond. A débloquer les non-dits qui faisaient de leurs retrouvailles un joyeux bouquet de nerfs.

Quelques secondes durèrent encore, qu’elle compta machinalement, à espérer qu’il prendrait à nouveau la parole et le contrôle de la situation, qu’il ne l’obligerait pas à prendre l’itiniative et les choses en main– ce qu’elle n’avait jamais fait en sa présence. N’était pas sûr de savoir maîtriser. De vouloir maîtriser.

C’est toi le Maître, pourquoi ne maîtrises-tu pas l’instant ? Pourquoi as-tu besoin de me rappeler à quel point je dois t’aimer, puisque je t’adore déjà de toute mon idolâtrie ? Pourquoi m’obliges-tu à utiliser un nom que je ne veux pas connaître, à avouer une faute que je ne veux pas commettre ? Je ne pourrais jamais te tenir tête, mon Maître. Deviens Dolohov, le nom qu’on m’a craché au visage en me traitant de ta putain. C’est toi qui oublie mes questions. C’est toi qui fait le loup. Mais j’ai fini de compter.


-Quels sont vos projets, Dolohov Zil’ Urain ?

Oh, regarde-moi, regarde comme c’est difficile de te demander ça sans ciller, de me dresser devant ta volonté de silence alors que je ne souhaite qu’être à tes pieds, dans tes bras.

Marlyn, les nerfs étirés par sa loyauté sans fin qui lui disait d’obéir et d’aimer aveuglément, força son demi-regard à monter. Pas dans les yeux du noble si proche – et si lointain, non, un point un peu entre les deux, qui retraçait les cils et frôlait le gris sans s’y accrocher, Le temps d’une demi-seconde, avant que sa pupille unique ne trouve à nouveau refuge dans des reflets sur la tunique du Mentaï.

Oh, rythme-moi, remets-moi à l’heure, que je puisse sonner ton heure de gloire.




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MessageSujet: Re: Demandez-moi de tuer la lumière [Terminé]   Dim 1 Aoû 2010 - 23:09

[ « Alors, brûle, brûle quand tu t'enlises dans mon grand lit de glace, mon lit comme une banquise qui fond quand tu m'enlaces. :lala: ]

Fallait-il les décrire, ces instants qui suivirent ? Parler de trouble, de retenue guindée, qualifier, toujours, ces pensées qui flottaient par brides dans l'esprit du mentaï -choisir, déjà, de le nommer Mentaï, noble, Dolohov, héritier, avec toutes les significations que chacun des termes possède, pour lui, pour les autres. Décider de disséquer son crâne, d'ouvrir grand ses tempes, et d'y plonger, avidement, comme il laissait ses lèvres happer celles de sa maîtresse, frôler, d'abord, de loin, avec flou et art les mécanismes qui s'engrainaient ou se taisaient, parler d'abandon, de douceur, douleur?

Là où elle posait ses doigts graciles, à la naissance de ses cheveux, où elle sentait pulser une petite veine, s'articulait l'absence de conscience, la volonté non-assumée de rompre le fil. Comme seuls les hommes savent le faire, éteindre son esprit à tout ce qui pouvait être extérieur au présent, et surtout, surtout, à sa propre et seule volonté.
La faire sienne, s'oublier dans les méandres de son corps labyrinthe, retracer les lettres maudites de sa peau accessoire, et s'immoler dans son pouvoir, dans l'immense abysse de son amour. Faire grandir les flamme de son oeil bleu gris- distiller, comme un alcool coûteux, l'enfer et les flammes jusqu'à la moëlle de ses os.

Oser s'affamer d'elle en refusant baisers, morsures, puis dévorer -s'offrir aux spasmes, griffes, qu'elle gardait inégalement longues. La faire sienne au point que leurs lèvres auraient le même goût, que son corps, trop fin, envelopperait le sien comme une tenue éphémère et extravagante.

Mais d'abord, Marlyn passerait ses doigts le long de ses maxillaires, de sa pomme d'Adam, de ses clavicules seyantes, épaules pointues, comme on caresse un idole -avec innocence, espoir, et peut-être, quelque part, une pointe de défi. Me répondras-tu, cette fois, divinité de marbre, suis-je toujours ta préférée, mes prières t'ont-elles manquées? Me feras-tu divine, aussi? Epargne-moi l'attente, le purgatoire, je n'ai que trop perdu pour toi, trop pour que tu laisses mes croyances disparaître, ... Je suis tienne à jamais, offre-moi la vérité de ton apparence, laisse-moi voir derrière tes voiles, et.

L'homme serait grisé par le chant discret des étoffes frôlées, de l'encens-chevelure, des présents immolés à sa seule gloire. Serein et apaisé. Puis fébrile. Puis frustré, de passer en cédant de Dieu à simple Homme. No bless for you.
Mâlement, à sa taille accroché comme à une bouée, mais avec l'air de la soutenir elle.
Croyant lui-même qu'il répondait à une idée, non à un besoin, et sans s'oublier, se sacrifier. Juste pour prendre ce qui était donné, et reprendre plus tard la distance adéquate, convenue, rassurante.
Il laisserait les discours barrages céder au corps à corps, les sons devenir temple. S'y emmurer. Laisser raisonner. Et puis refroidir, et retrouver le fil des discours, l'entortiller dans ses désirs, l'y attacher solidement. Filer, en suite, lui-même, pour rester dans le ton, oublier les habitudes, la routine, la possibilité de lui montrer autre chose. Tout ceci représentait déjà trop de choses.

Elle lui mordait souvent les lèvres, impulsivement, il se plaisait à croire que c'était une forme de bâillon, désir possessif de prolonger/anéantir. Mais comme une vraie petite flamme; elle semblait ce soir décidée, à partir en fumée. Peu habitué à ce genre de résistance, le noble se figea. Il chercha dans ses contours un signal, invitation différente, arme. Marlyn, debout, mille et une courbe pour autant de nuit.

Évidemment, sa voix tremblait un peu, trop blanche -l'obscurité et les feutres la sublimaient, le pur la rendait coupante comme une arme éponyme. Il se sentit éclaboussé, délavé, le temps du seul murmure.

Sa pomme d'Adam tressauta étrangement. Pas comme après une surprise, comme après une légère nervosité, un détail qu'il aurait manqué, une petite frustration. Se superposèrent, pour la première fois depuis des mois, l'image fantoche que son nom évoquait au commun, et l'ombre élégante et tout de pouvoir, qu'incarnait le Mentaï. Par l'idée que, peut-être, elle s'était fait du « noble » Zil' Urain au cours des derniers mois. Sans soucis sentimentaux, il était uniquement question de hauteur, fidélité et otage. Il hésita une fraction de seconde à casser ce qu'il nommait déjà la résistance de son élève, mais se retint. Parce que, dans sa conception des choses, la brutalité orale ou physique n'aurait que des effets contraires. Et que la mettre en colère serait risquer sa tête, sa raison, ou son art du dessin.

-Il me faut le transmettre.

Il cherchait des inflexions douces pour maquiller le crime, des accents qui amoindriraient les affres qu'il avait à imaginer l'idée, de lui, de son masque, liés pour l'éternité avec une petite épouse qui lui serait utile, sinon agréable. Sachant que ça pourrait tout compromettre, ou marquer le début d'une complexification dans son empire.

-Je veux dire; mon nom.

Les yeux gris fixaient un reflet dans ses cheveux, maudissant l'idée de sa seconde faiblesse: l'aveu de l'idée, la reconnaissance de l'idée. L'héritier des Zil' Urain transformait déjà cette idée en une formule plus acceptable: elle lui résistait, et sa punition venait de ce qu'il lui cachait pour la protéger. Elle comprendrait que se soumettre serait en définitive la seule échappatoire, la seule vraie protection.

Tu deviendras ma maîtresse, encore plus officieuse, si seulement c'est possible. Évidemment, il envisageait l'idée d'une jalousie brute de la jeune femme, d'une colère monstrueuse. Mais de loin. En son esprit, elle appartenait pas adoption à l'univers superficiel de la haute Noblesse, le mariage n'y était qu'obligation et intérêt. L'amour, c'était autre chose. Ça allait avec la jeunesse, les zones obscures qui peuplaient la vie et les réputations. Il se contraint à l'immobilité, à conserver sa résistance ordinaire dans les sbires, à se montrer aussi vulnérable que c'était possible, sans passer pour une chiffe, ou un égal.

Il lui semblait impossible d'ajouter, l'air de rien, que la succession de l'empereur devenait intéressante à surveiller, vu l'état de santé étrange dans lequel il se trouvait. Ou que la confrérie des rêveurs d'Ondiane avait des difficulté avec un noble haut placé. Ou que le fait que le chaos soit si agité ces temps-ci n'aurait pas forcément de conséquences heureuses, qu'il fallait d'ors et déjà songer à le replonger au plus profond des ténèbres, qu'il n'existe que dans les légendes. Les mots l'enjoliveraient assez pour mythifier encore ses étranges actions: toute fascination serait bonne à prendre, etc.

Il s'autorisa un sourire grave, presque mélancolique.

-Fallait-il réellement te le dire, mon ange, tant c'est considérable d'inconséquences?


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MessageSujet: Re: Demandez-moi de tuer la lumière [Terminé]   Mar 17 Aoû 2010 - 18:32

[Jem'aimepasuu'nin'arriveàfairemieux.]

Si elle s’était attendue à pareille annonce ?
Ce serait mentir, se voiler la face dans un cas comme dans l'autre. Bien sûr qu’elle l’avait envisagé. Mais elle n’avait jamais voulu se l’admettre ;
Que son Maître évoluait dans une dimension à laquelle elle n’avait jamais prétendu et ne pourrait jamais prétendre, un univers de faste, de reconnue publique, de relations arrangées, de factice sublimé. Qu’un noble de son rang ne pouvait rester éternellement célibataire devant la cour. Qu’elle-même était trop instable et reconnaissable pour oser se hisser au rang de prétendante. Qu’il existait un monde au sortir de la Vigie, en dehors des soies du manoir isolé aux murmures parfumés.
Elle s’était brûlée par curiosité, avait demandé qu’il lui envisage l’avenir dont elle se tenait soigneusement écartée, coulée dans l’ombre du Mentaï aux possibles infinis. Marlyn ne concevait pas.

La Vigie s’en chargea pour elle.
La sensation de vertige bouillonnant envoya mille étoiles piqueter le ciel de son regard et le fantôme de ses anciennes colères déchargea sa chaleur brute dans les veines saillantes de ses bras- de son équilibre. Dans cette pièce où l’air même vibrait au rythme de l’Imagination, il lui semblait impossible de masquer cet écart et de conserver la froideur de circonstance.
Elle ne voulait pas perdre la face et donner raison aux paroles teintées de mélancolie de son Maître, à cette question rhétorique dont elle ne savait que trop bien le bien-fondé et l’exactitude. Son esprit se striait d’anémones lumineuses ; la Vigie et le dessin éclaboussait jusqu’à sa capacité même de raisonnement. Et le reste de la pièce. Son don s’éparpillait dans le tremblement subit des lumières, coulait le long des éclats irréels des vitres, soufflait d’une amertume brute dans les soieries et s’enroulait pernicieusement autour d’eux. Incontrôlable mais invisible, moqueur. Ses Spires crochues, toutes dents dehors, cherchèrent un point d’ancrage dans cet abîme incompréhensible, y virent le Mentaï – était-ce de la surprise dans sa posture et ses yeux qui ne rataient aucun détail de sa perte de contrôle ?
Affolée, Marlyn se sentait à déversée hors de sa conscience, aux prises avec des affres dont elle ignorait jusqu’à la nature même, dont la Vigie était le catalyseur.

Sentir son pouvoir insolent s’accrocher à celui de Dolohov fut l’alarme ; elle valait mieux que cet étalage de puissance sans but. Dans sa volonté de remédier à sa propre conscience, un bibelot de verre et de métal se fracassa sur le sol dans un bruit cristallin, objet qu’elle avait fait valser sans le vouloir quand ses mains étaient venues masser ses tempes.
Le silence qui suivait avait la beauté de l’éclaircie, Marlyn enfermait ses tentacules de dessin avec difficulté, rivait des boulons à l’Imagination, ferma son monde aux suggestions transcendées de la Vigie. Lâcha une respiration trop hachée pour être naturelle.
Ca lui avait coûté son équilibre –elle vacillait- et des lambeaux d’amour propre. La jeune femme préférait prendre la lueur amusée dans les prunelles du noble bouclé pour un jeu de lumière.
Elle n’avait même pas encore assimilé le fait qu’il dût se marier, et elle s’était déjà déconsidérée. La nausée était proche – venait à son grand dam d’un détail qu’elle avait soigneusement oublié ce dernier mois, qui prenait soudain de l’importance et s’imposait comme une révélation souillée qu’elle devrait, tôt ou tard, concrétiser.

A ce moment, Marlyn aurait donné son intégrité pour retourner en arrière, retourner dans la chaleur protectrice des bras de Dolohov et laisser l’avenir se faire sans elle, au bout de leurs lèvres.

- Devrais-je quitter votre manoir ?

C’était une pensée absurde et la première qu’elle parvenait à formuler. Les inconséquences considérables étaient évidentes à mesure qu’elle les calculait. La perte de son statut d’unique, du havre mordoré d’Al-Vor et des mots qu’elle croyait à elle seule destinés…
Mais celle qui obtiendrait son nom, l’aimait-il ? Les mariages d’intérêt étaient courant dans la haute noblesse et l’ambition du Mentaï était suffisante pour attirer une riche héritière dans sa couche. C’était des faits qu’elle ne pouvait nier.
Qui la rassuraient. Qu’elle espérait vrais. L’onyx fixé sur elle ne lui apprenait rien qu’elle sut décrypter, sinon les fantômes de regret et de frustration qu’ils connaissaient tous les deux, éloignés l’un de l’autre par plusieurs pas. Si elle avançait, il la tiendrait, elle se raccrocherait à ses épaules et se ferait pardonner, le laisserait diriger et choisir d’oublier – ou non. Elle restait immobile à son grand malheur. Pourquoi ne se rapprochait-il pas, lui ? Il lisait sa posture avec une justesse rare, il pourrait lui éviter d’avoir à reprendre la parole, de lui montrer à quel point les conséquences de son mariage étaient étendues.

- Vous..

Non. C’était informulable. Elle avait passé des heures à se convaincre d’y remédier seule, à la cause de son trouble, à ce changement d’avenir qu’elle portait. Elle connaissait les herbes, les dosages. La douleur physique de cette perte, mais la satisfaction de n’avoir comme attache que son Maître. Il n’avait eu pas besoin d’être mis au courant, quand l’illégitime était encore futile, les écarts inconséquents. Quand ils pouvaient se permettre ces quelques heures fugaces passées à se retrouver, sans mots, à se redécouvrir après des semaines d'oubli.
Mais cette nouvelle attache lierait le noble aux cheveux d’or plus certainement à elle, et cette possibilité la troubla. Lui fit passer ses mains sur ses côtes saillantes machinalement. L’enseignement qu’il y avait à tirer de cette situation douloureusement tendue, c’était de lui céder tout pouvoir. De se soumettre, pour son bien , de laisser agir l’homme pour elle, malgré les pulsations de pouvoir qui lui crépitaient encore dans les ongles.

- Vous avez un héri- .. Je suis enceinte.

Elle n’avait rien trouvé pour le dire moins directement, une formulation qui évitait l’évidence ou un silence évocateur. Les mots n’étaient pas son domaine, la prise en main non plus. Elle craignait un retour de flammes de son Don – de celui de Dolohov ? si elle tentait autre chose, une autre approche. Les conséquences, elle savait les accepter quelles qu’elles fussent, pas les créer. C’était son rôle, à l’homme blond, depuis le début ; la transgression entraînait le malaise, le malaise engendrait la distance, l'immolation sans les flammes.
Qu’elle ne supportait plus, parcourue de pensées et de sensations contraires de frustration, d’une certaine détresse et de l’espérance qu’il réglerait tout ça, qu’il ferait d’eux et de l’avenir une œuvre où elle aurait sa place à son côté, fut-ce dans l’ombre. Fut-ce le ventre plat, ou non.

Marlyn était suffisamment proche pour que ses doigts accrochent le velours, la soie qui habillait son Maitre, et la distance éclata entre eux quand elle vint poser le front et le regard sur son épaule.
Clairement, elle regrettait.
Abdiquait.



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MessageSujet: Re: Demandez-moi de tuer la lumière [Terminé]   Sam 4 Sep 2010 - 16:31

Le terme inconséquence était peut-être prononcé avec mélancolie -comme si déjà trop vieux, déjà au passé, déjà sous la poussière- mais il avait été prononcé. Comme une esquisse de toutes les divagations du mentaï et de sa partenaire. Comme un potentiel passé matrimonial, doublé d'arrangements. Après tout, Dolohov-le-pantin était noceur, ses draps souvent agités. Il était au fait des manoeuvres, des jalousies, des charmes des dames. L'inconséquence de prononcer le oui fatal. Il ne l'envisageait qu'à présent. Elle ne serait pas plus encombrante qu'une autre Marlyn de manoir. Il se méfierait un peu, mais au final, pas plus que d'un valet ou de sa vieille nurse. Ou au contraire, désorienterait son petit univers surveillé. Il en resterait le centre, bien sûr, mais les galaxies s'orienteraient différemment. D'autres possibles. D'autres encrages.

Et la pensée du grand maître s'interrompit lorsqu'il laissa choir son regard sur l'âme de l'ange de brume. Contrôle son propre corps, et même l'inflexion de son regard, comme il l'enseignait. Car seul le marbre le plus pur pourrait résister au brasier infernal qui naissait dans les nuances outre-mer. Des voyages ensanglantés dans les orbites, et au fond de la prunelle, quelque chose aux accents de cendre. Incarnat. Carmin. Pourpre des rois, et sangs bleus.
L'expression « mettre le feu aux poudres » s'insinua quelque part au fond de son esprit perverti -avide, oh, tellement, de ce pouvoir qui pulsait comme un coeur éreinté, pire, des secousses sismiques de neurones, disjonction et cri cristalisés- comme caractéristique. Il y avait dans l'air des déferlements de pouvoir, des gravats psychiques envoutèrent les éclats. Tourmente esthétique de danse macabre. Incarnation de l'éther, nocif, entêtant, spirale infernales et griffes spirituelles, qui éclataient les yeux et accéléraient la torsion de l'univers, tranchaient les spires, les striaient d' incandescence foireuses et arachnéennes. Ca suintait de derrière les rideaux, agités, relevés comme autant d'ailes de chauve-souris, de dents morbides et accérées -de beau.
Sensation étrange pour le noble. Blêmissement de l'âme, sa propre toile de sbire se contorsionnait en cocon primitif autour de lui, sans qu'il décide, balayée. L'oeuvre d'art peignait toute seule ses sensations, et Pigmalion, relégué au spectateur attendait que vienne l'acide. Mourir, ou plus surement retourner l'arme en verbes bien placés. Si le vacarme de sa cervelle baissait d'intensité. L'assassymphonie de l'esprit tentait d'écraser le mentaï, qui restait figé, confiant encore en ses pouvoirs multiples-bien qu'intérieurement intégralement disséqué par ses sens, et les multiples dents de pipistrelles invisibles et ondes de chocs.

Première rafale. Il lut dans l'ébullition cyanosée de son regard comme une reddition, ou un ultime sursaut de conscience. Dolohov crut son cerveau devenir sourd aux chemins intraçables quand la jeune femme parvint à réprimer son Art écorché vif. Ce fut lent et presque plus douloureux encore pour le noble, qui sentait les crochets imaginaires vriller ses tempes: le but évident était d'échapper aux pensées parasites du noble, à son influence. Se protéger.
Les cristaux d'un lustre -et d'autres choses- étincelèrent en pluie de coupure. Mais Dolohov était marmoréen. Il ne pouvait que refléter la lumière, et dresser sa colonne vertébrale. Je serai toujours le pilier de ton univers, et détruire te serait fatal, persifflait le gris.

Il s'attendait à ce que le second assaut ait les accents altérés de sa voix -brisée par ce pouvoir que le maître adulait en elle, mais sans doute pas uniquement. Elle était tellement proche. Tellement secouée. Certains des rubans qui lui servaient de veines paressaient encore danser- fière de leur hérésie première. Et comme sanglés par les lambeaux d'encre-tatouages ou ombre du mentaï.
La première requête acheva de conformer Dolohov dans son attitude maîtrisée. Il la voulait proche. Accessible. Il voulait leurs instants, la glisser d'une main ferme dans ses affaires et celles de la Guilde qu'on disait délabrée. Lui faire percevoir les nuances. Et embraser son pouls, enrouler son pouvoir autour du sien, dévorer chaque parcelle de ce qu'elle avait à offrir- sans possibilité d'atteindre jamais la nausée ou l'écoeurement. Même si pour ça, il devait perdre le sens commun ou la stabilité de son corps, l'assurance de ses genoux.

A la seconde réplique, Dolohov comprit qu'après une explosion, les personnes y ayant survécu puissent mourir sans raison apparente. Lui-même ne connaissait que peu de choses sur les décollements de plèvre, ou les arrêts cardiaques non-désirés par poison. Il savait que ça arrivait après qu'un homme ait été soufflé par une onde après des expériences alchimiques, par exemple.
Distinctement, il ouït les voyelles de cette onde maudite qui signerait ses désordres internes d'un trait pourpre. Son regard inexpressif vit la main de Sareyn agripper doucement les étoffes qui masquaient le corps de l'homme, et le voile noir tomba sur ses yeux avant que la demoiselle n'ait pu poser sur son torse ses expressions de charpille.
Vertige.

Délabrement des dernières balustrades du cocon imaginaire- sous ses paupières dansaient des larves morveuses, de celles qui dévorent des cadavres toute leur humanité. Il était certain d'avoir déjà quelques bâtards. Invisibles. Insipides. Crevés, par dizaines, peut-être. C'étaient des choses de femmes. Crées par des femmes, de la tripaille de femmes. Un homme se salissait à s'inquiéter de ce qu'engendrent les ventres des femmes- c'étaient les nurses qui s'occupaient d'aller chez les guérisseurs. Ici, dans la vigies aux tentures lourdes comme autant de dents, il eut la sensation de tomber dans des perspectives abyssales, qui le grandiraient à l'extrême -la vigie est au cinquième étage- et le pouvoir, les garces qui gémissaient entre ses tempes, frémissements de draps; autant de couches qu'on a de bras.
Avant cela, des monceaux de coïncidences, profondes idées qui resurgissaient sur lui et lui ouvraient le crâne, lui père, l'enfant, ailleurs, caché, Al-Vor, les potentialités, le lien qui s'affirmerait encore entre lui et l'ange stigmatisé pour toujours. Et l'incapacité qu'il aurait d'en faire ce qu'elle avait formulé (comme une requête? ). Aspiration au silence total.

Il eut le temps de ciller, en expectorant profondément, comme à son habitude.
S'en retournant aux ténèbres -dans l'évanouissement.


[Le Doll dans les pommes est un Doll comblé Arrow ou pas. J'espère que ça t'ira u_u ]


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MessageSujet: Re: Demandez-moi de tuer la lumière [Terminé]   Dim 10 Oct 2010 - 2:17

[ xXx <3 ]
[ Et je sais pas si ça te convient, ou si j’ai trop joué ton personnage, ou même si t’as assez pour répondre… =/ ]

De la manière dont le pilier de l’univers commença à se fissurer par étoffes froissées.

De la soie lui coulait entre les doigts ; qu’elle enroula entre ses phalanges alors qu’elle allait lui échapper. D’où venait la fuite ? Le tissu lui filait des mains, ralenti par sa perception étrange du moment, s’accrochait à l’aspérité de ses paumes et chuintait comme siffle le vent dans un lobe : avec douceur and yet, plus aiguisé qu’une lame. Cruauté de l’univers qui défaillit et ne laisse au front aucun support, aucune ressource que l’air ambiant, et la terrible perspective de voir le monde s’écrouler sous lui. Il tombait. Emmenait avec lui les fils enroulés autour de leurs deux mondes et qui tiraient, alertaient la pièce de l’effondrement qui restait encore à se produire.

C’était un lent ébranlement. Marlyn pouvait voir de son iris éveillé la tête du noble partir en arrière – avec une grâce telle qu’elle l’eut cru éveillé, le temps d’une seconde ; elle sentait dans chaque glissement des vêtements l’équilibre qui se morcelait et les muscles qui démissionnaient, comptait inconsciemment les secondes qui les séparaient de l’horizontal. Dolohov tombait de biais : l’univers tournoyait en renonçant. A l’esprit douloureusement extrasensible de la jeune femme, c’était comme entendre lâcher en crissant des cordes d’acier que d’imaginer un instant que le Mentaï, si indispensable à l’élévation de son monde, avait choisi la fuite.
Improbable de se rendre compte –trop tard- qu’elle ne pouvait pas le retenir. Les tissus lui avaient déjà échappé des mains et les saisir plus fermement aurait compromis leur unité et risqué la perte d’un vêtement couteux. Mais Marlyn qui avait reposé toute son assurance et sa stabilité physique sur le maître aux cheveux d’or ne pouvait pas lutter contre l’inexorable écroulement. C’était observer la chute de deux colonnes et les conséquences désastreuses que cela provoquait, vouloir en sauver un, et ne rien empêcher. L’œil écarquillé, la jeune femme bascula vers l’avant à la suite du Mentaï évanoui, incapable de le retenir et plus encore, d’empêcher son propre renversement.

Le raclement d’une table fut précurseur d’autres : celui sifflant d’objets qui tombent, celui plus mat d’un homme qui tombe. La Mentaï cogna contre un coin de fauteuil et laissa l’étourdissement exploser des milliers d’étoiles au coin de sa vision. Jusqu’à ce que le silence revienne, lourd et pesant, lui rappeler la situation. Ses doigts s’étaient crispés de manière réflexe autour de sa tête : elle n’avait rien que la surprise de l’écroulement si brutal de son maître et amant. Elle n’avait pas à penser tout de suite aux différentes causes et conséquences de l’évanouissement. D’un clin d’œil elle fut debout, puis à nouveau à genoux au niveau de la tête inanimée de Dolohov, d’où la chevelure partait en longs filaments-arabesques qui, étalés sur un oreiller avaient quelque chose de sublime, mais dans la situation présente la laissait royalement de marbre. Ses doigts fébriles vinrent vérifier l’essentiel : un pouls, une respiration au bord des lèvres, une veine qui battait au coin des tempes, un mouvement imperceptible du thorax. Marlyn repoussa les mèches rebelles de ses cheveux derrière les lobes d’oreille pour dégager sa vue trouble. Des instruments de verre s’étaient à nouveau brisés quand le descendant des Zil’ Urain avait heurté la table en tombant : elle les dégagea avec précaution, en décrocha des morceaux infimes pris dans la soie et pria pour que rien n’ait écorché le noble.

Ses bras glissèrent sous le corps inanimé et tous ses muscles se raidirent quand elle tenta une première fois de le soulever. Mais un pic de douleur aussi aigu qu’un cri d’agonie courut le long de son échine, lui rappela les conséquences de son aveu précédent : elle ne pouvait plus vider son énergie à tous les vents. D’un mouvement Marlyn ramena un de ses genoux contre sa poitrine pour pouvoir s’arc-bouter, les bras autour de la poitrine tranquille de Dolohov. Maudit, cet élan de franchise qu’elle avait eu de tout faire reposer sur les décisions de l’homme, et qui avait fait vaciller l’équilibre précaire ! Avait-elle vraiment espéré qu’il la rassurerait, qu’il lui donnerait sa bénédiction pour assassiner sans remords le futur bâtard ou qu’il lui dirait quoi en faire d’utile et de non-encombrant ? Un sofa proche lui permit d’y déposer le Mentaï inconscient, les yeux clos dissimulés par une mèche qui lui retombait sur le visage.
Quoi utiliser pour le réveiller ? Elle n’osait pas encore ouvrir son esprit à l’imagination, comme elle entendait encore les déraillements possibles de son pouvoir, et les limites que son corps atteindrait bientôt. La Vigie transcendait son Don, le magnifiait, certes ; mais ses capacités physiques ne pourraient pas suivre. De plus, Marlyn doutait que de l’eau fraîche suffirait à éveiller un Dolohov aussi profondément inconscient. Un grognement lui sortit de la gorge quand elle chercha de l’œil une aide quelconque dans la pièce. Le souvenir lui vint on observant une rangée de flacons alignés dans une petite commode à l’autre bout de la Vigie : le sel volatil marchait très bien sur les syncopes. Et les nobles avaient tous un petit flacon de cet ammoniaque sur eux, non ?

Rapidement, la jeune femme dénoua les attaches du manteau de son Maître, le fit glisser de ses bras en essayant de ne rien froisser, de n’abimer aucune couture, chose difficile vu l’immobilité du Mentaï. Avant de chercher les multiples poches de l’habit luxueux, Marlyn étendit son Maître entièrement sur le sofa, des coussins servant à surélever la tête. Une seconde se perdit alors qu’elle posa l’œil sur lui, sur sa chemise qui laissait deviner les muscles fins, la peau pâle qu’elle connaissait par cœur… et qu’il appartiendrait bientôt officiellement à une autre d’embrasser, de frôler des doigts.
L’enfant du Chaos n’avait jamais vu autant de poches à un habit, ni autant d’armes dissimulables dans ses replis, que ce soit sous forme de lames, de crochets de poison ou d’autres étranges objets dont elle ignorait proprement l’usage. Mais elle finit par trouver ce qu’elle cherchait et qui, à l’odeur extrêmement acide / musquée lorsqu’elle l’ouvrit, était bien le flacon de sels. Marlyn hésita à l’utiliser tout de suite. N’avait-elle pas champ libre, dépouillée de toutes ses angoisses, tant qu’il ne posait pas ses yeux gris anthracite sur elle pour la juger, la questionner, l’ordonner ? Une main se perdit dans l’or des longs cheveux de Dolohov, l’autre suivit les contours de sa nuque ; pour vérifier qu’il n’était pas blessé. Elle détailla du regard et d’envie ces veines qui traçaient le flux sanguin, à peine visibles, et repoussa l’étoffe légère de sa chemise, enleva les rares morceaux de verre qui étaient venus s’y perdre. Ses lèvres vinrent ôter le sang d’une coupure qu’il avait sur la main. Elle névrosait de laisser son appartenance indélébile, ce qu’elle savait impossible, au point même qu’elle en avait oublié et rejeté au fond de son esprit le sujet de son évanouissement. L’héritier prenait trop peu de place dans son ventre et dans ses projets pour qu’elle veuille lui donner de l’importance –pour le moment.

Comme elle remonta le regard, avec l’intention à regret de saisir le flacon de sels, son œil sombre croisa deux joyeux grisés. Conscients. Depuis combien de temps ils la fixaient, éveillés et impénétrables, elle ne savait pas dire. Peut-être seulement trois secondes, peut-être déjà cinq minutes qu’elle laissait courir le bout de ses doigts sur Dolohov. Sa main se rétracta, qui s’était tendue pour saisir le flacon désormais inutile. Comment expliquer la situation ? Lui étendu sur un sofa long, le manteau sur la chaise et la chemise à moitié déliée, elle assise à son côté et penchée sur lui ?

- J’avais peur que vous ne soyiez blessé.. vous avez heurté une table en tombant.

Ce qui était, en vérité, la réponse la plus appropriée, qui correspondait aux interrogations du Mentaï comme à sa propre vision des choses. Même si ce n’était pas la vérité complète.
Elle ne se lèverait pas. Ni ne le laisserait se redresser tout de suite. A ce qu’elle comprenait de son regard, il tentait de comprendre tous les tenants et les aboutissants des minutes qui lui avaient échappées et une partie mesquine de l’esprit de la jeune femme, éveillée par les révélations meurtrières de la soirée, ne la pressa pas de répondre tout de suite. Elle aurait pu lui parler des herbes qu’elle connaissait pour apaiser ses craintes et tuer le futur héritier, elle aurait pu extérioriser ses propres excuses et se mettre à ses ordres pour la suite mais… le moment n’était pas assez net pour tous les deux. Chacun se remettait des révélations de l’autre ; Marlyn développait une jalousie acide et Dolohov avait choisi la fuite dans l’inconscient, et maintenant le silence. Mais n’y avait-il pas le temps ? Les projets d’hymen du noble ne devaient pas être si proches que cela et elle-même n’avait qu’un mois d’avancement, maximum.

- Maître ?

La brume s’était délitée de ses yeux neutres, pourtant. Etait-ce par jeu qu’il ne réagissait pas ? Par un calcul retors dont elle ne saisissait pas la portée ? Entre alertée et agacée, la jeune femme se redressa –le temps de se rapprocher de lui sur le soja- et courba à nouveau le buste pour pouvoir surveiller la moindre réaction ;
Sa main posée sur la poitrine de Dolohov, à suivre le rythme cardiaque lascivement.



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MessageSujet: Re: Demandez-moi de tuer la lumière [Terminé]   Lun 11 Oct 2010 - 22:58

Mes jolies ténèbres. Soyeuses. Cotonneuses, satinées, tout à la fois. L'indolore aveuglement. Etait-il possible de retrouver, par l'inconscience, cet état incroyablement grisant d'ignorance pure, d'inconséquence? Il se serait vautré, englué dans leur contact envoutant, dans l'obscur, enfin, retourner dans les ombres? Pouvait-il désirer cela sans le savoir? Pouvait-on seulement dire qu'il avait connu un état d'innocence proche de celui-ci? Peut-être, avant d'apprendre à parler. Quoique. Les nourissons sont, chez les nobles, témoins des bleus qui ornent les veines, des arbres qui poussent sur le visage des ancêtre, de l'or qu'on a jamais assez. Enfants, ils jouaient déjà avec les fantômes, les longs tissus blancs, poudreux, impalpables pourtant, et puis par peur, se jetaient dans les bras de leurs mères: la poudre volait en éclat, tâchait leur chair rose.

L'univers des nobles était blanc. Blanc comme un linceul, comme la robe d'une mariée, pied et poings liées aux convenances -comme si quelque chose d'autre était imaginable. Lumières, sans cesse, le prix des chandelles vacillait, et les dessins aussi, mais qu'importait? On inventait. Des toiles, des aquarelles, on dessinait dans l'air des cercles relationnels, bleus, rouges, et or. Pureté, jusque dans le teint, les multiples bains, les parfums. Et derrière le blanc, les multiples ombres, le service, les nurses, les bâtards, les sales draps, les soeurs qui caressaient en cachette leurs frères ou valets des yeux, l'alcool. Derrière la faïence, et le cristal. Les enfants, derrière la nurse, comme n'importe quelle autre preuve de péchés. Dans le carosse, où l'air vicié ne peut les atteindre, ça sent le cheval, la naphtaline, et les papillons de nuits: peluches offensantes qui ruinent maman.

L'inconscience offrait tellement plus que ça. Aucune question. Aucun remords. Le confort du noir. Shaïlan, enfant, se cachait parfois sous les nappes -c'était navrant. Passé. Shaïlan était bel et bien sous une nappe, quelque part, grand bien lui fasse, il serait toujours mieux dans le noir. Loin, quelque part. Caché.
Et lui, comme une petite tâche claire dans l'univers, visage immaculé, regard au gris livide comme les lames, aux cheveux solaires, se sentait déjà repoussé du monde confortable du vide. Ouvrir les yeux. Voir.
Les gens, les fils, les mains, les choses, les femmes, les airs, la valse des intermédiaires; le bleu des roi, la pourpre des empereurs, l'or des seigneurs, le gris des voix, des coutelas, l'incarnat des formes, et le brun tanné des ... et puis encore le bleu. Plus précisément. Azuréen, et épuré, marine comme le Divin, Profond comme l'abysse, nuit comme son nom l'indiquait, turquoise précieux, et cobalt synthétique. Le mélange, quelque chose de terrible, et de puissant, tornade d'obscurité, de royal, de convenu et de formaté. Bordé de longs cils noirs, qui le voilaient, comme une dentelle délicate. Une demi lune en amende, quasi féline, couleurs d'horizon. Mais il n'en savait rien. Le bleu se mêlait simplement au noir. Le bleu devenait une couleur chaude.

Il sentait la chaleur commencer sous sa nuque, volatile, à peine perceptible, et pourtant, première vraie-sensation. Puis quelque chose de doux, plus encore qu'une plume, près de son coeur. Quand? Avant? Après?
Ses yeux s'ouvraient, sur les astres méthylène d'une constellation trop connue, les galaxies que semait la lueur des bougies dans la chevelure obsidienne. Des vagues nacrées y dévoraient les cascades noires, un peu défaites, un peu brouillon. Etait-ce un reste de sa faiblesse, ou y voyait-il enfin quelques perles, sans valeurs, juste bleues. Perdues ça et là, cerclant le tourbillon principal, celui qui ressemblait un peu aux dessins prématurés et mors nés de tout à l'heure.
La perle la plus brillante de toute scintillait en solitaire, tenue à l'écart. Il la croisa, oubliant son étrange beauté en élargissant le charme à l'ensemble du paysage qu'il contemplait. Sangain. De vie et de rouge. Impérial, veiné de noirs. Presque par transparence, sous le blanc. Le blanc qui dévorait les extrémités de ses ongles longs, qui mélangeaient au chaud de la caresse un soupçon de danger. Le blanc qui ne cachait aucune crasse, elle était trop méticuleuse pour ça. Et l'ombre de ses cheveux accentuaient les tatouage sur le visage incertain de poupée cassée. D'enfant. que les rouages du temps avait égratignée, et sublimé, à leur manière. C'est vrai, il lui manquait l'or, pour avoir la noblesse, l'or autour d'un de ses doigts fragiles et noueux. Comme pour prouver qu'elle ne serait jamais de ce moule là. Pas un jardin d'hiver, non. Quelque chose comme un univers de volcan - elle serait l'Edelweis qui pousserait à même le flanc. Au creux de ses pétales, des perles d'or, des veines bleues. Dans un format démesuré. L'ombre à la démesure de celui qui..

Elle l'appela Maître. Elle aurait pu demander l'Homme, elle choisissait le mentaï. Puisqu'elle n'aurait jamais l'homme, elle implorait le mentaï. Puisque Dolohov ne supportait que derrière une façades, et que les vertèbres du mentaï, elle les aimait, y tissait ses dessins de mains, quand il la serrait. Puisque ces deux parties de lui n'étaient pas fait pour exister sur un plan d'égalité, elle lui offrait encore une fois ses faiblesses et ses doutes. Oublie que j'aurais pu te tuer, oublie que tu es tombé. Et il l'oubliait.
Il attira doucement sa main, celle qui cherchait son poul, ou son trouble, vers ses épaules, confondant son regard avec le sien, il chercha sans les mots à la faire blottir contre son flan.
Doucement.
En accrochant l'aigu du menton de la jeune femme contre sa paume, après que ses doigts aient tranché une mèche rebelle, « tracent de nouveaux contours, modifient la structure », se dit-il.
Un instant, il crut la sentir trembler,mais sa propre main, toujours gantée, était ferme quand il la guida plus clairement vers ses bras.Le visage de Marlyn se posa naturellement au creux du cou de son amant. L'ange des brumes, crispé, encore, semblait attendre, sans respirer, que son maître la jette au sol, avant de la rouer de coups. Cristallisée.
Comme s'il s'abaissait à ce genre de châtiments là.

Quand, enfin, elle s'autorisa un souffle, il se mit à sourire, à laisser aller tendrement sa main sur l'échine de sa partenaire. Presque prudemment. Presque timidement.
Il amorça de se tourner un peu plus vers elle, jusqu'à contempler son visage -de haut. Avec toute la confiance que pouvait posséder un dieu sur un monde, un mentaï sur son élève la plus soumise.

Il posa ses lèvres sur son front, comme un bijou de plus, puis comme en lui demandant la permission, approcha sa main libre de son ventre.
Tout doucement.
Comme si ce ventre, à l'ombre de son propre corps, avait le pouvoir de tout faire basculer tout de suite.
Comme s'il risquait d'abîmer son contenu peut-être inexistant- quel homme peut dire quand une femme ment, sur ces choses-là, quel homme voudrait s'interroger sur cette science, sinon un rêveur castré par sa propre mentalité? Serait-ce un fils, qui pousserait de ces calligraphies de muscles, d'humeurs et d'horreurs, un fils, sous la peau palie de l'enfant du chaos? Des fils? Ou une petite fille à l'air arachnéen, elle naitrait tatouée, belle comme un démon, un démon avec un visage d'ange- poupée. De celles qu'on garde sous verre? A l'inverse de sa mère.

Il lui parlerait, oui, mais pas maintenant. D'All-Vor, peut-être. Ou d'un autre endroit, il se sentait l'envie d'en bâtir des dizaines. Des dizaines de recoins d'ombres où grandirait l'enfant-mercenaire, au fait de certains passages secrets dès sa prime jeunesse, et qui aurait la possibilité de chercher les autres en grandissant. Entre les fioles de drogues, de poisons et de parfums, les parfaits atours que laisserait choir son père quand il serrerait sa mère dans ses bras.
De sa future épouse, jamais. Sareyn était une femme, elle lui rappelait de la plus inattendue des façons, les femmes n'ont pas besoin qu'on évoque leurs rivales pour les maudire. Si jamais son ange s'avisait d'interférer dans sa vie d'homme, il tâcherait de le savoir, et d'y remédier. Il choisit de fermer les yeux, en embrassant le bout du nez de sa maîtresse, rêveusement.
Dolohov ne conceptualiserait jamais la tendresse. C'était quelque chose de trop peu nuancé, de trop vrai. Il pouvait l'imiter -peut-être à la perfection- mais pas la ressentir.
Les lumières de la vigie pouvaient bien vaciller. Bientôt, naîtrait l'Aube.



[Merci pour ce post <3 RP terminé]



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FAIL, Doll, FAIIIIIIL.  Twisted Evil  
Aimez-moi les uns les autres.

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