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 Le Jeu de la Folie [Terminé]

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Primat de Kaelem et Maître dessinateur
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MessageSujet: Le Jeu de la Folie [Terminé]   Jeu 5 Nov 2009 - 18:13

Le jeu de la folie est un sport de l’extrême qui se pratique souvent au bord des précipices, ou dans les yeux des filles au bout des couloirs blêmes… Oui, quand on ne sait pas comment commencer, on demande à Thiéfaine, c’est bien connu, il a toutes les réponses. Et là, on se dit que s’interdire le strike, c’est quand même pas malin. Mais Thiéfaine, s’il a toutes les réponses, n’a pas toujours entièrement raison… Parfois, le jeu de la folie se pratique dans les deux endroits en même temps, et il faut remplacer ou par et. Mais on lui pardonne, ce n'est qu'un simple mot de liaison. Maya était donc debout au bord des escaliers, le vide s’étalant à ses pieds à travers les barreaux sophistiqués de la rampe, debout au bout d’un couloir aux murs pâles qui blêmissaient encore à côté de la chevelure livide du professeur de Dessin. Et c’est là que se jouait le jeu de la folie, dans les yeux de l’Eclipsiste, alors que, faisant signe à ses deux initiés en train de descendre les marches, elle envisageait de laisser tomber toute prudence et trois ans de couverture, de trahisons, de mensonges et de plans cartésiens à former sa toile si bien tissée pour pouvoir étriper ces deux imbéciles de pseudo-Dessinateurs.

Malheureusement, la folie perdit au bout de quelques secondes, mouchée par un entraînement acquis au cours de longues années. Mais elle aurait bientôt le droit à une seconde manche… Reprenant contrôle de ses soudaines pulsions meurtrières, Maya fit demi-tour pour atteindre la salle de Dessin, et s’installa confortablement sur l’un des trois fauteuils qui restaient encore de son dernier cours. Au milieu du cercle des sièges, une petite table basse servait de support à une dizaine de bougie à la mèche tordue et noircie par les essais. La cire avait coulé le long de leur tige, tachant parfois le bois précieux d’une goutte à la forme arrondie… Criiitch. Bruit de piaf qui s’env.. mm, bruit soudain de la flamme qui s’allume, de la bougie qui s’enflamme. Deux, trois, six, neuf, onze… les douze lueurs éclairèrent la salle précédemment plongée dans le noir, Maya ayant pour cette leçon dissimulée la lumière du jour à l’aide des célèbres volets de ceux qui jouent à aujourd’hui au milieu de la nuit.

Fwoosh. Ca, c’est l’aile du piaf qui fait un courant d’air pour souffler les bougies. La salle était de nouveau plongée dans la pénombre, seule la porte entrouverte permettant de filtrer un minimum de lumière. Morose, Maya resta immobile dans l’obscurité, pensant aux deux initiés à qui elle venait de donner cours, et qui n’étaient même pas capable d’allumer une chandelle correctement… Et elle devrait recommencer demain avec des Dessinateurs pas beaucoup plus doués ! Ah, que les leçons avec Ciléa lui manquaient ! Ce n’était pourtant pas compliqué. Le feu était le Dessin le plus basique, et elle ne leur demandait pas d’allumer un brasier, non plus. Elle n’allait même pas jusqu’à leur faire tenter d’allumer la cheminée ; de toute façon, c’était l’été (sisi), et il faisait assez chaud comme ça. Non, elle demandait simplement une flamme minuscule de la taille de leur petit doigt ! C’était aussi simple que la vie et la mort…

Criiitch. Allumées.
Fwoosh. Eteintes.
Criiitch. Vivantes.
Fwoosh. Mortes.

Les presque-morts ne pensent normalement pas à la mort avant leur mort, ne pouvant pas savoir qu’ils vont bientôt mourir, et ce genre de pensées sont souvent purement artificielles lorsqu’elles sont mises à l’écrit. Mais ce n’est pas toujours vrai, et ce n’est pas le cas ici ; bon, quelqu’un qui va tomber dans les escaliers, manger par erreur un champignon vénéneux ou se faire écraser par un troupeau de siffleurs (hypothèse originale mais oh combien oubliée !) ne risque pas d’y penser, mais Maya était Eclipsiste et la mort était un risque de tous les instants. Elle avait déjà survécu à 37 tentatives d’assassinats, dont 14 par empoisonnement, 18 en combat et 5 par autres méthodes à définir. Sans compter la fois où elle avait failli s’étrangler sur un noyau de cerise. Et celle où elle avait failli glisser d’un toit, un jour de pluie… Un Eclipsiste devait toujours être prêt à sa disparition, et savait parfaitement qu’il pouvait mourir d’un jour sur l’autre, même s’il n’y croyait pas. Il n’était donc pas étonnant que, après ce cours exécrable à faire des sourires hypocrites et murmurer des mots encourageants, ses pensées se tournent vers la mort. Mais ce n’était pas à sa propre mort que pensait Maya en éteignant les bougies. Après tout, elle avait survécu jusqu’ici ; et puis, c’était les imprudents et les naïfs qui finissaient dans les ruisseaux des ruelles, et elle n’était ni l’un ni l’autre. Non, elle n’avait pas peur pour elle-même. C’était à Ciléa qu’elle pensait…

Les doutes l’assaillaient, comme à chaque fois qu’elle repensait aux décisions qu’elle avait prise envers la jeune Felixia. Peut-être n’aurait-elle pas dû lui proposer de devenir son apprentie. A présent, c’était beaucoup trop tard, mais être Eclipsiste était tellement dangereux… Ciléa méritait d’être heureuse. Comment pourrait-elle l’être si elle avait peur en permanence du coup de poignard dans son dos, et si elle passait sa vie à assassiner ? La jeune fille n’était pas faite pour ce rôle, elle devait être protégée… Criiitch, fwoosh. Tellement facile, de passer de vie à trépas… C’était une vie de risques qui convenait parfaitement à Maya, mais Ciléa… Criitch.

Maya leva les yeux, la lumière lui ayant permis d’apercevoir la silhouette d’un homme à l’entrée de la salle. Elle ne le reconnut pas tout de suite, mais son regard finit par s’éclairer ; Tobias Ottam, alias Elias hélas, son contact parmi la Guilde du Chaos. Elle aurait dû être étonnée de le voir, après des mois et des mois sans le rencontrer. Il envoyait toujours un sous-fifre comme lien entre eux deux, et toujours un différent, à croire qu’il avait peur qu’elle arrive à en embobiner un après trop de temps passé à le tester- et il n’avait peut-être pas tort, elle avait essayé. Après un nouveau fwoosh, suivi rapidement d’une escapade dans les Spires pour rallumer les bougies pour la énième fois- d’ailleurs, ca commençait à devenir fatiguant- Maya prit la parole :

- Bonjour, Elias… Vous n’envoyez pas l’un de vos apprentis pour me parler ? Je croyais que vous étiez trop occupé pour venir discuter en personne avec moi… Mais vous avez bien raison d’être venu, les apprentis font tellement d’erreurs… Voyez, les deux élèves que je viens de renvoyer ne savent même pas allumer des bougies. Ils apprendront vite, mais en attendant, pour l’éclairage, je préfère encore compter sur moi-même. C’est pour cela que vous êtes ici, n’est-ce pas ?

Bon, il n’aurait aucun mal à remplacer apprenti par subordonné, échange qu’elle avait fait elle-même en se souvenant de la manière dont le Mentaï s’était froissé lorsqu’elle avait osé, à deux reprises, parler du Chaos à voix claire, haute, et sans moyens implicites lors de leur première rencontre. Elle aurait pu manquer de prudence et recommencer maintenant, mais elle n’était pas d’humeur à jouer à ce petit jeu aujourd’hui… Elle en avait un bien plus dangereux et bien plus extrême pour le moment. Les bougies se mirent soudain à briller plus fort, Maya ayant raffermi les flammes dans les Spires ; les coins de la salle furent enfin découverts, éloignant la demi-pénombre, et d’un geste amiable de la main, Maya proposa un siège à son interlocuteur. S’il était là, la conversation qui l’attendait promettait d’être digne de son temps, quel que soit celui qui lui restait…


_______________
Maya Nil' Shaya, alias Myra, Dame Eclipsiste

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Mentaï
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MessageSujet: Re: Le Jeu de la Folie [Terminé]   Lun 22 Fév 2010 - 20:36

[Pour le retard j'avais des excuses, pour la médiocrité je te les donne, édition possible, toutes ces sortes de choses.]


S’il existait une chose qu’Amjad Ottam exécrait en Gwendalavir, l’échec et la viande de siffleur mis à part, c’était sans conteste la chaleur. Pas de ces périodes d’Al-Poll faussement estivales où le vent du Nord s’invite par les après-midis les plus convaincants, non. Plutôt ces moiteurs, ces lascivités torpides au goût amer de sel sanglant, voire l’inverse, cet été ardent qu’on trouve en peu de suds. Curieusement, le climat propre aux îles alines correspondait à cette définition. A chaque embardée quel plaisir de renifler les embruns, quelle nostalgie lorsque sous les grains traîtres reparaissaient la multitude de réminiscences-inévitables ! L’homme s’étonnait d’éprouver une répulsion exponentielle pour ce pays sec, certes, mais dont il avait goûté l’inexprimable panel de sensations avec une fascination mêlée de défiance, enfant ; aujourd’hui la succion de sable et sel le faisait frissonner tandis que le bleu presque coruscant du ciel rendait vulnérable son impassibilité. Un état de fait qui, sans qu’il sût pourquoi, l’inquiétait vaguement, d’autant plus que poser le pied sur la plage ne lui en semblait pas moins, à chaque fois, un affligeant retour aux sources. Le plus agaçant était peut-être cette somnolence que lui imposait la canicule lorsque fixant immobile le crâne brun d’Ylse ou de Qaeros s’éloignant il revoyait en eux les gosses arrogants qui jouaient avec lui sur les écueils, à la recherche de Sirène. Au fond, les alliances qu’il arrangeait avec ou contre eux, ce parti aline partiellement acheté ou conservé qu’il considérait comme son dû ne valaient peut-être pas les peines qu’il y prenait.. A commencer par celle de conserver sa toge d’ermite sous le soleil pour ne pas négliger la force de l’image. Contrairement à ses ‘compatriotes’, il avait fort logiquement acquis sur les terres impériales une notion différente de la température.. Et une fois de plus, malgré ses plans progressant doucement en grande partie grâce à ces îles, le pas sur le côté lui fut un soulagement ; l’océan que sa rétine retint juste avant qu’il n’emprunte les Spires avait comme une concomitance une couleur violine.


Etait-ce l’action de la chaleur ? Le flot de faiblesse passager dû au voyage désincarné ? Le temps relativement restreint d’une manière générale, actuellement en particulier ? Le mentaï ressentait un certain agacement qui transparaissait même dans sa physionomie; les quelques minutes qui lui furent nécessaires pour changer de costume puis pour user de nouveau du Don –si pratique en de telles circonstances- suffirent à lui rendre son calme. Il demeurait néanmoins préoccupé, vétilles ou bagatelles se jouant de ses pensées étroitement enlacées au reste: la résistance non infiltrée, la possibilité d’un échec du Chaos plus tôt que prévu, son sabre ébréché, la petite Ambre dédaignée, l’accident stupide d’un de ses hommes les plus ‘fidèles’, le retour retardé du jedi de Dolohov et ses sbires, les voiles noires déchirant les pupilles au large des côtes, l’aileron insistant de la Dame et Maya Nil’ Shaya. Bien sûr.

Les couloirs de l’aile Est, déserts, semblaient presque glacés après les nues méphitiques de la saumure. Montant l’escalier du pas rapide mais sûr qu’exigeait son accoutrement de légionnaire noir, Amjad observait sur le parquet las les ombres des arbres jouer, ciselées, à chaque fenêtre ; la lumière en paillettes se confondait aussi à la poussière-arabesque, formant comme la danse du silence par opposition aux voix déjà insouciantes -printanières- provenant de l’extérieur. A un moment, ces voix se dédoublèrent en écho interne en la personne d’un duo d’élèves arrivant en sens inverse, sacs de cours et babillage en étendard. Ils lui accordèrent peu d’attention, habitués, se contentant d’une salutation mi-respectueuse et lui fit de même, rictus hautain en plus –qui ignorait encore le tempérament de ces soldats-pions ? Atteignant le premier étage cependant il hésita ; la salle des Légendes semblait vide, et pour ce qu’il en savait Cil’Eternit se trouvait actuellement dans l’Aile Principale. Il y avait dans cette zone des chambres d’étudiants à louer mais sans doute peu d’occupants actuels, l’heure étant aux cours. Pour conclure, la voie était libre.. Ou presque. Le bruit d’une chaise grinçant contre un bois usé l’attira vers une porte plus petite portant la mention "Infirmerie" élégamment calligraphiée. Le panneau entrouvert laissait deviner une salle aux dimensions et à l’ameublement modestes, sans rien de plus notable qu’une femme à demi occupée, assise dos à l’encadrement. La manière vive et décalée dont ses boucles rousses étaient sporadiquement repoussées contre son dos ainsi que sa main témoignaient de son jeune âge. Accentuant son pas lourd de soldat en terrain conquis, le mercenaire frôla le mur blanc presque immaculé pour atteindre la seule porte qui l’intéressât présentement, celle de la salle de dessin.

Les presque-morts ne pensent normalement pas à la mort avant leur mort, ne pouvant pas savoir qu’ils vont bientôt mourir, et ce genre de pensées est souvent purement artificiel lorsqu’il est mis à l’écrit [copyright]. Au contraire, les presque-assassins sur le point de passer à l’acte, qu’ils soient récidivistes ou non, le savent pertinemment –et pour cause- et c’est la mort dans l’âme insinuée dans chaque claquement de pas qu’ils viennent, sachant aussi bien que d’alliée elle peut passer à maîtresse, faisant sien ce qu’ils voulaient offrir. Mais ce n’était pas en qualité de criminel –ou plutôt de bourreau- qu’Amjad s’invitait en cette belle après-midi un peu sclérosée ; s’il pensait que les choses pourraient mal tourner, c’était une hypothèse parmi tant d’autres. Il voyait des menaces sous-entendues, un affrontement s’extirpant peut-être de la sphère des mots mais rien de létal: l’Eclipse l’intéressait encore par certains côtés, évidemment les faussement sybillins. Et puis la noble Nil’Shaya occupait toujours une position intéressante dans la conjoncture actuelle notamment par rapport à la résistance qu’elle avait promis de joindre. Informations potentiellement utiles que le Chaos attendait patiemment.. Et s’il n’y avait que cela. Voilà pourquoi cette alliée devenait intenable à force d’insubordination; bien que n’étant pas aux ordres de leur guilde, elle aurait dû jouer la carte de la modestie ne serait-ce qu’à cause de leur force de frappe supérieure. Il avait fermé les yeux lorsqu’elle l’avait fait suivre –par une sommité de la pègre dont on n’avait par la suite pas retrouvé la trace, bizarrement- ou lorsqu’elle avait fait preuve d’une efficience évasive, notamment depuis la prise de l’Académie. Il savait bien que leur contrat de dupes était honoré de moins en moins souvent, et si la faute lui en revenait d’une part l'aristocrate avait il y a peu véritablement dépassé les bornes. Le brun avait eu beau chercher des raisons à cet acte une fois la culpabilité de l’éclipsiste fortement soupçonnée, il n’en était pas remonté à Ciléa et malgré les incohérences ne lui voyait pas d’autre raison qu’une bravade de folle, ou une visée étrange qu’il lui importait de comprendre..

La salle suintait de pénombre. Il put difficilement distinguer les attributs banals d’une classe, des fauteuils assemblés en cercle à la table centrale; déjà la jeune femme le saluait, spectre aux lueurs intermittentes de bougies successivement mourantes. Répondant d’une inclinaison de la tête et d’un "Dame Nokomis" rapide, il prit lentement place dans l’un des sièges. Quelque chose dans le comportement de la dessinatrice ne tournait pas rond. Avant qu’il ne pénètre dans la pièce, on pouvait sentir la présence fluide dans les Spires aller, et venir, et aller en un ballet vésane. S’il n’y avait pas pris garde de suite –après tout, elle pouvait bien être en train de faire ce qu’elle voulait- s’apercevoir que l’objet de ces efforts n’était autre qu’une armée silencieuse de chandelles avait de quoi décontenancer. Etait-ce son but ? Tentait-elle de prendre d’emblée l’avantage, devinant la raison de sa présence ? A la faveur de la clarté renaissante, il l’observa : yeux vert opulent mangeant une peau aussi brune que délicate, chevelure lune et mise impeccable. Rien de changé, même en son regard calculateur. Bien que ni le lieu ni le moment ne soient appropriés, l’aline se surprit à s’interroger sur l’origine d’une telle absence de couleur -capillairement parlant. Sans doute une dépigmentation totale et génétique des.. pigments de la tête. Ou des champignons hallucinogènes. Par la Dame, était-ce leur fait si le grain mat de son épiderme semblait, à cet éclat mortifère, soudain si pâle ?

- Vous avez vu juste. Les apprentis se font de nos jours si versatiles..

Mais pour une fois Amjad n’était pas venu pour perdre du temps en subtiles joutes orales teintées d’incompréhension réciproque. Les chandelles que la dessinatrice tenait allumées comme des poltergeists promenaient sur les boiseries des évidences inutiles –il eut été si simple d’ouvrir les volets. Il décida pourtant de ne pas laisser s’immiscer de déséquilibre. Obvier à un inconvénient capricieux, tel était son seul but.

- Vous avez été vue en train de prendre la fuite avec une bonde, sur la montagne. Il serait dans votre intérêt d’avouer le nom de votre plombier. ..Bon, on la refait.

- Tout comme les maîtres, hélas. Connaissiez-vous la remarquable sentinelle Iléa Ril’Monrienval ? Elle avait suivi notre enseignement et était considérée par beaucoup comme une femme brillante. J’ignore à qui, maîtres ou apprentis, on peut imputer la tragique erreur que fut sa mort, toujours est-il qu’elle n’a pas trébuché.. C’est regrettable, mais elle n’est qu’un exemple parmi d’autres de la maladresse ambiante.

Le regard braqué sur ses mains, les pensées sur ses poignards, l’aline de nouveau agacé s’efforçait de condenser dans son timbre toute la nonchalance envisageable. Il surveillait les Spires, regrettant presque de ne pas s'être muni d'un gommeur et de tous ses désagréments corollaires. Le silence persistant de la jeune femme d’ordinaire plus en verve l’alarma. Un rien.

- Il me semble qu’elle était de vos connaissances ?

Relevant lentement la tête, tant pour la théâtralité que pour la prudence, il sonda de nouveau l’ intrigante. Si l’expression à demi affable n’avait pas déserté le visage ésotériquement éclairé, quelque chose de plus acerbe paraissait sémiller dans la prunelle, comme un écueil. Non, ce n’était sans doute que le fait des ombres fantastiques chancelant contre les solides malgré le périmètre lumineux. Décidément, la chaleur l'avait rendu trop nerveux.

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Primat de Kaelem et Maître dessinateur
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MessageSujet: Re: Le Jeu de la Folie [Terminé]   Ven 26 Fév 2010 - 22:15

Son cœur rata un battement.

Elle fit comme si de rien n’était, pourtant, sa main se tendant vers l’une des bougies qu’elle prit dans ses mains avant de se relever. Puisqu’il ne comptait pas s’asseoir pour qu’ils discutent civilement, elle ferait de même. Les bougies allèrent se ranger dans un placard, Maya n’hésitant pas à tourner le dos à Amjad pour se faire ; elle doutait qu’il serait assez stupide pour la tuer dans l’Académie même, et n’avait de toute façon aucun intérêt à le faire. Elle était son seul contact avec l’Eclipse, la seule à savoir où se cachait la résistance externe, la seule acquise à leur cause en qui les résistants internes pourraient se confier sans trop de peur. Elle était trop utile pour être éliminée maintenant – il le savait parfaitement, malgré les informations qui s’étaient faites plus rares récemment, pour des raisons bien simples ; donner la position approximative de la résistance externe signifierait mettre en danger Ciléa, et elle n’avait pas encore mis de plan en place pour éviter ça. La résistance interne, quant à elle, devait rester évasive. Ils étaient si proches du but… Garder l’équilibre entre rester utile au Chaos tout en faisant en sorte qu’il ne puisse pas écraser toute résistance devenait de plus en plus difficile. Elle devait faire partie de leur chute, pouvoir donner le nom des maîtres et des élèves, des pions et de ceux qui tiraient les ficelles, lorsque l’Académie reprendrait ses droits. Elle devait être celle qui apprenait à l’Empereur ce qui s’était passé pendant qu’il s’occupait d’affaires plus urgentes que cette académie indépendante dans le nord, pour que les Nil’ Shaya redeviennent la famille à la réputation loyale d’antan…

Grimper les échelons, se rapprocher de l’Empereur et du pouvoir. Rendre l’Eclipse plus puissante que la simple guilde invisible qu’elle était à présent, et devenir l’une des Dames de la Cour à connaître absolument. S’incruster dans les intrigues impériales, lancer un ou deux scandales, tisser une nouvelle toile au centre de laquelle l’Empereur ne serait qu’une vulgaire mouche… Continuer à entraîner Ciléa, aussi, qui grâce à son nom pourrait lui être encore très utile, devenant ses oreilles là où elle ne pourrait pas être. La convaincre du bien fondé de ses plans, et se débarrasser des six autres Maitres Eclipsistes pour être certaine qu’ils ne se mettraient pas sur son chemin. Ciléa serait l’alliée parfaite, et Syra comme Kawel feraient eux aussi partis du jeu, même s’ils ne prendraient pas de décision. Elle aurait le pouvoir, et pourrait protéger son apprentie se faisant, une fois qu’elle ne serait plus bloquée dans la résistance et que le chaos serait tombé… La première phase était presque complète. Et pourtant, elle était sur le point de tomber en miettes.

Stupide Iléa ; pourquoi avait-il fallu qu’elle soit membre du Chaos ?


Plusieurs mois auparavant, alors qu’elle faisait des recherches pour connaître en détails l’histoire de Ciléa et ce qui l’avait rongée pour la transformer en la jeune Dessinatrice qu’elle était devenue, elle avait découvert le massacre de toute sa famille. Elle avait découvert aussi qui avait tiré les ficelles, ordonnant les assassinats. Iléa Ril’ Morienval, la cousine de la bonde Felixia… Son existence était trop dangereuse. Si la cousine apprenait que Ciléa était encore vivante, et que son plan n’avait pas fonctionné aussi bien qu’elle ne l’avait pensé, elle chercherait à l’exterminer à nouveau. Et Ciléa ne devait pas mourir. C’était pour la protéger, plus que pour la venger, que Maya avait mis en place son plan. Ceux qui avaient suivi les ordres de la Sentinelle elle avait laissé tranquille, et n’avait pas cherché à connaître leurs profils plus en avant ; ils n’avaient fait leur boulot qu’en échange d’une bourse bien garnie, et la vie ou la mort de Ciléa leur était indifférente.

L’Empire avait pleuré la mort accidentelle de l’une de leur Sentinelle, on avait dressé un monument en son honneur, les funérailles avaient été grandioses, puis l’Empereur avait désigné son successeur et tout avait été oublié. Une enquête avait bien sûr été menée, mais celle-ci n’avait mené à rien, et l’Empereur avait accepté l’accident. Les choses auraient dû s’arrêter là… Si seulement elle avait su qu’Iléa était membre du Chaos. Ce n’était pas qu’une Sentinelle qui avait été perdu, mais aussi l’un des membres les plus puissants de cette sinistre Guilde. Evidemment qu’ils n’auraient pas pu laisser cet événement passer… Amjad étant le seul ayant eu contact avec l’Eclipse, c’était lui qui avait pu remonter jusqu’à elle. Cela lui avait pris plusieurs mois, mais il l’avait fait. Et s’il savait qu’elle avait tué Iléa, il en connaissait sûrement la raison. Il ne penserait jamais que la mort d’une mercenaire du Chaos aussi haut dans les rangs, de l’une de leurs meilleures espionnes sur ce qui se passait dans l’Empire, soit une simple coïncidence… Comment le pourrait-il ? Il avait dû fouiller plus loin, n’avait pas pu s’arrêter là. Et trouver…

Trouver Ciléa.

Son esprit sinueux s’affola derrière son masque d’impassibilité ; son âme funérailleuse lui fusilla le cerveau *se pend*. Elle avait brouillé les pistes, autour du meurtre d’Iléa comme autour du massacre de la famille des Ril’ Morienval, s’assurant du silence de ses sources, mais elle avait pu oublier quelque chose. Il n’était pas bien difficile de faire le lien entre le meurtre d’une Ril’ Morienval et le fait que l’une de ses apprenties Dessinatrices portait justement ce nom, même si celle-ci n’était plus à l’Académie depuis l’arrivée du Chaos, ce qui aurait pu ralentir un tant soit peu leurs recherches… Amjad savait. Il savait que Ciléa était importante, qu’elle avait un rôle dans tout ça. Et s’il ne savait pas, il le devinerait bien assez tôt.

Elle ne pouvait pas prendre ce risque.

Le calme tomba sur elle comme un voile, froid, distant, calculateur. Meurtrier. Neela s’était perdue dans un trou noir sans fond pour laisser place à l’assassine. Ses pas cliquetèrent au rythme de la mort, alors qu’elle s’approchait. Elle regrettait d’avoir rangé les bougies, maintenant ; quelques nouvelles vagues dans l’Imagination pour faire passer leur flamme de vie à trépas auraient pu déstabiliser Amjad, jouant avec ses nerfs, et les actions suivantes seraient passées un peu plus inaperçues. Mais elle n’avait pas le temps de jouer. Il ne devait jamais sortir de cette salle en vie. L’avenir de Ciléa en dépendait. Elle s’approcha de la porte, qu’elle ferma derrière elle, comme pour donner plus d’intimité à leur rencontre. Eviter qu’un élève passant dans les couloirs ne les écoute, pour lui ; éviter qu’un élève ne les voie, pour elle. Lorsqu’elle se tourna vers lui, elle lui sourit affablement, avant de s’approcher, comme pour passer à nouveau près de lui avant de rejoindre son siège.

- En effet, je la connaissais. Ce fut un accident regrettable… Malencontreusement, le malheur semble souvent planer autour de mes connaissances. A croire qu’ils sont maudits…

La dague longue s’abattit vers la gorge du Mentaï.

Rien que le choix des armes dévoilait les émotions qu’elle bridait derrière les objectifs épinglés dans son crâne – Maya Nil’ Shaya ne faisait pas dans le brutal. Ses armes étaient miroirs des mutations de son identité, serpentines, ondulantes. Maya Nil’ Shaya ne faisait pas dans les combats d’honneur. Elle frappait par derrière lorsqu’elle était sûre de ne pas rater son coup et dans le cas contraire préférait les poudres aux épées. Cyanure, ciguë, cinabre, amanite, phalloïde, champignons hallucinogènes et réalgar sonnaient plus souvent à ses oreilles que l’acier des épées, des sabres, des poignards et des dagues dont elle ne connaissait aucune des nuances. Aurait-elle eut possession de ses moyens, elle aurait attendu son heure, tel le fauve attendant d’être assez proche pour sauter sur sa proie. Mais l’attente n’était pas une solution dans son esprit déraillé ; elle avait trop peur que la proie ne fuit avant qu’elle n’ait le temps de s’approcher assez.

Une main ferme arrêta son poignet. Une dague jumelle apparut dans son autre main, et la lame forma une fine estafilade sur son visage avant qu’il ne bloque son deuxième bras. Il s’était penché, reculant en même temps, et sa dague n’avait qu’effleurer son visage plutôt que d’atteindre la gorge qu’elle voulait qu’il lui offre. Il ne semblait pas comprendre la raison de ses attaques soudaines, elle avec qui il n’avait jamais fait que parler et dont les menaces n’avaient été jusque là qu’indirectes. Il ne devait jamais comprendre. Elle se dégagea, attaqua de plus belle, mais elle était une Dessinatrice en robe et était loin d’avoir l’avantage. Elle aurait dû mieux choisir son combat, mieux choisir son terrain. Réfléchir, avant de laisser sa peur pour Ciléa brumer son esprit. Elle l’avait touché, déjà ; cela aurait dû la satisfaire. La morsure de ses dagues reflétait les crocs trempés de venin du serpent. Mais elle voulait être sûre, et ne pouvait plus s’expliquer ; il devait mourir, maintenant, ne plus savoir, ne plus chercher, ne plus pouvoir penser le nom de Ciléa, même…

Il n’avait pas le choix que celui de se défendre face à ses attaques. Et lorsqu’il la poussa brusquement tout en la privant de ses appuis, ce n’était certainement que pour l’éloigner le temps qu’il puisse prendre en compte la situation, sortir une arme, quelque chose. Gagner les quelques secondes qui lui permettraient de prendre l’avantage et de gagner ce combat qu’elle avait su perdu si elle ne pouvait compter sur l’élément de surprise – en apparence, tout du moins. La coupure qui lui brûlait la joue semblait peut-être anodine, mais les vertiges viendraient bientôt, avec les mal de tête, les malaises, puis la paralysie qui se répandrait au rythme de son sang jusqu’à toucher les organes qui, figés, l’entraînerait vers la mort. Et elle survivrait, parce qu’il avait besoin d’elle.

- Je sais où ils se cachent, murmura-t-elle comme un bouclier plus fort que la plus épaisse des barrières en pensant au demi-faël et à la résistance.

Je sais ce qu’ils comptent faire, et comment les faire tous tomber comme un château de cartes. Mais elle avait perdu l’équilibre lorsqu’il l’avait poussée et tombait en arrière en prononçant ces mots. Elle ne réussit pas à se retenir, et un petit cri lui échappa. Sa tête percuta le coin de la table basse, et la douleur explosa sous son crâne avant qu’elle ne s’écrase au sol.

Voici la voile noire du navire de Thésée qui me déchire les yeux au large de Sounion

Elle tomba inconsciente immédiatement. Ses paupières s’étaient teintés d’étoiles multicolores, de points de tous les gris, et puis il n’y eu que le noir et la douleur – non, que le noir.

Je rêve de transparence et d’épouvantes mystiques le long de la frontière qui jouxte l’inconnu

Ni vivante, ni morte, elle flottait quelque part entre deux inconsciences.

En trainant mon cadavre et mon vide pathétique

C’était vide, l’inconscience. Comme un sommeil sans rêve. Doucement, les cheveux opalins devinrent boucles de sang, prenant de la couleur pour la première fois depuis sa naissance. C’était vide, tout blanc à l’intérieur maintenant que ça ne l’était plus à l’extérieur, jusqu’à ce que quelqu’un s’y incruste, et apporte la douleur avec. Il y avait quelqu’un dans sa tête. Non, ce n’était pas possible. Personne ne devait fouiller dans son crâne, elle y cachait trop de choses qui ne devaient pas tomber entre les mains de qui que ce soit. Va-t-en, Rêveuse. Laisse-moi le vide, juste quelques minutes. Je reviendrai plus tard, les affaires peuvent attendre.

Ce n’est pas le vide qu’elle lui donna, mais le plein. Explosion dans sa tête. C’était la fin. Etait-il normal d’être aussi lucide dans un moment de pure folie ? Elle le savait, pourtant. Et ne s’inquiéta pas plus que ça. L’engrenage aux rouages bien huilés mis en place longtemps auparavant allait simplement se mettre à tourner. Des lettres seraient envoyées, des mesures prises, tout selon les dispositions qu’elle avait instaurées elle-même il y avait déjà un bon moment. Un Eclipsiste prépare toujours sa mort. Elle fait parti du plan, comme tout le reste. Sa vie s’arrêtait là, mais elle n’avait pas fini de laisser sa marque. Si tous faisaient exactement comme elle l’avait demandé, cela devrait aller, sa supervision n’était peut-être pas indéniablement nécessaire. Quoique, comme Amjad l’avait fait remarquer, maîtres et apprentis devenaient de plus en plus inutiles. Ils allaient tout faire foirer. Pas qu’elle puisse y changer grand-chose, à présent.

La dernière image qu’elle vit avant de sombre pour toujours, ce fut celle de Ciléa, ses boucles blondes entourant son visage méfiant, alors qu’elle attendait au pied du Pic du Dragon celle qui ne reviendrait jamais.

Ne m’attends pas ce soir car la nuit sera noire et blanche illuminée rue de la vieille lanterne…


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MessageSujet: Re: Le Jeu de la Folie [Terminé]   Lun 5 Avr 2010 - 3:18

[Je ne change pas d'endroit, c'est peut-être pas la peine]


C'est sous l'éclat que jouaient les enfants alines, autrefois, et qu'ils jouaient sans doute encore, sans effet sur leurs peaux irrémédiablement adustes. Peaux gorgées de canicule et pourtant d'une douceur -polies par le sable- contrastant avec la sécheresse de leurs cheveux. Pareillement à chercher Sirène sous l'ombre des flots on frôle une mort imaginaire, jouissive; Sirène, elle, était plus qu'un ersatz de la Dame, tout d'abord parce que multiple. De grande taille cependant: assez pour dilacérer les jeunes épidermes -quels fanons, quels crocs ! D'aucuns, méprisables terre-à-terre, l'auraient présentée comme une jolie orque mythique. Que savaient-ils de la Maîtresse ? Cependant, on ne la cherchait pas la nuit. La lune ronde et pleine comme un jour avec cratères brillait, le mouvement s'arrêtait peu -principe d'inertie- mais non. La nuit, l'onde n'est pas violine et les gosses qui chimèrent ont moins de chances de retour. La nuit aline est une touffeur, et pleine de vides qui comblent les présences; aussi l'éclat désormais passé des cierges ne troubla pas Amjad qui, encore irrité par la force du souvenir, protégeait intérieurement ses yeux du soir irradiant. En contrepoint du firmament, Nokomis sinuait, lune mercurielle.

Toujours des brisants amoureuse, traîtresse,

Bien sûr, il s'était relevé au mot 'semble', avait bloqué la première attaque, plus ou moins -et plus que moins- évité la seconde. Avait ratiociné mentalement: Maya, jeune noble en robe, dessinatrice n'utilisant pas l'Imagination, attaquante précipitée, presque plus qu'imprévue. Par les Ts'Liches, existait-il seulement un sens à ce comportement déviant ? Si elle n'avait songé à l'éliminer que dans l'intervalle de ces cinq dernières minutes, que l'habit en témoigne, pourquoi ne pas avoir commencé par endormir sa méfiance ? Elle savait que leurs relations se faisaient tendues, qu'il viendrait en se défiant d'elle malgré son statut d'égérie éclipsiste callipyge. Et ces bougies qui.. Bien sûr, il avait tenté de saisir ses propres lames, fait un peu tard l'expérience de la rigidité vargelite, hésité à pénétrer les Spires (par peur des traces qui pourraient en résulter et parce qu'elle paraissait les oublier). Il n'avait pas voulu lui rendre poliment la mort qu'elle lui présentait sur un plateau d'acier, l'immobiliser -quitte à entamer cette noble chair- eut été parfait, elle avait manifestement nombre de choses à évacuer. Le poignet presque osseux sous l'action des muscles qu'il entravait avait remué son arme comme un reptile frileux, contact plus brûlant que l'estafilade nouvelle. Elle s'était dégagée, avec cette violence insidieuse qui ne transparaissait jusqu'alors qu'en ses paroles et avait redoublé ses abordages; s'il avait pu apercevoir ses yeux fichés sous la sarabande blanche, qu'ils entérinent le fol éclat qu'il leur supposait.. Bien sûr, l'impulsion à la faveur d'une épaule courbée s'était voulue recul, et lui offrit effectivement l'instant propice dit 'de l'apparition des trucs qui coupent'. Précipitamment, elle avait murmuré quelque chose.

Redevenu l'être équanime que ces foutues îles avaient bien tenté d'oblitérer, Amjad contempla en silence le noir sanglant se diluer aux croisements des boucles lune. Etendue sur le flanc, Myra jouait l'abstruse. Le léger cri soufflé comme une flamme venait de heurter la table en même temps que la tête; au coin du meuble, un imperceptible liquide poisseux. La véhémence de la rencontre se traduisait par quelques points foncés entre l'arme et le corps, un peu projeté puis grossièrement affalé, d'un coup ferme, théâtral. Si la main droite serrait encore obstinément la seconde dague, la première était désormais fichée dans le panneau de l'armoire-aux-lueurs. La robe, mal réajustée, dévoilait une cheville sporadique. Bientôt, le mouvement saccadé gagna le corps entier, les pupilles se révulsèrent; lorsque le tempo décrût, les dents de l'éclipsiste se mirent à claquer.
La probe Maya ne jouait plus: son sang sur le sol avait valeur d'aveu.

Qu'avait-elle cru avec tant de présomption, dérisoire et dernière défense ? Ni le menu fretin de l'Académie ni les résistances n'intéressaient le mentaï. S'il avait tenu à arrêter Til'Lleldoryn, il se serait accompagné de deux éminents collègues le jour où il avait envoyé Slynn dans ses geôles. Présenter ces piètres ambitions lui servait tout au plus de seconde couverture, auprès de ses subordonnés qui ainsi contestaient peu sa légitimité, auprès de Nokomis qui n'avait jamais paru envisager qu'il put poursuivre d'autres buts que ceux du Chaos. Plutôt ironique venant d'une telle vipère.. Il ne s'étaient jamais compris, certes. Quel dommage. Le contrat de dupes eut sans doute été plus fructueux. Finir en lettres tremblotantes et rouges, sur le parquet sordide d'un bastion.. L'homme effleura pensivement sa coupure -fixant successivement la porte fermée, le corps tressautant. Il n'était pas censé mourir cet après-midi, le piège eut été mieux préparé -voire préparé. Qu'avait-il dit ? Iléa Ril'Monrienval. Une bravade de folle, perpétuée par cette improvisation mortifère. Impossible. Alors quoi ? Il avait fini par trouver la coupable, en était demeuré sceptique mais n'avait pas pris le temps de chercher plus loin, une énième erreur. Et bien, trouver le lien logique entre cette misérable mentaï et la figure de proue éclipsiste serait sa prochaine étape. Si quelque chose clochait vraiment dans l'histoire, il le saurait. Ce devait en tout cas être suffisamment primordial pour que la jeune femme risque physiquement sa vie; ou bien bravade de folle.

Il s'agissait maintenant de réfléchir vite et bien, malgré la chaleur qui continuait à encenser furieusement, diffuse. Le midi aline, vraiment ? Examinant celle des lames qui décorait l'armoire, Amjad détecta bientôt tout contre le fil ce qu'il craignait. Si, fort originalement pour un potentiel assassin, il pratiquait la mithridatisation, il n'avait que trop conscience des limites de cette méthode, particulièrement face aux poisons les plus efficaces qu'il soupçonnait sa 'collègue' d'utiliser. La fouille rapide de l'inconsciente révéla quelques autres armes mais rien qui ressemblât à un antidote -Nokomis maîtrisait ses propres fourberies. Il se contenta donc d'ingurgiter le contenu d'une fiole minuscule dissimulée par précaution dans l'un de ses propres étuis, mélange d'herbes offrant un sursis assez général à ces sortes d'attaques; le temps lui manquait d'autant plus. Personne n'avait dû entendre le combat, sons étouffés par la porte solide. Maya respirait toujours. Glissant l'ensemble des armes de la moribonde dans un recoin de son armure, le brun enfila le casque sombre -qu'il avait en arrivant porté sous le bras- dans le but louable de dissimuler l'écorchure désormais violette et boursouflée. Un dernier regard méfiant vers les mains volages, les pupilles aveugles puis il la souleva, difficilement - le poids de la vargelite conjugué à celui du corps immobile- d'abord, prenant bien garde de tacher ses gants. Simuler et même effectuer une marche pesante, brusquée était de ce fait plus aisé. Le mal de tête assourdi n'aidant pas, il ignorait s'il voulait ou non la mort de la dessinatrice -quoique la transporter ainsi n'arrangeait sans doute pas son état. Tout dépendrait de la rêveuse encore insoucieuse. Il atteignit la porte de l'infirmerie alors que son fardeau glissait, repris d'un spasme de mauvais augure; le panneau s'espaça sans douceur.

La pièce simple et propre avait quelque chose d'intime et de rassurant, sans doute à cause de sa petitesse: le plancher patiné par les ans, les rideaux mités renforçaient cette impression de chez-soi. Ici, rien de grave ne pouvait arriver; des gloussements émanaient de la fenêtre entrouverte. Le mobilier très épuré se composait principalement de bureau, chaise et lit. L'entrée précipitée attira nécessairement l'attention de l'infirmière; le visage qui s'offrit à lui alarma Amjad par sa jeunesse, qu'il avait sous-estimée. Mais après tout, pourquoi ne pas considérer cela comme un avantage impromptu ? Sans s'embarrasser d'arguties et fidèle à son rôle de légionnaire taciturne, le mentaï déposa brutalement la blessée sur le sol, lui soutenant maladroitement la tête. Sitôt qu'il eut retiré sa main,le crâne perforé continua son paisible écoulement. Les lames du parquet ne tardèrent pas à en être obscurcies. L'homme arracha vivement l'adolescente de sa chaise et s'agenouilla en même temps qu'elle au côté de Nokomis. Sans lui lâcher l'épaule qu'il pressa, douloureusement, faisant mine de ne pas sentir sa force, il la brusqua:

- Dame, dépêchez-vous ! J'l'ai trouvée dans sa salle de cours, bavant dans son sang, contre une table, elle a dû s'empêtrer dans sa.. robe. Vous êtes rêveuse,pas vrai ? C'est le professeur de dessin ? Mais qu'attendez-vous, elle va y passer ! Vous devez savoir que ce genre de lésion ne pardonne pas ! Vite !

La gamine était jolie. Ses yeux virides n'avaient rien de commun avec ceux de la moribonde mais, curieusement, les boucles fauves rappelaient le rubigineux macabre des anciennement blanches. Elle avait tout d'une petite fille qu'on vient d'arracher au sommeil; il crut capter un regard abandonnique juste avant qu'il ne la lâche pour la bousculer vers sa patiente, mimant une nervosité qu'il ressentait partiellement -oh, rien que pour son cadeau littéralement empoisonné.. En surveillant les menottes rapidement à l'œuvre et le rictus entrecoupé de mèches vierge-amarante, il décida que finalement Maya avait une faible chance de survie. La plaie profonde, l'apprentie rêveuse, les circonstances.. Oui, une petite chance.

Allons, éclipsiste; on joue au Bien, au Mal, au jeu de la folie comme à pile ou face, n'est-ce pas ?


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MessageSujet: Re: Le Jeu de la Folie [Terminé]   Jeu 22 Juil 2010 - 15:39

    [Voilà, voilà =)]

    Il s'était passé tant de chose depuis son arrivée à la Confrérie. Elle avait tant appris. Tant avancé sur sa voie. Elle ne se reconnaissait plus. Elle, la petite rouquine combattante qui passait son temps à désarmer ses adversaires. Elle qui aurait dû continuer sur cette voie. C'était une rêveuse désormais. Elle n'avait plus à se battre. Elle soignait. Guérissait. Dans la mesure du possible, de ses compétences. Elle se souvenait du premier et seul cours théorique qu'elle avait eu avec Mael. Et Angelika. Cette dernière n'avait pas fait long feu d'ailleurs. Elle semblait pourtant amicale. Cette jeune fille aurait sans doute apporté une touche de gaieté à la Confrérie. Mais peu importait le passé. Ce n'était que souvenirs. Amarylis avait raison. Mieux valait ne pas s'y perdre trop souvent.

    Elisha était à nouveau sortie de la Confrérie. L'autre fois elle avait rencontré sa cousine sans même être allé à l'intérieur de l'Académie. Cette fois-ci elle la croiserait peut-être. Mais pas au lac. Et Elisha ne pourrait guère s'attarder. Elle avait décidé de se rendre utile à l'infirmerie de l'Académie. Cette fois-ci elle n'attendrait pas que les blessés pleuvent à la Confrérie pour rêver. Elle se savait fragile. Elle savait que si un mourant se présentait à l'infirmerie elle allait sans doute s'évanouir au cours du rêve. Elle espérait que ce ne soit pas le cas. Les combats terminés les blessures devraient être désormais minimes.

    Elle trouva finalement l'infirmerie, non sans mal. Jùn lui avait expliqué son emplacement mais ces explications étaient loin d'être claires. Surtout sachant que la rouquine ne connaissait absolument pas l’Académie. Elle ne croisa pas Enelyë. A vrai dire elle ne croisa que très peu de monde. Et ceux qui la virent s'étonnèrent sans doute de son manque d'uniforme. Peut-être pensait-il, vu son jeune âge, qu'elle était nouvelle. C'était probable et cela expliquait pourquoi elle n'avait pas été questionnée.

    Elle se présenta rapidement et on l'accueillie gentiment. Malgré l'absence de grand blessé le travail ne manquait pas, au contraire du personnel. Elle soigna quelques blessures sans gravitées et se rendit alors compte qu'elle s'était trompée. Autant de petites blessures ne prenaient guères d'énergie, autant la multiplication des rêves et le fait qu'elle n'y était pas habituée changeait la donne. Elle rentrerait sans doute épuisée à la Confrérie. Mais elle semblait réellement utile. Et elle n’allait certainement pas fausser ainsi compagnie à l’infirmerie, tant qu’il y avait des blessés, elle restait. Elle avait eu raison sur un point, les blessures étaient minimes.

    Du moins, au début. Un homme débarqua soudainement dans l’infirmerie. Prenant une minute de repos la rêveuse était assise sur une chaise lorsqu’il arriva. Elle n’eut pas le temps de se lever que déjà l’homme, brutal, l’en arrachait. Suivant son geste elle s’agenouilla aux côté de la blessée - déposée à même le sol et pas de façon très douce. L’homme lui faisait mal, si ça continuait elle allait perdre de sa force et ne pourrait pas soigner la blessée. Il ne la lâcha pas, il semblait ne pas sentir sa force. Au contraire il parla à toute vitesse, avançant une excuse, expliquant comment il l’avait trouvé. Avançant une excuse. Elisha ne le croyait qu’à moitié, et pour le moment se fichait de savoir comment cela était arrivé. Elle se devait juste de la soigner. En temps que rêveuse.

    Il la lâcha enfin, lui permettant ainsi de retrouver de l’air pour respirer et mieux rêver. Elle examina rapidement et soigneusement le professeur de dessin - selon les mots de l’homme brutal, qui, étrangement lui faisait penser à son père - puis, se sachant surveillée de près elle commença à rêver, prenant juste le temps de bander la tête du professeur, en rajoutant quelques herbes censées arrêter l’hémorragie. Rêver. Aux deux sens du terme, elle tentait de soigner sa patiente et n’ignorait pas que cela allait être bien plus difficile qu’habituellement. Elle était déjà bien fatiguée. Lui restait-il assez de force pour empêcher sa patiente de mourir ? Cela, elle l’ignorait, et l’espérait. Elle rêvait...

    La vie s’échappait de son corps, inexorablement. Comme à chaque fois. Elle donnait de sa force aux autres. Mais cette fois, cela ne suffisait pas. Ce qui lui restait de force suffirait-il à la dame ? La vie s’écoulait du corps d’Elisha, mais ne voulait pas rester dans le corps du professeur. Malgré les herbes, malgré le bandage. La blessure ne se refermait qu’à peine. La rêveuse tentait dans le même temps de repousser le doute qui s’emparait d’elle. Elle savait que, celui-ci, ne la ferait pas avancer. Et là, elle avait besoin d’avancer. Leurs vies s’envolaient peu à peu, leurs forces également. La rouquine se sentait partir en même temps que la femme. Elle se devait pourtant de la soigner. Jusqu’à l’épuisement total. En soignant Locktar elle avait failli mourir. La scène se répétait en ce jour. Sauf que, depuis, elle avait avancé. Et là, elle se devait d’avancer.

    Le néant s’approchait d’elle, inexorablement. Elle ne pouvait rien faire pour le repousser. Seulement espérer. Espérer... Elle s’évanouit.



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MessageSujet: Re: Le Jeu de la Folie [Terminé]   Mar 24 Aoû 2010 - 3:20

La fille rêvait en sourdine, délivrant toute l'énergie dont son corps neuf était capable en une remarquable abnégation. Et l'éclipsiste mourait. Peut-être un manque de vélocité, ce sang dont l'aigreur avait rongé les neurones jusqu'à l'arrêt ? Mais promenons-nous parmi les images: les grandiloquents eussent dit que la force de l'innocence achevait le stupre corrompu, dans cette transfusion qui devait sauver une vie, laquelle ne le méritait certainement pas; auquel cas cette tragédie sonnait comme un glas, et une existence possiblement rédimée. Les cyniques auraient trouvé la scène plaisante sans qu'on puisse vraiment leur donner tort -une agonisante écorchée par son infirmière, après s'être abîmée de si triste façon, quel ridicule ! Là intervenait aussi le dégoût des élégants et autres romantiques. Mais jamais la noble ne verrait une telle foule suivant le drapé de son suaire, et si officiel et luxe seraient de mise à sa mise en terre, ses semblables commenteraient ailleurs -comme Iléa. Si nul ne l'avait déplacée pendant un certain temps, si elle avait reçu des soins sans dodeliner hors de son ombre marmoréenne là-bas, dans la salle de Dessin, si ses fissures n'étaient pas troublées, ici, par l'intruse encore maladroite.. Serait-elle restée, légumineuse, végétative ? Nonobstant les désagréments suscités, il était certain que ses chances eussent été doublées. Maintenant, la rêveuse distillait le flot de sa propre vie et ce torrent de violence après les limbes, pendant les limbes avait le pouvoir de la crue. Elle répandait dans l'anfractuosité du crâne une secousse invisible et noyait la comateuse. L'homme retira son casque pour offrir un courant d'air à sa tête lancinante, écouter le silence -faussé, bien sûr, par le claquement des oiselets- qui tout en lumière printanière ruisselait par la fenêtre, sur le dos un peu martyr. Docilement, l'enfant avait tué la femme.

Voilà qui tombait bien. Amjad en était arrivé à ce genre de conclusion, à souhaiter ce dénouement qu'il n'aurait pas eu le temps de précipiter. Bien qu'y ayant contribué. Oui, l'Eclipse pouvait -pouvait seulement- lui offrir encore quelque utilité. Pas l'exubérante, l'indisciplinée Maya. Comment brider ou croiser le fer avec l'orgueil nobiliaire, antédiluvien, névrosé ? La guilde serait anomisée. Aurait-il le loisir de tenter un rapprochement ? Savoir qui serait l'astre occulte, cette fois ? Iléa Ril'Monrienval. Et ce nom, par la Dame. A se focaliser ainsi sur le problème, il en devenait presque certain d'avoir lu ces syllabes arrogantes, sous le cuir d'un registre, un peu plus longtemps auparavant. Un ou une héritière ici même ? La lignée de cette mentaï impudente qu'avait été Iléa découlait sa désossification dans l'air ou le terreau depuis quelques années. Voyons voir. Un survivant ? Un bâtard, une usurpatrice ? Avec ou contre Nokomis, qui, désormais.
Il clôt fermement la porte alors que sous son armure de vargelite, la sueur sinuait. Le heaume l'encombrait; moins cependant que la boursouflure semblant ne réclamer qu'air libre sur air libre, pour cesser de brûler. Quelle étrangeté que ce don du Rêve. Parfait profane en la matière, l'aline ne sentait de cet ésotérisme que les arabesques, et les sinuosités tentaculaires qui se déroulaient, à la fois plus subtiles et lentes que l'art aristocratique, le Dessin. Il tentait d'imaginer, presque physiquement parlant, la présence sous les nerfs et cette douce emprise pourtant totale comparée à celle des Sentinelles. Laissait-on un talent si délicat à, comment dire.. Sa pensée s'embrouillait au rythme de la douleur.


Ultime esquisse: deux mortes presque entrelacées. Le cadavre blanchi de l'une sous le corps comme de sommeil. Effectivement, la jeune fille avait balancé son inconscience en travers de sa patiente, hâtant sans doute encore cette mort si prompte. Tous ses membres et son attitude exprimaient l'apaisement alors que son pauvre petit visage présentait plus de pâleur que l'éternelle assoupie -quel gaspillage de vie. Cette impression de désolation était accentuée, paraissait-il, par l'embrasement de ses cheveux sur la flaccidité de la peau éclipsiste. Entre ses mains, le sang se mêlait toujours. Le crâne en contenait assez pour marquer durablement ce plancher: jusqu'au bout Nil'Shaya ne supporterait pas l'aveu de son insignifiance. L'une de ses jambes outrepassait grotesquement la limite du tissu. En revanche, ses traits conventionnellement fichés en masque mortuaire avaient réinvesti, dans la pourpre et le fer, sa majesté première. Pour que même sa folie n'entre pas dans l'au-delà par le monde des survivants. Il contempla les mèches blanche-carmine striant son sourire de noyée, cette crispation musculaire un peu affreuse, visage promis à la putrescence précoce. Ou cette main à la manucure convenue. -Sous le regard d'adieu, au bout d'un suaire en berne, sans doute.- Qu'il est facile à remporter, le jeu de la folie !

Le mentaï dénicha rapidement dans les tiroirs ou sur le meuble une tasse ébréchée, une carafe d'eau; il mêla au liquide un peu de sucre puis, trop conscient du tiraillement dans ses veines et de son imprudence, se pencha plus doucement sur la fille qu'il commença par éloigner de la macchabée. Véritable macchabée, donc. Il se savait désormais trop pressé pour tirer profit de l'acte involontaire de la rêveuse ou la manipuler dans l'immédiat, comme pour élaborer un moyen subtil de garder contact avec les sommités de l'Eclipse. Pour l'heure, laisser une piste suffirait, on le retrouverait bien. Il glissa une mèche brune sur l'entaille, comme dans le hasard de l'affolement, du ça-n'a-rien-à-voir-avec-le-protocole. Appela et, suite au léger mouvement des cils, introduisit le rebord du récipient de manière à ce que le liquide se déversât sans étouffer. Sitôt que la gamine parut retrouver l'usage de sa malheureuse raison, il accentua la brusquerie de ses manières sans toutefois se réfugier dans l'urgence première. N'était-il pas soldat ?

- Vous allez mieux ? Vous m'entendez ? Puis, comme son cou faible glissait peut-être par hasard vers la noble érigée, Vous l'avez tuée.

Il la laissa se redresser et se leva, rigide, coiffant son casque comme un légionnaire noir après mission. Il importait de la laisser seule dans sa tragique, regrettable faiblesse -pourtant bien normale: qui avait idée de placer de telles responsabilités sur ces frêles épaules ? 'On' n'attendait pas de morts aujourd'hui.

- J'devrais en référer à mes supérieurs, aux dirigeants de l'Académie. Je suppose qu'ils ne commettront plus l'erreur de laisser des personnes sans grande expérience s'occuper de tels cas. Pauvre femme. Une noble, non ? Méfiez-vous de la famille.

Quelqu'un en référerait, pour sûr, après les dispositions nécessaires. Il salua d'un regard froid de guerrier méprisant l'impuissance, et la 'magie' inaccessible de ces prestidigitateurs pris en faute, prouvant par là même leur vacuité. Fuyant de ce pas lourd, il mit à profit les Spires pour faire résonner dans la tête de la rouquine esseulée le son "Assassin". Oh, elle s'en souviendrait, de ce meurtre. Parvenu à une certaine distance de l'infirmerie, il concentra furtivité et pouvoir en un pas sur le côté, tardif, salvateur. Sur les restes de Maya et sa caresse d'adieu. Il était temps.

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MessageSujet: Re: Le Jeu de la Folie [Terminé]   Dim 19 Sep 2010 - 21:04

A lire sur Le Jeu de la Folie - Thiéfaine
Le Jeu de l'Agonie

Cimetière des trahisons, cimetière d'alliances déçues
Mon âme funérailleuse me défibre la tête
Il est fini le temps des éclipses imprévues
Et le temps des visites aux tueurs de fillettes

Voici le masque noir du Mentaï étonné
Qui me déchire le crâne sur ma paranoïa
Ou une aristocrate prétentieuse a gravé
Comme une piètre génitrice le nom de Ciléa

Le jeu de l'autarcie est un défi obscène
Qui se pratique souvent au bord des illusions
Ou dans les yeux des filles égarées sur la scène
Des montagnes obscures aux formes de dragon

Ne m'attends pas ce soir, car la fin sera noire
Et blanche illuminée de bougies Dessinées
Nokomis a perdu son âge et sa mémoire
Sous le regard d'Amjad au bout d'un escalier

Je rêve de transparences et d'imprudences mystiques
Le long de la misère qui jouxte l'inconscient
En traînant mon cadavre, mon esprit hystérique
Et ma moiteur cruelle sur mes nerfs impatients

La faux de la camarde est une arme ravie
Qui s'aiguise souvent contre les artifices
Ou sur les êtres blêmes au bout des jours sans vie
Des synapses obscures aux douteux sacrifices

Maya est morte hier à 11 heures du matin
Ruminant de délirantes visées mortifères
Fatiguée d'une intrigue qui la rongeait sans fin
Et de l'hargneuse horreur des pensées meurtrières

Moi je pars pour l'Enfer sur un vaisseau brisé
Qui déchire le temps perdu des Tisiphones
Et rejoins les pantins d'une époque oubliée
Dans le flux des royaumes troublés de Perséphone

Le jeu de la folie est l'achèvement d'un règne
Qui se pratique souvent sous des prénoms factices
Ou sous les cheveux blancs qui lentement s'imprègnent
De ruissellements obscurs aux foireux maléfices

[Amjad, Maya et Ciléa]



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Le Jeu de la Folie [Terminé]
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