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 Qu'il vienne, le temps dont on s'éprenne [Terminé]

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Marchombre
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MessageSujet: Qu'il vienne, le temps dont on s'éprenne [Terminé]   Sam 12 Sep 2009 - 17:30

Au départ, il eût pu s'agir d'une joie. Quelque chose de neuf, enfin: de l'éclat. L'ombre partout, tissant ses silences des murmures d'aubes et lendemains avortés, l'adrénaline, alors même que le souffle s'apaisait. L'attaque.

Il y avait eu ce plaisir sale -l'anticipation, si l'on voulait agir en bon orateur, faire preuve de scientisme ou de précision- d'attendre, la nuit, le ronfflement discret de certain, les rondes somnambules d'autres, les draps qui se froissent de rêves et cauchemar; ne pas y céder. Il fallait fuir, crânement, comme on lui avait ordonné. Au cas où ça fonctionnerait. Au cas où ça raterait.

Il y avait eu les doutes qu'elle avait cru voir planer, dans les regards, dans les sourires, dans les cours. Bien sûr, elle se savait malhabile, encore, dans l'art de dissimuler parfaitement les doubles sens, les piques, les secrets; elle apprenait vite, espérait même être surprenante, mais ce n'était jamais assez. Ambre n'avait jamais connu d'autres tortures que celles qu'elle s'était moralement imposé, et sans se l'avouer, redoutait de voir son orgueil s'effeuiller sous la douleur- perdre la dernière chose qui pouvait la distinguer.
Mais bien heureusement, le monde était aveugle, elle était apte à se faire oublier de celui-ci ; Tifen exceptée, mais la montagne des marchombres avait été promise à sa soeur, qui ne se dérobait jamais. Ainsi le voulait la Dame; Tifen échapperait elle aussi à la bataille.

Et ce soir là, après l'attente, la peur qui vrillait les tempes, la sensation d'engourdissement, le vol d'objets de valeur sans importance. Elle avait réussi, s'en était vanté d'un sourire, puis, à l'opposé de l'armée qui avançait, la jeune fille s'était élancée, ne s'arrêtant qu'au pied des Montagnes, où elle avait scellé son destin...

Passant par les chemins, elle avait pris de la hauteur, et attendu. Il y avait eu les cris bestiaux -  de ceux qui lui hérissaient la chair, par souvenir de convoi, de blessures, d'Itinérante- et ceux de ses
congénères pour déchirer les nuées, mais elle doutait de leur réalité, trop crue, et romanesque, surtout. Un humain pouvait-il réellement se faire entendre sur une distance aussi longue? Ou était-ce ce qui lui restait de conscience droite, qui lui hurlait sous la pile de baillons mentaux, son immobilisme, lâcheté pas même digne de ces satanés dessinateurs?

Il eut pu s'agir de colère, à l'idée de passer encore une fois en second plan, à ne pouvoir elle-même tenter d'enfoncer sa dague dans le cou de ce satané Maître d'Arme, ou de ceux qui ne la distinguaient pas, ou d'autres; mais non.
Elle avait agi comme il l'avait ordonné, se fiant à ses instincts et souvenir de la vie nomade; tâcher de rejoindre un point qui serait potentiellement visible des fuyards, ou qui au moins les rendrait visibles. S'y poser, et pour évacuer l'attente, pratiquer la relaxation des marchombres, la gestuelle, au besoin, le plus silencieusement du monde. Il ne la contacterait pas, trop de risques pour peu de potentiel.


La nuit glaçait ses pores, malgré les mouvements fluides et réguliers qu'elle s'imposait. Son esprit vagabondait avec le vent, sur l'enfance de ceux qui se battaient - ou échappaient au coups, de par leur quête personnelle. Et sous ses paupières dansaient les flammes du feu de Son camp, traçant sur les lames les spectres de filets de sang; ou maculant les femmes de ces parures absentes et vulgaires, qui faisaient ressortir leur teint cireux. Le froid n'existait pas. Pas plus que pour les enfants qui s'élevaient seuls, blottis parmi les animaux, ou dans les lambeaux de leur vie passée. Elle secoua la tête, brutalement, se passa une main sur le visage. Son regard s'échappa, elle humait les parfums que le vent lui rabattait au visage, cherchant le sang. Il lui fallait agir bientôt, sans sourciller, peaufiner son déguisement. Mais pas encore, les créatures qui rodaient à l'entour désiraient toutes une proie.

Elle cru entendre des craquements, lointains, son pouls s'accéléra brutalement. La lame de son poignard entailla son bras gauche, ses ongles griffèrent la paume droite à l'entour de l'oeil. Elle étouffa un gémissement, griffa son bras droit, moins superficiellement. La morsure du sang succèderait à celle du givre. Elle abîma d'avantage sa tenue de nuit, déjà salie par la course qu'elle s'était imposée, puis attendit.

Il eut pu s'agir de joie, mais non. Sans se voiler la face, Ambre pouvait désormais affirmer que sa mission était un échec, elle n'avait même pas aperçu le groupe de fuyards -s'il en était un. L'ermite pouvait avoir rejoint depuis des heures le monde des brumes. Et elle ne pouvait qu'attendre. Le froid avait amoindri ses réflexes, et la rosée collait dans ses cheveux par mèches, figurant le sang. Par soucis du détail, ou autre, elle avait également blessé sa tempe, assez pour faire ruisseler le sang, pas assez pour s'évanouir. Elle pourrait aussi bien mourir, rencontrer une horde de raïs, un attroupement de blessés, vainqueurs ou vaincus. La raison voulait qu'elle prenne ses maux en patience, et résiste à l'envie de faire un feu, qui signalerait à coup sûr sa position, mais signerait un acte aussi ridicule qu'impossible à expliquer (le Maître ne la reconnaîtrait certainement pas comme élève si jamais un soldat du chaos menaçait de l'exécuter, et un foyer de résistance ne lui pardonnerait pas de signaler sa position). L'ombre des monts l'empêchait d'évaluer le temps, qu'elle jugeait de plus en plus long.

Elle n'avait qu'à attendre que quelqu'un vienne,
en conservant cette expression naturelle de la personne traquée,et choisisse pour elle ce qui serait son camp. Un moment s'écoula sans qu'elle puisse en définir la durée, et un bruit discret se fit entendre, quelque part sur sa gauche. Elle tourna la tête, cherchant des yeux l'intrus, alors...

Rencontra le vide, et l'âpre trouille dans sa propre respiration.

Elle escalada un arbre à l'écorce grossière, et ferma les yeux, lassées. Son sommeil était bref, saccadé de réveils anxieux, en rien réparateur-le froid lui faisait redouter une mort lâche et transie.
Par éffort de pure volonté, elle se redressa, décida de partir à la recherche de quoique ce soit pour se nourrir, s'obligea au mouvement. Toujours sans aucune notion du temps, elle fit trop de tentatives infructueuses pour pouvoir toutes les compter, vit tout espoir de discrétion anéanti par des gargouillis étrange, souffrit. Apprit ce qu'on ne peut apprendre que seul, en songeant à Tifen avec désespoir, à ce qui l'attendait à l'Académie. Les plaies qu'elle s'était fait devaient s'être infectées, se rouvraient régulièrement. Ambre redoutait la mort autant que l'instinct des bêtes sauvages, mais entêtée, se refusait à retourner vers le bâtiment capturé.

Et si le léger froissement qu'elle venait d'entendre n'était pas pur fruit de son espérance, il pouvait s'agir d'un prédateur à fourrure, elle finirait crevée. Ironie, elle était sûre que c'était l'ermite qui la dévorerait, un jour.



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Marchombre
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MessageSujet: Re: Qu'il vienne, le temps dont on s'éprenne [Terminé]   Mar 1 Déc 2009 - 17:40

Une chaire de poule enivrante fit crisser sa peau, alors que son échine se soulevait et qu'en une saccade ses mains trouvèrent le chemin de ses poches, contre son ventre. Les montagnes, granitiques, austères et si belles semblaient se soulever d'elles même sous les bourrasques de givre, et le ciel épuré laissait filé son indigo pour en draper les alentours dans un étau joyeusement possessif. Il y avait une atmosphère étrange, acide et douce, une pierre brute et aiguisée, exposée dans un écrin de velours, les douces patte du chaton qui renfermaient de nombreuses griffes affutées. C'était une atmosphère qu'Anaïel aimait entre toute. Les paradoxes qui s'entortillaient dans chaque recoin, le ciel pur et marine, les nuages contre les cimes, les arbres puissants qui ployaient sous le vent, en contrebas, et la chaleur qui palpitait dans sa poitrine, de plus en plus puissante, déliée, à mesure que son regard flamboyant se gorgeait de l'univers à ses pieds, et ces paradoxes n'étaient que le reflet de ceux agitant l'esprit d'Anaïel alors que, adossée à une paroi granitique, elle cherchait une sérénité que personne ne pourrait lui procurer, personne de vivant du moins. La nature était un cadeau, une harmonie en elle-même qui lui convenait de protéger, et malgré les douleurs que cela occasionnait en son cœur, elle l'aimait et ne se sentait sereine qu'en compagnie des arbres, de la roche, du vent et du ciel, en cela elle aimait l'allure qui se ciselait sous ses yeux en cet instant. Prisonnière de sa situation, quelques jours auparavant, c'était ses propres chaines qu'elle avait du briser, des chaines qu'elle avait elle même forgé, rivé, entortillé autour de sa conscience et de ses rêves. Mais tout ça était fini, maintenant. Elle acceptait, jouissait plus puissamment que jamais de son statut privilégier afin de s'harmoniser avec le monde qui l'entourait.

Cela faisait bientôt une semaine qu'elle ne s'était plus laissée allé à se servir de sa greffe. Ses omoplates en sycophantes de ce besoin se mirent à la tirailler, à brûler sous son épiderme alors que ses mains se mirent également à la démanger. Comme toujours. Une envie intense irradia de ses prunelles enflammées, et se restreindre lui fut plus dur encore que d'habitude, non pas qu'elle ne veuille céder à ses pulsions, elle faisait ce qu'elle voulait quand elle voulait, mais une ombre de craquement avait retentit en contrebas, glaçant ses sens en une parodie de gangue de glace. La moindre présence vivante et humaine alors qu'elle se croyait seule, la surprenant, prenait à chaque fois des proportions qu'elle essayait au maximum d'atténuer. Son entrainement continuait, alors qu'elle se forçait sans cesse à accepter la condition de ceux qui lui ressemblaient. Ou pas. Un écharpe de tension vint se nicher au creux de ses clavicules, néanmoins, alors que la curiosité et la peur se tissaient une chape entortillée autour de ses membres, lui collant à la peau plus surement qu'une horde de sangsue. Une respiration, un souffle dans l'air glacé, et des dents qui s'entrechoquèrent. Mais les sons étaient vraiment trop vivaces, trop lointain pour qu'elle n'en perçoive qu'une position approximative, le vent les lui avait apporté au hasard, jouant sur les arpèges qu'il transportait. Après quelques minutes d'intense écoute et ne trouvant plus rien, la marchombre descendit de son perchoir sans un bruit, plus silencieuse qu'un courant d'obscurité, puis se faufila tel un fauve dans l'entrelacs viride et mouvant des arbres ceinturant la base des rocher.

Une faim tenace s'était emparée de son estomac, sa recherche de sérénité serait pour plus tard, une fois qu'elle serait rassasiée. Elle ferma les yeux et écouta la forêt, rapidement. Les animaux lui apparaissaient flou, mais leur présence était indiscutable, les sons qu'ils propageaient bien loin d'être discrets. Elle se posta contre un arbre, un buisson recouvrant partiellement son corps, et elle attendit. Peu longtemps. Un bébé prédateur se découvrait le monde, les pattes peu assurées et les yeux fixés sur les insectes qui frétillaient à ses pieds. Anaïel ne bougea pas, c'était faire preuve que d'une redoutable inconscience de s'en prendre à un jeune prédateur lorsque la mère pouvait surgir à tout moment. Elle n'avait pas localisé la tanière, mais elle ne devait pas être bien loin au vue de l'âge encore très tendre du bébé. Une brindille craqua. Horrifiée, elle se rendit compte que s'en était une sous son pieds gauche qui avait attendu cet instant critique pour se briser. Le félin tourna vivement la tête, émis un cris rauque mais stridulé et s'enfuit en galopant maladroitement. Dans un sursaut, la jeune femme se redressa et fit de même dans la direction inverse. Elle se faufilait agillement entre les taillis, évitant les arbres et les ronciers, jouant avec les branches et le tapis de jeunes pousses. Puis elle s'arrêta au bout de quelques dizaines de minutes, au pied d'une autre paroi granitique. Mais elle avait toujours faim. Avec un léger soupir elle ferma derechef les yeux, cherchant cette fois s'il n'y avait pas de danger potentiels, ce qu'elle avait négligé précédemment, et, n'en trouvant aucun cette fois la non plus, elle s'élança de nouveau à travers les végétaux. Vivement elle sortit sa fronde, ramassa une pierre ronde et lourde, la plaça dans l'encoche prévue à cet effet, et attendis, les sens aux aguets. Un petit mammifère apparu. Ni une ni deux, elle fit tournoyer sa lanière en cuir et décocha le projectile à une vitesse telle que l'animal ne pu l'éviter. Il s'affala, raide, un filet de sang coulant de son crane. La jeune femme sortit de sa cachette et ramassa sa proie avant de la vider d'une partie de son sang, dont elle s'abreuva, afin qu'il ne tache pas trop sa besace. Avant également qu'un feulement rauque et puissant ne vibre à quelques dizaines de mètres d'elle et que le craquement des branches ne suggère la course de quelque chose de rapide et très dangereux.

Anaïel virevolta en un éclair et détala, peu désireuse de chercher à savoir quel était l'animal qui la prenait en chasse. Car elle en était certaine pour en avoir plusieurs fois entendu de semblable, le cris bestiale qu'elle avait entendu était celui d'une traque. La traque du prédateur, et elle en était le gibier. Son chant marchombre n'avait qu'une seule faille. Celui de l'instinct maternel, elle l'avait remarqué voila plusieurs années. Par ses arpèges elle pouvait contrôler la plupart des animaux, la matière la comprenant et parfois lui obéissant également. Seulement, l'instinct maternel qu'avait les animaux pour leur progéniture, et spécialement pour les félins, ne pouvait quasiment pas être brisé par un chant, aussi puissant soit-il. Il n'était pas certain que ce fut la mère du félin qui lui courrait après, mais si c'était le cas et qu'elle était traquée pour s'être approchée si près du bébé, et bien elle n'avait pas envie de se retrouver au pied du mur pour le constater. Avec vélocité elle s'enfonça à travers les taillis, zigzaguant et slalomant, pouvant grâce à son formidable entrainement à garder une distance égale avec le fauve, ce que peu de personne aurait pu faire dans un bois aussi touffu. Peu à peu, elle pris de l'avance, bien que cela soit presque superflu au regard de la vitesse à laquelle ils évoluaient tout deux, le chasseur et le chassé. Enfin, quelques rochers se dessinèrent à travers le voile chartreux, et en bond elle crocheta quelques prises pour s'élever vers les hauteurs de la montagne et se mettre en sécurité. Le félin n'était pas encore arrivé, mais d'ici quelques minutes il déboulerait et chercherait à éradiquer l'être qui s'était aventuré si près de sa progéniture. La jeune femme s'autorisa un instant de repos, fermant les yeux et laissant ses sens vagabonder alors qu'elle était en sécurité mais encore essoufflée. Soudain, une autre présence s'imposa à son esprit, si évidente qu'il fallait sa rage de fuir la traque pour qu'elle ne l'eut pas remarquer plus tôt. Fouillant les arbres de son promontoire, elle repéra enfin une tache sombre, des habits noirs et un gargouillement monta jusqu'a elle. Si le fauve arrivait, qu'il ne trouve pas l'objet de sa fureur et il se détournerait sans aucun doute sur cette présence indiscutablement humain qui parcourait les sous-bois.


Elle ne réfléchis pas. Un sifflement perçant vrilla l'air, tout droit sortit de la bouche de la marchombre, et la silhouette se mouva avec vivacité bien que des saccades malheureuses se furent glissées dans ses gestes. Anaïel sauta du rocher. Elle n'utilisa sa greffe qu'une micro seconde afin de ralentir sa chute, et elle atterri sans encombre quelques 6 mètres en contrebas. Sans un arrêt sur lequel nier le fait qu'elle portait secours à un humain, elle s'élança à travers les fourrés, et se retrouva très vite face à l'inconnu. A l'inconnue plus exactement. Un instant d'hésitation s'égara entre les deux femmes, leurs yeux s'accrochant avec vivacité, indigo et mordoré, avant qu'Anaïel ne volte en lançant, l'urgence rendant sa voix rauque malgré le sifflement qui en suintait :

- Vite, suis moi.

Elle ne regarda pas si l'inconnue aux yeux violet la suivait, n'eut pas le temps de le faire, mais elle sentit sa présence s'élancer à son assaut. Et contre toute attente, elle arriva à la suivre. Marchombre ? Les feuilles bruissèrent. Un instant, elle s'arrêta, le cœur pulsant les secondes d'éternité, alors qu'un silence proprement assourdissant résonnait dans la forêt. La jeune femme derrière elle la rattrapa et s'arrêta également. Hormis leur souffle fumant, tout était immobile. Anaïel ferma les yeux. Pour les rouvrir aussitôt. Simultanément, plusieurs choses se passèrent. Elle compris qu'entre la vie et la mort il n'y avait que quelques secondes, ces mêmes secondes qui les séparaient du félin enragé caché dans les buissons. Son grognement grave et rocailleux retentit à l'instant où elle se faisait cette réflexion. Elle se remit à courir et sans transition elle entendit également l'inconnue repartirent. Le rocher était tout proche, la paroi offrant un abris sur contre les félin. Tout près. Elle reconnaissait l'affleurement. La pierre granitique face à elle parut briller lorsqu'elle se dévoila au détour du chemin. Sans stopper sa course elle s'élança sur les prises et entrepris de grimper le plus haut possible, sentant la femme faire de même alors que le fauve tout proche venait percuter le granit dans sa fureur de voir ses proies lui échapper. Il s'en était fallu de très peu. Anaïel pris appui sur le promontoire qui lui paru bien petit une fois que l'inconnue y ai prit place.

Alors leurs regards s'accrochèrent de nouveau. Et le silence se fit écrasant.



[ Bon, j'ai pris un peu de liberté vis a vis ton personnage, si il y a le moindre soucis j'édite, j'avais envie d'un peu d'action ^^ bonne lecture, j'espère que ça te plaira :/ ]


_______________
Des ailes dans le dos...




Anaïel / Miaelle Campbelle/ [i]Lev Mil' Sha

[/i]


Aucun destin n'est inéluctable.

L'arborescence des possibles nous tisse le sang aux poignets


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Marchombre
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MessageSujet: Re: Qu'il vienne, le temps dont on s'éprenne [Terminé]   Jeu 10 Déc 2009 - 0:57

[Au contraire, l'initiative est un plaisir *-* J'espère que ceci ne te décevra pas j'ai dû abréger, la faute aux partiels de littérature, et au we agité en perspective.. édition à volonté ]






Il y eut un flottement. Une hésitation discrète, peut-être, de la jeune fille à faire face
-et pourtant, cette dernière valeur qu'elle conservait de son éducation rustre n'avait jusqu'alors jamais été ébranlée. Ou était-ce à l'instance où cette femme était apparue, que l'esprit
leur avait manqué? A la seconde où l'issue était apparue, que le destin se déliait réellement pour aboutir à... la confrontation.

Si c'était elle, la mort, Ambre l'aurait volontiers défiée. Mais sa chair était sans doute trop brune, sa
peau manquait de bistre et ses grains, crissés signaient vie, sensation, ou. Peur. Depuis le début de son séjour, la disciple bâtarde expérimentait les sensations. La véritable douleur, la fin, la soif, le froid. La peur, brute, s'était profilée, aux angles d'une ombre, au détour d'une rivière, dans le lointain d'un cri et la conscience de celle-ci. Et surtout, elle apprenait la force, l'incroyable force du corps. Pour elle, qui s'était longuement crue intellectuelle, qui avait veillé au sens critique,
qui savait les fondements de la duperie comme de la biologie ou de l'Histoire, le choc était d'autant plus frappant que rien, actuellement, n'appelait à la
logique.

Il fallait courir. Pourquoi? Parce que le vent amenait une odeur de sueur, celle
de cette femme qui s'élançait devant elle. Parce que ses jambes avaient eu
le réflexe de reproduire la course effrénée, et que son coeur, comme dopé, suivait le mouvement.
Il y avait dans la nature quelque chose qui rabaissait l'humain à sa condition initiale: la bestialité furtive, la crainte. Nul besoin de s'élever.

Si Ambre avait eu, à l'instant, la moindre pensée construite autre que "cela ne peut se produire", son esprit se serait probablement évadé en théories fumeuses, raisons qui faisaient l'homme bon ou mauvais, source du bien et du mal, existence réelle des entités, allez savoir. Les branches cinglaient ses chairs bien davantage que n'importe quelle réflexion.

Son orgueil affirmé jusqu'au fond de ses muscles hurlait à chaque membre de se dépasser. Il ne s'agissait pas seulement de défi au monde extérieur; l'enjeu était interne. La jambe droite voulait
dépasser la jambe gauche, éviter davantage d'obstacle, profiter de cette racine pour s'élever et se poser plus loin - et la droite de profiter du saut pour parfaire son bond, et se poser plus loin
encore. Le sang fouettait les parois des vaisseaux comme un geôlier furieux, et ceux-ci de le repousser en tout sens, de l'étrangler presque. Le souffle, enfin, retenu bien malgré lui, semblait dicter à chaque mouvement sa force, et brûlait la bouche et le nez- l'envie de hurler.
Etrange mécanisme renforcé par le feulement voisin. Sans doute avait-ce un lien avec la théorie lue un jour dans un vieux manuel sur les énergies qui régissaient le monde: La
puissance du cri émit s'était métamorphosée en onde, qu'elle avait naturellement converti en force, et...

Arrêt.
Devait-on celui-ci à l'esprit nouvellement moutonnier, ou simplement à la capitulation du corps?
L'étrange apparition avait stoppé sa course, le temps d'un autre grognement. Quant à la jeune fille,
son instinct lui hurlait que le danger était tout proche, et l'impression d'un mouvement voisin suffit à la refaire détaller comme une vulgaire proie. Cette femme devait savoir où elles
allaient précisément, Ambre, elle n'avait qu'une vague conscience de ses propres déplacements, et devinait juste que l'ombre omniprésente signalait qu'elles étaient toutes proches du pied des montagnes.

Ce fut presque un soulagement lorsqu'elle en distingua clairement les pieds.
L'adrénaline faisant toujours effet, elle entreprit de grimper presque machinalement. Les souvenirs
de sa précédente ascension étaient relégués, quelque part avec toute forme de sentiments étrangers à la peur. En d'autre circonstances, on aurait pu songer que l'image de Tifen aurait relégué l'angoisse à quelque chose de lointain, ou du moins, apaisé, attendri ce qui pouvait être la dernière minute d'Ambre.
L'idée de son sourire, d'une étreinte, au moment où la gueule du chasseur se refermerait sur sa jambe, avec juste un peu d'ironie, et de regret, mais une idée de douceur, à emporter.

Cependant, de cette merveilleuse pensée fulgurante, Ambre retint seulement la
perspective que son joli mollet pourrait servir de cure-dent à une créature, et que ça signerait la fin de cette délicate tentative d'infiltration dans l'univers potentiellement résistant/valable
également pour l'univers tout court, d'ailleurs.






Les prises sous ses doigts étaient escarpées, mais de par l'entraînement que Ena lui imposait et
qu'elle s'obligeait à intensifier encore dans le but de surpasser les attentes de l'ermite et l'adrénaline, l'élève parvint à s'élever avec plus de célérité que jamais- et bon nombre de
nouvelles écorchures, qu'elle ne sentait même pas, uniquement préoccupée par la créature, quelques mètres plus bas.





Lorsqu'enfin, elle put trouver refuge au côté de la femme qui l'avait alertée, la bataille interne qui
l'avait secouée et complètement déconnectée du monde réel s'acheva.





Il y eut un silence, lourd comme ses membres blessés, comme une chape de plomb en fusion, logée au creux de sa poitrine, comme l'ombre de la mort sur leurs épaules -et leur
mouvement encore anarchique.





La sueur de se faire portail aux piqures du froid, lorsque vint la certitude d'être en « sécurité ».
juste assez pour que l'esprit d'Ambre reprenne sa gymnastique ordinaire, mélange les convenances, les doutes, les piques pour formuler l'étrange évidente: elles ne se connaissaient pas.


Jamais vue. Et elle lui devait
probablement son battement de coeur.


Quel sorte de dialogue pouvait convenir à ce type de rencontre? Quelle sorte de débat propre à ce genre de situation pouvait à la fois garantir sa sécurité, celle de ses secrets, et lui procurer des informations nécessaires? Vu sa dextérité, ses muscles souple, son air farouche et hautain, sa
future interlocutrice aurait pu être Marchombre. Ou Mercenaire. Elle était bien placée pour savoir que la limite à franchir pour passer d'un clan à un autre était ténue. Ténue et tranchante.

Le silence était tendu entre elles comme un fil, une invitation au voyage et à la danse, celle-la même qu'Ambre prêtait au félin frustré -quelque chose entre l'aller retour, le macabre et l'élégance.





-J'imagine que... ;commença-t-elle dans un murmure.




Sa parole grinçait, comme les chaussons d'une danseuse malhabile, ces derniers jours avait suffi à lui voler la pureté de son timbre. Etait-ce ça, la sauvagerie, une dévoration progressive
de l'esprit, et de la voix? Ou cétait le froid, ce sale froid d'hiver qui s'insinuait doucement dans la gorge de l'Itinérante.





-J'ai une dette à payer. Ou était-ce là une autre épreuve envoyée par le Dragon?




Ce qui pouvait signifier, pour un initié, qu'elle était mercenaire, élève, et pouvait concevoir que
son satané maître lui ait envoyé l'apparition aux yeux étrange comme simple épreuve. Ou alors...

Son regard rivé sur l'apparition, elle se prit à en détailler jusqu'aux vêtements, à chercher à discerner des détails, dans les parfums qui l'entourrait un indice, une prise à laquelle se rapprocher.
Justifier sa situation ne serait sans doute pas aisé. D'autant plus que les membres de la guilde du chaos avaient tout intérêt à garder la prise de contrôle excessivement discrète.

Néanmoins, son passé d'itinérante la poussait à croire que son interlocutrice n'était pas une voyageuse. Rares étaient les voyageurs solitaires sans bagages, ni vêtements déchirés. Aucun itinérant ne voyageait seul, et si elle était marchombre employée... ma foi, que faisait-elle loin de ceux qu'elle avait à protéger?
Non, tout poussait à croire qu'elle venait soit de la ville la plus proche soit de l'Académie. Vu son âge, elle aurait pu y étudier avant qu'Ambre ne fréquente les lieux. Oh, il faudrait adapter les mensonges, faire preuve d'innovation. Surprendre, disait le mercenaire. Mais malgré elle, la jeune femme se sentait tiraillée par l'idée de se trouver face à une véritable marchombre. Autre que Tifen, ou Ena elle-même. Surprise. Pas vraiment jalouse, plutôt intriguée. Un peu comme si un chemin n'avait pas été exploré jusqu'au bout, et que l'opportunité de le voir autrement se présentait. Avec l'anxiété du monstre tapi dans la caverne, ou de savoir avec exactitude où finissait chaque route, ormis la moins conventionelle.

Ressentait-elle aussi, dans le poid du silence, celui de l'arme à son côté, la conscience de la hauteur, et le léger vertige à l'idée de la chute?



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MessageSujet: Re: Qu'il vienne, le temps dont on s'éprenne [Terminé]   Mar 5 Jan 2010 - 14:04

Elle aurait aimé s'envoler.

Le temps semblait s'enrouler autour des deux présences, en effleurement constant sans pour autant les accrocher tel les écharpes piquantes du vent froid qui hérissait leurs échines. Le vent ? La gène, plutôt, qui les liait, les entravait, plus surement que des chaines d'argent. Le félin rôdait en contrebas, loin des aiguilles rocheuses qui le tenaient à distance, et pourtant, un seul pas en dehors de cette bulle de protection, et la mort griffue se serait précipitée sur elles. Anaïel détourna les yeux de la jeune femme aux yeux indigo. Ses jambes frêles, ses vêtements déchirés de ci de là, mais plus que tout, les accrocs dans ses yeux qui brillaient d'intensité, le timbre sec et rugueux de sa voix, les intentions camouflées, pourquoi était-elle la ? Pourquoi lui avait-elle sauvé la vie ? Parce qu'elle répugnait à tuer quelque chose dont elle n'avait pas besoin. Parce que c'était à cause d'elle que le félin avait voulu les déchiqueter. Parce que sans elle, rien ne se serait passé. Mais l'autre restait humaine malgré tout. Deux yeux, deux oreilles, un nez et des membres aux allures encore saccadées par la course et l'adrénaline qui en parcourait probablement les veines. Une humaines aux yeux indigo, aux prunelles abyssales.
Une humaine que malgré elle, elle détestait de tout son cœur.

Avec un brin d'étonnement, elle se rendit compte qu'elle supportait sans trop de mal sa présence toute proche sur cette petite corniche granitique, la chaleur de sa peau qui s'écrasait par vague sur son propre épiderme, la laissant d'un marbre dont elle ne se serait pas cru capable quelques jours plus tôt. Mais elle avait fait des progrès, il lui fallait apprendre enfin à avoir confiance en elle et en son self contrôle.

Hésitation. Elle détourna le regard, également, le laissant se perdre dans l'horizon, alors que sa voix enrouée perçait le silence comme on déchire la trame d'un tissu de soie. Le feutre de l'air sembla se dissoudre alors qu'elle continuait, un air étonné passant brièvement sur son visage en entendant sa propre voix, semblait-il. Anaïel fronça les sourcils. Que voulait-elle dire ? Et surtout, qui était ce "Dragon" dont la majuscule était si évidente ? Les prunelles améthystes se mirent à flamboyer d'intensité alors qu'elle la détaillait du regard, ses yeux s'attardant d'infimes secondes sur ses vêtements, sur ses propres yeux, sur son petit corps enfantin malgré l'age. Qu'en déduisait-elle ? Avec un soupçon d'agacement, Anaïel rencontra à nouveau ses yeux, ses sourcils maintenant franchement froncés, alors que le miroir violet ne lui renvoyait que son reflet. Elle savait, par experience ou par don, en général, à capter les infimes nuances de l'âme d'une personne, son incroyable hypersensibilité à la gente humaine les dépeignant chacun avec une aura différentes, des yeux où tournoyaient pensées et secrets, machination et gentillesse. Mais la jeune femme en face d'elle...

Anaïel se rejeta en arrière, plaqua son dos contre la pierre et joignit ses mains pour les empêcher de virevolter, à la recherche d'information, ou simplement par énervement. L'indifférence gênante du début s'était transformée en une curiosité étrange, maladive, alors qu'elle ne parvenait pas à saisir ce que cette femme voulait dire. Tout le monde avait une place dans l'univers qu'elle s'imaginait, quelle était donc celle de cette étrange fille trop mince au regard si intense et pourtant si mort en surface ? Elle expira plusieurs fois, profondément, après que les mots eurent brisé le silence, et sentit le calme de la montagne s'infiltrer dans ses poumons, le vent chanter dans ses artères. Elle dénoua ses mains pour les poser sur la roche à côté d'elle, alors qu'elle tressaillaient des arpèges brutaux et feutrés du granit. Elle plongea alors sont regard dans celui de la jeune femme, et ce furent ses propres yeux qui flamboyèrent, un instant, alors qu'elle sifflotait à l'autre de son timbre si particulier :


- Je ne sais pas qui est ce Dragon...

Trois petits points. Trois petites points qui perforèrent une partie du voile qu'elle avait tissé autour d'elle pour la protéger du regard trop pénétrant de cette inconnue. Mais après tout, qu'importe ? Elles étaient bloquées ici, la jeune femme, tout du moins, puisque le seul échappatoire était l'escalade vers les hauteurs et qu'Anaïel bloquait le passage de sa posture trop statique. C'était dérisoire, mais l'instant n'était pas à la méfiance, ou du moins pas cette méfiance qui précède l'attaque, bien qu'instinctivement elle sente la tension dans la main de l'inconnue, cette tension qui la préparait à se saisir d'une arme qu'elle avait sans doute caché quelque part à son côté. Que pouvait-elle donc bien imaginer ? Quelle forme pouvait bien donc avoir les méandres indigos cachés sous cette surface miroir qui lui servait de regard ? La marchombre sentit monter en elle plus que qu'une soif de curiosité, c'était compulsif. Sa présence trop proche, son incapacité à définir ne serait-ce qu'une partie de ses desseins, et le fauve qui martelait le sol en cadence de son cœur pulsant contre le froid, ses nerfs étaient à vif. C'est avec une douceur étrange, cependant, comme une caresse intime dans le vent, qu'elle sifflota quelques mots, dérechef, quelques mots qu'elle agrémenta d'un regard aux pupilles dont le brasier ne semblait plus vouloir s'éteindre. Intensément, elle vrilla son regard dans celui de l'autre :


- A quoi penses-tu ?


[Je suis vraiment désolée pour le retard =/ Les fêtes m'ont prise beaucoup de temps, et j'ai du recommencer trois fois ce post avant de le poster puisque les deux autres fois mon ordi à planter >< c'est la plaie le réseau du crous snif. Bref j'espère que ça te plaira, je te souhaite une bonne lecture et une bonne année ]


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Marchombre
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MessageSujet: Re: Qu'il vienne, le temps dont on s'éprenne [Terminé]   Mar 12 Jan 2010 - 0:19

Les paroles de l'ermite se mêlèrent à une valse d'autres. Qui pouvait-elle être, était-elle seulement humaine, cette créature? -Mais comme disait son "maître" on ne savait jamais dire qui pouvait réellement prétendre au titre de "bête".

Et si elle était mercenaire, était-elle son Envoyée? Celle d'ennemis, d'alliés? Il n'y avait pas eu de battue pour trouver ceux qui avaient pu fuir. Avait-elle été la seule, vraiment? C'était improbable. Cette académie était peuplée de foutus trouillards, et de cul-terreux paresseux. L'intendant au moins aurait filé en douce, lâche et sournois qu'il était.

Elle n'était pas pleine de sollicitude, d'inquiétude ou d'attention. Non, elle se méfiait, tout comme Ambre, et tenait ses distances- ténues au vu des circonstance. Non, son interlocutrice semblait contenir quelque chose, un secret ou un sentiment fort. Elle n'était clairement pas dans ses bois pour porter secours à quiconque... ce qui pouvait signifier plusieurs choses.

Premièrement, que l'Académie n'avait pas été saignée à blanc, et qu'aucun habitant d'Al-Vor n'avait organisé de battue pour tenter d'aider des survivants. De même; ça signifiait que les Raï avaient bien été repoussés, sans quoi c'est le feu qui aurait été mis à la forêt, et des villes alentours que seraient poussés les râles d'agonie.
Et donc, fort logiquement.. qui se rendait à l'Académie était ignorant de la situation passée.. et présente. Le plan avait dû fonctionner, quels qu'en fussent les détails.
Enfin, les chances que ce soit le cas étaient... très élevée.

Etrangement, la perspective la laissait froide et frustrée. Un peu comme si le mentaï lui avait volé la victoire acquise en l'obligeant à fuir dans les bois. Ou qu'elle ne réalisait pas qu'une telle conquête fut possible. Comme si sa conscience avait effacé, pour accepter la situation, ce que pouvait être la réalité des actes orchestrés par le Chaos.
Le Chaos, c'était des murmures, quelque chose de dissimulé, un secret en plus, une élite, certes, mais, vraiment, avec des actes conséquents et une réalité physique? Dont on la tenait écartée.

Ses prunelles se figèrent, dilatées encore, sur cette femme qui plaquait son dos contre les pierres. Elle se sentit glaciale, atrocement écorchée par la simple idée que -peut-être- cette femme était la disciple de son ermite. La jeune femme gravait ses observations en interprétations foireuses.

Elle cachait ses mains. Par peur de se trahir, sans doute, comment justifier autrement cette manière de s'exposer sans défense?
L'idée que cette femme était peut-être suicidaire effleura la jeune fille, de très loin, insidieusement.
Que certaines personnes cherchaient les catastrophes, les cataclysmes, l'adrénaline qui doucement, s'endormait dans ses veines.

Sa réponse fit à son coeur manquer un battement. De par le ton extrêmement particulier de la voix, sa dissonance, et le feu qui s'était allumé sous les paupières de son interlocutrice. Un frisson lui secoua l'échine, et pour cacher le trop plein de questions et sensations qui affluaient en elle, Ambre détourna les yeux, pour pencher la tête - juste un instant- vers la créature qui les avait pourchassé. Un tigre magnifique, qui lui rappela Tifen. Une fois encore. L'image du prédateur, ce foutu "bien" qui la bouffait. Ca n'avait duré qu'une poignée de seconde.

Leur regard, enfin, qui se défiait, mais de loin. Comme si, malgré les apparences, les deux êtres étaient sur une sorte de pied d'égalité, une équivoque mentale. Je te méprise, mais tu m'intéresses. Je joue le jeu, parce que je n'ai pas d'alternative. Et Ambre voulait y croire: nous sommes du même camp.


-A .. une quirielle de choses, pour tout dire. Du bassement sensitif à l'abstrait le plus total. En réalité, sussura-t-elle en se passant la main nerveusement dans les cheveux, je me demande si j'ai bien fait de courir.

Elle eut un petit sourire, celui de l'excuse à l'idée de s'étendre sur son être personnel. Et après un battement de cil rapide, sur un ton autrement plus grave:

-Je n'ai jamais été confrontée à un être humain qui ignorait l'existence des entités. Le Chevalier de la Dame, l'épée et l'écume...

Suspension. Elle hésitait. Tutoyer, vouvoyer? Leur différence d'âge était de piètre importance, mais en revanche, si cette femme était de la guilde du chaos, Ambre pariait qu'elle ne supporterait pas un tutoiement rabaissant.

-Ce qui m'ouvre deux possibilités: soit tu n'es pas humaine. Soit tu n'as aucune inclinaison pour la philosophie. Mais sans vouloir t'offenser, tu n'as rien des faëls que j'ai pu rencontrer, et.. pas l'air de te soucier seulement des tes plus bas instincts.

Un borborygme inopportun vint étayer ses propos mélodieux: elle non plus n'était pas réellement portée sur l'assouvissement de ses plus bas instinct. Et son corps à bout, ne tarderait certainement pas à lui réclamer un minimum de substance- pour subsister. Elle eut un mouvement de surprise, alors qu'il la prenait en traître, et, en d'autres circonstances, aurait rougi.

L'idée de dessiner une flèche pour abattre le fauve à distance la traversa. Même si le dessin lui répugnait, la faim avait des accents plus affreux encore, et pour éviter d'en subir plus longuement les affres, la demoiselle hésitait à se découvrir davantage. Elle avait vu les prunelles de son interlocutrice s'étrécir sans imaginer toute fois la moindre signification à cela. Elle les affrontait, simplement, attendant indices, résistance, fuite ou capitulation. Peut-être du défi, ou de l'imprévu, encore?

[Je te souhaite autant de bonheur que j'en ai eu à lire ce post <3 Mène nous à ta guise. j'espère que tu plaisantes quand tu parles de retard, j'ai rarement posté à ce rythme-là .. si quoique ce soit, comme d'ordinaire, n'hésite pas à le signaler ]


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MessageSujet: Re: Qu'il vienne, le temps dont on s'éprenne [Terminé]   Mar 19 Jan 2010 - 17:07

Le son de sa voix lui parvenait voilé, étaient-ce ses oreilles qui lui feutrait le monde de son, ou bien sa voix à elle qu'elle laissait ainsi en suspens ? L'esprit d'Anaïel était un capharnaüm d'émotion, les sens physiques s'affutaient d'eaux même alors qu'elle se noyait dans une myriade de spéculation tout aussi brumeuses que le regard de la jeune femme, face à elle. Puis elle se mis à penser autrement, plus logiquement à défaut de sereinement. Un déclic. Que faisait-elle ici, en plein milieu de la forêt, seule, à mourir de faim alors que l'Académie était toute proche ? Deux réponses brillèrent alors, soit elle s'était enfuie lors de la bataille contre les raïs, et ne voulait pas prendre le risque de tomber sur une troupe en y retournant, soit elle attendait ici selon des ordres, quels qu'ils soient. Ah, non, une troisième solution s'offrait, celle d'être totalement dénuée d'instinct de survie, de but, ce qui la ferait végéter dans cet état d'entre-deux actions. Mais, sérieusement, la marchombre en doutait. Une chose semblait certaine, tout du moins quasiment, si elle évitait l'Académie, c'est qu'elle savait quelque chose sur ce qu'il s'était passé. Il fallait qu'elle sache, qu'elle lui pose des questions, détournées ou non, il fallait qu'elle....

- Tu aurais préféré te faire dévorer ?

Le sifflotement à l'interrogation mêlée de surprise, de curiosité s'était échappé tout droit des lèvres de la marchombre. Il ne fallait rien. Rien du tout. Qu'elle se soit échappée d'une Académie mordue par le chaos était son affaire, qu'elle en fasse elle-même partie, de ce chaos, et bien pour l'instant elle était sur une corniche, les joues creuses d'une faim corrosive et le regard fiévreux d'un épuisement qui semblait chronique. Alors Anaïel détendit ses épaules, et se coula dans une anfractuosité de la roche qui, à défaut d'être confortable, cesserait de lui meurtrir la 3 ème lombaire. Elle ferma un instant les yeux, consciente plus que jamais de l'étrange situation dans laquelle elle était, de la chaleur torride qui s'échappait du corps de la jeune fille aux yeux incandescents, pour s'écraser sur elle, sur ses envie, sur sa conscience et sur son incertitude. Le vent coulait dans ses veines, le granit givrait ses muscles et la curiosité faisait briller l'ensemble, sombrement, pour que l'autre ne se rende pas compte de l'impact qu'elle avait déjà sur elle. Il ne fallait rien. Il y avait juste la possibilité de résoudre cette curiosité qui la rongeait.

Les quelques mots qui suivirent firent valser ce qu'il y avait, ou ce qu'il restait de sa carapace identitaire. Un instant, elle redevint cette enfant sauvage, les prunelles flamboyantes du souffle de la Nature qui faisait pulser ses veines, le cœur ardent de la liberté et de ces connaissances qu'elle n'avait pas, la laissant aussi chétive qu'un morceau de paille face au souffle de la montagne, aussi libre que ce vent hurlant dévalant les rives de son univers. L'auréole de l'illusion et de la certitude nappait sa vie tel un édredon de soie, se coulant sur la moindre aspérité, gommant la souffrance et la peur pour en sublimer ses capacités face à elles. Anaïel était fille du ciel et de la terre. Anaïel n'était pas encore Anaïel en ce temps là. Anaïel n'était encore pas tout à fait Anaïel, cette inconnue lui envoya en pleine face cette vérité qui lui creva les tympans, à défaut du cœur, puisque celui ci continuait à battre malgré l'impression qu'elle venait d'avoir.

Le silence pouvait-il être une arme ? Si la réponse était positive, un homme aurait eu le temps de se vider de son sang avant qu'Anaïel ne daigne relever les yeux dans les améthystes face à elle. Que fallait-il répondre à cela ? Rien, il ne fallait rien. Laisser le temps couler comme de l'eau sur une plaie, pour en diluer le sang qui avait coaguler. Encore et encore. La Nature lui manquait. Qu'importe qu'elle soit ou ne soit pas Anaïel, qu'importe qu'elle ne connaisse pas encore leurs légendes et leurs mythes, elle était la fille de la souffrance qu'ils prodiguaient, et sa venue au monde n'avait pas d'autres cause, semblait-il. Pourquoi sinon n'aurait-elle pas été humaine, pourquoi sinon cette rage la prenait de détruire la moindre parcelle de leur chair rongée par les vices, pourquoi ? Elle secoua doucement la tête, ses cheveux volant dans la brise qui se faisait acérée, moins cependant que les lames de ses pensées. Elle était ici, maintenant. Face à une inconnue qui lui devait la vie. Alors qu'elle recherchait seulement la sérénité de la solitude. Mais les circonstances étaient celles présentes et elle n'y pouvait rien. Son existence pouvait-elle en être ainsi, un simple concours de circonstance ?

Elle la vit regarder d'un air songeur et vif le félin qui patrouillait en contrebas - ne se fatiguera t-il jamais ?- avec un elle ne savait quel sentiment qui lui bouffait les yeux, soudain. Un borborygme impromptu aux vues de la situation vont mettre fin au silence qu'elle avait laissé s'éterniser. L'autre s'agita, visiblement gênée puisque sans nul doute le bruit venait de son estomac. Anaïel laissa un très léger sourire étirer ses lèvres, ce fameux sourire tordu qui laissa un instant découvrir une canine étincelante. Elle se désintéressa momentanément du visage aux yeux violet et se mit à farfouiller dans les poches qui parsemaient sa tenue. Enfin ses yeux luirent de l'éclat du triomphe lorsqu'elle en extirpa un espèce de mammifère, celui-la même qu'elle avait tué un peu plus tôt - des semaines lui semblait-il. Derechef, un grognement déchira le silence, provenant de son estomac cette fois ci, comme s'il avait sentit la présence de la viande toute proche, et la marchombre n'eut plus en tête que de mordre dans le cou encore légèrement tiède de la bête. Elle n'avait jamais eu à apprendre les codes de la bonne conduite, de la politesse, surtout en ce qui concernait les repas et la nourriture. En revanche elle savait pour avoir vue les félin le faire durant toute son enfance, comment se comportait l'animal qui chassait. Il se servait et laissait le reste aux autres. Aussi mordit-elle à pleine dent la chair juteuse, à la base du coup pour en siroter le sang qui n'avait pas eu le temps de coaguler. Quelques bouchées suffirent, temporairement, à calmer ses ardeurs bestiales. Alors elle tendit le reste du cadavre à la jeune femme qui la regardait encore, un air impénétrable sur le visage, et ses yeux qui brillaient toujours, comme les torches qu'il aurait fallu pour qu'elles se réchauffent. D'un coup de langue la marchombre aspira le liquide écarlate qui tapissait ses lèvres et commençait à couler sur son menton. Elle posa le cadavre face à elle, laissant ainsi le temps à l'autre de décider de s'en saisir ou pas. Elle sifflota alors, tout doucement. dévoilant ses dents tachées de sang.


- Tu vois, en ce moment je suis bouffée par la curiosité que tu m'inspire, et pourtant mon ventre a pris l'avantage, comme un instinct si bas peut le faire. Tu le sais, tu finira par craquer et manger cette viande qui t'es nécessaire. C'est vrai, je ne me soucie pas que de mes plus bas instincts, mais je leur accorde la plus grande importance, ce qui revient pratiquement au même. Et malgré l'étrange situation présente, malgré le fait que tu ne sache pas qui je suis, si je peux te faire du mal, si je le veux ou pas, tu vas quand même manger. Pour satisfaire ton instinct le plus primaire.

Les mots étaient sortis tout seul, sans passer par la case cerveau. Comme si les propos de l'inconnue lui avaient scié le tuyau qui menait à la réflexion que pouvait engendrer ses paroles. Alors comme il n'était plus la ce tuyau, elle continua, un air détaché mais feint sur le visage :

- La viande est délicieuse, tu devrait gouter. Bon, ce n'est que du rongeur, mais c'est entre autre à cause de lui que nous sommes ici, donc autant en profiter.

Voyant qu'elle ne bougeait toujours pas, elle leva les yeux au ciel, et tenta d'imaginer qui pouvaient bien être ce Dragon, cette Dame, ce Chevalier. Et l'écume, qu'était-ce ? Ses pensées se mirent à tournoyer, se chamarrant de couleur au fur et à mesure que la spirale qu'engendraient ses songes, montait vers le ciel. C'est d'une voix rêveuse, rendue plus étrange encore par le velours déposé par ses rêveries, qu'elle repris, les yeux tournés vers l'infini :

- Raconte moi qui sont ses "entités"... si tu veux bien.


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MessageSujet: Re: Qu'il vienne, le temps dont on s'éprenne [Terminé]   Mer 20 Jan 2010 - 12:30

Ambre se comprima l'abdomen, outrée de voir son corps émettre le moindre signe de faiblesse, et presque mortifiée que ce fut le cas... à cet instant précis. Bien sûr, elle n'espérait même pas passer pour fringante, ou en pleine forme. Simplement, elle désirait de toute son âme paraître assez solide pour pouvoir se défendre en cas de conflit. Assez solide pour que sa fierté maladive soit satisfaite.
Elle se demanda si l'inconnue avait relevé son geste.

Elle cilla, releva les yeux, partiellement dissimulé par les mèches que la brise avait dispersé. Oh, elle l'avait surement remarqué, le sourire dessinait une oblique inconnue dans son visage étrange -un sourire qu'Ambre lui aurait fait ravaler à coup de poings, en d'autres circonstances, mais elle redoutait, au moindre mouvement une autre trahison de son état de faiblesse, et parvint à ravaler la cavalcade insultant qui lui brûlait les lèvres, en les mordant de toutes ses forces.

Et elles de blanchir, de souffrir de cette rage en plus des gerçures, de céder, enfin, à ces dents qui torturaient leur chair. L'autre fouillait la besace qui pendait à son côté, à présent. Et Ambre serrait les poings sentait ses ongles (cassés pour la plupart) glisser inégalement sur ses mains calleuses de roturière. Sa langue avait machinalement cherché la plaie qui lui rougissait la bouche, et la caressait maintenant avec une étrange délectation.

Ambre était un piètre chasseur, et un personnage au régime plutôt carnassier, d'ordinaire. La viande lui rappelait trop de souvenirs heureux; ceux de l'enfance, de sa mère et du siffleur qui rôtissait sereinement pour nourrir leur famille. Elle ferma les yeux, et se rappela des effluves pimentée de cette chair qui grésille, de sa saveur de brûlure, du goût d'aromates qui flottait au creux du palais après la déglutition. Et ses dents de chercher à prolonger la saveur réconfortante et chaude du sang.
Jamais la jeune fille n'aurait pu imaginer la perspective de tenter de "consommer" de l'humain. Sa faim, si elle était atroce, n'avait pas encore créé de gouffre obsessif en elle, pas au point qu'elle renie ce genre d'éthique.
En revanche, lorsqu'elle rouvrit ses yeux avec surprise et peu ou prou, dégoût à l'idée qu'elle était en train de boire sciemment son propre sang, elle sentit son instinct de survie se rappeler à elle de toutes les forces de sa rage.
Cette femme avait de la nourriture. Et elle, elle avait faim. Elle voyait ses dents plantées dans le cou de la créature. Sa main se serra et desserra convulsivement.
Ce que c'était? Ca aurait pu être un rat pesteux comme un bousier des grandes pleines: elle l'aurait dévoré.
Le goût que ça avait? Sans aucun doute quelque chose de dégeulasse, de fadasse ou d'acide comme la putréfaction. Depuis quand était-ce dans cette sacoche? Sans doute peu, le sang glissait le long du menton de la propriétaire de la proie. Jamais auparavant Ambre ne se serait imaginer désirer lécher une mâchoire humaine. Elle se rappela de ce que disait son père, lorsqu'ils devaient traverser les forêts: cacher tous les tissus rouges. Il ne fallait pas risquer de montrer aux potentiels peuples ou esprits qui hantaient les forêt que les caravanes charriaient la moindre vie sous les bâches. Et tenter, dans la mesure du possible, de dissimuler l'odeur corporelle humaine, et la teinte de sa chair.
La chair appelait la chair. Son corps entier lui commandait de se jeter dans l'imagination ou de poignarder proprement l'inconnue avant qu'elle ne soit repue de sa proie. De tout récupérer, et fuir, en lançant le cadavre au fauve.
Sa main droite se referma sur le poignard alors que les pupilles d'Ambre, dilatées, ne voyaient plus que la couleur rosée des petits muscles de la proie.

Son souffle, ayant à peine eut le temps de se régulariser, s'affola à la simple idée de devoir tuer pour vivre. Créer une mort concrète, et plus seulement l'imaginer. Pas celle d'un raï, celle d'une créature approximativement humaine qui lui avait sauvé la vie et pouvait être n'importe qui.
Elle sentait la lame glisser doucement de son fourreau, très doucement, trop doucement peut-être, mais l'idée qu'un chuintement puisse avertir la demoiselle aux prunelles d'or sale lui paraissait plus insupportable que l'attente avant de bondir.

Quand tout à coup, il y eut une rupture dans le mécanisme instinctif de la jeune femme. L'autre venait de.. d'écarter la nourriture de ses lèvres. Et figeait sur elle son regard étrange. Avait-elle perçu? Avait-elle décidé de la punir en lançant au loin la créature, ou avait-elle pensé au fauve? Ambre s'était immobilisée, instinctivement, dans l'expectative furieusement angoissée de perdre cette perspective de substance. L'autre posa le petit cadavre au sol.

Il y eut un second flottement, après les parole monocordes qu'on lui adressa. Elle qui était prête à se jeter sur la viande, à se battre pour l'obtenir, se sentait à nouveau empêchée de le faire, par la simple conscience qu'il s'agissait d'une "faveur". De pitié, sans doute. Elle allait donc manger les restes crus d'une autre, ceux que celle-ci avait jeté au sol, vraiment? Et comme ça, sans se plaindre, en laissant son corps remercier, son âme se sentir plus flétrie encore par ses chers regrets.
Ses narines frémissaient de savoir les saveurs inconnues si proches, mais c'était son dos, très raide, soudain totalement guindé et maintenu qui semblait la tirer en arrière.
Pour prendre la viande, il faudrait se courber. Allégeance animale et respect. Aussi lança-t-elle à nouveau un regard lourd de sentiment à son interlocutrice, qui poursuivait son chant empoisonné, sans même chercher à croiser son regard. Elle n'attendait que ça. Une sorte de petite vengeance, en somme? Son estomac se tordait à l'idée de la moindre goutte de sang perdue.


-Je ne suis pas prêtresse. rétorqua-t-elle, insensible à l'inflexion plus douce et captivée qu'avait pris la voix de brise. Elle laissa un flottement, rencontrant les pupilles de son interlocutrice, et les défiant de toute sa force de caractère et de son détachement le plus méprisant. Mais soit, j'accepte l'échange, nourriture terrestre contre nourriture de l'âme.

Elle s'assit, en paraissant se désintéresser totalement de la personne physique d'Anaïel. En réalité, elle la surveillait par l'intermédiaire de son ombre.
Son interlocutrice s'assit à son tour, synchronisée au vent qui se faufila entre ses jambes pour frapper au front la roturière affamée, qui se sentit étrangement apaisée à l'idée de se nourrir bientôt- et de pouvoir résister à l'appel de son estomac.


- Au commencement était quelque chose d'incroyablement plus vaste que le monde. Une mer noire de vide, et de poussière mêlées, qui roulait comme une litanie dans l'infini des possibilité. Chaque monde était comme une bulle, ronde et incroyablement fragile, qui remontait le fil de l'univers pour aller se briser en son centre, et renaître plus tard sous d'autre forme. La mer noire dessinait la chorégraphie du monde en seul maître, lorsqu'à l'aube des temps comme nous les concevons... une anomalie apparu. Des profondeurs abyssales naquit la divine Dame, qui s'échappa du monde sensible, commença t'elle, sans hésiter à saisir le rongeur de la paume de sa main pour le retourner, elle ne souhaitait pas perdre la moindre goutte de son sang. Pour se faire, elle utilisa la ruse et la force, ainsi que d'innombrables alliés parmi les poussières qui peuplaient son univers
initial. Selon certaines sources, il s'agirait d'une variante de
"l'Imagination". Bref.


Elle employait ses mots qu'elle avait souvent entendu chantés par sa mère elle-même, puis par les pages brunies des livres découvert aux hasard des escapades dans la bibliothèque. Son ton était machinal, grâve, celui d'un conteur qui pouvait exceller dans l'art de raconter, mais ne s'en donnait pas la peine.


- Elle était issue du peuple de la mer. Son corps fuselé était fait pour la danse des apnées, les nuits tordes, et les éclaboussures blanches. Elle décora notre univers des couleurs de l'océan, un bleu pur et profond comme l'éternité, et milles étoiles: des éclaboussures éclatantes qu'ellle broda sur la dentelle d'écume, plus floue, qui n'apparait que les nuits d'été.
Elle ignorait que d'un autre monde était née une entité, différente cette fois. Contrairement à la Dame, née des fantasmes enfouis et des désirs insatiables, le Dragon était un être caractérisant l'humaine dextérité. Il était fait de ce feu pur que crache la terre, et possédait son pouvoir d'absolution vengeresse. Son âme était faite pour le rêve et les créations les plus inimaginables. Enfermé dans sa forge légendaire, il avait multiplié les artefacts les plus précieux pour protéger et embellir la grande mer. Il avait créé la lumière, et le soleil doré qui allumait les possibles de la vie, sa forge avait craché les nuages, et son souffle qui dictait au métal était le vent et les parfums variés qui peuplent les mondes.

Leur rencontre eut lui sur cette terre qui est celle de nos ancêtres. Ceux-ci, honorés par le Dragon depuis de longues années, lui avaient consacré une montagne, où il forgeait ses inventions mirifiques ou affolante: l'épée pour défendre ou tuer. La Dame vit ses merveilles terrestres, et par curiosité, décida de quitter la vague céleste pour entrer dans le monde. Elle chut brutalement, étouffant presque au contact de l'air, sa grande chance fut que sa course s'achève au Pollimage, où elle trouva, là où l'homme n'a jamais pu poser les yeux, ce qui était nécessaire à sa survie. Le Dragon, alerté par le chant mélodieux qu'elle avait ardemment souhaité pour requiem, se pencha sur les eaux insondables, et y vit les restes des atours de la Dame: des lambeaux d'écumes, une dentelle blanche qui frôlait le rivage avant de disparaître en symphonie de bulles. Son regard créait à la surface du fleuve le bouquet de couleur d'un coucher de soleil, et vrillait le sanctuaires jusqu'à effleurer le corps de la Baleine. Il lui dessinait les bijoux les plus somptueux, les plus amères beautés...
, murmura-t-elle, soudain incapable de poursuivre.

Il y avait trop de ses racines dans le récit, trop de détails sur les bijoux, trop... de tentations. Ce n'était pas l'émotion qui avait noyé sa voix, c'était l'instinct, encore une fois. Couplé au besoin d'étaler une forme de civilisation devant la femme, une manière de lui dire: ce n'est pas tes restes que je mange, j'ai acheté mon repas et le mène comme il me plaira.
Elle ferma les yeux une seconde, déverrouilla son accès -l'abomination, l'horreur, la souillure- à l'imagination, et déjà sourde à la beauté douce et harmonieuse des sbires, dessinait sur le sol, à partir de brins d'herbes frusques et maladifs quelques braises, sur lesquelles elle appliqua le petit être.
Elle n'en aurait sans doute que pour quelques minutes à attendre.
L'ombre avait semblé s'étonner, et Ambre avait haussé un sourcil, le regard toujours fixé sur la carcasse.
Elle estimait avoir résisté assez longtemps au fumet (délicieux?) du rongeur, qu'elle saisit avec une rapidité toute marchombre, et d'y planter ses crocs avec délices. Les yeux clos, elle retint un grognement extatique en goûtant la chaleur allumée dans les entrailles de la créature, et se mit à dévorer comme rarement elle avait pu le faire. Ce fut seulement quand elle atteignit le premier os qu'elle parvint à relever les yeux sur son interlocutrice, au moment où celle-ci allait parler.


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Marchombre
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MessageSujet: Re: Qu'il vienne, le temps dont on s'éprenne [Terminé]   Jeu 4 Fév 2010 - 12:32

Un éclair de -quoi ? - haine ? colère ? autre ? sembla passer sur les traits coupants de la jeune femme. Un sourire étonné vint vibrer sur les lèvres de la marchombre, et l'impression d'agressivité des améthystes se précisa. Qu'avait-elle bien pu faire ? un spasme tordit son ventre alors qu'elle tentait de museler ses instinct, un éclat farouche flamboyant alors dans ses étranges prunelles. Quelle étrange femme décidément. D'étranges impressions parvenaient à la marchombre, alors qu'elle tentait de comprendre les actes de l'inconnue, des gestes tordus, s'emmêlant aux souffles saccadés et au regard qu'elle faisait tournoyer d'émotions incertaines, comme si son esprit ne savait que faire de son corps et de ses ambitions. Un compromis sembla la satisfaire un instant lorsqu'elle accepta de raconter, sous forme d'échange, quelques mots si bien ciselés mais aux intonations si peu recherchées - ils en devenaient acide.

A vrai dire, les paroles de la jeune inconnue ne faisaient que glisser dans l'air, aucune ne trouvant la moindre encoche dans l'âme de la marchombre. Leur sens lui échappait, comme lui échappait la vérité qui pouvait s'y trouver cacher. C'était une histoire belle et dure, et puisqu'elle n'y comprenait pas grand chose, elle se laissa porter par le seul instinct qui pouvait se réveiller au gré des paroles, goutant les connaissances par ses 4 autres sens. Celui de l'écoute rendit les armes et le vent se fit maître de ses oreilles pointues. Le ton monocorde ne la choquait pas, elle n'avait jamais entendu d'histoire, de légendes, et peut-être un brin d'étonnement à la tournure de phrase de la femme, qui étaient teintée de quelques sentiments qu'elle devinait austères, puisqu'elle n'en connaissait pas la raison. Ses épaules se détendirent alors qu'elle goutait le rêve que les prunelles améthystes déroulaient pour elle.

C'était dur, entêtant, gracieux et élégant, une idée de sel qui pleurait des étoiles aux arrêtes tranchantes et meurtrières. Non, pas meurtrières, transcendant la mort, éternel, plutôt. Anaïel se perdait dans un méandre chatoyant, laissant un tourbillon de feu incendier ses synapses alors que ses paumes humait les sons qui se dégageaient des lèvres écarlates de l'étrange femme. Le temps glissait autour d'elles, encore, comme une rivière autour de deux rochers aux devenirs improbable. La Dame et le Dragon. Des sentiments forts, plus forts que le ciel, alliant la tendresse et la violence en une valse ardente et douce, flamboyante de pastelles rêveuses, de songes écarlates et de prunelles ambrées. Elle avait fermé les yeux, se laissait porter par le souffle haché qui s'apaisait de lui-même - semblait-il. Lorsqu'elle les ouvrit à nouveau, le ciel s'y noyait et faisait vibrer les nuages qui se délitaient sous le vent polaire. Mais elle n'avait pas froid. Elle était le vent, cette Nature instable qui l'entourait, l'envoutait, cette Nature qui avait su créer des êtres capables de rêver, d'inventer des histoires. De très belles histoires.

Lorsque la jeune femme s'arrêta de parler, brusquement, comme l'on coupe un fil tendu, celui de la conversation, ou du monologue, en l'occurrence, Elle continua à regarder le ciel, encore un peu. Ce fut sans doute à cause de ça que le dessin de la jeune inconnue la frappa avec autant de force. Ses membres se hérissèrent tandis que simultanément un gouffre monstrueux s'ouvrait, semblait-il, juste sous son sternum, ses yeux roulèrent dans leurs orbites alors qu'un spasme fit trembler son corps entiers. La violence de la surprise et de sa conséquence la prit tellement au dépourvu que ses pensées se firent tourbillons écarlate, néant d'obscurité où ses pensées menacèrent de se noyer. Sa tête sembla tomber plus que se tourner alors qu'elle se rendit compte qu'elle était debout, et que des braises ardentes rougeoyaient à ses pieds, tout comme dans son esprit. Un dessin. Son corps, tendu à l'extrême n'était plus qu'un vide abrutissant, la trame de la réalité délitant son atmosphère en même temps que son corps, une déchirure qu'elle ressentait avec toute la force de son cœur, de son âme, et ça faisait mal, si mal....

Il y avait cet incertain savoir, cette douleur d'une inconditionnelle constante née de ses racines enveloppées de mystères, d'irraisonné, il y avait cette peur qui lui mordait le ventre, de se savoir si improbablement chavirée par les évènements sans pouvoir les effleurer, il y avait cette incompréhension de leur violence, de leur cruauté, de leurs affres de haines où chaque jours ils s'enfonçaient un peu plus profondément, brûlant les restes de leurs pauvres âmes calcinées dans ce gouffre d'insanité, il y avait cette force, puissante, destructrice, cette déchirure interne, externe d'une réalité qu'ils voulaient contrôler - y laisser sa raison si nécessaire, comme de bien entendu... Il y avait les Hommes. Il y avait elle. L'enfant indigo. L'enfant sauvage.

Un sombre prisme déchirait ce qu'elle voyait, voilant d'obscurité des éléments qui auraient du lui être indispensables. Et puis ses chevilles, ses genoux, ses jambes, qui lui faisaient si mal... Les paumes égratinées, et les épaules rigidifiées par les affres dans lesquelles elle était toujours plongée, la vision des braises qui lui calcinait les prunelles sans autre recours que d'hurler à la souffrance que cela lui prodiguait. Et par delà la brûlure de la douleur, elle sentait monter en elle une tristesse infinie, inconditionnelle, mêlée à cette envie de meurtre qui commençait à lui broyer les mains, les membres, la tête, détruire, détruire cette cause, parce qu'elle était humaine, parce qu'a cause d'elle, elle avait si mal... Et pourtant, l'esprit d'une clarté qui l'aveuglait, encore un paradoxe, lui faisait de la peine, lui donnait envie de s'enterrer, de ne pouvoir se contrôler, de vouloir la tuer, l'étriper, sans que se soient ses propres sentiments, elle, Anaïel, qui le veuille. Ballotée par ses émotions, par l'instinct qui la poussait à se venger, par le désespoir qui en résultait, elle ne pouvait que rester immobile, et sentir les herbes frôler son visage, de grosses pattes griffus marquant la cadence de son cœur effrenné tout près d'elle... vraiment tout près. Y avait-il de l'herbe sur la corniche ? A la réflexion, probablement pas.

La prise de conscience que quelque chose n'allait pas déchira le voile sombre qui obscurcissait ses yeux, comme l'on déchire un tissu, au couteau, la lame étincelante brillant et tranchant. L'herbe effectivement n'appartenait pas à la corniche, mais au sol situé bien 4 mètres en contrebas. Le sol même qu'elle avait quitté peu de temps auparavant afin d'échapper au fauve furieux. Détachée, elle observait à présent le tigre non loin d'elle, ses muscles puissant roulant sous sa peau tigrée, ses yeux ardents qui vibraient d'une tension monstrueuse. Elle avait donc sauté de la corniche. Sauté ? Chuté ? Ses jambes lui faisaient mal et elle ne pouvait pas les bouger. Ballotant la tête, ses vertèbres craquant dans le silence épais qui s'était installé, elle tourna un regard vitreux et virevoltants, incertains vers la silhouette qui contemplait sa nuque, tout la haut, à labris. Une question tournoya un instant dans son esprit, une petite seconde avant que le fauve ne s'élance vers elle, à une vitesse... mortelle.

Pourquoi... Pourquoi cela faisait si mal ?

Ses prunelles flamboyèrent lorsqu'elle les vrilla dans les améthystes, tout la haut.


[ "prunelles d'or sale" nan mais j'te jure ^^ Bon, comme d'habitude, si le moindre truc ou même bidule n'est pas à sa juste place, préviens moi =) bonne lecture ! (je me suis vraiment amusée sur celui la ^^) ]


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Des ailes dans le dos...




Anaïel / Miaelle Campbelle/ [i]Lev Mil' Sha

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Aucun destin n'est inéluctable.

L'arborescence des possibles nous tisse le sang aux poignets


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MessageSujet: Re: Qu'il vienne, le temps dont on s'éprenne [Terminé]   Mer 10 Fév 2010 - 1:40

Ambre avait cillé.

Intervalle délicieux et oublieux: toute entière à cette chair grésillante que les braises avaient bruni, à la saveur un peu âcre du sang.
Livrée à ses instincts, à son corps qui lui réclamait depuis trop longtemps cette substance qu'elle était quasi incapable de lui apporter, de par l'hiver, sa trop faible expérience, et le peu de moyen qu'elle acceptait de mettre à sa disposition.
La première bouchée, non la moins avide, avait accompagné ses paupières.
L'interlude mental s'effilochait derrière la dentelle de cils ;avec la conscience un peu absurde que, par cette nourriture, cette première effusion de saveures peu aimables, ces actes ces dernières semaines avaient été aussi risqués qu'absurdes.
Oui, elle avait su se museler. A s'imaginer inconsistante, à refuser même d'utiliser ce.. "Don" qui aurait pu, sinon stopper sa faim, lui permettre de combattre le froid un minimum. L'ermite était parvenu à lui ôter (par ses ordres, sa confiance, ces attitudes particulières qu'elle imaginait exclusivement réservée à sa personne) tout souhait d'existence. Le seul vrai qu'elle possédât encore, avant de reprendre son premier repas était celui de réussir. Survivre pour trouver et intégrer une potentielle troupe de fuyard.
Ou mourir dans le déshonneur que sa condition étoufferait: les composantes de la médiocrité serait écrites par les racines de la forêt sur son ex-corps putréfié.

Mais pour tout dire, il y avait cette vie. Mâchée, avalée, dégueulée presque, tellement l'angoisse et la faim s'accroissaient rien qu'à l'idée d'un repas.
Cette absence de sens et de valeur: mais son corps qui criait de la sauver, et son âme encrée, solidement arrimée au sol par les crampes, les frissons, et tremblement anarchiques.
Ambre avait cillé, l'intervalle était risible.

Elle en était à sa seconde bouchée, et son interlocutrice semblait figée dans l'expectative de sa propre voix. Le souffle coupé, au sens littéral, quelque chose comme ça.
On aurait pu croire à la paix, maintenant que la nourriture avait été achetée, et avec une quasi politesse. Statut quo sur les partis de chacune, il serait toujours temps de se les figurer plus tard. Mais Ambre était trop terre à terre pour s'imaginer en sécurité, au pied d'une femme dont elle ignorait jusqu'à la race. Mais ses pieds, plutôt que de se rassembler, plante au sol, prêts à bondir, avait choisi d'écraser les braises, espérant de leur chaleur le salut des orteils.
La certitude qu'interrompre son repas serait déchaîner de son corps les plus ancestrales fureur suffisait en ce moment à la jeune fille pour réfréner son angoisse.

Elle n'aurait su prévoir le hurlement qui déchira ses oreilles, et provoqua du fauve un feulement colérique. Le réflex primitif de bondir et s'écarter la saisit avant même qu'elle en eut conscience. Elle s'était à croupi, une main occupée des restes du rongeur, l'autre encore au sol, et cette fois, ses prunelles opalescentes s'étaient figées sur la jeune femme.
Ce n'était pas un cri.
Pas même une agonie, une furie, ou quoique ce soit. Ou du moins, de connu.
C'était une vague dissonante, comme la révulsion primitive de la terre elle-même, une aberration sonore, un accroc à la marche du monde: quelque chose de cosmique et d'affolé, tellement plus naïf que la plainte du nourrisson, tellement plus impressionnant que celui du fauve que la corbac se sentit vaciller, au bord de l'explosion interne, fondamentalement remise en question par.. ça.

Ses deux mains se plaquèrent sur ses oreilles alors qu'elle reculait, toujours sans se contrôler vers l'extrême bord de la corniche.
C'était pire que l'ensemble des litanie destructrices que son esprit avait pu lui concocter. Ou du moins, l'itinérante y décelait les mêmes nuances, la mort, la rage la plus pure, la frustrations, la terreur, et quelque chose de plus mystique, de tellement plus grand que son âme en était secouée.

Elle regardait Anaïel totalement courbée par cette atroce discordance, prête à supplier que ça s'arrête, mais plus que ça: elle fut subjuguée par l'étrange spectacle qu'offrait celle qui, encore un instant auparavant, semblait trouver dans ses mots la musique nécessaire à l'envol de son rêve.

Son immobilité parfaite, d'abord.
Les cheveux blonds s'étaient raidi autour de ce visage, chassé vers l'arrière par une force invisible- le vent ou cette onde générée par les sons? - une mèche unique couplait le visage en une ligne dure, nette, franche, s'arrêtait au bout de l'arrête du nez pour remonter très haut, plus haut qu'Ambre ne pouvait le voir.

Les lèvres écartées en une grimace odieuse n semblaient moduler aucune des atrocités phoniques, mais les commissures signaient des tensions terribles, et comme la soie la plus pure et la plus sauvage; menaçaient de craquer.

Elle va nous briser, s'affolait celle qui n'était plus vraiment marchombre, il faut qu'elle se taise, ou elle va nous...

Mais ses prunelles. Deux gouffres, il n'y avait plus le pâle reflet du ciel d'hivers, dans ce regard abîmé- par la contemplation du Mal.
Il y avait des cendres qui volaient, au limite de l'iris, et le fer en fusion qui rougeoyait: une litanie en image: les flammes, le sang, la mort. Rouge, fautre, fauvisme incandescent, peinture d'écarlate, le genre de tableau que représente un champ après la bataille, la terre ocre: souillée jusqu'aux côtés, et les rivages incertains qui, auparavant, avaient la profondeur de l'azur indigo s'étaient transformés en miasme noirâtre.

C'était un chant d'apocalypse, et Ambre aurait voulu ciller, pour ne pas voir l'image amère.
Mais c'était sa propre paume qui rencontra la joue glaciale et granitique, l'expression vola en éclat comme un miroir. De l'est vers l'ouest, le visage emporta le corps au crépuscule, et tel le soleil, l'enveloppe corporelle fut précipitée au ténèbres infernaux.

Mais le silence revint, et les yeux amétystes d'exprimer la plus fondamentale sérénité, juste une demi seconde. Elle avait tué, mais revenait le silence, l'ordre semblait-il. La panique la saisit entièrement, elle tenta de rattraper l'astre humain, avec une exclamation horrifiée de son acte.
Acte manqué.

Elle serait donc vouée à observer la choir la femme, impotente, et de subir, si le fauve revenait, le festin dont la femme serait l'objet. Il n'y avait encore de trace de remords, ou de douleurs, dans ses iris, la demoiselle était trop fondamentalement choquée pour réagir.
Le corps allait s'aplatir par terre, mollement rebondir, dans un craquement affreux, et...

Ambre avait cillé.
L'intervalle était risible entre le déclin de ses paupières, et l'ouverture sur le monde, mais suffisant pour la faire douter de sa vision. Etait-ce un esprit, un nuage qui avait freiné, là, à l'instant, la chute d'Anaïel? Un oiseau, un monstre, un esprit, une caractéristique propre à sa race? Qu'était-ce? Avait-ce réussi? Il y eut un craquement hostile d'os qui se brise, et l'angle saturé d'un cou qui laissait présager les pires suppositions.

Puis le silence, apaisé.
Ambre porta la main droite à son front, laissant le vent lui gifler le visage, incapable sans lui de remettre ses idées en place. Une exclamation vulgaire échappa à ses lèvres, ces membres qui auraient pu ne plus être les siens tant par le choc, elle avait oublié jusqu'à leur présence, jusqu'à l'appel de la nourriture.
Elle voulut crier, ne sut quoi, resta coitte, incapable d'agir, de rationaliser, son esprit tout occupé par la nouvelle litanie qui s'offrait à lui:

J'ai pas voulu ça. C'était de la légitime défense. J'ai pas voulu ça. La première véritable femme à qui j'ôte la vie: c'était son souffle qui me hurlait le mauvais présage: tu seras meurtrière, tu vas l'achever, elle pourrira dans les racines, j'ai pas voulu ça, c'était..

Elle secouait la tête, à demi, le souffle à nouveau hâché, la gorge douée et calcinée, si elle en croyait ses sensations.
Ambre avait toujours eu un instinct de proie.

Et le fauve, lui, savait reconnaître les opportunité. C'était son pas majestueux qui la sortit de la demi transe où la situation l'avait plongée. Sa démarche souple comme un déhanché de femme, son attitude cavalière: le noble qi achète. Sa majesté concupiscente: Ena quand elle lui parlait. Le pelucheux de sa fourrure fourbe: Le souvenir de Tifen qui dansait dans la bataille, plus monstrueuse que belle, plus fleur du mal qu'Ambre pouvait l'être, et le soir de la serre, quand elle put distinguer à merci les prunelles d'ambre du félin.
Il lui disait: je suis féroce, et elle m'est dûe.
Il lui disait: je suis Valen Til'Llendoryn, et tu assisteras à mon canibalisme intellectuel.
Il lui disait: vois danser la flamme de ma colère, celle de ma vie: je suis Elera, et au pied de ton tombeau, je danse ma voie
Il lui disait: je feule comme tu ris, faux jeton de roturière, et je mettrai les voiles, tu croupiras aux ports, tout te sera inaccessible.
Il lui disait: je suis harmonie, et toi, tu n'es pas moi.

Et la femme, qui serait bientôt livrée à sa fureur animale devint au yeux d'Ambre comme une relique à concerver. Pour son honneur, pour elle-même, pour tout l'univers: il fallait empêcher.

Elle eut le réflexe fou de hurler à son tour, quelque chose du grondement et du tonnerre; sa voix cassa, et le félin leva les yeux, importuné: Quoi, tu miaules, Chaton?

*

Tout était luminescence. Blanc vert gris bleu indigo absolu, infinies possibilités, et elle trônait, risible, écartelée entre les fils des possibles, vouée à les tisser comme une sale tapissière.
Son regard presque mort à la réalité, et son esprit qui accélérait les métaphore, métamorphose du chant de la dame en volubiles pensées, pensées qui se concrétisaient au seuil de la pupille très noire, et...

*

Un rideau de flamme s'éleva devant le félin. Brutalement. Il ne dura qu'une fraction de seconde, mais suffit pour enflammer la fourrure du fauve, qui feula presque aussi atrocement qu'Anaïel avait pu hurler. Il avait atteri sur celle qu'il destinait à être sa proie- ou alors, juste à ses flans, et s'en désintéressa, roulant sur son dos pour pallier au plus urgent, avant de s'enfuir, outré et honteux, non sans se retourner, et jeter à sa lâche opposante son plus menaçant regard.

Celle-ci secoua à nouveau la tête pour chasser le chnt dérangeant des spires, et remarqua que son repas gisait tout proche du potentiel cadavre. Résolue, elle descendit donc au plus vite les quelques mètres qui la séparaient de la forêt, et, sautant le dernier, attrapa le rongeur avant de se diriger vers celle qui, peut-être, ne lui parlerait plus jamais.

Les morts ne cillaient pas, même lorsqu'ils souffraient atrocement. Ce qui impliquait qu'elle n'était pas morte.


-Loué soit... qu'importe
, murmura-telle pour elle-même, en regardant autour d'elle si elle possédait quoique ce soit qui pouvait soulager un minimum l'autre femme.
Celle-ci semblait souffrir, mais d'avantage par l'âme que par le corps. A y regarder de plus près, Ambre ne voyait d'angles inquiétant qu'au niveau du genou gauche, et une torsion de la jambe gauche laissait présager, au mieux, une luxation, au pire, une fracture du col du fémur. Ses connaissances en matière de médecine étaient très rudimentaires, à peine le rayon anatomie de la bibliothèque de l'Académie avait-il été parcourru, l'hiver précédént. Elle n'avait qu'une vague idée de potentiels remèdes, et au cas où la colonne vertébrale avait été touchée, le mieux serait d'abréger les souffrances de..
Mais vu sa position, et le léger soubresaut qui agitait son cou, il semblait que rien n'ait été brisé dans la fragile structure. Comme si l'hallucination, en plus de freiner la chute, avait pu amortir le choc.


-Surtout ne bouge pas. Je vais te donner.. de l'écorce de .. ça, murmura-t-elle en arrachant deux feuilles à l'arbre qui lui rappelait une illustration dans un herbier. Je ne suis plus sûre, mais que je crois que ça devrait te soulager un court instant.

Elle hésita, puis mâcha les feuilles elles-même, jusqu'à obtenir quelque chose de flasque, mêlé de salive. Elle hésita encore, puis, voyant l'expression excessivement fiévreuse de "sa" blessée, lui entre-ouvrit les lèvres, et régurgita dans sa bouche, avant de s'excuser, mortifiée.
Son aînée avala presque aussitôt. Elle-même sentait sa tête tourner légèrement, la faute à la drogue qui permettait de calmer les maux, mais tâcha de faire passer le malaise en mordant à nouveau dans le rongeur. De sang d'échappait de l'arcade sourcillère d'Anaïel, Ambre déchira un bout de la manche de celle-ci et, après avoir vaguement éparpillé le sang pour voir l'entaille, l'y plaqua avec force, de sorte que l'autre gémit. Elle n'osait laisser les prunelles abyssales croiser les siennes, mais sentait, au fur et à mesure que les minutes passaient, leur insistance plus nette.
La lucidité qui revenait l'inquiétait fortement, mais elle se résolut à attendre, tâchant de se rendre utile, sinon à l'autre, au moins à elle-même.


[ :/ il m'aura donné du mal, celui-là. Je préfère te céder la main tout de suite, et comme d'ordinaire.. n'hésite pas si quoique ce soit ne te va pas, ou si tu veux que je reprenne tout]


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MessageSujet: Re: Qu'il vienne, le temps dont on s'éprenne [Terminé]   Dim 21 Fév 2010 - 13:37

[ du grand art, une seule chose à dire : respect ^^]

Elle avait déjà vu la mer, une seule fois. Elle avait vu des lacs, des torrents, furieux, doux et sauvages. La houle modelait leur visage, flou et tranchant, comme de la glace en fusion, ce qui était le cas bien évidemment c'est juste que j'aime bien le mot fusion ^^ . Les vagues mordaient sa tête, à présent. Bouchées, ses oreilles ne lui renvoyaient plus que quelques sons hachés, brisés par l'ouate qui la coupait du monde, incertaine, elle coulait plus qu'elle ne nageait. Sa mémoire était saturée, insidieuse, elle colorait d'obscurité le passé, le présent, mais également le futur, qu'il soit proche ou lointain, il voilait la conscience plus que ne l'eut fait quelques drogues. Et pourtant, elle avait mal, encore. Très mal. Son genoux gauche lui semblait avoir explosé, ou du moins se tordre en une infinité de petits morceaux brûlant les chairs, les détruisant. La hanche aussi, flambait. Une douleurs plus sourde, quelque chose qui se déplace et qu'on ne peux empêcher. Elle sentait, presque inconsciemment maintenant, le feulement sourd de la mort qui ondulait. Le pas chaleureux, et la vie carnivore qui se repaissait de sang, cette vie qu'elle adorait plus qu'elle ne suivait, finalement. Le sang tranchait sa langue et coulait depuis la commissure brisée de ses lèvres craquelées, finissant sa course éhontée sur une arrête claviculaire. Il approchait, dangereux, les effluves de libertés acides, crevant la peau de l'air et de ce qui pouvait ne serait-ce qu'un instant entraver la marche royale du maître des félins. Les pupilles ardentes finirent de lui carboniser ce qui lui restait de panache. Le corps ressentait, l'esprit divaguait. Et sa conscience s'étiolait.

Divague, Anaïel, divague, vague, vague, vague. A vos ordres, les ombres, châtiée je suis, en manque, peut-être, à l'occasion, le sel de vos absurdités passagères à fleur de peau, et les iris qui s'éteignent en soufflant leur râle rauque, rugueux, rigolard. L'espace peut-il se tordre, la réalité s'en mordre les doigts, phalanges et ongles rouges du vent d'aurore qui caresse ses hallucination foireuses ? Le royaume était fumant, les grottes explosées et l'obscurité tapissait la lumière, un voile malsain et cette odeur narquoise empestant de ses relents le savoir qui coulait entre les mains jointes. Pourquoi diable ne peux-tu le voir, l'enfermer tel quel dans l'ombre de ton ignorance, prisonnier des affres de ta honte et de ton désespoir ? Tu y croyais, toi, à la sublimation d'un état ? C'est d'un coton d'incertitude que tu cherches à t'envelopper, enfant, alors que tu le sais, n'est ce pas ? Tu le sais que tu as peur. De Lui, de cette chose qui flamboie d'incohérence avec ce que tu es. Hé, réveille toi un peu ! tu es le joyaux de la Nature, pas le centre du monde, enfant. L'indigo n'est pas une couleur, c'est ta couleur. L'inconnue, la dernière, la clef de voute de tes illusions, voyons, tu le savais pourtant... Pourtant. Tu l'as vue ? Il n'est plus là. Toi, tu restes et tu sombre à sa place, pourquoi ?


Je suis en vie.

C'était un réel coloré de rêve. Une actions qu'elle croyait illusoire, la douleur comprenant son corps et ne s'attardant que dans les zones où la possibilité de rester consciente existait encore. Sa tête avait explosée en même temps que le mur de flamme qui lui avait sauvé la vie. ça déchirait, la trame, les yeux, l'atmosphère, et l'action qu'elle avait sur son corps. Des spasmes la secouaient, par vagues, des spasmes si douloureux que son corps semblait s'écarteler dans les crevasses que la terreur creusait pour elle. Et puis... plus rien. Aussi violente pouvait être la vitesse de réaction, elle n'avait rien à envier à celle de l'arrêt brutal de toute sensation. Quel laps de temps s'était-il écoulé lorsque ses yeux s'accommodèrent - avec difficulté - dans les deux améthystes qui lui faisaient face ? C'était étrange. Aussi flou soit le monde, celui de ses pensées comme celui qui l'entourait, le seul point d'ancrage qu'elle pouvait trouver était bel et bien le regard de cette jeune femme inconnue qui venait de lui sauver la vie. Alors, puisque tout tournait autour d'elle, elle s'accrocha avec la force du désespoir à ses prunelles, cherchant à y lire ce qui la sauverait de ses démons, ou du moins ce qui pourrait les tenir à distance.

Miroir brisé, crevassé, l'inquiétude, sentiment enfin, s'y lisait. C'était drôle, tout de même, cet engrenage de suppositions, d'inquiétudes, de destinées, qui creusaient la voie de qui osait s'y aventurer. Le soleil se couchait, et ses yeux parme s'éclairaient. Elle s'activait, si lentement semblait-il, ses membres tressautant, vivant leur danse inquiète au rythme de l'esprit choqué, une valse sur une toile d'araignée. La rosée perlait, comme quelques gouttes de raisons qui pouvaient chuter à tout moment, et les pièges gluants des abimes démoniaques se tordaient sous ses gestes - un seul faux pas et l'irraisonné entrait en scène. Mais elle était marchombre, du moins avait-elle suivit cette voie - la suivait-elle toujours ? C'était vif, élégant, tressautant cependant, un zeste de précipitation en trop, troublée par l'urgence, elle déchirait plus qu'elle ne contournait. Mais elle était gracieuse, cela ne faisait aucun doute, et toute à ses spéculations anarchiques, Anaïel se prenait à la trouver belle, malgré sa maigreur et les pensées qu'elle avait devinée acides, précédemment, une éternité semblai-il. Elle l'avait sauvé, mais elle, Anaïel, avait-elle sauté ?

Les paroles murmurées, affolées, lui ramenèrent un brin de conscience, une léger fil qui se solidifia au fur et à mesure qu'elle ressentait à nouveau la douleur qui martelait son corps. De divagation, son esprit se fit analyse et raisonnement. La torture de son corps était la première source de son étonnement. Elle sentait ses joues devenir rouges, sous le flux d'endorphine qui parcourait son corps, et celui-ci qui combattait avec les armes qu'il avait. Son côté gauche inférieur était la plus grande source d'élancements. Sa nuque également semblait le siège d'un torticolis de plus en plus insistant, mais son dos, contre toute attente au regard de la chute qu'elle avait fait, ne lui était pas douloureux. Il devait y avoir un tapis d'herbe qui adoucissait le granit qui devait se trouver dessous.

La jeune femme s'approcha, les iris tournoyant, aux portes d'une panique pourtant muselée avec soin pour qu'elle ne dépasse pas le seuil critique. Elle possédait un self contrôle pour le moins impressionnant. Un instant d'hésitation. Lorsqu'elle s'approcha, ce fut - c'était son impression - avec une lenteur angoissante. Personne ne l'avait jamais approchée d'aussi près. Pourtant, après tout ce qu'elle venait de vivre, la nourriture qu'elle lui présenta sous forme de baiser ne lui fit pas perdre la tête, heureusement. Le goût âcre et amer des feuilles mastiquées lui râpa la gorge et le palais, y déposant un film poisseux qui anesthésia un temps la déglutition et failli l'étouffer. Un soubresaut de la poitrine fit passer la boulette droguée.

Que s'était-il passé ? Ses facultés de réflexions commençaient seulement à se remettre en marche, et le miracle de sa chute à enfin titiller sa raison. Elle était tombée d'une hauteur qui aurait du lui être fatale, que s'était-il passé ? La possibilité qu'elle se soit réceptionnée pour amortir la chute était plus que mince au regard de sa position, et elle n'avait pas eu l'état d'esprit nécessaire pour faire un rétablissement digne de ce nom. Elle avait clairement vue la jeune femme en amont, ce n'était donc pas elle qui l'avait sauvée. Un dessin ? Oui, c'était probablement ça, elle avait du créer des liens, des cordes, un matelas, qu'en savait-elle, pour amortir sa chute, ce qui l'avait sauvé. Un éclair illumina ses yeux lorsque elle s'approcha de nouveau, un éclair de remerciement, qui lui faisait d'ailleurs mal au crâne.
Et qu'elle ne vit pas. L'avait-elle ressentit ? Elle ne voulait plus croiser son regard, apeurée, elle semblait en proie d'un pragmatisme salvateur qui l'empêchait de penser à ce dont elle avait été la témoin. Elle jeta un dernier regard à la jeune femme étendue, hésita, et recula, les muscles tendus, sur ses gardes, puis avança de nouveau, un éclair passant sur ses trais, de la compréhension. Elle fouilla de ses yeux flamboyant les alentours et se décida pour une pierre de taille respectable, s'éloigna un peu, et sembla se concentrer. Était-ce une grimace de honte, d'écœurement qui passa sur ses trais tendus ? Anaïel sentait son esprit divaguer de nouveau. De l'eau bouillante, au regard de la vapeur qui s'en échappait et se condensait dans l'air, surgit du néant pour arroser le caillou. L'action dura deux minutes pendant lesquels l'inconnue avait lâché la pierre qui reposait sur le sol qui buvait le liquide brûlant. Enfin, avec précaution, la jeune femme enveloppa la pierre chaude dans un pan de manteau et la tint contre elle, un sourire déchirant le masque d'angoisse de son visage.

Elle avait compris. La douleur qu'Anaïel ressentait lorsqu'elle voyait du feu. Lorsqu'elle sentait un dessin. Et elle, l'inconnue aux yeux si miroitant, n'aimait pas dessiner. C'était aussi simple que cela. Mais elle l'avait fait pour lui sauver la vie.

Sa bouche commençait à devenir pâteuse, aussi fallait-il qu'elle réfléchisse rapidement à ce qu'elle voulait dire, les mots s'entrechoquant contre les parois de son esprit las et traumatisé. Elle ne pu murmurer que quelques borborygmes indistincts, mais la jeune fille se tourna immédiatement vers elle. S'approcha. Tout d'abord, elle cru qu'elle n'y arriverait jamais. Son bras lourd et anesthésié ne semblait plus lui appartenir. Elle ferma les yeux et força aussi fort qu'elle le pu. Son bras bougea, s'éleva vers le visage de la jeune femme. Elle ouvrit les yeux et les plongea dans les améthystes lumineuses. Ses phalanges caressèrent une fraction de seconde l'angle dur de la mâchoire, mais c'était suffisant. Éreintée, Anaïel laissa tomber son bras, perdit l'équilibre de sa position et bascula sur le côté. Il n'y avait pas d'herbe sous son dos. Quel était donc la matière qui adoucissait les arrêtes de la pierre pour protéger son dos ? Un éclair blanc apparu alors que d'une position affalée sur la roche, Anaïel tombait allongée.

Ses ailes apparurent, mais l'inconscience l'avait déjà emporté plus haut qu'elles n'auraient pu le faire.


[ Bon, j'ai pas trop avancé, mais je n'avais que très peu d'idées pour la suite =/ Pour le retard de la réponse encore une fois désolée, je n'ai internet que le week end -_-' J'ai vraiment adoré ton post, j'espère que le mien te plaira aussi, et comme d'habitude le clique sur le bouton éditer est sous tes ordres =) ]


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MessageSujet: Re: Qu'il vienne, le temps dont on s'éprenne [Terminé]   Ven 5 Mar 2010 - 17:10

Il y avait un nombre infini de choses qui étaient enseignées dès l'enfance par qui le jugeait utile. La parole, la marche, la course, et surtout, le self contrôle, le sens pratique, le sens des valeurs.
La famille dont Ambre était issue avait fait de ce dernier point une sorte d'explication plus ou moins rationnelle du fonctionnement de ce monde, des individus et de leurs actes en général.
Nonobstant la fierté, érigée infiniment plus haut que n'importe quelle autre, la réflexion faisait partie des vertus les plus chéries des Naëelios.

Ambre en était à la considérer comme son garde-fou personnel, plus ou moins défectueux, il fallait bien l'admettre. Aussi, puisque la situation était propre à se frapper la tête contre les arbres ou à se jeter par les fenêtres, selon les situations géographiques et les points de vue et dûe à 90% à l'impulsivité des deux jeunes femmes, la plus consciente des deux tâchait de s'y accrocher de toutes ses forces.

L'adrénaline ne s'était pas encore endormie dans ses veines, mais lui procurait une curieuse sensation de ... pouvoir. Au delà de l'urgence, et de l'angoisse qui peinait à disparaître. Une forme de pouvoir qu'elle ne pensait pas pouvoir acquérir, en réalité. Etait-ce une des volontés qu'avait eu l'ermite, en l'expédiant aux bois? Lui faire expérimenter le poids et les avantages de leur voie? Celui de mêler la force "mentale" comme il l'appelait parfois, et la force marchombre? Celui d'exploiter toute forme d'arme, de manière à résister à n'importe quelle forme de structure? Etait-ce l'ultime acquisition que l'Homme pouvait faire de son retour à l'état sauvage, la perte de ses plus profondes répulsions pour une défense optimale, pour des raisons de survie, l'auto-dépassement pur et spontané?
Ou était-ce un hasard, un apprentissage acquis par erreurs, imprévisible pour elle comme pour Lui? Une sorte de longueur, ni d'avance ni de retard, plutôt inattendue. Mettons: une largesse imprévue.
Et qui, certes, n'aurait pas dû être au centre de ses préoccupations, mais Ambre, très indécise, aurait saisi n'importe quel sujet plutôt que celui qui, blessé, s'étendait quasi sous elle.

Le regard d'Anaïel n'était pas vraiment comparable à une brûlure, non, plutôt à quelque chose de moins douloureux et de plus dérangeant. Un insecte qui vous escalade le bras de manière impromptue et vous chatouille- ou vous mords, l'adolescente n'avait pas déterminé sa métaphore avec exactitude.

Finir son repas était une option tentante, quoique peu sage. L'égoïsme s'opposait au pragmatisme, sournoisement. Ce serait rapide, si elle achevait son repas, et puis, elle pourrait mieux se concentrer sur la blesser, et trouver un moyen de les sortir de ce mauvais pas. Et un cerveau nourrit fonctionne mieux, de même, si elle s'effondrait, elles seraient toutes deux à la merci de n'importe quoi.
La jeune femme se releva, ses cheveux noirs oscillèrent un moment dans le vent; le froid de mordre ses joues, pour lui rappeler qu'il finirait bien par la dévorer totalement, quoiqu'elle fasse.

Et décida que l'hiver, s'il était plus doux que l'année précédente restait un danger plus fourbe et grand que n'importe quel fauve: il fallait qu'elles se protègent du froid. Mais Ambre était sur ses gardes, et trop consciente de l'effet qu'avait eu le feu sur le comportement de son ex-interlocutrice.
La chaleur était pourtant nécessaire. Elle pourrait la soulager, de plus.
Il fallait.. un autre moyen.

Aussi, elle guetta les alentours, et choisit une pierre qu'elle jugea de bonne taille, et replongea dans les spires; raidie de dégout, un peu d'appréhension, aussi -Si la femme ne supportait pas le dessin?- mais résolue. Essayer.
Laisser la musique de ses pulsations mentales guider ses battements de coeur, et accélérer, dans l'aube des possibles, la genèse d'éléments.
Eau, amas informe par excellence, structuration méticuleuse de chaque parcelle, tentative d'épuration.
Impropre à la consommation, l'esprit d'Ambre n'était pas assez pur, ni clair pour cela.
Air, ensuite. Plus fou, simplement à encager. Etait-ce l'effet léger de la drogue mâchée, elle crut sentir une chaleur extérieure à son propre esprit. Un souffle qu'elle qualifierait plus tard de cosmique, ardent.

Ca s'agitait autour de sa création, cristalisait des formes, brûlait l'ensemble. Jamais la jeune femme n'avait travaillé de concert dans l'Imagination, et c'était subjuguée qu'elle se laissait guider par l'esprit, ressentant sa puissance avec un dégoût relatif.

Elle ne pouvait ni interroger ni identifier quoique ce soit, ressentant simplement l'énorme pouvoir au chant d'Harmonie qui émergeait des sbires. Le fait était que ça avait fonctionné, la pierre était agréablement chaude, et elle-même comme enfermée dans un manteau d'air du sud. Elle enveloppa la pierre dans un pan de tunique, sans pouvoir empêcher son regard de porter vers l'autre femme, très angoissée.
Si c'était son esprit qui avait touché le sien..?
Si l'or avait à nouveau fait place au gouffre, au théâtre de ses prunelles?
Si l'étrange son émis était un appel, un merci, une plainte, les prémices du chant d'apocalypse?

Elle s'approcha, tâchant de ne pas concevoir la pierre comme une potentielle arme pour faire taire l'inconnue, si son hurlement devait reprendre; puis s'agenouilla au côtés de celle-ci, qui semblait faire un effort particulier pour communiquer. Elle tendit son bras, et Ambre retint son souffle, en sentant les doigts glacés effleurer sa peau, qui se réchauffait à peine.
C'était très troublant, en réalité, que celle qui lui avait sauvé la vie, et qu'elle avait failli tuer ait un geste, sinon tendre, au moins particulier pour elle. Elle sentit ses yeux s'écarquiller plus qu'elle ne put le contrôler, mais déjà la main retombait, et le corps entier suivit sa course, inerte.

Ambre glissa la pierre préalablement chauffée et emmitouflée sur son ventre, puis envisagea de la remettre sur son dos, pour des raisons pratiques évidentes mais...

Etait-ce un hoquet, un petit cri de caniche, une variante aphone de ce que pouvait suggérer la crainte et la surprise.
Cela s'enroula simplement autour de sa propriétaire, comme pour la protéger du regard effaré et choqué d'Ambre. Dans son esprit, elle venait de passer à "ça" ; et "ça" avait des ailes.
Elle hésita un moment, une main dans le vide, regarda la forêt. Comme si fuir était la solution.
Puis regarda les cheveux, et la main arachnide qui dépassait de sous.. l'aile.
Elle frissonna, et tâchant de ne surtout pas toucher les plumes si soyeuses. Dans la gibecière, elle trouva une fronde, qu'elle sortit. Jamais elle n'avait eu ce genre d'arme en main, et son utilisation ne lui parut pas assez évidente que pour l'envisager. En revanche, elle se souvenait parfaitement du principe d'atèle, qu'elle avait souvent pratiqué. Aussi, elle ramassa deux branches vaguement aplaties, qu'elle fixa le long du genou blessé avec la fronde. Etant donné l'inconscience de la créature, elle n'hésita pas à serrer autant qu'elle pouvait.

Ensuite, jugeant que tout ce qui avait pu être accompli l'était. Et qu'il fallait réfléchir.
Elle mangea enfin ce rongeur, tout refroidi, et sans plus vraiment y trouver du plaisir, tant son esprit était ailleurs.
Il cherchait une explication rationnelle, non plus à la chute -elle avait l'explication sous les yeux- ou à la source d'aide venant des sbires, mais sur ce qu'il convenait de faire. En entassant au flan de la montagne les plus hautes branches, et quelques pierres, dans le but de créer un abri très sommaire pour la nuit.
Un rugissement de fauve suffit à la faire abandonner Anaïel au sol, et il lui fallut une bonne demi heure pour oser reposer un pied sur l'herbe.
De temps à autre, l'aile semblait frissonner. A peine un tressaillement, mais angoissant. Elle avait décidé de rester, par curiosité, sachant qu'ensuite, le lendemain peut-être, leurs routes se sépareraient, peut-être pour toujours.

*

Les cimes des arbres dansaient , et la forêt craquait, forte de ses millénaires, autour de leur petit camp. Etait-ce déjà la nuit, ou alors, le couchant? Tout alentour était de la même teinte, une vert profond et impénétrable, assailli d'ébène et de jade, opale et anthracite au détour des racines. Ambre avait tourné le dos à l'inconsciente, et visage posé à même les bras, était immobile.
Bornée, elle s'était refusée à rallumer un feu. Son dessin tenait bien, et, si sa mission avait été un échec, au moins n'avait-elle pas été repérée.

Elle n'osait pas se retourner, même si fixer le vide l'angoissait plus sûrement qu'autre chose. Elle jouait la proie en étant le chasseur, offrait son dos pour cacher les griffes qui la défendraient en cas d'attaque.

Mais commencer n'avait jamais été son fort, surtout pas en cas de joute. Elle se savait assez fine pour rebondir sur quasi n'importe quoi. En revanche, tendre la joue, tendre son piège de mot frisait l'impossible. Alors, elle hésita longuement, toute à sa certitude que l'autre avait retrouvé la conscience. Elle l'avait entendu boire un peu, de la gourde qu'Ambre avait sorti de la sacoche, et posée de manière très accessible. Choisit de se taire, finalement, par lâcheté.

Quantité de choses avaient été enseignées de tout temps et dès l'enfance, aux enfants du peuple.
La fierté, celle d'être de la génération qui avait fait face, de l'humain qui s'était redressé, et avait bâti de ses mains un univers de possible aussi glorieux que l'Imagination de la Dame.
Le résolution, pour accepter les erreurs, les épreuves, et la mot, qui peuplaient les routes.
L'espoir, qui poussait sans cesse leurs esprits sur des voies toujours plus périlleuses, toujours plus grandioses.
L'éthique, l'esthétique, le nécessaire.
Mais aussi, et surtout, leurs contraires; et de savoir les taire.


[*w* désolée pour mon retard, j'ai été fort occupée .. et définitivement merci pour ce post ]






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MessageSujet: Re: Qu'il vienne, le temps dont on s'éprenne [Terminé]   Mer 17 Mar 2010 - 11:03

Il faisait doux, dans l'obscurité, loin de l'agitation et de la douleur, de la détresse du monde. Des étoiles s'allumaient ou s'éteignaient en papillonnant dans son ciel d'inconscience, et nager parmi elles lui semblait tout aussi naturel que de respirer, un but, simple et sans équivoque à suivre, inlassablement. Le chemin était éclairé, de ressentis à défaut de lumières, même si ces dernières étincelaient doucement tout autours de son corps immobile, et pourtant en perpétuel mouvement. C'était si facile. L'esprit vagabondait, vacillant, calfeutré dans l'instinct du corps qui s'enfonçait dans les ténèbres, si facilement, encore une fois. Elle était lovée dans un cocon d'illusion, et comme un baume, la caresse de l'eau soyeuse sur une blessure, elle niait les clignotements des lucioles tout au dessus d'elle. Car ces lucioles, ces éclats acérés, étaient tout autant de morceaux de réels qui, s'ils était d'une perfection et d'une beauté toute cristalline, n'en demeurait pas moins de douloureux cristaux de sel qui se déposeraient à coup sur sur ses blessures si elle s'en approchait. En même temps... Tout était trop facile. Et elle n'était tout simplement pas habituée à la facilité, le malaise persistait.

Elle sentait qu'ailleurs il y avait de la douleur, de la peur, de la faim et du froid. Elle le sentait dans l'empreinte floue que laissait sa mémoire sur les ombres que formait son corps dans l'infini oisif qui l'englobait de sa douceur. Pourquoi alors l'envie de s'accrocher persistait ? Il y avait indéniablement quelque chose qui l'attirait, d'une force presque implacable, elle aurait secoué la tête de frustration si elle en avait encore été capable. Comme on caresse un nuage, avec cette tendresse bistouri pour ne pas le déliter, effleurer était un maître mot, elle entrepris alors de regagner son esprit. Tranquillement, sans précipitation, elle tendit son âme vers l'étoile la plus lumineuse qui irradiait de plus en plus fortement au dessus d'elle. Une étrange étoile couleur prune. Étincelante.

Le retour à la réalité fut brutal. Une vague de douleur et d'ignorance déferla sur elle, ravageant le peu de contrôle qu'elle avait encore sur elle même. Le cri qu'elle voulu pousser resta bloquer dans sa gorge, une souffrance sourde et lancinante, alors que parcourus de soubresauts incontrôlables, son corps tressautait en silence dans l'air froid qui l'emprisonnait dans sa gangue de glace acérée. Un haut le coeur dévasta son ventre, mais par miracle elle garda sa substance pour elle, au lieu d'en asperger ses... Ses ailes ? L'incompréhension comprima son visage en une grimace torturée, ses pensées passant de floues à la précision d'un scalpel en une fraction de seconde, et la réalité sur laquelle elle ne pouvait encore mettre aucun mot dans la situation l'horrifiait. Sa greffe était là, autour d'elle, la lovant dans un cocon de douce chaleur, la protégeant des pics agressifs de la bise mordante. C'était en outre probablement elle qui lui avait sauvé la vie lorsqu'elle avait chuté.

L'histoire revint alors en elle comme une déferlante de sons, d'images, de sensations écarlates. Elle leva les yeux, alors, et ne vit que la falaise abrupte et bistrée, les éclats de roches adoucis par l'obscurité qui régnait à ses pieds. Mais elle était là, Anaïel le sentait, malgré les troubles qui l'agitaient. Un battement. Un frisson, et le vent qui se fend d'une présence à briser, le granit, dont les épines semblent à tout moment trancher la peau. Les sensations se répercutaient en elle, paradoxalement à celles de ses souvenirs, avec une douceur proche de la tendresse, comme si le monde autours d'elle souhaitait rendre son "retour" plus facile, plus agréable. Comme un baume sur une plaie à vif, le chant de l'herbe, du vent, de la forêt, résonnait d'arpèges tendres et vivifiants, ses ailes paraissant en concentrer la substance pour l'introduire au cœur même de ses cellules, c'était époustouflant. Un sourire éclatant vint rompre ses lèvres et ses prunelles de brûlantes devinrent resplendissantes, il n'y avait plus aucun doute, ce monde était le sien, c'était cette certitude qui avait pulser en elle, lui donnant la force de le retrouver, comme une amante des ombres retrouve son lieu de rendez-vous amoureux.

Le temps coulait autour d'elle, improbable rocher s'ébrouant de sa placidité contre le flux et le reflux des secondes éventées, le vent berçant ses blessures, ses ailes intransigeantes refusant de se retirer tant que la guérison ne serait pas achevée. Tout là haut, la jeune femme n'avait pas bougé. Alors qu'elle sentait de nouvelles forces dévaler ses veines et ses muscles, un sang nouveau au gout de liberté, elle s'autorisa à ramper pour hydrater son corps. La gourde était près d'elle, la saisir, l'élever à hauteur de bouche, cependant, semblait presque impossible. Stupéfaite, la marchombre ne parvenait pas à accorder sa faiblesse visible à celle qui semblait couler dans ses veines, elle voulait se lever, partir, grimper, mais cette énergie restait cantonner à l'interieur d'elle-même. Elle s'installa confortablement, et songea alors à tout ce qu'il s'était passé.

La notion de jour et de nuit semblait bien instable, entourée qu'elle était de la forêt d'un côté, de la muraille de l'autre. De plus, plongée dans ses pensées, elle n'avait qu'une faible conscience du monde extérieur, même s'il continuait à distiller sa douce musique tranquilisante. Comme pour se faire pardonner. Ambre n'avait pas bougée, et les émotions avaient due avoir raison de sa fatigue, le souffle du vent lui rapportant le sien, régulier, pour la première fois, marié à un très léger ronflement. La vision de la jeune femme endormie titillait sa curiosité, et elle se demandait si la tension qui l'habitait et qui devrait avoir probablement disparue dans le sommeil, rendait sa posture plus différente, son visage changé. Mais elle ne pouvait pas bouger. Elle lui avait fait du mal. C'était évident. Et pourtant, elle s'était occupée d'elle comme pour préserver une part de son labiryntique esprit, c'était indéfinissable, comme esseulée alors même qu'une autre présence était à portée de main. La réaction d'Anaïel semblait narguer cette solitude saccadée, tu vois, le contact des autres fait mal, abstiens-toi donc. Fauve en cage de son corps, la marchombre laissait le gouffre de ses pensées prendre possession de son corps. Advienne que pourra.

Un frisson secoua doucement les buissons. Un souffle, rauque, rapeux, létal, s'en échappait en dansant dans le froid qui givrait les secondes. Deux iris pointèrent de la pénombre et, fixement, détaillèrent la proie que la montagne avait essayée de lui ravir. L'insolence mariée à l'élégance, et sa danse éhontée l'amena à faire quelques pas silencieux vers l'objet de sa convoitise. Il s'arreta soudain, plus bruyant dans son immobilité qu'il ne l'avait été dans son déplacement. Deux prunelles avides s'étaient ouvertes devant lui, deux brasiers incandéscents qui mangeaient le visage et cherchaient à happer son âme à lui, le seigneur de la forêt. Pas à le happer, à l'emporter. Un sifflement parvint à ses oreilles qu'il tendis dans la dirrection de sa source, les lèvres de la créature. Un murmure. Lointain et tendre, acéré comme candide, le chant du monde dans lequel il se mouvait. Hypnotisé et cherchant de tout ses muscles à entendre ce son étonnant, il fit un pas, puis un autre, et s'approcha de la faible femme aux ailes déployées. Une main aux doigts fins sembla s'envoller vers lui, il cueillit les phalanges du bout de son front au poil soyeux. Une caresse au gout d'une promesse. D'une supplique. Ne me mange pas, pas maintenant, je serais à toi, je sui à toi. S'il te plait. Laisse moi chérir la vitalité qui s'enroule le long de ta délicate architecture d'élégance, tu es le roi, prend soin de moi. Je suis à toi. Je suis toi.

Anaïel était heureuse. La douceur du félin semblait couler en elle comme de l'eau claire et d'une suavité toute animale. Elle savait qu'une fois libéré de l'emprise qu'elle avait sur lui il s'en irait sur d'autres chemins, peut-être un peu moins fort qu'avant. Elle sentait sa force, son amour pour la forêt, la peur, l'envie que lui inspirait les Hommes, et le bonheur de courir pour le plaisir de louvoyer, seulement. Elle ressentait les mêmes sentiments. Après un ultime arpège tranquile, le fauve se détourna, arrachant son regard à celui de la marchombre, et s'en retourna à l'ombre des fourrés. Anaïel le remercia d'un geste. Entrepris de se lever. Echoua. Recommença. Réussis. Avec le départ du roi de la forêt, ses ailes se retirèrent également, une étrange sensation de chaleur les remplaçant dans le dos, sur l'omoplate. Elle entrepris alors de grimper. Son osmose avec la roche compensant la force qui lui manquait, elle s'éleva lentement, une prise après l'autre, un mouvement fluide et l'autre saccadé, pour ensuite poser les mains sur le rebord où Ambre se tenait. Réveillée. Leurs yeux s'accrochèrent pour ne plus se lâcher. Pardon chantaient ceux de la marchombre. Ceux de la jeune femme ne disaient rien d'autre qu'un énigmatique reflet brillant. Assise le dos au vide, comme dans un rêve, Anaïel leva à nouveau la main. Pour arrêter son geste, l'incertitude l'emportant plus loin que les grand yeux violets.


- Merci...

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MessageSujet: Re: Qu'il vienne, le temps dont on s'éprenne [Terminé]   Dim 28 Mar 2010 - 3:42

Ce n'était pas de la peur.
Simplement le besoin de s'élever, elle aussi. Fuir, peut-être, mais pas trop. Sans avoir décidé si l'autre était, ou non, une menace. Juste, prendre de la distance, réfléchir, analyser, s'approprier son propre esprit à défaut de l'univers.
Ambre, cédant à la frustration imposée par le silence avait choisi de ré-escalader la roche jusqu'à la corniche, de poser son dos -chaud- contre la pierre -froide- le dessin frôlait sa peau et matelassait l'air -mordant- d'une douceur éthérée. Rien pourtant, ne lui donnait l'illusion d'être protégée.
Il y avait à ses pieds un vide suffisant pour tuer un humain. Et aux pieds de la forêt le corps d'une créature étrange, trop blessée pour être menaçante. Quoique. Les nerfs de la jeune femme étaient bien plus fragilisés qu'elle voulait bien le croire, et après avoir doublement risqué sa vie, la perspective d'avoir face à elle une «humanoïde » inconnue et propre à exciter les langues des ménestrels n'avait rien pour la séduire.

Elle tâchait de positionner cette rencontre supposée fortuite dans sa cartographie mentale, de positionner le personnage sans nom au-delà de sa différence.
Elle n'était pas mercenaire, les chances étaient inférieures à 25%.
Elle ne lui voulait du mal qu'au cas où elle dessinait, avec visiblement, une hantise particulière pour le feu.
Elle savait chasseur, et devait voyager depuis longtemps, si Ambre en croyait le contenu de la besace fouillée. Elle y avait vu quelques instruments particuliers à l'univers des voyages. S'était-elle limitée à Gwendalavir? Avait-elle pu.. voler vers d'autres horizons?
L'ex-itinérante se surprit à sourire. Les voyages. Parler, inviter au voyage, à la narration de ses voyages une personne inconnue, blessée, à demi-inconsciente; et ce dans le but de lui tirer les vers du nez était aussi risible qu'enfantin.
Résumer. Femme. Blonde. Probablement marchombre, à moins que sa grâce et son espèce d'harmonie vienne de sa nature profonde. Grapho-phobe. Blessée sans griefs. Généreuse de ses chasses. A l'écoute de ses instincts, ouverte à la philosophie. Jolis yeux.

Elle repensait à son regard, avant de sombrer dans l'inconscience, au paysage étranger qui défilait dans ses iris embrumés. Des vagues anthracite ciselées d'or, échouées en écume bleutée sur les rivages circulaires d'une terre violacées. Lie de vin.
Les plages insaisissables de sa vie qui vacillait, un regard funambulaire qui fixait le ciel avant de choir: au plus profond des yeux de son interlocuteur.
Ses phalanges s'agitèrent nerveusement. Elle manquait de concentration, de vigilance, aussi. Peut-être Anaïel s'était-elle rendormie dans son linceul de plumes? Les yeux violets cillèrent, effacèrent les dernières traces de frustrations dues au souvenir.
Résumer. Dette payée. Aucune colère. Meilleur état grâce au repas. Volonté physique de vivre. Sensation de discordance face au chant primitif. Précision de ses gestes. Velour de son visage, lorsque la brise le frôlait. Peu d'armes, dont la principale servait à aider son attelle. Vulnérable.

Il n'y avait aucune raison de craindre. Au contraire, la sensation qui l'habitait aurait pu être une joie, à l'idée d'avoir trouvé un autre défi que l'ermite sur lequel laisser son esprit s'égarer. Elle se prouvait qu'elle pouvait s'entretenir en temps qu'humain -mal- et que ses capacités étaient moins défiantes qu'elle voulait bien le croire. Elle avait acquis en capacité, ces dernières semaines, mais le temps passé en forêt avait été décisif à tous les points de vue. Et elle parvenait maintenant à grimper comme pouvait le faire Tifen.
Ambre se laissait aspirer par son esprit, papillonnait de pensées en pensée, loin du presque qu'Ange qui s'éveillait au loin, en bas. Elle n'avait pas l'illusion d'être en sécurité, mais la sensation d'urgence s'amoindrissait, reléguée loin, très loin, derrière la réflexion, l'assassin grandiose.

Elle avait eu de quoi se nourir, peu, mais elle savait, par les livres, qu'un régime aussi implacable et contraint que celui auquel elle avait été soumise pour une durée indéterminée n'était pas sans déteriorer les capacités d'un estomac. Elle n'avait pas soif, agréablement chaud, et la sensation qu'on lui préfèrerait, en temps que proie, son ex-interlocutrice. Tout était aussi paisible que possible, elle avait donc tout le loisir de se laisser enfumer par son esprit, de revenir très souvent à l'Autre, à ça, à la colère...

Son propre chaos retrouvait ses habitudes, s'organisait avec régularité et élégance, comme la toile d'une invisible araignée. De jolies gangrènes chapardaient le bonheur passé, et des bourgeons endiablés promettaient de s'ouvrir au hasard des évènements. Il y avait quelque part l'idée d'un levé de soleil sur les cimes des montagnes, les chants plus ou moins paillards des hommes, quelques claques. Ena Nel' Atan et son souvenir de portrait mural, son ambition de tableau, la figuration de son rôle.
Ambre se voyait la déchiqueter avec adoration, la lapider à crever le masque. Sans l'ermite. Aux pays de ses embrumes, la jeune femme était le héros solitaire, vainqueur, vaincu, traitre, conquérant, tout à la fois. Egoïste. Il faudrait trouver quoi lui dire, oui, quand elles se parleraient, peut-être jamais, mais si c'était le cas, trouver de quoi impressionner. Volonté singulièrement récurrente.

Etrangement, le lieu où elle se trouvait, sans lui échapper, lui semblait plus distant. Elle ne se sentait plus dépendante de ses dons, acculée à ses ombres. Non, il redevenait ce qu'il était; un curieux décor, doucereux théâtre. Inconcistant comme la matière humaine.
La jeune femme se rendit sourde à tout ce qui lui était extérieur, involontairement, aussi, la douceur du chant d'Anaïel ne parvint-elle pas à la toucher. Trop harmonieux, sans doute, trop personnel, trop « allant de source ». Si Ambre n'était sensible qu'aux accrocs?

Elle avait fermé les yeux, fatiguée, mais paisible, loin dans un dialogue théâtral qu'elle menait à sa guise, l'opposant non à la créature, mais à Ar' Kriss et Oreille Pointues. Un jour, quand elle aurait ce qu'elle voudrait. Le génie capable de la singulariser de l'univers. De la porter plus haut, sur la Voie. Le jour où elle danserait sa chute de feuille morte, mais le vent en proue, emportée, fulgurante, elle serait enfin...

Un roulement de pierres doublé d'un souffle un peu hâché la sorti brutalement de sa rêverie, et, mi rageuse mi étonnée de son propre laissé-allé, elle se redressa un peu. Quelqu'un grimpait.
A nouveau, son coeur accéléra la cadence, et de sa cervelle naquit mille chimères lascives, habillées de dangers.
C'était Valen, qui venait la tuer, qui savait tout.
C'était un ours élastique.
C'était Arro, qui venait se venger.
C'était Ena, qui l'avait entendu penser, et venait refaire son propre portrait.
C'était la présence dans les spires, le monstre de la puissance qui..

Elle se pencha, l'arme à la main. La main dissimulée par la roche qui composait la corniche.
Cilla, croyant encore rêver.
C'était l'ange qui montait, toute harmonieuse dans son ascension -pourtant étrangement saccadée. La pierre s'allumait sous ses gestes, chuintait une musique sporadique et entrecoupée de secousses. Rien de dissonant, mais il manquait dans le ton ce qui rendait sa maestria à l'auteur. On la sentait diminuée, mais avait-ce de l'importance?
Elle ne pouvait pas faire ça, un... ah, mais oui. Elle n'était précisément pas humaine, pourquoi sa douleur ou son métabolisme le seraient-ils.

La corbac s'éloigna du bord de la corniche, mais pas trop. Elle avait oublié le morceau d'idée qu'elle croyait avoir capturé, environ une heure plus tôt. L'abord du dialogue, tout cela.
L'autre la rejoignit -trop tôt- et incapable de réagir, de rationaliser ses actes, Ambre se perdit dans sa contemplation, avide de sensations jusqu'alors ignorées.
Pour la premirère fois depuis... l'ermite; elle se sentait regardée.
Pour elle, pour ce qu'elle était, en temps qu'individu, isolé, perçu, désiré. Ni ombre ni lumière, juste humaine. Et comme au jour de la rencontre avec l'ermite, elle se sentit envahie d'un vertige qui brouilla ses perceptions les plus basiques.
Qu'exprimait le regard?
Elle s'était assise, Ambre était agenouillée.
Le cuir de la veste de la marchombre baillait sur la base d'une de ses épaules. Sans conséquence.
Son parfum sylvestre et aérien flottait dans l'air, brutalement envahissant quand elle leva la main.

Ambre s'était figée, attendait. Regardée, elle était offerte, plus enfant que jamais. L'autre pouvait la gifler, la rejeter brutalement, refuser le fait que la dette soit remboursée -après tout, la roturière avait failli être l'assassin. Elle ne redoutait pas le contact de la paume et des doigts graciles sur sa joue; plutôt la symbolique d'un gestes que de nombreuses personnes n'osaient même pas accomplir.
L'Autre pouvait aussi s'arrêter, sans qu'on sache pourquoi, laisser son coeur aux abois, et s'interroger, se perdre dans son propre esprit: affolée et crédule malgré elle.

Il aurait été futile de rugir: « Allé, prends-le, ce foutu pouvoir que ta main exerce sur moi, donne-moi une ligne de conduite, je ne suis pas capable de nous mener seule à bon port, et peut-être que de ce langage-là, quelque chose de neuf naîtra. »

Mais ce fut des mots que naquirent le dénouement. Reconnaissance. Acceptation.
L'evidence laissa Ambre pantoise, curieusement insatisfaite. Certes, peu l'avaient jamais remerciée pour quoique ce soit, et le fait était déjà incommensurable pour sa fierté malmenée. Mais somme toute, c'était si commun. « Tout au plus un compte juste », souffla l'instinct.
Elle voulut répondre, ouvrit la bouche à demi, mais ne put poursuivre. La femme aux yeux-mondes guettait quelque chose, un signe méconnu, ou qu'Ambre ne pouvait donner. Son geste retenu n'était pas pour autant avorté. Le fouet de l'adrénaline fit tourner son sang, ses pupilles s'étrécirent, fuyèrent les prunelles pour la main tendue, passèrent de l'un à l'autre. A nouveau, le plaisir sale l'envahit: elle était gorgée d'anticipation.
Réagis, lui imposait son orgueil.
AGIS, criaient chaque parcelle de son corps.


-Juste ma dett/

La main s'avançait à son tour, poussée d'une impulsion qu'Ambre n'identifia pas plus que les autres, mais coupa la médiocre justification qu'elle était en train d'opposer.
La main d'Anaïel s'approchait, et le vertige croissait, c'était un peu comme sentir l'univers basculer, pour la cinquième fois de la journée.
La première fois, ça avait été vers la mort, et les crocs d'un prédateur.
Puis, vers le ciel, dans un élan effréné, une quasi-reconnaissance.
Ensuite, dans les sbires, une direction peu usitée, et franchement déplaisante; vers la clémence
Alors, de la sollicitude à la méfiance, comme un juste retour des choses.
Et maintenant, dans une direction non-envisagée, un autre nord pour se désorienter.

Que ferait l'ermite, qui s'était brûlé la paume plutôt que de la toucher, que ferait Tifen, avec qui elle connaissait la connivence spontanée, les mains calleuses sur ses épaules posées? Qu'aurait fait Luminescence, si elle avait choisi de lui accorder une attention qu'il désirait sans lui céder la possibilité de lui accorder? Que ferait Khan si elle voulait s'accrocher à son cou? Elle retrouva l'idée qui lui était venue, l'aveu sur le protecteur des sbires, mais c'était trop tard. Elle avait perdu la possibilité de contrôler quoique ce soit, ou de mener les choses à son entendement, elle pouvait juste, pour ne pas perdre totalement le contrôle de ses nerfs, retrouver le chemin des iris indigo, et leurs océans tumultueux, dressés par les zéphyrs intérieurs de son interlocutrice, d'y trouver le reflet des étoiles, et d'incompréhensibles détails. Ne pas sentir le contact. L'anticiper. Et sembler neutre, inaccessible, quelque chose.


[J'te fais confiance o/ ]


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De l’irascibilité de l'être
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MessageSujet: Re: Qu'il vienne, le temps dont on s'éprenne [Terminé]   Mer 31 Mar 2010 - 15:21

L'odeur était lourde, lourde d'incertitude, d'énigmes et d'explications foisonnantes à défaut d'être justes. Anaïel, un instant, se laissa désorienter par ce reflet trouble qu'elle contemplait au fond des prunelles de l'autre, des prunelles frangées d'un mélange doucereux et gluant, était-ce de la peur ? De la bravoure ? De l'ironie ou du mépris ? Comme une fièvre maladive les cils paraissaient collés, les pupilles dilatées mais les yeux étrécis comme si les paupières cherchaient à protéger les pigments zinzolin. La porte de son âme... la tension semblait si importante, si dur à soutenir... Elle s'imaginait le chambranle de ses iris plier, se tordre sous la monstrueuse poussée intérieure, mais le verrou mordait la pupille, par le centre, tout autours, pour empêcher son univers de s'ouvrir, de s'éventrer vers l'inconnue, c'était un combat dont elle ne comprenait que la souffrance, les épaules de l'autre, ses mains aussi, crispées, comme si les tendons eux aussi voulaient s'échapper mais que le corps les en empêchaient, tout son corps était immobile, tendu à l'extrême, la bouche devenue une ligne mince, un sillon qui mordait les joues, et qui voulait elle aussi crever la surface...

Anaïel secoua doucement la tête, perplexe au delà des ombres qui dansaient dans son esprit, le courant était tortueux comme seul peut l'être celui vagabondant entre deux personnes. Le délire de ses derniers instants, et sa greffe que l'autre avait vue, c'était inconcevable, ça avait déraper. Pourquoi ? Elle avait mal aux yeux, et c'était la première fois. Juste derrière les yeux, en fait, à cet endroit où la présence d'Elhya était constante, douleur et déroutement. Elle avait mal parce que, pour la première fois depuis qu'elle lui avait offert le phœnix aux yeux d'argent, elle n'avait pas pensé à elle. Oh, une seconde et demi, pour tout dire, mais cet instant où elle s'était plongé dans la dentelle de la surface de l'âme de l'autre lui avait arraché ce dernier lambeau de lien, effilé et usé jusqu'à la corde le lien. Elle se sentait trahis. Les yeux fixées sur la roche devant ses mains qu'elle avait posé instinctivement à plat, elle se laissa une fois de plus entrainée par des souvenirs doux-amer, l'élégance d'une toile d'araignée mariée à l'insolence du passé qui ne saurait être changé.

***

Un long moment passa, troublé seulement par le silence du vent qui s'étaient tu, et par les battements exactement désynchronisé des deux protagonistes. C'était une chamade dure, soyeuse pourtant, ce sang qui pulsait et cet organe qui, depuis toujours, était l'anathème de la vie, l'amour personnifié dans cet amas de cellules musculaires, de mouvements infinis, l'histoire n'était écrite que pour ceux qui ne voulaient pas se l'approprier. Pourquoi en était-elle arrivée là ? Pourquoi en étaient-elles arrivées là ? Anaïel était triste. Triste au delà de ce que la situation impliquait, s'entend, ce qu'elle trouvait, dans un coin de son esprit, totalement insignifiant. Son univers s'était agrandit, à présent, l'autre avait vu sa greffe, ce qui était d'une brutalité symbolique n'en demeurait pas moins une connivence importante si ce n'était voulue. Son univers s'était agrandis puisque Ambre en faisait parti, maintenant. Et que le souvenir d'Elhya s'était envolé, un instant, celui qu'il fallait pour qu'elle se rende compte que sa quête n'étaient plus que le reflet de sa tristesse et que la volonté farouche qui la poussait à toujours la chercher n'était en faite tissée que de lâcheté, de peur, et de l'amertume de sa défaite, il faut le dire. Un mince sursaut déchira sa lèvre alors que ses lèvres amincies formaient la dure ligne d'une détresse plus corrosive que du vitriol. Plusieurs choses se mettaient en place, et les pierres de ses constructions mentales étaient parsemées de verre pillé, d'arrêtés acérées, de structures torturées.

Malgré tout ses efforts, malgré la certitude farouche qu'elle agissait en temps qu'éléctron libre, elle ne pouvait contrôler son univers dans sa globalité, le plus petit hasard pouvait avoir des conséquences qu'elle ne saurait gérer sur l'architecture de sa personnalité. Une architecture instable, aérienne, flamboyante de vie, bien ancrée cependant grâce à l'implacabilité de ses émotions. Le plus petit hasard... La probabilité que tout cela soit arrivé, à cet instant précis, avec cette personne précise, la mort qui avait dansé autours d'elles de sa valse morbide, et le rapprochement instinctif qui en avait résulté, tout cela était aussi étrange qu'il n'aurait pu être prévu. Ambre faisait parti de son univers. Elhya n'était qu'une ombre dansante sur le voile de sa fierté. Ambre faisait partie de son univers. Ambre...


Élégante, droite et fière. Silencieuse. L'autre la regardait fixement avec cet éclat particulier dans les prunelles. Cet éclat qu'Anaïel avait peut-être aperçu juste avant qu'elle ne raconte sa belle histoire de reptile et de cétacé. Le mépris, ou la distance peut-être ? Elle était là, présente à la torture près du corps tourmenté de la marchombre, et pourtant son esprit semblait si lointain, si perdu dans les tréfonds d'une âme alvéolée de sentiments aussi paradoxaux qu'imprévisibles... Avait-elle peur ? Avait-elle envie de partir, enfin, de s'éloigner du cauchemar qu'Anaïel lui avait fait vivre ? Que pensait-elle de tout cela ? Que pensait-elle...


Mais en quoi était-ce important, au final ? Dans un sursaut, la jeune femme repris conscience de la situation, du froid qui mordait sa peau, des ses élucubrations envoutantes et de la distance qu'elle avait pris avec le réel en vaines suppositions hasardeuses. C'était tellement futile... Elles étaient ici et maintenant, liées par un instant plus long qu'un passé, un instant qui les aurait peut-être lié pour l'éternité si l'une d'elles se décidaient à parler. Ancré l'instant dans les mémoires, ou laisser tréfiler le souvenir d'une rencontre saccadée d'émotions et de gestes amplifiés par leur personnalité ? Il y avait un choix à faire, elle en avait conscience, l'autre ne bougeait pas. Elle leva les yeux vers elle. Dans ses yeux flamboyant, elle vit une hargne dont elle n'identifia pas la cause. Ne se laissant pas derechef entrainée, elle vrilla son regard, avec tout au fond une tendresse face à son visage offert et à ses son âme claquemurée, voulait-elle s'offrir sans qu'aucun signe n'apparaisse, une fierté qu'elle conserverait ? Elle ne connaissait d'elle que de fantasmatiques hypothèses. Elle ne connaissait que l'impact qu'elle avait eu sur elle, sur son univers, chamboulé mais pas détruit, au contraire. Réorganisé, et une nouvelle sagesse qui dévoilait le paysage d'un prisme compliqué et harmonieux dont elle ne percevait qu'une partie de ses innombrables subtilités. C'était un prisme humain, des émotions humaines, déchargée, enfin, du fardeau qui encombrait sa tête. Des sentiments purs et intouchables, le souffle de ce qu'elle était noyant son monde, mais pas ce petit bout de curiosité, cette jeune femme qui lui offrait la possibilité de la découvrir, par ses actes, par son regard fermé, comme un défi : regarde, je me referme et tu ne me vois pas. Je t'ai sauvé la vie, tu m'as sauvé la mienne. Pourras-tu lire en mois ou tout se terminera-t-il là ?

Sous l'impact de ses émotions, Anaïel sentit se fissuré quelque chose, quelque part, une douce et solide étoffe qui sembla prendre de la place, tordue et craquée par la poussée, il ne fallait pas céder. Étonnée, elle pencha la tête sans cesser de fixer le regard de la jeune fille. La prise de conscience de sa propre insignifiance, acquise depuis longtemps, sembla alors prendre une toute autre couleur. Était-elle si insignifiante que ça pour que de telles situations se produisent ? Le monde pouvait bien tourner, ailleurs, pas ici, alors que deux inconnues se regardaient, l'expectative au fond des yeux comme une musique liant l'instinct, marié à l'instant par le désir sous-jascent qui brûlaient la fierté, pour l'une, la curiosité pour l'autre. Un calme étrange voilà ses perceptions, et tout d'un coup, elle eu envie de parler, de s'approprier l'autre par un langage dévoilé, lui parler et lui raconter, pour que la possibilité qu'elle fasse de même ne soit plus un rêve mais bien une probabilité positive. C'était enfantin, puéril, vouloir avec tant de puissance ce qu'on pouvait donner si facilement, physiquement parlant. Il suffisait d'ouvrir la bouche et de laisser parler son cœur, sans peur des conséquences, pourquoi donc était-ce si dur, alors ? Parce que malgré ses origines, malgré tout ce qui constituait son étrange personnalité, Anaïel était imancablement humaine. Parce que l'autre, humaine également, semblait la proie d'implacables sentiments, la fierté qui se mariait à la peur, à l'expectative, à l'envie aussi, peut-être. La frustration atteignait des limites qu'elle découvrait pour la première fois avec autant de douleur.


- Tu es quoi ? Un bout de femme, frêle, lunatique, l'âme discrète et farouche, brûlante. Tu es quoi ? Ma vie, puisque sans toi je l'aurait perdue. Juste retour des chose ? Les choses ne peuvent revenir à leur état d'origine, tes yeux le savent, inconnue. Je t'ai sauvé la vie, tu m'a rendu la pareil. Mais rien n'est comme avant. J'ai dans les veine l'acceptation de ma condition, tu a agis sur ma vie, sans possible contrôle, et tu a conscience de ce que je suis, ou plutôt de ce que je ne suis pas. Tu es en moi, maintenant, sans autre condition que les éclats de verres pillés sur lesquels tu t'es couchée. Que fait-on maintenant ? A quoi penses-tu ? Je veux ta conscience, ton âme, les suppositions me font mal, tu peux m'offrir des certitudes mais tu ne me dois rien. J'ai besoin de toi.

Le temps s'était figé. Comme du verre. Comme de la glace. Le frisson de l'un, pointes acérées de l'autre. Les yeux d'Ambre s'étaient élargis, la surprise brisant un temps le masque de son visage soigneusement éteint. Une main d'Anaïel plaquée sur le rocher, une ancre incertaine qui lui donnait l'illusion d'une stabilité toute relative, l'autre posée sur celle de l'inconnue. Avec une infinie délicatesse, la marchombre souleva le poignet inerte, le bras qui suivait, et plaqua la paume, avec une lenteur sans ambiguïté – tu as le choix de le refuser - sur sa propre joue. Un geste équivoque, plus ambigu que le discours qui venait de jaillir de sa bouche comme un torrent furieux, le cœur prenait la place du marionnettiste et guidait ses sens, ses gestes, en une danse saccadée de vouloir et de paraître. « Regarde, je suis comme toi, n'ai pas peur de toi. Moi je n'ai pas peur. Plus maintenant que le sort en est jeté », disaient ses prunelles flamboyantes. « Fais moi confiance, je ne sais pas ce qui pourra naître de ce geste, je ne sais pas de quoi l'avenir sera tissé, ce qui est important, c'est ici et maintenant. Tu n'as pas d'image à conserver, peut-être ne te reverrais-je jamais. Choisi, maintenant. Partager. Ou s'en aller. »

Alors Anaïel dégrafa ses doigts du poignet de l'inconnue. Comme un oiseau englué, la paume resta, jalon d'une fierté qu'elle offrait... ou pas. Comme brûlée par ces trois secondes, elle retira sa main. Mais le geste était fait. Anaïel ne pouvait plus qu'espérer que la surprise pouvait avoir trancher le masque, lors de ses trois secondes, et qu'un instant c'était bien l'âme perdue de la jeune fille qu'elle avait retrouvé dans ses yeux qu'à aucun instant elle n'avait quitté. L'instant était sanglant, le cœur percé, l'âme en miette, elle était la concession, et Ambre était l'acceptation. L'incertitude. Te livreras-tu ?

[ je t'envoie un mp ^^]


_______________
Des ailes dans le dos...




Anaïel / Miaelle Campbelle/ [i]Lev Mil' Sha

[/i]


Aucun destin n'est inéluctable.

L'arborescence des possibles nous tisse le sang aux poignets


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MessageSujet: Re: Qu'il vienne, le temps dont on s'éprenne [Terminé]   Sam 3 Avr 2010 - 18:34

« Elle me regarde »

Les doigts gourds, les dents profondément enfoncées dans la chair de sa lèvres inférieure interne, là où la petite plaie se rouvrait sans cesse, offrait l'amertume ferrugineuse de son sang.
Ce n'était pas un contact de jugement, mais d'intérêt, de désir, mais pas celui des hommes, non, celui qu'on prend pour un mythe, ou l'envers des choses.
L'esprit d'Ambre cherchait à se raccrocher au terrain connus, fouillait les légendes mémorisées à la recherche d'un homme qui avait pu capter l'intérêt d'une supposée entité, et la préserver.
Le geste ébauché l'avait réduite à l'immobilisme, et même son souffle semblait retenu.
Si « ça » n'était pas humain, quel pouvoir avait-il? Lui volerait-elle son âme, voudrait-elle la bénir, lui imposer une marque particulière, quelque chose?
Son esprit repoussa l'idée, trop fasciné et peu religieux pour envisager les choses avec sérieux. Il devait y avoir une explication rationnelle, simplement, elle ignorait quoi.

Non, il y avait trop d'humanité dans leur opposition. Ces iris qui se rivaient à elle, et lui donnaient le vertige, cherchaient la voie qui donneraient accès à ce qu'elle était, sans vraies arrières pensées. Avec naturel. Bien sûr, la demoiselle n'en avait aucune conscience, et, déterminée par ses propres élucubrations, attendait de pouvoir rattacher son comportement à une des âmes qui peuplaient son univers, à une caste, à un comportement à adopter. Pour ne pas perdre complètement les pédales, pour ne pas risquer... de sombrer dans le neuf, de croire encore une fois- piètre imbécile- que quelqu'un aurait quelque chose de gratuit à lui offrir.

Ca manquait d'ancrage, l'itinérante se sentait dériver comme une coquille de noix dans un ruisseau, attirée par le voyage, mais sans relais pour les vivres, sans cartes, sans poids. Entrainée, violemment, par les perceptions de celle qui lui faisait face, par l'insoutenable franchise dont tout son corps faisait preuve, l'indolence de sa main qui, pourtant, avançait inexorablement.
Ambre affrontait le regard comme un ennemi, un être défiant qui cherchait seulement à mesurer, au final, jusqu'où son âme supporterait l'attente. Jouir du regard, du pouvoir d'attraction, subir celui de ta main qui se pose, le faire mien. « Apprendre, prendre, tendre, prétendre, attendre. »
La chaleur de sa paume, les cals qui en striaient les contours, lui rappelaient celles de Tifen, même si, dans les souvenirs de la jeune adulte, sa soeur d'arme en possédait d'autres, propres à l'épée. Elle se laissait docilement emportée, comme une feuille morte au vent, ou un roseau qui plie pour mieux se redresser. Plus fragile qu'elle ne voulait bien l'admettre, moins consciente des dangers, moins sûre de ses propres lois.

Mais l'autre parla, la ramena brutalement dans ses propres limites, dans celles que l'ermite et les brumes avaient tracé, dans l'humain. Le verbe était sommation d'agir, elle n'avait qu'à sombrer ou s'accrocher aux mots qu'Anaïel lui tendait. Les laisser pénétrer dans le concret, officialiser, arracher les croutes de diverses blessures mentales, soulever, des mânes embrouillées de l'esprit de sa cadette, des réminiscences similaires. On définissait, on ... s'entendait.

« Petit bout de. » Noblesse de sa mère, sourire heureux, quand son père la soulevait dans les airs, et qu'Ambre regardait. Petit boude, quand elle n'est pas assez regardée, quand ses cousins apprennent à se battre et qu'elle est obligée de rester - « Femme »- coincée dans un rôle de parade.
« Lunatique », satellite, tu tournes autour du pot, mais sans effleurer la substances, tu tournes et tournes, sans ambiguïté, avec ta face cachée et ta brillance factice, celle que tu voles au centre de l'univers, celle qu'on ne lit que dans l'obscurité. Lame discrète et farouche. L'âme dit, secrète, effarouche. Le sang de la première bataille, c'était presque un rêve, toute cette utilité, toute cette colère, c'était le temps des méprises, elle tuait innocemment, elle gagnait une soeur et la rancoeur de celui qui serait son magister. La première pierre de l'édifice, la lune était pleine, elle avait achevé des cadavres de cochons, moralement murée dans ses habitudes, dans l'idée, enfin, d'un accomplissement. Et puis, c'était la débande, les rats qui quittent le navire, la peste sur les nobles qui s'engluaient en temps qu'apprentis, et filaient toujours trop vite, c'était la noyade dans la masse, la certitude qu'elle n'en sortirait jamais. Jamais jamais jamais, mais, au moment où le vent avait fouetté les voiles, soulevé les tentures, là, il y avait eu du sublime, un apocalypse vicieux et étymologique, elle s'était retrouvée. «Brûlante » enfiévrée, accrochée, lettrée. C'était l'ermite et ses sourires volages, les feuilles mortes qui s'échouaient dans la neige, et l'image magnifique du sang de leur robe qui se consumait. Les cendres et les ombres qui s'en suivaient, l'envie pyromane de se flamber l'identité, et d'être, seulement, feuille dénudée, blanche, immaculée, offerte. Carte pour un autre voyage, il l'aurait tracé , elle ne savait pas comment, avec ses mots et ses arabesques concupiscent, sa langue, sa langue sa ...
«Les choses », et « L'état d'origine » c'était vrai, elle ne pouvait plus, elle avait des traces d'encre, sur sa peau, et du cal au mains, et les cheveux courts, les racines profondément enfoncées, incapable de lui ramener encore la moindre substance, et son tronc qui se courbait, gracieusement, en haut des tours et des montagnes, quand elle croyait avoir envie de sauter. C'était l'élévation, le but ultime, le sommet. L'état d'origine, c'était l'inconscience, le vide. On ne le retrouvait certes pas vivant.
L' « acceptation de ma condition ».
Je suis vivant, je suis un vide perpétuellement en train de s'emplir et s'annihiler, je me suis bouffé, c'était mon estomac, j'ai tout pris en moi, on ne m'a rien offert que je n'avais déjà, c'était amer, amer, amer, si tu savais, mais je n'ai que ça pour résister, c'est mon poison, mon antidote, « sans possible contrôle » et je voudrais, je voudrais vraiment, pouvoir ne pas t'approuver, et convenir avec toi que tout dépend de nous, et que j'ai les cartes en main, mais c'est pas moi. Ca n'a jamais été moi. « Ce que je ne suis pas ». J'aurais voulu, mais tu ne peux pas être de ceux-là. Il y a trop de franchise, trop d'enfance en toi, tu me dépasses tellement- je ne comprends pas- c'est glauque que tu me regardes, j'ai rien à donner, je ne peux plus, c'est ma soeur qui a ma tendresse, mon maître a mon âme, et ma vie, et bien, oui, ma vie, c'est un cadeau de toi. Maintenant, ça aurait pu être incroyable, j'y ai cru, mais c'est trop tard, c'est passé, c'est plus tard qui fait l'obstacle, j'ai pas envie, mais je vais sauter.

Son regard était bruissant d'aveux, son corps révulsé à la simple idée qu'on lui prêtait des certitude, le sang dans sa bouche se déliait dans la salive, elle imagina cracher sur la pierre, là où l'autre avait sa main, acidifier le granit, y envoyer tout ce qui lui restait de colère. Faire naître sur sa peau blêmie une cicatrice cinabre. Mais bien sûr, c'était impossible, ça ne suffirait pas. On avait besoin d'elle, ses doigts en auraient frémi. Sur la joue d'Anaïel.
Elle regardait ses lèvres, ses mots qui avaient cessés. L'âme qui cicatrisait autour de la petite brèche offerte, la possibilité de s'y engloutir. Croire encore, au partage, sommaire, instinctif. Un instant, oui. Elle était en paix, cernée sans conviction.
Mais elle retira la main, c'était trop tard deux fois trop tard. Elle rompit leur contact visuel, pour chercher sur sa main la trace... d'une autre brûlure.

Elle déglutit, lasse.

-Tu... ne crois pas que je. Puisse. C'est juste- non.

Elle releva les yeux, par en dessous, laissa le vent rabattre ses mèches indisciplinées. Elle avait peur, peur de froisser, parce que réellement, elle désirait ce lien. Intimement. Son sang lui était monté au joue, elle se sentait petite, petite comme dans son souvenir d'arrivée à l'académie. La franchise, alors, était son plus bel atour, elle se permettait tout, elle pouvait...

-C'est pas sous-contrôle. Ca ne dépend pas de moi, je ne peux pas, tu comprends? Je voudrais. Mais je ne m'appartiens pas, je suis ma voie, c'est elle qui me traine, je n'ai pas le choix. J'accepte le carrefour, me retrouver face à toi, mais tu n'as pas posé les bonnes questions, c'était les mauvais mots, on a décidé pour nous, ce sera autre, ou ça ne sera pas. Tu vas y perdre, je n'apporte ou ne promet rien, je suis désolée, mais...

Elle ne savait plus lire, dans les yeux, ni la brèche, ni quoique ce soit. Elle concentrait dans ses iris ce qu'elle pouvait d'elle, ses sentiments, sa voix s'ébrèchait, elle avait envie d'être poussée, poussée loin. De pouvoir se battre. Qu'on lui donne un adversaire, même quelqu'un qui la vaincrait.

-C'est ironique. On ne peut pas lâcher prise sur la suite, tu vois, prétendre n'être qu'à l'instant, sans se manger les conséquences. Trop tard. Je sais ce que tu veux, je puis te dire ce que j'aurais voulu, mais à quoi bon. Cesse de vouloir tordre nos routes, c'est tellement plus facile de te heurter à moi, et de repartir. Je te laisserais un bleu, et ça aura son importance un temps. Mais si on s'entre-croise, si on prend les choses en mains, ça va évoluer. L'évolution entraine les révolutions, on va se mettre à tourner en rond en croyant avancer, inverser les forces, et équilibrer. J'aime le vertige. Le déséquilibre. C'est presque rassurant de croire, juste une minute, qu'on peut ne pas retomber dans l'ordre des choses. Etre au-delà. Surnaturel. De renverser, reprenait-elle, la gorge nouée.

Je t'accorde l'indépendance, disait le regard d'Ambre, avec regret. Ce qu'aucun ne veut; une non-histoire, non formelle, savamment renoncée. Un flou artistique sur une carte, une fioriture en bordure. Une arabesque.

-A quoi bon? Prends mon aval, pour tes incertitude, et mon respect. D'avantage, j'aurais aimé, mais c'est interdit. Il faut toujours être voyant; tu avais une route avant moi, tu vas retrouver ton chemin, je t'ai payé, tu m'as payé, si on se retrouve, peut-être pourrons-nous être et exister autrement. Nous ne sommes pas une chance, c'est ma certitude, on ne pourrait se suivre sans se perdre complètement.

Ca ressemblait presque à une supplique, une suplique d'enfant à enfant, avec la trouille, l'orgueil, l'incertitude. On a clôt avec les mots les perspectives particulières, il faut arrêter. Finir. Elle voulait finir, dire quelque chose qui serait gentil, quelque chose comme « On pourra s'offrir un vrai repas, un jour », « je t'épargne un lien de plus, vole, c'est ce pour quoi tu es » « Je voudrais offrir ton nom à un enfant, un jour, comme une bénédiction. » mais même sa propre présentation butait contre son palais. Elle avait le désir de l'offrir, mais ça lui semblait nu, sans intérêt, sans poids.


[... Egalement]


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MessageSujet: Re: Qu'il vienne, le temps dont on s'éprenne [Terminé]   Dim 11 Avr 2010 - 16:32

L'arrogance niait les certitudes, en perdition futile sous le voile de leurs yeux effarouchés. L'attente, longue, énigmatique tissait ses filets au tranchant prison-poison, moins solides cependant que ceux d'un refus qui vint bien trop tôt aux oreilles élancées d'Anaïel. Elle avait les gestes perdus, les paradoxes entortillés aux coins de chaque mouvements, intonations, non dits, également. Ces non dits que ses prunelles criaient, regarde, n'écoute plus, tu ne vois donc pas ? Elle en devenait presque hargneuse, l'inconnue, de cette envie que hurlait son corps d'accepter, de devenir l'emblème de l'association, du temps qui s'échappe sans l'illusoire précarité des devoirs et des attentes. Anaïel était perplexe, la tête qu'elle secoua doucement rendit la douleur de ses fantômes incertains moins présente que celle de sa nuque tourmentée par les épreuves récentes. Elle ne comprenait pas – ou trop bien. Après tout, qui était-elle ? Une jeune femme en perdition dans un monde qu'elle n'imaginait qu'à regret, l'envers du froid, la maladie, pourtant elle aurait tellement aimé découvrir les rouages qui pouvaient s'agiter dans son esprit, les huiler, peut-être, avec un peu de beauté, d'harmonie, étudier, comprendre, aimer aussi, peut-être. Convaincre, persuader, pourtant, ça elle ne savait pas vraiment faire. Elle ne jouait pas, de pouvait pas le faire, et cela Ambre ne semblait pas l'avoir saisit.

D'une détente, Anaïel se leva, féline et marchombre, fluide au delà du vent qui jouait dans ses cheveux, comme pour désordonner ce qui se tramait sous les capillaires blond-noir. L'évidence ne l'était que pour elle, et la différence de leurs attentes n'enfreignaient que les règles de la bienséances, bienséance qui semblait chère aux yeux de l'inconnue. Fallait-il s'en aller, laisser le temps décider comme elle l'avait dit des aléas de leur histoire avortée ? Fallait-il qu'elle cesse de tordre les chemins, comme disait l'autre, qu'elle cesse de vouloir en un instant ce qu'elle ne devait obtenir qu'en une infinité d'autres ? Le temps était capricieux, mais seulement pour ceux qui avaient peur de ses secondes irrécupérables. Ambre semblait en avoir peur, comme elle semblait avoir peur des sentiments qui risquaient de germer de leur histoire. Anaïel n'avait pas peur du temps. Seulement de ne plus jamais la revoir, de ne pouvoir étancher sa soif de curiosité que dans les songes qui lui re-dessineraient les traits de l'inconnue. Elle ne pouvait nier qu'elle avait peur, également, s'enfoncer dans les ombres d'une âme dont elle ne pressentait que quelques fragments assez tranchants pour qu'elle veuille les adoucir. Elle aurait pu aller contre ses instincts, ç'aurait été un simple entrainement de plus, mais à dire vrai elle n'en avait pas envie. Se museler lui avait toujours donné cet arrière goût amer et désagréable de s'entraver elle-même, même si le piège sournois ne se serait refermé que le jour où elle aurait perdu le contrôle et ôté la vie. Ainsi fallait-il jongler harmonieusement avec la tranche de ce qu'il fallait et de ce qu'elle voulait, tout pour ne pas blesser, tout pour étancher sa soif de curiosité.

Silencieuse et tendue vers elle, toute en prunelles étincelante, les mains fermement serrées en deux poings d'albâtre, elle attendait. Une réponse, un signe, un geste éventré, une esquisse peut-être. Semblait-il. Anaïel détourna les yeux, ses propres mains détendues le long de ses flans, les épaules légèrement voutées pour se protéger du froid, ou de l'incertitude peut-être. L'incertitude de continuer à agir, déranger et chambouler, ou arrêter de « tordre les chemins ». Lâcher l'affaire, quoi, était-ce cela le propre des relations humaines ? La construction de ce qui ne devait pas être pour ce qu'il allait advenir ? Le temps n'avait pas de prise sur la conscience de la jeune femme-nature, et l'autre en savait trop. Alors qu'elle se retournait, que le flou de ses gestes semblaient énoncée l'acceptation du refus, la couleur de la fuite, l'aura changea et mua, l'autre en savait trop. Peut-être était-ce à l'idée de ses ailes se reflétant sur les améthystes-miroir de l'autre, peut-être était-ce le traumatisme qui devait lui être offert comme un souvenir indélébile empoisonné, peut-être était-ce le refus de sa condition quémandant la moindre miette d'information, peut-être était-ce tout simplement l'intérêt qui à aucun moment n'avait faiblit, toujours est-il qu'elle virevolta et tourna le dos au vide qui l'appelait, les talons au bord du précipice – regarde, je n'ai pas peur de tomber, ou de m'élever.

Le regard d'Anaïel avait changé.
Sinnuant, bouleversant, tourbillonnant, c'était un vortex envoutant, brûlant de toute l'histoire, de toute la douleur et la beauté d'un monde dont elle était l'incarnation. Le feu qui coulait dans ses veines était un sang bouillonnant d'un devenir tracé dont elle s'était échappé, pas complètement, elle était marchombre. Cette certitude mariée à son incroyable compréhension du monde était un trésor que son corps gardait jalousement derrière le rideau d'une haine dévastatrice et incontrôlable, rarement justifiée dans sa puissance rougeoyante. Le monde attendait, le temps n'était qu'un adjectif épithète à l'éternité, un anathème que les gens s'appropriaient pour s'orienter dans la valse d'un monde aux fins indéterminées, ça faisait peur. Le sifflement sourd qui franchit ses lèvres prenait ses racines au commencement même de ce monde où l'insignifiance était l'égal d'un pouvoir incommensurable, un paradoxe fascinant que les humains n'utilisaient qu'à des fins trop extrêmes. Son sifflement, donc, résonna dans l'atmosphère, un grondement ancestral, aérien, plus destructible que la trame d'une aile de papillon.


- Je ne prend l'aval de personne.

Continuer ? Ou cesser de tordre les routes ?

- Je danserais avec l'ombre que tu me donneras de toi, tu ne me heurteras jamais, parce que tu ne pourras pas me toucher. Tu en sait trop, crois-tu que je pourrais te laisser partir ainsi, les incertitudes que tu as de moi sont trop précieuses pour que je les laissent s'envoler à la suite d'une étrangère perdue. Ta voie n'est pas une voix, et si ses cordes vocales savaient où tu étais, elle ne pourrais encore te souffler ses ordres, ses restrictions que tu sembles tant chérir. J'ai besoin de toi, que tu m'ouvre ton cœur, autrement que pour assouvir ma soif de curiosité, jeune fille. Je suis marchombre, et ma voie à moi me dicte de te tuer, maintenant.

Sans paraître avoir bouger, la lame de son couteau étincela le long de la gorge de l'autre, un doux frisson hérissant l'épiderme comme un ultime signal clignotant, la mort est aux portes. Contre le dos de la jeune fille, Anaïel ne pouvait voir son visage, peut-être seulement une esquisse de rictus qui tendait la commissure des lèvres et déchiraient les joues, peut-être. La réalité de sa situation avait mit du temps à s'imposer, évidemment, même si la faut ne lui en revenait peut-être pas, elle avait vu sa greffe, un rêve personnalisé, l'ancrage de sa personnalité. Ce qu'elle chérissait le plus. Avant son refus, la curiosité qui la faisait bouillir n'était que le pâle reflet de celle qui l'avait saisit aux premiers abords, mais maintenant que les masques étaient déchirés, il ne fallait pas remettre la moindre destinée dans les mains d'une personne qu'elle ne pouvait qu'esquisser. La peur se mariait à l'instinct de conservation, il fallait qu'elle sache, qu'elle juge, et qu'elle agisse. Si l'âme de la jeune femme, elle ne pouvait le nier, l'intéressait autant, c'était le corps, l'esprit qui prenait le relai sur la préservation d'une identité qu'elle commençait à peine à construire, il ne fallait pas laisser le hasard détruire. Mais peut-être ne détruirait-il pas ?

Le silence se fit pesant. Lourd et compact, il semblait flotter dans l'air une odeur de surprise, de stupéfaction, elle avait crevé l'implicite, offerte, l'autre n'avait eu aucune chance. Mais c'était implacable, aucune loi n'aurait l'aval de jouer sa personnalité au jeu d'un hasard entre deux protagonistes tourmentés. Anaïel retira la lame de son poignard du cou de l'autre, son épaule et sa hanche l'élançant trop ardemment bien qu'elle n'en montra qu'une légère grimace douloureuse que l'autre ne pouvait pas voir. En un geste, elle se retrouva face à l'autre, le visage fermé, les yeux brûlants, plus sérieux qu'ils ne l'avaient jamais été.

- Je ne laisserais pas l'incertitude vriller ce que j'ai mis tant de temps à construire, réfléchis, jeune femme, qu'as tu à y gagner, qu'as-tu à y perdre ? Tu semble une personne qui sait réfléchir à ce genre d'enjeux, la mort ou la vie. Bien que Je ne pense pas pouvoir faire couler le sang d'une personne qui m'ai sauvé la vie. Je dirais plutôt le souvenir ou le néant.

Le chant marchombre avait cette qualité, Elhya lui en avait parlé un jour bien qu'Anaïel ne l'ai jamais utilisé. Utilisé l'esprit de l'autre, le retourné et en craqué les coutures soigneusement fermées, décomposé, reconstruire, modeler. Une simple partie promettait d'être d'une douleur sans précédent pour l'esprit hypersensible de la marchombre, et il lui fallait connaître au moins un peu les rouages qui pouvait agiter la personne. Elle doutait d'y parvenir, mais persuader Ambre était essentiel, se persuader elle-même, également. Il n'y aurait pas d'alternative. Anaïel voulait vraiment que la jeune femme comprenne l'impasse qui les liaient, la voie de l'une, le silence de l'autre, ou l'inverse peut-être, elle ne lui voulait aucun mal. Ne serait pas capable de lui en faire. Cherchant dans le silence ce qu'elle ne pouvait exprimer dans les mots, elle rassembla les fragments de son âme éparse, la douloureuse curiosité empreinte d'une étonnante touche de tendresse devant cette femme qui semblait avoir grandis trop vite. Son regard était impénétrable, plus encore qu'avant, Anaïel voulait ce lien, de toute ses forces. Elle avait compris l'arrogance, la peur, la fierté, l'envie muselée, le devoir qui brillait comme un phare poisseux. Elle espérait qu'elle comprendrait l'alternative qu'elle lui offrait, vois, ce n'est pas de la liberté pure, ça semble te faire peur, je te l'offre comme un tu n'as pas le choix, alors que, bien sur, tu le possède sans condition. Je ne peux rien faire d'autre, crois moi. Vrillant les améthystes de l'autre, comme de nombreuses fois avant, et devant le silence qui se prolongeait, elle sifflota d'un ton plus léger :


- Tu pourrais commencer par me donner ton nom...


[ et voila, enfin posté =)]



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Des ailes dans le dos...




Anaïel / Miaelle Campbelle/ [i]Lev Mil' Sha

[/i]


Aucun destin n'est inéluctable.

L'arborescence des possibles nous tisse le sang aux poignets


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MessageSujet: Re: Qu'il vienne, le temps dont on s'éprenne [Terminé]   Dim 25 Avr 2010 - 14:48

Cette fois, il semblait réellement que les entités étaient à l’écoute ; les deux vœux plus ou moins formulés d’Ambre furent exaucés –contre toute attentes- dans les minutes qui suivirent.

Il y aurait pu avoir une fin tout en délicatesse, une écoute et acceptation mutuellement. Un des premiers rapports d’égalité offert à la jeune femme, qui l’aurait probablement acquis à la seule loyauté dont elle était capable : le respect.
Elle y crut, quand le corps d’Anaïel la domina entièrement, et elle crut, l’espace d’un instant, qu’elle assisterait au miracle de son envol silencieux.

Mais Ambre était sans doute trop adolescente encore pour concevoir l’entierté de ce que ses dires pouvaient impliquer. L’espèce de connivence-confiance avait dissipé, l’espace d’un moment, son besoin de cartographier l’Autre dans un clan. Marchombre, alliée de l’ermite, passante, divinité ?
Elles pouvaient éviter ça. Ne pas se connaître d’avantage, ce serait la libération. Elle au sol, condamnée à se relever, l’autre en apesanteur. Chacune avec leurs névroses pyromanes, leurs colères mutilées, leurs regrets. Une forme de sérénité qu’Ambre suppliait.
L’autre se détourna, Ambre remerciait silencieusement, consciente du poids qui semblait peser sur les épaules de son interlocutrice.

Mais ce n’était pas son désir de lâcheté qui fut exaucé. C’était celui d’avoir un adversaire. Quelqu’un qui répondrait, et qu’il faudrait frapper. Celui de cartographier. Les primitifs instincts qu’avait soufflé son impulsivité. Elle le comprit lorsque la voix sifflante d’Anaïel : c’était le chuintement de l’épée qui éventrait.

L’odeur de pourriture, de déjection, imprégnait le moindre de ceux qui pouvaient suivre. Reléguée. Incapable, semblait-elle dire : Oui, mais je sais ce que tu es, j’ai vu. Le jeu de mot savoureux d’ouvrir son cœur. Oui, c’était ça, après tout : il y avait des vies en jeu.

C’était déjà trop tard, La lame était sur sa carotide, chaque battement pourrait signifier son arrêt de mort. Ambre ne parvenait pas à être en colère. Oui, l’autre était repartie sur sa route, sa voie de Marchombre, puisqu’elle venait de le dire, et que ce simple mot empêcherait tout.
Elle aimait trop l’harmonie pour risquer de sombrer dans le chaos, Ambre l’avait prédit : elles se détruiraient, en se connaissant.
Un sourire vacillant étira les lèvres d’Ambre, que l’adrénaline retendait. Mourir, maintenant ? Ne venaient-elles pas de se sauver la vie ? Ne savaient-elles pas toutes deux les pires blessures à s’infliger en combat ?
Battement de cil : allez, achève-moi.

Mais l’autre attendait ? Il fallait encore se défendre, se dévouer ? La jeune fille souriait de son air dément, crispée à l’extrême. Il fallait du temps, s’il fallait vivre encore. Des mots, toujours, des masques, encore ! Pour ça, elle était douée, on avait décelé chez elle cette fureur exaspérée d’être. Si on lui laissait une brèche, et bien, avec joie, elle s’y engouffrerait ! Mais il n’y avait rien de léger dans cet instant. Le corps d’Ambre lui hurlait mille moyen de défenses, sa mémoire frémissait de coups traitres, de lames fines dans la couture de sa manche ; et l’enfant en elle qui n’en revenait pas : on voulait donc tellement la gagner ? Au point de lui laisser encore une chance, alors que le sang était si facile, si entêtant ?

La pression sur son aorte disparut, et Anaïel fut devant ses yeux, entière, droite. Ses prunelles incandescences jetaient des étincelles à l’entour, la lune y dessinait des reflets pisseux et violents, des lagunes de chaux où fumait quelque chose qui ressemblait à de la peur –mais étouffée, terriblement, derrière une volonté… inconsidérable.
L’évidence la frappa plus sûrement qu’un poignard.
Son sourire s’était envolé avec les remparts d’Anaïel ; Ambre se tenait ramassée comme avant un front, un front qui ne serait pas plus crédible que le récit de cette nuit pour la postérité.
Elle lui offrait d’être marchombre.

L’insulte était impalpable, pourtant, pendant une demi seconde, Ambre ne vit qu’elle : on ne voit même pas les années de formation que tu as pu acquérir. On te prend pour une novice à potentiel, petit oiseau en devenir ? Et qui ? Une femme à peine plus vieille que toi.
Pire ; elle comptait lui imposer cette voie en échange de sa vie, pas moins qu’un mercenaire aurait pu le faire. Mélange d’humaine charité et d’affection rapace ? Jouer le jeu, comme une danseuse sur la lame d’un rasoir, une plante de pied sur les braises d’Ena Nel Atan.

-Slynn Ar’ Kriss, répondit-elle après quelqu’instant de silence, dans le but évident, au cas où cette créature avait un pouvoir en matière de malédiction, de l’attirer sur cette détestable monstruosité de la noblesse.

Il lui fallut un autre instant pour ne pas sombrer devant l’immense mensonge qu’elle venait de proférer. Elle ne regardait plus Anaïel, trop incertaine pour cela, et quasi certaine de se trahir. Elle fixait un point devant elle, comme s’il lui en coûtait réellement de faire ce type d’aveux –ce qui n’était, par les faits, pas faux. Juste trop tard.


-D’extraction itinérante. Je vais sur mes 20ans. Je parcours à l’Académie de Merwyn la voie que tu voudrais m’indiquer. Depuis plus de trois ans.

C’étaient là de vrais aveux. Sa voix s’était teinte d’une amertume non feinte, tant elle se sentait rabaissée par le fait : elle n’avait pas été présentée pour pouvoir enseigner un jour, contrairement à ceux qui avaient étudié en même temps qu’elle.
Elle n’avait même pas été libérée de son serment d’allégeance dans les délais acceptables.
Et même si, pour le fond, elle se croyait parfaitement immunisée à l’élégante austérité marchombre, son échec et le manque d’attention même de son maître marchombre lui cuisait- au-delà d’une quirielle de petites exaspération.


-Quel intérêt voudrais-tu que j’aie à parler de toi ? Tu … « ça » doit faire partie des secrets de ma guilde. J’imagine., sa voix se teintait d’avantage de rancœur, et ses poings se serraient convulsivement.

Sans malignité ou presque, elle avait fait pu récupérer la lame minuscule dans sa manche, par ce moyen, et se tenait prête à la lancer. Seulement sous la menace. Elle ne voulait aucun mal à Anaïel, mais l’adrénaline, et le tremblement léger de ses genoux exigeraient qu’elle défende sa vie le cas échéant. Si Anaïel ne la croyait pas.


-Tu dois comprendre également que je ne disposais pas des droits de te dire ça. Ni probablement, de l’assurance nécessaire. Je suis irrécupérable et décevante.

Et bien sûr, elle se prenait à redouter les questions sur l’Académie. L’autre pouvait en venir, ou y aller, ou avoir menti. Mais Ambre doutait sincèrement du dernier point. Aussi, s’empressa-t-elle d’ajouter, en tournant son visage vers le vide « Je retournerai suivre les instructions de mon maître quand elle m’aurait fait dire que la leçon actuelle est terminée.

A présent, ses propres prunelles flamboyaient, en retrouvant celles d’Anaïel. De surprise d’avoir ébauché en si peu de choses ce qu’elle se devait d’être, furieuse, déjà, des potentielles moqueries, et surtout défiante : te voilà satisfaite, à présent ? Son nouveau silence, buté, expectatif, attendait une réaction. Le rire et le départ de l’autre, probablement. Elle était trop… particulière et talentueuse pour s’intéresser d’avantage à cet amas de médiocrité tout juste adulte qu’était Ambre. Dans les tréfonds de son âme, l’itinérante se répétait qu’un vrai être d’harmonie ne se gausserait pas devant elle de sa situation. Mais savait-on jamais, avec les illusions.



[Je suis prête à recommence entièrement ce post dans une autre direction. Mais pour l'instant, je n'ai pas pu mieux ] Embarassed


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MessageSujet: Re: Qu'il vienne, le temps dont on s'éprenne [Terminé]   Lun 24 Mai 2010 - 11:50

Quel était donc ce poids qui d'un coup d'un seul déferla sur ses épaules, ses membres, son sourire taché, pire encore, sur son cœur et son âme suppliciée ? Un instant déroutée par ce nouvel afflux de sentiments, elle ne remarqua qu'à retardement que la fatigue menaçait sa bravache posture, ses membres tendus et acérés. Désormais, le bout de ses doigts tremblait. Bien moins cependant que les fragiles murailles de son esprits, reconstruites en un instant, bien trop vite pour que la solidité et l'étanchéité soient leurs maîtres mots. Les paroles de l'autre percutaient son esprit, et chaque coup de bélier semblait à nouveau vouloir tout détruire, crevasser, mais pas traverser, non, juste montrer que la puissance est là, mais pas l'envie. Une démonstration de puissance à l'état pur. Sa propre souffrance, sa frustration, son envie, tout était bafoué, s'en repaissait-elle, de ces sordides idées qui déroutaient l'esprit d'Anaïel ? Un instant elle envisagea de l'interrompre, une main sur la bouche, et ses prunelles se teintant de mauve, et de s'en retourner, loin, loin des pulsion qu'elle faisait naître, l'inconsciente, dans la moindre de ses cellules. Mais elle, elle la marchombre renommée, la fille de la Nature, elle ne pouvait agir contre ses sentiments, c'était un choix plus qu'une route tracée, mais un choix le reste t-il toujours lorsque l'on en fait un crédo de vie et que l'on s'efforce de le suivre aux dépend de ses envies et de son bien-être ? Anaïel se sentait trahis. À juste titre, l'autre lui avait mentit. Elle n'était pas Slynn Ar'Kriss. Le reste n'avait pas d'importance, ou très peu, puisque le doute était installé. Définitivement. Pourtant, une parole retint son attention alors que son regard se détournait, une flamme émoussée miroitant autour de l'iris. Croyait-elle vraiment qu'elle voulait lui enseigner la Voie ? Un instant, la jeune marchombre envisagea la possibilité de l'avoir pour élève, tissant au jour le jour cette relation qu'elle s'était en vain efforcée de ne faire que simplement commencer. L'autre se dévoilerait, et elle pourrait avoir confiance en elle, un élève et son maître, serait-ce différent d'avec Elhya ? Mais elle n'y avait pas penser une seule fois avant que l'autre ne mentionne cette possibilité, aussi resta t-elle étonnée face aux mots qu'elle crachait plus qu'elle ne prononçait.

Alors que presque involontairement elle laissait son esprit s'éclipser, ses mains puis ses avant-bras se couvrirent d'une chair de poule dérangeante, c'étaient les prémices de tremblements de fatigue qui vinrent bien trop vite aux yeux d'Anaïel. Elle n'avait plus la force de luter pour l'autre, pour chercher encore et encore la perle qui se cachait sous les miroirs de ses améthystes. Pourtant, le feu brûlait toujours, et si le vent polaire lui réfrigérait la peau, son cœur, lui, continuait à pulser aux battements d'une curiosité insatisfaite – ça lui faisait mal. L'autre l'avait trahis. Qu'espérait-elle ? Qu'une inconnue se livrerait ainsi à elle si elle en faisait la demande ? Oui, elle avait espéré cela. Plus maintenant à vrai dire, puisqu'elle n'accorderait pas crédits à ses paroles amères. Le mensonge était un poison que son organisme ne pouvait diluer, que son esprit ne pouvait drainer. Il resterait. Probablement à jamais. Peut-être que si l'inconnue... Peut-être que si... Peut-être. Il n'y aurait pas de connivence frangée d'incertitude, et l'espoir qui s'ébruite dans leurs paroles purifiée du temps. Il n'y aurait pas cette fissure dans ses yeux, juste celle de ses gestes qui persistait, celle des pensées d'Anaïel. Il n'y aurait que la peur de l'autre comme un bouclier sur lequel s'écrasait sans cesse la marchombre, et s'il ne s'écartait ce n'était que pour cracher une nouvelle salve de trahison, de poison – laisse moi tranquille, qu'il disait le bouclier. Bien, si c'est ce que tu souhaite.


La voix de la marchombre aurait été basse, voilée, rauque de la fatigue qui menaçait, si elle avait prononcé les mots qui s'enroulaient dans son esprit. Déçue, surtout, même si l'autre ne s'en serait pas forcément apperçue. Elle en avait eu tellement envie, en avait toujours tellement envie... Avec une distance salutaire qu'elle ignorait posséder, Anaïel nota la fine lame dans sa manche, les noeuds tendineux qui marbraient ses poings en deux boules de fureur ou de rancœur enfermée, elle remarqua ses yeux fuyant, et ses rictus infinitésimaux, elle luttait pour être ce qu'elle ne voulait pas être. La marchombre se leva et le vent lui lacéra les joues. Tout comme l'air hautain de l'autre lui lacéra le cœur. Elle aurait voulu l'aider à ne plus avoir peur.
Un temps. Celui qu'il lui fallut pour happer le regard de l'adolescente, et l'y maintenir au fond du sien. Un temps. Celui qu'il lui fallut pour graver à jamais les moindres détails de son visage, de ses rictus, de ses membres, et plus délicatement, des entrelacs obscurs de son aura si particulière. Elle voulait se souvenir, même si ce passé là resterait teinté de violence, de sauvagerie et de douloureuses expérience. Parce qu'il n'y aurait pas d'autres rencontre . Parce qu'elle pensais n'avoir eu aucun impact sur l'autre, parce que tant qu'elle ne reviendrais pas, leur histoire se terminerait. Anaïel n'était pas du genre à avoir confiance en ses capacités de sociabilisation, pensant à tort cette fois là, que rien de ce qu'elle dirait ne pourrait faire changer la vie d'un ou d'une autre en dehors des quelques instants partagés. Anaïel, consciente comme personne des entrelacs d'irraison parcourant le monde pour en constituer la trame, Anaïel, se mouvant avec la grâce d'un oiseau dans les courants des devenirs, de l'instantané au cœur du monde, Anaïel ne croyait pas en son propre pouvoir de marquer une personne, ne croyait pas en sa propre harmonie avec l'autre. Une harmonie non pas sereine et heureuse, saine, une harmonie violente, une action entraine une réaction, et cette réaction reste gravée, qu'importe la situation, dans l'esprit des protagonistes, c'était ça, l'harmonie de leur rencontre. Mais les clefs, trop grosses ou trop petites, n'entraient pas dans les serrures, le coeur verrouillé de l'une se faisait flèche empoisonnée pour percer celui de l'autre. Mais au delà de la déception qui voilait ses perceptions, Anaïel se sentit touchée, encore une fois, par la fragilité de l'autre. Sa violence n'était pas gratuite, et cette constatation lui fit du bien. Peut-être avait-elle grandit trop vite, la roturière, mais il y avait un gouffre en elle, un gouffre que la jeune femme aurait aimé comblé, il n'était pas insondable.

Alors que l'autre la regardait, des fantômes plein les yeux, elle remis en place une mèche derrière son oreille effilée, afin qu'elle cesse de lui chatouiller le nez, ouvrit la bouche comme pour emmètre une dernière phrase qu'elle savait vide du sens qu'elle voulait lui insuffler, puis décida que non, elle n'en avait pas envie. Les choses qu'elle avait dites précédemment contenaient ses souhaits, son âme, et le devenir d'un avenir qui s'effilait entre ses doigts magiques. Ses phrases résonnaient d'éternités. Elle ne pouvait retenir les consciences. Pas celle de l'autre, en tout cas. Mais après tout, fallait-il vraiment que cette histoire la chavire tellement ? Oui, s'il ne le fallait pas, au moins le faisait-elle tout de même. Il y avait bel et bien de la liberté derrière tout ça, la liberté de continuer à s'accrocher aux morceaux d'obscurité que l'autre balançait, peut-être aussi tout au fond la légère satisfaction de servir quelque chose, à défaut d'à quelque chose, elle pouvait l'aider, c'était une certitude. Mais en aucun cas elle ne pourrait aller contre les sentiments de la soit-disante marchombre. Et puis elle souhaitait véritablement la connaître. Il y avait un... elle ne savait quoi derrière chacun de ses gestes, comme une trainée scintillante, une vision peut-être, un état d'esprit qu'elle cherchait en vain à camoufler, elle luttait véritablement contre elle même, mais pourquoi ?

Secouant doucement la tête alors que le silence s'épaississait, y'aurait-il un renouveau ? Il lui semblait qu'elle avait fait fausse route, un virage qu'elle aurait loupé, ou peut-être un carrefour évité ? L'absence de paroles était salutaire à présent, elle ne savait pas parler, elle aurait voulu ouvrir son âme sans que la contrainte de son corps ne l'en empêche, l'harmonie des gestes n'étaient qu'un pâle pouvoir lorsqu'il s'agissait de nouer des liens.

Il fallait se quitter, maintenant.

Il lui fallait repartir. Loin des dangers de sa curiosité, se refaire à neuf peut-être, en attendant la suite.

Incertaine, Anaïel ferma les yeux, les mains le long du corps, et l'éther de ses pensées qui dissolvaient l'atmosphère. Elle avait conscience du poignard dans la manche de l'autre, et de l'imprévision de ses action. Mais elle n'avait pas peur, enfin pas de cette peur là. Celle seulement de gâcher une histoire par ailleurs déjà trouée, mais cela n'avait pas d'importance. Renflouant ses sentiments, et la chaleur de la jeune femme s'écrasant sur sa peau, elle oublia le monde pour ne se concentrer que sur la bulle diaphane qui les retenait encore l'une près de l'autre. Avec un soupir ses épaules s'affaissèrent, et sa jambe irradia d'une douleur sourde, qui pulsait jusque dans son flanc. Plusieurs écorchures reprirent leur morsures, et chaque partie de son corps sembla retrouver la douleur d'un monde qu'un temps elle avait quitter. Lorsqu'elle rouvrit les yeux, l'autre n'avait pas bouger, une lueur en plus dans le regard, peut-être. Les paroles lui semblèrent superflues, alors que le vent continuait à souffler, rien de plus solide n'était important. Dans ses yeux, la tendresse devint un océan.


« Tu es bien plus que ce que tu ne te laisse croire. Tu m'as mentis, mais pour ne pas détruire complètement cette histoire, maintenant je vais partir. Peut-être se reverra t-on, un temps, dans la bulle d'éternité de tes yeux. Tu n'es pas encore marchombre, tu n'es pas encore toi. Mais je serais là. Si tu me cherche, tu me trouveras. »

Ainsi ses yeux parlèrent, seulement, ou pas, alors que ses lèvres brûlèrent de prononcer ces mots. Peut-être les avaient-elles prononcées d'ailleurs, elle ne savait pas vraiment. Le kaléidoscope de ses émotions était trop intense, trop chamboulé pour qu'elle puisse en tirer quoi que se soit, aussi ne s'étonna t-elle pas de ne plus accorder d'importance aux mensonges de la jeune femme. Ils avaient joué le rôle que l'autre leur avait donné, ce n'était plus important, de toute manière elle partait. Mais dans sa gorge restait le fantôme d'une déception et d'une tristesse qu'elle tenterait de museler plus tard. Lorsque ses pieds auraient retrouvé le plancher du matériel et de la forêt. Impénétrable, le visage aux yeux violet le resterait probablement dans ses souvenirs. Y vrillant son regard, Anaïel chanta les dernières notes d'une mélodie dont malgré tout elle ne voulait pas se défaire. Quelques arpèges se modulèrent sous ses lèvres, des notes un peu discordantes mais harmonieuse, comme si le grave et l'aiguë, au lieu de se repousser, pouvaient danser sans se heurter.

Elle tourna les talon, face au vide. Et à la vie qui continuait à se profiler. Devant elle, et un peu derrière, tout de même.



_______________
Des ailes dans le dos...




Anaïel / Miaelle Campbelle/ [i]Lev Mil' Sha

[/i]


Aucun destin n'est inéluctable.

L'arborescence des possibles nous tisse le sang aux poignets


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Qu'il vienne, le temps dont on s'éprenne [Terminé]
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