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 Dans une forêt de doutes, l'autre (RP inachevé)

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Mentaï
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MessageSujet: Dans une forêt de doutes, l'autre (RP inachevé)   Mer 14 Nov 2007 - 23:40

[Désolé d'avance, si quelque chose ne va pas, j'édites, évidemment.(Et désolé pour le tiiitre )]

L'oiseau avançait par petits bons secs.
L'épais tapis de feuilles automnales crissait sous son poids léger tandis qu'il progressait vivement, nerveux, ses petits yeux noirs tournant en tous sens plus vite que les deux billes nacrées figurées par cette vision. Ses plumes brunes aux légères teintes mordorées jetaient quelques brefs éclats lorsqu'au détour d'un arbre, un rayon brumeux venait effleurer son corps frêle.
Et le prédateur approchait inexorablement.
Ses pattes plus douces que du velours semblaient glisser sur le sol, tant et si bien que le bruit produit par le moineau faisait figure de vacarme.

La forêt s'était parée des couleurs de l'automne ; oranges, jaunes, rouges de différents tons apportant chacun sa vacillante flammèche pour transformer la montagne en un sublime incendie.
Le pelage de l'animal arborait ces couleurs fluides et furtives ; seuls ses yeux auraient pu le trahir.
Mais voilà, ses yeux possédaient un tout autre avantage.
La proie n'osait déployer ses ailes, bien que maintenant la sensation sourde de danger se fit plus pressante ; peut-être le chasseur ne l'avait-il pas encore repéré..?

Quand le mouvement feutré devint perceptible pour ses sens farouches, il était déjà trop tard.
Deux agates le fixaient, deux agates dans lesquelles dansaient un monde fascinant ou il ferait bon se perdre.
Deux agates centrées d'un albatre noir, d'une surface piquetée d'or et d'une parfaite forme ovale.
Deux agates si troublants que leur univers intérieur détournait efficacement l'attention des quatre dents plus effilées qu'une aiguille abritées dans la caverne sombre, juste en-dessous..
Le volatile poussa un faible piaillement lorsque ses pattes se mirent d'elle-même en mouvement pour s'approcher des agates scintillantes.
Il se sut perdu une seconde environ avant que son tueur n'attaque.


Le mentaï se contraignit à détourner les yeux de l'étrange spectacle, resserra les pans de son manteau de toile et fit quelques pas dans le brouillard glacé de l'aube naissante.
Il jeta un nouveau regard vers la plaine avant d'escalader de nouveau le sentier ; personne en vue.
Evidemment, mais sait on jamais.
La jeune fille ne devait plus être très loin et il n'avait pas droit à l'erreur.
L'homme plongea la main dans son ample vêtement, en ressortit une fine lanière de cuir d'aspect banal ; il hésita un instant, la passa finalement autour de son poignet.
L'oiseau n'était désormais qu'un tas de chair et de plumes dénué de vie. Pas besoin de tourner la tête pour le sentir, les arbres avaient un instant tenu des propos plus agités quand le petit coeur avait cessé de battre.


Amjad s'autorisa un sourire moqueur ; qu'aurait dit son maître en le voyant de nouveau prêter à tout et n'importe quoi pouvoirs et pensées ? Il aurait de nouveau douté de pouvoir apprendre quoi que ce soit de la subtile voie du chaos à cet avorton fils de pirate. Peut-être aurait-il eu raison, mais la capacité d'observation de son bon à rien d'apprenti avait permis à l'adolescent de devenir mentaï plus sûrement que son don moyen et sa soif de pouvoir pas toujours assez développée pour un disciple de cet ordre. Il est vrai qu'un mercenaire a d'autres occupations autrement plus importantes que..

Regarder un moineau et un chat, par exemple.

Fini de finasser ; le travail attendait.
Le mentaï passa autour de son cou le pendentif aline tant détesté, noua ses cheveux sur sa nuque avec sa lanière, fit jouer ses sens pour vérifier que chaque arme était à sa place et cachée ; enfin, il s'approcha silencieusement du chemin à demi impraticable et s'éloigna.
Avec juste une inclinaison mi-ironique du chef à l'intention du félin.


Le chat lui retourna un regard calme et énigmatique de ses yeux agates avant de disparaître dans les fourrés, sa proie dans la gueule.

*


Elle était assise dans la clairière, les genoux repliés contre la poitrine, contemplant sans doute le lever du soleil ou plongée dans des pensées bien plus sombres.
Facile de reconnaître sa crinière sombre, aussi sûr que ses yeux seraient mauves si elle se retournait.
Il lui semblait sentir l'odeur du doute émaner de ce corps juvénile, il lui semblait entendre la colère battre quelque part au niveau du ventre. Il pouvait presque voir la révolte étendre ses méandres aux couleurs vives comme autant de tentacules autour de cet esprit en bouleversement..
L'homme sourit de nouveau à ces étranges évocations ; ou il avait trop d'imagination, ou il avait toujours eu raison au détriment de celui qui avait été son maître.
Il préférait la deuxième proposition.
Bizaremment.


Le soleil enveloppé de brume luisait maintenant d'un éclat étrangement laiteux aux veinules sanglantes. Qui savait combien d'êtres poussaient en ce moment même leur premier hurlement de douleur dans un monde qui se résumerait peut-être à ce dernier sentiment, qui savait combien d'autres exalaient leur ultime souffle frissonnant ?
Cela n'avait absolument aucune importance.


Amjad cessa quelques minutes de percevoir l'environnement à sa façon pour se glisser dans la peau de son personnage ; il eut plus de mal que d'ordinaire, sans doute pressé de relever ce nouveau défi.
Cette fois, il s'était encombré de peu d'observation.
Allait-il immédiatemment en payer les conséquences ?
C'était à voir.
Que seraient les défis sans une part de hasard ?
Il n'était pas tout à fait certain que l'apprentie marchombre soit disposée à embrasser inconsciemment ou non la voie qu'il lui proposerait lentement, petit à petit, inexorablement..
Pas tout à fait certain ; à savoir, presque incertain.
Mais cela suffisait largement.


Elle s'était distinguée de la masse par son envie d'être, de ne pas rester un nom parmi d'autres qu'on oublierait plus vite qu'une feuille morte tombée sur la surface grise d'un cours d'eau quelconque.
Elle rêvait de plus, même en ayant acceptés et gommés les mensonges serinés par les adultes dès sa naissance, même en ayant compris comme tout adolescente désillusionnée que la vie n'était pas aux images des contes.
Alors que les autres accepteraient leur sort minable, leur destinée commune les lèvres serrées, ne rechignant pas aux coups pour agir comme ces adultes banals qu'on voulait qu'ils deviennent, elle se révolterait.
Elle ne se contenterait pas d'une existence tranquille, d'une voie toute tracée censée être secrète et malléable, mais qu'on enseignait pourtant dans la première académie venue.
Non, elle refuserait de se fondre dans la foule.


Une candidate toute désignée pour cette voie plus sombre qu'était le chaos.

Le mentaï prit la démarche lente de la figure de pantomime crée de toutes pièces depuis bientôt dix ans ; pas la peine de masquer son visage : presque personne ne le connaissait, ici.
Et puis il n'avait jamais cru à cette histoire de dissimulation des traits. L'identité, encore..
Mais surtout, se présenter encapuchonné devant une jeune fille sur le qui-vive n'aurait rien eu de très malin. C'était une entrée qui marchait avec les lâches assoiffés de pouvoir,ou les puissants trop persuadés de leur propre importance pour trouver ça anormal.
Avec elle, il faudrait jouer en douceur et en finesse..
Un défi dont il se délectait d'avance.
Mais ne pas crier victoire trop tôt, surtout.
Il se rendit compte en glissant du pas aérien qu'était celui de son ermite qu'il considérait presque la jeune fille comme son apprentie, déjà..
Attention.
Ton orgueil est trop démesuré pour te servir comme il le devrait.
Encore une chose qu'aurait dit son vieux grigou d'instructeur.


Peut-être, très cher maître, peut-être. Mais moi, je suis vivant...

Il avança jusqu'au milieu de la clairière, appuyant délibérément sur certaines branches sèches afin de ne pas la surprendre.
Elle l'avait forcément entendu, pourtant elle ne bougeait pas.
Pourquoi ?
Mais pourquoi pas, après tout ?


Le mentaï s'humecta lentement les lèvres, embrassa d'un regard large le panorama sous la falaise tombant à pic ; forêt rouge, ciel brumeux.
La journée serait feu.


-Ambre.


Marchombre
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MessageSujet: a   Jeu 15 Nov 2007 - 12:59

La première fois qu'Ambre s'était attaquée aux montagnes, elle avait failli y laisser sa vie.
Lors de ce baptème, elle avait découvert l'adrénaline. La volonté de vivre qu'elle avait encore. Même si l'existence ne rimait à rien.
Ambre avait découvert qu'elle refusait la mort. Elle la craignait de toute son âme. Elle avait peur de découvrir qu'elle s'était toujours trompée, que la Dame et son Chevalier l'attendraient pour l'enmener vers cet ailleurs étrange auquel croyait ceux qui souffrent et risquent leur peau toute leur vie, pour tenir le coup...
Ceux que ses parents avaient toujours méprisé pour leur crédulité. Même si -chez les itinérants- tous ceux dont les cadavres jonchaient le sol étaient enterrés selon les rites... On ne savait jamais.
Si le corps était réellement autre chose qu'un tas de poussière assemblé et animé par quelque chose qui échappait encore aux 'intelectuels' ils préféraient être parés.

Depuis, la jeune fille n'avait plus cherché à vaincre la montagne. Elle ne voulait pas finir enfermée dans une petite boite, sans avoir jamais retrouvé ses parents et les routes, sans avoir connu la mer... Pas avant d'avoir aimé au moins une fois... Avant de s'être vengée de Slynn au moins...

Elle avait découvert les chemins.
Bien moins dangereux, mais comme une voie toute tracée, rassurante, bordée d'armes dont les couleurs variaient suivant le temps...
Elle avait aimé découvrir l'aube grise de ce monde privé de couleur où le soleil s'éveillait.
Elle avait maudit cet astre de lumière d'avoir masqué le firmamant de ses rayons jaunes et criards, d'avoir réveillé les oiseaux alors que, seulement quelques instants auparavent, elle s'était sentie seule au monde...
Maître du monde.
Juste quelques secondes.

Et tous les jours elle était revenue, montant chaque fois plus vite, chaque fois plus haut... Jusqu'à avoir atteint le sommet.
Elle avait regardé l'astre du jour se lever toute une semaine. Jusqu'à en être anestésiée. Jusqu'à s'êtr persuadée que, finalement, ce panorama ne valait pas le déplacement... Le soleil se levait de la même façon lorsqu'on le regardait depuis la cascade. Et l'aube grise ne lui appartenait pas, non... Elle n'était pas assez importante pour ça.
Tous connaissaient l'aube. Tous avaient oubliés à quel point elle était belle. Parce qu'elle revenait tous les jours.

Pourtant, aujourd'hui encore, l' 'aprentie marchombre' se tenait sur le sommet de la montagne, bien loin du vide... Recroquevillée sur elle même, à regarder ce fichu soleil sans plus le voir.
A penser à elle, puisqu'elle n'était pas capable de faire autrechose. A se demander combien de temps encore le poignard qu'elle avait à la ceinture tiendrait loin de ses Sbires, puisque c'était le nom que cette dimension avait...
Seule, c'était mieux. Au cas où l'illusion que la nuit mourrait juste pour ses yeux reviendrait.
Faire semblant de ne pas entendre les branches que faisait craquer un quelconque piaf ou même un prédateur. Juste au cas où la sensation de plénitude revenait...
Mais non. Ne restait que ce vide terrible au creux de son ventre, qui ne semblait pas vouloir partir, même si elle le serrait fort...
Voilà. Maintenant le monde avait retrouvé ses couleurs. Elle allait se lever et reprendre sa routine. Lire, peut-être, un peu.
Penser, surement. Trop.

Pourtant, ce jour là semblait être destiné à autre chose. Ce jour là, elle n'avait pas été le seul être humain à avoir escaladé les chemins. Et étrangement, son alter égo à la voix grave connaissait son nom.
Sur ses gardes, elle se releva, croisant le regard de son interlocuteur.
Grand, les cheveux lassé vers l'arrière, l'expression étrange, de même que le pendentif qui tombait sur son torse...
Le tout rehaussé par l'éclat fauve du soleil, qui donnait à cet homme -un ermite?- une aura aussi étrange que charismatique.
Aucune forme de menace n'émanait de lui. Et pourtant, il venait de prononcer son nom. Et elle était sûre de n'avoir jamais posé ses yeux sur lui.

-Pardonnez, Messire, mon ignorance, mais il semblerait que ma mémoire me joue des tours. Je n'ai pas le souvenir d'avoir croisé votre route. Encore moins de vous avoir dit mon nom?


_______________
°oO°Charognes verticales, saccageurs de vie et autres intégristes du ratage, abrutis par la sempiternelle prière de leurs "A quoi bon!"°Oo°

Spoiler:
 

De l’irascibilité de l'être
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Mentaï
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MessageSujet: Re: Dans une forêt de doutes, l'autre (RP inachevé)   Sam 17 Nov 2007 - 23:49

Amjad ne détacha pas son regard des arbres rougeoyeant aux premières lueurs, écoutant simplement la jeune fille se relever, l'histoire se répéter comme chaque fois.
Le ciel se mit calmement à respirer, petite brise légère vite commentée par les arbres enflammés d'automne, décrochant au passage quelques fragments de feuilles désséchées de s'être trop brûlées à leurs couleurs.
L'une d'elle dansa un instant devant le visage du mentaï, qui tendit calmement la main pour qu'elle vienne s'y poser.
Il observa quelques secondes les marbrures dentelées de ce monde miniature, écoutant distraitement Ambre développer plus que la moyenne des futurs apprentis le traditionnel « comment connaissez-vous mon nom ? ». Réprima un sourire satisfait devant les capacités manifestes de l'adolescente aux yeux mauves ; elle savait se servir des mots, aucun doute là-dessus.
Pour le reste, on verrait bien un peu plus tard.
Il prit tout son temps pour répondre à ce qui restait une question. Temps ou ses yeux gris ne quittèrent pas la ligne des fines nervures du végétal, temps mis à profit pour enfouir sous la surface les dernières esquisses d'Amjad et devenir Idril.
Le calme de son ermite l'emplit peu à peu, sa patience l'exorta à ne rien précipiter, à écouter sans un mot le bouillonnement d'Ambre, quelques mètres plus loin.
Ses lèvres cessèrent enfin de brûler une réponse ; ça y était, la brise fraîche le traversait sans l'atteindre..
Mais le mentaï était toujours là, sous l'eau claire, poursuivant ses buts dans l'onde sombre des courants profonds. Et c'était lui qui tirait les ficelles de cet homme respirant la sérénité.
Il était prêt.


L'ermite étendit ses sens pour qu'ils courent à la rencontre de chaque chose, chaque être vivant présent dans la clairière brumeuse.
Ils respiraient, pensaient, rêvaient.
Leur aura était plus ou moins dense, plus ou moins nuancées mais une seule l'intéressait.
Celle de la jeune humaine qui, debout dos à l'astre levant, sur le qui-vive, attendait une des seules réponses qu'elle était susceptible de recevoir.
Les sensations s'approchèrent jusqu'à l'effleurer du bout de leurs longs doigts sensibles ; et l'homme eut l'impression d'avoir regardé dans un miroir ou se reflétaient les multitudes de l'éternité, tout le magma des sentiments d'une adolescente sous formes d'éphèmères ombres mouvantes.
Au goût amer et pourtant si frais.


Après l'univers terrien gorgé de chuchotements, l'homme investit celui de cette autre dimension moins connue appelée Imagination par ces dessinateurs arrogants qui tenaient tant à mettre un nom sur tout leur petit univers bien ordonné.
Sa pensée marcha quelques secondes dans les spires, à basse altitude, cherchant une présence.
Rien que l'écho inaudible de ses pas inexistants.
Etrange.
Il avait cru comprendre que la fille dessinait.
Sur ses gardes, elle aurait du se trouver au moins à moitié immergée dans ces chemins fragiles.


Le regard gris de l'humain revint au milieu des brumes sanglantes du levant, brumes doucement dissipées par l'étoile lointaine qu'était cette boule de feu bouillonnante.
La vie s'éveillait de son rêve de silence, les oiseaux modulaient maintenant un hymne au soleil et les arbres, toujours les arbres, témoins des jours comme des nuits, racontaient aux couleurs la beauté du charme qu'elles venaient de rompre, sur fond de brouillard mourant.


La feuille glissa de la main immobile, tourbillonna puis se posa avec un petit bruit ouaté sur le sol.

Il attendit encore un peu que la brise souffle, pour qu'elle porte ses mots aux perceptions de celle qui s'était voulue marchombre.

-Peut-être serais-tu étonnée d'apprendre le nombre de choses qu'entend celui qui écoute. On apprend mieux à connaître les gens à leur insu, tu ne crois pas? Qu'est-ce qu'un nom? Un mot chuchoté une fois et répété à l'infini, gravé comme les autres dans la mémoire de la terre. Le tien m'a été apporté un jour ou j'ai pu mettre ton visage dessus. Et qu'importe le reste?

La phrase plana et l'homme fit silence.
Laissant ses réflexions mutines s'insinuer dans l'esprit changeant d'Ambre.
Espérant qu'elle serait déstabilisée, sinon légèrement étonnée, espérant en même temps que quelques mots ne démonteraient pas son apparente sûreté.
Elle aussi savait manier ces sons subtils, elle aussi savait se forger un masque de neutralité.
C'est du moins ce qu'il avait cu voir, et pourvu que cela soit vrai.
Elle serait ainsi déjà en avance ; son seul retard viendrait peut-être d'ailleurs, de ce semblant d'amour nourri à l'égard de quelques-uns, ou d'au moins une de ses camarades, distillé dans ses veines comme un poison protecteur qui ne s'extrairait peut-être que par des toiles de mots patiemment mises en place.


Le pantin s'assit sur une souche à distance respectueuse de l'adolescente.
Ses mains se crispèrent quelques infimes instants sur son pendentif dans le double but d'attirer le regard d'Ambre sur celui-ci, qui aurait peut-être une importance décisive, et de reflouer Amjad qui s'était un peu trop rapproché de la frontière.


Guettes à distance, contentes-toi d'observer et prendre du recul. Réfléchis plus loin, réfléchis et regarde bien l'ermite, surveilles-le, regarde bien cette enfant aux yeux si étranges, regarde-la bien et cernes chacune de ses failles, perces chacun de ses mots, lis toutes ces postures. Pas une parole en trop ou en moins ne doit s'échapper de la gorge de cette homme. Pas un geste, pas une intention de cette fille ne doit passer sous ta perception.

Idril soupira, suivit la descente d'un oiseau puis l'envol d'un pétale.
Chaque chose à sa place, le matin du monde et puis ses jumeaux.
Même ici, en pleine nature, le chronomètre impitoyable du temps régissait vie et mort, actions et pensées.
Tic, tac, tic, tac.
Regardes-toi, petit animal faible. Avance, bois le lait, bois ce lait si tu veux vivre.
Tic, tac.
Manger. Il faut manger, cherche. Allez, débrouilles-toi. Débrouilles-toi ou crève, c'est aussi simple que ça.
Tic, tac.
Pourquoi croyais-tu être ici? C'est sûrement ça, ton but, c'est sûrement ça, assurer la survie de ta misérable espèce. Pourquoi ? Ne poses pas de questions, personne n'a les réponses. Alors..
Tic, tac.
Ou es passée ta jeunesse, tes yeux brillants et tes sentiments impétueux? Ou sont tes espoirs et tes doutes? Eux aussi partis? Mais que reste-t'il?
Tic, tac.
Tu la sens qui s'approche. Tout ce temps consommé, tout ce morceau de vie dont la saveur t'apparaît enfin maintenant que tu n'as plus les crocs pour mordre dedans. Et pourtant, tu voudrais t'y jeter, dévorer cette palpitante tranche d'existence. Trop tard. Alors cours, vas vite user tes vieilles ailes fatiguées tant que tu le peux. Cours, de toute façon, personne n'y échappera.
Tic, tac.
Combien de temps, tout ça? Des années..ou des secondes, qu'importe? Tu as froid, mais cela fait tellement de bien de s'endormir vraiment, de connaître peut-être enfin La réponse, celle avec un grand L que tant ont cherché en vain. Mais peut-être ne sauras-tu jamais? Et alors? Les étoiles n'ont jamais été si brillantes..
Tic, tac.


Chaque chose à sa place dans le cruel cycle des univers.
Le mentaï en prit conscience et se révolta, l'ermite se sentit d'une sérénité de roc.
Le mentaï maudit cette nature immuable, l'ermite s'émerveilla devant sa majesté nonchalante.


- Magique, ces rapides minutes de transition entre nuit et jour..tu ne trouves pas? Chaque être à sa place, dans son élément..

Il n'attendit pas la possible réponse pour enfin tourner les yeux vers la jeune fille, pour mélanger le regard gris et le regard mauve.
Il parla de nouveau d'une voix douce ; mais cette fois, son expression avait gagné en sérieux et en intensité tandis que le mentaï effleurait un instant la fragile frontière de conscience.
Sentirait-elle une différence? Cette fois, ce serait plus bénéfique qu'autre chose.


-Et toi, fille qui porte le nom d'un souvenir du sang des arbres, toi, te sens-tu à ta place dans cet équilibre fragile?

L'homme se renversa en arrière sans rompre le fil de l'échange (ou affrontement?) des regards.
Elle pouvait ne pas répondre, revenir à la question de son identité, se concentrer sur ses premières paroles, sur cette dernière question, le prendre pour un fou ou un sage, s'en aller..
Dans tous les cas, elle serait perdante.
Car chacune de ses réactions lui en apprendrait plus sur elle, chacune.


Le mentaï s'autorisa une brève apparition pour sourire mentalement à Ambre. Tu es perdue d'avance, mais tu peux toujours me surprendre. En fait, il ne doutait pas que ce fut le cas.


Marchombre
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MessageSujet: Re: Dans une forêt de doutes, l'autre (RP inachevé)   Jeu 29 Nov 2007 - 18:32

[ça y est. J'ai craqué.. J'suis pas vraiment à la hauteur, mais j'espère que ça te plaira ^^]

Et comme tous les jours, le vent, ce maudit vent dont les marchombres se targaient d'être l'incarnation soulevait ses cheveux sombres... Jouant avec ses nerfs, comme pour lui prouver qu'il la suivait, qu'il la poussait dans la direction qu'il souhaitait... Comme ces feuilles mortes qu'il arrachait aux arbres centenaires... Qu'il faisait danser et resplendir, comme autant de cavalière un soir de bal, laissant le soleil sublimmer les toilettes pourpre et brunes...
Avant de s'en aller souffler plus loin, et laisser choir ses danseuses éphémères au sol...
Et toute celles dont la robe éfleuraient la terre finissaient par perdre l'espoir de retrouver un jour la sensation d'envol éprouvée une fois portées par le vent... Et avec l'espoir, celles qui restaient aux yeux des orgueilleux humains des feuilles mortes laissent filer leur couleur de sang et se tassaient sur elles même jusqu'à ce que la terre les dévore...

Ambre ne se sentait pas vraiment différente de ces choses dont personne ne se souviendrait jamais et qui finissaient par pourrir sur la croute terrestre... Abusée par une idée aussi fugace qu'un courant d'air, et dont elle se sentait si loin, maintenant...
Malgré tout, il restait cet orgueil qui la poussait à revenir au sommet des montagnes chaque matin, pour admirer la mort sanglante de la nuit grise, et la forçait à croire qu'elle, elle pourrait retrouver le moyen de quitter le sol, si elle le voulait vraiment. Qu'elle valait mieux que ces tas de gens amassés dans les villes, ces robots qui fonctionnaient comme les rouages d'une charette ittinérante bien entretenue... Sans fierté, sans but, sans rien d'autres que leurs bras pour suer et les responsabilités pour se persuader de leur utilité... Quelle tristesse: être utile à ce monde que l'astre du jour rendait criard, avec ses oranges et ses rouges, ses bleux azurs et verts tendres...

Ambre cilla, tentant une énième fois d'éloigner d'elle les pensées qui devenaient de plus en plus noires au fur et à mesure des secondes que cet homme étrange, voué à devenir son interlocuteur, laissait passer avant de répondre...
La brise, pourtant, soufflait toujours, laissant une de ces petites feuilles dont les couleurs s'étaient déjà estompée avant la chute terminer sa danse langoureuse avec le temps... L'homme semblait fasciné par ce ballet étrange... Pourtant si commun à cette époque de l'année...
Il tendit la main avec ce calme propre aux gens emprunts de sérénité, et contempla longuement les arabesques des nervures de sa captive.

L'adolescente s'obligea à fixer son attention sur l'homme qui -après tout- l'avait importunée et semblait maintenant se moquer d'elle autant que n'importe quelle autre personne vivante de Gwendalavir. Il n'était pas aussi vieux qu'elle l'aurait pensé.. Juste.. Pétri par le calme et la sagesse de ceux qui ne doutent pas. Les yeux mauves étincelèrent une seconde de rage. N'y avait-il donc qu'elle sur cette fichue planète qui n'était pas en totale harmonie avec le monde? Ni avait-il qu'elle qui avait envie d'hurler au soleil qu'il était monstrueux et aux nobles qu'ils puaient la prétention, eux qui n'étaient que chairs éphémères sur la terre et que se gargariser d'avoir un sang "pur" était aussi illogique qu'utopique... L'envie de hurler aux gueux qui pétrissaient le pain qu'ils valaient autant que ces polichinels endimanchés au sang rouge, quoi qu'ils le prétendaient bleu...
N'y avait-il qu'elle, vraiment, qui n'avait ni place ni voie? Juste cette envie de dire "non" au monde et à ses lois?

Lui, impassible relevait enfin ses yeux gris comme la nuit avant le retour de l'astre rayonnant... Il contemplait le monde sans voir cette fille qu'elle était et qui faisait tache sur ce paysage idyllique digne de la plus belle peinture... Laissa s'échapper la feuille, qui s'échoua misérablement au sol, avant de prononcer de cette voix étrangement lointaine une réponse bien trop ambigüe pour ne pas piquer plus à vif l'intérêt de la jeune itinérante.
La demoiselle tâcha de ne pas froncer les sourcils, et s'autorisa simplement un sourire en biais. Les paroles étaient sages... dans l'absolu. Comment la rumeur aurait-elle porté son nom banal aux oreilles de cet homme de foi? Elle n'avait rien fait qui soit hors des normes. Elle ne s'était liée à personne. Elle n'avait pas du, pas pu, marquer assez de monde pour qu'il ait entendu parler d'elle. Et encore moins pour replacer son visage. Ambre n'aimait que la solitude apportée par les journées où ses "camarades" filaient en ville. Elle restait au calme dans la bibliothèque ou à flâner loin des humains et des routes...

Ainsi, cet homme mentait. Et personne ne mentait sans raison. Ambre replaça nerveusement une mêche de ses cheveux, maudissant ce vent qui les déplçait sans cesse. Sans le vouloir, cet homme venait de lui rappeler son père et cette phrase qu'elle avait si souvent entendu prononcer du temps où elle parcourrait les routes: "Si quelqu'un t'aborde, cherche à cerner ce qu'il a à te vendre, n'achète rien dont tu n'auras pas de bénéfice et prends conscience du prix des choses."
Mais qu'aurait un ermite à vendre, sinon des idées? Ce pendentif qui avait capté le regard d'Ambre à l'instant où son interlocuteur s'était assis? Où l'avait-elle vu, ce signe, déjà? Au cou d'un noble? D'une noble? Il était très neutre...
Dans un étal, longtemps auparavent... Peu de chances... Une fille de bijoutier se préoccupait rarement des créations qui n'étaient pas celles de son père.
Alors où, par la Dragon, avait-elle pu voir ce pendentif turquoise malgré les rayons oranges et or du soleil?! C'était d'un frustrant...

La jeune fille se mordit les lèvres, maudissant cet humain qui souriait au monde et aux oiseaux qui chantaient l'éloge du meurtre commis par leur Dieu-Soleil. Se reconcentrer, ne pas laisser les pensées s'éloigner. Il voulait donc, plus ou moins consciemment lui vendre des idées. Ne pas penser à ce bijou. Il n'était qu'une parure de plus. Et si les parures racontaient des histoires, celle de cet homme attendrait. D'abord qu'il lui présenter sa marchandise, et qu'elle agisse en fine commerçante. Ne rien laisser paraître de l'intérêt, tâcher de ne pas inverser la situation. C'était le vendeur qui était dépendant des désirs de l'acheteur... Et être pour une fois celle dont dépendraient les choses n'était pas pour lui déplaire, loin de là.

La voix du mentaï lui fut apportée par le vent, l'arrachant à ses réflexions pour lui rappeler ce qu'elle était: ni une marchande ni une finaude, juste une spectatrice de l'aube. Son visage à l'expression indéchiffrable se tourna vers elle, et les yeux gris rencontrèrent les yux mauves. Qu'importait ce frisson qui lui courut sur l'échine à cette seconde? Il n'était dû qu'à la fraîcheur du matin et à la rosée que devenait la brume...
Ce vendeur de rêve, cet adulte insipide ne lui faisait pas peur. Pas même la sérénité de son regard.


*Accroche-toi donc à la fierté qu'il te reste, ma chère... Toi et moi savons que tu t'illusionnes en reniant ton envie d'avoir toi aussi cette étincelle apaisée. Tu te mens... T n'es pas dégoutée par cet adulte. Tu le jalouses...*

Il l'apostropha, la voix légèrement plus pronfonde, plus surement affirmée que lors de la première question inintéressée qu'elle n'avait-d'ailleurs- pas réellement intégré.
Cette fois, il attendait une réponse, elle en était persuadée.. Le vendeur cherchait à voir si ce qu'il avait à offrir pouvait l'intéresser. Défiante, la jeune fille croisa les bras sur sa poitrine, et haussa un sourcil.


-Qu'importe ce que je ressens? Qu'importe ce que le vent ressent lors de la danse des feuilles. Il sait qu'elles finiront par tomber et nous par revenir à l'état de rien. Je ne suis qu'une roturière, je doute fort que mon avis sur le monde influence celui d'un homme qui, visiblement, voue sa vie à la pensée.

Un sourire de pure ironie étira ses lèvres alors qu'elle inclinait différement son visage. Ensuite le silence. Elle ne dépendrait pas de lui, c'était Lui qui lui voulait quelque chose. Ne pas montrer d'intérêt. Quelque chose qui intéressait l'acheteur lui coutait toujours bien plus cher.
De toute façon, parler de ses opinions avec quelqu'un comme lui n'avait aucun intérêt. il était comme Yaemgo. Il ne pourrait pas comprendre. Rien ne servait d'essayer, sinon se nuir et tomber plus bas encore dans les abîmes de la désillusion. Mais lui... Lui allait parler, n'est-ce pas? Il n'allait pas laisser une payasanne inculte être insolente, hein? Il allait lui parler du bonheur... Peut-être des lois du mondes. Peut-être l'aimerait-elle plus, cet univers, par les mots qu'il pourrait prononcer? Ou pas? Le détester assez pour renier l'aube...
A tout jamais...
Et rejoindre l'univers des ombres et de la nuit...

Remplir ce vide qui lui serrait le ventre quand elle contemplait un enfant qui éclatait de rire ou un couple d'amoureux en promenade dans les ruelles... Peut-être éteindre la jalousie furieuse qu'elle ressentait en contemplant les gens...
Ou pas.
Probablement pas.
Probablement que feuille décédante qu'elle était, elle chutait, mais n'était pas encore collée au sol...
Elle cilla, encore une fois, et caressa inconsciemment le manche de son pignard de la main où pendait le bijou taillé par son père...

*Rassure-toi, tu peux encore tomber bien plus bas... Regarde. Tu pourrais dessiner, là..*


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MessageSujet: Re: Dans une forêt de doutes, l'autre (RP inachevé)   Dim 9 Déc 2007 - 18:49

[S'cuse-moi, ça ne vaut pas l'attente ><]

Sans bouger de sa souche, Idril observa en silence la brise jouer avec la noire chevelure de l'adolescente, attendant qu'elle prépare sa réponse. Ce vent, tourmenteur et immortel, soulevait les fines mèches d'ébène à la façon d'une caresse. Comme pour rassurer l'enfant qu'elle était encore, comme pour lui insuffler la force de se vider et de résister à ces sentiments confus qu'étaient devenus les siens.
Ou comme pour ajouter une touche de douceur engourdissante, qui sait..
Sans doute percevait-elle d'une manière complètement différente l'esprit qui emportait ses songes.

Etonnant comme cette entité sifflante, en tous temps allégorie de la liberté changeait de signification avec les êtres ; pour Ambre, il était sûrement plus angoissant qu'autre chose, Amjad le savait par expérience. Mais pas d'une angoisse effrayante, non.
Une autre, plus subtile, quelque chose d'un énervement impuissant devant le destin qui file.
Mais inutile d'exprimer l'inexprimable, presque aussi inutile que de tenter d'y mettre un nom.

Hum..apaisant spectacle que le ballet des feuilles automnales tourbillonnant sans bruit dans l'air de l'aube. Presque aussi apaisant que cette âme tourbillonnante de doutes, que ces cheveux de nuit étroitement mêlés au vent..

Ne commence pas à t'endormir sur tes foutues certitudes. La partie commence à peine.

Il détourna un peu la tête par égard pour sa proie ; imaginer ce qu'elle pouvait ressentir en ce moment. Toutes les émotions changeantes d'une adolescente, mais après ? Il y avait forcément autre chose.
Fille de roturier ? Paysanne ? Guerrière ?
Une être comme les autres, exactement comme les autres. Une jeune fille commune, aussi commune que n'importe quelle jeune fille, que n'importe quel humaine ayant foulé cette bonne vieille terre depuis le commencement de la nuit des temps.
Une gamine banale.
Mais une gamine banale différente.

Sinon, je ne serais pas ici à jouer les pacifiques ermites.

Que me vaut ce léger sourire ironique ?
Tu es peut-être un peu plus qu'une fille un peu différente. Un peu plus fière, un peu plus fine que la moyenne, sans doute. Mais qu'est-ce que tu caches, derrière ce vague étirement des lèvres sans joie ? Du mépris ? Pas seulement, je pense, pas seulement. De l'appréhension ? S'il y en a, il n'y en a pas beaucoup. Autre chose qui n'entre pas dans mes calculs ? Possible. Et bien, surprends-moi. Cela fait longtemps qu'un aspirant apprenti ne l'a pas fait. Il faut dire qu'ils sont si insipides, de nos jours. Pourvu que tu sois vraiment celle que j'ai cru voir. Car si je me suis trompé..je ne donne pas cher de ta peau, demoiselle.
..Qu'est-ce que cette attitude insolente ? Tu me défies ? Alors comme ça, tu es bien d'une autre trempe que tous ces lâches et ces surdoués obtus ?
Hum..ça, on ne peut pas l'appeler un sourire. Quel douloureux reflet. Cela gâcherait presque la pureté de tes traits. Presque.
Oh, mais tu parles bien, fillette. Très bien, même. Tu me plais de plus en plus..pour ton malheur, sans doute. Je ne risque plus de lâcher l'affaire.
Tu es armée ? Pas étonnant. De nos jours, personne n'est sûr. Es-ce que tu oserais utiliser ce poignard contre moi, si je te déplaisais trop ? L'as-tu déjà utilisé contre quelqu'un ? En quelles circonstances ?
Mais tout ça viendra après, lorsque tu ne pourras plus bouger tes jolies petites ailes.
Je crois néammoins qu'il faudra bien plus qu'un simple filet, pour t'empêcher de voler..

Voyons maintenant combien de temps mettra l'ermite pour te pousser à bout. S'il arrive à te dévoiler suffisamment, tu risques de faire connaissance avec son marionettiste..du moins il serait bon que tu le croies.
Allons.

L'homme cilla perceptiblement, puis son calme sourire s'élargit, presque moqueur ; il reprit sa voix légère pour esquisser une réplique :

-Il y a différentes façons d'appréhender le monde, et je ne suis certes pas de ceux qui font plus de cas de l'avis des puissants que d'un autre moins élevé dans la hiérarchie, moins riche, sans doute. Mais si je ne suis pas influencé par l'avis de la première fillette venu, ce n'est pas pour autant qu'il ne m'intéresse pas, au contraire. Ceux que l'on n'interroge pas ont souvent plus à dire que les autres. Et qui mieux qu'une roturière peut percevoir les choses que les bourgeois ignorent ? Moi aussi, je ne suis que roturier. Pourtant, je ressens comme personne la banale caresse de la nuit, l'appel du crépuscule ou l'absence de vie d'une feuille qui tombe. Tous ces secrets chuchotés à chaque instant, qui effleurent le plus souvent la conscience humaine sans l'atteindre. Mais toi et moi pouvont le sentir, parce que nous ne sommes rien. Et tu remarqueras que la plupart du temps, ils reflètent nos sentiments..je me trompe ?

Sa litanie terminée, le sourire perdit un peu de son éclat pour se nuancer de mélancolie.
Allez, essaye de comprendre quelque chose à tout ça. Si tu y arrives, je trouverais autre chose. Si tu n'y arrives pas..

Sous la surface, le mentaï se protégeait des paroles qu'il aurait pu prononcer lui-même si la vie avait pris un autre cours. Balivernes que tout cela.
Penser à autre chose, avant d'ajouter une parole en espérant troubler toujours plus la fille aux yeux mauves.
A Mangal, par exemple. Pourvu qu'il applique le plan prévu en cas de problème.
Car s'il oubliait..il y aurait un ou plusieurs morts, ce matin.
Dont Ambre.
Et cela, Amjad se le refusait ; pas question de supprimer un esprit si vif.

Il se reprocha aussitôt son manque de confiance : Mangal l'avait-il jamais trahi ? C'était d'ailleurs le seul être auquel il pouvait se fier.
Mais qu'importe ; il n'avait besoin de personne d'autre. Un mentaï est, par définition, seul, ses alliés occasionnels ayant trop souvent tendance à se transformer en ennemis mortels.
Et celui qui dérogeait à cette règle jamais énoncée clairement..celui-là ne survivait pas bien longtemps.

-Et qui te dit que le sort des feuilles est indifférent au vent ? C'est tout de même lui qui les porte, lors de leur dernier voyage, lui qui les plaque au sol ou les y dépose en douceur. Qui te dit qu'il n'a pas de préférences ? La feuille dorée qui tombe en chute libre s'oubliera vite ; mais le monde gardera un peu plus longtemps le souvenir de la feuille rousse, que le vent portera doucement pour retarder son déclin.

Inutile de lui préciser que, tel le vent pour la feuille, il la porterait et la ferait danser jusqu'à ce que, inutile, le souffle la lâche pour se tourner vers un corps végétal aux couleurs et aux espoirs moins ternis.
Sauf si elle se révélait plus subtile.
Alors peut-être..

Mais elle n'avait aucun besoin de savoir tout cela.
L'orgueilleux mentaï fit lever son pantin du tronc coupé d'un arbre qui avait du un jour être magnifique.
L'ermite s'éloigna de quelques pas vers le bord de la clairière, là ou la falaise formait un arc tendu vers l'astre qui enflammerait bientôt la foule végétale et silencieuse.
Pas si silencieuse que ça.
Toujours en train de murmurer, ces arbres. Amjad aurait bien aimé une fois les comprendre.
Ils devaient en savoir, des choses, plus que nul n'en saurait jamais..

Hochant lentement la tête dans l'ombre du levant, l'homme assena à la la jeune fille une dernière floppée de mots :

-Mais puisque tu as évité ma question, j'en conclus que la réponse et non. Et que cela ne t'es pas indifférent..

Puis il s'assit en tailleur face au soleil, en apparence serein, vérifiant du coin de l'oeil que Mangal n'était pas visible depuis ce point de vue.
Vérifiant de nouveau mentalement que chaque arme était à sa place, chaque acte analysé et contrôlé.
Etrange pièce de théâtre, en vérité. Mais jouée et rejouée.

A toi, Ambre.










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MessageSujet: Re: Dans une forêt de doutes, l'autre (RP inachevé)   Ven 14 Déc 2007 - 17:57

Et étrangement, le mentaï ne releva pas ni ses sarcasmes, ni son ironie...
Lui offrant pour seul signe de surprise un battement de cil perceptible. Au moins, elle avait réussi à le surprendre, même lui qui se croyait en harmonie totale avec le monde et tout ce qui pouvait bien exister...
Et bien, avec elle ça ne fonctionnerait pas comme ça.
Ses yeux gris, le ton doux de sa voix, celui qu'on utilise pour les enfants, pour leur ébaucher la vie et toutes ses choses complexes pour lesquelles ils étaient encore trop petits...

Il la traitait de fillette, était-ce en réponse à son ironie? Etait-elle tellement plus jeune que lui? La voyait-il comme un de ses enfants aux yeux brillants de créduliter pour le monde, promt à la colère à la moindre contrariét, prêt à croire tous ce que ceux qui ont gagné sa confiance pourront lui raconter?
Si oui... C'était de bien haut qu'il tomberait...

Et pourtant... Les mots qu'il prononçait étaient étrangement en accord avec ceux qui amplissaient la tête de la jeune fille, et cette partie d'elle, de plus en lus importante qui la poussait au noir, au réveil si tôt tout les matins, aux nuits blanches... Celle qu'elle faisait taire, de toute ses forces.. Voulait faire taire, plutôt, car les mots étaient toujours, ils formaient les noeuds dans son ventre, les terreurs la nuit...

Plus qu'un accord. Pour la première fois, un sentiment d'écho véritable de ses idées... de ses pensées, quelques minutes plus tôt... Avait-il lu? Avait-il profité de La Chose pour lire ses pensées? Elle aurait dû.. Au moins le sentir... Mais c'était impossible! Il ne pouvait pas comprendre, pas comprendre et être serein à la fois...
Elle ferma son visage, d'un autre battement de cil. Il ne saurait rien, rien qu'elle n'ait souhaité lui dire au préalable.

Mais il n'avait pas terminé, elle le sentait... Sa voix avait été trop légère, pas tout à fait le même son qu'au préalable... Pourquoi? L'avait-elle déçu par son ironie? Il n'abandonnait pas, quand même...? Ou il a jouait encore plus fine...?
La jeune fille ne parvenait pas à choisir ce qu'elle aurait préféré... Probablement encore cette lueur d'intérêt dans les regards de l'homme, probablement encore un ou deux pieds de nez, juste assez pour piquer son orgueil.. Pour qu'elle arrête de se poser des questions pendant quelques temps encore...

Cette façon qu'il avait de briser le silence et le cours de ses pensées, tellement naturelle et pourtant si exaspérante...
Cette façon que cet inconnu avait d'insufler des idées nouvelles là où la jeune fille pensait pouvoir placer ses seules certitudes... de faire vaciller les certitudes, avec de la douceur et de la poésie à la fois.
Avait-t'il écrit? Avait-elle déjà lu quelques chose né de sa plume? Elle aimait sa façon d'exprimer les choses...

*Réveille ton esprit, Itinérante. Il cherche à endormir ta méfiance.. Allé, contre-le, contre-le encore... Ne te laisse pas endormir... Il n'est pas comme toi. Regarde bien ses yeux... Ils ne se détachent pas de toi. Ne laisse rien t'échapper, il t'observe lui aussi... N'oublie pas Papa; tout a un prix... Choix, savoir, liens, compromis...*

Et sa voix, à nouveau, hypnotisante et glaçante à la fois... Et les mots, ajustés à la perfection, qui touchaient les points sensibles...
Le regard d'Ambre dut sembler quelques instants plus rageur...
Oui, comme il l'avit dit précédemment, il savait écouter..

Ambre le considéra un instant... de haut en bas alors qu'il s'asseyait. Quelque chose lui disait qu'elle ne serait pas une assez bonne négociante pour cet homme là... Quelque chose que sa fierté démesurée fit taire.


-... Vous placez plus haut que les plus puissants... Et prétendre ne pas se laisser influencer par eux... Prétendre que tous les avis ont le même poids... Ecouter même ceux qui n'ont rien à vous dire, penser avoir tout le loisir de décider ou non de ce qui vous influencera, Penseriez-vous réellement détenir la vérité? Pas absolue, mais assez pour ne pas vous laisser influence par tout ce que... la rumeur apporte à vos oreilles?
C'est une jolie preuve d'estime de soi. Pour ne pas dire d'orgueil. Vous n'avez pas les manières du peuple. Le peuple se salue avant de parler. Le peuple est sourd aux pensées qui ne sont pas matérielles.
Ne vous comparez pas à moi. Vous n'êtes pas rien. Rien n'est certainement pas serrein.


Retour à son pendentif... Pas roturier. Pas noble. Pas Itinérant. D'où était-il, celui-la? Quelle caste portait ce genre de bijou?
Il semblait avoir suivi son regard. Sentait-il sa frustration de ne pas remettre ce symbôle?


- Les vrais gens du peuple ne sont intéressés que par le concret. Les préférences du vent sont éphémère, et toutes ses voltigeuses, il les laisse tomber. Tout n'est qu'une question de secondes. Aucune feuille ne serait assez stupide pour perdre ses secondes en actions inutiles.
Quel serait mon intérêt de vous parler de ce 'fragile equilibre', à supposer que je le prenne comme tel?

*Vas-y, Ermite, cherche... Analyse ce que tu déduis de moi... je te conduirai vers celle que j'ai été, je cacherai celle que je suis... Allé, qu'attends-tu encore, Ermite, pour me répondre?
N'as-tu jamais vécu ce genre de scène? Je n'ai pas la prétention de m'imaginer cas unique... Tu as certainement convaincu des êtres plus retors que moi... Pourquoi ces silences? Cherches-tu à analyser ma résistance à l'attente? T'ais-je berné? Non, je ne le crois pas, tes yeux rient.. Et-ce nécessaire, vraiment, de faire languir ceux que tu harponnes? Cela atise t'il leur désir de t'entendre? Pourtant, les marchand ont plutôt tendance à avoir recours à la persuasion et à l'exposition totale de leur marchandise... Ils le gueulent, ce qu'ils ont à venre, ils appellent à eux, ils montrent, ils mettent en évidence... Les bijou sur des tissus noir d'encre, de même que les carrés de soie... Pourquoi cacher ainsi ce que tu veux transmettre? Me serais-je trompée? La rumeur t'aurait vraiment aporté mon nom, et le hasard notre rencontre? Mais qui? Connais-tu celle qui est ma soeur d'arme? Les élèves auraient-ils parlé de l'incident avec la dame Ar'Kriss?
... Mieux... Serais-tu un de ces vendeurs de nuit, qui dissimule ce qu'il possède sous une longue cape, qu'il n'ouvre qu'aux plus intéressés?*

-Comment deviens-t'on ce que vous êtes? Vocation profonde? Famille? Circonstances...?

Le bijou scintillait doucement, de plus en plus bleu au fur et à mesure que le soleil reprenait une couleur ternie... Bleu comme l'..! L'océan. L'océan! La mer! Les bateaux! Les Alines.
Le symbôle était celui des Alines, des pirates Alines, il était pirate, il avait été pirate, il devait avoir des liens avec la mer...
Elle cilla. tâchant de garder sa bouche fermée.
C'était au tour du mentaï de parler, à présent...

[Beuh... C'est court ><' La tienne était parfaite I love you faudra que je pense à te vouer un culte, un de ces quatre]


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MessageSujet: Re: Dans une forêt de doutes, l'autre (RP inachevé)   Mar 18 Déc 2007 - 15:45

[T'as pas le droit. C'est moi qui devais te vouer un culte, j'en revendique l'idée et le devoir :tongue: ]

Elle semblait se renfermer de plus en plus. De plus en plus méfiante, de plus en plus braquée, une étincelle (de colère ?) traversant un instant son regard de cette rare couleur mauve.

S'il pouvait déceler en elle autre chose que la méfiance froidement calculatrice dont ses paroles étaient l'écho, alors il pourrait frapper.

Je t'aurais, de toutes manières. Par ta colère, si je ne puis attirer ta curiosité. Cela risque juste de prendre un peu de temps. Et bien, aucune importance : je l'ai, ce temps. Quelle curieuse coïncidence, n'est-ce pas ?

La jeune fille contra de nouveau ses phrases à la poésie enjôleuse, qu'il croyait pourtant plus troublantes que ça, démontant chaque affirmation avec une défiance impitoyable, déstabilisant quelques secondes l'orgueilleux mentaï : ces discours à la sérénité fascinante ou agaçante, ces stupides discours dont il avait même été fier, balayés en trois arguments par une petite paysanne ? Juste quand il croyait l'avoir un peu bercée par ses mots..dur coup porté à son honneur.

Amjad prit à cet instant conscience de deux choses à propos d'Ambre :
premièrement, la finesse et la vergogne de la fillette seraient un atout précieux, cette fois pour ses propres intérêts autant que pour ceux de la guilde des mercenaires du chaos.
Deuxièmement, Ambre n'avait justement rien d'une fillette. En fait, elle n'était pas beaucoup plus jeune que lui ; peut-être avaient-ils..neuf, dix ans d'écart à tout casser. Il aurait pu être son frère.
Prise de conscience qui le fit s'interroger à nouveau : valait-il mieux, comme précédemment, se comporter en adulte blasé prenant de haut une adolescente révoltée ?
Changer brutalement de comportement serait sans conteste trop étrange pour ne pas alimenter la flamme de méfiance ouvertement hostile qu'il voyait luire dans les grand yeux indigo.
Et puis, si elle n'était pas une gamine, qu'était-elle, sinon une jeune femme ?
Pas le genre de jeune femme qui laisse froid, en plus. Ces cheveux si noirs, contrastant efficacement avec ces yeux luisants..ce corps souple ou il n'y avait rien en trop, et tout à la bonne place..ce visage volontaire, d'une beauté non conventionnelle mais indéniable..seul la peau un peu trop pâle au goût d'Amjad détonnait, mais si peu. Il faut dire qu'elle n'avait pas le teint doré des sirènes alines ; ce qui n'enlevait rien à son charisme farouche..pas mal, pour une roturière.

Le mentaï se rencogna dans l'ombre lorsque la main d'Idril fila pour le repousser de la fragile frontière.

C'est l'ermite qui a les rênes, laisse-le jouer et analyse. Ce genre de pensées, c'est seul ou du moins quand rien n'a besoin d'être calculé. Pour l'instant, c'est du sérieux.

Heureusement, il y avait dans la réplique de la jeune fille suffisamment de petites failles pour que les paroles puissent y percer un passage.
Même s'y engouffrer, si elle s'embourbait dans ses propos. Mais le pirate ne se faisait pas trop d'illusions : il faudrait plus que quatre phrases pour venir à bout d'un esprit vif comme celui qui lui faisait face.

Redevenu professionnel, l'homme sourit donc à sa proie, d'un sourire dégoulinant d'une sérénité qui faillit l'écoeurer lui-même. Le genre de mimique qu'ont les gens qui ont compris des choses que le reste des créatures bassement terriennes ignoreront toujours.

Commençons par la colère, alors.

-D'orgueil ? Quel fierté y a-t'il à concevoir d'une opinion triée et maîtrisée, si ce n'est la satisfaction personnelle de ne pas avoir à suivre le troupeau ? Replace le mot "confiance" à la place d' "estime", ton jugement n'en sera que plus juste.

Cela dit avec ce sourire indulgent qui, sauf erreur monumentale, ne pouvait que l'énerver.
Sauf que là, il n'avait pas le sentiment d'avoir été très convaincant ; un peu trop fuyant, pour tout dire.
Alors, avant qu'elle ne le fasse, il attaqua de front :

-C'est vrai, le paisible paysan qui part cultiver son champ, ou la marchande qui range son étal ne sont en règle général pas particulièrement réceptifs aux choses auxquelles j'ai fait allusion. Je me vois mal leur parler de l'odeur du soir, des murmures des arbres ou du chant de la lune.

Il sourit à cette idée, imaginant sans trop de peine un grand abruti moyen aux yeux vides de toute intelligence, la bouche ouverte de stupéfaction. Quelle pitié.

-C'est vrai, ils ne comprennent que le concret. Devine pourquoi je dis « ils » ? Tu parais comprendre, toi qui te sous-estime, ou qui essaye de me le faire croire. Ne me dis pas que parmi les « vrais gens du peuple », tu en aies rencontré un seul qui ne t'aurais pas regardé bizarrement si tu lui avais parlé de l'aube ou la nuit ?
Car tu parles bien, pour une roturière. Bien mieux que la plupart, ne le nie pas.
Ce qui ne fait pas de toi une vraie fille du peuple, si j'ai bien suivi ton raisonnement ?

Les yeux gris avaient pris le relais de la bouche pour sourire à leur tour. Ils pouvaient vouloir dire n'importe quoi, absolument n'importe quoi. A Ambre d'interpréter.
Il n'avait pas fini :

-Pourquoi te méfies-tu de moi ? Je ne t'ai rien posé de plus qu'une simple question. A laquelle tu évites toujours de répondre, il me semble. La réponse te dérange t'elle autant ?
Tout me semble une question de confiance, dans cette histoire. Tu en es en manque, chez toi comme chez les autres. Tu ne me fais pas confiance, alors tu la confonds avec « estime de soi ». Ne me dis pas que toi, tu te laisse influencer par ces fameux puissants, ne me dis pas que tu n'aspires qu'à suivre le troupeau ? Si c'est bien non, alors tu refuses de te faire vraiment confiance en te convaincant qu'il s'agirait d'orgueil. Mais si, comme je te l'ai déjà dit, c'est de confiance en soi et non d'orgueil qu'il s'agit, tu aurais..peur, peut-être.

Sourire, toujours sourire, pour que les paroles restent légères, sans gravité.
C'est vrai, pourquoi employer un ton docte alors que tu n'es qu'une poussière insignifiante, que je ne suis qu'une poussière insignifiante, que ce sol à l'aspect si solide n'est que poussière et que poussière il redeviendra. Pourquoi, hein ; nous mourrons tous, nous qui nous croyons si importants, nous mourrons dans l'anonymat et l'indifférence générale sans que l'univers cesse d'être.
Et tu détestes ça, n'est-ce pas ?

-Mais peur de quoi ? Si tu te fais confiance sans t'occuper plus que ça de ceux qui te croisent, tu devient calme..serein. Tu aurais peur de la sérénité ?

Le sourire qui se reflétait de nouveau sur les lèvres de l'homme devint un instant satisfait, un tout petit instant, accrochant un rayon naissant sur une incisive un peu trop pointue.
Première erreur.

Ne te laisse pas emporter, ça peut devenir dangereux, c'est déjà trop précaire.

-Se sentir en paix avec soi-même..avec le monde..être libre, au moins psychologiquement..cela n'a rien de bien effrayant, je trouve..la vie en devient presque une banalité. Et tu peux attendre tranquillement la mort dans un monde qui se déchire, et tu peux les regarder sans ciller et réfléchir, longtemps..en paix, enfin..

Quelle horreur.
Le mentaï aurait bien aimé franchir la glace pour cracher sur ces insanités.
Mais la conversation avait pris un tournant trop important, il convenait à présent de ne rien brusquer.
Bientôt, la suite dépendrait de nouveau d'Ambre.
Autant profiter d'êtres sous les feux des projecteurs pour cracher encore un peu de venin au parfum enivrant.
A l'arrière-goût de détresse.

Idril devint soudain un peu plus distant, comme happé par ses propres propos inutiles, notant dans un coin de son esprit le dernier regard qu'avait eu la jeune fille pour son pendentif, avant qu'il ne réponde en bloc au reste. Elle avait cillé.
Ainsi, elle avait associé un peuple ou une caste à ce bijou ? Le bon, évidemment.

-Regarde comme le soleil est beau..

Derrière le regard gris, quelque chose essayait d'exprimer le contraire. Peut-être Amjad, qui profitait que son pantin soit sur le devant de la scène pour adresser une première proposition à cette future apprentie.

Future, future..si tout se passe bien.

Mais il avait confiance en lui. L'orgueil, cette fois, quoi que cet idiot d'ermite en dise. Plutôt ironique.
A peine l'homme avait-il fini sa phrase que la forêt s'enflamma.
L'astre du jour étendit ses bras de lumière à toute la vallée, les arbres tendirent leurs branches pour recevoir leurs couleurs et bientôt, leurs feuilles se paraient de tous les tons possibles de doré, carmin, feu. Leur costume mortuaire, en somme.
Des demoiselles se faisant belles pour mourir.
Encore une ironie de la nature, qui tendait cette fois vers sa cause ?
L'ermite prit la clarté en plein visage et il sembla soudain s'illuminer de l'intérieur. Même ses cheveux noirs s'apprêtaient de reflets auburns, sous le jour.
Ambre était un peu plus loin, donc protégée de l'incendie par l'ombre des bois.
Belle petite mise en scène.

Il se releva, semblant rayonner de calme et de cete foutue..sérénité.
S'approchant de la jeune fille, mais pas trop.
S'arrêtant à la limite jour/nuit.
C'était maintenant une frontière diaphane de fragiles jeux de lumière qui séparaient l'adolescente mûre et le jeune adulte.
Ombre / lumière.
La bonne vieille idiotie.
Les méchants / les bons.
Le mal / le bien.
La nuit / le jour.
Parfait.

Cette scène avait laissé à l'homme le temps nécessaire pour s'interroger rapidement sur ce que savait ou non la jeune fille ; par sa question trop ambigüe, elle lui avait rappelé qu'il serait dangereux pour lui de pécher par excès d'orgueil..

-Ce que je suis..?

Il fit mine de lui tendre la main avant de la laisser retomber. Sous-entendu ou tu es, je ne peux pas t'atteindre. Tu t'éloignes du monde, des autres, de la lumière du jour.

Tsss.

-Je ne saurais pas vraiment l'expliquer. Besoin d'indépendance, sans doute, « vocation profonde » peut-être. Mais..l'on se rend vite compte que le monde n'est pas fait comme l'on croyait. Une autre prise de conscience que celle nommée adolescence, mais plus brutale.
Quant à comment..j'ai oublié. Un hasard, sans doute, peut-être même une rencontre. Peut-être même..

Tournant le dos au soleil, il pénétra lentement dans l'ombre, le regard un peu moins lunatique que celui coutumier à Idril.

Que de clichés, que de clichés. Un peu trop explicite. Il y a la protection doutes- folie, heureusement.

Qu'elle avait de beaux cheveux. Et qu'elle lui semblait touchante de révolte et de vie. Pour le pendentif, il ferait comme s'il n'avait bien remarqué. Pour l'instant, il était plutôt curieux de voir qui de la colère ou de la curiosité allait triompher. Ou encore cette défiance à moitié méprisante ?
Tant qu'elle parlait, il trouverait autre chose, il se faisait confiance.

Orgueil, orgueil, orgueil..elle a raison. Ca me ferait presque rire.

L'ermite retourna donc s'asseoir sur son premier « siège », la souche encore dans l'ombre.
Cédons le devant de la scène.

Sa deuxième erreur aurait été de sous-estimer sa proie.

[Dis-moi si j'édite, j'ai la nette impression d'avoir interprété n'importe comment Embarassed Rolling Eyes ]


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MessageSujet: Re: Dans une forêt de doutes, l'autre (RP inachevé)   Jeu 20 Déc 2007 - 17:19

Il était des Alines. Il ne fallait pas y penser.
Mais c'était trop beau! Il était Aline! Il avait vu la mer... Peut-être avait-il même vécu au loin, sur un des territoires farouchement défendu par les pirates... Peut-être les aurait-il, lui, les réponses à ses questions? Il aurait suffi de les poser...

Et se montrer, ainsi, aussi faible qu'elle l'était? Aussi manipulable qu'une poupée de chiffon, aussi flexible qu'une branche de bambou?
Le jeu pourrait en valoir la chandelle, mais... Il aurait fallu museler son orgueil et ses derniers espoirs pour avoir le droit de tout risquer.
Peut-être, si elle parvenait à le faire parler lui, n'aurait-elle pas à se dévoiler, elle?
Peut-être oui, mais peut-être pas. Elle ne le connaissait pas. Il pouvait disparaître à tous moments, comme le vent.
Quand rencontrerait-elle un autre pirate cultivé? Quand pourrait-elle les poser, ces questions, si elle refusait tout dialogue?
Combien d'occasions laisserait-elle passer, encore, avant d'accepter de se montrer?

Battement de cil. L'ermite reprenait la parole, après un sourire qui renvoyait au visage de la jeune fille toute son insignifiance... Tout son trouble, aussi, probablement. Le calme des mots, et la tempête dans son âme.
"Ne pas suivre le troupeau"
Un beau rêve... Peut-être la cause initiale de tous ses problèmes...
Ne pas vouloir épouser un itinérant, lui pondre des enfants et suivre les routes à ses côtés, protégeant la marchandise au nez et à la barbe des voleurs et autres manants.
Ne pas vouloir rencontrer de gens, de riches, de bourgeois ou encore moins de nobles. Refuser toutes possibilités de se faire entretenir, de se faire offrir quoi que ce soit qui n'était pas mérité...Tout cadeau avait son prix. Tout refus aussi. Quant à la confiance...
N'importe quoi. Un cauchemard, en vérité.

Battement de cil. Ce qu'elle pouvait détester sa façon pédagogue de lui parler...
La jeune fille mordilla sa lèvre, sans même s'en rendre compte; simple moyen pour elle d'amoindrir l'envie de hurler ses pensées à son interlocuteur, les hurler tellement fort qu'il en deviendrait sourd, qu'il paniquerait et partirait à jamais, avec pour seul souvenirs sonores la rage d'une fille de peuple en mal de voie.
Elle s'obligea à retenir, et agir comme il le faisait, par analyse. Il ne lui avait toujours pas parlé de l'intérêt qu'elle aurait à parler.

*Et c'est toujours quand les prix sont trop élevés que les marchands évitent de les citer. Oui... *
Ou non. Il suffisait qu'elle se trompe. Il était Aline, il était homme de pensée. Peut-être voulait-il simplement l'entendre pour évoluer? Peut-être n'y avait il aucun prix, finalement, sinon le fait de partager ses idées avec quelqu'un qui parvenait à formuler des sensations qui brûlaient son âme depuis tant de temps...

Battement de cils. Il reprenait. Les mots, chaque mots étaient des insultes pour ses parents, ses ancêtres et ce qui pendant longtemps avait été sa vie. Oh si, il aurait pu parler de cela à chacun des membres de sa caste. Tous auraient écouté et compris.
Même si la lune ne chantait pas...
Ils parlaient entre eux de l'air de la nuit. Celui qui amenait les éfluves des villes, des viandes grillantes, des bêtes sauvages. Ils auraient pu saisir les métaphores, peut-être pas les gardes, mais les ittinérants certainement.

Battement de cil. Il ne comprenait plus... Il parlait comme un noble, à cet instant. Se pouvait-il qu'il y en ait aussi, dans l'archipel? Sur la mer....
Que les roturiers n'aient pas les mêmes droits que les autres, sur un navire? Laissaient-ils au moins des femmes monter à bord? Pourrait-ele, si elle partait pour la côte, se faire engager sans être obligée de servir comme fille de joie ou souillon?
Foutues questions...

Battement de cil, et longue expiration, face à son sourire. Il ne pouvait pas comprendre. Il n'avait pas dû vivre parmi les gens du peuple. Il ne pouvait pas saisir la nuance entre être stupide et être concret...
Pourtant, ce n'était pas compliqué.
Ne pas se poser de questions qui pouvaient détourner du labeur. Profiter des choses simples, et les accueillir avec joie.. La vie était si morne... Si triste..
Se moquer des puissants tout de dentelles parés, en jouant de la cithare, le soir, autour d'un feu de bois. Embrasser le front d'un enfant qui s'endort sous une roulotte et qui mumurme un mot tendre. Se battre pour vivre, sans commencer à penser à ce qu'aurait pu être la vie sans les contraintes, avec un autre passé, un autre avenir, une autre force...
Agir avec logique, presque mécanique. Ca n'était quand même pas si stupide que ça... Et puis, les concret au ventre plein et fatigués par leur travail sont heureux..

Battement de cil. Ambre inspira, laissa les mots du mentaï courir encore...
Serra les dents un brin plus fort devant sa douceur apitoyée, oubliant peu à peu d'analyser son visage pour ne plus se concentrer que sur ses paroles.
Compliments, rabaissements...
Comment était-il possible de se tromper autant et de percer en même temps le cours des pensées de quelqu'un? Par quelle magie...?
"ça ne fait pas de toi une vraie fille du peuple"
Poignet qui se serrent, à quelques centimètres du poignard.

La jeune fille détourna les yeux, sachant pertinnement que c'était une erreur. Serrer sa main gauche assez fort pour sentir les ongles cours déchirer en surface la peau de sa paume. Pas une vraie fille du peuple..
Retour à Amjad, dont les yeux riaient de plus en plus.
L'apprentie marchombre tenta d'effacer de ses traits toute forme de colère, refusant à son ermite le droit de crier victoire.
Pas encore.

Mais les mots du mentaï se faisaient plus personnel. Elle avait été bien trop imprudente, la fille d'itinérante, de vouloir jouer avec un bretteur pareil... Elle avat trop laisser voir, sans rien dire, pourtant...
Elle baissa la tête. Qu'il se taise. Qu'il se taise, bon dieu!
Le vent souffla une autre bourasque, comme pour la réveiller. Qu'avait-il dit? Peur?

*Chien d'homme, je te ferai retirer ça. Je n'ai pas peur. Ni de toi ni de personne. Saloperie d'ermite, retire ça tout de suite. Arrête de sourire comme un idiot. Tais-toi.. Tu insultais mon rang, tu insultes mon honneur, maintenant? Efface ce sourire de tes lèvres, je t'interdis de savourer ce moment, tu entends? Tu as gagné... Tais-toi le temps pour moi de trouver ce que je peux te dire... Je vais faire ce que tu me demandes, philosophe. Puis tu vas me parler, en me croyant en ton pouvoir. Et parole de Naeëios, je te ferai ravaler chacun de tes mots. Je te les enfoncerai dans la gorge à coup de dague s'il faut*

Le mentaï développa, doucement, savamment ses propos meurtriers, et la jeune fille tâcha de rester impassible. Une rédition trop rapide n'aurait été crédible...
Et l'homme s'approcha, changeant totalement de sujet. Ambre ne put que tourner son visage vers l'astre, avant de revenir à son interlocuteur... C'était beau. Comme tous les jours, depuis le commencement du monde.
Battement de cil.
Il était beaucoup trop proche. Il tendait la main vers elle, avant de la laisser retomber.
Regard intrigué de l'adolescente. Elle n'avait pourtant pas dessiné, n'est-ce pas?

Il revenait aux vraies questions. Et il mentait. Trouver sa voie, sa véritable voie... Ca devait être immortel dans un esprit. le moment de sérénité le plus absolu... non?
Ou peut-être qu'une fois qu'on était en accord réel avec soi... le quand devenait accessoire. On était simplement bien, certain... Serein.
Ca devait être tellement...

*Arrête, Naïve. Réfléchis. Ouvre ton esprit. Une rencontre... Une rencontre qui accorde le bonheur. Ou peut-être même quelque chose qu'il ne dit pas. Ce n'est pas quelque chose d'anodin.. Il n'a pas trouvé sa voie, on l'a guidé. Il t'a rencontré, maintenant. Et il te dévisage. Remercie les lois itinérantes, Ambre... Et bon sang, contrôle. Inspire... Maintenant.*

La jeune fille tourna à nouveau son visage vers l'aurore, laissant le vent malmener ses mèches couleur de nuit, et leur donner cet éclat pâle qui illuminait déjà la chevelure ébène du philosophe. Se lancer. Taire la colère. Il était pirate, il ne faudrait pas l'oublier... Il faudrait savoir... Juste avoir la patience...

-C'était beau.. avant.

Regard triste avant de refaire face à son interlocuteur.

-C'est beau la première fois qu'on y fait attention. Comme l'aparition des étoiles au crépuscule. Comme le polimage quand on le traverse pour la première fois. Mais ce n'est plus beau. C'est commun. Tellement commun que plus personne n'y fait attention, et que ceux qui font attention oublient... ce qu'ils ont ressenti la première fois. La sérénité, pour moi, ce n'est pas attendre la mort calmement, c'est savourer chaque seconde de la vie comme si c'était la première.
Il n'y a, selon moi, aucun équilibre ici. Tout est juste imuable. Morne.
Le jour se lève, atteint son zénith, et meurt. La lune apparaît, devient ronde, puis disparait. Le ciel se couvre de nuage, pleure, puis se dégage.
L'homme nait vit et meurt.

Elle haussa les épaules, avant de recroiser les bras autour de sa taille fine.

-Ceux qui sortent du troupeau n'y ont plus leur place ensuite. Ils sortent de la voie tracée, de ce que vous appelez équilibre. Mais ils restent ce qu'ils ont toujours été: un tas de poussière animé et qui ne tardera pas à se dissocier, pour mieux disparaître. Ceux qui sont malencontreusement sorti du troupeau sont.. différents. Mais pas assez pour être autre. Ils ne sont qu'eux. Surtout, ils sont seuls...

Battement de cil. Il écoute, surement. Il savoure, probablement. Et à la jeune fille de mentir...

-J'aurais bien aimé rencontrer quelqu'un qui comprendrait. Quelqu'un qui me ferait voir au delà de l'aube... Quelqu'un qui aurait changé mon monde pour le rendre... différent.

Silence. léger mouvement de tête vers le bas, comme en signe de honte après une confession un peu trop afaiblissante.
Autre mouvement, plus naturel.

-J'espère que maintenant, votre curiosité digne des pires comères de marché est satisfaite... Vous voila riche d'une nouvelle façon de penser. Elle n'est pas belle, la vie?

Il ne pouvait voir ses yeux, avec le contre jour... Que c'était heureux... Car il aurait surement vu à quel point son regard était moins ironique qu'elle ne l'aurait voulu...
Un peu trop de colère pour cela... Un peu trop de vérités précédemment, aussi..
Et Il se relevait.
L'Homme avait gagné...
...Pour le moment.


[J'espère que ça te plaira au moins autant que ta réponse m'a plu Very Happy J'adore les RPs, ecore plus quand c'est avec toi ike ]


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MessageSujet: Re: Dans une forêt de doutes, l'autre (RP inachevé)   Sam 5 Jan 2008 - 1:43

[..Chui peut-être un peu en retard ? ^^ C'est un peu beaucoup minable cette fois, sorry..j'ferais mieux la prochaine fois, promis ]

Légers battements de cils, main se rapprochant subrepticement de ce qui devait être une arme, poing serré et enfin, regard se détournant.
Ah.
Malheureusement, il avait commis encore une erreur, stupide, qui plus est : emporté par ses propres mensonges et conclusions hasardeuses, il en avait oublié de noter quelle phrase exactement avait fait réagir sa proie. Négligence de débutant. Impardonnable.
Ce qui le fit prendre peur quelques instants : et s'il avait mal interprété ? Et s'il avait exprimé le contraire de ce qu'il aurait fallu dire ?
Mais non, impossible. Il en avait vu d'autres et s'il n'était pas réputé au sein de sa guilde pour compter parmi les plus puissants, il en allait tout autrement au niveau de ses capacités d'analyse ; aussi fine soit-elle, ce n'était pas une jeune fille qui l'induirait en erreur.
..Pas vrai ?
Oh, et puis de toutes façons, il restait une marge non négligeable qui lui permettrait de se tromper plutôt largement. Il suffit parfois de se montrer sûr de son fait même si ce qu'on raconte est à la limite du n'importe quoi, quitte à glisser ne serait-ce que deux attaques efficaces au milieu de son discours.

Bon..comment continuer, maintenant ?

Il observa encore une fois les cheveux sombres de l'itinérante danser au gré du vent. Elle avait relevé la tête, et quelles pensées avaient encore le pouvoir de lui enjoindre de résister ?

Nous pourrions continuer longtemps ce petit jeu, et je compte bien le gagner. Mais il prendra du temps et vois-tu, malgré mon amour des défis, je ne suis pas très patient. Pourtant, ces paroles trop calmes finirons bien par te faire exploser, d'une façon ou d'une autre, non ? Et je crois t'avoir suffisament observée pour avancer que tu ne fuieras pas sans avoir le dernier mot.
Alors, vas-tu perdre tout contrôle au risque de te dévoiler ou vas-tu continuer ce petit affrontement futile ?

Amjad avait largement sous-estimé l'intérêt d'Ambre pour les alines ; il renonça donc à explorer cette piste, supposant que la jeune fille finirait par le questionner si jamais cet élément était vraiment décisif..et si elle laissait de côté un peu de sa fierté d'itinérante, bien sûr.

Tiens, tiens..changement de ton radical ? Après la défiance, la..résignation ? Sans transition ?
" J'aurais bien aimé rencontrer quelqu'un qui comprendrait "..je n'ai pas déjà gagné, quand même ?


Non, il n'avait évidemment pas déjà gagné ; on ne gagnait jamais complètement avec ce genre d'apprentis. Mais lorsqu'on réussissait à dompter au moins partiellement ces insoumis, c'était eux qui devenaient les mercenaires les plus vifs, les leaders..

Hum..essayes-tu de me faire marcher, ou ta dernière phrase rattrape-t'elle ce qui a vraiment été un instant de faiblesse ?

Bizarre, ce sentiment d'urgence.
Rien ne pressait pourtant, au contraire : l'avènement du chaos semblait se rapprocher de jour en jour, bien que complots et inquiétudes aient un peu déserté antres et conversations, ces derniers temps. Mais ce n'était que l'oeil du cyclone. Sûrement.
Oui, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes, un monde corrompu et vaste dans lequel il faisait bon se plonger ; les contrats devenaient faciles à obtenir, les proies mieux protégées.
Et pourtant, la dernière victime du pseudo-ermite était tout sauf protégée ; il lui avait tout de même fallu trois bons mois de traque incessante pour l'attraper enfin. Et pas question de bâcler ce travail-là : outre l'argent touché et le fait qu'il lui avait été confié par une personnalité influente de la guilde, la cible avait glané des informations plutôt compromettantes sur la guilde en question. Informations qu'il avait apparemment l'intention de transmettre à Merwyn en personne..
Il n'avait pas été loin d'y parvenir, d'ailleurs.
Mais même durant cette mission de traque, l'orgueilleux mentaï n'avait jamais perdu son sang-froid.
Donc pas de raison de perdre son calme. Pour rien, en plus. Rien ne presse, maintenant..

Tss..on perd patience ?
Et Mangal qui attend toujours ; peut-être que..


Il tendit l'oreille, cessant un bref instant de concentrer son attention sur Ambre ; mais non, rien. Pourtant..mais bon, ils aviseraient bien le moment venu.

Idril se leva de nouveau et peignit sur ses traits une expression proche de la pitié.

- Que d'amertume. Tu parles comme si tout était joué d'avance.
Allez, fini de laisser stagner. Il est temps de faire un peu avancer les choses.
Ou d'essayer, du moins.


- Mais c'est vrai, au fond. Le lever du soleil, la lueur de la lune..si commun, oui, si désespérément commun..comme pour tout. Chaque chose n'est nouvelle qu'une fois, et après..c'est ce qu'on appelle une banalité.

Ne pas sourire, ne pas sourire, cette fois. Même si j'en crève d'envie.


- Mais les banalités, c'est ce qui donne toute sa..saveur au quotidien. Rester dans le troupeau comporte l'avantage de ne pas demeurer esseulé.

Tss..quel avantage.

- Oui, pourquoi ne pas suivre les sentiers tracés, aussi ? C'est plus confortable et tellement moins vain..si nous sommes des..tas de poussière animés, autant prendre la voie la plus rapide pour le bonheur, à savoir la protection morne mais efficace qu'offre le troupeau.

Pourvu que je ne me trompe pas. Mais il n'y a pas de raison, après tout.

- Si tout est immuable, si nous sommes tous semblables, c'est ainsi, après tout. Alors pourquoi douter ? Tu es jeune et belle..tu continueras d'étudier, puis tu rencontreras un garçon un peu moins idiot que les autres, vous aurez des enfants, vous travaillerez pendant des années puis, lorsque vos cheveux auront blanchi et que vous serez devenus grands-parents, vous cesserez de trimer pour mieux vous reposer, et puis vous mourrez..

En réalisant que toute ta vie n'a servi à rien.

- ..peut-être en ayant "savouré chaque seconde de la vie comme si c'était la première" ? Vous mourrez entourés, heureux, anonymes..une vie simple mais bien remplie.

Quelle horreur.
Il s'autorisa cette fois un semblant de sourire à l'ironie à peine dissimulée :

- Ca donne envie, pas vrai ?

Attendre sa réaction, espérer qu'elle serait à peu de choses près celle prévue.
Pour pouvoir se détourner un peu avant de rajouter dans un murmure :

- Mais ceux qui s'échappent du troupeau ne sont pas toujours entièrement seuls..et surtout, ils ne la craignent pas, cette solitude..

Deuxième proposition.


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MessageSujet: Re: Dans une forêt de doutes, l'autre (RP inachevé)   Dim 6 Jan 2008 - 20:40

L'homme se releva et une seconde, Ambre crut qu'il allait vraiment partir, vexé par son comportement plus qu'irespectueux.
Bien vite elle fut détrompée, car les traits de l'homme n'exprimaient ni colère ni mépris, simplement une forme de compassion...
La jeune fille d'ordinaie, se serrait offencée de ce genre d'expression. Mais ce matin, rien ne lui aurait semblé plus doux.
Il avait gobé.

D'accord, elle pensait peut-être un peu trop une bonne partie de ce qui avait été dit. Et peut-être ne la croyait-il pas parfaitement sincère. Mais il n'était pas parti. Il la regardait du haut de son long corps maigre, avec cette moue apitoyée à la limite du paternel... A elle de garder le contrôle à présent.

Le silence s'éternisait, comme si l'ermite cherchait ses mots ou pensait simplement à autre chose... Et Ambre se demanda comment il avait pu trouver le bonheur en ressaçant infiniment ses pensées.
Plus les siennes tournaient et retournaient dans sa tête, moins le bonheur lui aparaissait comme accessible, plus elle se renfermait...
Quelles pensées, quelles solutions ce type avait pu trouver? Quelles ineptis quotidienne lui avait échappé pour que chacun de ses geste soit emprunt de cette douceur lente..?
Avait-ce un lien avec son éducation? Avec une philosophie de vie quelconque? Ou... une autre voix?
Ses mouvements mesurés, aussi fluides que l'eau d'un ruisseau... N'avaient-ils vraiment rien de commun avec ceux des marchombres?

Ca expliquerait.. ce pourquoi ses mots la transperçaient, comme ceux de certains des livres qu'elle avait dévoré... Parce qu'il partageait ce qui, un jour, avait été sa voie?
Foutre! Etait-ce possible que lui soit Marchombre, véritable marchombre qui la guiderait non plus en groupe, comme à ses pseudo formation de l'académie, mais en solitaire, juste elle et lui?
Etait-ce par... Les maître marchombre de l'académie qu'il avait entendu parler d'elle? N'était-il finalement que ça? Elle se serait... monté la tête?
Mais pourquoi elle, il y en avait d'autres, des apprentis. Plus forts. Meilleurs grimpeurs. Plus assidus. Elle... elle savait se battre, ou, comme pratiquement toutes les filles issues des basses couches, elle était douée en philosophie, oui.. Mais il y avait tant de lacunes dans ses capacités.. Et puis, il y avait cette crasse, ce.. cette chose à contenir,à éliminer... Ce qui l'avait réellement détournée de La voie... A la base. De toutes façons, ça n'avait que peu d'importance...

Il reprit la parole, et la jeune fille baissa les yeux une ou deux secondes, avant de refaire face. Il était peut-être marchombre. Ou peut-être pas. Et jusqu'à présent, elle l'avait défié. Autant continuer. Il reformulait doucement ses pensées, comme pour vérifier qu'il en avait saisi tout le poid, exactement comme un homme de pensée était cencé le faire, d'ailleurs. Comme si les mots avaient un poid réel.
En conservant son sérieux, il poussa plus loin, ses pensées suivant exactement le même parcours que celles d'Ambre...
Allant de la solitude au confort, suivant ce fil conducteur qui échappait à tant d'autres..
Oui, ça aurait eu des avantages d'être dans le troupeau, et d'oublier les doutes... Oui, ça aurait été bien de ne pas être aussi seule avec ses pensées... D'avoir une voie tracée et facile...

Pourquoi douter?
Elle n'avait pas vraiment eu le choix. Le doute, c'était les autres, leur sourire, cette joie qui émanait d'eux, leur destin, si parfait, si original, si.. lumineux... Comme s'ils avaient toujours su ce pourquoi ils étaient là, comme si ils n'étaient que des marionettes manipulées par des mains aussi invisibles qu'énorme, qui les poussait sur les chemins de leur existence, en leur indiquant qui aimer, qui haïr, à qui se confier...
Des mains qui l'avaient oubliées visiblement, ou qui ne parvenaient pas à s'accorder sur la direction à prendre...


*Réveille-toi. Ne te laisse pas emporter, pas maintenant.. Regarde-le, regarde ses lèvres bouger, ses yeux qui ne te lâchent pas... Allé, gamine, garde ton esprit éveillé, tu n'y crois plus à ces salades sur les marchombres! Tu t'étais jurée de ne plus y croire... Tu t'étais promis de te poser les bonnes questions, alors pose-les bon sang... Et.. Qu'est ce qu'il a dit?!*


Cette fois, les yeux de la jeune fille s'agrandirent sans qu'elle puisse y faire quoique ce soit. Il avait dit.. Il venait de dire qu'elle était... belle?
Pas jolie, pas quelconque, pas banale ou intéressante, il avait dit belle.
Elle cilla, et lui poursuivait, imperturbable, son discours....
Il fallait se concentrer, se reprendre. Et l'écouter. Donc elle était belle et..?
Et elle enfonça davantage ses ongles dans sa peau. Il ne fallait rien laisser voir qui n'ait été vu au préalable...

Quelle... monstruosité. Etrange constatation qui venait de lui traverser l'esprit. C'était... le doute qui lui avait permis d'éviter une vie de ce style la première fois. Quelque chose de tellement... creux. Vide de sens. Vide de but. Un beau cercle, vicieux et sécurisé dans lequel les armes tournaient et tournaient jusqu'à toucher ce qui semblait être le fond, la fin, la mort...
On ne pouvait quand même pas être heureux de cette façon là..?
C'était des illusions, des simples mensonges, des mots d'ermite qui ne comprenait rien. Elle elle ne finirait pas comme ça! Jamais! D'ailleurs lui non plus, il l'avait refusé, il était seul, il était sans voie, sans barrières... Il était comme elle, peut-être, un peu... Un rêveur? Un vrai rêveur? Ou un manipulateur qui cherchait à la mener on-ne-sait-où?


*Il t'a insulté. Ne l'oublie pas, il n'est pas comme toi... mais ma pauvre il lui a fallu quoi? Un compliment et une dizaine de minute pour te faire tourner chèvre? Ce n'est que des mots, des mots d'homme formé à les employés. Regarde le, ils nous plaisent, ses traits racés? Il a la mer en lui... Et alors? Le prix, toujours le prix, concentre-toi.*

Elle déglutit. Ca ne pourrait pas se passer comme ça, hein? Elle n'allait pas finir écroulée dans un fauteuil à bascule, à contempler un feu de bois, main dans la main avec un... autre vieillard... Sourire en regardant ses enfants gambader...? Non... Les ittinérants ne vivaient pas assez vieux pour ça...

Pourtant, encore une fois ses pensées filaient... l'ermite savait, l'ermite lui montrait -peut-être sans le vouloir- un tas d'autres possibilités, et soulevait son lot de question.. Un itinérant vieillissant était un itinérant proche de la mort, un roturier vieillissant était une créature insipide...
C'était quoi un marchombre vieillisant? A quoi ressemblait un marchombre qui avait parcourru la voie toute sa vie? Un véritable fils du vent?
Un solitaire, capable de s'assumer jusqu'au bout... Respecté... Qu'étaient devenus ces auteurs de bibliothèque? Jamais ils n'avaient parlé d'amour... Aucun...
Comment ça mourrait, un marchombre? Seul, comme un chien, perdu entre le ciel et la terre? Blessé, au fond d'un gouffre après une imprudence? Anonyme...
Peut-être était-ce pour ça que beaucoup disparaissaient... ils mourraient, se faisaient dévorer, et disparaissaient de toutes les mémoires, laissant derrière eux des poèmes imperméables aux esprits faibles ou un nom en fin de livre...

Etait-ce ça, vraiment, le destin d'un homme libre? L'oubli... Le même anonymat que l'homme du troupeau?
L'homme continuait, ironisant à présent, comme pour marquer un dégout qu'il n'assumait pas... pas tout à fait... Il fallait arrêter de penser à la mort, aux marchombres, aux nobles, et juste entendre ce qu'il se refusait encore à dire.
C'était ça ou le laisser tout remporter. Et la rage de savoir que ses mots la perdaient ampli la réponse de l'insignifiante créature qu'elle était.


-C'est encore votre orgueil qui vous permet de vous placer plus haut que tous? Vous vous estimez sorti de tout ça, non? De la norme, et du doute... J'en cracherais par terre tellement c'est risible... Vous crèverez seul et oublié, comme n'importe quel autre. Qu'importe votre nom que -d'ailleurs- j'ignore toujours. Vous savez écouter, mais vous, qui vous écoute? Qui se souviendra, de vous? Quand vous vous écroulerez dans la poussières, dites-moi, vous pour qui toutes mes pensées semblent aussi limpide que la rosée, dites-moi en quoi vous serez différent de l'abruti du peuple? Le laps de temps? Un abruti qui crève se repère vite, mais vous.. Combien de temps faudra t'il avant que quelqu'un ne trouve votre cadavre? Dans quel état sera t'il?


*Imbécile, reprends-toi tout de suite! Arrête ça, reprends toi, il n'a pas à savoir... Fais-nous taire, ou mens, mns maintenant que tu as été sincère, mais arrête tout de suite les vrais mots! Ou considère ça comme ta vengeance, et plie l'échine*

Mais les mots, elle ne les trouvait plus. Impossible de lui demander pourquoi il avait quitté les alines? Pourquoi il était face à elle? Impossible d'en finir avec ce jeu pervers de mots et de mots... Fierté ou folie, de toutes façon, ce n'était que poussières emportées par le vent, futilités d'adolescente qui grandirait comme tout le monde, et qui n'était rien, sinon une égocentrique qui pensait trop et trop loin.

-Allé, réponds-moi! Ca ne devrait pas te poser de problèmes... Et ne me dis pas qu'une roturière qui n'en est pas peut te mettre mal à l'aise... Réagis! Traite moi d'imbécile, ris, fuis, mais fait quelque chose. Prouve-moi qu'il y a autre chose, une sortie de secours à cette impasse... Toi tu auras surement les mots qui changeront tout, non? Après tout, tu parles bien pour un étranger...


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MessageSujet: Re: Dans une forêt de doutes, l'autre (RP inachevé)   Mer 9 Jan 2008 - 17:02

Cette fois, Amjad avait bien pris soin de recouper chaque réaction d 'Ambre avec ses propres paroles ; il put ainsi noter le mot qui la fit ciller avec tant de soudaineté. L'homme s'en étonna : depuis le début, la jeune fille décortiquait chacune de ses affirmations, bien moins naïve que la plupart des gens. Il aurait pu tout aussi bien lâcher ce mot pour la flatter, parce qu'il allait bien avec le reste, mentir, parce qu'il est assez courant qu'une adolescente ne voie pas sa propre beauté..
On pouvait facilement la qualifier de jolie, certes, mais de là à dire belle..
Quoique.
Il s'aperçut finalement qu'il n'avait pas menti : peu de jeunes filles auraient pu se vanter d'avoir une chevelure d'un noir si franc, des yeux mauves et un corps si finement gracieux ; ce qui la différenciait d'une autre, c'était cette expression à la fois farouche et déterminée, sur son visage pourtant quelconque, une expression qui donnait à l'ensemble un aspect qu'on ne pouvait qualifier seulement de "joli".
Et pour une fois, le mentaï n'était pas mécontent d'avoir dit la vérité. Ce qui n'avait pas grand-chose à voir avec le fait qu'elle aie enfin manifesté un signe de surprise..

Personne ne te l'a jamais dit ? Cela ne m'étonne pas tellement, vu ta nature accueillante. Ainsi, tu n'agis pas ainsi seulement avec moi..ça confirme ce que je savais déjà. Si ça se trouve, tu n'as pas un seul ami..cela aussi faciliterait les choses.
Hm..est-ce que tu réussira à poser ces questions qui te brûlent les lèvres ?

Mais finalement, ce qui suivit se révéla bien plus important que des questions.
L'ermite encaissa sans broncher une nouvelle tirade venimeuse un peu plus virulente que les autres.
En temps normal, sa fierté n'aurait évidemment pas laissé passer tant d'insolence ; mais la « révolte finale » faisait partie de l'enrôlement de tout apprenti possédant un tant soit peu de jugeote.
Pourquoi « finale »? Parce qu'après elle, la partie était gagnée ; il ne restait plus alors qu'à ramasser les morceaux..
Pourtant, ce n'était pas la fin du combat, loin de là. Mais ce stade franchi, le recruté rejoindrait inévitablement le..chaos, faute de mot plus approprié. Qu'ensuite il croie tenir les rênes, se persuade de sa liberté, « je ne me plie que pour voir ce que ce sera, pour me servir d'eux », cela aussi était normal.
Un jour, il se retrouverait tout simplement mercenaire du chaos ; avec l'incapacité de faire demi-tour. De toute façon, peu le désiraient : on ne recrutait que chez les solitaires.

Et à travers sa fougue désespérée, l'homme croyait entendre l'adolescent arrogant qu'il était alors, il se rappelait ses pensées violentes et déchirantes, ses peurs et sa certitude de ne pas, de ne jamais, et d'être à part.
Finalement, la finesse d'Ambre ne l'avait préservée que pour un temps..mais sans doute était-ce mieux pour elle. Il ne parvenait pas à se l'imaginer itinérante parmi d'autre, défendant sa marchandise, trimant, aimant, enfantant et crevant.

Pourquoi insister sur ce point ? C'est cela, que tu ne supportes pas, la perspective de mourir dans l'anonymat, sans rien avoir accompli, en bien ou en mal, que les gens se souviennent ?

Une petite brise soufflait dans les sous-bois aux arbres ciselés de l'or du jour. Comme tous les matins depuis l'aube du monde, les oiseaux chantaient. Un ruisseau d'eau grise glissait son argent apaisant sur les pierres plates, dans un creux quelconque. Une petite brise soufflait dans les sous-bois et faisait trembler les feuilles, ces feuilles mortes aux couleurs du feu, ces feuilles qu'il y a quelques minutes encore, le vent faisait danser. De couleurs, celle que l'homme avait saisie n'en avait déjà plus ; elle reposait ternement sur le sol recouvert d'humus alors qu'il y a si peu, elle exibait fièrement sa rousseur en dansant entre les airs.
Un tableau, un véritable tableau, s'il existait un peintre au monde capable de reproduire la scène.
Tout était parfait et à sa place, dans ce tableau.

Quoi que tu fasses pour eux, les gens t'oublieront tôt ou tard. Commet ce qu'ils appellent atrocités et ils ne t'oublieront pas, même les générations futures ; imagine, cela pourrait leur être arrivé à eux, quelle horreur. Recherche plus loin et si tes capacités sont à la hauteur des tes ambitions, alors tu pourras faire en sorte que jamais, jamais, ils ne t'oublient.
Je suis là pour te proposer quelque chose dans ce genre, d'ailleurs.

C'était peut-être même ce genre de phrase qu'il aurait dû dire, mais il restait le danger d'aller trop loin trop vite. Pas de précipitation ; cette partie-là est bientôt achevée, autant la savourer jusqu'au bout.

Oh..

Elle était passée au tutoiement. Un tutoiement qui, sauf erreur, marquait la quasi-fin du jeu.
Un tutoiement impersonnel, et si proche. Comme une noyée qui tendrait la main, au désespoir, pour encore refuser l'inéluctable, comme une enfant terrifiée frappant de toutes ses forces un miroir ou l'ombre silencieuse de ses doutes la contemplerait.
Elle devait avoir une furieuse envie de le secouer, lui, adulte impassible et trop calme, de détruire ce paysage de nature en fête pour leur imposer un peu de sa détresse qu'elle se refusait à trouver fondée. Il le présumait pour avoir été à sa place, pour avoir plusieurs fois observé ce spectacle.
Et ce « non ? » qui, enfin, exprimait ces fameux doutes..

Bientôt, Idril ne serait plus l'enveloppe d'Amjad, seulement une partie de son masque.

L'aline garda le silence pendant quelques secondes encore pour opposer le calme à la tempête.
Le regard violet pâle d'Ambre ne montrait pas vraiment d'angoisse et pourtant, il lui faisait irrésistiblement penser aux yeux noirs du moineau de tout à l'heure, lorsqu'il s'était approché du félin..

Qu'il était bon d'être dans le rôle du chat. Maintenant, il ne faut plus que l'oiseau s'échappe.

Pas de sourire, cette fois. Juste un coup d'oeil neutre qui la jaugeait, une expression toujours impassible mais moins légère. Quelque chose de discordant qui ne collait pas avec le paisible ermite.
Amjad avait franchi la frontière, près à se retirer ou même à attaquer, au cas ou les mots d'Idril n'auraient pas suffi.

- Non. Il n'y a pas d'échappatoire. S'ils sont fluides en apparence, mes mots n'y changeront rien.

Cette phrase prononcée comme une sentence devait faire fausse note au milieu des gazouillements des oiseaux du matin. Et la réaction différait tellement selon les gens que le mentaï ne put s'empêcher de vérifier du coin de l'oeil que la main dans laquelle Ambre tenait son poignard était bien à sa place.
Et de regarder brièvement dans l'Imagination.
Quelque chose clochait ; depuis le début de cette rencontre et malgré son caractère impétueux, pas une seule fois la jeune fille n'avait effleuré de son esprit l'autre dimension. Il faudrait essayer d'en savoir plus, après..

- Oui, nous mourrons tous anonymes et oubliés, sans jamais rien avoir fait de tangible. C'est comme ça.

Quel adolescent n'a pas haï ces quatres mots tellement idiots, « c'est comme ça » ?
Allez, Ambre, montre-moi ce que tu vaut et cesse un peu de me retenir. Tu n'as qu'une question a poser pour que je te dise tout ce que tu veux entendre, et plus encore, ce que tu veux savoir.

- Même ceux qui font de grandes choses, on les efface tôt ou tard. Tout le monde mène sa petite vie morne, dans son coin. Il ne s'y passe jamais rien, même si l'on en a parfois l'impression. Personne ne peux changer le cours de son destin.

Il hésitait maintenant à aller plus loin. Tout pouvait être perdu s'il risquait maintenant de tomber les masques. Et si Ambre comprenait et s'en trouvait dégoûtée, si elle dessinait ou l'attaquait, si même elle tentait de s'enfuir ou de prévenir quelqu'un..dans n'importe lequel de ces cas de figure, il l'aurait perdue. Et il n'aurait pas le choix.
Dans l'histoire de la guilde et aussi dommage que cela soit, plus d'un potentiel apprenti prometteur avait, juste à son enrôlement, vu sa carrière se terminer brutalement sous la lame du mercenaire trop impatient qui aurait dû être son maître.

Si elle comprenait immédiatement et que..Bon. Le tout pour le tout.

- A moins..à moins peut-être de ne pas suivre les principes qu'on nous martèle depuis notre naissance. A moins de se sentir assez à l'écart de la société pour faire bouger les choses dans un sens imprévu, de se rencogner dans l'ombre..


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MessageSujet: Re: Dans une forêt de doutes, l'autre (RP inachevé)   Sam 19 Jan 2008 - 12:46

Le silence.
Pas de colère. Pas de haine. Pas cette.. fureur terrible et indomptable qu'elle avait espéré une seconde. Pas de rire non plus. Son interlocuteur restait impassible, et si ses yeux brillaient toujours, rien de son visage ne laissait exprimer le moindre sentiments. Ambre luttait pour dissimuler le tremblement de son corps, pour conserver une respiration calme et discrète.. Peine perdue, vu le torrent d'émotion qui lui écrabouillaient le corps.
L'éclat disparu du regard sombre, et l'aura de l'ermite sembla se modifier... Quelque chose prenait de l'intensité dans son regard à présent neutre. Le vent soulevait doucement quelques mêches e ses longs cheveux autour de son visage, comme un halo de ténèbres.. Il n'en paraissait que plus charismatique, plus dangereusement calme.. Seulement une impresion étrange.. Un illusion de plus dans ce monde menteur.
Ambre maudit des yeux son silence, qui créait au creux de sa gorge une de ses boules d'émotions qui étouffe.. Cette sensation de brûlure entre les tempes, qu'elle s'était juré de ne plus jamais éprouver.. plus depuis qu'elle avait lu les plus sérieux des livres de l'académie, sans jamais y trouver ce qu'elle cherchait.. Plus depuis qu'elle s'était rendu compte de l'improbabilité de son avenir...
Cette saloperie d'espoir...
Sa voix sembla plus grave... Etait-ce un éffet psychologique dû à une énième désillusion pour la jeune fille?
La jeune fille se mordit la langue jusqu'à avoir dans la bouche le goût âcre du sang. La boule d'émotion avait disparu. Ne restait que le vide dans tout son corps.
Pas de voie. Pas d'issue. Pas d'avenir.
Le ventlui souffla au visage, pas une bourasque glacée qui l'aurait réveillée, non, pas une de ses giffles don il avait le secret.. Simplement un souffle, comme un soupir ironique. La jeune fille ferma les yeux, cette partie d'elle qu'elle faisait taire depuis si longtemps avait entrepris d'insulter chaque être vivant qui avait l'audace de peupler la terre, chaque règle de cet univers impersonnel.. Maigre consolation, vraiment.
Ses mots n'y changeraient rien..
Les siens non plus. Vraiment, il n'y avait plus rien à ajouter. Au point où elle en était, elle ferait même tout aussi bien de dégainer son poignard et de se l'enfoncer dans le coeur, pour en finir tout de suite... C'était peut-être ça, sa solution...
La mort détruirait son Don.
La mort effacerait ses doutes...
La mort lui libèrerait l'esprit, elle espérait qu'à ce moment là, au moment de sa mort, le vent soufflerait fort... Que la dernière chose qu'elle entende soit son hurlement...
Oui, il sufisait qu'elle saisisse ce poignard...
Le vent hurlerait de la voir choisir son destin... Elle, la ridicule feuille morte, elle pourrait échapper à son emprise, et choisir avec exactitude le moment de sa chute...
Ses doigts tremblèrent pourtant, sans pour autant s'approcher du manche.
La peur de l'après lui figeait les doigts. Elle qui avait toujours détesté la douleur.. Souffrirais-t'elle avant de mourir? Et lui, là... Ne ferait-il rien pour l'empêcher de partir? Peut-être serait-il comme ces gens, qui s'aimaient et s'harmonisaient avec eux-même après avoir accompli une "bonne action"... Sauver une pauvre cruche de la mort, par exemple. Lui dire la vérité. La complimenter.. Peut-être même, si elle osait même bouger son petit doigt, qu'il allait la raisonner, l'empêcher avec ses mots, en semant un peu plus le doute...

*Tu n'as pas besoin de lui pour douter. Rien ne reste fixe ben longtemps pour moi, dans notre tête. La mort, tu n'as jamais osé... Tu te rapelles? Tu aurais pu tomber dans le vide... lâcher la paroi qui t'écorchais les doigts. Tu as préféré dessiner.. Et quoi? Vraiment, tu ne peux pas l'éteindre, cette flamme d'espoir? Elle vacille pourtant... Il suffirait que tu l'étrangles définitivement, qu'importe si ça te brûle les doigts.. On en finirait... Elle est peut-être là, notre voie... La même que tous les autres êtres humains... Nous, nous serions des éclaireuses.. Et si vraiment tu as peur de la lame, alors... Il nous suffirait de courir... Comme les feuilles morte, pour nos derniers instant, on leur rirait au nez.. Ce serait une belle danse, tu ne crois...*

Ambre rouvrit les yeux, bloquant instantanément le cours de ses pensées. Il reprenait. Instinctivement, elle fronça les sourcils... Pourquoi continuait t'il? Ca n'avait aucun sens, si vraiment il n'existait aucune échapatoire... Il l'avait dit lui même, ses mots ni changeraient rien.
Et l'espoir s'accrochait, retrouvant le moyen de se fixer dans sa gorge...
Vacillant plus fort lorsque, d'une voix neutre, il confirma l'inflexibilité totale de sa situation. Rien ni changerait rien. Ni pour elle, ni pour les nobles ou les rois. C'était.. "comme ça". Et par les raïs, elle le haïssait pour ça.
Il évoquait le destin, maintenant, et l'espoir croissait. Il donnait des exemples, et poussait l'idée plus loin encore. Personne n'y changeait rien. Ressentait-il, lui aussi, la pression invisible de ses "mains" qui les guidaient, les bousculaient puis les écrasait au sol? C'était fascinant, quand même, cette capacité qu'il avait de déduire ou.. au moins d'ébaucher les mêmes choses qu'elle.
De façon plus résolue, certes. Mais quand même...
Elle non plus, elle n'y croyait plus vraiment, au changement de destin. D'une certaine façon, elle avait réussi, pourtant. Elle était entrée dans cette académie...
"Les mains" s'étaient-t'elles vengées, créant des incompatibilités irréversibles avec ce qu'elle croyait être sa voie?
Elle se mordit les lèvres, en se traitant automatiquement d'imbécile. C'était du grand n'importe quoi. Et d'ailleus...

L'ermite se tut, et dans son silence, la jeune fille sentait comme.. une sorte de moyen d'éveiller sa curiosité. Quelque chose, peut-être, qu'il lui dirait.. pesant le pour et le contre comme toutes personne sage pouvait le faire...
Elle cilla, cherchant à chasser à nouveau les émotions de son visage. L'idée d'être clairement manipulée depuis le départ s'imposa à nouveau.
Si vraiment il était un marchand de rêve... Il avait tout intérêt à lui faire croire que tout était perdu pour mieux laisser le prix enfler...
Ca s'était déjà vu, dans les foires par exemples, où des voleurs prenaient des emplacements aux itinérants, et hélaient les passants, leur proposant élixir de jeunesse et autres médecines impossible, jouant avec leur complice pour convaincre...
Il suffisait que cet homme ait fait de l'espoir son complice, et il tenait entre ses mains qui il voulait...

Par la Dame!!

Il venait de le dire. Il venait de dire "à moins que"! Et Ambre en cette seconde ne savait pas si elle avait envie de l'étrangler ou de lui offrir son plus beau sourire. Il était un menteur, un fiéffé menteur.. Un traitre. Mais il lui offrait une corde de sortie... Comme elle le lui avait demandé.
Et le prix tomba.

Le goût du sang se fit plus prononcé dans sa bouche, sans qu'elle le réalise vraiment. Une seconde elle sembla déconnectée de la réalité. Cilla.

*Il t'as enfin dit son prix... Et quoi? Ce n'est pas ce que tu attendais? Se recogner dans l'ombre.. Réveille-toi, bon sang! Tu te fais taire depuis combien de temps? Il te propose de le rejoindre, il veut que tu deviennes pirate! Avoue-le que tu le veux entière. Elle est là, ta putain d'échapatoire. Saute dessus, saute dessus avant qu'il ne te tue pour avoir refusé son cadeau... Oh bon sang, ce n'est pas comme si tu avais le choix.. Regarde ses yeux de chasseurs qui te scrute.. Que sais-je des pirates? Rien. Il porte l'insigne, il est peut-être prêt à te faire entrer dans le secret... Imagine.. Je serais définitivement singulière. Qu'importe de décevoir les gens? Eux aussi ils m'ont déçus! Imagine... Je pourrais en venir à partir, à goûter la liberté sur le sable chaud.. Ambre! La mer! La liberté absolue, le ciel qui ne fait plus qu'un avec la terre... A toi, offerts par ce sage. Ce fou. Tu cesserais d'être proie, tu deviendrais maître.. *

La jeune fille se passa la main dans les cheveux, en détournant les yeux. Le magnétisme de son regard faussait son jugement.

-Vous.. Vous me suggérer...

Elle expira le plus calmement possible. Cette fois, la main se serra sur le poignard.

*Je voulais mourir il y a seulement quelques secondes, en sachant que je serais frustrée de ne pas oser. Je voulais arrêter les frais. Toi aussi. Même une seconde, tout de moi y a pensé. Je t'en prie... Qu'est ce que c'est, la pureté de l'âme? Tu te souviens, avant... Le jour de l'attaque raïs... Cette fille qui me regardait comme un monstre? A ce moment là, tu avais tes certitudes. Itinérante, les raïs pour toi sont les assassins de ton clan. Pour elle, ils n'étaient que créatures, et faisaient de toi, qui les achevait au sol, une meurtrière sanguinaire. Le bien et le mal sont des notions relative. Il n'existe que l'éducation et le gris. Et cette malédiction? J'oubliais ce détail... Cache-lui?*

-Tu t'es trompé de personne, Marchand de rêve.

Elle sentit comme un électrochoc dans l'air. Elle allait mourir, oui, surement, à cause de sa mère, qui lui avait transmi son don.
Elle allait mourir, sous la brise, les yeux fermés, sans sépultures et sans voie... Il fallait qu'elle bouge... Qu'elle court, qu'elle se batte, qu'elle fasse quelque chose au moins, avant qu'il ne lui ôte la vie!
Le vent semblait tourner, comme pour la porter vers lui... Si même lui s'y mettait... Est-ce que cet odeur était la sienne? Si oui, le coup ne tarderait pas..

- J'aurais aimé... que ce ne soit pas toujours le même détail qui détruise tout...

Petit murmure offert au vent, comme un adieu, un sanglot sans larme, elle était bien trop fière pour ça, Ses traits se crispèren, la peur remplissant ce vide en elle, l'emportant petit à petit sur sa haine pour le don et son dépit.

L'arme à la main pour donner l'illusion qu'elle s'était débatue... Illusion que ne comprendraient pas les charognards qui feraient festin de son corps.
Que ça se fasse. Vite. Quelle que soit l'action qu'il choisisse d'accomplir.


[J'suis désolée pour l'attente ToT j'espère que ça t'ira Embarassed .. Encore merci pour ce rp I love you ]


_______________
°oO°Charognes verticales, saccageurs de vie et autres intégristes du ratage, abrutis par la sempiternelle prière de leurs "A quoi bon!"°Oo°

Spoiler:
 

De l’irascibilité de l'être
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MessageSujet: Re: Dans une forêt de doutes, l'autre (RP inachevé)   Dim 3 Fév 2008 - 22:07

Un bref instant, il avait cru que la frêle adolescente allait lever le poignard à la lame aiguisée pour trancher sous le vent son cou blanc et offert.
Mais non, impossible..elle n'était pas de ceux-là, quand même.
Il s'était pourtant dépêché d'enchaîner.
Comme prévu, elle avait compris. Au moins en partie.
Et elle se tenait maintenant devant lui, digne et fière, défiant de ses yeux mauves celui qui se cachait derrière l'ermite aux belles paroles, défiant la mort qui s'était insidieusement approchée lorsque le refus était tombé.
Les traits un peu crispés mais toujours aussi droite, avec juste une touche de peur presque imperceptible.
Comment en était-on arrivé là ?
Amjad hocha intérieurement la tête : à quel moment s'était-il trompé ? Elle avait paru prête, son regard s'était même ranimé un bref instant, et puis..pourquoi un changement d'attitude si brutal ? Quelle idée comptait encore assez pour repousser la chance de sa vie ?
Pour repousser la vie, à vrai dire..il y avait bien un point ou il n'avait pu se tromper: elle n'avait rien d'une idiote. Alors pourquoi ?

J'ai été trop impatient ou trop peu attentif. Cette fois Idril, tu ne m'aura pas suffi..il semble que tu ne me laisse pas le choix, jeune fille. Quel gâchis..qu'est-ce qui a bien pu te faire changer d'avis à l'ultime seconde, alors que tu étais si près de mes filets ? Quelqu'un ? Une de ces valeurs morales qui ne pèsent pas lourd face aux lames et au vent ?

Le mentaï ne laissa rien transparaître de son incompréhension, préférant s'immobiliser quelques secondes encore afin de savourer et garder l'image d'une Ambre farouche et éclatante de vie, d'une ombre brillant en contre-jour en cette froide matinée sans nom. Même parmi les alines il n'avait jamais croisé quelqu'un à la chevelure si totalement noire; l'astre du jour en personne semblait avoir du mal à y déposer un reflet quelconque. Et ce corps de jeune femme, fin et tendu comme la corde d'un arc..et ces yeux d'un étrange violet pâle, ces yeux qui semblaient passer à travers l'homme sans le voir. Peut-être voyaient-ils derrière lui une longue silhouette enveloppée de noir, peut-être étaient-ils déterminés à ne laisser aucun sentiment suinter malgré l'éclat du jour sur la faux silencieuse. Quel gâchis, quel gâchis.
Mais au diable les regrets: elle avait choisi son destin et il ne pourrait plus jamais la pousser dans sa direction. Ce qu'il eut préféré faire ne comptait pas. La survie de la guilde avant tout; quoi qu'elle ait compris, elle avait donné la mauvaise réponse.

Quel dommage, Ambre. Cela aurait pu être ton échappatoire.

Sans se préoccuper de la phrase d'adieu chuchotée au monde, Amjad répondit d'une voix plus lointaine :

- Il semblerait bien..

Il était ailleurs, passant mentalement en revue chaque arme en sa possession, chacun de ces objets qui pouvaient ôter la vie de leur simple extrémité pointue, chaque point sensible du corps d'un humain.
D'une humaine, à peine trop jeune pour mourir, juste assez âgée pour choisir son destin.
Comment la tuerait-il ? Cette fois il ne s'agissait pas de faire disparaître le corps comme il l'avait fait avec le traître. Ambre était élève à l'académie : quelque soit la rareté des liens qu'elle y avait tissé, sa disparition attirerait immanquablement l'attention, surtout en ces temps troublés.
Non, il faudrait camoufler ça en accident.
La carotide. Il s'avancerait, la désarmerait et surveillerait l'Imagination au cas où. Puis il sortirait le petit morceau de bois aiguisé de sa manche et lui planterait dans l'artère. Si elle se débattait (mais il doutait que ce fut le cas), il pourrait toujours lui en porter un coup à la moëlle épinière.
Ce matin, il n'y avait de toute façon personne. Mangal veillait.
Ensuite, il jetterait son corps du haut de la falaise. Qu'importe de ne rien savoir de ses talents de grimpeuse : rater une prise est si vite arrivé..le sol était loin. Son corps éclaterait au moins en partie en tombant. Personne ne penserait à observer conscieusement le cadavre défiguré, encore moins à la hauteur de la carotide, car il faudrait pour cela poser la main très près de la tête éclatée ou les yeux mauves tiendraient peut-être encore; or, celui qui l'identifierait aurait sans doute tenu à elle..mais les charognards la trouveraient de toute façon les premiers.
Un squelette précoce, voilà ta destinée.
La vision d'un sang sombre glissant sur le crâne fendu s'imposa au mentaï en même temps qu'une curieuse pensée : peut-être qu'il aura raison de la noirceur de tes cheveux, ce sang..
Dire qu'il n'y a même pas une demi-heure, l'homme offrait un salut ironique à un chat aux yeux d'agates impassibles. Il lui semblait après coup qu'avec son regard neutre, le félin lui avait rendu salut et ironie. Il savait comment cela finirait, lui, et il l'avait fait comprendre à l'humain en lui montrant comment il aurait dû s'y prendre.
Son vieux maître en serait devenu fou.
Le jeune mentaï eut un semblant de sourire, histoire de faire bonne figure malgré son orgueil bafoué : son oiseau n'était pas suffisamment près..

Bon, et bien..adieu, Ambre.

Il y aurait d'autres élèves. Il y en avait partout, il suffisait de leur tendre la main pour qu'ils viennent y manger. Moins fins, moins réfléchis, sûrement, mais ils auraient d'autres qualités ; les mercenaires du chaos étaient maîtres en l'art d'exploiter le plus efficacement possible les talents des jeunes recrutés.
Il y en aurait d'autres, il y en avait partout. Cette académie était particulièrement propice à la cueillette, une mine regorgeant d'âmes à convertir.
Il fallait juste veiller à ne pas essayer de rallier à sa cause un élève déjà apprenti. Cette idée amusait Amjad.
Parmi les mercenaires, l'académie de Merwyn était un sujet de plaisanteries régulier, parce que de tous temps le pourcentage de corruption des élèves y avait été inhabituellement élevé.
Ce qui n'enlevait rien à la puissance de ses directeurs, hélas..

Mais voilà qu'il repoussait le moment de passer à l'acte. Parce que jamais un élève ne lui avait fait l'affront de le repousser ? Parce qu'il éprouvait une certaine répulsion en imaginant le corps de la jeune fille offert aux arêtes tranchantes des rochers ?

Je ne vais pas reculer maintenant, quand même. Passer pour un idiot jusqu'au bout..déjà que ma rutilante fierté est bien touchée..

Non, il n'avait pas peur de tuer. Le mercenaire qui éprouvait de tels états d'âme avait en général un avenir écourté. Alors quoi ?
Peut-être n'avait-il pas été assez attentif, encore une fois. Peut-être que la seule barrière qui le séparait d'Ambre n'avait besoin que d'espace pour s'ouvrir.
Il ignorait ce qui la bloquait; mais une certitude pulsait : elle était née pour choisir le chaos. Sa noblesse et sa fierté démesurées, sa vivacité et sa fougue ne pouvaient pas plus être donnés à l'ordre qu'aux dents avides de la montagne.
Il lui laisserait une chance, une toute petite chance de mesurer ce qu'elle refusait où de crier ce détail qui avait tout détruit.
Aussitôt, il sut que c'était le bon choix et que si jamais elle se dérobait de nouveau, ce serait sans scrupules qu'il la livrerait aux charognards.
Quant le vent sembla la pousser vers lui, il inclina la tête.

- Je vais donc te laisser. Au revoir, Ambre. J'étais pourtant persuadé que tu souhaitais autre chose qu'une existence d'ordre et de calme dans un troupeau d'anonymes. Peut-être nous reverrons nous un jour..mais j'en doute. Sois heureuse comme tu peux l'être.

Les longues mains se refermèrent sur sa large toge de "vendeur de rêves", cognant au passage le pendentif nacré aux couleurs de l'océan qui roula comme une vague portée par la houle.
Et il se détourna.

- Si tu savais comme les ombres sont belles.

Il s'en alla à pas lents, emmenant dans son sillage un halo de doutes et de mystère, disparaissant fugitivement comme il était venu, poussé par le vent de l'aube qui balayait quelques mèches sombres du lacet de cuir; impossible à atteindre, imperméable au monde.
C'était du moins les impressions qu'il voulait donner.
Ce qu'il ne précisait pas, c'était le nombre de secondes qu'il restait à l'itinérante pour agir, parler ou bouger.

Ce temps écoulé, il la tuerait.

[Un peu court, désolée : s J'adoooore les rps avec toi I love you J'espère que ça te va]


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MessageSujet: Re: Dans une forêt de doutes, l'autre (RP inachevé)   Mar 5 Fév 2008 - 16:45

L'attente... D'un coup qui ne venait pas.
Le soleil rallongea son ombre, jusqu'à ce qu'elle touche la silhouette de cet homme qui n'avançait plus.
Elle devrait mourir, pourtant. Il n'y avait pas d'autres échapatoire... Il avait, lui aussi, cette fierté démesurée...
A sa place, elle n'aurait pas hésité. Elle ne se serait pas laisser bafouer, surtout pas par une vulgaire gosse. Alors pourquoi il ne venait pas, par l'enfer?
Elle le détaillait, fascinée malgré elle par cette idée: avec lui, tout allait s'arrêter.

Il serait sa dernière image, avant que tout explose. Le vent se faisait plus doux, abandonnant à son sort la feuille morte... Elle ne verrait que lui.
Ses yeux gris, bariolés par les rayons du soleil. Est-ce que l'océan ressemblait à ses yeux froids? Elle ne le saurait jamais.
Dommage.
Ca devait être diablement beau, si c'était à l'image de ces iris...
Pourquoi baissait-t'il les yeux, maintenant?
Il inclinait la tête. Surement pour mieux bondir. La tuer d'un coup, avant qu'elle ait eu le temps de crier... Si ça faisait mal, elle n'était pas sure de pouvoir se contenir. Mais ç'aurait été tellement de partir dans un cri...

Ses yeux s'agrandirent lorsqu'il la salua.

Il ne pouvait pas partir! Pas comme ça, par le sang du Ts'liche, pas comme ça!
Les battements de son coeurs s'accélérèrent, impossible de contrôler plus longtemps ses mains qui se mirent à trembler.

*Saloperie! Tu t'es encore monté la tête pour rien... Considération, tu parles, il "va me laisser"... Il ne me croit pas capable de l'hurler, son secret? Mais j'ai vu son visage! Je sais qu'il est pirate! Ca ne doit pas être courrant, un ermite qui vante des valeurs obscures... Ca ne doit pas être courrant, un ermite tout court. Il me traite de lâche, en me laissant la vie... Foutre! Mais réagis!*

"Mais j'en doute..."

Les yeux mauves devinrent instantanément plus sombres, le goût de sang revint, au point de tourner légèrement la tête de la jeune fille... Comment avec seulement des mots, pouvait-on blesser autant?

*Ne me laisse pas, Pirate, je t'en prie... Tue-moi! Fais que ça
s'arrête... Ambre réveille-toi, il s'en va, il va partir! Retiens-le!
Hurle! Après, après je te laisserai, j'arrêterai de te
montrer ce que tu aurais pu être, ce que tu as été, je t'en prie,
Bouge! Insulte le! Et quoi...? Non, on s'en fout il ne peut pas... il
ne peut pas partir! Je ne veux pas qu'il parte... Je ne veux surtout
pas qu'il parte! Il enmène ta voix avec lui, bon sang! Suis-le, attaque... *


"Comme tu le peux l'être"

Ses mains éfleurèrent l'étoffe lourd de son menton, recourirent le corps élancé d'un voile sombre. Le bijou, rembondit sur le torse masculin de l'homme, renvoya à la jeune fille tout l'éclat de ce qu'elle n'aurait pas... Ca brûlait aux yeux. C'était surement à cause du vent...
Il se détourna, s'éloigna du pas calme et serein de ce qui était, elle venait de le réaliser, sa couverture.
Pourquoi bon sang, pourquoi avait-t'elle cette malédiction?
Le vent porta son dernier murmure, et Ambre, figée baissa la tête en s'éfleurant les lèvres. Doigts qui devinrent rouges rapidement.
Oui, les ombres étaient belle. Celle qu'elle avait rencontré particulièrement. Ou peut-être était-ce juste comme pour tout le reste. Parce que c'était une première fois... Une première fois qui durait toute la vie, ou qui la terminait. Pourquoi la laissait-il ici? Elle n'avait pas le droit de partir, elle, de prendre le large, comme les autres, et d'arriver quelque part? Pourquoi c'était toujours elle, qui était destinée à tourner en rond?
Ses dents se mirent à claquer, une larme roula sur sa joue, se perdit bientôt entre les feuilles...

Un pas. Puis un autre. Face au soleil.
Ca brûle les yeux. Tant mieux, c'est une excuse toute trouvée pour les larmes.
C'est trop vif. Dommage que le soleil soit si matinal. Ambre aimait la nuit.
Elle n'aurait qu'à attendre que le crépuscule éfface l'ombre qui s'étirait derrière elle, la plonge dans le vide, que les astres dessinent dans le ciel des arabesque. Comme des milliers d'éclats de diamants dans les airs.
Elle étendrait les bras. Elle graverait dans la roche un poème d'adieu.
Et elle disparaitrait avec la brume, sans jamais avoir réussi à la chevaucher.
Elle dessinerait à sa soeur quelque chose qu'elle voudrait éternel. Un poignard, avec juste en dessous de la lame, une pierre d'ambre ronde et aussi brillante que l'oeil de Khan. Comme ça, elle ne l'aurait pas vraiment abandonné... Encore une illusion, un message subliminal...

Elle ferma les yeux. Si elle fermait bien les yeux, ce serait la nuit. Tout de suite. Tant pis pour le poème... Mieux valait laisser au monde un poignard qu'une trace d'amertume. Dessiner... Ah, elle détestait ça.

Elle plongea dans l'imagination, et là surprise. Une présence. Elle rouvrit les yeux, se retourna...

*Seuls sur la montagne... Imbécile! Les livres ne parlent pas des pirates. Ils ne parlent pas non plus des raïs et des mercenaires. Tout n'est que censure... Lui aussi, lui aussi il l'a. Il l'a! Ca ne peut être que lui, seulement lui... Oh pour une fois écoute-toi, et cours!*


Elle se retourna, secoua la tête pour écarter de ses yeux les mèches projetées par le vent. Courut, vers les arbres et les sentiers qui l'avaient conduite si près des étoiles.
Tant pis pour l'envol, il attendrait... Elle l'avait, sa voie!
Un peuplier, un sapin, un autre arbre, sur lequel le vent se cognait.
Le vent ne la rattraperait plus, cette fois, elle était devenue plus puissante que lui.

-Attends, supplia t'elle en un cri, en retrouvant sa cape couleur nuit. Je ne peux pas être heureuse. Pas comme ça... Attends... s'il te plait...


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MessageSujet: Re: Dans une forêt de doutes, l'autre (RP inachevé)   Mer 6 Fév 2008 - 16:53

Et elle revenait.
Le bruit de sa course sur la poussière du sentier puis son cri comme l'ultime point de non-retour avaient le goût aigre-doux d'une victoire bien méritée.
Son honneur était sauf, la guilde du chaos compterait bientôt une nouvelle apprentie prometteuse..et il n'aurait pas à la tuer.

Le mentaï s'arrêta et, juste avant de retourner un visage impassible vers celle qui venait de choisir la vie, couvrit de son regard gris le paysage qui lui faisait face. Le chemin mal entretenu, les arbres secoués de murmures, le ciel immense aux reflets d'aube..et le vent, le vent invisible qui espionnait tout. Toutes ces choses immobiles qui dans les instants de doute semblaient toujours se moquer.
Vous voyez, leur dit-il, moi aussi, je peux cultiver les rêves.

Ambre s'arrêta à quelques mètres de lui ; ses grands yeux mauves semblaient différents sous l'ombrage des pins, mais ce n'était sûrement pas ça qui leur conférait cet éclat nouveau. Et ses cheveux noirs, si noirs qu'on avait du mal à y imaginer un reflet, ses cheveux noirs qui ne voleraient pas derrière son corps brisé aux rochers. Ce ne serait pas aujourd'hui qu'Amjad saurait s'ils se tacheraient d'écarlate lorsque la tête éclatée de la jeune fille se tournerait vers le ciel sans le voir..tant mieux. Et pour bien des raisons.

Je suis le vent, demoiselle. Je suis le vent et je te ferais voler, voler comme la jolie feuille que tu es, jusqu'à ce que toi ou moi ne t'en sente plus capable. Mais peut-être sauras-tu repérer les courants ascendants, peut-être ta légéreté te conduira-t'elle haut, très haut.

-Te revoilà déjà.

Idril avait repris son masque et sa voix neutre, quoique un grain ironique, passait outre bien des choses. Par exemple, il savait qu'elle savait maintenant que l'ermite n'était qu'une couverture. Mais est-ce que cela changeais quelque chose ?
Il s'efforça de ne laisser filtrer aucune satisfaction dans son expression, aucune fierté d'avoir fait plier la sienne et s'approcha à peine.

-Je suis prêt à t'enseigner certaines choses si vraiment tu sais à quoi tu t'engages. Comme tu peux t'en douter, la voie du mystère n'est pas ouverte au premier venu. Ce n'est pas non plus la moins ardue..

Il la jaugea un instant encore, craignant sans doute qu'elle décide de faire marche arrière une dernière fois.

- Es-tu certaine de savoir ce que tu me demandes ?

L'Imagination..
Et cette grise silhouette spirituelle qu'il avait d'abord prise pour un dessinateur éloigné, juste avant que le bruit des pas d'Ambre martelle le sol encore humide.
C'était donc ça.
Sans qu'il comprenne pourquoi, la brève incursion de la jeune fille dans cet ailleurs avait choisi à sa place.
Il se renseignerait plus tard ; tout le temps possible et même plus s'étendait devant ses ambitions sur fond de soleil levant.

Son esprit parcourut l'autre dimension silencieuse, montant et descendant au travers des Spires. Pas exceptionellement haut, pas trop bas non plus. Les traces du passage de la jeune fille subsistaient à peine dans les possibles étirés. Elle contrôlait au moins en partie son don ; tant mieux : il avait cru le contraire.

Pourquoi, alors ? Certaines de tes réactions sont bien étranges. Tu m'en diras plus, plus tard..j'en saurais plus, en tout cas.

Il quitta le monde du silence pour émerger dans le concret, face aux traits farouches d'une des plus nobles proies qu'il ait ferrée. Dans ce monde-ci, les oiseaux chantaient.
Et le vent bruissait.
Une journée banale au possible, différente en bien des points; une lumière qui faisait plus figure de début que de dénouement.

Et une dernière attente, l'attente d'un consentement qui s'échapperait des lèvres ourlées de l'adolescente pour que l'homme cueille les mots au creux de sa main, pour que la toile se resserre et que l'oiseau avance, pour que le vent se laisse charmer par les couleurs chatoyantes de la feuille, pour qu'il la fasse danser à l'en briser.


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MessageSujet: Re: Dans une forêt de doutes, l'autre (RP inachevé)   Ven 8 Fév 2008 - 14:33

Il s'arrêta, tourna vers elle son regard froid. Ambre tâcha de contrôler les battements accélérés de son coeur, son sourire qui ne demandait qu'à s'afficher.
Reste d'orgueil tenace pour celui qu'elle ne conaissait pas encore.
Elle s'autorisa un petit souffle moqueur pour elle même, lors de la première parole de ce second échange avec le pirate.
Pirate qui ne la lâchait pas des yeux.
Yeux qui luisaient, si on regardait bien.
Lui aussi, pour une raison inconnue, semblait être heureux de la voir changer d'avis... peut-être d'autre chose aussi. Qu'elle ne comprenait pas, pas encore.
L'ombre tâchait le visage brun de son interlocuteur d'ombre grise comme un ciel, après une tempête de neige. Elle se prit à trouver les tatouages éphémères sayant, une fois dessiné sur ce visage racé.

Deuxième parole, moins anodine, plus grave au niveau du ton, qui ressemblait à une invitation dissimulée. Les sonorités du mot "mystère" prenaient un autre sens, en s'échappant de la bouche du mentaï. Des accents d'espoirs voilés d'ombres.
Mais si les ombres étaient belles...
Des ombres, comme celles qui tachaient le visage allé de celui qui pour l'instant encore, n'était qu'un ermite à ascendance étrange.
Des ombres qui touchaient sa cape bleu nuit, y dessinant les contours de poignards éfilés, qui n'existaient que dans les brumes de l'esprit d'Ambre.
Mystère sonnait comme paradis. Paradis éclaboussé de danger, de sang et de secrets. Paradis quand même.
Ses yeux toujours sur elle, comme pour l'évaluer davantage. Il avait raison de se méfier, après tout, elle lui avait déjà filé entre les doigts plusieurs fois.
Pas assez, peut-être. Mais un nombre suffisament important pour qu'il doute de ses choix. Lui qui se croyait supérieur à tout autre...
Quelle preuve d'estime...

Cette fois, elle sourit. Il n'était pourtant pas bienséant d'user de cette moue ironique devant lui, qui l'avait épargnée, et qui l'avait choisie.
Les feuilles chuchotèrent, et Ambre s'amusa du vent qui lui filait entre les doigts. Elle ne chevaucherait jamais la brume... Elle dompterait le vent.
Et par la Dame, ce que c'était grisant...
Maintenant, il s'agissait de trouver des mots. Des mots assez puissants pour qu'il la sente prête, assez ironique pour qu'elle se sente maître, et assez solenels pour passer pour un serment.
Choisir le ton, entre ironique et rauque.
Ne pas penser aux conséquences, qui paraissaient lointaines, encore.


- Le venin de tes mots ou les rochers dans ma peau.. Le dilemme est moins cruel qu'il n'y parait... Je ne te demande rien, tu me vends. Je connais ton prix, et s'il n'est pas dérisoire, je peux me permettre de l'assumer. Et même si je ne comprends pas pourquoi c'est à moi que tu offres ton enseignement, Pirate dont j'ignore le nom, soi sûr d'une chose.
Je ne crains ni la mort, ni la nuit. Je n'ai rien à perdre. Et je suis capable de taire ce qui doit être tenu secret.


Effacer ce sourire sarcastique, maintenant. Ciller pour effacer définitivement le flou des larmes, et redresser la tête vers lui.
Graver l'expression de son visage dans les méandres de son cerveau...
Figer les parfums âcre de la forêt que l'hiver approchant endormait...
Retrouver le calme le plus total.
Eloigner Tifen et le visage de ses parents pour l'instant. Que le passé et le présent ne puissent entâcher l'avenir, qui s'annonçait enfin.


- Ca faisait trop longtemps que je tournais en rond.

*Et si tu m'accorde la permisson d'être impertinente, cher Ermite, je deviendrai ombre avec toi... Le lever du soleil sera neuf tous les jours, et je deviendrai comme lui. Hors normes. Si tu m'enmènes, je rirai des nuages, moi aussi. De la brume et du vent. Je me moquerai des nobles. Je les détruirai. Sors la grand voile, et apprends-moi, Pirate, à prononcer le mot mystère à ta manière... Je te donnerai en échange ce que tu voudras de moi... Et s'il le faut, des autres. *

Et si la liberté laissait derrière elle le goût amer du sang sur les chairs, elle n'en avait qu'un charme plus sauvagement attirant.
Celui de la flamme, pour l'insecte hypnotisé...
Celui de l'arsenic, sur les patisseries les plus finement travaillées
Celui de l'homme en face d'elle.





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MessageSujet: Re: Dans une forêt de doutes, l'autre (RP inachevé)   Dim 10 Fév 2008 - 21:56

Voilà qu'elle retrouvait déjà cette fierté à l'extrême limite de cet orgueil dont elle l'avait accusé de faire preuve. Elle ne perdait pas longtemps ses moyens..était-ce la satisfaction de le lui avoir fait croire ou celle d'enfin trouver une voie attirante ?
Le sourire qui étira les lèvres de sa proie aurait il y a à peine quelques mois suffi à piquer au vif le jeune mentaï. Comme quoi, toutes ces années ou il s'était cru maître incontesté de lui-même et des autres..oh, cela n'avait pas vraiment changé, c'était simplement devenu plus..nuancé : à l'époque, il aurait classé la partie comme gagnée. Ce n'était plus le cas, et il était temps.
C'est pourquoi il conserva son expression impassible; comment aurait-il pu en être autrement ?
Maintenant que la feuille s'était décidée à suivre et dompter le vent..


Il eut un léger rictus aussi étonné qu'approbateur à la tirade de l'adolescente de nouveau assurée : ainsi, elle avait senti sa mort l'effleurer même lorsqu'il lui avait souhaité être heureuse ? Et elle avait effectivement deviné son appartenance au peuple aline ?

Je crois que tu n'as pas fini de me surprendre..même ce détail, les rochers dans ta peau. Merci pour cette leçon d'humilité, jeune fille.

Il l'avait sous-estimée malgré sa promesse de ne pas le faire..attention maintenant de ne pas commettre l'erreur inverse : malgré l'aplomb qui perçait dans la voix d'Ambre, il y avait bien deux ou trois choses à noter. La référence à la mort, déjà..l'homme était persuadé qu'elle mentait. Sinon, à l'heure qu'il est, il se trouverait devant son corps sans vie, à contempler en un silence rageur le poignard à la lame acérée planté dans la gorge nue de sa propriétaire.
Et si elle disait la vérité alors elle essayait de le tromper sur le fait qu'elle n'avait rien à perdre, car elle serait venue à lui aussitôt glissée une promesse de marginalité. Normalement. Il lui faudrait se renseigner un peu plus sur certaines choses, plus certainement sur une ou plusieurs personnes qui risqueraient de la culpabiliser ; les traîtres sont plus dangereux que les ennemis, hélas..
Un autre élément était à prendre en compte : pirate..pas mercenaire, pas mentaï. Elle ne voyait en lui qu'un aline, apparemment. Pour le moment..si elle s'attendait à voler sur l'écume, à hisser les voiles et tutoyer l'océan, qu'à cela ne tienne, il le lui laisserait croire ; en repoussant toujours plus le moment fatidique du pas sur le côté vers le sud.
Elle comprendrait vite, si ce n'était déjà fait. Et si vraiment il ne lui fallait qu'un alizé salé pour croire effleurer la liberté..on aviserait en temps voulu.

Mais elle était prête. Il suffisait de croiser son regard brillant et son sourire pénétré d'un rien de dureté pour s'en convaincre ; le visage de quelqu'un qui a enfin trouvé son chemin, qui ne le lâchera plus. Et accessoirement, qui ne laissera plus personne lui barrer la route.
Elle semblait bien partie pour devenir une mentaï exceptionnelle.

Pas trop exceptionnelle, pas trop. Si je lui laisse la bride sur le cou, qui sait ce qui peut arriver.

Il adressa une sarcastique et imaginaire prière posthume à l'égard de son maître, mort assassiné par l'un de ces propres apprentis. Lui pour qui prudence était un atout décisif s'était fait prendre à son propre jeu de marionettiste..le parfait exemple. A ne pas suivre.

Elle semblait s'enivrer déjà de pensées débridées et sauvages et il imaginait son esprit vagabonder dans l'imagination, celle qui ne lui répugnait pas, à la vitesse d'un brûleur en pleine course. Quant à ce qu'elle y trouvait..

- Très bien.

Amjad prit une grande inspiration en contemplant le faîte des arbres balayés d'une brise matinale ; la sérénité revenait et avec elle, d'autres pensées sans rapport : il lui restait deux contrats à remplir, un rôle à jouer, un témoin à surveiller de près..ne pas s'égarer, pas maintenant. Encore une fois, il serait trop stupide de laisser une information minime mais peut-être cruciale échapper à son attention.

- J'ai parfaitement entendu tout ce que tu viens de dire, mais je préfère insister sur le fait que cette rencontre..n'a pas eu lieu. Les gens sont si réticents à toute forme d'étrangeté, de nos jours..

Ils savaient tous deux qu'elle n'était pas dupe. Et c'était en partie pour cela qu'il l'avait choisie : tant d'apprentis nouvellement recrutés ne saisissaient ni allusions, ni sous-entendus et étaient ignorants du pouvoir des mots..outre que l'art de l'éloquence était une qualité essentielle dans ce genre de..profession, Amjad aimait la trouver innée chez ses élèves pour mettre à l'épreuve sa propre finesse.

C'est comme un jeu. Un jeu ou l'on risque autant sa fierté que sa tête..

Sa main se tendit pour cueillir une autre de ces danseuses végétales portées par le souffle de la forêt ; la posant sur sa paume offerte, il observa de nouveau les couleurs du feu dansant dans ses nervures. Celle-là était plus foncée que la première, un peu plus sèche, aussi.
Il avança son autre bras et fit glisser ses yeux gris du couteau rengainé au visage d'Ambre, quêtant son autorisation. Elle dut comprendre car un instant plus tard, l'arme se retrouvait dans sa main.
L'aline s'avança encore un peu et entailla délicatement le bras de la jeune fille ; elle pourrait toujours faire passer ça pour une stupide égratignure, à condition que quiconque s'en aperçoive.
La lame à l'extrémité carmin fut essuyée sur la feuille, le morceau de métal rendu à sa propriétaire.
Une variante comme une autre du très aléatoire serment des mercenaires.
Avait-elle conscience que c'était de cela qu'il s'agissait ? De toute façon ce n'était que mise en scène et poudre aux yeux : comme l'avait dit quelqu'un dont le nom lui avait échappé, les promesses n'engagent que ceux qui y croient.

Il reposa la carcasse au creux de sa paume et pénétra les Spires.
La feuille s'enflamma doucement, s'assécha, se recroquevilla puis finit par s'éteindre sous l'effet du souffle permanent. Amjad laissa ses restes glisser au sol et leva sa main à hauteur des yeux de celle qui était maintenant officiellement son apprentie pour lui montrer la brûlure légère occasionnée par le feu.
Il ne doutait pas qu'elle ait compris la valeur -ou plutôt l'absence de valeur- de ce rituel. Et s'il y avait peut-être un petit avertissement dans cette variante, c'était voulu.

L'aline détailla une dernière fois la silhouette de la jeune fille, frêle et farouche sous la lumière irréelle de l'aube. Ses cheveux sans reflets, son visage volontaire et ses yeux, ses yeux à la si étrange couleur mauve.

- Et bien voilà. Je vais maintenant te quitter. Ne me cherche pas, c'est moi qui ferais appel à toi le moment venu.

Il la fixa encore pour lui signifier qu'il disait cette fois la vérité ; elle ne semblait pas en douter ou le cachait bien.
Tout avait été dit. Après un dernier et vague sourire, la contemplant comme on contemple un trophée de chasse, il pivota en emportant son image immobile qui semblait vouloir caresser le vent.
A mi-chemin il se retourna pour ajouter un dernier murmure :

- Et n'oublie pas que le silence seul te protégera..

Des autres comme de moi.
Puis il allonge ses enjambées et disparut bientôt, sa longue cape de vendeur de rêve tournoyant dans son sillage au gré du souffle des monts.

*

Mangal l'attendait dans la plaine. Il releva la tête et avala un vague reproche en l'apercevant. L'homme s'excusa d'un geste et s'approcha de son compagnon qui l'autorisa à lui flatter l'encolure.

C'était une réussite totale, aujourd'hui, pensa t'il en laissant comme il aimait à le faire ses sens se propager comme des lianes le plus loin possible aux alentours.
Le cheval sembla comprendre mais ne dit rien, se contentant de l'observer de ses grands yeux pétillants d'intelligence.
C'est grâce à toi, aussi.
Il se contenta de secouer impatiemment sa crinière et de lorgner vers la plaine avec insistance.

-Tu as raison, vieux frère. Mieux vaut ne pas traîner ici.., murmura l'homme plus pour lui-même que pour Mangal qui n'avait pas besoin de son avis pour le savoir.

Le mentaï s'assit lentement sur le dos de l'animal et sans attendre de directives, celui-ci se mit à marcher, accélérant le pas jusqu'à déboucher dans la plaine à un galop soutenu.
Il était temps.
Quelques minutes plus tard, une quelconque élève de l'académie se dirigeait vers le sentier que venaient de quitter deux anonymes ; peut-être faisait-elle sa promenade matinale.
En tout cas, elle ne prêta aucune attention à la petite créature tigrée qui l'observait, tapie dans les fourrés.

Pourtant, si elle l'avait interrogé, il en aurait eu des choses à dire, ce chat aux yeux d'agate.


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MessageSujet: Re: Dans une forêt de doutes, l'autre (RP inachevé)   Dim 24 Fév 2008 - 18:30

Les mots de l'ermite finirent de la griser, marquant également ce qui serait la fin d'une époque et celui de l'entretien.
Son interlocuteur tourna la tête, déplaçant ainsi les tatouages que le vent rendait vivant. Peut-être était-ce pour ça, qu'il avait gagné la terre...
Vivre sur les flots, sans jamais sentir l'odeur humide de la terre, ou entendre le vent soulever les feuillages...
Elle essaya de s'imaginer sa peau tannée par le soleil, ses cheveux maintenus distordus par le vent qui charriait les vagues du même turquoise que son pendentifs, ses yeux illuminés par le soleil de plomb...
Dans son dos, la voilure blanche, le mat d'ébène, les canons alines...
Etrange... D'un coup, l'environnement de la mer lui parut bien trop lumineux pour une personne comme l'homme qu'elle avait en face d'elle...

Sa voix recapta son attention fugueuse, la ramenant aussi sur l'idée qu'elle avait fait un choix à taire, surtout en cette période de troubles...
Une rumeur courrait comme quoi une des dessinatrices était "une traitresse". Les élèves prononçaient ça en prenant des airs importants, ou clairement comploteurs. Comme s'ils savaient vraiment de quoi il en retournait, ces idiots...
A qui devait-on une totale fidélité, sinon en nous-même?
Quel homme avait le droit de déterminer où se plaçait le "bon" côté des choses? Quel homme pouvait affirmer qu'il servait le "mauvais" côté, s'il servait avant tout ses propres intérêts?
Qu'avait fait cette pauvre fille, sinon suivre sa loi? Pour qui ses semblables se prenaient-ils, en la jugeant traitresse? En se glorifiant de sa mort à venir? Qui étaient-ils, sinon des aveugles, des moutons risibles, des chiens de nobles qui salivaient en imaginant le bal os qu'ils recevraient en "démasquant" un autre des leurs, qui avait "trahi" lui aussi... ?
"L'étrangeté". Encore un de ces mots qui sonnait merveilleusement bien par ses lèvres... Et tellement bien choisi... Pas "mauvais". Il semblait que dans le monde du pirate le "mal" n'existe pas. Il y avait simplement la "norme" et ce qui n'y entrait pas. Les "étranges" devenaient menaçant pour les normaux, tout comme le "mal" était craint par les "gentils"...
Elle cilla, d'une moue approbatrice. Elle aussi préférait se voir "hors norme" que "dangereuse" ou "maléfique". Question d'orgueil, sans doute...

Le pirate arracha au vent une de ses danseuses agonisante, la posant sur sur sa paume. Il fixa un long moment la feuille empourprée, caressant du regard le labyrinthe de nervure qui la parcourrait, avant de relever les yeux. Il avançait son autre bras dans la direction de son interlocutrice, ses iris désignant le poignard, avant de revenir se plonger dans ceux de son interlocutrice... qui tendit l'objet rapidement, sans un mot. La lame arrivée à destination, le pirate s'avança, calme et silencieux.
Le poignard se leva, et un instant, Ambre se demanda si elle n'avait pas fait preuve de la plus pure stupidité. S'il la tuait maintenant? Après tout, elle avait par deux fois bafoué son honneur alors...? La lame glissa, mordit la chair trop pâle de l'adolescente, qui se mordit les lèvres en voyant le sang perler.
Petite blessure dérisoire...
La feuille s'empourpra davantage, une fois maculée du sang de la jeune fille, puis s'embrasa, les flammes léchèrent les bords de la voltigeuse, jusqu'à la recroquevillée sur elle même, la réduire à néant à même la paume de son geôlier aux iris anthracites...
Il n'en resta bientôt que des poussières, que le vent récupéra avidement, et sur le plat de la main du vendeur de rêve, une trace de ce qui ressemblait vraiment à un rituel de passation.
Où chacun avait à gagner et à perdre. Ambre baissa les yeux et appuya sur sa fine plaie pour stopper l'écoulement.
Elle releva les yeux vers lui lorsqu'il acheva leur entretien, par une promesse de retrouvailles... Un sourire à présent. Plus triomphant que complice, dont elle ne se formalisa pas vraiment. Le regard qu'il lui lança avant de s'éloigner ressemblait même plutôt à un compliment; rares avaient été les gens qui l'avaient considérée comme intéressante.
Voilà. Il était parti. Il emportait avec lui les espoirs et autres embruns, le parfum de cauchemar grisant. Et elle allait le revoir...

Elle sourit, s'éloigna de quelques pas à reculons, finit par tourner la tête. Elle ramassa une feuille parmi les broussailles, l'appliqua à son bras comme désinfectant, grimaça en pestant contre sa propre faiblesse...
Se redressa enfin. Elle devait être seule, à présent.
Elle retrouva sans difficulté le chemin de terra renié par les "bons grimpeurs" qu'elle empruntait chaque jour depuis... ça n'avait plus d'importance, maintenant.
Sans pouvoir s'empêcher de sourire, Ambre laissait ses pas l'entraîner vers cette Académie qu'elle avait imaginé quitter. Le vent souleva une fois encore ses cheveux noirs, ramenant quelques mèches devant les yeux trop mauves de la demoiselle.

Sans doute était-ce à cause de ce traître de vent qu'elle ne remarqua pas la créature qui sortait de ce buisson touffu, et s'approchait d'elle de manière détendue.
Elle finit par tourner la tête vers lui, après une dizaine de mètres, constata qu'il la suivait avec un sans gêne déconcertant, s'arrêta.
Le petit félin frôla son mollet gauche, avant de lui jeter un regard provocateur.
Sans doute savait-il pertinemment qu'un chasseur comme lui n'avait rien à craindre d'une proie comme elle.

Elle lui rendit son regard, en reprenant sa route l'air hautain. Passa devant le chat en redressant les épaules. Ce n'est qu'une fois arrivée à l'Académie qu'elle se retourna, plongeant ses iris mauves dans le regard minéral de l'animal, avant de s'accroupir, et tendre la main. Le petit sauvage vint s'y frotter quelque secondes, en ronronnant.


-Tu es une sale bête, décréta la jeune fille. Je dirais même que tu es un opportuniste hypocrite.

Le félin ferma les yeux, approuvant d'un ronronnement particulièrement audible les dires de sa compagne de route. Elle le souleva délicatement, l'installa le plus confortablement possible dans ses bras, et passa la porte de l'académie.
A la question du concierge, qui semblait gris de bon matin, elle répondit comme si ça tombait sous le sens, avant d'accélérer le pas.

-C'est Luminescence, mon chat.


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